Δ Chapitre 14 : Les larmes

J'avais passé la nuit dans l'étrange chambre de Drago. Nous étions à présent tous les deux réveillés, mais nous n'avions pas encore dit un mot. Drago, étendu sur le dos, me gardait serré contre lui. Ma tête, posée sur son torse, suivait avec intérêt les battements réguliers de son cœur. Il était vivant. Il allait bien.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé Drago ? Demandai-je en brisant enfin le silence.
- Il faut que je pratique la legilimancie où tu vas préciser ta question ? Demanda-t-il en me déposant un doux baiser dans le cou.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé samedi ? Et après ?! Tu étais vraiment malade ?
- « T » avait une demande urgente. Et non, je n'étais pas vraiment malade.
- Il faut que je pratique la legilimancie ou tu vas préciser ta réponse ?
Je sentis les épaules de Drago se secouer légèrement. Il riait silencieusement de mon sarcasme.
- Je pense que tu n'es pas sans savoir que le père de Serena Calvin a été tué...Eh bien, c'était ça l'urgence.
- Pourquoi le père et la fille ? Pourquoi tuer les deux ?
- Le Triangle du sang a cru que Serena serait un bon élément, mais c'était tout le contraire. Elle était complètement folle et mettait en danger le secret de l'organisation. Par ailleurs, elle ne s'intéressait pas à notre idéologie, elle n'avait aucune considération pour les sorciers issus de parents moldus. Tout ce qu'elle voulait, s'était torturer ou tuer des gens... Nous avons fais une grosse erreur avec elle. Nous avons donc dû la tuer parce qu'elle commençait à parler autour d'elle. Cependant, elle était si peu discrète que son père a finit par réussir à assembler les pièces du puzzle après sa mort. Nous avons donc dû nous charger de lui également.
- Qui s'en est exactement chargé ? Toi ?
Mon cœur battait si fort, que j'étais certaine que Drago l'entendait.
- J'ai eu l'ordre de le tuer, en effet, répondit-il.
Je me redressai brusquement sur un coude pour capter son regard.
- Nous devions y aller à plusieurs, mais c'était moi qui était sensé donner le coup de grâce. Mais je ne peux pas tuer... Pas même pour le bien de ma mission, pas même pour tuer la pire ordure qui soit. Je n'ai pas pu le faire.
J'émis un soupire de soulagement qui n'échappa pas à Drago.
- Tu tiens à mon âme ? S'enquit-il avec un petit sourire satisfait.
- Continue, lui ordonnai-je.
- J'ai fais en sorte de me retrouver exprès dans une situation de faiblesse durant l'attaque. C'est donc quelqu'un d'autre qui n'a pas eu d'autre choix que d'exécuter le sort à ma place.
- D'accord, mais cela n'explique pas ton absence jusqu'à hier.
Cette fois-ci, ce fut à lui de se redresser pour me faire face.
- Dis-moi que je rêve ! S'exclama-t-il. Tu ne me fais toujours pas confiance ?
- Bien sûr que si. Sinon, je ne serais pas là.
Il me fixa attentivement, attendant visiblement que je donne plus d'explication. Ce que je fis.
- Je t'ai fais confiance à la minute où tu as fais passer ma sécurité avant le reste, en me poussant hors de ta chambre. Je n'ai rien dis au sujet de l'organisation ou de toi. J'ai même fais en sorte qu'Harry arrête l'enquête.
- C'est vrai ?
Drago paraissait réellement soulagé. Comme si on lui enlevait un poids énorme.
- En revanche, moi, je ne compte pas arrêter, ajoutai-je.
- Hermione... fit Drago d'une voix grinçante.
- Je ne peux pas arrêter Drago, essaye de me comprendre !
- Non, je ne te comprends pas. Non seulement tu risques de me foutre dans la merde, mais le pire c'est que tu vas finir par te faire tuer. Je refuse que cela arrive ! S'exclama-t-il en m'écartant brusquement de lui.
- Cela n'arrivera pas. Si quelqu'un venait à prendre connaissance de mon enquête, il essaierait avant tout, de me faire adhérer à l'organisation avant d'envisager l'idée de me tuer, n'est-ce pas ?
Le visage de Drago se figea et je vis de la peur dans ses yeux. Comme samedi dernier, lorsque l'alarme avait retentit dans sa chambre.
- J'espère que tu plaisantes Hermione ?!
- S'ils viennent me chercher, j'adhérerais à l'organisation, dis-je, confirmant ainsi ses craintes. Je pourrais t'aider à avancer dans l'enquête. A nous deux, nous serons beaucoup plus forts.
