Chapitre 14

Le karma se retournait contre lui. Izar venait de transplaner juste à côté de Voldemort dans une des rues de Godric's Hollow. Il savait que c'était la façon cruelle du destin de le punir pour avoir ramené un enfant moldu chez lui. Il commençait à croire que Voldemort était le Destin. Il était tout aussi omniscient et impitoyable.

Son arrivée bruyante fut vite remarquée par les Mangemorts aux alentours qui se mirent en position défensive et pointèrent leurs baguettes dans sa direction. Izar sortit paresseusement la sienne, un léger rictus sur les lèvres caché par son masque. "J'ai oublié ma baguette à la base," fournit-il en guise d'excuse. Il l'agita négligemment, formant des vagues et des petits cercles dans les airs. "Pas besoin de croire que je suis Rufus Scrimgeour déguisé en Mangemort. Le noir n'est pas vraiment sa couleur."

Des grognements et des soupirs dégoûtés lui répondirent alors que les Mangemorts relâchaient leur vigilance et baissaient leurs baguettes. Voldemort eut un regard plein de mépris avant de se détourner d'Izar et de s'éloigner. Le jeune Black savait que l'homme ne le croyait pas. En vérité, il espérait que personne n'avait cru qu'il avait vraiment oublié sa baguette. Si c'était le cas, il serait inquiet à l'idée que Voldemort ait recruté des hommes et des femmes aussi idiots.

Il savait qu'il devait éventuellement trouver une excuse plausible à donner concernant son absence pendant le raid. Seulement si Voldemort ne connaissait pas déjà la raison. A en juger par le regard furieux qu'il lui avait donné, Izar pensait qu'il avait pu entendre des rumeurs sur sa fuite avec un moldu.

Il soupira et baissa les yeux, apercevant soudainement ses pieds. Il avait transplané pile sur un cadavre et ses entrailles maculaient ses chaussures.

Oui. Salaud de karma.

Izar poussa un grognement révolté et retira ses pieds des restes du corps, les essuyant sur une parcelle d'herbe propre. A Godric's Hollow, le chaos ne semblait pas avoir faibli depuis qu'il avait disparu le temps de quelques minutes. Les cris semblaient avoir quelque peu diminué mais les flammes étaient toujours aussi ardentes, si ce n'est plus. Le feu illuminait le ciel et les rues d'une lueur orangée, permettant aux Mangemorts de repérer toute victime errante ou cachée entre les maisons et dans les buissons.

Et toujours pas de Ministère. Certes, cela faisait seulement dix ou vingt minutes que les Mangemorts avaient envahi Godric's Hollow; les Aurors n'avaient pas encore eu le temps de tous se rassembler. Cependant, Izar savait que ce serait pour bientôt. C'était le premier raid complet des Mangemorts mais ce n'était pas la première bataille de Rufus Scrimgeour contre les sorciers noirs.

Debout au milieu d'un jardin, Izar ne regardait rien en particulier. Sa respiration était légèrement saccadée alors qu'il écoutait les cris sans fin des victimes torturées. Il grimaça et roula la tête d'un côté puis d'un autre, essayant de calmer son angoisse grandissante. Ses doigts étaient parcourus de tics nerveux. L'énergie et l'adrénaline accumulées grimpaient dangereusement en flèche dans sa poitrine. Bientôt, il en aurait que faire de torturer des gens sans défense et irait se trouver sa propre famille de moldus avec laquelle s'amuser.

Dès que ses pensées allèrent frôler la zone de non-retour, des bruits familiers de transplanage retentirent juste derrière le portail de Godric's Hollow.

Bouillonnant d'anticipation, les Mangemorts quittèrent les maisons pour se précipiter jusqu'aux portes. Détestant le fait qu'il était l'un de ceux les plus éloignés du portail, Izar fit un pas vers l'entrée puis s'arrêta quand il sentit sa magico-sensibilité revenir à la vie. L'adrénaline déclenchait son don et pour le moment, son taux d'adrénaline atteignait son plus haut niveau.

Même alors que les Mangemorts le dépassaient, Izar sentait que ses jambes étaient clouées sur place. Basculant la tête, il prit une grande goulée d'air et ferma les yeux avec bonheur quand il sentit les vagues de magie qui provenaient de l'arrière de Godric's Hollow, à plusieurs mètres de l'endroit où il se tenait actuellement.

Rufus était bon.

Très bon.

L'ex-Auror avait projeté le son de leurs transplanages de l'autre côté du village afin de distraire ses ennemis et de les éloigner de leur emplacement réel. Pendant ce temps, ils prendraient les Mangemorts par surprise, à revers.

Malheureusement pour eux, Izar n'était pas dupe.

Avec une démarche arrogante, il se dirigea vers les silhouettes ombragées et encapuchonnées. Impatient, il vit leurs traits devenir lentement plus nets et précis. Un ricanement frénétique passa la barrière de ses lèvres alors qu'il leur faisait face avec assurance. Un seul Mangemort contre le Département des Aurors.

Ce moment était ce pour quoi il vivait. Aussitôt, il se sentit galvanisé. Ceci était pour lui ce qu'était la torture pour les autres Mangemorts. Chaque petit problème, chaque petit détail de sa vie personnelle semblait être emporté loin d'ici, comme des cendres dispersées par les bourrasques de vent. Il ne pouvait ressentir ça d'aucune autre façon.

Les Aurors vêtus avec professionnalisme de robes bleues et grises levèrent simultanément leurs baguettes et un feu gigantesque, rivalisant avec la vision d'une supernova fut conjuré. Les yeux d'Izar s'écarquillèrent et ce fut avec une joie non dissimulée qu'il éclata de rire, réaffirmant sa position alors que le feu s'élançait vers lui. Ils n'allaient capturer personne. Ils allaient tuer et abattre rapidement autant de Mangemorts qu'ils pouvaient atteindre avec ce feu. Et cela ne faisait que rendre la bataille encore plus excitante.

Derrière lui, une voix rauque et perçante hurla "Non !" alors que le feu engloutissait Izar et consumait tout ce qui se trouvait autour. Mais pas avant que ce dernier ait pu ériger un bouclier d'eau qui prit la forme d'une bulle. Izar s'accroupit, sa peau en fusion à cause de la proximité des flammes. Ses yeux le brûlaient et il cligna des yeux pour les humidifier. Une mer de flammes était tout ce qui l'encerclait. Pendant quelques secondes, il fut pris de vertiges, croyant qu'il était dans un environnement totalement différent.

