Bonsoir ! Voici le quatorzième chapitre !
Encore merci pour tes reviews, Young-Girl06 ! Et je dois même t'avouer que ce chapitre n'aurait pas été le même sans toi ! Pour ne rien spoiler, je vais expliquer ça en bas de page...
J'ajouterai juste deux informations avant de filer au dodo (il est plus de vingt-trois heures là !). Je vais avoir des travaux à rendre durant le mois de décembre, il se peut donc qu'un des chapitres de décembre se voit repoussé d'une semaine (mais pas plus, rassurez-vous). Je ne sais pas encore lequel ce sera, ni s'il se peut que je trouve le temps de vous donner le chapitre à temps malgré tout. Mais, pour éviter les problèmes, je vous préviens déjà !
Ma deuxième information est que, si tout se passe bien et que je n'ai pas de retard, le dernier chapitre (le vingtième) arrivera le vingt-trois décembre, juste avant Noël ! C'est pas beau ça ? Haha ! Et si je prend une semaine pour mes travaux de l'université, ce sera juste avant le Nouvel An ! Symbolique, non ?
Quand la fanfiction sera terminée, ceux qui le désirent peuvent m'envoyer un mp avec leur adresse email s'ils veulent que je leur envoie la version PDF et soignée de "La Porte du Chaos" et de "Les Cavaliers de l'Apocalypse" (avec les notes en bas de page correctes, une brève introduction, ... ). Je comptais aussi y ajouter une liste des personnages secondaires et un sommaire des chapitres, histoire de terminer cette fanfiction, que j'écris depuis... 2009 ! Je m'impressionne moi-même, haha ! C'est la première fois que je mène à bien un si grand projet !
Sur ce, je vous souhaite d'ores et déjà une bonne lecture !
Les Cavaliers de l'Apocalypse
14. Joori l'Envoleuse
Les résultats de Salim sont corrects, mais pourraient être bien meilleurs s'il travaillait avec davantage de sérieux et de régularité. Attention aux bavardages et à ne pas confondre humour et insolence.
Mlle Nicolas, professeur principal
- Attraper un Envoleur, attraper un Envoleur... Mais comment on fait pour en trouver un déjà ?! S'insurgea Salim. Quel clown ce Sil'Afyan ! Tu sais quoi, je vais aller coller une affiche sur la place avec écrit en grand « Cherche Envoleur volontaire pour séjour agréable dans le geôles du palais, service cinq étoiles, torture et rats compris » !
Bjorn lui asséna une tape sur l'épaule.
- Gamin, je propose qu'on t'utilise comme appât ! Rien de tel pour les attirer qu'un jeune apprenti qui parle fort et qui se plaint ! Qui sait, avec une pancarte « Apprenti d'Ellana Caldin cherche jeune Envoleuse séduisante pour service spécial », ça marchera peut-être mieux ! Hahaha ! Se bidonna le colosse.
- Je ne te trouve pas très drôle ! Ton humour a pris un sacré coup de vieux depuis que tu es devenu Capitaine de la Légion noire ! Et encore, si ce n'était que ton humour !
- Et toi, tu râles toujours autant ! Allez viens, ce n'est pas en restant planté là que les Envoleurs vont se mettre à pleuvoir !