- MAIS TU ES COMPLETEMENT FOLLE ! Hurla Drago en s'agitant dans le lit. Je crois que tu ne te rends pas bien compte du danger que tu coures ! Tu sais pourquoi j'ai été absent jusqu'à hier ? Parce que je me suis fais torturer pour mon échec contre Calvin.
- Par qui ? « T » lui-même ? Demandai-je d'une voix tremblante.
- Bien sûr que non, lâcha Drago en ricanant. J'ai été enfermé pendant trois jours dans une salle minuscule pour subir une torture psychologique.
- Que type de torture ? Me risquai-je à demander.
- J'ai passé trois jours dans une salle vide et sans lumière à entendre un sifflement assourdissant en continu. J'ai vraiment cru que j'allais devenir fou Hermione. Je ne veux pas que tu ais à subir tout ça. Tu ne tiendras pas.
- Tu as bien tenu toi.
- Parce que j'avais une raison de tenir bon ! Je n'ai pas cessé une seconde de penser à toi. Me demandant si tu me faisais enfin confiance, si tu allais arrêter ton enquête et te mettre à l'abri, si tu pensais à moi, si tu avais remarqué mon absence... Tu étais ma seule raison de ne pas devenir fou Hermione. Tu es le seul élément de ma vie qui vaille vraiment le coup, mis à part cette mission que je me suis donnée.
Tenait-il tant que ça à moi ? Etais-je si importante pour lui ? Comment était-ce possible ?...
- Hermione, reprit-il d'une voix suppliante. Je t'en pris, arrête de penser à ce genre de chose... Pourquoi te foutre là-dedans alors que tu as une vie totalement à l'abri du Triangle du sang ? Tu es avec Blaise et c'est une immense protection que...
- Blaise et moi allons finir par nous séparer, le coupai-je.
-P...par..pardon ? Bégaya Drago.
Sa réaction eu pour conséquence de me vexer considérablement. Peut-être qu'il ne tenait pas tant que ça à moi finalement.
- Je croyais que tu ne voulais plus que je sois avec lui ? Lui lançai-je sur la défensive.
- C'est vrai, admit Drago. Mais je n'avais pas vraiment réfléchis. Blaise est notre meilleure protection.
- « Notre » ?
- Il te protège du Triangle du sang, mais si tu n'es plus avec lui, ils vont essayer de t'avoir et cela va me foutre dans la merde moi aussi. Pansy sait que j'ai essayé de détruire votre couple. C'est ma meilleure amie et elle me couvre, mais si quelqu'un d'autre venait à le savoir où si Pansy finissait par parler... « T » me fera tuer à coup sûr pour avoir ruiné ton couple avec Blaise.
- Non mais qu'est-ce que tu es en train de me demander là ? De rester avec Blaise ? J'espère que c'est une blague ?! Je suis en train de le trahir, je trahis tous le monde avec mes mensonges incessants et toi...
- Tu crois que l'idée de te partager me plait ? S'exclama-t-il non sans une grimace. Ce que je te demande est horrible, mais c'est uniquement pour nous protéger. Il faut que tu restes avec lui.
- Blaise m'a fait comprendre aujourd'hui même qu'on n'arriverait pas à rester ensemble. Je pense qu'il essayait de me dire qu'il voulait rompre.
Drago m'adressa un regard surpris. Comme s'il n'envisageait pas une seconde que la décision puisse venir de lui.
- Il m'a avoué qu'il ne supportait pas d'être dans mon ombre, ajoutai-je.
- Ah bah ça ! C'est ce que je dis depuis le début, me fit remarquer Drago.
Un silence pesant s'immisça entre nous. Au bout de quelques secondes, j'entrepris de sortir du lit.
- Tu vas où ? Me demanda-t-il me retenant par le bras.
- Il est presque huit heures, je vais me préparer pour aller travailler.
- Hors de question, répliqua-t-il.
Je me retournai vers lui et arquai un sourcil interrogateur.
- J'ai envie que tu passes la journée avec moi.
- Et moi, je dois aller au ministère. Je te rappelle que je suis l'adjointe de...
- Je sais qui tu es, me coupa Drago avec froideur. Tu peux jouer à la sorcière supérieure avec Blaise, mais ce n'est pas nécessaire avec moi. Je n'ai pas l'impression d'être dans ton ombre et cela ne changera jamais. Alors arrête ça !
