Je suis assise à une terrasse et alors que j'attends Octavia, je repense à la nuit chaotique que j'ai passé la veille. Ontari a mordu Lexa. Moi même je suis choquée que mon bébé d'amour ait pu être aussi agressif, surtout envers quelqu'un que j'aime. Je me dis qu'elle a simplement voulu me protéger tout en prenant l'opportunité de blesser sa pire ennemie, mais Lexa, elle, ne cesse de répéter qu'il faut l'euthanasier. Je sais qu'elle a le droit de vouloir ça mais c'est inconcevable pour moi, et malheureusement ce désaccord gâte encore plus la situation dans mon couple.
Cette nuit fut vraiment horrible. Le sol était ensanglanté, tout comme le poignet et le visage de Lexa. Elle était consciente mais très sonnée. J'ai rapidement bandé ses plaies et l'ai ensuite conduite à l'hôpital lorsque j'ai vu qu'elle allait avoir besoin d'un nombre assez conséquent de points de suture. Le trajet aussi fut horrible. Jamais il n'y avait eu un silence aussi lourd et long entre elle et moi, elle n'a pas dit un seul mot.
Mon supérieur fut surpris de me voir à cette heure là, mais accepta que je la soigne. Le pire dans tout ça, c'est qu'elle a refusé, prétextant vouloir voir un autre médecin.
Après cette nuit épouvantable nous avons n'avons que très peu parlé, nous nous sommes surtout disputées en fait et ça me fatigue. J'ai tout de même posé mes congés pour me rendre avec elle chez ses parents. Je ne lui ai pas encore dit mais j'espère vraiment que ça va lui faire plaisir.
Octavia arrive enfin, me salue et s'assoit en face de moi. Sa bonne humeur contraste vraiment avec mon aigreur et les cernes noires que j'ai sous les yeux.
« Hé bin t'as pas l'air bien toi.. » Elle a caresse gentiment mon épaule puis se retourne et passe commande au serveur.
« Ouais… C'est le travail qui m'achève. C'est vraiment dur... »
« Et Lexa aussi, non ? »
« Et Lexa aussi. »
« Ça va si mal que ça entre vous deux ? Car je l'ai vue hier et elle m'a dit que ce n'était rien de grave. »
Ha ok, ce n'est rien de grave pour elle. C'est juste cette hystérique de Clarke qui pète encore un câble toute seule.
« Si c'est elle qui le dit... »
« Pourquoi elle a un bandage au poignet et un pansement au menton alors ? Car elle n'a pas voulu me raconter ça. »
« C'est Ontari qui l'a mordue. »
« Oh putain! Comment ça s'est passé? »demande Octavia, les yeux écarquillés.
« On se disputait et Ontari lui a sauté dessus. Et maintenant c'est le grand froid entre nous. »
« Ha je suis vraiment désolée Clarke.. »
Le serveur pose ma bière et son coca en face de nous. Mon amie a vraiment l'air désolée pour moi, mais je n'ai pas trop envie de l'embêter avec mes problèmes. Je préfère donc changer de sujet.
« Et toi, comment ça va avec Lincoln ? »
« Très bien ! On a décidé de changer d'appartement. On en cherche un plus grand, avec une chambre pour le petit monstre. »
Elle caresse tendrement son ventre arrondi puis me sourit joyeusement. Elle n'en est qu'à quatre mois mais on dirait qu'elle en est à sept. J'ai vraiment peur du géant qu'elle va pondre.
« Et vous allez l'appeler comment ce petit monstre ? »
« Lincoln veut l'appeler Gustus si c'est un garçon et Denae si c'est une fille. »
« Et toi, tu veux l'appeler comment ? »
« Je ne sais pas encore mais sûrement pas Gustus ! »
Nous rions puis parlons du futur petit Blake. Octavia a l'air plus que ravie de sa grossesse et je suis contente pour elle, même si j'ai été un peu surprise au début qu'elle décide d'avoir un enfant aussi rapidement. Bellamy lui est comme à son habitude contre les choix de sa sœur et préfère s'occuper de la vie amoureuse de celle-ci que de la sienne.
Je finis mon verre puis me décide à demander à Octavia ce pour quoi je l'ai invitée aujourd'hui.
« Au fait, je pars la semaine prochaine chez les parents de Lexa. Et je me demandais si tu savais venir arroser mes plantes chaque jour... »
« Oui, pas de soucis, ça ne me dérange pas du tout. »
« Et nourrir et veiller sur Ontari ? »
« Oui. »
« ...et sur Raven aussi ? »
L'enthousiasme d'Octavia baisse nettement alors qu'elle pince ses lèvres et ne répond pas. Elle semble vraiment embêtée voire énervée par ma demande.
