Wouhou je suis dans les temps que je m'étais fixé, la vie est belle *0* Malgré le boulot qui commençait plus sérieusement cette semaine, j'ai quand même pris du temps en soirée pour avancer dans l'écriture et j'ai déjà commencé le chapitre 16 qui risque de figurer parmi mes préférés vu ce que j'y prévois, soyons proud! Mais commençons par ce présent chapitre qui m'a filé un peu de mal, je dois l'admettre. Le contre-coup des précédents chapitres arrive et ce n'était pas facile à écrire quoi que j'ai adoré le faire! Je préviens quand même qu'il n'y a pas beaucoup d'action dans celui-là comparé aux derniers chapitres -faut dire que j'avais donné la claque dans ceux-là XD- mais il faut bien une pause de temps en temps pour laisser à la poussière le soin de retomber un peu!
TheBoneyKingOfNowhere : Ton manque de souplesse me rassure sache-le, même si je me sens mal pour ta manucure! ... Mensonge? Ouais peut-être un peu, mais parfois il faut savoir être sadique jusqu'au bout et j'assume totalement mes fins de chapitre en suspense muhahaha =p Si tu aimes Milie fragile, tu devrais l'apprécier dans les chapitres à venir. Toute l'affaire Elijah l'a bien ébranlée et, comme tu dis, elle a atteint sa limite la pauvre :(
J'espère que la réaction de Daryl te plaira aussi! En me relisant j'ai remarqué que je ne l'intériorise pas autant que Milie à ce niveau-là, du coup j'ai rajouté des lignes pendant ma correction pour le faire, mais je suis pas sûre que ce soit suffisant =/ En tout cas, espérons que je pourrai dire défi relevé! Ça m'a bien plus de faire un chapitre plus "psychologique", ça change!
L'inspiration va et vient, mais pour le moment ça coule doucement. Espérons que ce soit une bonne vitesse de croisière, comme ça, je serai peut-être en mesure de publier un chapitre par semaine dans les temps à venir. Du moins c'est l'objectif que je me fixe, pour le reste, qui vivra verra, mais je compte bien sur le début prochain de la S3 pour me motiver à fond *.*
Bloody-Lolita1990 : Bienvenue à toi dans le cercle de lecteurs/reviewers de TWD en fr! -ouais on est si peu nombreux qu'on finit vite par se connaître par ici =p- Tu commences en force avec une alerte et un favori, tu t'arranges pour qu'on se souvienne de toi longtemps! (Parce que je sais que tu suis aussi TheBoneyKing haha!) Merci pour les encouragements et également pour le commentaire sur mon style d'écriture. Comme c'est un truc que je contrôle plus ou moins comme je me laisse surtout guider par l'ambiance de ce que j'écris, on va pas s'en plaindre! XD
Tu es la première qui me dit que mon Daryl est trop bavard, mais c'est sûr que si on compare avec la série, il babille sans arrêt dans ma fic puisqu'il est dans pratiquement toutes les scènes =p Mais je suis contente que tu ais quand même su trouver le Daryl que tu aimes dans ma fic. D'ailleurs à ce propos, je prépare à notre chasseur préféré des choses pour bientôt que tu devrais aimer si je me fis à ce commentaire!
Point de Suture : Malgré ton absence tu n'es point oubliée sache-le! Ça ma fait super plaisir de recevoir ton PM et d'avoir un peu de tes nouvelles. Courage pour les temps occupés et quand tu auras le temps de t'arrêter pour lire un peu, j'espère que ta dose de TWD te fera du bien ;)
Sur ce, je vous souhaite encore une fois bonne lecture -oui je le dis à chaque fois et pis après è.é- et tout commentaire est le bienvenue. Ça fait toujours plaisir de savoir que ce qu'on fait est apprécié!
Chapter 14 ;; Aftermath
Le trajet jusqu'à la prison fut plutôt silencieux. Daryl avait vaguement répondu à la question de Glenn en disant surtout que le groupe de survivants qu'ils avaient rencontré était à éviter et qu'ils étaient dangereux. Ils s'étaient arrêtés à l'endroit où Milie avait caché la jeep de Carol. Glenn, Jake et Jackson avaient fait le reste du trajet avec la jeep. Une pluie fine s'était mise à tomber et Milie était plus que ravie d'être à l'abri dans le pick-up plutôt que dehors en pleine forêt à tenter de fuir cette bande de cinglés. Le reste du trajet fut silencieux et quand elle vit la silhouette de la prison se dessiner au devant d'eux, Milie se retrouva dans le même état où elle l'avait vue la première fois. Un mélange de soulagement et d'euphorie. Derrière ces remparts, elle serait en sécurité. Ce qui avait été ces trois jours était maintenant bel et bien terminé… Mais à quel prix?
Le pick-up s'arrêta devant les portes en fer. Glenn et Jackson descendirent de la jeep de Carol pour aider à ouvrir le portail puis ensuite le refermer avec T-Dog et Maggie. Ils montèrent ensuite à l'arrière du 4x4 et Rick conduisit le véhicule jusqu'à l'entrée principale du bâtiment. Dans l'embrasure de la porte, Milie pouvait déjà voir les autres massés là à les attendre. Le shérif éteignit le moteur. Lui et Alvarez furent les premiers à sortir du véhicule, suivit de Jake qui quittait la jeep de Carol. Daryl ouvrit sa portière et Rick vint l'aider à descendre. Jackson s'était dépêché de rentrer à l'intérieur de la prison pour s'abriter en compagnie de Jake, Maggie et T-Dog. Milie se glissa lentement sur le siège jusqu'à l'autre portière plutôt que d'attendre que Daryl soit sorti.
Glenn vint lui ouvrir la portière et l'asiatique demeura à proximité, prêt à l'aider si elle avait besoin. La jeune femme lui sourit à cette attention. Elle put cependant descendre du véhicule d'elle-même sans problème. Son épaule gauche lui faisait un mal de chien, mais tant qu'elle ne la bougeait pas, la douleur était encore tolérable.
Quand elle mit les pieds au sol, Glenn referma la portière et rentra à son tour pour se mettre à l'abri de la pluie. Rick soutenait Daryl pour qu'il évite de s'appuyer inutilement sur sa jambe blessée et se dirigeait également vers l'entrée. Milie leur emboita le pas et quand elle passa la porte, elle sentit une main la presser gentiment dans le bas du dos.
« Ne me touche pas » lâcha-t-elle froidement à l'intention de Ray qui fermait la marche.