Le ton de Drago était dur et son regard glacial. Il redevenait l'autre Drago. Celui qui me faisait étrangement peur. Comment pouvait-il avoir deux facettes de sa personnalité si différentes ? Comment pouvait-il changer en l'espace de seulement quelques secondes ?
- Je dois partir Drago, insistai-je en me dégageant de son emprise, pour enfin descendre du lit.
Il me détailla de la tête aux pieds, avec un regard complètement déplacé et je tirai sur la couverture pour recouvrir mon corps nu. Il ricana tout en levant les yeux au ciel.
- Ecris une lettre à Becker pour lui dire que tu es malade, je lui ferais parvenir par hibou. Tu vas rester ici. J'aimerais qu'on parle aujourd'hui.
- Qu'on parle de quoi ? Demandai-je sur la défensive.
- De tout et de rien. Tu pourras choisir les sujets de conversation si tu veux. Tout ce que je veux, c'est passer ma journée à discuter avec toi.
Il se leva à son tour du lit, se fichant complètement de son état de nudité et me contourna pour rejoindre la salle de bain.
- DRAGO !
Il se retourna avec lenteur et ouvrit de grands yeux ronds.
- C'est à moi que tu t'adresses comme ça ?
Son ton était un parfait mélange entre l'étonnement et la menace.
- Tu ferais mieux de profiter de ma présence Hermione.
- Comment ça ?
Ma réaction lui arracha un sourire de satisfaction.
- Tu ne peux déjà plus te passer de moi ? Demanda-t-il amusé. Viens avec moi sous la douche si tu veux.
J'eus un pas de recul et je le vis serrer les mâchoires.
- Il va falloir que tu de décides Hermione, dit-il d'un ton froid. Je t'attire où je te repousse ?
- Pourquoi tu es comme ça ? Hein ? Demandai-je d'une voix tremblante.
- Pourquoi je suis comme quoi ?! Répéta-t-il en prenant soin de détacher chaque syllabe.
Il finit par exploser d'un rire froid, face à mon silence.
- Et tu veux rejoindre le Triangle du sang ? Ricana-t-il. Tu n'es pas assez forte psychologiquement. Tu te ferais tuer au bout de deux jours. ET C'EST HORS DE QUESTION QUE CELA ARRIVE ! Alors écris cette putain de lettre !
Pendant les quelques secondes que Drago mit à rejoindre la salle de bain, je fus vraiment tentée de prendre une plume et un parchemin. Cependant, il aurait forcément pris cela comme un aveu de faiblesse, comme une preuve de son pouvoir sur moi. Et ça, il en était hors de question.
Alors qu'il déclenchait enfin le jet d'eau de la douche au dessus de lui, je m'habillai et le rejoignis dans la salle de bain pour me passer de l'eau sur le visage.
- Tu as une brosse à dent supplémentaire ? Lui demandai-je.
Il me fixa d'un air si mauvais que j'étais presque certaine qu'il allait m'envoyer me faire voir. Cependant, contre toute attente, il me désigna le tiroir d'un meuble, d'un bref signe de tête.

- Je ne veux pas que tu partes, insista-t-il alors que j'attendais droite comme un « i » près du mur où il faisait habituellement apparaître le passage.
- J'ai beaucoup de travail, alors ouvre-moi le passage. J'ai déjà suffisamment perdu de temps, répliquai-je d'un ton qui se voulait sans appel.
- Perdu du temps ? Répéta-t-il d'une voix plus aiguë que d'ordinaire.
- Tu ne me fais pas peur, répliquai-je en tentant de masquer mon état de nervosité. Alors arrête ton cinéma !
Un sourire amusé étira les lèvres de Drago. Il se rapprocha pour se poster face à moi, mais je ne bougeai pas d'un pouce. Il était si près à présent, que je pouvais sentir son souffle sur mon visage.
- Aperi Occultum, déclara-il en faisant un bref mouvement de baguette en direction du mur derrière moi.
Je fronçai les sourcils.
- Tu n'es pas la seule à avoir inventé des sorts durant tes études Hermione, expliqua-t-il avec un petit air supérieur. Pour sortir, il te suffit de lancer ce sort contre n'importe quel mur. Un mur vide de préférence.
Je me contentai de le regarder, incapable de prononcer le moindre son. Visiblement, lui tenir tête avait porté ses fruits, puisqu'il me donnait le sort qui me permettait de sortir. Il me laissait l'occasion de faire exactement ce que je voulais à l'avenir. J'avançai ma main en direction du mur et en effet, elle passa au travers. Cependant, Drago me retint brusquement par le bras.
