Disclaimer : Les personnages appartiennent pour leur grande majorité à Kurumada.

Résumé : La Saint-Valentin a été plutôt riche en émotion pour pas mal de monde…

NdA : Une nouvelle fois : merci pour l'intérêt que vous témoignez à cette histoire. J'en profite pour renouveler mes remerciements à Scorpio-no-Caro dont l'aide et le soutien me sont toujours aussi précieux...

Je vous laisse avec le nouveau chapitre. J'espère qu'il ne vous décevra pas.


Paris – Montmartre

Dans la chambre de Kanon, assise sur le lit, Shina accepte la tasse de café que lui tend Milo en lui lançant un regard noir. Dans son pantalon large écossais, orange et vert à carreaux, et son pull à col haut orange, elle est visiblement très en colère. Kanon est assis en face d'elle, sur une chaise qu'il a retournée. Ses bras sont croisés sur le dossier, et sa tête y repose, légèrement penchée. Il a l'air penaud et c'est peu de le dire. Que ce soit le DJ ou lui, ils portent des jeans usés jusqu'à la corde, troués par endroits, complètement délavés et dont les ourlets ont tout à voir avec les serpillères. Leurs deux sweat-shirts, informes, ont dû être de couleurs différentes à une certaine époque, largement révolue maintenant qu'ils tirent tous deux vers ce gris fade que ne peut conférer que l'emploi régulier et peu précautionneux d'une machine à laver.

-Tu veux des gâteaux avec ?, demande Milo à son amie. On a des cookies.

-Parce que tu crois qu'une boite de cookies pourrie va suffire à vous faire pardonner ?, gronde-t-elle.

Milo hausse les épaules et continue à la regarder d'un air parfaitement neutre. Shina hésite, le visage fermé.

-Quel parfum ?

-Pépites de chocolat et noix de pécan.

-Mouais, ramène la boite, grogne la jeune femme en prenant sa première gorgée de café.

Le DJ lui adresse un grand sourire et quitte la pièce.

-Lui en veux pas, fait Kanon tout bas. C'est ma faute. Je le saoule depuis hier soir. Il ne savait vraiment plus quoi faire…

-C'est pas une raison.

-Si tu dois en vouloir à quelqu'un, c'est à moi… Il y est pour rien. Jamais il ne t'aurait dit de venir ici si…

-Mais je ne vous en veux pas pour m'avoir fait venir, rimbecillito...

-Bah tu loupes quand même des cours à cause de moi…

-Bof, c'est un cours justement. Aldé me fera un topo complet, ce sera pas la première fois.

-Tu nous en veux pourquoi, alors ?, demande Milo le plus innocemment du monde, en revenant avec les biscuits.

Il s'installe à côté de son amie et se met à grignoter. C'est bon les cookies. Le seul problème, c'est qu'à peine a-t-on commencé à réaliser qu'on est en train de manger que le paquet est déjà vide. Il a constaté qu'il se passe exactement le même phénomène avec les Granola… Un des grands mystères de l'univers. Un de plus.

-Sérieusement ? Vous ne savez pas pourquoi ? Mais achetez-vous un cerveau, les mecs… Ou même simplement un ou deux neurones, ça doublera largement votre capital.

-Peut-être, mais ça nous dit toujours pas pourquoi tu es en colère…

-Mais à cause de ton SMS, Milo ! Shina, y a un souci avec Kanon, ramène tes fesses chez moi, c'est urgent… ! Tu imagines le sang d'encre que je me suis fait en venant ici avec votre fichue habitude de ne pas entendre vos sonneries de téléphone, tous les deux ?! Je ne sais pas ce qui me retient de vous… de…

-Bah c'était urgent, désolé…., réplique le DJ comme une évidence.

-Alors là, va falloir qu'on bosse sur un dictionnaire commun et qu'on se mette d'accord sur les définitions, hein ! C'était quand même pas une question de vie ou de mort !

-On voit que c'est pas toi qui as passé les dernières vingt-quatre heures avec lui…, proteste Milo en montrant Kanon d'un mouvement du menton. Je suis à deux doigts de la tentative d'homicide.

-Je ne suis quand même pas si chiant, si ?, demande Kanon d'une toute petite voix.

-Ah si. Je t'assure. T'es insupportable.

Si Milo en est arrivé au point d'utiliser ce mot, c'est qu'il doit avoir franchi allègrement les bornes de toutes les limites de l'univers connu. Parce que Milo a une patience d'ange. Kanon s'en veut terriblement.

-Et d'abord, c'est quoi cette musique, Milo ?, demande Shina, en fronçant les sourcils.

Le DJ lève les yeux au ciel. Pour la peine, il reprend un cookie.

-Turandot. De Puccini. Une semaine qu'il le passe en boucle dès que j'arrête de jouer. Alors c'est sympa, je dis pas le contraire. Nessun Dorma, c'est magnifique… mais nerveusement je craque…

-Et pourquoi tu veux écouter ça, toi ?, fait Shina en se retournant vers l'accusé.

Kanon cache sa tête dans ses bras, rouge de honte.

-Kanon ?

-Il est allé à l'Opéra hier, et c'est ce qu'il a écouté..., explique-t-il, gêné.

-Qui ça, il… ? Oh my… me dis pas que ???

-Si, répond Milo affligé. Je t'assure : je n'en puis plus… Une semaine que ça dure. Et, depuis hier, LA question : comment va-t-il s'habiller pour ce soir ? Si tu me demandes encore une fois mon avis sur la couleur de ton éventuelle chemise, Kanon, ou si je pense que c'est jouable ou pas d'aller à l'Olympe en pantalon de cuir… meilleur ami ou pas, je te trucide.

Kanon ne sait plus où se mettre.

-C'est pas drôle…, tente-t-il de se justifier.

-Ah mais, j'en conviens tout à fait. Ce n'est pas drôle. C'est affligeant, oui… Aide-moi, Shina. Je ne veux pas finir mes jours en prison pour l'avoir étranglé et m'être acharné sur son cadavre. Même s'il y a de grandes chances qu'aucun jury n'ose me condamner dès qu'on leur aura expliqué les circonstances entourant la mort de ce débile…

-Je comprends, Milo. Et je te pardonne pour le SMS.

Le DJ et la jeune femme se regardent, le plus sérieusement du monde. Elle le comprend. Elle compatit. Milo pose une main sur sa poitrine, reconnaissant. Shina appuie la sienne sur l'épaule de son ami, hochant gravement la tête. Et ils se retournent vers Kanon, le visage fermé, et le fixe un long moment… jusqu'à ce que deux sourires viennent se poser sur leurs lèvres.

-Je vous zut, tous les deux…, bougonne Kanon. C'est un vrai problème ma tenue pour ce soir…

-Et pourquoi tu veux pas mettre ton costume ?, demande la jeune femme.

-Je l'ai mis hier… et puis… Il ne m'a jamais vu qu'avec ces fringues sur le dos. J'aimerais bien changer, pour quelque chose qui me corresponde un peu plus… Mais pas n'importe quoi non plus. J'ai quand même envie de faire bonne impression. Et puis je veux qu'il me trouve sexy… Enfin pas vraiment sexy, mais… attirant plutôt. Mais pas trop non plus, hein... je ne veux pas qu'il croit que je l'allume ou que je sais pas quoi… J'aimerais… avoir l'air d'un mec bien… enfin, tu vois le genre quoi…

-D'accord, je crois que j'ai compris l'idée générale… Donc pas de costume. Et pas un de tes jeans pourris. C'est ça ?