Ronchonnant, Salim croisa les bras et suivit son ami dans les rues fréquentées d'Al-Jeit. Bjorn avait abandonné son armure de vargelite pour pouvoir circuler aisément parmi les badauds. Derrière lui, Salim, peu ravi de la mission qui lui avait été confiée par Sil'Afyan, marchait dans ses pas en boudant. Trouver un Envoleur, telle était la mission que l'Empereur avait assignée à l'apprenti Marchombre. Celui-ci n'avait ni le droit de se dérober, ni le droit d''échouer, puisque c'était Ellana elle-même qui lui avait ordonné de se rendre au palais à sa place. L'Envoleur en question – à condition qu'ils parviennent à mettre la main sur l'un d'eux – se verrait invité à répondre aux questions de Sil'Afyan sur les Mercenaires du Chaos. Ces derniers ayant délibérément tenté de berner Gwendalavir, il était temps de profiter du coup fatal porté par les troupes d'Helwaren pour en finir avec la menace qu'ils représentaient. Et pour cela, il était impératif de connaître l'emplacement de la cache où ils avaient battu en retraite après la bataille dans la forteresse. S'ils mettaient la main sur un Mercenaires du Chaos, cela marcherait aussi, mais ceux-ci étaient réticents à parler et gardaient généralement sur eux une capsule de poison pour se donner la mort s'ils s'avéraient ne pas être assez forts pour résister à la douleur. Par le passé, les hommes de Sil'Afyan étaient déjà parvenus à faire parler un Envoleur, c'était la raison pour laquelle attraper un de ces prétendus tueurs de Marchombres était la priorité. Et quoi de mieux pour les attraper qu'un Marchombre ? Ou un apprenti, en l'occurrence. Un apprenti flanqué d'un légionnaire pour être précis. Pas le duo le plus discret ni le plus avisé de l'histoire.
Les deux amis marchaient des les larges artères d'Al-Jeit, bondée en ce matin de marché. Ils s'arrêtèrent près d'un étal pour manger du pain chaud avec de la viande de siffleur, près d'un autre pour siroter une bière, ... La matinée touchait à sa fin que les deux comparses n'avaient pas avancé d'un pouce dans leur traque à l'Envoleur, à supposer que ces derniers n'aient pas mis les voiles à cause de l'attaque des troupes d'Helwaren dans leur forteresse.
- Hé Bjorn, et si on... hein ?
Le jeune homme fut dépassé par une tignasse rousse qu'il aurait reconnue entre mille.
- Yo, Andrea ! Cria-t-il.
Mais le Marchombre fendait la foule à toute allure sans un regard en arrière.
- C'est un de tes amis marchombres ?
- Oui !
- Tout à fait charmant, fit remarquer Bjorn.
- Eh... attends-moi ! J'arrive !
Et Salim courut ventre à terre dans la foule, aux trousses du rouquin qui filait sans un regard en arrière. Il se demandait ce après quoi son ami pouvait courir comme ça. Il avait peut-être aussi reçu une mission. Avec l'habitude, Salim avait tendance à oublier qu'Andrea n'était plus apprenti. Il évoluait seul désormais, et pouvait choisir ses propres missions ou partir seul à l'aventure si l'envie lui prenait. Il ne dépendait plus de personne.
Alors qu'il coursait ainsi son ami, une parole d'Ellana lui revint à l'esprit. « Seul un Marchombre peut en suivre un autre. » Les mots d'Ellana renouvelèrent sa détermination. Il était capable de suivre Andrea.
Le Marchombre tourna brusquement à droite, dans une venelle étroite, pila net et jura. Cul de sac.
- Andr... !
Trop tard. Le rouquin avait bondit, agrippé une rive invisible à l'œil nu sur un mur lisse et s'élevait déjà à près d'une dizaine de mètres sur une tour d'améthyste. L'apprenti Marchombre était soufflé. Ayant longuement côtoyé Andrea, il en avait presque oublié ce qui les séparait. Une année d'apprentissage. Un gouffre. En voyant maintenant son ami évoluer avec une telle rapidité et une telle dextérité à travers la ville, il ne pouvait que l'admirer. Quand Andrea lui avait confié qu'il voulait devenir un des plus grands Marchombres de son époque, Salim avait ri en pensant qu'il fanfaronnait, mais le jeune homme avançait sur la voie à une vitesse hallucinante. Il deviendrait certainement un des plus grands de son époque, ne fut-ce que pour sa détermination et son esprit indomptable. Toutefois, Salim se refusait d'être en reste. Si Andrea visait le sommet, il devrait compter sur Salim pour l'y rejoindre.
Bondissant sur les traces de son ami, Salim s'éleva à son tour avec souplesse. Réussissant à gagner quelques mètres sur la distance qui les séparait en employant plus de force à se pousser vers le haut, prenant des risques et s'élançant vers des prises difficiles. Le temps n'était pas à la plaisanterie, son destin de futur Marchombre du feu de Dieu l'attendait ! En avant !
