Bonjour à tous !

Un gros merci pour votre soutien ! Vous êtes le carburant qui fait fonctionner la machine :) Ça a l'air peu flatteur, mais rien de tout cela n'aurait été possible sans vous et votre gentillesse.

Pour l'intérêt de ma fanfic, j'ai et je continue à jouer avec les données géopolitiques de FFXV. Oui, parce que j'ai un plan à long terme avec ça. Rien de canonique. C'est une fanfic, pas une évangile.

Et oui. Le titre de ce chapitre se réfère à une chanson de Visage. Et pour le coup, j'assume complètement :) C'est juste parfait pour ce que j'ai à raconter, et c'est une putain de bonne chanson. (si la version originale est trop molle pour vous, go la reprise d'Apoptygma Berzerk, dont les reprises hantent de toute façon cette fanfic :)

Enjoy !


CHAPITRE TREIZE : The Damned Don't Cry

Travelling with no destination
No place to go
Nameless towns with faceless people
No place I know

Time to close my mind and drift off
To other scenes
Lose myself in glossy pages
Dull magazines

Moments pass by, oh so slowly
Makes me lonely too
Twisting street light, in the darkness
Makes me lonely too

Ah The Damned Don't Cry
No The Damned Don't Cry

Climbing smoke climbs upward slowly
Past my trembling face
I see myself in rain soaked windows
In a different place

Single heartbeats in the dim light
Makes me lonely too
Hearing sounds of celebrations
Makes me lonely too

Visage, The damned don't cry

I

Il faisait chaud. Très chaud. Noctis bougea dans son sommeil, tout proche du réveil, mais pas encore prêt à l'atteindre. Il se rendit alors compte de la lumière qui tombait pile sur ses paupières, en même temps qu'il prit conscience du corps pressé contre le sien. Il ouvrit brusquement les yeux et le regretta aussitôt. Putain de soleil ! Quand au corps qui lui donnait trop chaud... Il ne pouvait pas s'en dépêtrer, Prompto le serrait trop fort. Comment peut-on serrer quelqu'un comme ça en dormant ?! Et puis en plus, il devait avoir des fourmis dans la main, vu que Noctis était couché sur l'un de ses bras. Il tenta encore une fois de bouger, et cette fois, s'aperçut qu'il avait un sacré mal de crâne. Au même moment, Prompto marmonna quelque chose dans son sommeil, puis se réveilla en sursaut, le souffle court.

« Putain... C'était qu'un rêve, murmura-t-il avec soulagement.

— Laisse-moi deviner, dit Noctis d'une voix rauque de sommeil. Tu te faisais bouffer le bras par un requin.

— Comment tu sais ?! »

Le prince se souleva pour que Prompto dégage son bras.

« Tu dois avoir la circulation coupée là-dedans... Ça doit piquer. Et puis vu... »

Il s'interrompit. Les événements de la nuit dernière étaient-ils seulement réels ? Il ne se rappelait même pas s'être couché...

« Vu... Ce qu'on a fait cette nuit... ?

— Ouais ! Le poisson géant ! »

Noctis soupira.

« On l'a échappé belle, ce coup-ci... Et putain, j'ai mal au crâne...

— Pareil. Pas grave... On n'est pas pressés... »

Prompto glissa le bout de ses doigts sur son torse nu, et parcourut sa nuque de ses lèvres tièdes. Noctis eut un frisson. En dépit de son état de gueule de bois, ce contact l'émoustilla aussitôt. Prompto colla son érection contre ses fesses et Noctis lui prit la main pour la poser sur son entrejambe.

« Peut-être que cette fois, on va enfin avoir le temps... » murmura-t-il, et la fin de sa phrase se perdit dans un gémissement étouffé tandis que Prompto lui caressait la verge à travers le tissu de son caleçon. Il déplaça le bassin pour le presser contre l'entrejambe de son ami. Celui-ci glissa une main dans son boxer et s'empara de sa queue. Il décala ses doigts tout en bas, serra, et commença un léger mouvement de va-et-vient, tout se frottant contre ses fesses.

« Ah... Putain... si j'pouvais me réveiller tous les jours comme ça...

— Y a qu'à demander », dit Prompto, un sourire dans la voix.

Il accentua légèrement la pression tout en accélérant le mouvement. Noctis poussa un petit cri étranglé et cambra les reins pour mieux sentir la queue de Prompto qui se pressait entre ses fesses. Puis, son ami fit glisser ses sous-vêtements jusqu'à mi-cuisse, il promena une main chaude sur ses couilles, puis appuya sur le contour de son anus.

« Oh putain... Si tu fais ça, va falloir aller jusqu'au bout...

— Je relève le défi... » murmura Prompto dans son oreille, créant une petite myriade de frissons qui se répandirent comme des vagues dans sa nuque et jusque dans le creux de ses reins. Prompto humecta ses doigts et revint à ses caresses. Noctis sentit son bas-ventre se contacter. Il avait un peu le vertige. Prompto glissa un doigt en lui, puis deux.

« T'es sûr, Noct ?

— Jamais été aussi sûr de quoi que ce soit... Et j'm'en fous si tu l'as jamais fait comme ça...

— Ok... »

Ses doigts le caressaient à l'intérieur, réveillant tout un réseau de nerfs endormis, et il se détendait de plus en plus vite.

« J'en peux plus... Prends-moi... »

Trois coups frappés à la porte firent voler la fantaisie en éclats. Prompto retira ses doigts un peu trop brusquement, Noctis remonta les draps sur eux.

« Au nom des Six, quoi encore ?! » hurla-t-il pratiquement, ce qui fit rire son abruti d'ami...

De l'autre côté de la porte, ni Ignis ni Gladio n'entendirent autre chose qu'un cri étouffé. Ils échangèrent un regard, et entrèrent.

« Il est quinze heures... » dit Ignis, sans paraître s'apercevoir de leur état.

Noctis enfonça ses ongles dans sa paume pour s'empêcher de lui hurler qu'il pourrait être dix, quinze, vingt heures ou six heures du matin, il n'en avait strictement rien à foutre.

« Les gens de l'hôtel veulent qu'on parte, ajouta Gladio. On est déjà censés être partis depuis onze heures ce matin... »

Noctis posa les deux mains sur son visage, au summum de la frustration. Si ça continuait comme ça, ça allait le rendre fou.

