Chapitre 14 :
Les amoureux et les fous ont un cerveau brûlant
Pour la première fois en dix saisons, Sylla ne me réveilla pas le matin et pour la première fois en autant de saisons, je ne m'étais pas levée avant l'aube. Quand je me secouai de mon sommeil qui me retenait dans sa prise ferme, je me trouvais à regarder fixement le plafond au-dessus. Même si les tapisseries couvraient toujours les fenêtres, je pouvais voir à la lumière du jour à travers la séparation des lourdes draperies qu'il était bien tard ce matin. La chose suivante que je pouvais sentir, c'était un battement de cœur, une pulsation contre ma poitrine. Ce n'était pas mon battement de cœur, mais plutôt celui de la petite blonde, dont le corps recouvrait le mien. Quelle façon absolument agréable de se réveiller, pensais-je.
Je souris avec un large et paresseux sourire quand j'écoutais les doux ronflements venant de Gabrielle quand elle dormait. Mon Dieux, qui aurait pu penser que je trouverai quelque chose comme cela attachant ? Ma jeune esclave dormait à poings fermés, quelque chose qu'elle ne faisait jamais habituellement, mais j'étais certaine que les événements d'hier soir et de ce matin, y étaient pour quelque chose. Je me dégageai doucement et roulai Gabrielle sur le côté, un doux murmure de protestation lui échappa alors qu'elle continuait de dormir. Je me levai et poussai dans ses bras, l'oreiller toujours chaud sur lequel ma tête avait été posée. A nouveau, un doux gémissement, mais accompagnait cette fois de paroles audibles qui accrochèrent ma respiration.
— Mmmm, Xena, chuchota-t-elle faiblement.
J'embrassai son front et enfilai rapidement les mêmes vêtements qu'hier. Je glissai mes longs doigts dans mes cheveux, et pensai être suffisamment présentable pour aller jusqu'aux cuisines. J'avais faim pour une fois, mais j'étais surtout inquiète de savoir pourquoi Sylla ne m'avait pas réveiller ce matin.
J'esquivai quelques filles de cuisine, les bras chargés de plats, et quand je retins la porte ouverte pour la plus petite des trois, elle me regarda comme si j'étais une apparition. Par Hadès, un regard comme cela et je pourrais laisser le vent prendre les voiles.
— Tout va bien, jeune fille, avance.
Je me forçais à parler doucement.
— Merci beaucoup, Seigneur Conquérante, se retourna-t-elle, en se précipitant par la porte ouverte.
Ses yeux ne quittèrent jamais les miens. Je ne savais pas si elle était pressée à cause de la charge dans ses bras ou si elle voulait juste s'éloigner de moi.
Je réalisai que même si je n'avais plus agressé de femme depuis près de cinq saisons, ma réputation continuait à me précéder. Cela n'avait probablement pas aidé que je sois devenue ce genre de monarque, non seulement je ne fréquentais pas certaines parties du château, mais je ne reconnaissais que très rarement quelqu'un qui travaillait pour moi. Je connaissais tout juste les gens dans ma propre maison. Cette réflexion me persuada de changer les choses. Je n'étais pas certaine de savoir comment, mais je voulais essayer. Je voulais le demander à Gabrielle. Actuellement, cette pensée était tout simplement sortie comme ça. Vais-je demander à mon esclave des conseils sur la façon de diriger ? Non, répondis-je à ma propre question, je vais juste lui demander comment en apprendre davantage sur les gens. Gabrielle semblait en savoir beaucoup sur les gens, semblait les comprendre et comprendre les sentiments qui les dirigeaient.
J'entrai dans la petite cuisine privée qui était le domaine de Delia, j'étais heureuse de voir la vieille femme, pétrir durement de la pâte sur une grande plaque en pierre sur un plan de travail.
— Bien, bien, bonjour, Seigneur Conquérante, comment vas-tu aujourd'hui, me demanda-t-elle, en repoussant une boucle de cheveux égarée sur son visage avec son avant-bras, ses mains étaient couvertes de farine.
— Est-ce que Sylla est malade ? demandai-je rapidement.
Elle me regarda avec un sourire fatigué secoua la tête dans les deux sens.
— Bonjour, Delia, je vais bien comme la pluie et toi-même ? dit la femme, en parlant dans le vide.
Je ne pus m'empêcher de grimacer, j'étais comme une enfant qui venait de se faire surprendre à voler un gâteau sur le plateau.