Mais ce n'était décidément pas aujourd'hui que Salim pourrait rattraper Andrea. En effet, le rouquin s'était arrêté au sommet de la tour et jurait comme un charretier embourbé. Salim se hissa sur le toit de la tour d'améthyste et le rejoignit.
- Mauvaise journée ? Hasarda l'apprenti Marchombre.
Andrea se tourna vers lui avec une moue dubitative et posa ses poings sur ses hanches. Avant d'éclater de rire. Salim pouffa et attendit qu'il s'explique. Le rouquin avait beau être un Marchombre à part entière, il n'avait pas changé. Salim voyait toujours en lui, et verrait certainement toujours, une tête brûlée à la personnalité aussi flamboyante que sa tignasse de feu. Finalement, Andrea se reprit et expliqua :
- Figure-toi que je suis à la poursuite d'une Envoleuse ! Mission de l'Empereur !
La mâchoire de Salim tomba.
- Toi aussi ?!
Les deux amis se regardèrent avec des yeux ronds. Andrea s'éclaircit la gorge.
- Enfin, je ne fais pas ça que pour l'Empereur. Tu sais, depuis la chute de la forteresse des Mercenaires, les Envoleurs se sont divisés en deux clans. Ceux qui restent à la botte des Mercenaires, et ceux qui cherchent à former une nouvelle guilde.
- Une nouvelle guilde ? C'est une blague ?
- Malheureusement non. Sayanel pensait qu'une fois les Mercenaires du Chaos mis à terre par l'armée d'Helwaren, il serait aisé pour l'Empire de se débarrasser d'eux et des Envoleurs par la même occasion. Néanmoins, les Envoleurs qui ont pris leur indépendance sont plus coriaces que prévu et il va nous falloir composer. Quand nous avons appris que Sil'Afyan cherchait à en capturer vivants, nous nous sommes présentés au palais pour donner un coup de main à la Légion noire. Et puis, tout à fait entre nous, on est mieux placés pour s'occuper de leur cas, pas vrai ?
Andrea sourit largement. Salim se racla la gorge.
- Quand tu dis « nous », tu veux dire... ?
- Eh bien, il y a moi, Natali, Arguro et... pas mal de monde en fait. Sayanel s'occupe d'organiser la contre-attaque en interne et Muntjac est retourné auprès de sa femme et de ses filles. Pendant les trois années de mon apprentissage, il été très absent et puis, je le soupçonne de déprimer sans moi, hahaha ! Bref ! J'en ai trouvé une qui essayait d'atteindre notre cache dans le vieux manoir. J'avais un peu traîné et je suis tombé sur elle par hasard. Mais elle est rapide, la fourbe ! Quoique, en lui courant après, je profite au moins de la vue... héhéhé !
Il donna une puissante tape sur l'épaule de Salim qui rit à son tour.
- Je suis ici avec un ami... légionnaire.
Avant qu'Andrea ne puisse protester, l'apprenti Marchombre poursuivit.
- Tu sais quoi, je pense qu'à trois on arrivera plus facilement à la capturer ! Il nous faut un plan !
Le Marchombre se frotta le menton d'un air perplexe.
- Eh bien... si tu as une idée...
Merage s'était endormie. Ellana contemplait le soleil qui faisait étinceler le lac à travers la petite fenêtre de la chambre en tournant entre ses doigts une petite médaille dorée. C'était un présent de la famille Til'Illan pour accueillir la petite princesse. Un pendentif rond et léger qui pendait au bout d'une longue chaîne. Le bijoux en or rose lançait sur les murs des éclats de lumière solaire. Sur la face de la médaille étaient gravées les armoiries de la famille, une tête de cheval et un sabre pour le peuple frontalier, une tête de tigre rugissant pour la famille Til'Illan qui gouvernait la Citadelle depuis des siècles, et, croisant le sabre, une fleur exotique ajoutée à la demande d'Ellana, une fleur aux nombreuses pétales soyeuses et effilées qui ne poussait que dans la Forêt Maison. Sur le verso de la médaille, le nom complet de la princesse héritière des Marches du Nord. Ellana avait encore du mal à s'y faire. Merage était à peine née qu'elle portait déjà sur ses épaules la responsabilité de tout un peuple. La Marchombre fit pivoter la médaille et lut à voix haute.
