Merci à RoronoaAgathou et à Shinory pour leurs gentils reviews ! ^^

Ditwin se souvenait encore très précisément de l'arrivée de Sanji à l'institut. Il ne s'était pas rendu au repas du soir, et ils l'avaient retrouvé en train de sangloter dans son lit lorsqu'ils étaient remontés dans le dortoir. Lui-même ne savait pas ce que ça faisait de perdre un parent, puisqu'il avait été déposé bébé devant les portes de l'établissement, mais il pouvait imaginer que la douleur du petit blond était grande et avait voulu le consoler. Toutefois, les autres garçons de leur âge l'avaient traité de pleurnichard et lui avaient conseillé de le laisser tranquille, et il avait préféré les écouter. Il avait encore entendu Sanji pleurer jusque tard dans la nuit, sans oser se lever pour aller le réconforter. Le nouveau-venu avait fini par s'endormir, épuisé d'avoir trop pleuré, et Ditwin, pris de remords, s'était promis d'aller lui parler le lendemain. Pourtant, le lendemain matin, quand il avait vu le blondinet s'asseoir seul à une table du réfectoire, les yeux bouffis et très pâle, qu'il avait voulu s'installer près de lui, Alrik, Einar et Bjarni l'avait pris de vitesse en entourant le nouvel arrivant et en faisant mine de lui voler son plateau-repas. Sanji avait surpris tout le monde en sauvant son assiette à toute vitesse et en la serrant contre lui. Alrik l'avait saisi par le bras pour l'obliger à lâcher prise, et Sanji s'était mis à crier comme un putois, jusqu'à alerter les surveillants. Alrik avait été puni, mais tout le monde savait très bien ce qui allait se passer ensuite : Sanji regretterait amèrement d'avoir fait appel aux adultes. Effectivement, le jour-même, Einar et Bjarni lui avaient refait le portrait, et avaient annoncé que quiconque tenterait de prendre sa défense subirait le même sort. Interrogé par leurs professeurs, Sanji avait révélé le nom des coupables, seulement pour voir son lit arrosé d'urine encore chaude pendant la nuit. Il avait tenté d'expliquer que ce n'était pas lui, mais les professeurs avaient refusé de le croire, et Sanji avait dû traverser le réfectoire avec ses draps, avant de recevoir une fessée devant tout le monde. Sanji avait alors compris la leçon, et avait subi son rôle de souffre-douleur en silence. La plupart des garçons plus âgés assistaient à tout cela sans se sentir concernés, bien que quelques-uns soient venus occasionnellement à la défense de Sanji. Le petit blond avait alors vu ses misères redoubler, et avait désormais préféré repousser l'assistance de ceux qui la lui proposaient, de peur qu'Alrik ne la lui fasse payer plus tard. Quant aux garçons de son âge ou plus jeunes, ils étaient tous bien trop terrorisés pour intervenir. Ditwin le reconnaissait volontiers, malgré la pitié que Sanji lui inspirait, même lui n'avait pas levé le petit doigt pour l'aider. Le petit blond avait dû vivre un véritable calvaire.

Mais Alrik et ses acolytes semblaient peu à peu se lasser de leur victime et de son attitude résignée, et Ditwin les avait entendus en discuter dans les couloirs, l'autre jour : estimant qu'ils avaient réussi à briser l'esprit de rébellion qui les avait tant amusés au début, ils comptaient se chercher une nouvelle proie. Harding et son surpoids avait bien sûr été mentionné, sans que Ditwin en soit étonné. Après tout, il avait été longtemps leur souffre-douleur avant que Sanji n'arrive. Ce jour-là, ce ne fut donc pas une surprise quand Alrik et sa bande entourèrent le petit gros au réfectoire.

- Eh, gros tas ! File-nous ton assiette, tu n'en as pas besoin de toute façon, lui dit Alrik.

- Ouais, t'as suffisamment de réserves pour tenir sans, pas vrai ? ricana Einar.

- L-laissez-moi tranquilles ! fit Harding, l'air affolé.

- Eh ben quoi, t'es sourd ? Ou tu vas nous obliger à te frapper ? demanda Bjarni en se rapprochant dangereusement.

- Avec lui faut pas hésiter à frapper fort, hein, conseilla Einar avec malice. Il a suffisamment de graisse pour amortir les chocs !