Kanon hoche vigoureusement la tête. Hors de question qu'il aille voir son inconnu avec les fringues qu'il met habituellement pour traîner.

-Et tu as quoi d'autre dans ta garde-robe ?

-Bah… mes tenues pour aller bosser. Mais bon, je suis pas sûr que ce soit adapté au genre de resto où il va m'emmener… Oh tiens, et puis tant que tu es là, à ton avis, pour le mec avec qui je l'ai vu, je lui demande au début ou à la fin du repas ?

-Bah au début, évidemment. Sinon, tu vas stresser toute la soirée.

-S'il me dit que c'est son mec, je suis pas certain de pouvoir gérer…

-Bah s'il te dit que c'est son mec, t'auras qu'à te barrer.

-Tu crois ?

-Kanon… Franchement… Tu veux d'une histoire avec un type maqué ?

-Et puis, on en a déjà discuté des dizaines de fois, intervient Milo. Ta stratégie, elle est simple. S'il te ment en te disant qu'il était avec personne, tu lui dis que tu l'as vu, et tu attends l'explication. S'il continue à nier, tu bouffes, tu t'en vas et on le raye de ta vie. Maintenant, s'il te dit la vérité, et qu'il se trouve que c'est son mec, tu lui demandes pourquoi il t'a invité à dîner. Et tu gères en fonction de la réponse, même si t'as pas intérêt à revenir en me disant qu'il t'a juré ses grands dieux qu'il allait le plaquer pour toi et que tu l'as cru. Et si son explication t'amène à te dire qu'effectivement, ce n'était pas son mec et qu'il est célibataire, et bah c'est cool et tu passes une bonne soirée.

-Ça me parait un excellent plan, confirme Shina, en donnant une tape sur les doigts de Milo qui allait prendre son quatrième ou cinquième cookie.

-Oui mais…

-Mais tu peux pas t'empêcher de le remettre en cause toutes les heures, je suis au courant…, soupire le DJ, tout en adressant un regard de chien battu à sa meilleure amie.

Shina lève les yeux au ciel, et cède. Le DJ récupère la boite de biscuits avec un air ravi. Il a tout de même la délicatesse de lui en proposer un, qu'elle croque avant de s'intéresser de nouveau à Kanon qui tangue doucement sur sa chaise en écoutant Montserrat Caballé et Luciano Pavarotti.

-Ça raconte quoi comme histoire, Turandot ?, demande tout bas Shina à Milo. Parce qu'il a l'air à fond, là, quand même.

Le DJ sourit, en regardant Kanon. C'est vrai qu'il serait presque attendrissant, comme ça.

-Oh bah, c'est pas compliqué. Turandot est une princesse chinoise pas très sympa. Chaque mec qui veut l'épouser doit répondre à trois énigmes. S'il réussit, bah, il épouse la princesse et récupère le trône. S'il échoue, elle le fait décapiter. Évidemment, personne n'a jamais réussi. Alors un prince inconnu débarque et il commence à dire, sous couvert d'anonymat, que c'est un petit peu n'importe quoi quand même, et que Turandot doit être une dangereuse psychopathe. Mais elle arrive pour assister à la décapitation d'un futur ex prétendant et il tombe fou amoureux d'elle vu que c'est un vrai canon. Donc il passe les épreuves, il réussit… mais monsieur est un grand romantique. Alors il dit à Turandot, vu qu'elle n'a pas l'air motivée à convoler, que si elle découvre son nom avant le lendemain à l'aube, elle n'aura pas à l'épouser. Turandot fait torturer quelques personnes pour l'apprendre, à commencer par une fille qui était raide dingue du mystérieux prince et qui va préférer se suicider plutôt que de trahir son secret. Plus tard, dans la nuit, Turandot retrouve son prince et il lui dit comment il s'appelle. Et le lendemain Turandot déclare qu'elle connait le nom du prince, qu'il s'appelle amour – alors qu'en fait son nom c'est Calaf, hein - et qu'ils vont s'épouser. Et c'est trop youpi. Tout est bien qui finit bien.

-Ouais, enfin… y a quand même une gamine qui s'est suicidée et je sais pas combien de type qui sont morts…

-Qu'est-ce que tu veux… C'est l'amûr… C'est bô.

-Et notre ménager de moins de cinquante ans à nous, il se voit plutôt en princesse ou en prince, à ton avis ?

-Un peu des deux, je crois. Et dire que j'ai tout fait pour le préserver du « ils se marièrent et ils eurent beaucoup d'enfants ». Cuisant échec. Heureusement que tu es là pour me remonter le moral en me montrant ma plus brillante victoire sur ce point. Au fait, vous avez trouvé les noms pour vos futurs marmots avec Aldé ?

Ils se regardent et Shina lui tire la langue, avant de reporter leur attention sur leur ami.

-Et sinon, fait-elle d'une voix forte, pour en revenir à tes soucis vestimentaires… Tu n'aurais pas pu t'y prendre la semaine dernière ?

-Pourquoi ?, demande Kanon en émergeant de son rêve.

-Parce que c'était encore les soldes, Kanon… Enfin, on devrait peut-être trouver des endroits où il reste quelques trucs qui pourraient éventuellement convenir… Par contre, on se bouge tout de suite, parce que je reprends les cours à deux heures moi. Et je ne peux pas louper les TDs.

-Bah on est partis, alors.

-Et niveau budget ?

Kanon hésite. Il y a toujours l'argent d'Ayoros… mais un regard de Milo lui fait comprendre qu'il est hors de question de considérer la situation comme faisant partie de celles autorisant son emploi. Donc Kanon grimace. Le reste de ses économies ne se montent pas très haut.

-J'ai compris, je t'avancerai la thune. Mais ne compte pas sur moi pour acheter tes sous-vêtements.

-Shina !, proteste Kanon sous le regard hilare de Milo.

-Quoi ? Me dis pas que tu n'espères pas finir la nuit dans son lit, parce que je ne te croirai pas. Et puis, sincèrement, si je me tape une nuit blanche pour que tu ne conclues pas… je l'aurai mauvaise et tu verras directement avec Aldé pour le règlement de compte.


Paris – La Défense

Dans le bureau de Saga, Gabriel est assis dans un des fauteuils de cuir et regarde son meilleur ami, toujours assis à son bureau, qui parcourt frénétiquement un épais dossier. Saga parait fatigué et énervé. Des cernes commencent à apparaître sur son visage et son teint est terne. Mais ses yeux brûlent d'un éclat presque mauvais. Gabriel n'aime pas le voir dans cet état.

-Saga… arrête.

-Non, rétorque-t-il sans cesser de consulter le document entre ses mains.

-Si. Il faut que tu te reposes et que nous allions déjeuner.

-Déjeuner ? Je n'ai pas le temps de sortir déjeuner, Gaby. Nous devons terminer ce projet dans dix jours. Nous mangerons ici.

-Neuf exactement, rectifie son bras droit. La date limite de dépôt des dossiers est Vendredi en huit.

-Si tu es au courant, tu sais pourquoi je ne peux pas me permettre de perdre une seconde.