- Merage Isaya Freya Caldin Til'Illan, murmura-t-elle tout bas pour ne pas troubler le sommeil de sa fille.
Merage était son premier prénom, unique. Isaya était le prénom de sa grand-mère maternelle disparue depuis si longtemps, la Marchombre dont Ellana savait si peu de choses. Freya celui de sa grand-mère paternelle, la Sentinelle tombée amoureuse du Seigneur de la Citadelle et morte de façon si tragique. Sa fille portait les prénoms de deux femmes illustres qui avaient tant compté pour ses parents.
Dans son berceau, Merage poussa un soupir. Ellana sourit. Elle ne doutait pas qu'un destin extraordinaire attendait la petite princesse qui dormait à poings fermés dans cette chambre de l'auberge d'Aoro, bien cachée aux yeux du monde, serrée dans ses draps parfumés.
En regardant par la fenêtre les yeux d'Ellana s'envolèrent vers Salim. Malgré tout le bonheur que lui apportait sa fille, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un pincement au cœur en pensant à son élève, si loin, qui lui manquait comme une part d'elle-même. En restant proche de sa fille, elle négligeait son rôle de maître Marchombre. Même si elle savait que Salim lui pardonnerait quand il ferait la rencontre de Merage, elle ressentait malgré tout une certaine amertume. Elle espérait que tout se passait bien pour lui et qu'il ne s'attirerait pas trop d'ennuis avec la mission de Sil'Afyan.
Trois petits coups frappés à la porte la tirèrent de sa rêverie. Le battant pivota pour laisser entrer Aoro qui s'approcha sur la pointe des pieds. Il tendit un papier plié en quatre à Ellana et se pencha au-dessus du berceau de Merage, aussi ne vit-il pas le regard interrogateur de la Marchombre. Cette dernière déplia le billet et lu. Son cœur manqua un battement.
Ellana,
Je sais comment faire cesser cette folie. J'ai besoin de ton aide.
Retrouve-moi, seule, dans la forteresse des Mercenaires du Chaos dans un mois.
Les Mercenaires ont déserté les lieux. Je dois impérativement te parler.
Edwin
Joori bondit par-dessus le vide. Un saut de trois mètres. Facile. La jeune femme s'envola, ses longues boucles brunes formant un étendard derrière elle. Elle atterrit souplement sur le toit suivant, effectuant un roulé boulé sur les tuiles avant de reprendre sa course. Le Marchombre qui la coursait depuis ce matin était jeune et vigoureux, mais l'Envoleuse avait bien plus d'expérience et mettait ses années d'entraînement à profit. Son corps musclé et souple la poussait à une vitesse qui rendait vert de jalousie les Marchombres. Et le rouquin derrière elle en était témoin.
Grande, haute d'une mètre quatre-vingt, elle n'avait jamais été la meilleure des espionnes, mais elle avait pour elle force et endurance. Rares étaient les hommes capables de la vaincre à l'épée et elle maniait avec la même dextérité la lance et la hallebarde. Après tout, elle était fille de légionnaire. Et si feu son père avait passé autant de temps à la frapper qu'à lui enseigner les armes, elle avait au moins hérité de lui sa ténacité. La vie avait été une chienne, et elle était décidée à rendre la pareille à tous ceux qui osaient défendre l'Harmonie.
Sautant d'un toit assez bas, elle atterrit souplement dans une rue déserte, et reprit sa course. Ses longues enjambées l'emportaient à toute allure et le Marchombre derrière elle respirait fort. Même le poids de ses épées jumelles croisées dans son dos ne la gênait pas. Deux venelles apparurent, une à gauche, l'autre à droite. Au hasard, Joori prit à droite. Un autre Marchombre lui barrait la route, peau sombre et grand sourire.
- Pas par ici ! Rigola-t-il.