Izar rassembla ses forces et réfléchit à sa prochaine action. A en juger par les cris et les exclamations, il savait que les Mangemorts étaient déjà alertés du fait que les Aurors se trouvaient derrière eux et non là d'où provenaient les sons de transplanage. Mais ils devaient autant être occupés par le brasier que lui. Il se doutait que certains n'avaient probablement pas pu jeter un sort ou esquiver à temps.

Finalement, alors que les flammes s'éteignaient, Izar sauta de sa position accroupie et dansa sur la pointe des pieds. "Altisonus," murmura-t-il. Sa baguette tournoya dans les airs et d'un mouvement gracieux, il paracheva son incantation en formant une boucle encore plus large avec son poignet.

Le sortilège vibra dans l'air, ressemblant à un mirage tremblant. L'Altisonus permettait à son lanceur de cibler d'innombrables adversaires à la fois. Chaque onde transmettait un son si fort qu'il pouvait faire éclater les tympans de n'importe qui. Et dans certains cas, plus la victime était proche, plus la magie du lanceur était puissante, son intensité pouvant ainsi faire exploser quelques têtes.

C'était le sortilège idéal; surtout parce qu'il ne faisait aucun mal au lanceur et aux personnes derrière lui. Seul un écho strident était entendu par ceux qui se trouvaient dans son rayon.

Les Aurors se dépêchèrent de se protéger contre les vibrations sonores. Certains eurent de la chance, tandis que d'autres criaient et tombaient à genoux en pressant leurs paumes contre leurs oreilles ensanglantées. Izar devint extatique lorsque les protections de deux Aurors proches faiblirent et que leurs têtes explosèrent brusquement avant que leurs corps ne s'effondrent au sol. Les masses de chair sanguinolente qui recouvraient le sol semblaient être étrangement fascinantes à ses yeux.

Izar fut contraint de mettre fin au sort pour se défendre d'un sortilège de découpe qui fusait vers son cou. Son bouclier le bloqua en majorité mais un petit éclat perça ses défenses et lui érafla la gorge. Izar grogna et transforma précipitamment les cailloux à ses pieds en miroirs qu'il enchanta avec un charme de réflexion. Alors que les Aurors l'entouraient étroitement, les miroirs se dressèrent juste à temps. La plupart des sorts qu'ils avaient lancés frappèrent les miroirs et ricochèrent vers eux, infligeant des dégâts.

Un nombre incalculable d'Aurors chutèrent au sol, pris au dépourvu par leurs propres maléfices qui leur étaient renvoyés.

Izar essuya rapidement le sang sur son cou déjà guéri avant d'agiter sa baguette d'un geste vif en travers de sa poitrine. Les miroirs gonflèrent avant d'éclater en mille morceaux. Mettant toute sa volonté dans cette attaque, Izar projeta autour de lui les débris de verre qui allèrent se ficher dans les corps de plusieurs victimes. Il plissa des yeux derrière son masque alors qu'il contemplait un homme en particulier qui avait un éclat de verre enfoncé entre les deux yeux.

Soudain, un rire aigu résonna dans tout Godric's Hollow. Un rictus étira les lèvres d'Izar, son amusement augmentant à mesure qu'il se rapprochait de la provenance du rire.

Bellatrix transplana juste derrière lui et pressa ses épaules contre son dos. "Mon cher neveu," souffla-t-elle derrière son masque plaqué or. "Voyons voir qui peut comptabiliser le plus grand nombre de cadavres ce soir."

Izar sourit sournoisement et coupa la tête d'un Auror d'un mouvement sec de sa baguette. "Tu as un long chemin à parcourir avant de me rattraper," la charria-t-il. Alors que Bellatrix avait démarré plus tôt en tuant des moldus, Izar prenait l'avantage car il avait éliminé des groupes entiers d'Aurors avant que les Mangemorts n'arrivent.

Et il pouvait dire que ces derniers étaient enfin là. Izar n'était plus le seul visé par l'ensemble des Aurors. Par conséquent, il pouvait se concentrer sur un ennemi à la fois avant qu'un autre ne prenne sa place.

Bellatrix et Izar virevoltaient ensemble au cœur de la bataille, se servant de l'un et de l'autre comme moyen de se tenir averti et de prendre l'avantage sur leurs opposants. Quand Bellatrix esquivait, Izar l'imitait et vice versa. Ils formaient un bon duo. Leurs styles de combat étaient assez bien assortis. Ils étaient tous deux vicieux et très réactifs. Jouer avec leur victime n'était pas aussi savoureux que de passer à la prochaine. Dès que leur adversaire tombait, ils passaient au suivant avant même que le précédent n'ait touché le sol.

La zone était mortelle autour d'eux. Il était clair qu'ils représentaient la plus grande menace du groupe de Mangemorts, à l'exception de Voldemort. Ensemble, ils éradiquaient une quantité non négligeable d'Aurors, ce qui enrageait ces derniers et rendait les Mangemorts plus hardis.

Bellatrix s'abaissa pour esquiver une attaque et entraîna son neveu avec elle. Un sortilège ennemi passa juste au dessus de sa tête et frappa un Auror qui fut propulsé en arrière, une profonde entaille barrant son torse.

Elle gloussa et sa folie pénétra tous les pores de la peau d'Izar qui se mit finalement à rire avec elle. Le regard avide de sang, le jeune Black se redressa, désireux de faire encore plus de ravage. Au loin, il pouvait voir des sorciers en robes ordinaires se battre aux côtés des Aurors. A première vue, il supposait que c'était l'Ordre du Phénix d'Albus Dumbledore. Izar ne l'avait pas vu depuis plusieurs mois, mais le vieil homme était bien présent et se battait férocement contre Voldemort.

Tous deux se servaient de sortilèges informulés axés principalement sur la force plutôt que sur la créativité. Les deux hommes se valaient, trop incapables de voir leurs propres faiblesses pour pouvoir prendre le dessus sur l'autre. Dumbledore croyait Voldemort moins sain d'esprit qu'il ne l'était et ce dernier était trop arrogant, trop aveugle pour distinguer le véritable pouvoir de Dumbledore et admettre qu'il puisse exister quelqu'un d'aussi puissant que lui.