« On arrive, dit Prompto. On vient de se réveiller... Laissez-nous vingt minutes, faut vraiment qu'on se lave...

— On vous attend », dit Ignis tranquillement.

Une fois la porte refermée, Noctis laissa échapper un grognement de rage.

« Putain... J'ai l'impression qu'ils le font exprès. »

Prompto éclata de rire.

« Allez, Noct, du nerf ! Ce n'est que partie remise...

— Je commence à me le demander... » marmonna le prince en se levant à contrecœur.

II

Malgré le mal de crâne qui pulsait encore derrière ses orbites, Noctis tint à prendre le volant. Un peu de conduite sportive, c'était ce dont il avait besoin pour oublier sa frustration.

« On va où, au fait ? demanda Prompto, assis à côté de lui sur le siège passager.

— Peu importe... Du moment qu'on y va.

— Noct, intervint Gladio, j'ai eu un message d'Iris. Elle est en vacances au Cap Caem. C'est pas super loin, alors si ça te dit...

— Ça marche ! J'connais la route... »

Ignis, qui n'était pas monté avec Noct en voiture depuis un bon bout de temps, s'accrocha à la portière et blêmit d'un ton. Ça n'échappa pas au prince, qui lui sourit dans le rétro.

« Détends-toi, Ignis... J'aime bien conduire sportivement, mais je suis pas non plus un danger public...

— C'est toi qui le dit... » murmura son ami.

Juste pour le faire blêmir un peu plus – après tout, ce n'était que justice pour l'interruption de tout à l'heure – il appuya franchement sur l'accélérateur. Il aimait bien la route qui reliait la baie de Galdina au Cap Caem : à part les longs tunnels qui traversaient les montagnes, la route surplombait le littoral escarpé, offrant une vue imprenable sur l'océan.

Deux heures plus tard, alors que l'après-midi tirait à sa fin et que le soleil commençait à descendre dans le ciel, le portable de Noctis sonna. Il y jeta un coup d'œil, gara la voiture sur le bas-côté, puis sortit pour décrocher.

« Salut, papa...

— Noctis, comment vas-tu ?

— Ça va. »

Il jeta un coup d'œil à ses amis, et s'éloigna de quelques pas.

« J'ai entendu... des rumeurs, dit son père d'une voix légèrement amusée. Je me demandais si c'était de toi dont il s'agissait.

— Euh... Quel genre de rumeurs ?

— Tu n'essaierais pas, par hasard, de te former au métier de chasseur ?

— P-pourquoi... ? C'est un problème ? »

Regis eut un petit rire.

« Absolument pas. Tu rends service aux gens, c'est bien. Mais je me demande ce que tu vas faire de tout cet argent de poche.

— J'y ai pas trop réfléchi...

— Ça m'est égal, du moment que tu ne le dépenses pas inconsidérément. Au fait, quand je t'ai appelé pour ton anniversaire, je t'avais dit que je te préparais un cadeau, n'est-ce pas ? C'est prêt. Mais je préférerais te le remettre en main propre, alors j'attendrai que tu reviennes de ton voyage.

— Ok... C'est quoi ?

— Enfin, Noctis, je ne vais pas te le dire ! Tu verras bien. Mais je t'appelle aussi pour une autre raison. Je sais que vous vous dirigez vers le cap Caem, c'est Clarus qui me l'a dit. Tu savais que j'y avais un bateau ?

— Non, tu m'en avais jamais parlé !

— Prends-le, si tu en as envie. Comme je sais que tu adores pêcher...

— Merci, papa, ça me fait hyper plaisir.

— Tant mieux, c'était le but. Amuse-toi bien, Noctis.

— D'accord...

— Bien, je vais te laisser...

— Attends, papa... Je voulais te dire... Je vais mieux. Ne t'en fais pas pour moi. J'ai mes amis avec moi et... ils prennent soin de moi.

— Je vois. Je suis heureux de l'entendre. Et toi aussi, prends soin de toi, Noctis.

— Pareil pour toi. Et une dernière chose : dis à Clarus que Gladio fait très bien son boulot.

— Pourquoi, c'était en doute ?

— Papa, c'est de Clarus qu'on parle... Juste, dis-le-lui.

— C'est noté, Noctis. Et puisqu'on parle de ça... Comment se débrouille Prompto ?

— Au top ! Il nous a même aidés, Gladio et moi, à tuer un dragon !

— Un dragon, voyez-vous ça... Clarus en sera épaté.

— Ouais, c'est ce qu'on lui a dit aussi.

— Je suis heureux de savoir que tout se passe bien. Salue tout le monde de ma part, et embrasse Iris. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vue.

— Ok. À plus, papa.

— Au revoir, Noctis. »

Le prince revint dans la voiture et démarra.

« Désolé pour l'interruption ! Vous avez les salutations de mon père.

— Comment va-t-il ? demanda Ignis.

— Bien, pour ce que je peux en dire... Et il m'a annoncé un truc plutôt cool : j'ai le droit d'utiliser un bateau qui est précisément amarré au Cap Caem... Vous savez ce que ça veut dire...? »

Trois soupirs unanimes retentirent.

« C'est ça, vous avez deviné : des poissons ! Des poissons à foison ! Des trucs chelous, des trucs colorés, des trucs énormes, des poissons rapides, des poissons rebelles... Bref... Le rêve... »

Prompto jeta un coup d'œil à Ignis et à Gladio.

« Il est vraiment atteint... » murmura-t-il, s'attirant des hochements de tête d'approbation de la part de ses deux amis. Puis, se tournant de nouveau vers Noctis : « T'as déjà oublié notre petite mésaventure nocturne ? »

Le prince éclata de rire.

« Je suis pas près de l'oublier... Si ça peut te rassurer, la prochaine fois, j'essaierai d'être sobre. »

Cela ne rassura pas Prompto.

III

Ils arrivèrent au Cap Caem une demi-heure plus tard. Iris les attendait de pied ferme, et dès qu'ils sortirent de la voiture, elle se jeta sur Noctis pour le serrer dans ses bras.

« Je suis si contente de te voir ! »

Le prince marqua un temps d'hésitation, puis lui rendit timidement son étreinte.