Il brandit son coutelas et fit mine d'attaquer. L'Envoleuse fit volte-face et partit dans l'autre direction, deux jeunes Marchombres sur les talons. La situation se corsait, elle allait devoir faire usage de ses lames pour se tirer de ce faux pas. Fort heureusement, les deux jeunes hommes qui la coursaient semblaient peu expérimentés. Elle avait toute ses chances de se débarrasser d'eux.
La ruelle qu'elle avait empruntée s'étrécit et s'assombrit. Poussant un juron, la jeune femme avisa un mur qui s'élevait devant elle, lui barrant la route. Deux mètres de haut, aucun problème. Mais l'escalade ralentirait sa fuite. Tant pis. Joori accéléra et s'élança, agrippant les grosses prises qui se présentaient sur le mur de pierre grossière. Et glissa. Ses doigts s'engluèrent dans une substance goudronneuse et gluante et elle se retrouva au pied du mur. Joori se tourna et fit face aux deux jeunes hommes qui accouraient.
- Vous pensez vraiment que je vais tomber dans un piège aussi stupide ? Gloussa-t-elle.
Elle fit face au mur du bâtiment le plus proche, qui faisait un angle droit avec le mur, se ramassa sur elle-même et bondit. Elle s'éleva d'un bond souple, prit appui sur le mur et sauta à nouveau. Son corps décrivit une courbe souple et harmonieuse. Ce saut de haute voltige laissa les deux Marchombres sans voix. Joori posa un pied sur le sommet du mur qui bloquait la ruelle, fit un saut périlleux, se prépara à atterrir souplement sur le pavé, ...
- Dans mes bras ! S'écria un colosse blond en cueillant la jeune femme à la fin de son saut.
Ses bras se refermèrent sur Joori qui poussa un cri de surprise et de colère.
- Ah, c'est la première fois qu'une jolie fille comme ça me tombe dans les bras ! Se félicita l'homme en riant à gorge déployée.
Les bras qui entouraient Joori étaient épais et solides, ils formaient un étau de métal dont elle ne pouvait se défaire. Avec un rugissement de rage, la jeune femme secoua les épaules et balança des coups de pieds dans les tibias du colosse. Celui-ci était si grand que ses pieds ne touchaient plus le sol et qu'elle se trouvait impuissante. Diable ! Comment avait-elle pu se faire avoir si facilement ?!
- Lâche-moi, le gorille ! Je vais te faire payer !
Une tête rousse et une tête noire apparurent par-dessus le mur qu'elle avait franchi. Les deux Marchombres contemplèrent le tableau avec un large sourire. Celui qui semblait avoir des origines faëlles encouragea le colosse.
- Bravo, Bjorn ! Ne la lâche pas surtout !
- Vous allez me le payer ! Sales Marchombres ! Je me vengerai !
- Mais oui, mais oui, cause toujours ma belle ! Rigola le rouquin. Tu raconteras tout ça à l'Empereur quand tu visiteras les cachots du palais !
Joori jura et maudit son imprudence. Il était hors de question qu'elle finisse comme ça ! Son ego ne pouvait le tolérer !
- Par les iaknills d'Al-Poll, grogna l'Envoleuse entre ses dents dans l'obscurité de la prison.
Joori était seule dans les geôles du palais impérial. Cela faisait bien des années qu'il n'y avait plus de prisonniers ici, tous les criminels d'Al-Jeit étaient détenus dans les cahots de la Légion noire, pour éviter de les faire séjourner trop près de la résidence de l'Empereur. Sinon, cela ferait bien longtemps que les Mercenaires du Chaos auraient assassiné cette charogne de Sil'Afyan !
Les cachots étaient à peine illuminés par quelques torches dont la fumée empestait dans tous les souterrains du palais. L'air empestait la pois et la fumée lui piquait les yeux. Et pour ajouter à cette idylle paradisiaque, les murs ruisselaient d'humidité et le garde qui la surveillai ne lui avait laissé pour sa toilette qu'un seau rouillé, et le bougre s'attendait à pouvoir se rincer l'œil d'ici peu étant donné que la cellule était entourée de trois murs de pierres et la troisième paroi était un mur de barreaux épais, mais malheureusement trop espacés pour qu'elle puisse espérer s'y glisser. Mais elle n'allait pas lui faire ce plaisir, quitte à s'uriner dessus !