Pendant un bref moment totalement insensé, Izar pensait à intervenir dans leur duel pour les secouer un peu et aussi assouvir sa propre faim que la plupart des Aurors n'arrivaient pas à satisfaire. Mais il imaginait que Voldemort ne serait pas très content de ça. Il était déjà furieux qu'il se soit absenté plus tôt.

Izar tendit derrière lui sa main gauche et saisit le bras de Bellatrix avant de la faire se retourner. Il avait besoin de changer de position afin d'avoir une nouvelle marge de manœuvre, dans l'espoir que ses futurs adversaires s'avèrent meilleurs que ceux qu'il avait eus jusqu'à présent. Bellatrix s'accommoda à ce changement avec facilité.

Izar para un sort d'un rouge flamboyant qui fondait sur son visage puis coupa les chevilles de son ennemie et la tua dès qu'elle tomba au sol. Il enchaîna en mettant le feu au cadavre qui se propagea avec succès sur l'Auror qui l'avait l'enjambé. Elle tenta d'étouffer le feu qui enflammait sa robe et Izar profita de sa distraction pour viser ses beaux yeux bleus qu'il fit sortir de leurs orbites d'un sortilège informulé.

Elle poussa un cri horrifiant mais étonnamment elle tint sa position et tenta au mieux de se défendre contre son assaillant. Sa partenaire était déjà morte à ses pieds, émanant une odeur de chair carbonisée.

L'héritier Black ne la prit pas en pitié alors qu'il tendait sa baguette vers ses pieds, là où son bouclier était le plus faible. Il agrippa ses chevilles et la souleva du sol, le corps à l'envers, avant de la faire tournoyer sur place. Sans sa vue, elle devint terrorisée et malade. Du vomi s'échappa de ses lèvres pincées et coula dans son nez, ce qui la fit s'étrangler.

Avant qu'il puisse l'aider avec ses ennuis, un maléfice fila dans sa direction. Izar ne l'aurait jamais remarqué sans sa sensibilité magique car il était en dehors de son champ de vision. Même Bellatrix n'aurait pas pu le voir.

Cela avait été une attaque bien planifiée, d'ailleurs quelque peu fourbe pour un sorcier blanc.

Izar se retourna avec Bellatrix et ses réflexes lui permirent d'esquiver le familier sortilège vert de la Mort. Il grogna et leva les yeux vers l'Auror qui l'avait détaché de sa proie, identifiant à peine l'homme à travers sa soif de sang.

Sirius Black.

Et juste par delà son oncle, Izar pouvait apercevoir James et Lily Potter. Un uniforme d'Auror revêtu par M. Potter tandis que sa femme portait sa robe sombre habituelle, signe qu'elle était toujours dans l'Ordre du Phénix. Son visage était impassible alors qu'elle affrontait un Mangemort, ses cheveux auburn ressemblant à une bannière de flammes.

Izar siffla puis tint sa baguette entre son pouce et son index avant de lancer un sort inoffensif vers son oncle. Bien sûr, Sirius le bloqua et lança un sort encore plus puissant et noir dans sa direction. Izar l'évita, entraînant derrière son dos Bellatrix. Les yeux de Sirius se plissèrent avec suspicion alors que le jeune sorcier semblait hésiter à lui jeter quelque chose de plus ténébreux.

"Izar ?" chuchota-t-il, ses traits indiquant une vive douleur émotionnelle.

Le dénommé pencha la tête en arrière et lâcha un petit rire frustré. Une prochaine fois, il affronterait Sirius en duel et essayerait de maintenir les apparences. Mais maintenant, Izar réclamait du sang. Il avait besoin d'un vrai combat stimulant. Combattre Sirius diminuerait son adrénaline car il savait qu'il était incapable de lui nuire ou il y avait aussi la possibilité qu'il le blesse quand même.

"Il est temps pour moi de chasser de plus grosses proies, Bellatrix…" murmura Izar à la femme derrière lui.

"Et m'abandonner à ma solitude ?" prétexta-t-elle avec une moue exagérément triste.

Il regarda par dessus son épaule et vit la douzaine d'Aurors morts par la main de Bellatrix. "Je pense que tu te débrouilleras très bien."

Derrière son masque en or, ses yeux noirs rencontrèrent brièvement les siens. Elle caressa affectueusement le masque de son neveu. "Allez, va t'amuser." Puis, elle lâcha un gloussement et poussa violemment son torse. Izar trébucha mais avant qu'il ne tombe sur les fesses, il transplana dans un craquement sonore.

Izar grogna tandis qu'il atterrissait dangereusement sur un toit. Accroupi, il utilisa la force de ses jambes pour se stabiliser sur la pente inclinée et raide. Il observa avec avidité la bataille en contrebas. Il vit plusieurs Aurors émérites comme Kingsley, Maugrey, et Potter… et tomba finalement sur lui.

"Oui," siffla Izar en repérant sa cible, ses doigts caressant les bardeaux rugueux du toit.

Il leva sa baguette et envoya un simple sortilège de Stupéfixion en direction de l'homme grand et musclé. Ce dernier, presque comme s'il possédait des détecteurs internes, esquiva rapidement même si son dos était tourné vers Izar. Avec un grondement, l'homme se retourna et verrouilla ses yeux sur le jeune sorcier.

Il avait réussi à mettre le lion en colère.

La question était : avait-il capturé toute l'attention du prédateur ?

Dans un tourbillon de robe bleue, sa cible transplana.

Sans se retourner, Izar sourit sombrement alors qu'il entendait le bruit de transplanage derrière lui.

{Death of Today}

Rufus se dit qu'il y avait quelque chose d'étrangement familier chez cette silhouette élancée qui lui faisait face, tout en retrouvant maladroitement son équilibre sur le toit incliné. Ce n'était pas seulement la taille du sorcier masqué mais aussi la manière avec laquelle il se mouvait. La grâce l'imprégnait tout entier, rendant ses mouvements fluides et harmonieux. Scrimgeour avait ses soupçons bien sûr et ils étaient probablement fondés mais ce n'était pas le moment de réfléchir à l'identité de ce Mangemort.