« Ecoute, je veux bien pour ton chien et tes plantes, mais Raven ça ne va vraiment pas le faire. »
« O, s'il-te-plaît, je te demande juste de passer une demi-heure par jour pour voir comment elle va! Tu sais très bien que même si elle ne le montre pas, elle n'aime pas être seule. »
« Oui je sais… Mais Abby ne sait pas le faire ? »
« Non, elle est à un séminaire toute la semaine. »
« Et Wells ? »
« Il ne veut plus la voir depuis qu'elle l'a frappé avec une bouteille de vodka. S'il te plaît O, ne le fais pas pour moi mais pour elle. »
Elle croise les bras et pèse le pour et le contre. Elle finit pas soupirer bruyamment :
« Ok. Mais si elle se comporte mal, je me casse. »
« Merci! T'es vraiment la meilleure! »
Je lui fais un câlin par dessus la table et je peux l'entendre murmurer :
« J'espère que je ne vais pas le regretter... »
« Tu es prête ? »
Lexa m'attend près de la porte d'entrée, ma valise dans sa main valide.
Je m'abaisse près de Raven qui est couchée dans le canapé et lui colle un bisou sur le front.
« On va y aller. Je revient mercredi, essaie de ne rien casser d'ici là. »
« Ouais je vais essayer. »
A son petit sourire moqueur je sais déjà que je vais retrouver l'appart en désordre avec Jaha cuvant dans ma baignoire. Sauf qu'elle ne sait pas que j'ai demandé à Octavia de passer héhé. Je sais déjà qu'elle va me tuer pour ça, mais je le fais uniquement pour son bien, et peut-être aussi car j'ai envie de voir mes deux amies à nouveau réunies amicalement parlant bien sûr.
Après Raven, je m'agenouille et enlace mon magnifique Rottweiler qui, triste de me voir partir, lèche l'intégralité de mon visage. Je la serre encore plus fort et me retiens de pleurer car c'est la première fois que je la quitte aussi longtemps depuis que je l'ai adoptée.
« Je t'aime tellement Ontari ! Sois sage. »
Je lui fais un gros bisou sur le museau puis me lève et retrouve Lexa qui lâche un grognement de dégoût devant nos échanges baveux.
« On peut y aller. »
« Est-ce que je peux faire quelque-chose pour vous, mademoiselle ? »
« Heu oui, est-ce que je pourrais avoir une eau gazeuse s'il vous plaît? »
« Je vous apporte ça tout de suite. »
« Merci bien. »
« Mais derien. »
L'hôtesse de l'air répond illico à la demande de ma petite amie, se précipitant pour aller lui chercher sa chère eau gazeuse. Cette fausse blonde la mate depuis tout à l'heure et ne cesse de passer dans notre rangée, espérant frôler le bras nu de Lexa qui ne semble se rendre compte de rien. Je ne veux pas râler et énerver une fois de plus Lexa, mais ça me saoule de la voir se faire draguer sous mon nez.
« Voilà mademoiselle ! » Elle se penche et je peux voir qu'elle a déboutonné au moins deux boutons de son chemisier.
« Merci ! »
« Est-ce que vous souhaiteriez autre chose ? »
« Non, je pense que ça va. »
« Un en-cas peut-être? »
« Non, je n'ai pas faim. »
« Une couverture ? »
« Non, ça ira, merci. »
« C'est vrai que vous avez l'air d'avoir chaud. »
Nan mais pour qui elle se prend celle-là?! J'essaie d'éviter d'être grossière et de créer un scandale mais c'est très dur lorsque je vois cette pétasse poser sa main sur l'épaule de ma Lexa.
« Elle vous a dit qu'elle n'avait plus besoin de vous. » Je la fusille du regard lui indiquant qu'il vaudrait mieux qu'elle parte et qu'elle ne s'arrête plus jamais à cet endroit précis de la rangée.
L'hôtesse m'envoie un regard méprisant puis tourne les talons, se dirigeant vers l'avant de l'appareil tout en remuant fortement ses affreuses fesses plates. Lexa la regarde s'éloigner puis se retourne vers moi, un air interrogateur sur le visage :
« Bah quoi ? »
« Tu n'étais pas obligée d'être aussi désagréable avec elle » me répond-t-elle calmement.
« Ha oui, excuse moi, j'aurais dû la laisser s'asseoir sur tes genoux et frotter son cul contre toi peut-être ? C'est clair que cette pute te draguait ! »
« Tu racontes n'importe quoi. Et puis je n'aime pas quand tu utilises ce mot. »
« Et moi je n'aime pas quand tu es aussi docile avec les étrangères ! »
Lexa commence à s'énerver et à monter le ton, faisant se retourner les passagers qui se trouvent devant nous. Ses sourcils se froncent et son visage prend une teinte rougeâtre.
« Mais je n'ai rien fait moi !Je ne regarde que toi, personne d'autre, tu devrais le savoir ! »
« Je ne sais pas pourquoi mais j'ai du mal à te croire... »
« De toute manière tu as toujours quelque chose à me reprocher ! Rien est assez bien pour Clarke Griffin la femme parfaite qui préfère sa chienne à sa petite-amie. »
Cette phrase me fait très mal mais je m'abstiens de répondre lorsque je croise le regard satisfait de l'hôtesse de l'air qui a l'air ravie d'avoir créer une dispute entre Lexa et moi. Je me calme, souris gentiment à la blonde puis lève mon bras et lui présente mon majeur, fier et bien droit. Elle ouvre grandement la bouche puis pose sa main sur sa poitrine pour montrer à qu'elle point elle est choquée. Lexa qui commence petit à petit à se calmer n'a pas manqué une miette de ce charmant échange.