S'asseyant en tailleur, le dos droit, elle se mit à peigner ses cheveux avec ses doigts. Ses généreuses boucles châtain étaient emmêlées et avaient perdu de leur lustre quand les gardes l'avaient malmenée pour la traîner dans ce trou à rats. Et ils l'avaient privée de ses lames. Sa belle tenue de cuir bien ajustée et qui mettait ses courbes voluptueuses en valeur, arrachée. Elle n'était vêtue que d'un pantalon de toile rêche troué et d'une tunique brun sale. L'Envoleuse avait connu de meilleurs jours. Si au moins elle avait eu de l'eau fraîche pour se désaltérer et pour s'éponger le visage. Elle n'avait pas besoin d'avoir un miroir pour savoir qu'elle n'était pas belle à voir. Ses lèvres rondes esquissèrent une grimace quand elle retira un brin de paille de ses cheveux.
Joori soupira. Le garde tourna la tête. Elle grimaça à nouveau. Trop de tristesse dans ce soupir, trop de désespoir. A quoi bon se faire belle ? A quoi se faire désirable et redoutable ? Quand les bourreaux de l'Empereur en auraient fini avec elle, elle ne serait plus qu'un morceau de viande méconnaissable. A condition qu'ils la laissent en vie. Toutefois, dans ce cas, elle préférait encore mourir. Deuxième soupir. Le garde tiqua encore une fois. Enfance misérable avec un père violent, apprentissage misérable avec un Marchombre de seconde zone qui s'était servit d'elle comme appât avant de mourir égorgé sur le bord de la route, indépendance misérable et accusation de trahison, trahison à proprement parler et... mort misérable, au fond d'une geôle du palais, comme un déchet. Tout ce qu'elle avait fait n'avait servi à rien. Elle allait crever ici.
Un boule de détresse se forma dans sa gorge. Non, non, non, elle ne devait pas pleurer. Si elle devait souffrir et mourir ce soir, ce serait fière et superbe, la tête haute. Elle releva le menton et secoua ses boucles soyeuses.
Un claquement de bottes sur le pavé attira son attention. Le garde était au garde à vous.
- Capitaine !
- Repos.
Le colosse qui l'avait attrapée dans la ruelle apparut dans la lumière des torches. De courtes mèches blondes encadraient son visage large et taillé à la serpe. Sa mâchoire saillante et les rides soucieuses de son front ne parvenaient cependant pas à assombrir l'air doux de son regard. Il était toujours vêtu de manière simple, un pourpoint de cuir sur une tunique claire, un pantalon de toile rentré dans des bottes de cuir et une ceinture à laquelle ne pendait pas une lame. Bjorn Wyl'Wayard – Joori connaissait son nom – passa une main dans ses cheveux et s'approcha de la cellule. L'Envoleuse replaça une boucle brillante derrière son oreille et calcula le nouveau venu.
Bombant le torse, il posa une main sur les barreaux de sa cellule et s'appuya nonchalamment avec un sourire victorieux.
- Bien le bonjour, madame la criminelle, votre chambre avec vue sur la mer vous plaît ?
Joori leva ses yeux ambrés et le fusilla du regard. Époussetant élégamment sa tunique, elle se redressa avec élégance. Quand le colosse l'avait attrapée, il l'avait soulevée pour ne pas qu'elle lui échappe, mais maintenant qu'ils étaient face à face, ils faisaient presque la même taille. Ce qui parut surprendre le capitaine de la Légion noire qui marqua une hésitation. La jeune femme fit un pas en avant et se plaqua contre les barreaux, à quelques centimètres de son visage. Elle jaugea son interlocuteur du regard.
- Eh... ahem... Je suis Bjorn Wyl'Wayard, capitaine de la Légion noire !
- Même si t'étais Merwyn en personne, je ne te dirais rien ! Répliqua l'Envoleuse avec verve.
