Bonjour à tous ! C'est la dernière fois que je vous dirai ça sur cette fanfic ^^. Voici le dernier chapitre qui fait aussi office d'épilogue. J'ai hésité à le poster aujourd'hui car j'ai un peu peur de vos réactions sur la fin. Sachez que je ne voyais pas l'histoire autrement.

Merci à Eury et Guest : je suis très heureuse d'avoir eu vos avis, qui m'ont encouragée. J'espère que la fin vous plaira tout autant !

En quatorze semaines, je suis parvenue à poster chaque dimanche un chapitre. J'en suis absolument ravie. J'en suis à plus de 9 000 lectures, plus de 100 reviews, 47 favoris et 72 followers. Alors merci. L'histoire était avant tout pour moi mais si le partage que j'en ai fait a plu à d'autres que moi, alors je suis comblée. Merci un peu spécial pour les revieweurs (qui sont toujours les mêmes chaque semaine).

Merci aussi à ma coloc' qui m'a aidée à trouver des synonymes et des indices pour vous mettre sur la voie (si tu arrives jusque là ti loup ;D).

Bonne lecture et je vois revois une dernière fois en bas:)


-Avalez, Miss, lui conseilla Madame Pomfresh.

Hermione grimaça mais avala difficilement. Le goût de la potion quotidienne était écœurant.

-Voilà. Vous pouvez vous lever si vous voulez. Mais reposez-vous ! Hors de question de courir aux quatre coins du château, la prévint-elle, l'air sévère.

-Oui, Madame.

L'air soumis de la jeune femme rendit l'infirmière méfiante mais elle ne pouvait l'empêcher de sortir de l'infirmerie. Hermione la salua, attrapa ses béquilles provisoires et sortit en clopinant. Elle avait reçu du courrier d'Harry et de Ron et elle devait aller à la volière pour leur renvoyer ses réponses. Ils lui avaient rendue visite de nombreuses fois ces derniers jours et elle leur avait interdit de revenir avant au moins une semaine. A la place, ils la bombardaient de courriers. Hermione en souriait. Leur attitude était attendrissante.

La jeune sorcière clopina jusqu'à la volière où elle dut faire un arrêt forcé. Son petit trajet l'avait épuisée. Elle prit le temps de souffler puis repartit tranquillement à travers les couloirs. C'était les vacances. Les élèves n'étaient plus au château pour encore une semaine. Elle pouvait donc traîner son corps abîmé sans avoir à faire semblant d'aller bien.

Hermione soupira sur le chemin et crut ne jamais pouvoir monter les étages jusqu'à ses appartements. Alors elle eut une idée. Elle avait déjà prévu d'aller le voir mais elle n'avait pas eu le courage ni la force physique pour y aller. Et il ne s'était pas déplacé pour elle. Hermione hésita dans le couloir et souffla. Elle avait une excuse : elle était fatiguée.

Persuadée que ça marcherait, elle bifurqua et entra dans le couloir étroit menant aux appartements de Severus. Elle ne savait pas comment il réagirait à sa présence. La jeune femme s'arrêta devant les portes de ses appartements et frappa quelques coups. Le silence lui répondit. Hermione se demanda si l'homme était parti mais la porte s'ouvrit tout à coup. La jeune sorcière pencha la tête pour jeter un œil à l'intérieur et y vit Severus, assis sur son canapé et la baguette à la main. Il la fixait, patient. Hermione ouvrit un peu plus la porte d'une poussée de béquille et se racla la gorge, hésitante.

-Bonjour.

L'homme plissa légèrement les yeux et marmonna :

-Que puis-je pour vous, Miss ?

Hermione retint sa grimace et le coup de poignard dans son cœur. Elle avala sa salive avant de prendre un peu d'assurance :

-Je suis sortie de l'infirmerie et je comptais rentrer dans mes appartements. Mais je me suis fatiguée trop vite. Alors je viens vous embêter avant de reprendre mon chemin.

-J'avais cru deviner. Entrez donc, soupira-t-il en se levant.

Hermione sourit faiblement avant d'entrer dans la pièce. Elle referma la porte, clopina jusqu'au canapé et soupira de soulagement. Elle était arrivée.