- ARRÊTEZ !

Ça, par contre, c'était un développement inhabituel. Ditwin, et les autres orphelins, levèrent les yeux de leurs assiettes (qu'ils regardaient fixement depuis le début de l'altercation) pour voir qui avait osé intervenir. Ditwin fut assez ébahi de voir que Sanji, qui semblait vraiment minuscule face aux trois brutes de l'établissement, s'était interposé entre Harding et ses bourreaux, alors que le rondouillard s'était réjoui de ses malheurs auparavant, soulagé qu'il était de ne plus être l'objet de l'attention d'Alrik.

- Qu'est-ce qu'il y a, Sanji ? Jaloux qu'on ne s'occupe plus de toi ? pouffa Alrik.

- Il vous a demandé de le laisser tranquille. Alors fichez-lui la paix ! reprit Sanji.

- Ooooooh regardez comme c'est mignon, Sanji qui prend la défense de son ami Bouboule. Tu as un faible pour les gros, Sanji ? Fais gaffe, vu ton poids et le sien, il risque de t'écraser dès la première nuit, se moqua Einar.

- Tu as raison, Einar, approuva Alrik. Mais y a quand même quelque chose qui me tracasse… Je pensais que Sanji n'avait aucun ami ?

Aussitôt les trois comparses se mirent à rire grassement. Ditwin, qui s'était senti honteux en voyant le courage du petit freluquet, décida à ce moment-là qu'il deviendrait son ami, peu importe ce qu'il lui en coûterait.

- Si, il en a ! déclara-t-il en se levant et en venant se planter à côté du petit blond.

Sanji, de son côté, le regardait avec des yeux comme des soucoupes.

- Ditwin, qu'est-ce tu fais ? siffla-t-il entre ses dents.

- Ce que j'aurais dû faire depuis longtemps ! Si vous voulez vous en prendre à Sanji, vous devrez d'abord me passer sur le corps ! continua Ditwin, très fier de sa réplique.

- Ou-ouais ! Et à moi aussi ! renchérit Harding en arrêtant de se cacher derrière eux.

Ils regrettèrent instantanément leurs paroles en voyant les sourires malsains des trois plus âgés, tandis qu'ils faisaient craquer leurs doigts. Mais ce jour-là, lorsque les trois garçons s'étaient retrouvés à l'infirmerie, riant comme des baleines en imaginant les plans les plus farfelus pour se venger d'Alrik et de ses deux gorilles, Ditwin avait su que ça en valait largement la peine.

- Au moins, on sait ce qu'Alrik et ses deux toutous sont allés faire chez cet antiquaire, maintenant. Mais qui sont ces « autres » qu'ils ont appelés et qui arrivent ? réfléchit Robin à voix haute.

Tout l'équipage s'était réuni dans la cuisine pour écouter les explications de Ditwin. Celui-ci avait été assez étonné de ne pas trouver Sanji sur le Sunny, mais après que Nami lui ait expliqué qu'il n'y avait jamais eu de carte au trésor et qu'Alrik s'était simplement éclipsé pour passer un appel en cachette, les pièces du puzzle avaient commencé à s'emboîter.

- Les Marines ? proposa Chopper timidement.

- Je ne pense pas. Alrik est lui-même un pirate, et de toute façon il aurait simplement dit « les Marines » et pas « les autres », repoussa Nami.

- Si je puis me permettre, ce « les autres » laisse à penser que ce sont des gens qu'il connaît déjà. Yohoho ! suggéra Brook.

- Je ne vois qu'une seule autre solution, alors, déclara sombrement Ditwin. Turold Osvaldsson.

- Qui ? demandèrent les Chapeaux de Paille d'une seule et même voix (sauf Robin dont le visage sembla s'assombrir).

- Turold Osvaldsson ! Le maire de notre île, là-bas dans le North Blue ! C'est le seul qu'Alrik serait susceptible de connaître, et qui a clairement une dent contre Sanji. De toute façon, on n'a jamais su comment Alrik avait réussi à se procurer le bateau, et il a toujours refusé de nous le dire… Oh mon dieu, depuis le début, il était engagé par le maire, et je suis tombé tête baissée dans le panneau. Je suis stupide, stupide, stupide !