« On n'embrasse même pas son grand-frère en premier ?! » protesta Gladio.

Iris gloussa.

« Désolée, mais c'est que Noctis, je le vois pas souvent ! »

La jeune fille alla embrasser son grand-frère comme il se devait, et celui-ci lui ébouriffa les cheveux affectueusement.

« Comment ça va, frangine ?

— Super ! J'ai plein de copines à la maison qui ont hâte de vous rencontrer... »

Noctis se raidit imperceptiblement en entendant ça, mais ce n'était pas le moment de faire sa mauvaise tête.

Iris se percha sur la pointe des pieds pour faire la bise à Ignis, puis jeta un coup d'œil curieux à Prompto.

« On ne se connaît pas, n'est-ce pas ?

— Nope ! répondit le photographe en souriant. Prompto. Camarade de classe de Noctis.

— Oh, vraiment ?! Je suis contente de te rencontrer. Mais je suis sûre que Gladio t'a déjà parlé de moi, pas vrai, grand-frère ?

— Bien sûr, frangine, je parle de toi presque tous les jours. »

Iris fit une petite moue.

« Flatteur... »

Ignis sourit. « En fait, c'est la stricte vérité, assura-t-il la jeune fille.

— C'est vrai ?! C'est trop gentil ! Mais venez, restez pas là, on a déjà commencé à préparer le repas ! »

Iris fit entrer les quatre amis dans la grande demeure qui servait de maison de vacances aux Lames, à leur famille et à leurs amis. La petite sœur de Gladio n'avait pas menti : il y avait là une demi-douzaine de ses amies, toutes impatientes et quelque peu impressionnées de rencontrer le prince et sa garde rapprochée. Aucune d'entre elles ne connaissaient même Gladio, qui n'avait pas eu de beaucoup de temps à consacrer à sa famille au cours des derniers mois. Iris fit les présentations avec enthousiasme – Noctis ne retint presque aucun prénom –, puis ils s'assirent pour discuter. Il apparut rapidement que deux des amies d'Iris trouvaient Gladio tout à fait à leur goût, tandis que deux autres jetèrent leur dévolu sur Noctis. La cinquième, un peu plus âgée, s'engagea dans une grande discussion avec Prompto, et la sixième se désintéressa de tout le groupe pour aller faire la cuisine en compagnie d'Iris. En revanche, aucune n'osa approcher Ignis : il leur faisait un peu peur, et cela convenait parfaitement au conseiller du prince, qui détestait gérer ce genre de situations avec les jeunes filles. Noctis non plus n'aimait pas beaucoup ça, mais ce qu'il aimait encore moins, c'étaient les évidentes tentatives de séduction dont Prompto faisait l'objet. Bizarrement, ça l'aurait moins dérangé s'il s'agissait d'un garçon. Mais une fille... Puisqu'il n'en était pas une, il ne pouvait pas rivaliser, et ça, ça le faisait enrager.

« Uh ? Pardon ? » fit-il, prenant conscience qu'une jeune fille – Laura ? Flora ? – lui posait une question.

« Je te demandais si tu allais épouser Dame Lunafreya », dit-elle, souriante. Elle était blonde, et son sourire entre douceur et malice n'était pas sans lui rappeler celui de ladite Luna.

« Flora, intervint sa compagne, tu veux seulement savoir s'il va rester longtemps célibataire. »

Noctis l'examina : c'était une rousse charmante aux grands yeux verts.

« Que... Qu'est-ce qui vous fait croire que je vais l'épouser ? » demanda-t-il d'une voix plus tendue qu'il ne l'aurait voulu.

Elles haussèrent les épaules.

« Il y a des rumeurs », répondirent-elles.

Noctis se raidit. Cette conversation ressuscitait en lui de douloureux souvenirs, et lui rappelait qu'un jour, il devrait de nouveau faire face à ce problème. Un roi ne reste pas célibataire. Un roi ne fait pas non plus son coming-out. Il aurait le choix entre mentir toute sa vie et risquer la désunion au sein du royaume, sans parler des problèmes de succession.

« De toute façon, reprit Flora, moi, je ne sais pas si c'est une bonne idée. Tenebrae est une province de l'Empire, après tout. Et il paraît que Ravus en est un fervent partisan...

— Ça empêcherait peut-être l'Empire de nous attaquer ? raisonna son amie – Lucie ? Laurie ?

— Tu en penses quoi, toi, Noctis ? Jamais tu ne prêterais allégeance à l'Empire, pas vrai ? »

Il les regarda tour à tour, confus. Ces filles étaient plus jeunes que lui et s'intéressaient bien plus à la politique que lui. Tout cela, c'était le domaine de son père. Tant que son père était en vie, il refusait de s'y confronter. Il procrastinait le moment où il devrait s'informer, car cela rendait son avenir non désiré un peu trop proche, un peu trop réel. Il n'était pas prêt, il ne le serait jamais.

Je n'y arriverai pas, de toute façon. Exercer le pouvoir n'est pas une compétence qui se transmet par le sang. Je n'y arriverai pas. Et je ne veux pas le faire. Je ne suis pas comme mon père. Je ne serai jamais le roi qu'il a été et qu'il est toujours. Je n'y arriverai pas...

Il savait d'expérience que quand ses pensées commençaient à tourner en rond, c'était mauvais signe. Son cœur s'emballa et sa respiration s'accéléra, provoquant des vertiges qui ne firent que jeter de l'huile sur les braises de son angoisse.

Il tenta de se concentrer sur la conversation. Les filles attendaient une réponse, se souvint-il.

« Je n'ai pas... je n'ai pas encore bien étudié le dossier, murmura-t-il, se maudissant pour sa propre stupidité.

— C'est normal, rigola la rousse, tu dois avoir mieux avoir à faire, à ton âge ! Comme nous ! Et puis en plus, c'est les vacances, c'est pas le moment de parler de trucs aussi sérieux ! »

Il se força à sourire.

« C'est vrai...

— N'empêche, si l'Empire décide d'attaquer, il va pas attendre que nos vacances soient terminées, dit Flora avec une petite moue de désapprobation.

— Dis pas n'importe quoi, on a le bouclier grâce au roi !