« Ce que tu peux être immature et jalouse. » Elle me fait une moue réprobatrice mais je peux voir un tout petit sourire au coin de ses lèvres.
« Et toi pas peut-être ? Je te rappelle que tu es jalouse d'un chien. »
« J'ai tous les droits de l'être, espèce de zoophile. » Elle rit et c'est tout ce qu'il fallait pour détendre l'atmosphère.
On doit ressembler à deux folles à passer du chaud au froid en quelques instants, mais ça fait du bien d'avoir des contacts non-hostiles. Ça m'avait vraiment manqué, à un tel point que j'oublie pourquoi on a commencé à se disputer quelques minutes auparavant. Lexa partage apparemment le même sentiment que moi car elle prend ma main et fait des petits cercles avec son pouce.
« Ça te dit qu'on fasse une trêve le temps de ce voyage ? » me demande-t-elle, le sourire au lèvres.
« Oh que oui ! Tu ne peux pas savoir comment ça me pèse tout ça... »
« Pareil... »
On n'a pas encore résolu nos problèmes, mais une trêve c'est mieux que rien et je pense que nous en avons toutes les deux grandement besoin. Lexa porte sa main à son visage et caresse le dos de celle-ci avec le bout de son nez. Ce geste m'attendrit. Et il m'émoustille aussi car Lexa ne fait ça que quand elle veut me faire un très très gros câlin sans vêtements. Je luis souris puis l'embrasse le plus doucement possible, ne voulant en aucun cas pertuber notre voisine qui nous regarde déjà assez méchamment.
Je ne peux cependant pas empêcher mon bras d'entourer les épaules de Lexa, et mes yeux d'envoyer un regard victorieux à l'hôtesse.
La demeure des Woods est vraiment… étonnante. Même en couple, Lexa reste assez mystérieuse sur ses origines et sa famille. Mais vu son caractère et ses goûts en décoration, je m'attendais à voir du classique. Mais non, cette famille habite dans une maison assez originale. Après 30 minutes de route, le taxi nous a déposées en plein milieu de la nature. Nous avons marché au moins dix minutes avec nos grosses valises traînant derrière nous, jusqu'à arriver devant un espèce de manoir en briques beiges. Le bâtiment fait assez bohème, il y a beaucoup de fleurs autour, un petit ruisseau qui l'entoure et quelques chèvres qui courent ici et là. Sur le côté on peut apercevoir une serre en verre et une tente, ou plutôt une yourte verte kaki qui se fond très bien avec le cadre. De cette yourte sort un homme. Je ne le vois pas très bien de là où je me trouve mais au plus il s'approche et au plus mes sourcils grimpent sur mon front.
C'est un homme de taille moyenne, d'une bonne soixantaine d'années et au tain basané, il est complètement chauve mais a une très longue barbe brune et blanche qui chatouille sa poitrine nue. Il marche pieds nus, porte un short orange et une chemise africaine mauve et ouverte.
Après avoir scanné son accoutrement je croise le regard de l'inconnu et reconnaît directement le vert d'eau si caractéristique à Lexa.
« Papa ! » Cette dernière, telle une petite fille, lâche sa valise et saute dans les bras de cet homme qui avec du recul, lui ressemble énormément.
« Mon petit singe ! » Malgré sa taille moyenne et son âge assez avancé, son père la soulève et tournoie sur lui-même.
Je ricane en entendant son surnom puis attend qu'elle descende pour aller me présenter à mon beau-père. Lexa prend ma main puis toute excitée fait les présentations.
« Papa, c'est Clarke, ma petite-amie, et Clarke, c'est mon père. »
« Enchantée Monsieur Woods ! » Ha mince je dois vraiment paraître trop formelle..
« Appelle moi Marty va ! J'ai tellement entendu parler de toi ! Tu es tellement belle ! Blonde, comme on les aime, hein Lexa ! »
« Papa… Arrête, tu vas la mettre mal à l'aise. » Lexa rit légèrement mais est tout de même gênée.
« Tu es gênée Clarke ? » Marty caresse sa barbe puis me fixe sérieusement, attendant une réponse.
« Pas du tout Monsie..Marty ! »
« C'est parfait alors ! Ne restons pas dehors, laissez moi prendre vos valises ! » Il récupère son ton enjoué puis ramasse nos valises. Sur le chemin jusqu'à la demeure, il me fixe très joyeusement.
« Je suis si content que mon petit singe ait enfin trouvé sa guenon ! »
Je ne sais pas si c'est sa manière d'essayer de mettre à l'aise ses invités, mais je peux en tout cas dire que ça ne marche pas vraiment avec moi.