-Tu finis par être aussi puéril que lui, déclare Gabriel d'un ton parfaitement calme.

Saga relève enfin les yeux vers son meilleur ami. Des yeux emplis de colère.

-Retire immédiatement ce que tu viens de dire !

-Pourquoi ? C'est la stricte vérité. Tu ne devrais même pas te mêler de cette affaire. Je suis capable de gérer Julian seul, Saga.

-Il s'est servi de moi pour t'atteindre alors que je lui faisais confiance !

-Tu n'aurais pas dû. Mais tu ne peux pas lui en vouloir pour tes erreurs.

-Ne le défends pas !

-Je ne le défends pas. Je veux simplement que tu regardes les choses en face et que tu reconsidères calmement ton désir de t'attaquer aux Solo. Nous sommes dans une position fragile en ce moment, tu le sais parfaitement. Si nous nous en prenons à Julian, il y a de gros risques que les Judge s'en mêlent. Est-ce que tu es certain de vouloir mettre en danger toute la compagnie pour une histoire à peine digne d'une cour de récréation ?

-Ce n'est pas une colère de cour de récré, Gabriel. Julian m'a utilisé. Il s'est moqué de moi. Et il s'en est pris à toi. C'est une question d'honneur. Si je ne fais rien, si je ne réagis pas, je ne pourrais plus jamais me regarder dans une glace.

-Et tu es prêt à sacrifier Sanctuary pour une question de fierté ? Pour une histoire de vengeance ?

-Je ne sacrifierai rien. Je trouverai toujours quelque chose pour justifier de notre candidature, si le besoin s'en fait sentir. Et les commissions ne rendront leurs avis que début Septembre. D'ici là, notre situation devrait être parfaitement consolidée. Ne t'inquiète pas. Je veux faire payer Julian, mais je ne suis pas encore totalement fou.

-Disons que tu n'as pas totalement perdu tes capacités de raisonnement. Soit, déclarons la guerre, puisque tu as l'air décidé. Mais, maintenant, laisse ce dossier et viens déjeuner. Et tu devrais inviter Ayoros à nous accompagner.

-Je peux savoir pourquoi ?

-Ce n'est pas parce que j'ai accepté de te laisser mener ta croisade que je vais te laisser faire n'importe quoi. Tu as besoin de te reposer. Mikael n'arrête pas de te le répéter, mais tu refuses à tel point de l'écouter qu'il est venu me trouver pour me demander d'intervenir. Laisse Ayoros relire ces documents. Nous les validerons ensemble, ce week-end, après qu'il se soit chargé des problèmes les plus évidents. Tu n'auras qu'à lui donner tes consignes au cours du repas.

-Tu crois vraiment qu'on peut lui laisser cette responsabilité… ?

-C'est lui qui s'est chargé de diriger les études. Il connait parfaitement le dossier. Et son travail récent est absolument au-dessus de tout reproche, même selon mes critères. Ce serait un bon moyen de lui montrer que nous avons à nouveau pleinement confiance en lui.

-Ce n'est pas toi qui me répète sans arrêt que les responsabilités, et les gentilles paroles, ne peuvent pas suffire à témoigner ma reconnaissance envers mes employés ?

-Si. Et je compte sur toi pour accompagner cette charge supplémentaire d'une prime conséquente.

Saga regarde son meilleur ami qui reste parfaitement impassible dans son fauteuil. Il réfléchit durant de longues secondes et finit par appuyer sur un bouton de son interphone.

-Ayoros ?

-Oui Monsieur ?

-Tu as quelque chose de prévu pour le déjeuner ?


Paris – Hôtel Olympe

Lorsqu'il pénètre dans le hall de l'hôtel, Kanon sent le regard du portier sur lui. Et il n'a rien de franchement amical. Il serait même vaguement méprisant. Kanon soupire. C'est vrai qu'il détonne au milieu des livrées des employés et des costumes des clients, avec son jean slim noir, sa chemise blanche au col déboutonné, et le pull gris, en maille et en V, dont elle dépasse de partout. Il fait peut-être un peu débraillé, c'est vrai… mais sa tenue est très tendance. Et elle lui va bien. C'est Shina qui l'a dit. Et il doit reconnaître qu'il se sent à l'aise. Mais pas trop en adéquation avec l'ambiance de l'Olympe, il faut bien le reconnaître. Il n'y a guère que son manteau, noir, qui fasse illusion tandis qu'il lui bat les cuisses… Peut-être, après tout, que le costume aurait été une bonne idée. Kanon regarde sa montre. Il est un peu en avance. Il se dirige vers le bar.

-Monsieur…

Il se retourne. Un homme, vieux, bedonnant, avec une horrible barbe et un drôle de monocle, le regarde bizarrement. Agressivement. Kanon fronce les sourcils.

-Oui ?

-Quittez cet établissement immédiatement et sans faire de scandale.

-Pardon ?

-Sortez d'ici. Tout de suite.

-Je peux savoir ce qu'il vous prend ?

-Il me prend que je sais ce que vous êtes. Et que ce soir Aiolia Nikopolidis n'est pas là pour couvrir vos activités. Ce soir, je suis aux commandes de cet hôtel… et je ne tolèrerai pas votre présence entre ces murs.

-Mais j'ai…

Rendez-vous avec quelqu'un… Si cet homme dit vrai et qu'il sait ce que Kanon fait, ce n'est pas le genre de phrases qui va l'inciter à changer d'attitude.

-Laissez-moi juste le temps…

-Non. Ne faites pas de scandale et partez. Vous n'avez rien à faire ici. Ne m'obligez pas à employer la force. Ce serait extrêmement préjudiciable et pour vous, et pour cet établissement.

-Je dois voir quelqu'un, proteste Kanon, et il est hors de question…

-Y aurait-il un problème ?, fait une voix derrière lui.

Ce timbre, minéral, il le reconnaitrait entre mille. Il voit le visage de l'homme en face de lui se décomposer. Littéralement.

-Aucun…, balbutie le directeur adjoint. Monsieur allait justement partir…

-Partir ? Vous vouliez… partir ?

Kanon sent le regard de la statue sur lui. Il sourit. Un sourire faussement innocent. Un sourire mauvais qu'il adresse à cet homme qui voulait le priver - consciemment, il en est persuadé - de cette rencontre.

-Pas le moins du monde. Il doit s'agir d'un regrettable malentendu… Cela arrive, parfois.

Il tourne la tête et regarde enfin la statue. Son inconnu est toujours aussi beau. Plus encore… Impérial. Royal. Oui, il y a de ça. Avec cette peau si blanche et ces mèches si blondes… Leurs regards se croisent, mais ils ne s'accrochent pas : Rhadamanthe a aussitôt baissé les paupières.

-Parfois, oui.

Le blond se retourne vers l'homme qui n'a toujours pas osé bouger.

-Faites-nous appeler un taxi, pour dans une demi-heure. Nous serons au bar.

-Tout de suite, Monsieur.

Le directeur adjoint de l'hôtel s'incline et s'enfuit sous le regard altier de Rhadamanthe, et celui victorieux de Kanon.

-Tu as vraiment beaucoup d'influence… On pourrait croire que tu lui as fait peur, fait-il, amusé.

-C'est un mouton…

Et puis, d'un coup, le blond se retourne vers son invité, avec brusquerie. Il y a de la surprise qui se lit sur son visage d'albâtre. Presque de l'effroi.