- Quand tu lances le sort, il faut que tu penses à l'endroit où tu veux atterrir. Là, j'ai pensé à la salle de bain de ton appartement.
- Et si Blaise y est ?!
- Ah bah ça... C'est à tes risques et périls.
Je consultai l'heure à ma montre. Non, Blaise devait déjà être en route pour le ministère. Je levai les yeux vers Drago d'un air hésitant. Que devais-je faire ? Comment devais-je lui dire au revoir ?
- Bon eh bien, on se croisera surement au ministère, lâchai-je mal à l'aise, en lui faisant un signe de la main.
Il ne réagit pas et j'entrepris de traverser le mur, lorsqu'il me tira une nouvelle fois vers lui.
- Pour venir me voir il faut que tu lances le sort « Apero Occultum Drago ». Il te mènera ici.
J'ouvris la bouche sous le coup de la surprise.
- Si ton couple est à deux doigts d'éclater, il faut que je sois prudent, expliqua-t-il. On ne doit plus s'adresser le moindre mot en dehors de cette chambre. Maintenant que tu as le sors pour venir me voir...
La fin de sa phrase resta en suspens et j'eu même l'impression que le temps s'était arrêté. Je n'en revenais pas... Drago venait non seulement de me donner le moyen de partir ici, mais aussi de venir quand je le souhaitais. C'était une incroyable marque de confiance.
- Et si quelqu'un est dans ta chambre ? Demandai-je avec inéquiétude.
- Comment ça quelqu'un ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- On est dans le fameux château, insistai-je à voix basse, comme si j'avais peur que quelqu'un m'entende. Donc j'imagine qu'on peut rentrer dans ta chambre.
- Non personne ne peut venir ici, j'ai mis en place des protections très efficaces.
- Et si « T » veut entrer ?
- « T » ne se montre jamais, combien de fois il faudra que je te le dise ? Répliqua-t-il agacé.
- Mais si jamais il lui prend l'envie de venir vérifier que personne d'autre que toi, n'est là, dans cette chambre ?
- J'ai mis en place des protections.
- Oui mais « T » est surement capable de...
- Non certainement pas, me coupa-t-il avec sérieux.
- Tu es en train de dire que tu le surpasses en matière de sortilège ? Lui demandai-je avec une pointe de sarcasme dans la voix.
- Oui, c'est exactement ce que je suis en train de dire.
Il me lança un regard amusé.
- Tu ne crains rien ici Hermione, poursuivit-il. Je t'assure. C'est même l'endroit où tu es le plus en sécurité. Personne d'autre que nous, ne peut mettre un pied dans cette chambre.
- D'accord, répondis-je finalement, dans un souffle presque inaudible.
Nous nous contemplâmes quelques secondes en silence.
- Bon alors, tu pars ? Je croyais que tu avais hâte d'aller travailler ? Me pressa-t-il soudain.
Je lui adressai un sourire timide, entrepris une nouvelle fois de lever la main pour lui faire un signe amicale, mais il m'attira brusquement à lui pour déposer ses lèvres sur les miennes.
- Je déteste les signes de main, souffla-t-il en me relâchant. Enfin, je déteste TES signes de mains. En fait, je les déteste parce que je préfère t'embrasser pour te dire au revoir. Pas toi ? Tu aimes bien m'embrasser ?
Il avait posé la question, comme si ma réponse était d'une importance capitale, alors que moi, cela me mettait particulièrement mal à l'aise.
- Eh bien...
- Oui ou non ? Insista-t-il agacé.
- Oui.
- Parfait ! Alors va travailler et reviens vite.
- Tu veux que je revienne quand ? Demandai-je le cœur battant. Dis-moi quand cela t'arrange.
Il soupira, leva exagérément les yeux au ciel d'un air las et me poussa en direction du mur, que je traversais sans avoir le temps de réagir.
J'atterris comme prévu dans la salle de bain de mon appartement.

Je m'assis sur le rebord de la baignoire, le cœur battant. Qu'allait-il se passer à présent que j'étais sortis du cocon de la chambre de Drago ? Qu'allais-je faire par rapport à Baise ? Par rapport au Triangle du sang ? Je laissai échapper un profond soupire. Je m'étais mise dans une situation particulièrement inconfortable. Drago voulait que je reste avec Blaise, mais comment pouvait-il me demander une telle chose ? Je ne pouvais pas être aussi affreuse... Je lui faisais déjà tellement de mal, je ne pouvais pas le trahir davantage...