Elle observa Severus s'activer tranquillement près de sa cuisine et Hermione devina qu'il faisait du thé. L'homme lui semblait juste assez accueillant pour qu'elle s'interroge sur l'attitude à adopter à son encontre. La jeune femme resta silencieuse et se mordit les lèvres. Elle laissa le sorcier s'occuper du thé jusqu'à ce que tout soit près. Il revint vers la table basse où il déposa délicatement le plateau de thé. Quand le moment lui parut opportun, la jeune femme se lança :

-Vous aviez l'opportunité de me narguer à l'infirmerie pendant deux semaines et vous n'êtes même pas venu.

Hermione espéra que son ton léger détendrait Severus, bien qu'il cache à merveille sa nervosité. L'homme prit le temps de leur servir le thé avant de s'asseoir dans le fauteuil face à Hermione.

-Je suis venu, lui avoua-t-il d'un air détaché. Vous dormiez.

-Oh, fit Hermione, surprise. Madame Pomfresh ne me l'a pas dit.

-Elle ne m'a pas vu.

La jeune femme plissa les yeux en l'observant mais ne discerna rien sur ses traits. L'infirmière était là toute la journée jusqu'à ce qu'Hermione boive ses potions du soir. Dès qu'une personne entrait dans son domaine, elle savait. Si Severus avait pu passer la surveillance de Madame Pomfresh, c'est qu'il venait quand elle était dans son bureau ou dans son lit. Était-il venu la nuit ?

-Comment va votre jambe ? s'enquit Severus, y jetant un œil.

-Mieux, sourit Hermione. L'explosion m'a fait voler et je suis mal tombée. Mais la fracture est ressoudée, je boîte à peine. Et vous ?

-Aucune séquelle. J'étais à l'abri près de la fenêtre, fit-il d'une voix enrouée.

-Même avec le Doloris ? insista-t-elle d'une voix douce.

-Même avec le Doloris, confirma-t-il en acquiesçant.

-Je m'inquiétais, marmonna Hermione avant d'ajouter pour s'expliquer. Vous sembliez avoir très mal supporté ce sortilège. J'ai cru que vous ne vous en remettriez pas.

L'homme sembla ne vouloir rien dire mais il pencha pour répondre sommairement :

-Le venin de Nagini m'a affaibli sur bien des points.

Severus reporta son attention sur le thé. La jeune femme n'osa pas poursuivre le sujet mais ne voulut pas le laisser silencieux pour autant.

-Je n'ai pas eu de nouvelles de la Directrice, embraya Hermione, la voix légère. Qu'en est-il du Miroir et de Rodolphus ?

-Le Miroir a été détruit. Je ne sais pas ce que vous avez fait mais il a explosé. Et Rodolphus est mort il y a quatre jours des suites de ses blessures à Azkaban. Il était criblé d'éclats du Miroir. Je soupçonne les Aurors de l'y avoir envoyé précisément dans ce but. Mais ce n'est pas moi qui irait m'en plaindre …

La jeune femme n'avait pas su pour la mort de Rodolphus. Elle inspira profondément. La mort n'était jamais souhaitable selon elle, même pour des êtres comme Rodolphus Lestrange.

Quelque part, Rodolphus n'avait pas été foncièrement mauvais, selon elle. Il avait opéré Hermione mais elle était toujours en vie grâce à ses soins. Cet homme avait voulu ramener sa femme décédée parce qu'il l'avait toujours aimée. Hermione n'était pas certaine que ses motivations soient vraiment condamnables. Même Poudlard avait accueilli Rodolphus en son sein pour le protéger du froid de l'hiver. Rodolphus s'y était sans doute terriblement mal pris mais Hermione ne pensait pas voir une justice dans sa mort.

Elle revint au souvenir de l'explosion du Miroir et crut bon de préciser :

-En réalité, c'est grâce à votre elfe de maison que j'ai pu briser le Miroir, avoua tendrement Hermione.

-Vinky ? l'interrogea Severus, haussant un sourcil.