-Je… j'ai dit une bêtise ?, demande Kanon.

-Vous… vous venez de me tutoyer…

Kanon sent une soudaine vague de chaleur lui monter aux joues.

-Je… suis désolé, s'excuse-t-il. Je ne sais pas ce qu'il m'a pris… Je vous demande pardon, si je vous ai offensé ou quoique ce soit du genre…

La statue le dévisage. Kanon déteste ça et détourne les yeux. Il a l'impression qu'il vient de provoquer un tremblement de terre et de rouvrir le gouffre qui les sépare. Il se sent perdu. Tout lui parait tellement compliqué… Comment peut-on vivre de cette façon ? Tout est tellement plus simple dans son monde… Non. C'est dans le monde de Milo que tout est plus simple. Dans le sien, tout est trouble, rien n'est défini. Et même ce jeu des apparences pourrait l'amuser. Après tout, il jouait au même quand il était gosse ; avec d'autres règles mais ce n'était pas si différent à bien y regarder… Oui, il pourrait s'amuser… s'il ne craignait pas autant de blesser son inconnu. S'il ne craignait pas autant de le perdre… Et il va encore falloir qu'il lui parle de ce type brun de la Saint-Valentin. Inutile d'envisager la possibilité de ne pas aborder le sujet : en dehors du fait même qu'il a envie et besoin de savoir, il ne veut pas imaginer la réaction de Milo s'il lui disait qu'il ne lui a pas posé la question. Le blond baisse la tête et l'invite à le suivre.

-Venez… Allons boire un verre, le temps que le taxi arrive. Enfin, si cela vous convient, évidemment… ?

-Oui, oui… bien sûr.

C'est vraiment étrange. Pour la première fois, il a l'impression que son inconnu veut nier quelque chose qui s'est passé entre eux. Il n'aime pas ça. Il n'aime pas ça du tout. Ils entrent dans le bar et vont s'installer à une table, un peu à l'écart. Rhadamanthe commande leur scotch et Kanon remarque, enfin, la tenue de son vis-à-vis. Il ne porte pas un de ses habituels costumes trois pièces… ni de cravate. Il porte un costume large, marron, chiné, et un pull chocolat sur lequel ont été cousues cinq pièces de cuir brun. Cela lui va bien. Très bien, même. Il aimerait lui en faire la remarque mais après l'incident précédent, il ne sait pas… Ça ne peut pas continuer comme ça. Shina et Milo ont raison. Il veut passer une bonne soirée. Il ne peut pas laisser toutes ces ombres venir noircir ce tableau. Il ne veut pas tout gâcher, mais il ne veut pas qu'ils fassent semblant que tout va bien. Ce serait encore pire. Ce serait une véritable trahison. Il prend une grande respiration.

-Quelque chose ne va pas ?, s'inquiète la statue.

-Je ne sais pas… à vous de me le dire. Pourquoi ne voulez-vous pas que je vous tutoie ?

Ça y est, il s'est lancé. Et maintenant, il ira jusqu'au bout. Quoiqu'il arrive. La statue fronce les sourcils.

-Je n'ai jamais dit que je ne le voulais pas.

-Mais cela vous dérange…

-Je n'ai rien dit de tel.

-Non, bien sûr… mais il y a d'autres moyens de faire comprendre les choses. Je ne suis pas idiot.

-Je n'ai jamais pensé que vous l'étiez. Et si vous tenez vraiment à me tutoyer, faites-le… Je n'ai aucun moyen de vous l'interdire.

Il y a de la tension entre eux. Mais tant pis. Tant pis. Il veut sa soirée. Il veut une vraie soirée. Sans mensonge. Sans faux-semblant. Tant pis si… cela doit être la dernière. De toute façon, il y a le type brun. Alors perdu pour perdu… autant qu'il soit lui-même.

-Très bien... Mais pourquoi continues-tu à me vouvoyer, si tu n'as rien contre le fait que je te tutoie ?

-Pourquoi tenez-vous à me tutoyer ?

-Je crois que c'est parce que j'ai l'impression que nous commençons à nous connaître et que je tutoie les gens que je connais. Mais j'ai posé ma question en premier…, riposte Kanon.

Rhadamanthe le regarde, durement. Le serveur arrive avec leur consommation et repart. Le blond fait tourner son verre entre ses longues mains, sans plus relever les yeux sur Kanon.

-Le vouvoiement est mon mode d'expression naturel. Il n'y a guère que mes frères que je tutoie spontanément, ajoute-t-il en buvant une gorgée de Macallan.

-Tu ne tutoies pas tes parents ?

-Mes parents sont morts le 4 Septembre dernier, dans un accident d'avion au-dessus de la Manche.

Il y a une fêlure dans la voix de la statue. Légère. Kanon la connait trop bien, Kanon fait trop attention à elle pour ne pas remarquer ce genre de détail. Il lui semble que son inconnu cherche à minimiser la douleur qu'il éprouve. Ou à la dissimuler. Ce qui lui échappe encore c'est à qui est destinée cette illusion. L'idée que sa statue se ment peut-être à elle-même lui vrille le cœur.

-Je suis désolé… sincèrement. Je m'excuse. Toutes mes condoléances…

-Pourquoi t'excuser ? Tu ne pouvais pas savoir…, murmure le blond.

Le visage de Kanon s'illumine.

-Merci…

-De rien.

Peu importe qui était le brun de la Saint-Valentin. Milo lui en voudra probablement, Milo sera certainement en colère, mais il n'abordera pas le sujet. Il s'en moque. Cela n'a pas la moindre importance. Parce que la statue vient de faire disparaître le ravin. Parce que deux pépites d'or viennent se donner en offrande à l'océan. Parce que l'océan les a acceptées, honoré au-delà des mots par ce don qui lui est fait… et qu'il se jette, éperdu, dans l'abîme. Plus rien n'existe qu'eux. C'est une façon de reprendre contact, de prendre des nouvelles, comme s'ils pouvaient lire, dans le regard de l'autre, ce qui lui est arrivé durant la semaine. Ce n'est pas le cas, évidemment… à moins que la seule chose qui ait compté soit le manque qu'ils ont éprouvé en étant séparés et le sentiment qui les étreint en cet instant. Quoiqu'il en soit, Kanon se rend compte que c'est ce qui l'a dérangé durant les premières minutes de leur entrevue. Ils ne se sont pas regardés. Pas vraiment. Mais, en cet instant, les choses reprennent leur cours normal. Ils se retrouvent, enfin. C'est maintenant que leur rendez-vous commence.


Le Vésinet – Manoir Judge

Allongé dans un des canapés du salon, devant la cheminée, ses pieds confortablement installés sur les jambes de Minos qui est occupé à lire Le Monde, Eaque soupire. Son amant interrompt sa lecture et le regarde, inquisiteur.

-Rhadamanthe m'inquiète de plus en plus, explique le cadet. Il vient dormir au Manoir alors qu'on va l'Opéra avec Julian et Thétis et qu'ils couchent ici, et il va passer cette nuit à l'Olympe alors qu'on pourrait être tous les trois… Et tu as vu à quelle heure il est parti, ce matin ? Il n'a même pas pris son petit-déjeuner avec nous.

-Eaque…

-Quoi ?