J'avais envie de vomir. Je pensais à trop de choses, beaucoup trop de choses. A la possibilité de rejoindre le Triangle du Sang, à ma mission auprès de Becker, à Drago, à Blaise à qui je mentais, à Harry aussi... Quelle était la plus urgente de toutes ces choses ? La plus importante à régler prioritairement ? Que devais-je faire passer en premier ? N'est-ce pas cette organisation ? De devais-je pas faire passer le bien de la communauté sorcière avant le reste ? Avant Blaise ? Etait-ce trop dangereux pour moi de rejoindre le Triangle du sang comme me l'avait dit Drago ? S'inquiétait-il réellement pour moi où juste pour sa petite personne ? J'étais dans un tel état de nervosité que mes mains tremblaient.
Je me levai du rebord de la baignoire pour me passer de l'eau sur le visage lorsque la porte de la salle de bain s'ouvrit subitement sur Blaise.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il d'un air tout bonnement stupéfait.
- C'est un peu chez moi aussi, non ? Répliquai-je avec humeur.
- Comment es-tu entrée ? Il est impossible de transplaner ici, précisa-t-il.
Je n'avais absolument pas préparé de réponses étant donné que Blaise n'aurait pas dû être là à cette heure-ci. D'ailleurs, en y repensant, le sortilège que Drago avait inventé devait être extrêmement puissant, pour passer outre toutes les protections que j'avais moi-même pris le soin de mettre en place.
- Comment as-tu fais ?
- Je suis une sorcière douée Blaise, c'est tout. Et toi qu'est-ce que tu fais là à cette heure-ci ?
Ma question sembla le déstabiliser.
- Oui, je vais être en retard, il faut que... Tu ne vas pas au ministère toi ?
- Si, j'y vais justement. Je voulais juste passer me changer.
Ma réflexion m'immobilisa aussitôt. « Me changer »... Et je disais ça, tout naturellement devant Blaise. J'étais horrible.
- Tu veux quoi comme vêtements ? Je vais te les chercher.
Je le toisai d'un air surpris. Non seulement, il ne m'avait posé aucune question quant à mon absence de cette nuit, mais en plus il se montrait particulièrement serviable.
- Je vais m'en charger, dis-je en amorçant un pas en direction de la sortie.
Blaise s'interposa cependant devant moi.
- Non je vais te les chercher, c'est juste à côté.
Je me contentai d'observer Blaise en fronçant les sourcils.
- J'essaye d'être gentil Hermione, signala-t-il d'un air impatient. Je regrette ce que je t'ai dis la dernière fois... Je... je veux que ça marche entre nous.
Je ne pouvais pas me sentir plus coupable qu'en cet instant. Blaise essayait de recoller les morceaux alors que moi, j'avais une nouvelle fois couché avec son meilleur ami. J'étais un monstre. Je cédai alors et Blaise sortit rapidement de la salle de bain. Il revint quelques secondes plus tard avec des vêtements que je m'empressai d'enfiler, tandis qu'il ressortait de la pièce. Quand j'en sortis à mon tour, il m'attendait dans le couloir d'un air anxieux.
- Il ne se passe absolument rien entre Harry et moi, lâchai-je. Je te le promets Blaise. Harry est mon meilleur ami au même titre que Ginny. Jamais je ne ferais une chose pareille, je...
- Je sais, me coupa-t-il d'un air mal à l'aise. Je sais Hermione... Je suis juste stupide. On y va ? On va être en retard.
Non Blaise n'était pas stupide, il se trompait juste de personne...
- On y va ? Insista-t-il.
J'avançai dans sa direction avant de m'immobiliser de nouveau. Il se passait quelque chose d'anormal. Blaise aurait dû s'en prendre à moi pour mon absence de cette nuit, ou au moins, ne pas être aussi gentil, il... C'était comme s'il...
- Qu'est-ce qu'il se passe Blaise ?
- Rien, pourquoi ? Répondit-il précipitamment.
- Tu agis bizarrement, insistai-je. Qu'est-ce que tu as ?
- Rien Hermione. Allez, on y va ! On déjeune ensemble ce midi si tu veux.
Son ton était particulièrement pressant, comme s'il voulait vite qu'on sorte de l'appartement. Je sortis alors aussitôt ma baguette et le visage de Blaise se décomposa quand je la pointai dans sa direction.
- Mais qu'est-ce que tu fais ?! S'exclama-t-il effrayé.
- Tu n'es pas Blaise, déclarai-je.