« Milie… »
« J'ai dit que je ne voulais plus t'entendre » coupa la demoiselle.
Le lieutenant ferma la porte et tous les autres s'étaient arrêtés dans leurs mouvements.
« Ça tient toujours » ajouta-t-elle calmement.
« Ça va, j'ai merdé » accorda le soldat, « mais il est en vie et toi aussi. »
Milie fit brusquement volte-face. Elle tendait devant elle le pistolet que Daryl lui avait rendu sur le trajet du retour, le pointant sur Ray.
« C'est ta faute. Tout ça c'est ta faute! »
Sa voix plus forte sur la fin s'était déformée sous le coup de l'émotion. Sans lui pour laisser tomber Daryl et l'abandonner là-bas, rien de tout ça ne serait jamais arrivé. Son amant n'aurait pas été torturé. Elijah n'aurait jamais existé! Ce qu'il lui avait fait ne se serait jamais produit.
Daryl vint lentement abaisser l'arme, mais Milie la serrait toujours aussi fort, sa main tremblant d'un mélange de rage et de douleur.
« Milie, ça sert à rien » tenta le chasseur. « Ce qui est fait est fait. »
« C'est de sa faute » répéta-t-elle.
« Hey, tu m'as pas laissé buter Merle, je te laisserai pas avoir ce plaisir » plaisanta l'autre.
Il lui retira doucement le pistolet de la main et la jeune femme n'opposa aucune résistance, fermant simplement les yeux en tournant dos à celui qu'elle considérait autrement fois comme un membre de sa famille. Elle ne voulait plus le voir. Elle ne voulait plus l'entendre.
« Merle? » s'enquit Lori, surprise.
« Ouais, il a réussi à s'en sortir » annonça Daryl.
La haine se sentait parfaitement quand il prononça ces mots. Lasse, Milie serra à nouveau son poignet gauche contre elle et Hershel l'invita, Daryl et elle, à se rendre à l'infirmerie pour regarder tout ça d'un peu plus près.
Le chemin jusqu'à l'infirmerie de la prison le fit grincer des dents malgré le support que Rick lui apportait. Il n'y avait aucune marche à monter, heureusement, mais Daryl commençait à avoir plus qu'hâte que cette balle soit extraite de son mollet. Hershel et Maggie ouvraient la marche, le vétérinaire ayant demandé la présence de sa fille ainée pour l'assister. Milie les suivaient.
Il était de plus en plus inquiet pour elle. Ils s'en étaient sortis. Ils étaient rentrés. Ils étaient en sécurité à présent. Pourtant, le moral de Milie continuait de déchanter. Il pouvait le deviner juste à sa façon de marcher.
Là-bas dans la forêt, elle avait abandonné. Elle le lui avait dit. Elle avait même tenté de se tuer en causant cette sortie de route avec la voiture. Il le savait. Elle n'avait rien répondu quand il avait demandé si elle voulait mourir, mais ses yeux l'avaient fait pour elle. Ils allaient devoir avoir une sérieuse conversation dès que l'arrêt obligatoire à l'infirmerie serait passé.
Une fois sur place, Rick l'aida à se hisser sur la table d'examen de l'une des salles réservées à cet effet, prenant sa jambe blessée par la cheville dans l'idée qu'il s'allonge sur la table, mais Daryl se désista au mouvement. Il posa les yeux sur Hershel et pointa Milie du menton.
« Commence par elle. »
Un peu à l'ouest, la jeune femme jeta un regard perdu à la ronde avant de s'approcher de la table d'examen au signe du vétérinaire. Rick l'aida également à s'asseoir sur la table, puis Hershel lui fit délicatement enlever sa veste. Quand le vieil homme palpa l'épaule, Milie serra les dents et gémit sa douleur.
« Elle est déboitée » décréta le vétérinaire.
« Je sais » assura Milie.
« Je vais devoir te la remettre en place tout de suite » poursuivit-il. « Ça va être douloureux. »
« Je sais » répéta-t-elle sur un ton absent.
« Maggie trouve-moi une attelle ou de quoi en faire une » intima le père à sa fille.
Daryl posa la main sur sa cuisse droite, puisqu'il se trouvait à la droite de la jeune femme. Quand elle lui jeta un regard, il retourna simplement sa main et ouvrit les doigts. Milie s'empara de sa main avec la sienne qui était encore valide pour la serrer. Quand Hershel se mit en position pour lui redresser l'épaule, elle serra ses doigts avec force appréhendant la douleur.
Hershel compta jusqu'à trois, la respiration de Milie se faisant plus forte à chaque chiffre énoncé. Le craquement d'os qu'il y eut fit frissonner le chasseur et le son fut immédiatement suivit des lamentations étouffées de Milie face à la douleur infligée. Elle vint appuyer son front contre l'épaule de Daryl qui lui caressa le dessus de la main qu'il tenait avec son pouce.
« C'est fini ma puce » murmura-t-il en déposant un baiser sur le dessus de sa tête.
Elle pleura. Personne ne prononça un mot. Ils devaient être mal à l'aise de la voir dans une telle position de faiblesse puisque la jeune femme ne les avait pas du tout habitués à ce genre de comportement. Maggie revint de sa quête d'attelle avec un drap de lit. Hershel en découpa une partie en carré puis le plia en deux pour créer un triangle. Il passa ensuite l'attelle de fortune au bras de Milie qui s'empressa ensuite de quitter l'endroit. Ne pas se montrer faible devant les autres. Même maintenant, elle demeurait ainsi faite.
Après son départ, Hershel se chargea de cette maudite balle. Pendant que le vétérinaire et sa fille s'occupait de son mollet, Daryl raconta plus en détail ce qui c'était passé à Rick. Il lui parla de Merle, de l'endroit approximatif de ce camp, de comment les choses fonctionnaient là-bas, d'Elijah. Il énonça absolument tout ce qu'il pouvait au shérif à l'exception de ce qu'Elijah avait fait à Milie. Parce qu'il ne le savait pas exactement, bien qu'il en savait assez pour se faire une image, mais surtout par respect pour la jeune femme. Elle ne méritait pas qu'il divulgue ça. Elle avait assez souffert sans qu'il n'expose cette souffrance aux autres.
Quand le plomb fut sorti de son mollet, Maggie le pansa pendant qu'Hershel jetait un œil au laborieux travail de torture d'Elijah et ce que Milie en avait fait par la suite. Ça n'était pas des points de suture de professionnel, mais ça allait au goût du vétérinaire. Aucune plaie ne semblait s'être infectée et c'était le principal.