-Nous lui avons promis de ne pas nous mêler de ses affaires. Cela me déplait autant qu'à toi, compte tenu de son comportement actuel, mais dois-je te rappeler que cette brillante idée est de ton unique fait ?

C'est un reproche. Clairement. Et pourtant Minos est habituellement le premier à militer pour qu'Eaque ne couve pas trop Rhadamanthe. Mais quoi ? Il semble au brun qu'il a manqué trop de choses durant toutes ses années d'exil. Ils sont restés en contact, bien sûr, mais ce n'est pas la même chose que de vivre ensemble. Et puis il ne se rendait peut-être pas compte de l'étendue des dégâts… Il a peur de voir ses frères devenir des étrangers. Ils en sont déjà presque l'un pour l'autre. Il ne supporterait pas de les voir s'éloigner de lui, maintenant qu'ils sont enfin réunis. Si ça ne tenait qu'à lui, il harcèlerait Rhadamanthe continuellement pour savoir ce qu'il se passe dans sa vie. Il aimerait connaître chaque minute, chaque pensée. Heureusement que Minos est là pour réfréner ses ardeurs. Même si, pour le coup, l'aîné ne semble pas être un défenseur enflammé de la protection de la vie privée du benjamin.

-Je sais que c'est de ma faute, fait Eaque avec un petit sourire d'excuse. Et en même temps, je suis certain que nous avons raison de lâcher du lest… Mais tu l'aurais vu quand il m'a annoncé qu'il a voulu convaincre ton père de le laisser épouser Thétis à ta place…

-Elle n'aurait jamais accepté.

-Mais ce n'est pas le sujet enfin…

-Et quel est le sujet ?

-Le sujet c'est que je me fais du souci et que tu devrais t'en faire aussi… Tu imagines s'il lui reprenait une idée du même genre ? Bon, l'avantage au moins, c'est qu'une autre alliance avec les Solo ne servirait à rien, donc pas de soucis du côté de Julian… et que je sais qu'il n'envisage pas une seconde de sortir avec Saga.

-Encore heureux.

-Tu ne voudrais pas de lui comme beau-frère ?

-Je ne pourrais jamais faire confiance à Gemini. J'imagine donc que ma réponse est non.

-Et pourquoi tu ne pourrais pas lui faire confiance ?

-Par certains côtés, il me ressemble trop.

Eaque sourit à cette réponse. Minos n'a pas eu la moindre hésitation, ni prit le temps de réflexion.

-Voilà qui est honnête, en tout cas. Cela veut dire que tu ne te ferais pas confiance ?

-Je me connais. Comment faire confiance à quelqu'un qui parvient à dissimuler une chose aussi fondamentale que ce qui nous lie, toi et moi ?

-Tu crois que Saga a des choses à cacher ?

-Tout le monde en a. Et je crois Gemini capable de garder un secret mieux que n'importe qui, ou presque.

Un secret. Eaque se met à réfléchir tandis que Minos reprend sa lecture. Un secret… Mikael… Quel genre de secret pourrait justifier l'arrivée d'un second garde du corps ? Rhadamanthe a dit que Saga pouvait être malade… Il n'en donne pas l'air pourtant. Au réveillon… Mauvais exemple le réveillon. Lui-même était bien trop préoccupé pour remarquer quoique ce soit, avec…

-Hé !, réalise-t-il soudain. Moi aussi, je cache ce que j'éprouve pour toi. Cela veut dire que tu ne me fais pas confiance, à moi non plus ?

-Ce mensonge n'est pas de ton fait. C'est moi qui t'y ai obligé.

-Tu t'en veux ?, demande Eaque, inquiet.

-Non. Pas vraiment, en tout cas. C'est plus compliqué ça…

-Pose ton journal et explique-moi, alors.

-C'est un ordre ?

-Je ne te donnerai jamais d'ordre, Minos.

-Je sais, soupire l'aîné en refermant son journal. Et comme Pandore n'est jamais là, il n'y a que moi qui puisse m'en donner.

-Et tu t'obéis ?, demande Eaque, amusé.

-Comme si tu n'étais pas au courant.

Eaque s'est redressé brutalement. Le ton de son frère hésitait entre dégoût, fatalisme, et colère.

-Minos… ?

-Quoi ?

-Qu'est-ce qu'il t'arrive, à la fin ?

-Rien... Ne t'inquiète pas. Je suis un peu fatigué, c'est tout. Et j'ai un léger mal de crâne. Rien de bien grave, je t'assure.

-Tu veux que je t'apporte quelque chose ? Un cachet, un verre, je ne sais pas…

-Non.

Il pose l'édition du Monde sur la table basse et vient s'allonger contre le corps de son frère.

-C'est de toi dont j'ai besoin, Eaque…

-Et bien, dans ce cas, on ne devrait pas avoir trop de mal à régler le problème…, murmure le brun en serrant son frère contre lui et en embrassant tendrement son front.

Minos ferme les yeux et ils restent comme ça, dans les bras l'un de l'autre, Eaque berçant l'homme de sa vie en chantant doucement, en attendant que Charon vienne les prévenir que le dîner est prêt.

Il chante une chanson de Noa : U.N.I..


Paris – Restaurant L'Yggdrasil

Alors qu'ils pénètrent dans le hall d'entrée du restaurant, Kanon se sent nerveux. Ce n'est pourtant pas la faute de cette décoration même si elle lui donne l'impression d'avoir pénétré dans un monde totalement inconnu. Les murs forment un tunnel d'un gris-bleu mal défini et mat. Ça et là, des pierres ou des racines tortueuses y sont incrustées. Des niches mettent en valeur, grâce à des spots de couleurs, quelques sculptures représentant des animaux : un écureuil, un aigle, une chèvre, des cerfs et… une créature mythique tenant autant du serpent que du dragon. Derrière le comptoir de bois sont accrochés, croisés, un marteau et une hache d'arme double magnifiquement ouvragés. Le sentiment général qui en ressort est loin d'être déplaisant bien que très étrange. Mais Kanon ne doit pas trop se laisser aller à admirer le décor. Il doit rester vigilant : il aimerait, même si ce n'est pas très fair-play de sa part, entendre le nom que sa statue a utilisé pour la réservation…

Un homme aux cheveux vert d'eau s'avance vers eux, dans un élégant costume noir. Il s'incline très respectueusement devant eux et aide Rhadamanthe à se défaire de son manteau.

-Bonsoir Messieurs.

-Bonsoir Syd.

L'homme se tourne alors vers Kanon et l'aide de la même façon, avant de donner les deux manteaux à un membre du personnel. Cet homme, ce Syd, n'est pas n'importe qui, ici. C'est une évidence.

-Laissez-moi vous accompagner jusqu'à votre table.