Ditwin, en pleine crise d'auto-flagellation, passa de s'arracher les cheveux à se cogner la tête de ses poings, les yeux fermés et le visage déformé par la colère (sans doute dirigée contre lui-même). Zoro l'agrippa soudainement par le poignet, agacé par tant de cinéma.

- Pourquoi avoir attendu toutes ces années avant d'envoyer des gens à la recherche de Sanji, alors ? grogna-t-il, tandis que Ditwin le regardait avec des yeux écarquillés.

- Je n'en sais rien… Peut-être qu'il ne savait pas ce que Sanji était devenu, peut-être qu'il le croyait mort, et qu'il a paniqué en voyant son avis de recherche, proposa Usopp.

- C'est une hypothèse parfaitement valable… Mais quelle menace Sanji représente-t-il pour lui ? Le North Blue n'est pas la porte à côté, et Sanji n'a jamais manifesté la moindre intention de se venger, fit Robin.

A cela, personne ne sut quoi répondre.

- Cela dit, il y a un détail technique qui cloche, fit Franky. Seuls les Marines ont les moyens techniques pour voyager du North Blue à ici suffisamment rapidement. Un bateau normal mettrait des semaines, voire des mois ! Je ne pense pas qu'Alrik & Co. espéraient vraiment pouvoir nous retenir ici aussi longtemps, même en étant très optimistes.

- Huuuum… Nous revoilà au point de départ, gémit Nami, désespérée.

- Je pense qu'on se trompe de problème ! intervint alors Luffy, à la surprise générale. On sait qu'il y a des « autres » qui arrivent, et alors ? On s'occupera d'eux quand ils seront là ! Là, pour le moment, ce qui est intolérable, c'est que Sanji a disparu, et que J'AI FAIM !

Nami assomma promptement le capitaine, qui se mit à pleurnicher à son bout de table en tâtant ses bosses, et la conversation « des adultes » put reprendre.

- Bien que la formulation de notre capitaine soit quelque peu… simpliste, je pense qu'il a raison, sourit Robin. La priorité est de retrouver Sanji.

- Ce ne sont pas Alrik et ses complices qui le retiennent prisonnier quelque part, en tous cas : ils avaient l'air plutôt frustrés de savoir que Sanji avait été à portée de main et qu'on l'avait laissé filer, ahahah ! fit Ditwin, se frottant le poignet en jetant des regards inquiets en direction de Zoro.

- En parlant de complice, coupa le sabreur en ignorant complètement le pirate de North Blue. Il faudrait peut-être savoir avec qui ils étaient en train de parler quand ce zigoto les a surpris.

- Ah oui ! C'est vrai, ça ! approuva Usopp.

- A part Almar et Simen qui sont arrivés après son départ, tous les anciens de l'orphelinat ont une dette envers Sanji, d'une façon ou d'une autre. Je pense qu'aucun d'entre nous ne serait prêt à le trahir pour une somme d'argent, déclara Ditwin.

- Alors, c'est un de ces deux-là ? proposa Chopper.

- D'après ce que Sanji m'a dit, aucune chance qu'ils ne travaillent pour le maire, en tous cas, révéla Nami. Visiblement, ce… Turold Machin aurait été impliqué dans la mort de leurs parents à tous les deux. Donc, ça exclurait le maire comme commanditaire.

- Ou alors, il s'agit simplement de quelqu'un qui place sa peur d'Alrik & Co. avant sa loyauté envers Sanji-san, proposa Brook.

- Et avant sa peur de NOS représailles, gronda Zoro, l'air mauvais.

- Ah, je vois ! C'est un idiot, alors ! conclut Luffy.

Tout le monde se demanda un instant comment cette simple phrase pouvait à la fois être aussi innocente et aussi… menaçante. Ditwin, après un rire nerveux, promit qu'il tenterait de démasquer le traître au sein de son équipage, mais qu'il ne voyait pas du tout qui ça pouvait être. Puis ils convinrent tous de se retrouver sur le Sunny le lendemain matin et que, si Sanji n'était toujours pas revenu d'ici-là, ils partiraient à sa recherche en petits groupes : Luffy et Usopp, Zoro et Nami, et enfin Franky, Brook et Ditwin (qui avait insisté pour participer) sillonneraient l'île, tandis que Chopper et Robin resteraient sur le bateau.