— Désolée. Bonjour, Delia. Je vais bien, merci.
— Ravie de l'entendre.
Elle poursuivit ce qu'elle était en train de pétrir, jetant un peu plus de farine au mélange.
— Je suppose que tu es finalement descendue parce que tu as faim ?
— Oui. Pourquoi est-ce que Sylla ne m'a pas réveillée ? Est-ce qu'elle va bien ?
— Sylla va bien, pas besoin de t'inquiéter, me répondit-elle.
— Mon Dieux, je n'ai pas oublié son anniversaire ou quelque chose comme ça, n'est-ce pas ? demandai-je, fouillant brusquement mon cerveau, Sylla fêtait toujours quelque chose au environ du solstice d'été.
— Non, elle n'est pas malade, tu n'as pas non plus oublié son anniversaire. Je lui ai dit de ne pas te réveiller ce matin.
— Toi ? répondis-je confuse. Je ne comprends pas.
— Sylla est descendue comme d'habitude pour ton petit déjeuner et elle a dit que tu étais toujours endormie. Elle a dit aussi quelque chose à propos de mignonne image que tu faisais…
— Dis-moi que ma femme de chambre n'a pas dit que j'étais mignonne, ai-je simplement lancé avec un regard furieux.
— Non, rit Delia, j'ai rajouté cette partie.
— C'est beaucoup plus crédible... vas-y, continue après la partie mignonne, lui ai-je rappelé.
— Bien, elle a trouvait bizarre que tu dormes à poings fermés après que le soleil soit levé, alors un des gardes lui a dit que les bougies brûlaient toujours dans tes chambres avant que le soleil ne se lève. Je lui ai dit de te laisser dormir. Je suppose que toi et ta Gabrielle avez eu une longue nuit.
Elle se tourna et me lança un clin l'œil. L'expression sur mon visage devait l'avoir interpeller, car elle plissa son front d'inquiétude.
— Assieds-toi, Xena, tu sembles un peu plus que fatiguée me dit-elle, en me poussant sur le haut d'un tabouret près du feu. Es-tu malade ? Est- ce que Gabrielle va bien ?
— Je ne suis pas sûre que nous allions bien. Je sais en tout cas que je ne vais pas bien, répondis-je.
Delia se rinça les mains et me versa une tasse de thé, j'enroulais mes doigts autour de la tasse posée devant moi.
— Bois ça, tu te sentiras mieux.
Quelque chose dans ce geste faisait très maternel et je me sentais répondre à l'affection.
J'appréciais le goût menthe de la boisson et me retrouvais bientôt à relater les événements de la veille au soir. Tout était arrivé dans un désordre si embrouillé, tout ce qui s'était arrivé en fait, avait été parsemé de sentiments que j'avais pour ma jeune esclave, quand je terminais, j'étais à peu près sûre que Delia n'aurait pas la moindre idée de ce que j'avais.
Quand je levai les yeux de ma tasse, je la vis sourire.
— Xena, me dit-elle doucement, il n'y a pas besoin d'en faire un drame. Tu es amoureuse, c'est tout.
Je la regardais juste fixement. Était-ce la confirmation de ce que j'attendais ou de ce que j'essayais désespérément de nier ? Je passai mes doigts dans mes cheveux, en me levant et commença à arpenter de long en large très agitée.
— Delia, les maîtres ne tombent pas amoureux de leurs esclaves, répondis-je catégoriquement.
— Bien, alors tu as un problème là. Qui est cependant assez facile à résoudre, répliqua-t-elle.
Je refusai de répondre, même si je sentais littéralement le poids de son regard fixe sur moi, attendant calmement une réponse. Je continuai mon va-et-vient jusqu'à ce que j'entende son soupir.
— Tu prévois de résoudre ce problème, n'est-ce pas, Xena ?
Entendre Delia m'appeler par mon nom, me semblait toujours me préparer à une rude de bataille entre nous. Actuellement, c'était plus que préparer. La femme plus âgée l'utilisait seulement de temps en temps, mais quand elle le faisait elle semblait avoir plus que les dix étés qu'elle avait sur moi. Je suppose que c'était ses manières maternelles qui me faisaient me sentir ainsi. Maintenant, plus que jamais, j'avais l'aînée qui me parlait. Elle me demandait si je projetais de donner sa liberté à Gabrielle. Je ne pouvais plus cacher la vérité à Delia que je pourrais à moi-même.