Autant pour la réservation… Son inconnu doit venir suffisamment souvent ici pour avoir ses habitudes. A moins que… Non. Ce serait un peu gros… Mais en même temps, il semble vraiment tenir à ce que Kanon ne sache pas quel est son nom. De toute façon, s'il a ses habitudes ici, ils doivent savoir qui il est. Pourquoi emmener quelqu'un pour qui vous voulez rester anonyme dans un endroit où vous êtes connu ? Cela voudrait dire que ce n'est pas d'être vu avec Kanon qui le dérange, mais vraiment que Kanon sache qui il est… C'est parfaitement incompréhensible. D'autant plus qu'il ne cherche pas à être quelqu'un d'autre apparemment. Sauf s'il n'est pas vraiment riche en réalité, bien sûr. Mais s'il ne l'est pas, il a dû s'endetter sur douze générations pour monter ce canular… Non. Son inconnu est riche. C'est juste son comportement qui parait absurde. Tout est tellement compliqué… Kanon ne veut plus que les choses soient compliquées. Il veut que les choses deviennent vraiment simples entre eux. Il veut… être lui-même. C'est en étant lui-même qu'il a amené la statue à le tutoyer. Et il aime qu'elle le tutoie.

Ils entrent dans la salle du restaurant, où quelques tables sont déjà occupées. Au centre trône une gigantesque cheminée couverte de runes. Des tableaux représentants des mondes de glace, de feu, d'ombre ou de lumière sont accrochés aux murs. Les tables et les chaises sont de bois, simples et sophistiquées. Il n'y a pas de nappes mais des sets de tables en cuir ou en peau d'un animal quelconque. Il y a des tapis de fourrure, sans que Kanon ne parvienne à deviner s'il s'agit de vraie ou de fausse. Tout est à la fois rustique et très recherché. Comme si un artiste avait cherché à moderniser et épurer le monde viking…

Kanon se retourne vers Syd.

-Excusez-moi mais… je me posais une question…

-Si je puis y répondre, Monsieur…

-D'où vient ce nom… Yggdrasil ?

-Il s'agit de l'arbre sur lequel reposent les neufs mondes de la mythologie nordique. Mon frère et moi-même sommes très attachés à cette culture. Lorsque nous avons décidé de monter notre propre restaurant, ce nom s'est plus ou moins imposé à nous.

-Et…

-Oui ?

-Toutes ces peaux, ces fourrures… Ce sont des vraies ?

Devant l'air inquiet de Kanon, Syd sourit légèrement.

-Non. J'aimerais pourtant que ce soit le cas.

-Vraiment ?, s'offusque Kanon.

-Oui. Car cela voudrait dire que les ours, les loups, et tous les animaux que vous voyez là… seraient suffisamment nombreux pour que nous n'estimions plus devoir les protéger coûte que coûte. Mais j'ai peur que plus jamais cela ne soit possible. Votre table, si elle vous convient.

Elle est un peu à l'écart du reste de la salle. Une fois de plus, son inconnu a fait en sorte de leur octroyer un peu d'intimité. Ils s'installent.

-Souhaiteriez-vous un apéritif ?

Kanon relève la tête. Apparemment la question ne s'adresse qu'à lui. Encore un indice pour faire de son inconnu un habitué des lieux.

-Je ne sais pas… Tu vas boire quelque chose ?

Rhadamanthe le regarde après avoir accepté la carte que lui tend le directeur de salle.

-Un scotch. On the Rocks.

-Deux, complète aussitôt Kanon.

-Vous…

Le blond s'arrête, ferme les yeux et reprend, après quelques secondes.

-Tu peux commander autre chose. Tu n'es pas obligé de toujours…

-Je sais, rassure-toi. Deux, confirme-t-il en prenant la carte que lui présente Syd qui s'incline et les laisse seuls.

Kanon ouvre le menu et fronce aussitôt les sourcils. Il parcourt les pages de nombreuses fois avant de regarder son inconnu qui semble d'un calme parfaitement olympien de l'autre côté de la table.

-Tu peux m'expliquer… ?

-Quoi donc ?

-Il n'y a pas de prix, sur ma carte.

-Tu es mon invité.

-Et comment je fais pour savoir combien coûte ce que je veux commander ?

-Tu es mon invité. Le prix ne te concerne pas.

-Si.

-Non.

-Si !, s'insurge Kanon, tout bas, tandis que Syd revient avec leur verre.

Rhadamanthe incline légèrement la tête en direction du directeur qui apparemment s'occupera de leur service toute la soirée. Cela le rassure grandement. Il a suffisamment confiance dans le professionnalisme de Syd pour ne pas craindre qu'il révèle son identité par inadvertance.

-Non. Commande ce dont tu as envie. Ne te préoccupe pas du reste.

-Mais…

-Quelque soit le repas que tu commanderas, il sera dans mes moyens, si cela peut te rassurer.

-Comme la bouteille de scotch… C'est très rassurant, effectivement.

-Quel est le problème ?, demande Rhadamanthe, suspicieux.

-Le problème c'est qu'on ne s'excuse pas avec un cadeau de ce prix-là… ! Je ne me rendais pas compte de ce que tu dépensais tant qu'on restait au bar mais, maintenant que je le sais, ça me gêne…

-Je croyais que tu avais compris que l'argent n'est pas un problème pour moi.

-Je sais mais…

Rhadamanthe soupire, referme le menu et le pose dans son assiette.

-Je suis riche. Toute ma famille l'est et l'a toujours été. Quand je dis que l'argent n'est pas un problème, je veux dire que nous en avons suffisamment pour qu'aucun d'entre nous n'ait jamais eu à se poser de question. Lorsque nous avons envie de quelque chose… nous ne regardons pas le prix. Jamais. Nous l'achetons, c'est tout. Je ne sais pas faire autrement dans ma vie privée. Alors, encore une fois, commande ce que tu veux.

-Et dans ta vie professionnelle ?

-C'est autre chose… Ce n'est pas de mon argent dont il est question.

-Je vois… Très bien. Je m'incline. Mais je veux que tu saches que ça doit me demander le même genre d'effort que toi pour me tutoyer…

-Vraiment ?

-Vraiment. Je compte tout. J'ai toujours compté. C'est le seul moyen qu'on avait à la maison pour ne pas être toujours à découvert… Faire attention. Ne pas faire d'excès. Coller au budget. Et quand j'ai commencé à gagner de l'argent et que j'ai pu commencer à m'acheter ce qui me faisait plaisir… j'ai inversé la manière de compter. Je ne comptais plus pour savoir ce que je pouvais dépenser, mais pour savoir combien il fallait que je gagne… Je me suis rendu compte que c'est une façon de faire qui peut vite devenir dangereuse. Mais Milo a réussi à m'arranger un peu sur ce point, comme sur d'autres, depuis qu'on vit ensemble…

De l'autre côté de la table, Rhadamanthe, qui écoutait Kanon presque religieusement, est devenu livide.

-Qui est Milo ?, arrive-t-il à articuler tant bien que mal.

-Mon colocataire… et mon meilleur ami, précise rapidement Kanon en voyant son inconnu blêmir davantage encore. Il m'héberge, parce qu'il sait que je n'ai pas les moyens de payer le loyer d'un appartement correct tout seul.

Kanon regarde la statue qui semble toujours aussi pâle. Il ne l'a jamais vu comme ça. Il ne l'a jamais autant blessé. Voilà ce qu'il a gagné à être naturel depuis le début de la soirée… à ne pas réfléchir avant de parler. Il s'en veut. Comme d'habitude.