Rufus ricana et lança le maléfice Explosif dans l'espoir de faire tomber l'individu du toit. Au lieu d'ériger un bouclier comme Rufus l'avait supposé, le Mangemort fit une rapide roulade et se stabilisa avec aisance sur la voûte du toit.

"Théâtral," grogna Rufus, son rictus méprisant exposant ses dents. Il détestait les duellistes qui se donnaient en spectacle. Beaucoup de ses Aurors avaient pris goût aux styles de combat extravagants, mais aucun d'entre eux n'avait réussi sans des années de pratique. Cependant, l'élégance du Mangemort semblait innée... ce qui rendait ce style exubérant naturel et spontané.

Le Mangemort se baissa et le regarda fixement. Les flammes des maisons voisines faisaient luire son masque en argent, floutant ses traits. Rufus gronda de manière désapprobatrice et devint méfiant quant à la raison pour laquelle ce Mangemort lui était familier. Il faisait trop sombre pour apercevoir la couleur de ses yeux et il était de taille normale pour un homme, voire au dessus de la moyenne.

Et il connaissait beaucoup d'hommes qui rentraient dans cette catégorie.

"Et toi, tu es brusque et plutôt ennuyeux."

La voix qui n'était qu'un murmure ne révéla aucun indice outre le fait qu'il était maintenant sûr qu'elle appartenait à un homme.

Redressant les épaules, Rufus leva une fois de plus sa baguette et observa la silhouette qui restait accroupie mais aux aguets. Un sourire déterminé vit le jour sur son visage lorsqu'il prit conscience que son opposant l'avait amené jusqu'ici pour s'amuser avec lui.

"Elidere !" rugit Rufus, le maléfice orange teinté de jaune fonçant vers le Mangemort avec une précision mortelle. Il pensait donc qu'il était ennuyeux ? Ce sortilège allait lui faire voir des étincelles.

Celui-ci pivota sur un pied et évita avec simplicité le maléfice. Mais il n'était pourtant pas préparé à ce que le sortilège orange et jaune change de trajectoire pour revenir dans sa direction. Rufus content de lui, étudia son adversaire pris par surprise qui n'eut que le temps de dresser un maigre bouclier. Et comme il l'avait prévu, une fois que l'Elidere s'abattit sur son bouclier, il y eut une explosion tonitruante de flammes incandescentes.

Rufus couvrit ses yeux du flash lumineux et s'accroupit pour mieux encaisser la déflagration. Ses cheveux gominés s'agitaient sous la force de l'explosion, la chaleur des flammes léchant ses mains.

Finalement, quand l'air chaud se dissipa, Rufus retira son bras et fixa l'emplacement vide et fumant que le Mangemort avait occupé. Il était impossible qu'il ait pu se défendre contre cette deuxième attaque. Il avait été pris au dépourvu par le sort, ce serait donc surprenant qu'il s'en sorte vivant.

"Incubitum !"

Rufus sursauta lorsque son opposant qui était en train de prononcer une nouvelle incantation surgit devant ses yeux. Le sortilège violet frappa un Scrimgeour atterré par la riposte soudaine et inattendue. Sa mauvaise jambe commença à s'alourdir et son pouls battit douloureusement dans sa cuisse. Il serra les dents et érigea rapidement un bouclier alors qu'un autre sortilège fusait vers lui.

Celui-ci fut paré et Rufus surmonta la douleur dans sa jambe pour se rapprocher du Mangemort.

Mais avant que l'un d'eux ne puisse faire quoi que ce soit, une Marque des Ténèbres vert acide fut une nouvelle fois projetée dans le ciel enfumé et brumeux. Des bruits de transplanage résonnèrent dans tout le village, signalant que les Mangemorts se retiraient.

Non.

Ce Mangemort n'irait nulle part. Rufus était déterminé à le tuer ou à le capturer. L'un ou l'autre ferait l'affaire. Ce n'était pas une option de laisser ce sorcier noir vivre librement et de manière inaperçue dans la société. Trop de ses hommes avaient trouvé la mort aujourd'hui en combattant ces sorciers abjects.

Rufus s'élança et démolit la cheminée en brique du toit sur lequel il se tenait. Les briques formèrent une petite tornade, tournoyant rapidement autour du Mangemort et le frappèrent d'abord à l'épaule puis plusieurs fois au torse et à la tête. Son ennemi tomba violemment sur le toit et glissa de l'autre côté de la maison. La respiration profonde, Rufus marcha lentement jusqu'au bord de la toiture et baissa les yeux.

Il s'attendait à voir un corps ensanglanté et disloqué. Au lieu de ça, d'innocents buissons fleuris parfaitement entretenus avaient encaissé sa chute.

Les poils sur son cou se dressèrent. Il se retourna rapidement et leva sa baguette mais le Mangemort derrière lui était plus rapide. Beaucoup plus rapide. Rufus fut éjecté du toit et traversa l'espace entre les deux maisons avant de s'écraser sur le toit suivant. Il dévala la pente, étourdi et le souffle coupé par l'impact. Il devait avoir quelques côtes cassées, peut-être un bras et une jambe également. Néanmoins, il enfonça sa baguette entre les bardeaux du toit, ce qui stoppa sa chute avant qu'il ne heurte le sol.

La colère enfla dans sa poitrine. Il tourna la tête, désireux de se venger mais le Mangemort était déjà parti.

Quelque chose lui disait que ce ne serait pas la dernière fois qu'il rencontrerait cet adversaire à la rapidité incroyable.

{Death of Today}

Cela n'avait pas été son meilleur duel. Izar pensait qu'il avait été épuisé par ses précédents affrontements contre les Aurors. Pour cette raison, son duel avec Scrimgeour n'avait pas été aussi excitant qu'il l'avait imaginé. Il ressentait la même chose pour l'ex-Auror lui-même. Izar avait été un peu déçu qu'il ne se soit pas révélé être un défi de taille. Au moment même où Rufus était arrivé sur le toit, le jeune Black avait été témoin de son état de fatigue.

La prochaine fois serait mieux. Et durerait plus longtemps.

Actuellement, il grimpait les escaliers jusqu'à sa chambre à Grimmaurd. Voldemort voulait qu'il soit à sa base ce soir, donc il devait agir rapidement. Ce qui lui rappela qu'il devait trouver une excuse passable concernant son absence impromptue pendant le raid.