À la demande du chasseur, Rick l'aida à se rendre à l'étage jusqu'au corridor qu'ils occupaient comme milieu de vie principal, puis jusque devant la porte de sa chambre où le berger allemand était en train de gratter pour pouvoir entrer. Daryl avait l'impression qu'il n'avait pas mis les pieds là depuis une éternité. Pourtant, ça ne faisait que quatre jours.
« Je vais aller mettre les autres au parfum » indiqua le shérif. « Hésitez pas à demander si vous avez besoin de quoi que ce soit et je vais demander aux filles de vous faire quelque chose à manger. »
Daryl hocha simplement de la tête en guise de remerciement. Il flatta furtivement le chien avant de le pousser gentiment de son chemin. Si Milie ne l'avait pas fait entrer, c'était qu'elle ne voulait pas l'avoir dans les pattes pour le moment. Mettant tout son poids sur sa jambe qui n'était pas blessée, il tourna la poignée et entra dans la pièce avant de refermer la porte au museau de l'animal.
Le spectacle qu'il y découvrit lui serra le cœur. Maladroitement à cause de son bras en attelle, Milie se trouvait dans un coin de la pièce. Elle s'était débarrassée de ses baskets, ses chaussettes et son jeans. Elle se frottait frénétiquement l'intérieur des cuisses avec un linge détrempé qui dégoulinait sur le sol. Elle n'avait pas pu l'essorer convenablement d'une seule main. La peau de ses cuisses était rouge d'avoir été trop frottée.
S'approchant d'elle, le chasseur lui retira la guenille dès qu'elle fut à portée de main et la déposa dans la bassine d'eau qui se trouvait sur le bureau.
« Tu vas te faire mal si tu continues comme ça. »
« J'arrive pas à l'enlever » se plaignit Milie. « Il est partout sur moi, je veux l'enlever. Enlève-le. »
Elle leva le menton pour le regarder en face. Cette sensation de saleté, de souillure, il fallait qu'elle parte au plus vite. Elle était déjà restée trop longtemps sur elle. Sans compter le poids de la culpabilité. Elle n'avait pas entendu ce qu'Elijah lui avait dit dans l'oreille, mais elle savait. Elle l'avait vu tout de suite sur le visage de son amant. Et puis, c'était tout à fait le genre d'Elijah d'infliger ce genre de torture psychologique. Sans doute encore plus que la torture physique. D'une main douce, mais ferme, contre sa nuque, Daryl l'attira contre lui prenant soin de ne pas toucher son épaule blessée.
« Il faut que tu l'enlèves » gémit-elle tout bas en accrochant son bras droit à la taille du chasseur.
Il fallait qu'il y arrive. Qu'il évince ce qu'il y avait d'Elijah sur elle. Elle en dépendait. Elle n'était pas certaine de pouvoir continuer, mais s'il n'y arrivait pas, alors elle savait qu'elle ne pourrait pas. La bête l'avait dévorée toute crue. Elle avait le sentiment qu'il ne restait plus rien d'elle que l'épave charcutée d'une carcasse vide et une âme brisée.
« Je vais le faire » assura Daryl de sa voix base et rauque. « Je vais faire tout ce que tu veux, mais d'abord, tu vas respirer un grand coup et te calmer. Tu peux faire ça pour moi? »
Il se détacha légèrement d'elle pour pouvoir la regarder dans les yeux. Elle hocha faiblement de la tête en un mouvement tremblant et pris une petite inspiration à défaut d'une grande. Elle dut répéter l'opération au moins trois fois avant d'arriver à calmer ses spasmes et prendre une lente et profonde respiration.
« C'est ça ma puce » encouragea le chasseur. « Encore une. »
Elle obéit. Autant de fois qu'il lui dit de recommencer. Le petit chat apeuré qu'elle était devenue n'était pas en mesure de faire quoi que ce soit d'autre que de se soumettre à la bonne volonté de Daryl. Puis il l'aida à se dévêtir complètement et nettoya chaque centimètre carré de peau avec toute la douceur du monde. Elle se braqua sans le vouloir à quelques reprises, mais Daryl n'en fit aucun commentaire et n'en paru même pas blessé. Pourtant il aurait dû. C'était lui. Elle ne devrait pas chercher à se soustraire à son touché même si ce n'était pas quelque chose qu'elle contrôlait réellement.
Quand il eut terminé, il l'aida à enfiler des sous-vêtements et une chemise propre. Il boutonna la chemise tout aussi lentement que chacun des gestes qu'il avait posés avant ça. Puis il lui remit son attelle.
« Je suis désolée » murmura-t-elle quand il termina le nœud à son épaule droite qui soutiendrait l'attelle.
Appuyé sur le rebord du bureau pour reposer sa jambe blessée, Daryl quitta le nœud des yeux pour les diriger sur son visage, posant les mains sur le meuble pour se soutenir davantage. Elle détourna le regard, incapable de le regarder en face bien malgré le fait que ses yeux bleus n'eurent jamais été aussi doux qu'à cet instant.
« T'as pas à l'être. »
« Mais… »
« Milie » coupa-t-il avec tendresse.
Il se redressa complètement, prenant garde à ne pas mettre de poids sur sa jambe et prit son visage entre ses mains.
« Des cicatrices, on en a tous. Les tiennes ne se voient pas, c'est tout. »
Ses yeux rougirent sans qu'elle ne puisse le contrôler. C'était presque les mots qu'elle lui avait dit lorsqu'elle avait vu son torse la première fois. Il la serra à nouveau contre lui et elle pleura même si elle avait cru ne plus avoir une seule larme en elle. Elle n'avait plus à porter le poids du secret. C'était à la fois libérateur et terrorisant, bien qu'il lui ait fait comprendre qu'il l'acceptait.
« J'ai peur » lui avoua-t-elle.
« Il te fera plus jamais de mal. »
« Je sais, c'est pas ça. J'ai… j'ai peur de plus arriver à… »
Elle n'arrivait même pas à le dire. Quand il l'avait lavée, elle s'était sentie si mal à l'aise. Mais elle n'avait pas besoin de l'expliquer avec des mots. Le regarder avait suffit à lui faire comprendre et il soupira avant de l'embrasser sur le front et de la bercer doucement contre lui.
« On fera rien que tu veux pas faire, t'inquiète surtout pas de ça d'accord. J't'aime tellement. Qu'on soit là, ensemble, ça me suffit » certifia le chasseur.