Un crac sonore retentit et l'elfe en question apparut près de Severus.

-Le Maître a appelé Vinky, prononça-t-elle de cette voix croassante.

L'elfe aperçut Hermione du coin de l'œil et marmonna :

-La dame du Maître est là aussi.

-Bonjour, Vinky, la salua Hermione, ravie.

La jeune femme vit clairement l'œil mauvais de Severus porté sur son elfe et elle décida de prendre les devants. Elle fouilla hâtivement dans son sac et parla en même temps :

-Vinky, je voulais te remercier pour l'aide que tu m'as apportée à la Bibliothèque. Sans toi, tu n'aurais plus de Maître et je ne serais sans doute plus ici non plus. Alors, j'ai pensé te faire un cadeau.

Hermione sortit de son sac le lourd cadeau et le tendit à Vinky. L'elfe resta perplexe, ne s'attendant clairement pas à ce genre de réaction. La jeune femme resta à tenir en suspend le lourd ouvrage d'une main tendue et attendit que l'elfe le prenne.

-C'est pour Vinky ? demanda-t-elle, la voix plus aiguë.

-Oui, j'espère qu'il te plaira.

L'elfe tendit une main hésitante vers le livre qu'elle attrapa à deux mains. Elle baissa les yeux dessus et lut :

-Relativité dimensionnelle de l'espace-temps de Sergio Fraccielli.

Le vieux bouquin était énorme avec sa couverture de cuir rouge et relié à l'ancienne. Des dorures ornaient les bordures du livre et les tranches des pages avaient été également dorées. Les pages jaunies avaient été restaurées avec beaucoup de finesse si bien que la vieillesse du livre accentuait sa beauté.

L'elfe à lunettes releva des yeux humides et renifla sans grâce. Vinky fit un salut solennel vers Hermione et marmonna :

-La dame du Maître est trop gentille.

-Il te plaît ?

-Beaucoup.

Vinky parut trop émue pour dire autre chose. Hermione fut ravie de son présent.

-Si le Maître n'a pas besoin de Vinky, …

-Tu peux y aller, la congédia-t-il d'une voix neutre.

L'elfe acquiesça, jeta un regard timide vers Hermione et s'éclipsa dans un crac bruyant.

-Combien a coûté ce livre ? lui demanda Severus.

-Bien moins que nos deux vies, Severus, lui sourit Hermione.

-Que s'est-il passé dans cette salle ? fit-il, les sourcils froncés.

Hermione sourit davantage.

-Vous savez ce que je voyais dans le Miroir ?

Severus resta silencieux jusqu'à secouer lentement la tête en signe de négation.

-Moi. Avec ma baguette à la main, avoua-t-elle d'une voix pensive.

-Oh.

Le silence s'étira un moment jusqu'à ce qu'Hermione reprenne :

-Avant de débarquer dans la salle, j'étais allée vous voir ici. Mais vous n'y étiez pas. Jusqu'à ce que mon propre futur me prévienne que vous étiez en danger dans la salle du Miroir. Quelle idée de vous en donner l'emplacement ! J'ai accouru aussi vite que possible. Je savais que si je m'étais vue, cela signifiait que j'avais remonté le temps à un moment. Quand j'ai vu le retourneur de temps, j'ai compris ce que j'avais fait. Ou ce que je ferais plutôt.

Severus resta silencieux. La jeune femme sirota son thé moins chaud et reprit son récit, pensive :

-J'ai sauté sur le sablier et j'ai eu la chance de remonter le temps de vingt minutes. J'ai couru jusqu'ici pour me prévenir de vous aider. Pendant ce temps, je suis allée à la Bibliothèque. Je devais trouver le livre dont je vous avais parlé plus tôt. A l'intérieur, se trouvait la solution pour détruire le Miroir du Risèd. J'en étais persuadée. Mais il n'était nul part et la réserve m'était interdite. Alors j'ai appelé votre elfe.

-Vous êtes en danger de mort, vous cherchez un livre et vous pensez à appeler mon elfe ? lui fit Severus, sarcastique.

