Plusieurs heures plus tôt, au matin du même jour, Ruvik avait prit une décision : il devait à un moment ou à un autre quitter Sebastian. En prenant la route, ses pensées étaient dirigées sur cette séparation à venir qui le divisait entre son envie de rester et sa logique qui le poussait à faire le choix le plus raisonné, il préféra mettre ce projet de côté le temps d'effectuer ses recherches sur Mobius.

Sur le chemin du retour, Ruvik ne savait plus quoi penser, le regard rivé sur le paysage qui défilait à toute allure… Quitter leur demeure commune n'était peut-être pas si urgent, après tout, un certain équilibre venait de se faire entre eux... Évidemment Sebastian partait trop loin concernant l'avenir, mais peut-être parviendraient-ils à…!

Soudain le jeune albinos interrompit ses pensées et regarda avec plus de sérieux le rétroviseur extérieur de la voiture en plissant légèrement les yeux : Cette voiture derrière eux… Depuis leur départ en ville, elle les avait suivi sans discontinuer… Cela pouvait être un hasard, mais le mieux était d'être prudent et de vérifier ses soupçons au plus vite, le temps leur était compté si c'était bien un espion !

User de ses pouvoirs en dehors de la maison et non dirigés sur Sebastian ne constituait pas une trahison se dit le jeune scientifique, surtout si c'était pour les protéger. Ruvik se concentra alors pour offrir une illusion suffisament effrayante au chauffeur afin qu'il quitte la route. Il imagina une créature mi-loup mi-humaine à la gueule grande ouverte qui chercherait à avaler le conducteur en crachant du sang et des vers parasites… Alors qu'un sourire allait gagner ses lèvres en imaginant la suite du scénario, le jeune homme fut très vite désenchanté : rien ne s'était passé.

Rien du tout, pas même un début d'illusion. Comment cela était-il possible ? Il n'avait pas utilisé ses pouvoirs depuis plusieurs jours, il avait récupéré suffisamment de force et comblé assez de fatigue pour pouvoir au moins créer une petite illusion comme celle-ci !

La voiture continuait de les suivre et il était incapable de l'arrêter. Et si le type se mettait soudainement à tirer? Il ne pourrait rien faire… Le scientifique s'agita intérieurement. Depuis qu'il était avec Sebastian, plus rien n'allait comme il voulait. Ce dernier semblait d'ailleurs lui parler, mais la tête du scientifique était trop occupé à chercher une solution.

Lorsque le détective se gara, Ruvik put constater que l'autre véhicule poursuivait sa course… Ce n'était donc pas un agent de Mobius venu pour les tuer.

A cette conclusion, un début de soulagement allait s'extraire de sa bouche jusqu'à soudainement sentir la main de Sebastian se coller à son front, le geste doux l'obligeant à le regarder.

Tout est de sa faute !

Sans savoir comment, le grand brun était parvenu à le rendre faible et vulnérable.

Ses doutes précédents vis-à-vis de son partenaire venaient d'être clôturés définitivement par cette épisode, le choix de Ruvik étant sans appel : il partirait ce soir-même, le plus vite étant le mieux. Après tout, continuer de vivre avec lui serait courir à sa perte. Si cet inconnu derrière eux avait été un agent de Mobius, ils seraient sans doute mort sans avoir rien pu faire… Ce n'est pas dans la faiblesse qui vivrait Ruvik, il en était hors de question, plus jamais ça !

Une fois de retour chez lui, le scientifique continua de réfléchir et eut droit à un repas de roi de la part du grand brun. Pourquoi était-il devenu si attentionné à son égard alors qu'il lui avait fait traverser l'enfer ? Pourquoi ce geste banal lui faisait autant plaisir quand cela venait d'être préparé par cet idiot, sans doute à mille lieu de savoir ce qu'il se passait dans sa tête ? Et surtout, depuis quand avait-il autant baissé sa garde et acceptait-il une proxémie aussi importante sans chercher à profiter de Sebastian ?

Ruvik alla de surprise en surprise lorsqu'il l'entendit s'excuser. De quoi pouvait-il bien se faire pardonner ? Le voir aussi embêté et tourmenté lui faisait mal au coeur sans savoir pourquoi… le scientifique s'était-il entiché à ce point ?

En l'écoutant parler de fuite et de son désir d'être pardonné, Ruvik voulu croire à un happy end et hésita un instant à tout lui dire, à lui révéler ses craintes et son ambition de fuir…

Ne me dis-pas que tu es en train d'espérer qu'une âme aussi droite et juste que Sebastian va t'aimer sans condition ?

Une voix féminine qu'il avait longtemps enterré au fond de son coeur apparut brusquement sur une ton de reproches :

Allons Ruvik, personne ne veut d'un monstre qui a les mains maculées des pires crimes que la terre ait commis ! Comme le disait papa, tu es une créature râtée de Dieu et personne ne peut s'approcher de toi sans être répugné par la noirceur de ton âme.