Sa tête fit plusieurs mouvements de bas en haut tandis que son nez était niché dans le cou de son amoureux pour se convaincre elle-même de ce qu'il disait. Elle avait confiance en lui, là n'était pas la question. Jamais il ne lui ferait le moindre mal, elle le savait. Mais la peur n'était pas là. Elle ne voulait pas restée sur ce dégout maladif du sexe. Elle ne voulait pas qu'Elijah réussisse à leur enlever ça. Qu'il arrive, au final, à la séparer de son amant. Pourtant, à cet instant, c'était bien ce qu'il semblait avoir fait…
Après qu'ils eurent englouti le repas que Carol leur avait préparé et apporté, Milie s'était mise au lit, l'épuisement physique ayant raison des tourments psychologiques. Daryl s'était lavé, avait pu se délecter du plaisir de porter enfin des vêtements propres puis sorti de la chambre sans bruit pour se rendre aux toilettes. Sur le chemin du retour, il remarqua Alvarez devant la porte de leur chambre et le chasseur accéléra le pas malgré son mollet boiteux qui tirait à chacun de ses pas.
« Fout le camp de là » ordonna Daryl, revêche.
« Il faut que je lui parle » s'entêta le lieutenant.
« Elle dort et elle veut pas te parler au cas où t'aurais pas encore compris. »
« Elle a pointé une arme sur moi. Il faut qu'on en parle. »
Daryl se mit entre le soldat et la porte, son instinct protecteur prenant complètement le dessus. Milie avait vécu suffisamment d'émotion forte pour le reste de l'année au minimum et il était hors de question qu'il laisse ce type là ruiner tout le temps qu'il avait mis à la calmer.
« Mais t'es complètement con en plus d'être bouché? » s'étonna le chasseur. « Elle se repose. Tu viendras ramper pour ton pardon une autre fois, j'en ai rien à foutre que ça te plaise ou pas! »
« Écoute Daryl… »
« Oh-oh, non, me parle pas comme si on était pote. Tu peux pas me saquer et j't'aime pas non plus. Que tu m'ais laissé là-bas je m'en fous, j'aurais fait pareil avec toi. Mais que tu l'ais laissée partir pour me chercher, ça par contre ça me pose un méga problème. »
« Si j'avais su ce qu'elle avait en tête… »
« Ouais, bha c'est justement ça le problème avec toi Alvarez » coupa Daryl sans la moindre délicatesse. « Tu sais pas anticiper. Tu réagis toujours trop tard. »
« Tu la mérites pas » cracha l'autre pour ultime défense vaseuse.
«Mais c'est pas à toi ou à moi d'en décider » rétorqua le chasseur. « Tu l'approches plus, tu la regardes même plus. Si elle a envie de te parler, elle le fera elle-même. Autrement, je te jure que je te tue. »
Alvarez parut plutôt choqué par la menace, ce qui encouragea Daryl à finir de lui livrer le fond de sa pensée.
« Je lui ai pas enlevé le flingue pour toi. Je l'ai fait pour elle. Elle pourrait vivre avec ta mort sur sa conscience, je l'sais, mais je préfère pas lui infliger ça. Elle a assez donné. Maintenant dégage. »
Sans lui accorder un regard de plus, Daryl ouvrit la porte et laissa même le chien entrer avant de la refermer sur le soldat. Il dut retenir le chien de se jeter sur Milie en le tenant par la peau du cou. Quand l'animal fut calmé et allongé la tête appuyée sur les jambes de sa maîtresse, Daryl se glissa à son tour sous les couvertures. Épuiser était un euphémisme et il s'endormit dès que sa tête toucha l'oreiller. Il avait enfin droit à son sommeil profond et réparateur dont il avait tant besoin. Un sommeil que, jusqu'à présent, il n'avait pu connaître que dans cette prison.
Les jours suivants se déroulèrent sans accro majeur, pourtant, Daryl demeurait septique et inquiet. Rick avait décidé d'instaurer une garde permanente à la tourelle d'observation de la prison pour être bien certain que le clan d'Elijah n'ait pas retrouvé leur trace et tente de les envahir. Une fois l'horaire des tours de garde déterminé, chaque homme s'y pliait. C'était d'ailleurs la seule chose que Daryl avait été autorisé à faire. Il avait voulu aller chasser pour se rendre plus utile, mais Rick le lui avait formellement interdit. Il devait uniquement se soucier de Milie, de lui et de sa jambe. Il avait cependant insisté pour commencer ses tours de garde en même temps que les autres, argumentant sur le fait qu'il pouvait très bien garder les yeux ouverts en demeurant assis sur son cul. Son plaidoyer avait fait son effet et Rick lui avait accordé de participer aux tours de garde, mais uniquement à cette tâche.
Pourtant, son inquiétude ne résidait pas vraiment dans les hommes vengeurs d'Elijah ou même dans son frère qu'il n'avait pas tué comme il l'aurait souhaité. Elijah était mort. ce qu'il lui avait infligé, il n'était pas le premier et Daryl savait l'encaisser. Son frère? Il n'était peut-être pas mort, mais pour le chasseur, il l'était. Merle lui avait tourné le dos quand il avait le plus besoin de lui. Leur lien de sang n'était plus suffisant pour que Daryl le considère encore comme un frère. Non, toute son inquiétude était rivée sur Milie. Elle n'allait pas bien. Malgré les jours, malgré le repos et les forces qu'elle avait été en mesure de reprendre, elle n'allait pas bien.
Elle était lente, sans réflexe, elle errait dans la prison et dans la cour intérieure toute la journée comme si elle ne savait pas quoi faire pour se rendre utile ou même juste pour s'occuper. La Milie qu'il connaissait ne faisait pas rien. Chaque jour, elle avait une nouvelle idée pour se rendre utile, pour apporter plus de confort à leur mode de vie. Peu importe ce que Rick planifiait comme tâches à accomplir, elle était toujours la première à choisir quelque chose avec entrain et bonne humeur. Elle ne se plaignait jamais du travail à faire, en faisait souvent plus que demander.
Depuis leur retour, elle ne faisait rien. C'était à peine si elle n'était pas un corps vide de rôdeur qui marchait au hasard en espérant tomber sur un peu de chaire fraîche. Elle faisait peine à voir et Daryl ne savait pas quoi faire. Le premier jour, il s'était dit que ça lui prendrait du temps. Elle allait reprendre le dessus. C'était Milie. La femme la plus battante qu'il n'ait jamais connu. Mais son état ne s'était pas amélioré. Il était même tenté à croire le contraire. Chaque jour, ses yeux brillaient un peu moins que la veille.