— Si je la libère… elle partira, dis-je avec hésitation.
— Pourquoi le penses-tu ? répondit-elle.
— Pourquoi ? répétai-je, en reprenant mon va-et-vient, une sensation de chaleur augmenta dans le creux de mon estomac. Parce que personne ne resterait avec quelqu'un comme moi si elle avait le choix, aucune femme ne le ferait, criai-je.
— Je le ferai si j'étais amoureuse de toi, répondit-elle doucement. Gabrielle est amoureuse aussi de toi, comme tu es d'elle.
J'arrêtai tous mes mouvements et continuai à me demander la même chose. Avec mon dos à la femme plus âgée, j'étais sûre d'avoir l'air d'une petite enfant, effrayée, Dieux sait que j'avais l'impression de l'être.
— Crois-tu vraiment ça, Delia ? demandai-je.
— Xena, viens t'asseoir ici.
Elle me fit signe pour que je revienne sur le tabouret.
— Regarde-moi maintenant dans les yeux et dis-moi que tu ne ressens pas ça. Douce Athéna, tu dors avec cette femme. Quand elle te touche, n'est-ce pas différent d'un contact avec quelqu'un d'autre ?
— Pour moi, mais comment savoir si Gabrielle ressent la même chose ?
— J'ai compris que tu le lui avais dit et qu'elle te l'a dit ? lança Delia vers moi. Je pouvais sentir que j'avais troublé la femme.
— Bien … nous l'avons presque fait… en quelque sorte…
— Xena, tu lui as dit ou tu ne lui pas dit, à la fille que tu l'aimais ?
— Je… bien… pas tout à fait dans ces mots…
— Avec quels mots… exactement ? demanda Delia, en croisant les bras sur sa poitrine.
— Bien… je lui ai dit que je ressentais… plus, répondis-je.
J'avais l'impression d'être une élève stupide.
— Plus de quoi ?
— Juste… plus, je finis sans rencontrer ses yeux.
— Et qu'est-ce qu'elle a dit ? demanda Delia.
J'étais certaine qu'à ce stade, elle était stupéfaite que j'ai pu m'occuper de moi jusqu'à mes quarante-quatre saisons sans incident.
— Elle a dit qu'elle ressentait plus, aussi.
Delia se prit la tête entre les mains, je ne savais pas si elle riait ou si elle pleurait. Je bondis de mon tabouret pour reprendre mon va-et-vient agité. J'étais embarrassée et j'aggravais mon cas en essayant de me faire comprendre par la femme.
— Je ne peux pas faire mieux que ça ! criai-je pratiquement. Je…
Je m'arrêtais au milieu de ma phrase, pensant honnêtement à me mettre à pleurer de frustration. Oh bien sûr, maintenant les larmes arrivaient ! Je baissais la tête, mes mains sur les hanches et d'une voix cassée, j'essayais de continuer.
— Je ne peux pas… je ne sais pas…
— Tu ne sais pas comment… lui dire ? demanda Delia sur un ton bienveillant.
Je revins à mon siège et m'affala lourdement. Tout ce que je pouvais faire c'était de secouer la tête en guise de réponse.
— Je devrais savoir, répondis-je finalement.
Delia fit quelque chose que je ne m'attendais pas à ce qu'elle fasse. Elle prit mes mains dans les siennes, elles étaient petites et dodues et les serra doucement jusqu'à ce que je lève mon visage pour la regarder dans les yeux.
— Xena, comment peux-tu être censée le savoir ? Tu n'as jamais ressenti ça auparavant, personne pour te l'apprendre, ou te l'expliquer. Tu es trop dure avec toi-même. C'est compréhensible, parce que tu n'as eu personne autour de toi pour t'apprendre à aimer, tu n'as pas eu d'exemple et ni l'éducation que tout le monde a eu, termina-t-elle.
— C'est de ma propre faute aussi. J'ai passé ma vie entière…
— N'essaies même pas, mon amie, sévit Delia. Tu veux vraiment de la pitié ? D'accord, tu as passé ta vie entière à quoi ? Voyons voir, à assassiner, à violer, à battre, et à voler… D'accord ?
Je la regardais avec un sourire ironique. Je jure, que seule Delia et Gabrielle avaient la capacité de me faire ressentir ça.
— Oui, je te remercie, je me sens beaucoup mieux, maintenant, répondis-je.
Delia gloussa et me serra légèrement les mains.