— Je te rappelle qu'il ne protège qu'Insomnia... »

Sans parler du fait qu'il n'existe que parce que mon père lui sacrifie son énergie vitale... Chose que je ne suis pas sûr de réussir un jour à accepter de faire. Moi, me sacrifier pour le bien commun, c'est pas mon truc, désolé, mes chers sujets...

Noctis enfonça ses ongles dans ses paumes moites, mais c'était déjà trop tard. Il commençait à avoir des sueurs froides et ne parvenait pas à respirer normalement. Quand la crise était commencée, il n'arrivait jamais à l'endiguer. Et surtout pas dans un salon plein d'inconnues qui voulaient son avis sur les sujets qu'il évitait à tout prix. L'angoisse nourrit l'angoisse, et le processus s'emballa jusqu'à ce qu'il ait l'impression de se trouver au bord de l'évanouissement.

« Excusez-moi », marmonna-t-il d'une voix à peine audible.

Il se leva et chercha la porte. Le monde dansait devant ses yeux, ses contours moins définis, ses couleurs moins franches. Il avait l'impression de voir les choses à travers une vitre teintée, et de n'être relié à son corps que par un fil ténu de conscience.

« Ça va, Noctis ? » dit Flora-Laura-Lucie-Laurie – il ne faisait plus la différence entre les deux, et entre les prénoms. « Tu es un peu pâle.

— Ça ira, murmura-t-il. Juste... J'vais prendre l'air. »

Les deux jeunes filles le regardèrent, perplexes, quitter la pièce d'un pas mal assuré.

« Il est peut-être pas tout à fait remis de sa maladie... commenta la rousse.

— J'espère qu'il est pas contagieux !

— Ça, c'est pas sympa, Flora ! »

Une fois dehors, Noctis remplit ses poumons d'air fais, mais cela ne l'aida en rien. Il avisa le phare et décida de monter jusqu'en haut. Peut-être la vue des grands espaces amoindrirait le terrifiant sentiment de claustrophobie qu'il éprouvait maintenant.

Il se détestait de se sentir impuissant à ce point. Il se détestait d'être incapable de surmonter une simple conversation, il détestait le fait d'être la proie de démons qui étaient bien plus forts que lui. Et parce qu'il était trop faible pour les repousser, ils nourrissaient sa haine et son mépris de lui-même. Il s'accrochait seulement à la certitude que cette rage qu'il éprouvait contre lui-même était la seule chose qui lui permettait de ne pas s'effondrer complètement. Cette rage et cette haine lui feraient prendre les bonnes décisions. Elles le forceraient un jour à prendre le trône, qu'il le veuille ou non. En lui interdisant de rêver, en lui interdisant d'être la personne qu'il était vraiment. C'était la seule solution. Après avoir choisi la mort, et avoir échoué même dans ce projet, il avait décidé qu'il était trop tard pour recommencer, alors il avait choisi la vie. Maintenant, il fallait en payer le prix.

Mais bon sang, que c'était dur.

Quand l'ascenseur s'arrêta au dernier étage, il s'avança à l'air libre en titubant et s'appuya des deux bras à la rambarde, puis se courba en deux et se mordit la lèvre. Même s'il savait que plus il combattait la crise, plus celle-ci prenait de l'ampleur, il ne pouvait pas s'empêcher de tenter, désespérément, de la refouler. Il posa le front sur le métal froid et jura d'une voix étouffée.

« Et merde ! Merde ! »

Les ténèbres se resserraient autour de lui. Elles ne le prenaient pas en otage, non, parce qu'il n'existait aucune rançon pour sa pitoyable âme damnée. Il avait essayé de le leur dire... À Gladio, à Ignis, à Prompto... Il n'y avait rien à sauver en lui, rien à espérer de lui. Ces dernières semaines, il s'était souvenu du bonheur simple, il l'avait partagé avec eux. Mais... Il n'avait fait que repousser l'inévitable. Il était le seul des quatre à ne pas vouloir suivre la route couchée devant lui. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il avait déjà, trois mois auparavant, pris une décision. Et il en avait été dépossédé. Parce que son cœur battait encore. Et, rongé par la culpabilité et le remord, il avait accepté de vivre la vie dans laquelle on l'avait replacé... comme un pion. C'était injuste, il le savait, mais il ne pouvait plus contenir la rage. Gladio lui avait demandé de l'exprimer. Et comment ? Dans quel but ? Personne ne pouvait essuyer ça. Ce n'était pas ce qu'on attendait de lui. On attendait de lui qu'il soit fort et qu'il assume, même maintenant, même après avoir écrit des lettres d'adieu et de renoncement. Il l'avait dit encore tout à l'heure à son père : « je vais mieux ». Et au moment où il avait prononcé ces mots, il y croyait. Maintenant... Toutes les ténèbres du monde se tenaient prêtes à le dévorer.

Il se mordit l'index jusqu'à sentir la chair céder sous ses dents. La douleur, ça aidait un peu. Tout valait mieux que la bête tapie dans sa poitrine, hurlante, prête à le déposséder de ses meilleurs souvenirs en même temps que de son identité. Les deux, c'était du pareil au même. Ses souvenirs étaient les seuls contradicteurs de son tribunal mental, les seuls à nuancer sa vision du monde et son jugement de lui-même. Gladio lui avait dit qu'il ne serait jamais un bon roi s'il se jugeait en permanence, mais appliquer ses propres sentences, c'était le putain de seul moyen qu'il pouvait envisager pour conserver sa santé mentale.

Pendant quelques temps, il avait cru, réellement cru, qu'il pourrait s'échapper. Ou, à tout le moins, qu'il pourrait s'adapter. Il avait suffi de quelques mots innocents pour que la lumière se dérobe.

La réalité, Noct. Il n'a suffi que d'un rappel de la réalité pour te confirmer que tu ne peux pas y faire face. Avec toute la bonne volonté du monde... Tu es une cause perdue d'avance. Tu n'as ni l'altruisme, ni la force de caractère nécessaires. En continuant comme tu le fais, tu ne fais que perpétuer le mensonge.

Mais... J'ai essayé de le leur dire ! Personne ne m'a cru...

Essaie encore, Noct. Tu leur dois bien ça.