Du haut de la tour, Daryl pouvait l'observer à l'aide des jumelles. Toutes les minutes, il sondait rapidement les alentours avant de ramener les longues-vues sur Milie dans la cour. Elle était debout, le bras en écharpe, devant la tombe que les autres avaient faite à Marshall pendant leur absence. Elle s'y trouvait depuis une bonne vingtaine de minutes déjà et il n'aimait pas le mauvais pressentiment qu'il en percevait.
Il y eut du bruit dans l'escalier, mais le chasseur ne broncha pas de sa position. Il fallait qu'il trouve un moyen de sauver Milie d'elle-même, sauf qu'il ne savait pas du tout comment s'y prendre. Les hommes, il ne connaissait pas vraiment ça. Les femmes, encore moins! Il n'avait jamais eu à faire face à ce genre de situation au par-avant et ce n'était pas avec Milie qu'il avait cru devoir y faire face un jour. S'il l'avait crue invincible? Oui, jusqu'à un certain point on pouvait le voir comme ça. Mais il devait se rendre à l'évidence, elle ne l'était pas. Depuis qu'ils étaient rentrés, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.
« Daryl, je t'ai apporté de l'eau » fit Carol, une bouteille à la main, lorsqu'elle arriva dans la pièce circulaire de la tourelle.
« Hmm. Merci » répondit-il les jumelles toujours scotchées sur Milie.
Carol s'approcha, posa la bouteille devant lui et suivit la direction des jumelles avant de s'appuyer contre la rambarde pour faire face au chasseur.
« Qu'est-ce qui se passe avec Milie? Je pensais qu'elle serait heureuse de te retrouver... »
Le brun demeura dans sa position d'observation, plus pour cacher son hésitation que parce qu'il continuait réellement de surveiller. Il n'avait parlé à personne de ce que Milie avait dû affronter afin qu'ils puissent s'en sortir. Il doutait fort qu'elle en ait parlé d'elle-même. Par conséquent, personne ne comprenait vraiment pourquoi elle demeurait encore dans cette sorte de léthargie. De leur point de vue, ils ne pouvaient mettre ça que sur le compte de son épaule blessée.
« Ç'a pas été facile » expliqua Daryl, au bout d'un moment, sans trop savoir pourquoi il l'avait dit.
Il se détacha enfin de la jeune femme et délaissa les jumelles pour accorder une véritable attention à Carol. Il se frotta la nuque à la naissance des cheveux et se mordilla la langue avant d'oser continuer. Elle était de loin la personne du groupe avec laquelle il était le plus à l'aise après Milie, mais ça ne voulait pas dire qu'il n'était pas mal à l'aise de se confier. Il avait toujours l'impression de devoir réfléchir une éternité sur les mots qu'il devait dire pour expliquer correctement sa pensée. Pourtant, si une personne pouvait comprendre ce que Milie vivait, c'était Carol, non?
« C'est... compliqué » souffla-t-il pour commencer, incapable d'utiliser les vrais mots qui le rendaient malade rien que d'y penser. « Son épaule… c'est de la petite bière à côté du reste… Et je sais pas quoi faire » admit-il humblement avec une certaine dose d'embarra.
« Le problème c'est que tu peux rien faire » assura tristement la femme comme si elle avait tout compris.
Si vraiment elle avait saisi le sens de ce que Daryl avait aussi maladroitement et vaguement expliqué, il ne voulait pas le savoir. Il n'en dirait pas plus. Par respect pour Milie et parce qu'il ne voulait pas en parler. Elijah ne l'avait pas blessée qu'elle dans cette histoire. Ce qu'il lui avait fait, c'était ce qui tenait Daryl éveillé la nuit. Avoir eu le choix, il aurait remis cent fois la torture que ce fou lui avait infligé plutôt que ce qu'il avait fait à Milie.
« Tu fais déjà la seule chose que tu peux faire, » poursuivit Carol. « Rester à ses côtés, lui montrer que tu es là pour elle. C'est tout ce que tu peux faire. »
« Il faut que je fasse plus. Tu vois bien comment elle est… On va la perdre sinon… et ça j'peux pas. »
« Elle est forte Daryl. Ça peut prendre du temps, mais elle va s'en remettre. »
« Mais elle est pas invincible » contredit le chasseur en admettant ainsi sa propre erreur de l'avoir cru. « Le vase a pas débordé Carol, il a explosé. Et je sais pas comment recoller les morceaux. »
« Le problème, c'est que tu ne peux pas les recoller à sa place. Si elle ne le veut pas, ça ne se fera pas… »
Ça, il le savait déjà. De toute façon, il ne pouvait pas l'obligée à passer ce cap qui la hantait. Ce serait complètement inhumain de sa part. Hors de question qu'il ne fasse même qu'aborder le sujet. Lui-même s'efforçait d'y penser le moins possible puisque ça avait le don de le mettre complètement hors de lui!
Lasse et fatiguée. Dormir n'avait pas supprimé ce problème. Manger à sa faim n'avait rien donné non plus, sinon faire taire son estomac. La douleur à son épaule était moindre comparée aux premiers jours et les séquelles de l'accident de voiture, se dissipaient également. Au lendemain de ce jour-là, elle s'était sentie sans dessus-dessous. Comme si on l'avait retournée comme une vulgaire chaussette. Tout son corps était endolori et elle avait eu l'impression que tous ses organes avaient échangé leur place. Normal était le mot que lui avait dit Hershel lorsqu'elle lui en avait fait part. C'était peut-être normal, mais en attendant, très détestable d'être aussi patraque!
Pourtant ce n'était pas le problème. Ça avait fini par s'estomper, tout comme son épaule endolorie finirait par n'être qu'un souvenir qu'il serait préférable d'oublier. Non, le problème n'était pas là. Elle avait l'impression de devenir folle. Il était là le problème. Les mouvements brusques, les gens qui la touchaient, les bruits, tout la faisait sursauter comme une écolière qui avait peur de son ombre et c'était un grave problème. Elle n'était pas comme ça. Elle ne pouvait pas se permettre d'être comme ça.
Hélas, chaque fois qu'il y avait quelque chose pour la faire sursauter, chaque fois qu'elle fermait les yeux et surtout dans son sommeil, il y avait le visage du diable et sa voix trainante pour la faire frissonner.