— Xena, en disant à Gabrielle que tu l'aimes peut être la chose la plus facile au monde. Tout ce que tu dois faire, c'est d'arrêter de tout analyser et de regarder à l'intérieur de ton cœur. Regarde là et dis-lui ce que tu ressentes, ce que tu vois entre vous deux.
— Quand j'essaie de le faire mon cerveau se fige et ma langue est lourde comme un rocher, je reconnus. Je me sens comme une idiote.
— Certe, cela va te paraître un peu étrange à tes oreilles et tu bégaieras sûrement un peu, mais je peux t'assurer que lorsque tu déclareras ton amour, cela peut te sembler que c'est Xena la Conquérante qui te parle, mais Gabrielle, elle entendra seulement la poésie lyrique sur l'amour d'Ibycus1, me rassura Delia.
— Et si elle ne ressent pas la même chose que moi ? demandai-je au bout du compte.
— Il se trouve que cette question a rendu les amoureux plus fous que tout le reste. Tout ce que je peux te dire maintenant, Xena, c'est que l'amour peut être une arme puissante. Toi plus que tout autre devrait connaître la valeur d'une bonne arme. Il a le pouvoir de sauver ou de détruire, tout dépend de comment tu la brandis. De temps en temps, quelques rares personnes arrivent à un stade de leur vie où elle trouve quelque chose qui vaille la peine de tout risquer. Toi seule décide, si l'amour de Gabrielle vaut la peine de jeter les dés.
— Et si elle demande que je la libère ? demandai-je, connaissant déjà dans mon cœur, la réponse de Delia.
— Ça, Seigneur Conquérante, ne peut qu'une décision que toi seule doit prendre. Je dirai seulement une chose, qu'on ne peut pas commencer une vraie relation équitable, sur la base d'une inégalité, n'est-ce pas ?
Je souris tristement, en pensant à Gabrielle et à tout ce que j'avais à lui dire. Mes pensées vers Gabrielle m'attirèrent dans une autre direction.
— Par Hadès !
Je me levais rapidement.
— J'étais censée ramener le petit déjeuner à Gabrielle.
— Bon Dieu, avec tout ce que cette fille mange, tu ne l'as pas encore nourrie ? Préparons le petit déjeuner, répondit Delia, en s'affairant subitement autour de la petite pièce, chargeant un plateau de la nourriture.
Quand je quittais la cuisine, les bras chargés d'un plateau d'argent, rempli la nourriture et de boisson, je m'arrêtais et me retournais.
— Merci, mon amie. Je me demande si Galen savait vraiment quel homme chanceux il était, pour t'avoir trouvée, dis-je à Delia.
— De rien, Seigneur Conquérante, me répondit-elle, en me tournant le dos pour regarder le feu. Ce vieux soldat me manque, ajouta-t-elle doucement quand je sortis par la porte.
-.-.-.-
J'essayais de passer doucement la porte de mon antichambre, avec peu de succès, une des argenteries s'écrasa violemment au sol.
Gabrielle bondit des coussins sur lesquels elle était assise près de la porte du balcon ouverte.
— Salut, j'ai pensé que tu pourrais avoir aussi faim que moi, donc je t'ai apporté le petit déjeuner, ai-je expliqué en souriant maladroitement à ma propre maladresse.
— Je pensai que…
Gabrielle sortit de ses pensées, j'entendis une note d'appréhension dans la voix, et vis une expression tendue sur le visage.
— Oh, Gabrielle, non… je suis juste allée nous chercher à manger, lui expliquai-je, en posant le plateau sur la table.
Je la tirai dans mes bras et la retins contre moi, appuyant mon menton sur le haut de sa tête. Je penchai son visage jusqu'à ce que je puisse voir le scintillement de ses yeux d'émeraudes et me baissa pour l'embrasser. J'essayais d'atténuer ses peurs et la convaincre que j'étais sincère avec ce baiser.
— Tu me crois ? demandai-je, en me détachant pour la sonder.
Ses joues rouges me firent sourire et elle hocha la tête.
— Tu as faim ?
Elle me fait un signe de tête avec encore plus d'enthousiasme et nous nous séparâmes pour nous installer à table.