Il se courba davantage en refoulant le râle d'angoisse et de ressentiment qui battait entre ses côtes, cette sensation même qu'il avait toujours pensée corrosive et dont il avait toujours cherché à éloigner ses proches. Personne ne savait à quel point il avait l'âme noire et corrompue, et ce n'était pas une posture d'adolescent. C'était ce qu'il ressentait au plus profond de lui, comme si ses émotions étaient un geyser d'acide qui brûlerait n'importe qui s'en approchait.

Il tentait toujours de maîtriser le tsunami quand une voix familière retentit dans son dos.

« Noct. Est-ce que ça va ? »

Cette question n'en était pas une. C'était un genre de prière. Ignis savait très bien que ça n'allait pas. Ce qu'il demandait, vraiment, c'était plutôt : « est-ce que je peux être là pour toi ? »

Et Noctis n'avait aucune foutue réponse à lui donner.

Ignis s'approcha et le redressa pour le prendre dans ses bras, serrant son dos plein de nœuds contre sa poitrine. Noctis songea à résister, mais comme toujours, sa volonté fondit comme neige au soleil.

« Ignis... Tu devrais me haïr. Pourquoi est-ce que tu t'accroches à moi ?

— Je n'ai aucune réponse à te donner, parce qu'aucune ne te donnera satisfaction. »

Personne, probablement, ne lui avait jamais rien dit d'aussi vrai.

« Je te demande pardon... Je suis tellement désolé... Tu peux pas savoir à quel point... »

C'était peut-être con, mais c'était sincère. Il ne voulait pas souiller les mains d'Ignis. Il ne voulait même pas souiller sa psyché, envahir ses souvenirs.

Il était à deux doigts de lui dire qu'il aurait dû le laisser partir, pour de bon. Qu'il n'aurait pas dû le sauver.

Mais comme toujours, la lâcheté l'emporta.

Et comme toujours, Ignis le retint au bord de l'abîme. Noctis, malgré lui, se laissa aller contre lui. Au bout d'un moment, il se retourna et enfouit son nez dans sa chemise pour respirer son odeur familière d'eau de Cologne.

« Ignis... Je te le demande une dernière fois. Je t'en supplie, repousse-moi.

— Pourquoi est-ce que tu le désires tellement ?

— Pour ne plus avoir aussi mal. Pour ne plus avoir à me pousser à bout pour gagner ton amour. Et ça, c'est valable pour toi, mais pour Gladio et Prompto aussi. Ignis, je suis... je suis fatigué... Je sais que je suis jeune et que je suis qu'un enfant gâté. Mais c'est comme ça. Repousse-moi. Je t'en supplie... »

Ignis ne réagit pas, sinon pour le serrer d'autant plus fort.

« Je t'en supplie... répéta Noctis.

— Je suis désolé, Noct. Je ne peux pas faire ça. »

Le prince s'effondra en sanglotant, tapant du poing sur la poitrine d'Ignis, qui ne bougea pas.

« Parfois... J'en ai encore envie... murmura Noctis. Parce que je n'arrive pas... à vouloir ma vie. Je ne veux plus vous abandonner, et j'aime la vie qu'on partage en ce moment... Mais celle qu'il y a après... Je n'arrive pas à la vouloir.

— Tu ne sais pas à quoi ressemble cette vie. Tu crois seulement le savoir. Et tu n'as pas à gagner notre affection. Elle est acquise, Noct. Quand les choses vont mal, tu as tendance à te laisser submerger par l'émotion et tu deviens très négatif. J'étais comme toi, avant... Et parfois, je le suis toujours. Si tu n'as pas confiance en toi, fais-moi confiance. Tu peux faire ça ?

— D-Dans une certaine mesure, balbutia le prince.

— C'est déjà ça. »

S'il ne pouvait pas totalement lui faire confiance – parce qu'une part de lui était persuadée qu'il confondant sa 'négativité' avec une lucidité que lui-même n'avait pas – Noctis n'eut pas la force de prétendre qu'il n'avait pas besoin de lui, alors il accepta l'étreinte. Même si ça lui foutait des aiguillons chauffés à blanc dans le ventre et la poitrine, 100% pure culpabilité. Mais Ignis n'accepterait ni excuses, ni faux-semblants. Alors Noctis s'accrocha à lui. Même si à chaque seconde, il avait envie de lui demander pardon. Il s'accrocha.

IV

Au bout d'un moment, Prompto vint voir ce qui se passait. Il eut un temps d'arrêt en les voyant enlacés, mais Ignis lui fit signe d'approcher. Il repoussa doucement Noctis et murmura :

« Je vous laisse tous les deux. »

Le prince battit des paupières sans comprendre, puis aperçut Prompto et lui adressa un pauvre sourire.

« Désolé. Crise d'angoisse. »

Le photographe s'approcha et écarta les mèches de cheveux sur le visage de Noctis.

« Je comprends... J'en aurais eu une moi aussi, à ta place...

— Vraiment ? Pourquoi tu comprends toujours tout quand moi je comprends rien ?

— C'est mon talent. »

Sur le point de s'éclipser, Ignis s'attarda un peu plus que nécessaire. Ces deux-là semblaient plutôt intimes... Est-ce qu'ils étaient en couple ? Ignis décida de partir avant d'avoir la réponse. Il n'était pas encore prêt à la découvrir.

En rentrant, Gladio le prit à part :

« Ça va, Noct ? »

Ignis soupira légèrement.

« En pleine crise d'angoisse. Prompto gère.

— Ah, merde... »

Iris, qui avait entendu la conversation, s'approcha timidement.

« Noctis a des problèmes ? » demanda-t-elle.

Gladio lui jeta un regard chagriné. Il ne lui avait rien dit de ce qui s'était produit cette année. Mais le moment était peut-être venu de le faire... Il n'avait pas voulu l'inquiéter ni lui faire de la peine, après tout, elle avait quatorze ans, elle n'aurait peut-être pas compris... Mais elle connaissait Noctis depuis l'enfance et elle avait le droit de savoir.

« Iris... Il y a une chose importante que je ne t'ai pas dite, mais j'ai peut-être commis une erreur. Viens discuter dehors, je vais te raconter. »

Et c'est ainsi qu'Ignis se retrouva seul avec une demi-douzaine de jeunes adolescentes. Cela allait être un défi de taille.

Gladio s'assit avec sa petite sœur sur les marches en bois de la maison et poussa un gros soupir.