Lord Voldemort n'avait pas demandé à ses Mangemorts de se rassembler à la base après le raid. La plupart étaient rentrés chez eux après le repli tandis que d'autres étaient quand même retournés à la base afin de faire part de leurs exploits ou d'apporter leur soutien à la famille d'un camarade tombé au combat.

Et Izar avait choisi de... revenir à la maison pour un moldu. Comme c'était charmant.

"Maître Izar," croassa Kreattur en s'inclinant avec raideur dès qu'il le vit faire irruption. "Le sang-de-bourbe est resté dans votre chambre comme ordonné."

"Bien," répondit Izar en plaçant une main gantée sur son crâne pour le féliciter. "Regulus sera bientôt là. Tu peux aller t'enquérir de ses besoins." Il congédia l'elfe de maison sans lui accorder un autre regard et entra dans sa chambre avec une lourde grimace.

De l'autre côté de la pièce, le garçon blond foncé était recroquevillé sur lui-même, tremblant. C'était probablement dû au Doloris qu'il avait subi. Izar aurait sans doute dû lui donner un Relaxeur de Muscles mais il repoussa à la hâte cette pensée sentimentale.

Le garçon leva les yeux quand il fit claquer son masque en argent sur le bureau. "Comment t'appelles-tu ?" demanda Izar sans préambule. Plissant les yeux, il détailla le garçon et se demanda pourquoi il nourrissait un certain attachement pour lui. C'était pathétique et interdit.

"Aiden."

Izar grogna, peu impressionné par le courage orgueilleux du moldu. "Viens avec moi, Aiden. Je vais t'emmener à un orphelinat. Sauf si tu as de la famille…"

"J'ai une famille," répondit vivement Aiden qui se redressa malgré les tremblements qui traversaient son corps. La pièce était bien éclairée et Izar put noter que ses yeux étaient d'un brun boueux. "Tu es ma famille. Tu ne peux pas me mettre dans un orphelinat car je t'ai déjà toi."

Appuyé contre le mur du fond et à une certaine distance de sécurité du garçon, Izar croisa les bras sur sa poitrine. "Tu ne me connais même pas," murmura-t-il sombrement. La façon dont il le regardait le rendait extrêmement mal à l'aise. C'était un regard empli d'adoration, comme s'il était son seul et unique sauveur... son idole.

"Si," rétorqua Aiden. "Je te vois dans mes rêves."

Encore cette histoire de rêves. Il était sûrement un voyant, même si son don devait être limité. "A quelle fréquence as-tu ces rêves ?" demanda-t-il par curiosité. Izar savait que ce qu'il devait faire était de l'amener à un orphelinat afin ne de pas s'attacher davantage... s'il pouvait appeler ça 'attachement'.

"Seulement de temps en temps," le garçon avait les sourcils froncés de frustration. "Je ne m'en souviens plus très bien. Mais je me rappelle avoir rêvé de toi. Et de Regulus. Vous êtes comme moi. Vous faites des trucs. Des trucs magiques."

Izar remarqua qu'il avait eu du mal à prononcer correctement le nom de Regulus. "Des trucs magiques ?" répéta-t-il plus pour lui-même que pour l'enfant. Quelle éloquence. Mais il n'avait que six ans après tout, peut-être sept.

Izar s'appuya davantage contre le mur et examina d'un œil interrogateur le garçon qui lui rendait son regard. Si celui-ci disait vrai, alors il était vraiment un sang-de-bourbe. Ou peut-être que ses parents étaient aussi sorciers. Izar se sentit un peu mieux en sachant qu'il était magique. Néanmoins, un sang-de-bourbe n'était pas beaucoup mieux qu'un moldu.

"Tes parents. Est-ce qu'ils peuvent se servir de la magie ?"

Pourquoi demandait-il ça exactement ? Il devrait tourner le dos et sortir le garçon de Grimmaurd avant que Regulus ou Voldemort ne le découvrent. Et pourtant il restait immobile et attendait que l'enfant réponde.

"Non," répliqua Aiden, son visage s'assombrissant alors qu'il se remémorait des horreurs du passé.

"Est-ce qu'ils t'ont fait du mal parce que tu étais différent ?" insista Izar.

Aiden baissa les yeux et fronça les sourcils en direction du couvre-lit noir et gris. "Mon père me frappait parfois, pas tout le temps... " souffla-t-il. "Mais je pouvais voir qu'ils ne m'aimaient pas. Il ne me touchaient pas et ne me parlaient pas comme le font d'ordinaire les parents avec leurs enfants. Ils me criaient toujours dessus. J'étais tout le temps seul."

Peut-être était-ce son ton enfantin et innocent qui glaça le sang d'Izar. Ou peut-être parce que son histoire était indubitablement parallèle à la sienne. Izar réalisa soudainement qu'il n'avait pas été attiré par lui parce qu'il était voyant ou parce qu'il avait une allure pathétique, mais parce qu'il pouvait voir les fantômes de son propre passé dans ses yeux. Les sorciers n'avaient pas leur place dans le monde moldu. Ils craignaient le pouvoir qu'ils ne pouvaient pas contrôler eux-mêmes. Et leur peur se déversait sur celui qui le possédait.

Izar soupira profondément et passa le bout de ses doigts sur son front. Rencontrerait-il un autre enfant sang-de-bourbe maltraité et le ramènerait-il aussi chez lui ? Il ne pouvait pas faire le tour de tous les orphelins et les prendre en pitié simplement parce qu'ils avaient vécu la même chose que lui.

Mais encore une fois, Aiden était une exception. Il avait vu Izar dans ses rêves et il l'avait vu l'emmener loin de la maison où il était maltraité. Le garçon semblait s'être attaché à lui avant même de l'avoir rencontré. C'était une chose dangereuse à faire, surtout parce qu'Izar pouvait facilement le tuer ou le donner à un orphelinat. Mais c'était quelque chose qu'un enfant ferait... faire confiance et aimer un étranger... faire confiance à un sorcier noir qui venait de massacrer d'innombrables hommes et femmes.

Et il ne lui faisait confiance que parce qu'il l'avait éloigné de chez lui.

"Qu'est-ce que je vais faire de toi ?"murmura Izar en haussant un sourcil. Aiden cligna des yeux et essaya obstinément de cacher les tremblements qui secouaient son corps. "Pourtant je ne devrais pas demander. Tu connais probablement déjà la réponse, j'en suis sûr."