Nous mangions entrecoupé de moments étranges de silence. Chacune de nous disions des choses irréfléchies, comme des commentaires sur le temps, puis nous faisions des remarques sur ce sujet, et retombions dans un silence gêné une fois de plus. Je supposais que nous avions toutes deux les mêmes choses dans nos esprits. Nous terminions finalement notre repas, je ne pouvais plus me trouver d'autres excuses, pour retarder l'inévitable. Il était temps pour moi de faire quelque chose que j'évitais comme la fièvre des marais, pendant près de quarante-cinq saisons. J'étais sur le point d'ouvrir mon cœur et parler.
— Gabrielle…
— Mon Seigneur…
Chacune de nous avions parlé en même temps.
— Gabrielle, je pensais que, compte tenu de notre situation, tu pouvais m'appeler Xena, tout le temps. Je veux dire, au moins quand nous sommes seules. Ce ne serait probablement pas bien à l'extérieur... ajoutai-je rapidement, pas tout à fait prête à être appelée comme cela que devant mes hommes.
— Je ne sais pas si vous… êtes-vous sûre ? demanda-t-elle.
— Oui, j'en suis sûre, répondis-je avec un sourire nerveux. As-tu quelque chose à me dire ?
— S'il vous plaît, vous d'abord, répondit-elle.
— Hein ?
J'avais été pris un peu au dépourvu, en croyant pouvoir formuler mes pensées pendant que Gabrielle parlerait. Maintenant, la lumière brillait sur moi.
— Vous avez dit que vous aviez quelque chose à me dire ? poussa doucement Gabrielle.
— Oui… oui je dois te dire quelque chose.
Mes paumes commencèrent à transpirer et je me demandais pourquoi quelqu'un, quelque part, n'avait jamais trouvé un moyen de créer une armée de jeunes femmes comme ça. Elles prendraient votre souffle, toutes vos pensées et tout mouvement physique qui vous rendraient quasi impossible de faire n'importe quoi. Elles seraient irrésistibles, je me fis une note mentale pour demander à quelqu'un de concevoir ce plan, quand Gabrielle me sortit de mes pensées absurdes.
— Xena ?
— Oh, oui… bien je… Gabrielle je…
Je fus sauvée par un coup frappait sur la porte extérieure.
— Je vais voir qui c'est, dis-je, en partant rapidement, je traversai la chambre.
C'était Sylla, elle venait débarrasser. La jeune fille fut plus rapide que je ne le pensais et quelques instants plus tard j'arpentais la chambre, décidée de donner à Gabrielle au moins une idée de ce que je voulais faire.
— Gabrielle… ai-je commencé de nouveau, pour peut-être la cinquième fois en reculant lentement jusqu'à ce que je sente le mur contre mon dos.
Gabrielle était assise très patiente et je pouvais ajouter avec une sorte d'expression perplexe sur son visage. Je commençai tripoter nerveusement cette même tapisserie, suspendue au mur. Dieux, cette chose allait être usée jusqu'à la corde avant l'hiver si je continuai comme ça. Je donnai pratiquement une claque à ma propre main pour arrêter mon geste de tripoter les fils décousus.
— Gabrielle… j'ai quelque chose à te dire. C'est… bien, sur la façon dont je…
Un fort martèlement à la porte cette fois-ci m'interompit.
— Par les seins d'Hera ! m'exclamai-je.
Gabrielle lâcha un très petit rire.
— Je vais y aller cette fois, dit-elle.
Quand Gabrielle revint, elle était accompagnée de mon garde, Nicos.
— Pardonnez mon intrusion, Seigneur Conquérante, mais vous aviez dit que je devrais m'annoncer immédiatement après mon retour. J'ai les renseignements que vous avez demandés, dit Nicos, en restant au garde-à-vous tout le temps.
— Les avez-vous apportés avec vous ? demandai-je énigmatiquement.
— Oui, Seigneur Conquérante, répondit Nicos avec un sourire sournois. Le Capitaine Atrius est avec eux en ce moment. Il attend vos ordres.
— Remarquable, Nicos, excellent travail. Dites au Capitaine que je descends tout de suite, allez ensuite vous restaurez et vous reposez.
Je serrai le soldat à un seul bras dans une étreinte de guerrier et j'avais l'impression qu'il se sentait grandi de fierté comme il ne l'avait plus été depuis quelques saisons.
Quand Nicos partit, je retournais dans ma chambre. J'ouvris mon coffre et sortis mes armes de leur place habituel, et les fixai aux endroits appropriés. Je levai les yeux et vis soudainement que Gabrielle me regardait avec soin. Hadès, j'allais oublier quelque chose, n'est-ce pas ?