« Bon... Pour commencer, Noctis n'a jamais été malade. Ça, c'est la version officielle. »

Iris le regarda avec de grands yeux.

« Mais... Qu'est-ce qui s'est passé, alors ? »

Gladio se frotta l'arrière du crâne. Bon sang, c'était difficile à formuler.

« Je sais que tu ne l'as pas beaucoup vu cette année, mais tu n'as rien remarqué de particulier ?

— Si, dit aussitôt Iris. Il avait l'air triste.

— Tout juste, frangine. Disons... que ça ne s'est pas arrangé. Et au printemps dernier... »

Il s'interrompit. C'était toujours difficile d'en parler. Cela ravivait en lui un sentiment de fureur étrangement mêlée de culpabilité, un mélange qu'il détestait. Il inspira longuement.

« Un jour, alors que j'étais avec Ignis en congés à Galdina, il a pris la voiture et il est parti, tout seul. Il a traversé une bonne partie du royaume, et... Quand il a pensé qu'il était assez loin pour que personne ne le trouve, il a... Il a tenté de mettre fin à ses jours. »

Il glissa un regard à sa petite sœur. Elle le dévisageait, les yeux écarquillés. Puis, ce que Gladio redoutait arriva. Elle se mit à pleurer. Il posa une main sur son épaule.

« Je suis désolé de ne t'avoir rien dit, frangine. Ça a été très dur. Il avait laissé des lettres d'adieu, Prompto les a découvertes et il nous a prévenus... Iggy et moi, on l'a retrouvé avant qu'il ne soit trop tard. Il avait pris des médicaments, il était inconscient. Après ça... Eh bien, comme tu le sais, je ne l'ai pas quitté pendant deux mois. Et ces deux mois, il les a passés sans prononcer un seul mot. Alors tu vois... Tout ça, c'est encore frais. C'est dur pour lui. Il doit se réhabituer... Il a encore du mal à gérer ses émotions.

— C'est ma faute ! paniqua Iris. Avec toutes mes copines sur son dos, il a dû...

— Rien de tout cela n'est de ta faute, et de toute façon, tu n'avais aucun moyen de savoir. Il a des hauts et des bas, tu vois. Il lui faut du temps pour guérir.

— Mais... pourquoi est-ce qu'il a fait ça ?

— Iris, je ne peux pas répondre à sa place à cette question. À toi de voir si tu veux en parler avec lui. »

Elle hocha la tête, l'air un peu perdu.

« Qui... Qui est au courant ?

— À part son père et nous trois, pas grand-monde. Papa est au courant aussi, comme tu peux t'en douter... Et Luna aussi.

— La pauvre ! s'exclama Iris. Elle a dû se faire un sang d'encre...

— En effet. Ils se sont revus, depuis. Elle va bien. »

Iris essuya ses larmes.

« Je vois, fit-elle d'un air décidé. Merci de me l'avoir dit, Gladio. Et toi... Est-ce que ça va ?

— Comme je te l'ai dit, tout ça a été très dur. Quand il refusait de parler... J'étais complètement perdu. Je m'en suis tellement voulu de ne pas avoir été là. Tu sais que je prends mon boulot à cœur, c'est ma fierté... Et puis, c'est de Noct qu'on parle. Si on l'avait perdu, je... Je sais pas ce que j'aurais fait.

— Mais tu l'as retrouvé, Gladio. Tu l'as protégé. Il est là, bien vivant, parmi nous. Alors tu n'as pas échoué. »

Gladio sourit à sa petite sœur.

« C'est gentil de me dire ça.

— C'est juste la vérité ! Je te connais : tu ne laisserais rien lui arriver. Parce que c'est ton devoir mais aussi parce qu'au fond de toi, tu peux pas te passer de lui. » Elle eut un petit rire. « Je sais que t'as un grand cœur, Gladio. Noctis est mon ami, et j'ai toute confiance en toi quand il s'agit de lui. J'aurai toujours confiance en toi. Pour moi, tu es un peu mon héros... »

Gladio rit à son tour.

« Tu exagères, frangine. Je te dis pas tout, tu sais... Faudrait pas que tu m'idéalises.

— Et pourquoi pas ? C'est pas toi qui dis qu'on a toujours besoin de modèles à suivre ?

— Si... Bon, très bien, j'accepte d'être ton héros.

— Je te demandais pas ton avis, de toute façon ! »

Gladio rit encore et pressa sa petite sœur contre lui.

« Pour moi aussi, t'es une héroïne, tu sais. T'as toujours été la plus courageuse des Amicitia.

— Plus courageuse que toi ?! Pas possible !

— Moi, je crois que si. »

Iris secoua la tête et leva les yeux au ciel, navrée par les absurdités que débitait son grand-frère.

V

Pendant ce temps, Prompto engagea Noctis à s'asseoir et se plaça derrière lui, dos au mur.

« Laisse-toi aller, Noct. »

Le prince s'appuya contre lui, rassuré par sa proximité. Prompto posa ses mains sur sa poitrine et l'embrassa dans les cheveux.

« Est-ce que ça va mieux ? demanda-t-il.

— Ouais... Je sens que ça redescend...

— Ok. Pas évident de gérer autant de nouvelles têtes d'un seul coup, hein ?

— Ouais, d'autant plus quand y a des nanas qui te draguent... »

Prompto éclata de rire.

« UNE nana. Je te rappelle qu'il y en avait deux autour de toi...

— Ouais, mais moi, tu sais bien que ça m'indiffère...

— Je dois comprendre que t'es jaloux ? Jusqu'à te filer une attaque de panique ? »

Noctis ne put s'empêcher de rire.

« Non... C'était pas ça... Enfin, ça a dû jouer. Les filles avec qui j'étais, elles... Elles m'ont parlé politique.

— Ah, j'en conviens, rien de plus angoissant.

— C'est ça, fous-toi de ma gueule... Nan, c'est juste que... Ça m'a rappelé... la réalité. Mon avenir. Mon foutu avenir déjà tout écrit.

— Dis pas ça, Noct. Je sais que tu crois pas au destin.

— Tu le sais ? On a déjà parlé de ça ?

— Ouais, tu te souviens pas ? Ce soir-là, au motel, quand on a fait notre petite escapade...