Il ne pouvait pas le garder. Il ne voulait pas le garder. Les enfants lui faisaient perdre patience et il ne se sentait pas à l'aise à l'idée de lui donner de l'attention ou de l'affection. Izar avait choisi de se dévouer à ses inventions et de se quereller avec le Seigneur des Ténèbres. Un enfant lui empêcherait de profiter pleinement de sa solitude. Surtout un enfant qui avait été abusé. Izar n'avait pas le dévouement ni la patience nécessaires pour s'occuper d'un garçon maltraité.

Mais il existait une personne qui souffrait d'être seule, une personne qui avait toujours voulu une famille et se plaignait qu'Izar grandissait trop vite.

Regulus.

Soudain, Izar se souvint de son rêve de l'autre nuit. Il se souvenait d'un descendant, un descendant qui prétendait être lié à Regulus et lui. Mais comment cela serait-il possible si lui-même ne pouvait pas avoir d'enfants et que Regulus était gay ? La réponse était simple et très claire. Adoption.

Regulus s'attendait à ce qu'Izar transmette le nom des Black. Cependant, ce dernier savait que s'il avait du sperme fertile, Voldemort ne lui permettrait jamais d'engendrer une descendance avec une femme ou même d'adopter un enfant. Le Seigneur des Ténèbres était trop possessif. Et qui sait ? Voldemort pensait probablement qu'il se ramollirait s'il avait son propre enfant.

Et Izar ne voulait pas s'adoucir davantage. Il l'était déjà suffisamment.

Donc cela laissait une autre alternative. Regulus pouvait l'adopter et Aiden pourrait ainsi transmettre le nom des Black. L'adoption par le sang était rare mais extrêmement efficace. Ceux qui le faisaient étaient généralement des sang-purs. Mais vu qu'ils tenaient absolument à concevoir leur propre enfant, l'adoption par le sang n'était pas très répandue. Elle permettait que les traits de l'enfant ainsi que d'autres caractéristiques soient ajustés de manière à ce qu'il ressemble davantage aux membres de sa famille adoptive.

Décider du sort d'Aiden n'était pas aussi hasardeux qu'il n'y paraissait. Izar avait déjà réfléchi sur ce qu'il allait faire pour perpétuer la lignée Black. Et maintenant qu'il y avait un enfant devant lui, pourquoi ne pas le laisser à son père ?

Ainsi, cela mettrait une distance entre le garçon et lui. Cet adorable garçon avec ses satanés yeux qui inspiraient la confiance. Et un voyant serait un atout, à la fois pour le côté obscur et la famille Black. Regulus aurait quelqu'un à dorloter et Izar n'aurait pas à supporter les maux de tête que causait une réflexion trop intensive du sujet de prolonger la lignée Black.

Le seul problème avec ce plan ingénieux ? Il fallait convaincre Regulus qu'un sang-de-bourbe pourrait passer pour un sang-pur décent et convaincre également Voldemort qu'il n'avait pas vraiment quitté le raid pour un enfant sang-de-bourbe. Le premier problème se résoudrait assez facilement. Izar serait toujours l'héritier Black. Aiden aurait juste à produire le sperme qui continuerait la lignée. De plus, son sang ou ses gènes ne pourraient pas contenir la malédiction de Cygnus.

En insistant un peu auprès de Regulus, le tour serait joué.

Ce qui laissait Voldemort…

Izar grimaça en jetant un coup d'œil au garçon de l'autre côté de la pièce. Il lui souriait d'un air espiègle, comme s'il savait ce que le sorcier prévoyait pour lui. Mais aussi vite qu'il était venu, son sourire disparut et Aiden se recroquevilla de peur. Au début, Izar crut que c'étaient les effets du Doloris qui agissaient toujours, mais il rejeta cette supposition quand il vit l'horreur peinte sur son visage.

"L'homme aux yeux rouges," chuchota Aiden.

Izar était sur le point de lui dire que 'l'homme aux yeux rouges' effrayait tout le monde et qu'il avait besoin de s'endurcir. C'était ce qu'il allait faire jusqu'à ce qu'il sente un changement dans l'atmosphère. Izar se raidit et se dirigea prudemment vers la porte, avec l'intention de quitter la pièce avant que Voldemort n'arrive à l'étage.

En ouvrant la porte, il rencontra une paire d'yeux cramoisis plissés par la suspicion. Izar la claqua brusquement au nez du Seigneur des Ténèbres, pas encore prêt à lui faire face même s'il savait que c'était inévitable. Il se retourna et fit signe à Aiden de se cacher sous le lit. Mais avec tout le bruit que ce dernier fit en se traînant au sol, Izar était certain que Voldemort avait pu l'entendre à travers la porte.

"Ne prends même pas cette peine," siffla celui-ci en entrant dans la chambre, son attention s'attardant brièvement sur le lit avant de se focaliser sur un Izar à l'air innocent. Derrière le Seigneur des Ténèbres, Regulus demeurait incertain, ses yeux couleur charbon encore brillants de la bataille précédente.

"Je..."

Izar fut coupé alors que Voldemort s'approchait de lui et refermait sa main sur sa gorge, tout en l'épinglant contre le mur. L'héritier Black fronça les sourcils, prenant conscience que le Seigneur des Ténèbres était vraiment en colère. Il empestait la chair carbonisée et le sang froid, ces odeurs loin d'être répugnantes pour son nez de créature mais certainement pas appétissantes.

Voldemort se pencha sur lui et quelques mèches de cheveux noirs s'échappèrent de son ruban. "J'ai eu vent de plusieurs choses concernant ton absence soudaine du raid," commença l'homme dans un murmure cruel. "Cependant, j'aimerais beaucoup entendre ta version des faits."

Comme c'était généreux. Le Seigneur des Ténèbres lui donnait le bénéfice du doute. Ou était donc cette clémence durant les situations où Izar avait vraiment besoin du bénéfice du doute ?

Ses faux yeux gris-vert se plissèrent en direction de Voldemort. La prise sur son cou était incroyablement douloureuse. Izar savait que s'il avait été encore humain, la main qui l'emprisonnait lui aurait brisé le cou, le tuant instantanément. "Je sécurisais le patrimoine de la famille Black," siffla-t-il en signe de défi.