— Gabrielle, j'ai quelque chose d'important à te dire, mais j'ai quelque chose que je dois faire immédiatement. Tu me comprends ?
Elle sourit et je me sentis immédiatement soulager.
— Oui, Xena, je comprends parfaitement.
— Je n'ai aucune idée de combien de temps cela va prendre. Tu ne dois pas rester ici et attendre, dis-je en posant mon bras sur ses épaules, alors qu'elle glissa le sien autour de ma taille.
Nous avons marché jusqu'à la porte. Le geste était absolument involontaire et semblait naturel.
— Peut-être que j'irai voir Anya, alors, dit-elle.
J'embrassai ses lèvres, et je sentais son sourire contre les miennes, et je me retrouvais à sourire de la même façon. Quand enfin je quittais la pièce et j'avançai dans le couloir éclairé par une lampe, je portais mes doigts jusqu'à mes lèvres. Je savais que je souriais comme une idiote, mais c'était une telle sensation physique étrange. Mes lèvres étaient littéralement enflammées après avoir embrassé Gabrielle. Je savais que peu importe combien de temps cela prendrait pour ce que j'avais à faire, mais j'irai retrouver Gabrielle pour lui dire que j'étais vraiment amoureuse d'elle.
-.-.-.-
— Bien, bien… Kassandros, j'aurais dû le savoir, dis-je immédiatement après mon entrée dans la petite pièce dans laquelle Atrius retenait les prisonniers.
Les six hommes Enchaînés semblèrent épuisés. Si je ne les connaissais pas mieux, j'aurais pu les prendre pour des paysans ou des humbles voyageurs. Moi, cependant, je les connaissais bien. Callius, le Capitaine de ma flotte m'avait donné le nom de chacun d'entre eux, quand il se vidait de son sang à travers mes mains. Il n'avait pas hésité dans un chuchotement mourant de donner leurs noms, il n'avait pas pris la peine d'emporter le secret avec lui jusqu'à Hadès.
Quand j'appris dans un premier temps sa trahison, j'avais ordonné à Atrius de ne pas arrêter mon chef-intendant, Demetri. Je savais que s'il pensait que je pensais qu'il n'était pas impliqué dans le commerce illégal d'esclaves, une fois Callius tué, il reprendrait naturellement le rôle du capitaine dans cette activité. J'avais envoyé Nicos avec deux escadrons arrêter sereinement les autres protagonistes. Je laissai Demetri continuer à penser que je n'étais pas au courant de ses activités annexes, jusqu'à ce que j'aie tous ses associés à ma portée.
Cela ne m'avait même pas surpris lorsque le nom de Kassandros fut le premier à s'échapper des lèvres du Capitaine mourant. C'était un de mes gouverneurs, mis en place dans l'une des provinces de la haute Macédoine. Je pense que c'était durant un petit moment de nostalgie qui m'a fait le choisir en premier, ça, ou la culpabilité. J'avais tué le père de cet homme, Antipater, également régent de Macédoine. Aussitôt après avoir tué Alexandre, son régent Antipater n'avait pas été un problème. Après cette campagne, je pris le contrôle de la Macédoine et commença à élargir le territoire alors je conquis la plupart des Empires étrangers qui entourait la Mer Egée jusqu'à ce que tout soit sous mon contrôle.
Il semblait que Kassandros avait des mercenaires qui enlevaient des jeunes filles pour les vendre à Amphipolis, Abdère, et Potidée. Les jeunes filles étaient des filles d'hommes libres, mais cela n'avait pas d'importance pour ces marchands d'esclaves. À ma récente déconvenue, la majorité des esclaves avait fait route jusqu'à Corinthe, et sur les nombreux blocs d'enchères de la grande ville.
Il nous fallut beaucoup de patience, de temps pour recueillir les témoignages des jeunes filles que j'avais sauvées ce jour-là sur les docks. J'avais demandé à Delia de prendre en charge les jeunes filles et une fois qu'elles avaient surmonté leur traumatisme de les pousser à se confier à la femme plus âgée. Maintenant, les hommes responsables étaient devant moi et je ne souhaitais rien de plus que de les décapiter ou de les crucifier dans la cour de mon palais. Il n'y avait pas assez de punitions dans mon sombre esprit que je ne puisse rêver de faire à ces hommes pour qu'ils paient. Ce qu'ils ont fait au cours de Dieux sait combien de saisons depuis que je régnais, ne pourrait jamais être réparé, même avec leurs morts. Pour toutes ces jeunes filles, toutes ces femmes, et leurs familles, mais au moins c'était un début.