« Tu es à moi maintenant. »
C'était ce que cette maudite voix lui susurrait toujours. Mais ce n'était pas ce qui l'accablait le plus, non. C'était qu'elle ne faisait rien pour lui prouver le contraire. Elle n'en avait plus l'énergie. Plus la force. Et, étrangement, aujourd'hui elle avait ressenti le besoin d'en parler à quelqu'un. À quelqu'un qui n'était plus là, mais dans le doute, elle s'était toujours tournée vers lui. Elle espérait, qu'une fois de plus, il pourrait l'aider, même si elle ne voyait pas trop comment il pouvait y arriver d'outre tombe.
« J'ai essayé tu sais, mais je crois que je suis pas taillée pour ça. »
Entre les doigts de sa main droite, elle tenait les plaques d'identification militaire de son père. Ray les lui avaient données le jour où son groupe était arrivé à la prison. La jeune femme était venue se recueillir devant la tombe de Marshall parce que ça lui semblait plus approprié comme endroit pour entrer en contact avec son père disparu.
« C'était pas supposé se passer comme ça… Ma vie… n'était pas supposée ressembler à ça… »
Accroupie devant la roue arrière gauche de la vieille Honda Civic, Milie fixait le dernier écrou avant de se relever en se frottant les mains plus de fierté que pour en retirer la saleté. Appuyé sur le véhicule à côté d'elle, un garçon de son âge jouait à un jeu quelconque sur son téléphone intelligent pour passer le temps. Ils se trouvaient en bordure d'une route passante, mais la circulation n'était pas trop dense.
« Tu sais que c'est pas très viril de faire le piquet pendant que c'est la fille qui se tape le pneu crevé? » railla Milie avec amusement.
« Je suis un homme du nouveau millénaire mon petit canari des îles! »
« Ce qui veut dire? »
« Que je m'en fous et que j'accepte parfaitement mes tares d'homme pas viril! Si t'avais pas été là, j'aurais appelé une dépanneuse et ça m'aurait coûté la peau des fesses en remorquage sans compter le pneu. »
« Oh parce que moi je travaille gratuitement peut-être? »
« Toi, tu me coûteras qu'un diner dans un resto sympa. Et le mieux, c'est que je participe aussi au diner, j'en ai bien plus pour mon argent! »
« Sauf si je décide d'y aller sans toi » contredit Milie. « Je pourrais y aller avec Steve, ça fait longtemps qu'il me tanne pour qu'on fasse quelque chose tous les deux. »
« Steve » répéta l'autre, incrédule. « Steve a demandé à absolument toutes les filles du campus pour devenir son modèle de nu. »
« J'admire sa persévérance. »
« Et pas la mienne? Je t'ai écrit une chanson! »
Milie s'était mise à rigoler en rangeant les diverses choses dont elle avait eu besoin pour changer le pneu dans le coffre arrière.
« Une chanson qui parle de trampoline, de radiateur et de cheveux. J'ai vu mieux comme chanson pour séduire les filles » critiqua la demoiselle en fermant le coffre.
« Ose dire que ça ne te correspond pas » persista le jeune homme en plissant les yeux de manière plus loufoque que menaçante.
« Je n'aime pas les trampolines. »
« Tu n'as pas compris la subtilité de cette partie là. Je faisais référence à mon cœur qui bondit comme sur un trampoline quand je te vois. Tu sais, y'a pas que les peintres pour faire de l'art complexe hein. La musique c'est pas juste prendre des mots au pif dans le dictionnaire et les arranger pour qu'ils riment. »
« … C'est pas ce que t'avais fait pour ton devoir de la semaine dernière? »
Contournant le véhicule pour se rendre à la portière du côté passager pendant que son ami faisait de même du côté conducteur, Milie prit place sur le siège et boucla ensuite sa ceinture.
« Si. J'ai eu un A+ pour l'originalité du texte mais D- pour la profondeur de l'analyse. »
« Difficile de trouver quelque chose de profond à un pingouin qui voyage dans les pays d'Amérique latine en compagnie d'un chien de prairie… sur un skateboard » concéda la demoiselle avec une moue faussement compréhensive.
« C'est les tacos et la jungle amazonienne qui m'ont eu » déplora le musicien en démarrant la voiture.
La sonnerie du portable posé dans le porte-gobelet vint interrompre le rire de la jeune femme et Milie sourit en s'emparant de son téléphone. La sonnerie de la cavalerie, ce ne pouvait être qu'une seule et unique personne!
« Allo papa! » tonna l'étudiante en jouant avec le bouton du volume de la radio pour le baisser pendant que le conducteur s'engageait sur la route. « Je sais que je suis en retard, mais Noah a crevé. On devrait être là dans une demi-heure. Et tu peux être fier, j'ai changé le pneu toute seule comme une grande. »
Face au regard empli de reproche qu'elle lança audit Noah, celui-ci lui tira admirablement la langue comme un gamin avant de ramener les yeux sur la route et Milie lui fila une petite tape à l'épaule juste pour l'emmerder davantage.
« C'est super » répondit la voix du père. « Écoute trésor, je viens de recevoir des ordres et l'unité part dans une dizaine de minutes. »
« Oh… Tu vas où? Tu sais si c'est pour longtemps? » demanda-t-elle sur un ton légèrement déçu.
« Je crois qu'on va devoir remettre notre week-end père-fille ma grande » admit le capitaine. « On part pour Washington, j'ai même pas les détails encore. Mais si ça se trouve, c'est un exercice de routine et on sera retourné à la base avant la fin de la semaine. »
« D'accord. On se fera ça le week-end prochain alors. »
« Je t'aime ma puce, au revoir. »
« Je t'aime aussi. Bye. »
Elle reposa ensuite son portable dans le porte-gobelet en soupirant.
« Tu peux faire demi-tour. C'était sympa de vouloir me déposer, mais l'unité de mon père est déployée pour je ne sais trop quoi. Je suis aussi bien de rester sur le campus et bosser ma prochaine toile. »
« Nha, mais tu te fous de moi! Je vais pas te laisser t'enfermer dans un local plein de vapeurs de peinture pour un week-end de trois jours! Une maison vide de capitaine du corps des marines nous attend bébé, nous avons le devoir d'en profiter! » claironna Noah avec passion, ayant même le poing en l'air.
« Je n'ai pas l'intention de faire quoi que ce soit de pas catholique dans la maison de mon père » l'averti Milie.
« Aaaaah, Emilie Collins, que tu as l'esprit mal tourné! »
« Et pas toi peut-être? »
« Je pensais à cuisiner mon célèbre gâteau au chocolat » répondit le musicien avec l'innocence d'un nouveau-né. « Et sinon… dans la piscine ça compte pour la maison de ton père? »
Elle lui fila une autre claque à l'épaule, mais bouffa de rire. Noah était un clown qui ne prenait rien au sérieux. C'était d'ailleurs pour ça qu'il lui plaisait. Tous les jours étaient de la pure rigolade avec lui et il n'avait pas son pareil pour faire sourire après les mauvaises nouvelles.