-C'est mon meilleur ami… Milo, c'est… C'est un peu comme un frère pour moi…

Il hésite… et tend la main jusqu'à venir la poser sur celle du blond. S'il osait, il lui dirait qu'il ne doit pas s'inquiéter, qu'il n'y a personne dans sa vie, qu'il est prêt à lui laisser toute la place qu'il souhaite, qu'il en a déjà une énorme partie de toute façon... Mais il n'ose pas. Il n'ose pas parce qu'il vient de blesser sa statue. Il aimerait revenir en arrière. Il aimerait lui redonner les rênes, parce qu'il sent confusément que son inconnu a besoin de garder le contrôle. Alors il se contente de serrer très légèrement cette longue main si blanche et si belle. Rhadamanthe tressaille. Il regarde Kanon, puis leurs mains qui se touchent. Puis Kanon. Puis leurs mains. Comme s'il ne comprenait pas tout à fait la signification de ce geste. Il finit par fermer les yeux. Il s'est calmé apparemment. Il a repris des couleurs. Alors Kanon retire sa main. Doucement. Et Rhadamanthe ramène la sienne vers lui, sous le prétexte de déplier sa serviette.

-Avec un de mes frères, nous sommes venus dîner ici la semaine dernière, fait le blond pour reprendre un peu de contenance.

-Vraiment ?

-Oui. Mardi dernier. Après que nous nous soyons vus. C'est ce qui m'a donné l'idée de vous... de t'inviter ici, précisément. C'est un endroit que nous apprécions beaucoup. Et la cuisine est excellente.

Une joie indicible embrase le cœur de Kanon.


Neuilly – Hôtel Particulier de la famille Gemini

-Angie… ?

-Oui ?

-Pourquoi est-ce que l'amour ne peut pas se résumer à l'amitié et au sexe ?

Allongé dans le lit d'Angelo, les draps le recouvrant à moitié, Mikael regarde le plafond. L'ancien policier, étendu en chien de fusil à côté de lui, relève les yeux du manga qu'il est en train de lire.

-Pourquoi cette question ?

-J'aimerais tomber amoureux de toi.

Angelo ne semble pas s'offusquer le moins du monde de la réponse de son amant. Il referme son bouquin.

-Tu n'arrives pas à oublier Shura, c'est ça ?

-Non… J'essaie pourtant. Mais c'est pas facile en vivant dans la même maison que lui.

-Tu veux qu'on arrête, nous deux ? Pour retenter ta chance ?

-Non. Enfin sauf si tu es enfin décidé à tenter la tienne avec ton médecin…

L'homme à côté ne répond rien. Mikael se décide enfin à le regarder. Le visage de son compagnon s'est refermé. Soupir. Il roule sur le ventre pour venir caler ses bras et sa tête sur le ventre d'Angelo qui ne proteste pas.

-Pourquoi tu ne lui proposes pas d'aller boire un café, au moins ?

-Je ne vois pas pourquoi je ferais ça puisque je suis avec toi…

-Arrête... J'essaie juste de comprendre pourquoi c'est avec moi que tu sors alors que c'est lui qui te plait.

-Tu me plais aussi.

-Disons qu'il te plait davantage. Ça ne me dérange pas, tu sais. Et puis, avec Shura, je serais mal placé pour t'en vouloir de toute façon. Mais tu viens de reconnaître qu'il te plait, Angie. Alors je peux savoir… ?

-Si je te réponds, tu arrêteras de me parler de lui ?

-Tu me connais… Mes promesses ne valent pas grand-chose en dehors du boulot.

Angelo soupire et regarde un moment son amant, ami et collègue dont la tête repose maintenant totalement contre ses abdominaux.

-Dès que je sors avec quelqu'un je deviens complètement parano. Je fais tout pour qu'on soit ensemble aussi souvent que possible et dès qu'il n'est pas avec moi, il faut que je sache où il est et avec qui. Généralement les gens étouffent et ça clash. Soit ils se barrent, soit ils me demandent de l'espace. Alors j'accepte… et je me mets à les filer. Ils finissent par s'en rendre compte, le plus souvent parce que je craque et que je finis par leur parler d'un truc que j'ai vu et qui m'a pas plu. Et là ils se cassent en me disant que je suis un malade pour espionner les gens comme ça et qu'il faut que j'aille me faire soigner.

-Ils n'ont pas tort. C'est une maladie d'être jaloux à ce point.

-C'est pas de la jalousie. J'en ai rien à foutre qu'on me soit fidèle ou pas.

-Bah pourquoi tu les espionnes alors ?

-Je les espionne pas. Je veille sur eux.

-T'as peur qu'ils se fassent agresser ?

Angelo hoche la tête en soupirant.

-Et je veux être là si ça arrive. Alors je les file. J'en ai rien à secouer de ce qu'ils font. J'essaie de le leur expliquer, mais ils s'en vont quand même.

-C'est que ce n'est pas très normal comme attitude, reconnais-le…

-J'ai jamais dit que ça l'était. Mais ça n'a pas que des mauvais côtés. Ça m'aide dans le boulot, d'être parano. Le seul souci, c'est que dès que je suis avec quelqu'un qui me plait vraiment, je ne contrôle plus rien. Jusqu'à maintenant, je pensais que je serais jamais capable de sortir avec quelqu'un sans qu'on finisse par rompre à cause de ça. Mais avec toi, je me suis dit que ça pourrait être différent.

-Vu que je te plais moins que ton médecin, tu t'inquiètes pas trop, c'est ça ?

-Rien à voir. C'est juste que, toi, je sais que tu peux te défendre. Et puis, on est déjà ensemble vingt-quatre sur vingt-quatre pour le boulot, de toute façon…

-Et tu sais d'où ça vient, cette paranoïa ?

-Ouais.

Au ton d'Angelo, Mikael comprend qu'il ne lui dira rien de plus.


Paris – Discothèque Oblivion

-SHINA !

La serveuse se retourne. Le cri provient de l'autre côté du bar et comme la salle n'est pas bondée, elle n'a eu aucune difficulté à l'entendre. Et c'est là qu'elle voit… Kanon. Elle hausse un sourcil.

-Qu'est-ce que tu fais ici ?!

-J'en sais rien. J'ai encore du mal à comprendre exactement où j'ai fait une erreur. Et si j'en ai fait une, en fait.

-Ça s'est mal passé ?

-Au contraire. C'était… bizarre mais génial. J'ai passé une super soirée. Le resto était excellent. Et on se tutoie maintenant.

-Parce que tu le vouvoyais avant ?

-Ouais. Enfin tout ça pour dire que je suis là, en pleine forme, et que si tu veux, je peux reprendre ma place.

-Je veux bien. Ça m'évitera de m'endormir en cours demain.

-Bon, je vais me changer, et je te libère. Et merci encore pour avoir accepté de me remplacer.

-De rien, mon chou, mais tu m'en dois une.

-Tout ce que tu voudras, ma belle.

Kanon part en direction des salles de pause. Il a l'air radieux. Tout au long de leur échange, il avait un sourire scotché aux lèvres, alors que cette soirée ne s'est pas du tout déroulée selon ses plans… Shina hausse les épaules : l'important, c'est que Kanon soit heureux, même si elle ne comprend rien. Dans la loge, Milo est accroupi devant un garçon mince aux cheveux auburn, presque noirs, habillé de cuir et maquillé… peint, plutôt, en fait.

-Et tu crois vraiment que c'est en teignant tes cheveux en noir dès qu'il a le dos tourné qu'il va moins te couver ?

-Bah c'est pour lui montrer que j'ai changé ! Que je suis plus un gamin !

-Shun…

-J'ai pratiquement dix-huit ans, Milo !