Je marchais autour des hommes prisonniers.
— Maintenant, qui veut partager leurs secrets avec moi ?
Je souris, d'un sourire absolument déplaisant, celui que je n'avais plus utilisé depuis longtemps. Trois des quatre hommes enchaînés devant moi commencèrent à parler si vite, que la bête en moi fût un peu déçue qu'elle ne puisse pas être libérée. Le quatrième homme était resté là, silencieux en ricanant, c'était Kassandros.
J'avais finalement entendu tout ce dont j'avais besoin d'entendre. J'étais franchement un peu surprise. Je n'avais jamais supposé que Demetri avait assez de ressources pour monter un plan pareil, mais je ne pouvais qu'imaginer que c'était la raison pour lesquelles il s'était entouré d'une bandes de personnages extrêmement mal famés. Il était évident que dans ce lot, Demetri était le cerveau et les autres les muscles. Kassandros n'avait pas dit un mot, quand lui et moi, nous sommes regardé fixement l'un à l'autre. Je fis taire les autres d'un coup d'œil sinistre, et me posta devant l'ancien gouverneur. Je suppose qu'il ne se souciait pas beaucoup de mon sourire supérieur, parce que ses lèvres s'étirèrent dans un sourire méprisant et il cracha sur mes bottes.
— Oh, oui… ça fait mal, répondis-je d'un ton moqueur.
— Ne pensez pas que je vais vous donner la satisfaction de m'entendre rendre mes tripes comme ces imbéciles. Libérez-moi de ces chaînes et je vais vous montrer de quoi est fait un vrai guerrier, salope moralisatrice ! s'écria-t-il.
Je souris simplement. Je levai les yeux et fis signe à deux gardes.
— Trouvez Demetri et arrêtez-le. Emmenez-le ici… mieux encore, emmenez tous à la prison. Je pense que mon ancien chef devrait commencer à faire connaissance avec les gens avec qui il s'est associé, sur un plan plus personnel.
Je me tournai pour partir quand la voix de Kassandros m''interpela une nouvelle fois.
— Je savais que vous étiez devenue trop molle pour relever mon défi, cria-t-il, mais je l'ignorai et continuai mon chemin vers la porte.
— Vous avez toujours été un spectacle avec une grande épée, mais je parie que vous n'êtes pas grand-chose sans armes. Toute la Grèce sait que la concubine de la salope Conquérante est une sale pute !
Je stoppai net, j'avais l'impression d'avoir reçu une brique entre les omoplates. Le sentiment n'était même pas un dont je puisse me rappeler de déterrer consciemment. Les paroles qu'il avait utilisées pour parler de Gabrielle provoquèrent en moi une légère agitation, quelque part profondément à l'intérieur et dans les profondeurs de mon âme même, je sentis la bête griffer en surface.
— Seigneur Conquérante…
Atrius fut à mes côtés, mais je regardais la porte fixement, sans bouger.
— Descendez les en bas jusqu'aux cellules, laissez celui-là ici, ai-je terminé.
Quelques gardes poussèrent les prisonniers en bas vers les cachots du palais.
— Les autres… dehors ! commandai-je et les hommes sortirent de la pièce à pas précipités.
J'enlevai mon épée et le chakram qui était suspendu à l'opposé de ma hanche. J'enveloppai soigneusement l'ensemble de mes armes et me tournai pour les donner à Atrius.
— Enlevez ses chaînes et sortez ensuite, dis-je catégoriquement, me rendant compte que je n'étais pas très loin de perdre le contrôle de mon obscurité qui commençait à s'installer en travers de moi.
— Seigneur Conquérante, c'est de la folie. L'homme mourra demain matin.
Mon Capitaine essaya de me raisonner, mais j'avais dépassé la capacité d'entendre ou de m'en soucier.
— Maintenant, me suis-je répétée.
J'entendis la porte se refermer quand Atrius la ferma derrière lui à contrecœur, puis je me tournai pour faire face à l'homme qui n'était pas plus grand que moi.
— Maintenant, ai-je commencé, montrez-moi de quoi un vrai guerrier est fait, grognai-je.
Je me sentis possédée, une fois que je pris délibérément la décision de renoncer à ma dernière once de contrôle sur ma bête.