- Hermione, je t'assure que c'est bien moi, insista-t-il en mettant ses deux mains face à lui, comme pour se protéger.
Etait-ce un membre du Triangle du sang ? Drago et moi avions-nous été découverts ? Je sentis mon cœur s'affoler et j'avalai difficilement ma salive.
- Hermione, baisse cette baguette, m'intima-t-il.
- Prouve-moi que tu es bien toi !
- Pose-moi une question alors. Pose-moi n'importe quelle question !
- Quel livre m'as-tu offert dernièrement ?
Il semblait à présent affolé.
- Tu m'en veux toujours c'est ça ? Je t'ai dis que j'étais désolé !
- Quoi ?
- Tu n'avais pas une autre question à me poser ? Franchement !
- Réponds ! M'écriai-je.
- L'histoire de Poudlard. Le livre de Drago, céda-t-il finalement.
Je le fixai pendant quelques secondes d'un air suspicieux. Ce n'était pas une bonne question. Drago aurait pu se vanter de m'avoir fait ce coup-là à tous les membres du Triangle du sang. Non. En fait, il ne l'aurait certainement pas fait sans se mettre idiotement en danger. Après tout, il ne devait pas séparer le genre de couple que je formais avec Blaise. Je regardai de nouveau Blaise et j'avais l'impression qu'il transpirait.
- Avec qui t'es tu le mieux entendu lors du dîner chez Harry et Ginny ?
- Le dîner ? Répéta Blaise d'un air ahuris. Mais qu'est-ce que tu racontes ? Je n'y suis pas allé !
J'abaissai ma baguette dans un profond soupire. Blaise sembla aussi soulagé que moi.
- Désolée, lâchai-je mal à l'aise. Tu te comportais juste si bizarrement que... Que je ne sais pas...
- Oui, ce n'est pas grave, dit-il. Maintenant, on y va, sinon on va vraiment être en retard.
Il s'approcha de moi et me tira par le bras, pour m'inciter à la suivre. Je me dégageai cependant vivement de son contact.
- Mais qu'est-ce que tu as la fin ? Qu'est-ce que tu as à me presser comme ça ?
- Je vous dérange peut-être ? S'enquit soudain une voix féminine.
Je me retournai lentement en direction de la porte de notre chambre. Astoria Greengrass se tenait dans l'encadrement de la porte, en sous-vêtements. Ma mâchoire se décrocha, tandis que le sourire de l'ancienne Serpentard, s'élargissait quelque peu. Je me retournai en direction de Blaise qui semblait catastrophé. Il ouvrit la bouche, puis la referma, l'ouvrit de nouveau, pour encore la refermer. Mon visage pivota une nouvelle fois en direction de Greengrass qui semblait se délecter de la situation.
- Tu n'essayais quand même pas de me cacher Blaise, n'est-ce pas ? Lui lança-t-elle.
- La-ferme Astoria !
- Tu as couché avec elle ? Demandai-je à Blaise d'une voix tremblante. Tu as couché avec elle, dans notre lit ?
- Je peux tout t'expliquer Hermione, fit Blaise avec précipitation en prenant mes mains dans les siennes. J'ai cru que tu étais encore avec Harry...et... et j'ai bu quelques verres de trop et... j'étais désespérée
- Lâche-moi ! M'exclamai-je en me dégageant de son contact.
- Hermione je t'en prie, dit-il d'un air suppliant. Tu ne peux pas me condamner à la première petit erreur, je...
- Pardon ? Le coupai-je. Tu parles de ça, comme d'une petite erreur ?
- Le terme ne me convient pas vraiment à moi non plus, signala Greengrass.
Je me retins de me tourner vers elle et concentrai mon attention sur Blaise.
- Je t'en prie Hermione. Je me contre fiche d'Astoria, c'est toi que j'aime. Astoria n'était qu'une distraction dans mon désespoir. Il faut qu'on parle...
- Non Blaise, on s'est tout dis je crois.

Ma journée fut longue, terriblement longue. Blaise avait tenté à plusieurs reprises de m'intercepter dans les couloirs, mais je lui avais lancé des regards si glaciales qu'il n'était jamais allé jusqu'au bout de ses démarches. Nous ne pouvions plus être ensemble et c'était mieux ainsi, beaucoup mieux. Blaise avait signé l'arrêt de notre couple, sans que j'ais besoin de le faire. Certes, je n'étais pas mieux, j'avais couché avec Drago, avec son meilleur ami. Mais la différence était que mes sentiments à l'égard de Drago étaient nobles. Je n'avais pas juste couché avec lui parce qu'il s'était trouvé là alors que j'étais soule. J'avais éprouvé quelque chose pour lui. Blaise s'était simplement vengé avant de regretter son geste. Moi j'avais été attirée par Drago plus que pour son simple physique. Néanmoins, Drago n'avait pas pour autant eu le droit au moindre regard de ma part. Je m'étais contentée de l'ignorer superbement, ce qui avait semblé le troubler. C'était lui-même qui m'avait ordonné qu'on ne se parle plus au ministère, mais il ne c'était certainement pas attendu à une telle ignorance de ma part.