— J'étais encore optimiste, à l'époque.

— Raconte pas de conneries. C'est pas une question d'optimisme. Noct, ta vie, c'est la tienne, mais toi, tu agis comme si tu en étais le spectateur.

— Parce que c'est pas le cas ? Tout a déjà été décidé pour moi !

— C'est faux.

— Même si t'avais raison...

— Quoi ?

— Laisse tomber. »

Prompto soupira légèrement, mais n'insista pas. C'était inutile avec Noctis, s'il ne voulait pas le braquer. Autant parler d'autre chose.

« Dis, t'as remarqué qu'on est seuls tous les deux, avec très peu de chances d'être dérangés ? On pourrait finir ce qu'on avait commencé ce matin...

— Désolé... je peux pas.

— Pourquoi ?

— Je peux pas quand je suis comme ça... Quand je me déteste moi-même... »

Prompto fronça les sourcils, hésita à dire ce qu'il allait dire, puis décida qu'il voulait continuer à avoir la relation parfaitement honnête qu'il avait toujours entretenu avec Noctis.

« Ça t'a pas gêné à l'époque, avec Ignis », dit-il.

Le prince se raidit imperceptiblement, et mit un certain temps à répondre.

« Lui aussi, il se haïssait lui-même. » Puis, après un silence : « Par ma faute, d'ailleurs.

— Tu es tellement injuste avec toi-même, j'avoue que ça me dépasse. »

Noctis eut un rire sans joie.

« Évidemment, que ça te dépasse. Je t'avais prévenu qu'il valait mieux pas m'approcher.

— Arrête avec ça. Je vais très bien. Je te le répéterai autant de fois que nécessaire. Tu m'auras pas à l'usure, Noct.

— C'est ce qu'on verra.

— On verra rien du tout, parce que je vais t'aider à te sortir de là.

— Bon courage avec ça...

— Noct, j'ai peut-être peur des dragons et des films d'horreur, mais j'ai pas peur de toi. Ni de nous.

— Alors que moi, c'est l'inverse...

— Super, comme ça, on se complète. Ou presque... Parce que je sais que tu mens, pour les films d'horreur.

— N'importe quoi !

— C'est ça... Compte sur moi pour bien t'observer pour le prochain. J'ai déjà ma petite idée... Et cette fois, je te garantis que tu vas crever de trouille.

— Si moi, je crève de trouille, ça veut dire que toi, tu vas t'évanouir ?

— Sans doute... marmonna Prompto.

— Ah ! Hâte de voir ça...

— Sadique...

— Tu l'as mérité, à force de remettre en question tout ce que je raconte !

— Faut bien que je le fasse, vu que tu racontes que des conneries.

— Nan mais je rêve ! Pourquoi y a jamais personne qui me respecte ?!

— Parce que t'es un petit con, comme dirait Gladio.

— Humpf...

— Et pour cette fille... Elle m'intéresse pas, Noct.

— Vraiment ?

— Vraiment. Tu peux rayer ça de ta longue liste d'inquiétudes.

— Ok... »

Il y eut une pause. Prompto s'agita, puis déclara :

« Je parie que tu sais ce que je vais dire maintenant.

— Tu te gèles les couilles.

— Tout juste !

— Ok... On rentre. »

En revenant, ils trouvèrent Iris et Gladio assis sur les marches devant la maison. En les voyant, Iris se leva et regarda Noctis d'un drôle d'air, juste avant de lui adresser un sourire rayonnant.

« La vue est belle de là-haut, pas vrai ?

— Oui, surtout par les nuits claires comme celle-ci... »

Elle s'approcha et le prit par la main.

« Viens, j'ai quelque chose à te montrer.

— Ok... »

Et elle l'entraîna à l'intérieur de la maison.

« Ça va, Gladio ? demanda Prompto à son ami. Me dis pas que tu déprimes, toi aussi !

— Nan, ça va... Je suis juste crevé. Tu verras quand t'auras 30 ans, la gueule de bois, c'est pas la même chose qu'à 17 ans... »

Prompto rigola.

« Si tu le dis...

— Noct m'inquiète quand il est comme ça. Tu crois que ça va aller ?

— Ouais, ça lui passera. Je pense pas que t'aies à t'en faire plus que ça. Il a besoin de temps.

— Tu me connais, moi et la patience...

— Je sais, je sais... Mais en tout cas, t'inquiète pas. Allez viens, on rentre. Je suis sûr qu'Ignis a besoin de notre aide... »

À cela, Gladio s'esclaffa.

« Pas faux... »

En fait, il n'avait pas tellement besoin qu'on le tire des griffes des jeunes filles en fleurs. Il avait réussi à en fasciner quelques-unes en leur apprenant à faire des cocktails – sans alcool, bien entendu. Sourire aux lèvres, Gladio le regarda mélanger les ingrédients avec la dextérité d'un barman accompli, expliquant de sa voix douce et modulée tous les trucs et astuces pour réussir le cocktail parfait. Il s'approcha.

« Iggy, tu m'en fais un ? demanda-t-il en lui assénant une claque sur l'épaule. Et avec du vrai whisky, s'il te plaît ! »

Ignis le regarda par en-dessous d'un air légèrement désapprobateur.

« Comme tu veux... »

L'arrivée de Gladio provoqua une certaine confusion, et plusieurs jeunes filles se mirent à lui parler en même temps.

« Oulà, pas toutes à la fois, mesdemoiselles. » Il prit le cocktail que lui tendait et Ignis et prit le temps de le siroter. « Je ne suis pas une star, vous savez », ajouta-t-il, aussitôt contredit par la majorité des adolescentes.

Ignis leva discrètement les yeux au ciel et termina son propre cocktail, auquel il ajouta une dose significative de vodka.

VI

Pendant ce temps, Iris avait entraîné Noctis à l'étage. Elle le conduisit dans sa chambre, qu'elle partageait avec deux de ses copines. Elle lui fit signe de s'asseoir sur son lit et fouilla son sac à dos. Elle en sortit un petit paquet qu'elle lui tendit, les yeux brillants.

« Tiens, c'est pour toi. Je me suis dit qu'on se croiserait peut-être pendant les vacances, alors j'ai emporté avec moi ton cadeau d'anniversaire...