Le venin de la jeune femme déstabilisa le colosse qui fit une moue dubitative. Un silence s'installa. Il toussota dans son poing pour reprendre contenance et fixa la jeune femme dans ses yeux clairs et ambrés. Gêné, il tourna la tête à gauche et à droite pour observer les alentours.
- Veuille m'excuser, Envoleuse... je me doute que le charme de cette vieille geôle infestée de rats n'est pas à ton goût mais Sil'Afyan veut te faire peur... ahem...
Joori fronça les sourcils, cligna des paupières et prit un peu de recul.
- Mais... je t'en prie, capitaine... Et je ne m'appelle pas Envoleuse. Mon nom est Joori, affirma-t-elle avec conviction.
- Ah... j'avais dit à l'Empereur qu'une belle demoiselle comme toi ne méritait pas un tel séjour, mais il est borné, tu n'imagines pas à quel point ! Au fait, moi, c'est Bjorn.
- Bonjour, Bjorn, rit Joori, ce qui eut pour effet de faire rougir le légionnaire jusqu'aux oreilles.
Un silence confus s'installa. Puis, prenant son courage à deux mains, Bjorn parla.
- Est-ce que je pourrais te poser une question ?
La jeune femme acquiesça.
- Comment une femme si belle a-t-elle pu se tourner vers le Chaos ? Tu m'as l'air si douce et indépendante. Je ne comprend pas.
Le regard assassin de Joori s'était progressivement adoucit. La lueur de colère qui brillait dans son regard s'éteignit.
- C'est une longue histoire, chuchota-t-elle.
Vie misérable et mauvais choix, mort misérable à l'horizon. Peut-être tenait-elle là une dernière occasion de s'épancher, complètement, et de raconter ce qu'elle était devenue à cet improbable confident. Bjorn Wyl'Wayard, capitaine de la Légion noire, tenait un discours charmeur qui lui déplaisait fort. Non. Les hommes qui tenaient ce discours à de mauvaises fins lui déplaisaient. Celui qui se tenait face à elle, son intuition féminine le lui soufflait, n'avait rien de la perfidie de ces hommes là.
- J'ai beau être Capitaine de la Légion, je ne suis au départ qu'un chevalier errant. Il fut un temps où j'écumais les routes en quête de gloire, haha !
Joori se permit un sourire amusé.
- J'aime les longues histoires, avoua-t-il sincèrement.
Une boule se forma dans sa gorge. Elle se retint de pleurer. Pourquoi fallait-il que les belles rencontres ne puissent pas avoir de suite ? Au moment sa mort, quand le couperet s'abaratterait sur sa gorge, elle aurait une pensée pour Bjorn. La seule et unique belle rencontre de sa vie.
- Merci, murmura-t-elle avec toute la force de son âme.
(1) Bottero (Pierre), La Quête d'Ewilan. L'intégrale. Paris, Rageot, 2010, p. 612.
Je vais maintenant expliquer en quoi Young-Girl06 a changé ce chapitre qui, à l'origine, devait être bien différent ! Dans ton mp, quand je t'ai annoncé le titre du chapitre, tu m'as dit que tu te réjouissais car les Envoleurs t'intriguaient et que tu espérais que le chapitre soit centré sur la fameuse Joori. Ce chapitre, à l'origine, je voulais le centrer sur Salim et Bjorn, sur leur relation et sur l'évolution de Salim en tant que Marchombre, Joori, le centre de ce chapitre, n'avait que le rôle de proie. Et puis, finalement, j'ai fait un changement de dernière minute, j'ai beaucoup effacé pour lui faire plus de place et... je crois que j'ai bien fait. Car j'ai vraiment aimé écrire ces passages avec Joori. Il m'a suffit de noter son prénom, j'ai eu comme le sentiment qu'elle m'attendait, qu'elle attendait d'entrer à son tour dans l'histoire. Et elle était là, avec son tempérament, son passé et ses sentiments. Surprise totale.
A la semaine prochaine pour le chapitre quinze (le dix-huit novembre) !