« Ce que tu m'as appris devait me servir pour un évier qui fuit ou un pneu crever… mais pas pour ça… »
Elle caressa les plaques du pouce et renifla pour éviter de se remettre à pleurer. Elle avait déjà beaucoup trop pleuré ces derniers jours.
« Je devrais être à l'école en train de peindre ma dernière toile du trimestre » poursuivit-elle avec nostalgie. « Et Noah m'empêcherait de travailler avec ses rimes stupides. »
Elle sourit tristement en songeant à toutes ces chansons ridicules dont son ami disparu avait le secret. Il lui suffisait d'un mot pour se lancer dans un couplet loufoque qui ne pouvait que faire rire. Ces journées lui manquaient. Noah lui manquait. Son père lui manquait.
« Au lieu de ça les morts marchent et les gens sont devenus des monstres encore pire que les rôdeurs » enchaîna la jeune femme, les yeux fixés sur les plaques militaires de son père. « Tu peux me dire à quoi ça sert d'essayer de vivre là-dans? »
« C'est qui Noah? »
La voix de Carl l'avait complètement prise par surprise et Milie en sursauta. Un enfant. Un enfant l'avait surprise. Elle ne l'avait pas du tout senti ou entendu arriver. Elle aurait dû. Avant, elle n'aurait pas eu peur. Carl s'approcha plus lentement après s'être rendu compte qu'il l'avait effrayée. Le chien qui l'accompagnait ne ralentit pas sa marche et vint se frotter contre les jambes de Milie avec affection, reniflant vaguement les plaques que la jeune femme avait échappées sous le coup de la surprise. Une fois à sa hauteur, Carl se pencha pour les ramasser et les lui tendit.
« Merci » souffla-t-elle en les reprenant de sa main droite.
« C'est qui Noah? » répéta l'enfant.
« Un ami de l'école d'arts. Il est… il était dans le cursus de musique. Il était dans le premier groupe de rescapés avec qui j'ai été. »
« Il est mort? »
« Je ne sais pas » admit Milie en rangeant les plaques dans la poche de sa veste pour ensuite y laisser sa main. « Une horde nous est tombée dessus et le groupe a été dispersé. Je n'ai pas été capable de les retrouver ensuite. Ça va faire six mois. S'il n'est pas mort, il peut être n'importe où. »
« Moi, je suis content que tu les ais pas retrouvés. Tu sais faire plein de trucs cool. J'aimerais bien que tu me montres! Enfin, quand t'auras plus mal au bras. »
Milie sourit vaguement. Il n'y avait qu'un enfant pour vous dire qu'il était content que vous ayez perdu un être cher avec autant d'innocence et sans aucune arrière pensée malfaisante.
« On verra. »
« … Milie? »
« Hmmmm? »
Elle sortit son regard du vague et le posa plus précisément sur le visage du gamin. Il avait une expression calme et confiante comme s'il détenait les plus sages secrets du monde entre ses mains.
« Je crois qui faut vivre parce que c'est tout ce qu'on peut faire. Et pis on a besoin de toi. »
La jeune femme resta coite tandis que Carl lui glissait un sourire avant de partir rejoindre le bâtiment, tranquillement, mains dans les poches. Cet enfant était sidérant par moment.
Quittant le bâtiment principal, Daryl venait de terminer son tour de garde. Jackson l'avait relayé tout juste deux minutes plus tôt et le chasseur avait décidé de rejoindre Milie dans la cour. Il croisa Carl qui venait en sens inverse et trouva son amante avec une expression à demi surprise et à demi choquée. Comme si elle ne savait pas quoi penser.
« Hey » fit-il en s'approchant doucement. « Ça va? »
Le berger qui fouinait autour vint passer entre ses jambes pour s'asseoir à ses pieds. Daryl lui caressa les oreilles par habitude sans se détacher de Milie. Qu'elle ne réagisse d'aucune façon lui fit froncer les sourcils et il passa une main devant ses yeux pour la sortir de la lune.
« Milie? »
« Hein quoi? »
« Est-ce que ça va? » redemanda le traqueur.
« Hum ouais… Juste Carl. Il est… surprenant des fois. »
« C'est un gamin qu'y'en a dedans » concéda Daryl en brassant un peu la tête du chien pour lui faire plaisir.
Il laissa un temps mort se prolonger à un peu plus d'une minute, flattant le berger qui ne se lassait pas d'être le centre de l'attention. Le silence devint rapidement pesant. Il en avait de plus en plus la tendance depuis leur retour aux bercails et ça faisait partie des choses que Daryl déplorait. Ce n'était plus pareil entre eux. Certes, ce n'était ni de la faute de Milie, ni de la sienne, mais ils ne pouvaient pas continuer sur cette pente descente. Ça finirait par avoir raison d'eux et ne pouvait pas accepter que ça se produise en gardant les bras croisés.
« Milie, j'ai besoin de savoir » aborda finalement le chasseur en écartant l'animal pour mettre plus de poids à ses paroles. « Est-ce que t'aurais préférée te tuer quand la voiture a percutée l'arbre? »
La jeune femme détourna immédiatement le regard pour le poser sur le bout de ses pieds. Il n'avait pas besoin de mots pour comprendre qu'il s'agissait d'un oui, mais ils devaient avoir cette discussion. Autrement, les choses ne feraient que continuer de décroitre jusqu'à ce que l'irréparable se produise.
« Je croyais que t'étais mort et qu'il allait encore… »
Elle s'arrêta là dans sa réponse, déglutissant pour contrôler un arrivé de sanglots qu'elle cherchait à retenir.
« Et maintenant, tu le voudrais? »
Milie releva ses yeux sur lui. Il avait peur de la réponse qu'elle lui donnerait. Peur qu'elle lui dise qu'il ne suffisait pas. Que peu importe ce qu'il ferait, ça ne serait pas assez pour lui redonner goût à la vie.
« Je sais pas » avoua-t-elle. « Peut-être. »
Daryl se mordit la langue pour ravaler toute réaction. Il se passa le revers des doigts sous le nez et renifla un peu avant de porter les mains à ses hanches.