Le soir, lorsque je sortis de mon bureau, je tombai sur Blaise. Il devait m'attendre depuis un bon moment, car il sursauta lorsque je refermai la porte derrière moi.
- Ce n'est pas la peine qu'on discute Blaise, le devançai-je. A part pour une chose.
Je vis une mince lueur d'espoir passer dans ses yeux.
- Qui garde l'appartement ? Poursuivis-je.
- Qu...quoi ? Bégaya-t-il.
- Qui garde l'appartement ?
- Arrête Hermione, on doit parler de ce qu'il s'est passé, on doit parler de beaucoup de choses et...
- Très bien, c'est toi qui le garde, déclarai-je en le contournant pour rejoindre l'ascenseur.
Blaise resta immobile quelques secondes avant de se lancer à ma poursuite.
- Hermione, nous...
- NON ! M'écriai-je. Il n'y a plus de nous et il n'y en aura plus jamais !
J'entendis la porte de l'ascenseur s'ouvrir, mais je n'y prêtais pas la moindre attention.
- C'est finit Blaise, poursuivis-je en pointant ma baguette sous son nez. Si tu t'avises encore une fois de t'approcher de moi, d'essayer de me parler ou d'entrer en contact avec moi d'une quelconque manière, tu le regretteras amèrement. N'oublies pas qui je suis ! Je suis l'adjointe de Becker !
Blaise ne répondit rien et se contenta de fixer l'intérieur de la cabine. Drago était là. Nous fixant d'un air choqué.
- Qu'est-ce que tu as nous regard toi ? Hein ? Tu as un problème ? Lui lançai-je d'une voix particulièrement agressive.
Le visage de Drago se décomposa face au ton que j'employai. Je ne lui laissai d'ailleurs pas le loisir de répondre quoi que ce soit, que je fis demi-tour, m'enfonçant dans le long couloir.

Je laissai passer dix minutes avant de rappeler l'ascenseur et de sortir du ministère. Lorsque j'arrivai chez moi, Blaise n'y était pas à mon grand soulagement. Je me ruai vers ma chambre, sortis une valise et y enfournai tous les vêtements, livres ou autres objets aux quels je tenais, puis ressortis de la pièce à peine cinq minutes plus tard. Je jetai un dernier coup d'œil à mon salon et à ma salle à manger. C'était certainement la dernière fois que j'étais dans cet appartement. Dans ce bel appartement, que j'avais décoré avec tant de soin... Une larme coula le long de ma joue et je finis par sortir de l'appartement, ma valise à la main.

Lorsque j'arrivai dans la pièce sombre, elle semblait vide. Cependant, j'entendis presque aussitôt du bruit et la poignée de la porte des toilettes bougea. Drago se figea lorsqu'il me vit collé au mur. Nous nous contemplâmes pendant quelques secondes, totalement silencieux. Le regard de Drago descendit jusqu'à la valise que j'avais à la main, puis ses yeux remontèrent se plonger dans les miens.
- J'ai quitté Blaise, déclarai-je. Il m'a trompé avec Astoria.
Drago se contenta de m'observer en silence.
- Cette idiote nous a donné une chance inespérée. Non seulement Blaise se sentira trop coupable pour essayer de revenir me parler avant des lustres, mais en plus personne ne te tiendra responsable de notre séparation. Tu es donc à l'abri de toute accusation provenant du Triangle du sang. En revanche... En ce qui concerne Greengrass... De toute façon je me contre fiche du sort de cette garce ! Toi tu n'as pas couché avec moi dans le but de faire du mal à Blaise ! Elle s'était son but, son unique but.
Il y eu un nouveau silence de quelques secondes, avant que je n'ouvre de nouveau la bouche.