-Elle était peut-être la seule assez intéressée par les livres pour l'avoir eu entre les mains, confirma-t-elle, sérieuse. Et j'avais raison. Si Rodolphus n'a pas pu trouver ce livre, c'est parce que Vinky l'avait emprunté. Elle vous a sauvé la vie, Severus.

-Elle commence à avoir l'habitude, souffla-t-il, un faible rictus aux lèvres.

Hermione s'interrogea sur le sens de cette phrase mais poursuivit. Il aurait explicité s'il avait voulu lui révéler sa signification.

-Cependant, la réponse ne se trouvait pas dans le livre qu'elle avait lu. Mais elle m'a dit deux choses qui m'ont fait réfléchir : le bonheur est un point de vue et les miroirs ensorcelés ne sont pas censés renvoyer notre reflet.

Severus plissa les yeux en la dévisageant.

-Vous vous êtes persuadée que vous ne souhaitiez rien, comprit-il lentement.

-C'est le cas, je ne souhaite rien, sourit Hermione. Ma baguette n'est plus dans ma main mais je suis une sorcière capable de magie quand même. Mes parents sont loin de moi mais toujours en vie.

Hermione s'arrêta avant de lâcher dans un souffle, incapable de s'en empêcher :

-Je suis amoureuse de vous et ça me suffit.

Severus ne broncha pas. Il resta dans une immobilité parfaite pendant d'éternelles secondes. Hermione finit par baisser les yeux sur sa propre tasse et fut surprise quand Severus parla :

-Je vous ai déjà dit ce que je pensais d'une relation.

-Et je vous ai expliqué que vous aviez tort, rétorqua-t-elle sans force.

-Je sais que vous pensez depuis longtemps que nous avons des points communs mais ça ne suffit pas pour rapprocher deux personnes. Ça n'est que pure théorie.

-La théorie est pourtant faite pour être mise en pratique, répliqua-t-elle sèchement, reprenant textuellement ses propos.

Cela cloua le sorcier dans sa répartie et Severus resta encore silencieux un moment. Hermione le scrutait par dessous ses cils et vit clairement son attitude changer. Il semblait soudain plus las, plus triste et plus accessible en même temps. Il avait abandonné sa rigidité et Hermione le revit comme lorsqu'il n'y avait aucune ambiguïté entre eux.

-Je ne suis pas bon pour vous, lâcha-t-il en posant sa tasse de thé sur la table.

-Vous n'en savez rien.

-Je ne vous mérite sûrement pas, Hermione, soupira-t-il.

-La question n'est pas là, fit-elle en fronçant les sourcils. Je comprends que vous ne vouliez pas de moi, Severus et …

-Cette question ne se pose pas, l'écarta-t-il, balayant l'air d'une main.

Cela coupa la réplique d'Hermione. La jeune femme plissa les yeux tandis qu'elle comprenait doucement ce qu'il disait. Elle crut un instant qu'elle allait s'énerver mais elle demanda plutôt :

-Que voyais-tu dans le Miroir, Severus ?

L'homme dut s'attendre à la question car il ne broncha pas. Il ne la regardait pas non plus mais gardait cet air fatigué. Son silence parut clair pour Hermione.

-C'était moi, fit-elle, oscillant entre colère et tristesse. Tu m'as vue dans le Miroir, n'est-ce-pas ?

-Tu deviens narcissique, lui fit-il en se levant pour nettoyer le service à thé.

-Alors tu fuis ?

Severus se figea tout à coup et son corps devint tendu. Il eut l'air de vouloir se maîtriser quand il lâcha d'une voix coléreuse en regardant Hermione, l'air défiant :

-Je t'interdis de me dire ça. Je n'ai jamais fui dans ma vie.

-Devant Voldemort, tu ne plies pas mais devant une femme, tu ne sais plus quoi faire, se lamenta Hermione en se levant, s'appuyant sur sa jambe valide.

Severus sembla s'énerver quand il fit soudainement volte-face :

-Que crois-tu, Hermione ? Tu es tellement jeune. Tu peux bien affirmer que ça ne te préoccupe pas mais que se passera-t-il quand les gens parleront dans ton dos ? Que diras-tu à tes amis ?