— C'est gentil, Iris... Fallait pas...

— Mais si ! Allez, ouvre ! »

Il s'exécuta et découvrit un artwork de l'un de ses mangas préférés.

« C'est moi qui l'ai fait, annonça Iris avec une fierté évidente.

— C'est vrai ?! Wow, je savais pas que tu dessinais aussi bien... »

Elle en rougit de plaisir.

« Merci... Tu l'aimes ?

— C'est super beau, Iris. Merci beaucoup...

— Mais de rien ! »

Elle le regarda en se mordillant la lèvre, puis se lança.

« Tu sais, Noctis, Gladio m'a tout dit... À propos de ces deux mois où tu as disparu de la circulation. »

Il pâlit.

« Je voulais juste te dire que j'étais là si t'avais envie de parler. Gladio n'est pas entré dans les détails alors je ne connais que les faits. Mais si tu veux m'en dire plus... Voilà. Tu peux tout me dire. Après tout... » Elle eut un petit rire. « Quand on était enfants, tu venais toujours à mon secours quand je faisais des bêtises, alors c'est un peu mon tour de t'aider... »

Il sourit, se remémorant ces fois où il avait couvert Iris, et parfois même pris le blâme pour la protéger.

« J'apprécie, Iris. C'est un peu compliqué... »

Il hésita. Il ne voulait pas la mettre à l'écart, mais c'était difficile d'évoquer des sujets aussi personnels avec elle.

« J'ai... j'ai eu une drôle d'année. Beaucoup de pression. Tu t'en doutes sûrement, mais les gens attendent beaucoup de moi, étant donné que je suis l'héritier du trône... Et il y a certaines choses... que je ne me sens pas capable de faire.

— Je comprends, tu sais. Moi, je n'aimerais pas être à ta place. Ni à celle de mon grand-frère, d'ailleurs. C'est dur, quand on doit quelque chose à quelqu'un. Et toi, tu dois quelque chose à tout le royaume...

— Exactement... murmura-t-il.

— Mais tu n'as pas à le faire tout seul. T'as vu ton père ? Il est toujours avec le mien, pour commencer. Et il a toujours des conseillers et des amis, et sa famille près de lui... Toi, c'est pareil, non ?

— Si...

— Je sais bien que je comprends pas tout ce que ça implique, d'être toi... Mais je me dis que si tu es là à me parler aujourd'hui, si tu as eu la force de... Si tu as eu la force de survivre, alors il n'y a rien qui puisse être plus difficile que ça, et donc tu disposes déjà de toute la force nécessaire, pour n'importe quoi. »

Il la regarda, saisi. Il n'avait jamais considéré les choses sous cet angle-là. Et c'était la première fois que quelqu'un évoquait directement ce qu'il avait trouvé le plus difficile dans toute l'histoire : ce qu'il lui en avait coûté pour survivre...

« Tu... Tu as peut-être raison, Iris. Je n'y avais pas pensé comme ça.

— Ah ! Ça doit être l'un des trucs que Gladio appelle mes 'éclairs de génie' », rigola-t-elle.

Il sourit.

« Ouais, ça doit être ça... Merci pour ce que tu as dit, Iris. Ça compte beaucoup pour moi.

— C'est juste ce que je pense. On redescend ?

— D'accord...

— Et t'inquiète, je veillerai à ce que mes copines t'embêtent pas trop.

— Mais...

— Ça va, pas la peine de faire semblant. Je te connais : les gens que tu connais pas ont tendance à te mettre mal à l'aise... »

Il rougit, confus.

« Tu vois ?! Allez, viens. Tout ira bien », ajouta-t-elle en lui pressant légèrement la main.

Il acquiesça et lui rendit son sourire.

VII

Le reste de la soirée se passa sans accrocs, et quand Iris et ses copines partirent se coucher – ou plutôt débriefer la soirée loin des oreilles masculines – les quatre amis se retrouvèrent seuls dans le calme retrouvé du séjour.

« Iris a beaucoup grandi, commenta Ignis.

— N'est-ce pas ? Je trouve ça effrayant de voir comme elle pousse... Elle va bientôt m'annoncer qu'elle a trouvé un copain... Bon sang...

— Inutile de t'inquiéter d'avance, Gladio.

— T'as pas de petite sœur, toi, tu sais pas comment c'est...

— Non, mais je suis sûre que tu sauras te montrer... raisonnable. »

Intrigué par le ton de sa voix, Gladio se tourna pour observer son ami. Il affichait un sourire en coin parfaitement sarcastique.

« Depuis quand tu te fiches de moi comme ça, toi ? »

Ignis se contenta de secouer la tête et sirota son verre d'un air paisible.

Gladio grogna sa désapprobation, puis ramassa un journal daté de la veille qu'il montra à Noctis :

« Je suis tombé là-dessus, tout à l'heure. Regarde en page deux. »

Le prince s'exécuta. On y relatait une série d'incidents étranges autour de vieilles ruines non loin du lac Vesper. Des chasseurs et des pêcheurs n'avaient plus donné signe de vie depuis plusieurs jours, et la rumeur faisait état d'apparition spectrales, d'autres d'animaux étranges.

« Moi, ça m'intrigue, continua le bouclier du roi. Alors si tu veux repousser ton séjour pêche, on pourrait aller jeter un œil.

— Pourquoi pas, dit Noctis. On est pas pressés, et de toute façon, y a de bons coins de pêche là-bas aussi... Ignis, Prompto, vous en pensez quoi ?

— Euh... ça a l'air dangereux, dit Prompto.

— Si les gens disparaissent, on ferait mieux d'aller voir, déclara Ignis.

— Ok, alors c'est décidé. On y va.

— Donc on s'en fout de mon avis ?! protesta le photographe.

— Ben... C'est-à-dire que d'après toi, la majorité des trucs qu'on pourrait faire, ça aurait 'l'air dangereux', alors... C'est plus très pertinent, comme avis !

— Hein ?!

— Noct n'a pas tort », rigola Gladio.

Prompto chercha de l'aide auprès d'Ignis, mais celui-ci se contenta de sourire.

« Bon, ça va, j'ai compris... » grommela-t-il d'un ton boudeur.

Sur ce, ils décidèrent d'aller se coucher. Un long trajet les attendait le lendemain...