« Et c'est tout, y'a rien que je peux faire pour éviter ça? » s'énerva-t-il sans arriver à se contrôler davantage. « Je suis supposé rester là à attendre sans rien faire que tu décides du bon jour pour te suicider?! »
« T'as qu'à me filer un flingue qu'on règle ça tout de suite! » lui répondit-elle avec cette même mauvaise humeur naissante.
Piqué au vif, le chasseur dégaina le pistolet qu'il trainait en permanence sur lui et lui plaqua dans la main droite sans la moindre tendreté.
« Vas-y, te gêne pas » cracha-t-il.
Le menton tremblant, Milie porta le canon à sa tempe, fixant Daryl droit dans les yeux. Ils demeurèrent ainsi de longues secondes qui lui parurent être une éternité avant que la jeune femme ne laisse faiblement tomber l'arme à ses pieds et que ses genoux ne cèdent sous son poids.
Le berger vint renifler le pistolet et Daryl le repoussa à nouveau en s'accroupissant devant Milie, dents serrées à cause de son mollet récalcitrant.
« Je sais que c'est dur à croire pour tout de suite, mais tu peux passer par-dessus ça Milie » assura le chasseur.
Elle vint s'appuyer la tête dans le creux de son cou pour laisser quelques larmes couler. Daryl porta une main à sa nuque pour la masser, la joue appuyée contre sa tempe.
« Comment tu peux en être sûr? » demanda la jeune femme en demeurant caché dans son cou.
« Parce que je te connais. »
« Non, justement, tu ne me connais pas. C'est pas moi tout ça. Rien de tout ça. Je suis pas une GI Jane comme dit Maggie. Je le suis parce que j'ai pas le choix, mais c'est pas moi. Je suis juste une étudiante en art avec le rêve stupide d'être exposée dans une galerie un jour et je fréquente un musicien débile qui préfère inventer des rimes à la con plutôt que d'essayer de se produire quelque part et qui sait même pas se servir d'un tournevis. C'est ça que je devrais être, pas… pas une loque avec une épaule en moins qui crash les voitures par exprès, qui recoud les types qui se sont fait torturer, qui exécute un pervers hors de contrôle, qui égorge un violeur et qui foire à en étrangler un autre! Pourquoi est-ce que je devrais continuer d'être comme ça? »
« Parce que c'est ce que t'es aujourd'hui. Personne a demandé qu'il y ait cette épidémie et elle a changé tout le monde, y'a pas que toi. Glenn était qu'un foutu livreur de pizza. Tu crois que c'était dans ces plans de finir dans une prison a essayer de pas se faire bouffer la cervelle? … Et pis ça change pas qu'en mal tu sais. »
Milie se frotta les yeux de la main droite pour pouvoir le regarder à nouveau. Il chassa une mèche de cheveux qui lui barrait le visage pour la ramener derrière son oreille avec soin, plongeant ensuite ses yeux bleus dans les siens.
« Je vivais avec un frère raciste qui dealait de la drogue et qui passait son temps à faire des aller retour en prison ou à baiser des putes. Je bossais en freelance sur les chantiers de construction et le reste du temps je picolais ma paie dans des bars miteux. Aujourd'hui, y'a un shérif pour me demander mon avis avant de prendre des décisions. Quand il se passe des gros trucs, les gens me regardent pour savoir ce qui faut faire et ils comptent sur moi pour manger le soir. Et y'a même toi pour trouver que je suis un gars assez bien pour elle. Tu trouves pas que c'est mieux que ce que j'étais avant l'épidémie? »
Elle approuva de hochements de tête répétés ayant même l'ombre d'un sourire au coin des lèvres.
« T'es une battante Milie. Tu sais faire tellement de trucs, mais tu t'en serres jamais pour frimer. Juste pour aider les autres. Tu peux tuer, mais ça t'empêche pas de pleurer et tu fais plus attention aux autres qu'à toi-même. Tu sais la chose que j'aime le plus chez toi? »
Balayant sa joue de sa main valide, la jeune femme fit un petit signe timidement négatif du menton.
« Ton humilité. T'acceptes tes erreurs et tu prends le blâme sans être fâchée. Je suis pas capable de faire ça et ça m'impressionne à chaque fois. »
Elle retourna se nicher dans son cou, s'accrochant à lui de son bras droit. Entourant sa taille, Daryl se redressa, l'entrainant avec lui. Il se mit à la bercer doucement.
« Je sais qu'au fond de toi t'es encore tout ça. Faut juste que tu le ramènes à la surface. »
« Et si j'y arrive pas? Si je continue d'avoir peur de mon ombre? »
Elle craignait tellement de ne plus pouvoir être ce que les autres attendaient d'elle. Carl l'avait dit. Ils avaient besoin d'elle. Elle devait être forte, qu'elle n'hésite pas à tuer s'il le fallait, qu'elle sorte lors des convois de ravitaillement, qu'elle protège des rôdeurs. Mais qu'est-ce qui se passerait si elle n'arrivait plus faire tout ça?
« Bha je serai là pour veiller à ce qui t'arrive rien » promis Daryl. « Si tu penses te débarrasser de moi comme ça, tu te mets le doigt dans l'œil chérie. »
Un rire traversa les sanglots silencieux alors qu'elle le sentait la serrer plus fort. Carl avait raison. La seule chose qu'ils pouvaient encore faire, c'était de vivre. Étant donné l'ère chaotique qui régnait autour d'eux, elle ne pouvait pas se permettre d'être hantée davantage par Elijah. Déterminée. Obstinée. Entêtée comme sa mère. Son père le lui disait depuis toujours. Ça ne datait pas de l'épidémie. Elijah l'avait peut-être momentanément transformée en brebis tremblante au moindre petit bruit qui lui faisait suspecter la présence du loup, mais elle ne le laisserait pas gagné plus que ce qu'il avait déjà réussi à faire. Elle se relèverait de cet obstacle, comme tous les autres qui l'avaient faite trébucher avant celui-là.
« T'es plus toute seule, je suis là maintenant et j'veux pas que tu l'oubli. D'accord? »
« Je vais faire de mon mieux » proclama Milie.
Elle ne savait pas si ce serait suffisant. Si vraiment le fantôme d'Elijah allait disparaitre, mais oui, elle essaierait. Et si ce n'était pas pour elle, elle le ferait pour lui. Pour Daryl. Parce qu'il croyait en elle là où elle-même n'y arrivait pas. Sans que ça ne soit de la même façon, Elijah lui avait également fait des sévices. Milie l'avait oublié dans les derniers jours, mais ils étaient ensemble jusqu'au bout dans cette histoire et elle ne le laisserait pas tomber. Pas maintenant que le pire était derrière eux…