Hermione sentit les larmes revenir mais elle tint bon. Cependant, Severus poursuivit sur sa lancée, la voix dénuée de colère mais avec la ferme volonté de lui faire prendre conscience de certaines choses :

-J'ai presque cinquante ans. J'ai eu une vie derrière moi. Tu n'as encore rien vécu et tu voudrais t'enchaîner à moi ? Je suis égoïste, Hermione. Bien assez égoïste pour t'empêcher de partir.

La jeune femme pleurait silencieusement. Elle n'avait jamais pensé à tout ça et voir Severus aussi tourmenté alors qu'implicitement, il avouait qu'il tenait à elle lui brisa le cœur une nouvelle fois.

-Et toi, tu es bien trop jeune pour vouloir rester une vie entière avec un homme comme moi, conclut-il rudement.

Hermione retint le sanglot qui faillit l'étrangler. Elle essuya une joue, refoula encore un peu les tremblements de sa cage thoracique et attrapa ses béquilles. Elle allait partir. Ça ne servait à rien. Hermione renifla sa peine et clopina pour passer entre le fauteuil et Severus.

Elle s'arrêta cependant près de lui, renifla encore et leva la tête pour le regarder tendrement. L'homme ne lui rendit pas son regard, les yeux fixés sur la cheminée derrière elle. La jeune sorcière prit appui sur ses béquilles et, se grandissant, elle posa ses lèvres sur celles de Severus. L'homme resta immobile tandis qu'elle goûtait à ses lèvres salées par ses propres larmes. Le baiser fut maladroit et bref. Avant que Severus ait pu dire quoi que ce soit pour la repousser encore, elle lui fit dans un souffle tremblotant :

-Je vais partir. Mais je voulais au moins ça, sourit-elle à travers ses larmes.

Elle le dévisagea encore une dernière fois, incrustant son image dans sa mémoire. Elle se détourna finalement, clopinant jusqu'à la porte. Et Hermione s'en alla.

Après son départ, Severus resta immobile au milieu de son salon pendant d'éternelles minutes. Quand une bûche dans la cheminée craqua, il cligna des yeux. L'homme fatigué se détourna et alla s'asseoir sur le canapé, en face du fauteuil où Hermione s'asseyait. Il fixa cet endroit longuement.

Comme d'habitude, il gâchait tout. Cette pensée tournait dans sa tête jusqu'à ce qu'un éclat de colère frappe son cœur. Non. Il n'avait rien fait. C'était sa faute à elle. Hermione et ses grandes idées de la justice. Hermione et son envie de ne pas le laisser seul. Elle s'était amourachée sans qu'il ne fasse rien, aussi surprenant que cela puisse paraître. Et cette sorcière voulait d'une relation.

Severus frotta son visage à deux mains à s'en faire mal.

-Severus ? fit une voix effacée.

L'homme se redressa brusquement et aperçut sa mère dans l'encadrement de la porte. Il la dévisagea, l'air perdu. Oui, Eileen devait venir passer l'après-midi avec lui. Severus lui avait dit qu'il lui réapprendrait à faire des potions. Il se leva.

-La porte était ouverte … et j'ai croisé cette jeune femme, ajouta-t-elle d'un souffle.

Severus se braqua. Sa mère plissa imperceptiblement les yeux et referma tranquillement la porte d'entrée. Elle enleva son manteau, posa son sac à main et avisa le service à thé abandonné sur la table basse. Elle sembla comprendre et soupira :

-Que s'est-il passé ?

-Rien du tout, cracha-t-il.

Il dégaina sa baguette d'un geste vif et effectua un vaste mouvement. Le service à thé partit se nettoyer tandis que la bouilloire se remplissait d'eau.

-Severus ?

Le fils déglutit mais ne répondit pas. A la place, il alla à sa bibliothèque personnelle et observa les livres sans les voir.

-Regarde-moi, murmura la voix tendre de sa mère.

Depuis quand ne lui avait-elle pas parlé de cette voix maternelle ? Des vieux souvenirs d'enfance surgirent avec violence dans son esprit. Il se souvint de sa mère lui chuchoter une histoire à la lumière d'une baguette, se cachant de son père. Il adorait la voix basse d'Eileen, réalisa-t-il.