Soudain, Voldemort le poussa. Izar trébucha et son dos cogna contre le mur dans un bruit sourd. Il n'eut pas l'occasion de recouvrer sa dignité que le Seigneur des Ténèbres était déjà penché sur lui tel un voile ténébreux, ses yeux écarlates brillants et calculateurs.

"C'est un voyant," répliqua vivement Izar. "Il pourrait être un atout pour nous !" Il redressa le menton face à sa colère, haïssant la puissance dominatrice qu'exsudait le Seigneur des Ténèbres. Devant son père en plus. Heureusement, Regulus restait à l'extérieur de la pièce, sans doute sous ses ordres. Mais ça ne rendait pourtant pas sa fierté moins amochée.

En y pensant, c'était plutôt surprenant que Voldemort permette un public, non seulement le sang-de-bourbe sous le lit, mais aussi Regulus. Izar pourrait riposter et être sur un pied d'égalité avec lui, mais s'il répondait, il se servirait de sa force de créature pour y parvenir. Il ne pouvait pas risquer que Regulus découvre sa relation avec le Seigneur des Ténèbres ou son statut de créature. Et c'est ce que Voldemort avait planifié. Il avait prévu la présence de Regulus et ainsi, il s'assurait la soumission d'Izar.

L'homme semblait toujours avoir une longueur d'avance sur lui. Et c'était à la fois exaspérant et attirant.

Il détestait ça... cette relation entre eux deux. Il détestait ça parce que ce n'était pas sain ni correct, mais il en avait envie et s'y épanouissait. Même maintenant, alors qu'ils étaient tous les deux en train de se toiser dans le feu de la colère, la tension physique était encore vive et palpable. En vérité, la colère semblait seulement alimenter cette délicieuse tension entre eux. Ce n'était pas normal, mais c'était ce qui les rendait compatibles. Ils visaient tous deux à contrôler, à manipuler et à dominer l'autre.

De toute évidence, ils étaient tous les deux un peu fous.

"Même s'il était Merlin ressuscité, cela ne change rien au fait qu'il est un sang-de-bourbe, ce même parasite que nous massacrons," murmura sombrement Voldemort. Il eut un sourire en coin, comme s'il avait suivi le train de pensées d'Izar. "Tu ne partiras plus jamais au beau milieu d'un raid. Pour un moldu, qui plus est. Est-ce bien clair ?"

Izar serra les dents, les yeux flamboyants. "Oui, j'ai compris."

Alors c'était tout ? La colère faisait rage à l'intérieur du Seigneur des Ténèbres et se propageait jusqu'à lui, et pourtant l'homme faisait un travail remarquable pour la dissimuler. Ce qui lui fit croire qu'il y avait plus à venir.

Une main pâle, tâchée du sang de ses victimes, se tendit et alla caresser sa mâchoire. "Alors tu peux te racheter en tuant le garçon."

Sous le lit, l'enfant avait pris une grande inspiration. Il pouvait même entendre les tremblements de son corps. Izar voulait désespérément être d'accord avec le Seigneur des Ténèbres, brandir sa baguette et effacer son erreur. C'était tentant, surtout quand il savait que garder le garçon en vie créerait une scission entre lui et Voldemort.

"Je prévois de le faire entrer dans la famille," murmura Izar avec raideur. Le poids de la main de Voldemort sur son visage devint presque insupportable.

"Non, je ne pense pas." La lèvre supérieure de Voldemort se retroussa, son sourire déformé toujours en place. "Non seulement l'adoption d'un sang-de-bourbe sera mauvais pour l'image de ta famille, mais en plus elle affectera ton statut de Mangemort. Tu ne graviras jamais les rangs au rythme où tu vas."

Izar haussa les sourcils et repoussa la main sur sa joue. La fureur inondait sa poitrine. L'homme semblait toujours vouloir ruiner sa vie; ses décisions; son avenir. Il allait donc garder l'enfant juste pour le contrarier. "Tu m'as interdit d'épouser Daphné," commença-t-il, sa voix trop basse pour que Regulus ou Aiden l'entende. "Tu m'as obligé à être diplômé de Poudlard à l'avance. Tu m'as fait devenir ton héritier politique sans mon consentement. Et tu m'as transformé en une créature immortelle sans aucun avertissement ou précision sur ce que j'allais encourir. Tu ne peux pas et n'iras pas me forcer la main pour ça," siffla-t-il.

Voldemort recula d'un pas, le visage impassible. "Tu ne seras plus autorisé à venir à ma base tant que le garçon n'aura pas été correctement pris en charge." Les yeux cramoisis creusaient des trous dans ceux d'Izar. L'homme, dans toute son arrogance, tourna les talons et se dirigea vers la porte.

Izar se détacha du mur, bouillonnant de rage. "Ça," cracha-t-il à son dos. "Ce ne sera pas une perte terrible." Il ne savait pas pourquoi il avait dit ça. Peut-être était-ce par colère, mais l'idée de ne pas être obligé de vivre et de dormir avec Voldemort l'effrayait et l'intriguait en même temps. Il s'était trop reposé sur sa présence dernièrement. Peut-être que cette perte serait une bonne chose jusqu'à ce que l'homme se rende compte qu'il avait tort.

Le Seigneur des Ténèbres se retourna brusquement, son expression impitoyable. "Si tu persistes à te comporter comme un enfant, alors je te traiterai comme tel et te donnerai des punitions. Tu ne seras plus le bienvenu à ma base et tu n'accompagneras plus les Mangemorts dans des raids jusqu'à ce que tu t'occupes du garçon."

"Tu ne peux pas faire ça," rétorqua une nouvelle fois Izar dans son dos.

Voldemort l'ignora et sortit de la chambre. Regulus sortit de l'ombre et scruta son fils avec confusion et incertitude.

Izar expira entre ses dents serrées, sachant très bien que l'homme avait besoin de lui. Les choses finiraient par s'améliorer. Voldemort devait juste soigner son ego blessé.

{Death of Today}

Le jeune garçon était inconscient dans une autre chambre, drogué au Relaxeur de Muscles et au somnifère. Avec réticence, Regulus avait aidé Aiden et avait veillé à sa santé mentale et physique. Pendant ce temps, Izar s'était enfermé dans sa propre chambre, ne voulant rien avoir à faire avec le garçon ou son père pour le moment.