-.-.-.-
— Faites-le porter à sa cellule par deux hommes, dis-je à Atrius quand je passai devant lui jusqu'à un baril d'eau. Je nettoyai le sang de mes mains et grimaçai de douleur quand je repliai mes doigts. Dieux, que sa mâchoire avait été dure. Je rinçai le sang de ma bouche et touchai soigneusement ma mâchoire, je m'assurai que toutes mes dents étaient présentes. J'avais donné plus que je n'en avais pris, mais je n'avais pas quitté la pièce complètement indemne.
Atrius me tendit un chiffon sec, et l'expression sur son visage affichait son mécontentement pour mes actions. Je repris mes armes et les sangla autour de ma taille.
— Seigneur Conquérante, je peux comprendre pourquoi vous avez senti le désir de le battre à mort, ce que je ne comprends pas c'est pourquoi vous vous êtes mis en danger de cette façon et êtes allez jusqu'au bout.
Atrius était dans son mode mère-poule et je ne pouvais pas le blâmer… tellement.
— De toutes les personnes, je pensais que vous seriez celui qui saurait pourquoi j'ai fait ça, répondis-je, en lui jetant le chiffon.
Un sourire en coin et un grognement, que je pris pour un accord, était tout ce qui sortit du capitaine.
— Seigneur Conquérante…
Un jeune lieutenant se précipita vers nous deux.
— Quelqu'un doit avoir prévenu le Seigneur Demetri… car il a disparu. J'ai envoyé deux brigades d'hommes fouillaient le palais, et quatre autres ratissaient la ville.
— Par les boules d'Arès, ai-je marmonné dans un souffle, rien ne peut se passer facilement ici ? Très bien, il est probablement en fuite en ville maintenant, mais assurez-vous que vos hommes continue à chercher juste au cas où.
— Oui, Seigneur Conquérante, répondit-il en ressortant aussi vite qu'il était entrait.
— Dieux, ils sont de plus en plus jeunes. Je commence à ressentir mon âge, me suis-je plainte à Atrius.
L'expression sur le visage de mon Capitaine s'allongea.
— En parlant d'âge, Seigneur Conquérante… vous avez promis à de jeunes d'officiers de vous entraîner eux.
— Et comment par Hadès cela est-il arrivé ? grognai-je. Ces classes de formation sont toujours remplies de douzaine de jeunes soldats qui semblent vouloir être les premiers à s'entraîner avec moi à l'épée.
— En fait, Seigneur Conquérante, vous aviez promis de les rencontrer ce matin. J'ai entendu dire par votre femme de chambre personnelle que vous étiez plutôt… souffrante, ce matin, dit Atrius avec un foutu amusement qui brillait dans ses yeux.
— Puisque vous avez l'air de trouver cela très amusant, vous devez venir et protéger mon dos, souris-je.
— Oui, Seigneur Conquérante, marmonna-t-il.
Je m'arrêtai avant de continuer pour sortir du palais. Une sensation glissa le long de ma colonne vertébrale, mais je n'arrivais pas à mettre mon doigt dessus, ni à la repousser.
— Vous ne pensez pas que Demetri soit assez stupide pour se cacher ici, n'est-ce pas ?
— S'il est intelligent, il se dirigerait vers Athènes en ce moment, répondit Atrius.
— Bien, je ne dirais jamais qu'il est manifestement intelligent, mais c'est ce que tous hommes sensés feraient, répondis-je avec un soupir. D'accord… allons au champ de formation.
Mon Capitaine et moi sortirent brusquement dehors, pour montrer à ces jeunes chiots quelle sorte de morsure deux vieux guerriers pouvaient encore faire. Mes dernières paroles sur Demetri étaient destinés à faire une plaisanterie, mais une chose était vraie, fuir le palais était ce qu'un homme sensé ferait. Malheureusement, en ce moment, mon chef faisait actuellement une tentative de compromis entre sa raison et sa folie.
Comme j'entrais sur le terrain de formation, j'étais loin de penser que ma Gabrielle pouvait être quelque part, sur le point d'être en danger.
1 . Ibycos ou Ibycus (en grec ancien Ἴβυκος/Ibukos) est un poète lyrique grec né à Rhégium colonie eolo-dorienne, sur le détroit de Messine, en Grande Grèce, (aujourd'hui Reggio de Calabre en Italie du sud), au début du vie siècle av. J.-C.