Severus la regarda du coin de l'œil.

-Vous vous êtes disputés ?

L'homme eut un rictus et rejeta la question. Un long silence s'étira entre eux. Severus restait perdu dans ses pensées, tandis que sa mère attendait, craintive de le brusquer.

-Non, conclut soudain Eileen en observant son fils. Ce n'était pas vraiment une dispute. Tu as juste été cassant.

-Avec elle, j'y suis obligé, grogna-t-il.

-Bien sûr que non. Tu …

-Cette …

Severus s'arrêta immédiatement. Il savait qu'il était en colère et terriblement malheureux. Sous le coup de l'émotion, il était près à être insultant et il ne le voulait pas. Alors il préféra rester silencieux. Il crispa son poing et chercha le bouquin de potion pour sa mère.

-Elle ne reviendra pas, lui annonça-t-il, pensant cesser la discussion.

Il entendit sa mère soupirer. Ça l'attrista.

-A ce point ?

-Oui.

-Pour quelle raison ? S'il y en a une …

Severus se tourna vers sa mère, l'air dédaigneux. Eileen perçut l'interrogation.

-Tu as toujours eu le réflexe de t'infliger des douleurs inutiles. De ce côté, tu tiens de moi, sourit-elle après coup.

Severus devina qu'elle parlait de toutes ces années à rester auprès d'un mari violent et alcoolique. Eileen ne l'avait jamais quitté, et ce pour une raison que son fils ignorait totalement. Elle ne lui en parlerait d'ailleurs probablement pas. Jusqu'à sa mort, elle avait été près de Tobias.

-Je ne sais même pas pourquoi nous sommes comme ça, ajouta-t-elle en regardant le feu brûler.

L'homme n'aima pas la lueur triste dans le regard de sa mère. Il prit le partie de lui répondre pour la détourner de ses pensées.

-Elle a à peine la vingtaine …

Eileen l'observa à nouveau, resta silencieuse et lâcha de cette petite voix effacée :

-C'est tout ?

Severus se renfrogna.

-Ça suffit amplement.

-En réalité, tu es bien pire que moi.

Eileen se détourna pour terminer la confection du thé. Severus prit terriblement mal la dernière remarque de sa mère. Il baissa la tête et sentit son cœur pleurer pour lui. Le bruit de tasses ne l'éveilla pas. Jusqu'à ce que sa mère lui annonce, la voix plus légère :

-Connais-tu la solution de sa trop grande jeunesse ?

Severus soupira avant de dire :

-Il n'y en a pas.

Eileen sourit doucement et le regarda comme lorsqu'il était un enfant apprenant tout de la vie. Enfin, elle lui répondit sur le ton de la confidence :

-Le temps.


Quatre ans plus tard …

Hermione sortit lentement d'un sommeil vaseux. Elle frotta ses yeux péniblement et poussa un profond soupir. Son corps se tendit un peu, comme pour s'étirer puis elle le relâcha. Elle roula paresseusement sur le côté et décida de sortir du lit. Cependant, un bras vint se glisser délicatement autour de sa taille et un corps vint se recroqueviller contre son dos. Le soupir derrière elle mourut sur sa nuque et Hermione frissonna. Elle sourit à travers son regard endormi.

-Où vas-tu ? souffla l'homme derrière elle.

Il avait la voix enrouée d'un homme sortant du sommeil. Hermione tourna lentement la tête et vit du coin de l'œil ses traits irréguliers. Il parlait les yeux fermés.

-Travailler, répondit-elle à voix basse.

Il souffla.

-Tu es chercheuse. Pourquoi se lever si tôt ?

Hermione se tourna pour lui faire face tandis qu'il ouvrait lentement les yeux pour l'observer. Elle lui offrit un doux sourire, le cœur joyeux et répondit à son oreille, comme pour lui dévoiler un secret :

-Parce que mes belles théories de métamorphose me réclament.

A cette phrase, Severus haussa un sourcil et eut un faible rictus amusé. Hermione sourit plus largement.