Le rire moqueur de sa jeune soeur résonna dans sa tête, elle venait de balayer sa part d'humanité qui lui avait laissé quelques secondes.

Le monstre que tu es ne pourra jamais redevenir homme à nouveau, tu n'as jamais mérité ce statut et tu n'en as pas besoin petit frère… Car nous serons toujours ensemble dans les flammes du péchés, et cet homme compte juste te posséder pour mieux te détruire ! Il pense déjà que tu es sa propriété !

Alors que Laura éclatait à nouveau de rire, une sorte de blanc se forma dans la tête de Ruvik qui chercha à faire taire la voix de sa soeur. Le détective, de son côté, continua de se justifier alors que son partenaire fronça les sourcils sans l'écouter. Ruvik se dégoutait lui même : Être aussi faible pour espérer de telles choses n'étaient pas acceptable ! Sa soeur avait raison, il ne fallait faire confiance à personne. Comment avait-il pu oublier une chose aussi évidente ? Quelque chose se brisa en lui, il ne serait pas à Sebastian, il ne l'appartenait pas et ne dépendra jamais de personne pour vivre ! A cette pensée, Ruvik exprima agressivement ce fait à Sebastian, cette remarque étant prononcés plus pour lui-même que pour le détective.

Juste après, une idée traversa son esprit et le détendit : Il n'avait qu'à générer une dispute pour clôre leur relation en lui demandant n'importe quoi. Le scientifique s'amusa donc à tester Sebastian en lui proposant un bain et un traitement royal. En ordonnant cette idiotie, il s'attendait à être repoussé et à créer un semblant de dispute qu'il pourrait progressivement aggraver jusqu'à briser leur amour par la haine. La colère étant un sentiment qu'il maîtrise parfaitement, surtout lorsque c'était celle du grand brun.

Prêt à gérer ce différent, le grand imbécile brun répondit pourtant à ses attentes sans sourciller en l'entraînant au bain ! Pourquoi ne faisait-il jamais les choses comme le désirait Ruvik lorsqu'il le souhaitait ?

Il sentit par la suite la main chaude du grand brun caresser son visage une fois dans l'autre salle. Le scientifique releva les yeux et retrouva le sourire chaleureux de l'hispanique, il l'avait déjà vu par le passé, lors de son premier cauchemar ici. Un frisson parcouru le jeune homme qui avait encore envie de lui… Une dernière fois… Il voulait enregistrer chaque parcelle de son corps en lui, et c'est ce qu'il fit avant de partir cette nuit, avant la fin...

Lorsque l'instant fatidique se produisit, Ruvik avait décidé de partir silencieusement pendant qu'il dormait. Mais là encore Sebastian ne lui rendit pas la tâche facile, et il dû cracher tous son venin pour le briser. Il dû même user de son pouvoir en y mettant toute son énergie pour le faire taire. Rien n'était jamais facile avec lui... Une fois évanoui, Ruvik vit une larme descendre le long de la joue de son partenaire endormi pour s'écraser sur sa main qui avait effleuré sa tempe.

-C'est fini Seb, conclut-il.

Il l'allongea dans le lit et lécha son unique larme. Habituellement salée, celle-ci avait quelque chose d'amère…

Il retira les bris de verre plantés dans le pied du grand brun puis récupéra les clefs de sa voiture : A force de voyager avec lui, il avait comprit dans les grandes lignes comment fonctionnait le véhicule.

Une fois dedans, il jetta un dernier regard sur cette maison qui lui rappela un instant son ancienne demeure. A présent, il devait partir, le plus loin d'ici. Il démarra donc en trombe, la pluie s'écrasant brutalement sur le pare-brise en laissant à Ruvik un sentiment de malaise indescriptible. Son coeur battait vite au fur et à mesure qu'il s'éloignait et son ventre lui faisait mal. Ces symptômes devaient représenter un sentiment particulier, mais le scientifique ne voulut pas savoir lequel.

Après une heure de route qui lui semblait être des années, Ruvik chercha à se rendre à nouveau dans la ville qu'ils avaient visités le matin-même, juste avant l'incident de la voiture. Il espérait retrouver celle qui les avait hypothétiquement suivit et avait retenu le modèle ainsi que sa plaque d'immatriculation.

Après quelques recherches dans la base de données policière lorsqu'il était rentré chez sebastian plusieurs heures plus tôt, il pût récupérer les informations désirées et savait précisément où cette personne habitait en comptant aller à sa rencontre.

A ce moment-là trois options s'offraient à lui :

-Soit le profil inscrit dans la base de donnée était complètement faux et il ne trouverait rien, cela prouvant que Ruvik et Sebastian étaient surveillés par Mobius.