- Je sais que je suis un monstre, poursuivis-je. Je quitte Blaise alors que j'ai couché avec toi. Plusieurs fois. Certes mes sentiments étaient beaucoup plus nobles que ceux de Greengrass, mais je suis fautive. Je suis affreuse de lui faire croire que je le quitte uniquement pour son geste, mais c'est mieux ainsi. Ce que je veux ne doit pas entrer en ligne de compte. Mes envies et mes rêves doivent passer après. Le plus important à cette heure c'est le Triangle du sang. Je fais souffrir l'homme que j'ai le plus aimé, mais c'est pour le bien de la communauté. J'œuvre pour le bien, répétai-je comme pour m'en convaincre moi-même.
Drago fit un pas dans ma direction, mais s'arrêta presque aussitôt. Comme s'il attendait que je poursuive. Ce que je fis.
- Tout le monde va être rapidement au courant de ma séparation avec Blaise, car comme tu vois, je le quitte vraiment, dis-je en agitant la valise que je tenais toujours fermement serré dans ma main. Le Triangle du sang va donc vouloir me mettre la main dessus. N'est-ce pas ?
Drago se contenta de hocher la tête.
- Je rejoindrais l'organisation Drago, quoi que tu en dises. Ta seule possibilité de manœuvre pour m'en empêcher sera de me tuer. Tu comptes me tuer ?
Il secoua la tête sans pour autant me quitter des yeux.
- Alors je rejoindrais le Triangle du sang et nous serons deux à nous battre pour le bien. Peut-être que cela prendra du temps, mais nous y arriverons. Nous rendrons le monde meilleur. Tu n'as pas le droit de m'en empêcher ! M'exclamai-je.
Je voulus poursuivre, mais je sentis soudain une grosse boule se former au fond de ma gorge. Mes yeux me piquèrent et devinrent bientôt complètement flous. Une vague de larmes me submergea. Je n'avais pas eu conscience de mon état avant cet instant. J'avais trahis Blaise, il m'avait à son tour trahis. Plus jamais nous ne serions un couple, plus jamais et je venais seulement de saisir l'intensité du mot « jamais ». C'était finit et je ne pourrais jamais revenir en arrière.
J'entendis Drago s'éloigner de moi et quelques secondes après il me mit un verre entre les mains. Je le portai à mes lèvres et avalai l'eau glacée. Je tendis le verre vide à Drago qui s'empressa d'aller me le ré-remplir. Le manège se répéta trois fois de plus, avant que je ne parvienne à reprendre mes esprits.
Je sentis ma valise me glisser des mains pour atterrir dans celles de Drago. Il l'a déposa près de son armoire avant de revenir vers moi.
- Fais ce qui te semble juste Hermione, déclara-t-il en ouvrant enfin la bouche. Je t'ai amené à faire des choses qui ne te ressemblent pas et j'en suis désolé. Tu es censée être une personne droite et honnête, ne change pas. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même de toute façon pour la manière dont tu t'es comportées avec moi aujourd'hui. C'est moi qui me suis immiscé entre Blaise et toi, c'est moi qui t'ai ensuite accordé tant d'importance. Toi, tu n'avais rien demandé... Je ferais tout pour te protéger du Triangle du sang. Mais s'ils arrivent quand même à te mettre la main dessus et que tu les rejoins, comme tu l'as dis...
Il s'arrêta quelques secondes, avant de reprendre.
- Parce que c'est ce que j'aime chez toi...Cette force de conviction, ce courage, cette volonté de contre-attaquer, de parvenir à dissimuler tes émotions quand c'est nécessaire, et au contraire, de les laisser exploser par moments... Quand ils te mettront la main dessus, je serais là Hermione. Je serais là pour t'aider et te protéger du mieux que je peux. Je serais là pour t'aider à devenir un membre de l'organisation. Et si nous sommes suffisamment prudents et intelligents, nous arriverons à stopper le Triangle du sang. Je ferais tout pour faire amende honorable envers toi. Je ferais tout pour te rendre heureuse Hermione, même si pour l'instant je t'ai tout pris.
Une nouvelle larme coula le long de ma joue.
- Je ne te toucherais plus, ajouta-t-il. Je ne te toucherais plus jusqu'à ce que tu fasses un pas vers moi. J'attendrais des années s'il le faut, mais je ne m'approcherais plus de toi sans ton autorisation. Tu as besoin de faire le deuil de ta relation. Tu as besoin de le faire seule, même si tu habites ici.
Je levai les yeux vers lui, d'un air surpris.
- Oui. Tu vas venir habiter ici Hermione. C'est l'endroit où tu es le plus en sécurité, parce que personne ne peut entrer ici et parce que je suis celui qui pourra le mieux te protéger.