-Laisse-moi deviner, fit-il, plus éveillé. Toute théorie mérite d'être mise en pratique ?

Hermione rit doucement et embrassa du bout des lèvres celles de Severus. Elle s'écarta rapidement de lui, sachant qu'il l'empêcherait de partir. Elle roula dans le lit et s'assit sur le bord, nue. Hermione attrapa à ses pieds sa robe de chambre et s'enroula dedans avant d'aller à la salle de bain. Avant d'y entrer, elle jeta un œil à l'homme dans le lit et ne put s'empêcher de sourire.

Elle y était arrivée. La jeune femme l'avait persuadé qu'elle serait bien pour lui. Dieu, ç'avait été terriblement difficile et la sorcière avait dû attendre plusieurs années avant de revenir vers lui. Hermione devait s'avouer, au moins à elle-même, qu'elle avait abandonné après l'histoire du Miroir. Elle avait terminé l'année scolaire évidemment mais après une entrevue avec Minerva, elle avait décidé de devenir l'apprentie d'un Maître en métamorphose et la Directrice de Poudlard lui avait fait des lettres de recommandation excellentes. Hermione avait pu choisir librement son Maître.

L'apprentissage avait duré trois ans durant lesquels Hermione avait parfait son éducation et sa nouvelle pratique de la magie. Elle avait mis dans la confidence quelques personnes, notamment la Directrice, ses amis proches et son Maître d'apprentissage, un homme de confiance mais terriblement bourru. Tous avaient été estomaqués par sa performance et la jeune femme en fit sa thèse de fin d'apprentissage.

Bien que l'implantation de baguette fonctionne, Hermione était limitée dans son utilisation. Une trop grande dépense ou un usage répété enflammait sa baguette et provoquait des lésions internes. La jeune femme avait refait un bref séjour à l'hôpital de Sainte Mangouste durant sa première année d'apprentissage. Hermione était ainsi persuadée que cette théorie n'était pas l'évolution en matière de magie. Un sorcier restait un être faible sans catalyseur et c'était peut-être aussi bien. La jeune femme avait appris à laisser faire la nature.

Avec son diplôme en poche, Hermione avait été faire un tour à Poudlard pour remercier la Directrice et pour apercevoir Severus. Ce fut à cet instant qu'elle avait décidé d'insister encore avec ses quelques années de plus. Et Merlin, elle avait eu raison …

-Qu'y a-t-il ? lui lança Severus.

Hermione sourit à ses propres pensées. Curieusement, il n'avait pas été si réfractaire lorsqu'à vingt-quatre ans, elle s'était de nouveau présentée à lui. La jeune femme s'était souvent demandée ce qui avait pu changer. Severus ne lui avait jamais rien dit, mais la présence accrue d'Eileen dans leur vie lui avait indiqué que la femme n'était sans doute pas innocente dans l'affaire. Hermione s'entendait très bien avec elle.

Devant le regard curieux de Severus, elle referma la porte de la salle de bain et se dirigea vers lui :

-Au Diable la théorie …


Plusieurs choses avant la séquence émotion : j'ai absolument voulu que le méchant de mon histoire ne soit pas un vilain pur et dur. Il avait seulement ses motivations. Le passage au tutoiement est terriblement difficile, j'espère que je l'ai réussi. Enfin, je ne voulais pas d'une Hermione trop jeune pour être avec Severus, ce pourquoi je l'ai vieillie un peu. Je n'ai pas voulu retracer leur début de relation parce que ce n'était pas son aboutissement qui m'importait vraiment mais plutôt l'évolution entre eux et la découverte des sentiments avec tous les obstacles derrière qui m'intéressaient.

J'espère que cette histoire vous a plu, j'espère aussi avoir quelques retours de personnes que je n'ai jamais lu (histoire de savoir ce que vous en pensez alors que vous en êtes arrivés à ces lignes ^^). Je vous remercie pour vos encouragements et pour votre simple présence :) Ne pleurez pas pour la fin de cette fic (certaines m'ont dit être tristes), les personnages sont heureux là où ils sont ;D

A un de ces jours !

Madison ;)