Maintenant que l'enfant était endormi et écarté de lui, Izar se glissa hors de sa chambre et descendit l'escalier branlant. Une lumière était allumée dans le salon, ce qui l'attira. Il pouvait sentir que Regulus s'y trouvait, plongé dans l'alcool. Son père n'était pas un buveur régulier, ce qui signifiait qu'il ressentait le besoin d'être accompagné d'une boisson forte pour passer la nuit.

"Tu devrais être en train de dormir," dit sèchement Izar, s'arrêtant à l'embrasure de la porte.

Regulus sursauta et plia rapidement une lettre avant de la fourrer dans la poche intérieure de sa cape. Son acuité visuelle très développée lui permit de suivre le mouvement de la lettre et de voir que l'écriture qui la recouvrait appartenait à sa mère. Le parchemin était usé, presque comme si son père l'avait plié et déplié plusieurs fois dans la journée. Pourtant, la lettre semblait tout de même récente. Izar se demanda si c'était celle que Lily avait envoyée à Regulus le jour où elle l'avait informé qu'elle renonçait à obtenir sa garde.

Mais Regulus lui avait juste dit qu'elle lui avait écrit simplement pour lui parler de ça, rien de plus. De toute évidence, ce n'était pas le cas en voyant la longueur de la lettre. Et cela lui rappela qu'il n'avait toujours pas lu sa propre lettre. Elle était actuellement à la base de Voldemort dans l'une de ses capes.

"Izar," l'accueillit froidement Regulus. Il prit une grande gorgée de son verre. "Comment pourrais-je dormir alors que tu as introduit un gros problème dans notre maison ?"

Izar pinça les lèvres et s'aventura dans le salon. Dès qu'il franchit la porte, son attention se concentra sur son père. Maintenant qu'il s'était assis, il remarqua la tapisserie Black en face de lui. Ses yeux s'élargirent une fraction de seconde lorsqu'il vit que la tapisserie était en voie de guérison. Il n'était pas impossible que Regulus fasse revivre la tapisserie Black, mais cela lui demanderait beaucoup de magie et de patience. Izar espérait que son père n'aurait plus assez de temps maintenant qu'Aiden était là.

"Tu ne m'as même pas consulté," reprit-il. "Sur quelque chose d'aussi important que ça… c'est…"

"Je suis stérile," déclara impudemment Izar. "Je ne peux pas avoir d'enfants." Il n'en était pas certain, mais il supposait qu'il l'était vu qu'il était maintenant mort-vivant. "Je sais que j'aurais pu en adopter, mais sincèrement, je ne les aime même pas. Toi si. Je me suis dit que tu conviendrais bien mieux pour prendre soin d'Aiden."

Regulus eut un rire sec et secoua la tête. "Peu importe que tu sois stérile, Izar. Merlin, je m'en fiche même de devoir adopter un enfant pour qu'il perpétue notre lignée. Mais Aiden est un sang-de-bourbe. Un enfant né de parents moldus. Je ne peux pas en faire un Black."

"Je suis un sang-mêlé," fit remarquer Izar. "Un des premiers et des seuls héritiers Black à avoir un sang aussi sale. Es-tu d'accord pour dire que mon sang impur fait de moi un moins bon sorcier ? Que je ne suis pas capable d'arriver à la cheville des autres Black de l'Histoire ?" insista-t-il, sachant que c'était une dispute qu'il pouvait gagner. Son père, malgré ses préjugés sur le sang, était une proie facile pour les enfants, en particulier ceux maltraités.

Persuader les gens devenait plus facile pour Izar. Comparé à Voldemort, tout le monde paraissait bien plus ouvert à la discussion. Il supposa que c'était un des côtés positifs d'être si proche du Seigneur des Ténèbres...

Regulus passa une main dans ses cheveux et les tira avec frustration. "Tu sais bien que je ne pense pas ça..."

"Je continuerais d'être l'héritier Black jusqu'à ce que les enfants d'Aiden soient en âge de détenir le titre. Après quoi, je serais à la tête de la famille Black sauf si tu es toujours en vie." Izar marqua une pause, conscient qu'il ne pouvait pas faire de promesses tant que l'avenir restait aussi flou. "Regulus, tu peux faire l'adoption par le sang. Il est plus que capable de continuer la lignée."

Son père s'appuya contre son fauteuil et fixa son fils à travers ses yeux à moitié fermés. "Penses-tu vraiment qu'il en est capable ?"

Izar essaya de ne pas paraître trop prétentieux. "Oui," murmura-t-il. "C'est un voyant. Et malgré le fait qu'il prétend ne pas se souvenir de beaucoup de choses, cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas trouver un moyen d'enregistrer ses rêves et ses visions." Il fit une pause et garda ses yeux rivés sur Regulus avant de poser son dernier appât. "Il était maltraité chez lui, Regulus. Ses parents le détestaient parce qu'il avait des capacités anormales. Je n'ai pas la patience ni la compétence pour guérir ses blessures. Essaye de l'élever en un sang-pur digne. Si ça ne marche pas, tu peux toujours l'abandonner."

Il savait que c'était bon dès qu'il vit les yeux de son père s'adoucirent avec résignation. "Très bien. Je vais essayer de l'élever. Mais si ça ne marche pas…"

"Il y a l'orphelinat," approuva chaudement Izar. "Et personne n'a besoin de savoir qu'il est né-moldu. Nous pouvons inventer une histoire comme quoi il aurait au moins un parent magique. Les sang-mêlés ne sont pas autant mal vus dans ce monde que les sang-de-bourbes."

Regulus se pencha brusquement et le dévisagea. "Et qu'en est-il du Seigneur des Ténèbres ? J'ai entendu ce qu'il a dit."

Ses lèvres s'amincirent. "Je m'occupe de lui. Il finira par changer d'avis."

Son père lui lança un regard critique avant de retourner à son alcool. Izar resta assis et inspecta la tapisserie Black. Il y avait beaucoup de problèmes qu'il devait résoudre. Mais pour l'instant, il se permit de juste apprécier le silence avec son père et ferma les yeux.

"Tu viendras voir Aiden de temps en temps, n'est-ce pas ? Il semble déjà avoir un penchant pour toi."

Izar garda les yeux fermés et murmura, "bien sûr."

Il mentait.