-Soit il le trouverait mais devrait se battre avec pour obtenir des réponses si c'était bien un espion.

-Soit sa paranoïa le trompait et il rencontrerait un innocent qu'il devra tuer pour le garder sous silence.

Tuer… depuis qu'il avait été récupéré, il ne ressentait plus ce besoin morbide de s'en prendre aux gens ou d'expérimenter leur corps. En sortant du STEM sous les traits de Leslie, il avait déjà sentit quelques changements s'opérer en lui. Était-il en train de mourir à petit feu ? En plus de Sebastian, il était lui-même en train de se perdre, d'oublier sa propre identité, il avait même failli enterrer définitivement Laura en faisant son deuil…

Allait-il quitter les flammes de la haine qui l'anime pour une autre personne que lui-même ? L'idée de ne plus exister sans avoir appliquer sa vengeance sur le monde l'horrifia. Les humains devaient payer, tous autant qu'ils sont.

Toujours sous la pluie, Ruvik atteignit la clairière ou s'était garé Sebastian, la personne qu'il cherchait vivait à cet endroit, un peu en retrait de la ville la plus proche. Le scientifique ne pouvait pas rêver mieux pour un interrogatoire.

Lorsqu'il se gara, il n'y avait pas la voiture, et aucune lumière n'était allumée. Une fois dehors, Ruvik s'approcha vers la fenêtre : l'intérieur était habitée, quelqu'un vivant bien ici. Si c'était la personne qu'il cherchait, l'adresse était la bonne mais il devrait attendre son retour.

A présent tous ses sens étaient en éveils : il n'avait plus ressenti cette insécurité depuis qu'il vivait avec Sebastian. L'excitation générées par un éventuel danger d'être attaqué à tout moment revenait l'habiter, le scientifique retrouvant peu à peu de sa paranoïa qui aiguisait ses pulsions meurtrières. Son sang pulsait dans tout son corps, son cerveau avait des fourmillement qui stimulait son attention. Son envie de retrouver cet inconnu fit accélérer son coeur et, lorsqu'il posa une main sur la porte d'entrée, Ruvik se téléporta à l'intérieur : ses pouvoirs étant à nouveau opérationnels !

C'était donc bien Sebastian le problème… Mais comment ?

Mettant de côté la réponse à cette question, le scientifique ferma la paume de sa main, un rictus mauvais déformant son visage. Il s'asseya dans un coin sombre de la pièce et attendit, tapi dans l'ombre, le retour de sa proie qu'il comptait éviscérer avec lenteur lorsqu'il aurait fini son interrogatoire.

Plus les secondes passaient, et plus ses pensées redevenaient logique et claires dans sa tête. Il avait l'impression de s'être réconcilié avec lui-même en prenant le choix de quitter le détective. D'ailleurs, comment avait-il pu autant accepter un tel mode de vie ? Ressentir quelque chose pour quelqu'un, vouloir être aimé, être rassuré, c'était comme cracher sur tout ce qu'il avait bâti jusqu'à présent, comme brûler toutes ces années de recherches à cause de quelques semaines de batifolages sans intérêts.

Ruvik prit à nouveau du recul sur cette histoire, se détachant de plus en plus de sentiments qu'il avait fait naître ces derniers temps en les noyant dans sa raison :

Ruvik ne pourrait jamais retourner à une vie normale et il ne l'avait jamais désiré contrairement à ce qu'avait voulu lui faire croire le grand brun. Cet idiot l'avait entraîné dans son utopie et il avait failli réussir. Il ne devait plus jamais l'approcher, et heureusement pour lui, Sebastian ne pourrait jamais le retrouver. Le scientifique avait déjà gagné du temps en l'assomant et en lui volant sa voiture.

Le jeune homme devait aussi penser à l'organisation. Mobius finirait à nouveau par le rechercher, mais maintenant qu'il avait retrouvé ses pouvoirs Ruvik se sentait de nouveau invincible. Le monde n'attendait plus qu'à trembler face à la vague de terreur que l'albinos comptait engendrer. Et son châtiment commencerait avec cet inconnu qui servirait de premier sacrifice à sa folie, qu'il soit innocent ou non.

Bonjour tout le monde, merci d'avoir suivi l'aventure jusqu'à ce chapitre, j'espère vraiment que vous avez passé un aussi bon moment que j'ai à l'écrire^^

Petite info : Jusqu'à présent j'avançais en improvisant pas mal la suite mais je viens d'avoir un ligne directrice sur l'avenir de notre duo. Cela engendra une saison 2 qui sera l'après the Evil Within 2. Du coup je vous invite à également regarder le second jeu vidéo avant ma seconde saison.^^ J'ignore à partir de quand elle va se faire, mais cela ne devrait plus tarder. D'içi-là bonne lecture.