-Exactement. Pratiquement. Ce qui veut dire que tu ne les a pas. Et ton pratiquement, tu noteras quand même que c'est dans plus de six mois.

-Mais…

-Tu peux pas te contenter qu'il accepte que tu viennes ici ? Tu te rends compte que tu ne devrais même pas avoir le droit d'être dans cette boite ?

-Mais tout le monde le fait !

-Ah bah c'est une référence ça… Je te ferai remarquer que « tout le monde » c'est aussi les gens qui achètent l'album de la StarAc' et ignorent qui est Jeff Mills. Alors, si tu veux mon avis, il vaudrait mieux que tu te passes de leur opinion et que tu évites de faire comme eux.

Shun baisse la tête. Jeff Mills est l'idole de Milo. Et le DJ l'a converti à son tour à sa religion monothéiste.

-En plus, poursuit Milo, je voulais te proposais un truc, mais je sais pas trop si je peux te faire confiance maintenant… Ce serait du sérieux, ce travail... Et toi, tu n'es pas sérieux du tout.

-Un travail ?

-Ouais. J'ai une copine qui cherche quelqu'un pour faire la musique de son court-métrage. J'ai pensé à toi, au départ, mais je t'avoue que là…

-Je serai sérieux, Milo ! Je suis sérieux ! Je te promets !

-Non, Shun. Tu l'es pas. Parce que si t'es là, en ce moment, c'est que t'as fait le mur. Et tu m'avais promis que ça n'arriverait plus. Que tu me déçoives, j'ai envie de dire que c'est mon problème. Mais je peux pas te laisser t'engager auprès d'une très bonne amie à moi, si je suis pas sûr à cent pour cent que tu vas tenir ta parole.

-Je te jure que ça n'arrivera plus…

Une fois de plus, Shun a baissé le nez en direction de ses chaussures. Milo le regarde.

-Ton bac blanc, c'est quand ?

-Dans deux semaines, répond le jeune garçon, tout bas.

-Tiens-toi à carreau jusque là, bosse… et on avisera en fonction de tes notes. Et de ce que dira Ikki. La confiance, ça se gagne, Shun. Et tu vas avoir du boulot.

-Je sais. Je m'excuse, Milo.

-Bon, et maintenant, faut qu'on trouve quelqu'un pour te ramener chez toi.

-T'as qu'à demander à Shina, fait Kanon depuis la porte. Elle va rentrer chez elle dans cinq minutes, je suis sûr qu'elle acceptera de faire un détour.

-Kanon !

Shun bondit hors du fauteuil dans lequel il était assis le temps de la leçon de Milo et se jette dans les bras du serveur.

-Salut, gamin. Je ne veux même pas savoir où tu as trouvé ces fringues. Et ton maquillage est affreux. Mais j'aime bien ta nouvelle couleur. Et maintenant, file. Milo a raison, t'as rien à faire ici un mercredi soir.

Shun sort de la pièce en souriant. Milo regarde son meilleur ami… Le DJ est visiblement très perturbé. Kanon pose son sac à dos sur un fauteuil et lui sourit tout en commençant à se déshabiller.

-Passe ton bac d'abord… C'est pas un peu old school pour toi ?, demande-t-il.

-Je te ferai remarquer que, moi, je l'ai, mon bac. Et Shun peut l'avoir sans forcer, pour peu qu'il s'y mette un minimum, tu le sais aussi bien que moi. Donc old school ou pas, je veux pas qu'il laisse tomber sa terminale. S'il veut se consacrer à la musique, il aura tout le temps l'année prochaine. Mais je peux savoir ce que tu fais ici, toi ? Tu devais pas dîner avec ta statue ?

-C'est ce que j'ai fait.

-Et donc ? Pourquoi t'es là ?

-On a fini de dîner.

-Ah ouais… Évidemment, vu comme ça, c'est logique.

-Tiens, c'est à peu près la réaction que j'ai eu quand je lui ai demandé pourquoi il ne montait pas dans le taxi, remarque Kanon en enfilant son pantalon de cuir.

-Ça a été quoi sa réponse ?

-Que le taxi me ramenait chez moi. Et que lui retournait à l'hôtel.

-Woot… Ça s'est si mal passé que ça ?

-Justement non. Mais maintenant je sais que je ne l'inviterai jamais à monter cinq minutes. Il serait du genre à sortir le chrono juste après avoir franchi la porte.

Kanon farfouille dans son sac et sort sa ceinture.

-Et donc ça s'est bien passé ?

-Ouais…, fait-il avec un sourire rêveur. C'était juste… fantastique. C'est ça. Complètement hallucinant et merveilleux.

-Et pour le brun, alors ?

-C'est son frère.

-Et vous sortez ensemble, au final ?

-Non. On s'est toujours pas embrassés.

-Bordel, Kanon… vous tentez de battre un record, ou quoi ?

-Je veux pas le brusquer.

-Shina a raison. Faut vraiment qu'on bosse sur un dictionnaire commun, parce que chez moi, embrasser un type au bout d'un mois, j'appelle pas ça brusquer.

-Milo…

-Quoi ?

Kanon regarde fixement le Tee-shirt de résille noire qu'il tient entre ses mains.

-Je crois que je suis amoureux.

-Ah bah si tu crois seulement, on est sauvé… Finis de te changer au lieu de dire n'importe quoi. On se retrouve dans la salle.

Alors qu'il est sur le point de quitter la pièce, Milo se retourne.

-Kanon…

-Oui ?

-Tu crois que c'est réciproque ?

-Je ne sais pas… Je crois vraiment qu'il se passe un truc entre nous, il ressent quelque chose, c'est sûr, mais… Il est bizarre, je te l'ai déjà dit. Je crois que c'est ce qu'il me plait d'ailleurs. À chaque fois qu'il me laisse découvrir quelque chose de lui, qu'il me laisse l'approcher… j'ai l'impression que c'est un miracle. C'est un peu comme si j'étais béni des Dieux… parce qu'il me regarde, parce qu'il me parle, parce qu'il me sourit… Tu verrais son sourire… C'est même pas un micro-sourire, c'est encore plus petit que ça… Mais c'est tellement lui… ! Il ferme les yeux et son visage s'illumine… et il est juste… wow…

-Ça a l'air génial, dis comme ça.

-Ça l'est. Il est génial.

-J'espère que juste qu'il te fera pas souffrir…

-On est deux. Mais… même si ça devait mal finir, je crois que je pourrais jamais regretter de l'avoir rencontré. J'ai l'impression que c'était la plus belle soirée de ma vie. Et c'est débile, hein, j'en suis parfaitement conscient, parce que… Enfin c'est clair que je voulais finir la nuit avec lui, et au final, regarde-moi : il m'a collé dans un taxi après le café sans qu'on se soit même embrassés… et pourtant, je suis là et je souris comme un con. Y a longtemps que je me suis pas senti aussi heureux…

-Ça remonte à quand la dernière fois ?

-Honnêtement… ? J'en sais rien. Vous avez raison : je suis une vraie midinette…

-Bah après tout… si tu as trouvé ton prince charmant, rien ne t'empêche de jouer les princesses… Par contre, niveau amour courtois, vous êtes vraiment impressionnants. Je sais pas comment tu fais. Enfin, j'imagine que ça doit avoir son charme…