Bonne-soir ! Ou Bonne-jour ! Ou encore…

*SBAF* Nnoitra : TOI COUCHE ! ET TOI BONNE-NUIT !

Mais…mais…

Haha, vous doutiez de moi… ? Vous aviez raison. Mais je vous l'ai dis : cette histoire est terminée ! Alors me voici, deux semaines plus tard, et bon sang ce que je suis heureuse d'arriver à tenir ce délai ! :')

Je tenais à vous remercier tous, de l'accueil particulièrement chaleureux que le dernier chapitre a reçu malgré mes déboires temporels : vous êtes géniaux !

On avance, petits pas par petits pas vers la…La deuxième partie du chapitre 13 bouge beaucoup plus. Et pour la dernière partie à venir, je ne dirais qu'une chose : préparez vos mouchoirs !


Mes plus chaleureux, galactiques et alphabétiques remerciements à

amuto67100

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Agrond

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aangel-21

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Gilmei

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Koba 54

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Naelye

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Petite00

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Sylialith

Je bois moult fois à votre santé, force de vins doux comme le miel, ainsi que liqueurs sur liqueurs!

Ainsi qu'à vous, qui suivez la fiction, l'ajoutez en alert's/fav's


Résumé des épisodes précédents :

Ocha Yume est une Shinigami de la première division, sans zanpakuto, ni pouvoirs particuliers. Sur les ordres du Capitaine Commandant, elle s'est vue nommée « secrétaire » au sein d'une patrouille, dirigée par le Vice-Capitaine de la treizième –Kaien Shiba- et du troisième siège de la première division, la parfaite et pulpeuse Magsu Aozora –avec qui elle entretient des rapports assez conflictuels.

L'expédition tournant au vinaigre suite à l'attaque d'une mystérieuse organisation –l'A.C.N.E-, Ocha se retrouve à devoir coopérer avec un chat parlant –Yoruichi- et son scientifique d'ami –Kisuke- qui semblent cacher pas mal de chose. Ocha a d'ailleurs conclut un pacte avec le scientifique, aux termes duquel elle doit récupérer un objet très important, détenu par un garçon du nom de Jinta, quelque part dans le monde des esprits. De fil en aiguille, elle sera amenée à constituer autour d'elle une drôle d'équipe, avec notamment deux garçons de la patrouille initiale, Ha Hakusho, sympathique –si on omet son obsession inquiétante pour les animaux-, et Ichijiku Kaju –avec qui il semble y avoir un houleux passé commun.

Après un bref passage au Manoir Shiba, où ils ont pu en apprendre plus sur leur mission et sur Yoruichi, constater en passant que la famille de Kaien est bien à son image (cinglée), décision est faite de se lancer à la poursuite de Jinta afin de mettre la main les premiers sur le précieux bien en sa possession. Promenade de santé a priori, sauf que leur destination n'est autre que le sinistre et inquiétant dernier district...le Zaraki.

Après qu'un charmant quoique sanguinaire pitit lapin ait rejoint l'équipé (et contribué à sonner l'alerte en passant), le groupe est enfin confronté à l'ACNE, menée par Magsu. Cette dernière prend Ocha à partit, et le combat s'engage enfin entre les deux antagonistes. Ocha en profite pour révéler la faille notable dans le pouvoir de la blonde, ce que cette dernière est loin d'apprécier, bien qu'elle n'en soit pas moins déterminée à en finir avec sa meilleure ennemie, plus si sans défense que ça armée d'un redoutable...couteau de cuisine.

A l'issue d'un combat particulièrement…indéfinissable, Yume finit par mettre Magsu en déroute, signifiant bien le nouveau rapport de force qui s'est installé. Pourtant, si tout se passe pour le mieux pour elle,au loin, les recherches pour récupérer le Hogyoku se poursuivent, et la situation se corse pour Kaien et Yoruichi.

Une arrivée d'hollow d'un genre spécial, entraine Hakusho et Jinta dans un combat contre Ylforte Grantz, laissant Shiba aux prises avec Dordoni, Yoruichi protégeant le Hogyoku. Un pic de tension était en train d'être atteint, lorsque le Capitaine Ichimaru fit brusquement irruption pour séparer Grantz du jeune Ha, en profitant pour barrer d'une croix la vie de ce dernier.

Après la déroute de son adversaire, Yume et Kaju vont retrouver ce qui reste des membres de l'équipe de sauvetage Jinta-Ururu. La découverte de la mort d'Ha par Kaju est Yume est un choc, mais qui a surtout pour effet de les déterminer plus que jamais à se débarasser de Maggy une fois pour toutes. Pendant ce temps, les intérêts d'Aizen semblent compromis, et une étrange affaire relative à des archives semble préoccuper toute une série de personnalités du Seireitei, de façon surprenante…


CHAPITRE 13

PARTIE 2 de 3

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YUME

-Promenons-nous dans les bois…

-…tant que Magsu n'y est pas…

-…si Maggy y était…

-…elle nous changerais en gâteaux arc-en-ciel fourrés à la crème de bisounours, garnis de paillettes et apportés sur le dos d'une licorne enchantée, elle-même à dos d'un poney enchanté, fredonnant la bande originale de Starla (1).

-C'est vilain de griller la priorité à son supérieur. Je crois même que ça mérite un blâme.

-Genre. Parce que l'improvisation – si tant est qu'on puisse admettre qu'une improvisation dont le but est justement d'être inattendue puisse être planifiée- à venir était stricto sensu conforme à celle que je viens de faire.

-Il ne manque pas une virgule.

-…

Aargh ! Scorgneugneu et saperlipopette !

-Mais…mais…

-Hmmm ?

-C'est impossible. IM-PO-SSI-BLE d'être autant de mauvaise foi !

-C'est le Capitaine Kyoraku qui se moque de l'alcoolique ! S'esclaffe le vice-capitaine. Tu as trouvé ton Maître en la matière, c'est tout. Admets-le, et prosterne-toi à mes pieds.

-Je préfère me légumifier vivante.

-Je suis sûre que Maggy arrangera ça pour toi.

Un quart d'heure de marche. Tant de minutes pour en arriver à la conclusion suivante : ce type est…

Je n'ai pas de mots. Aucun terme ne me vient à l'esprit pour le décrire. C'est un point d'interrogation, et un point d'exclamation tout à la fois. Plus il parle, moins j'arrive à le cerner. Sa démarche émane une grande force, son regard est aux aguets, pourtant le reste de son corps, de la moue stupide au balancement de bras nonchalant, traduit une distraction extrême. Quant à la conversation, elle ne laisse filtrer que des absurdités…teintées de sagesse.

Et je suis sensée danser sur quel pied avec ce type, moi ?

Sur celui sans épines.

Mauvaise réponse. Si je devais comptabiliser le nombre de ronces qui se sont fichées dans mon épiderme depuis deux semaines environs, alors ave ma verdure naturelle et abondante je serais tout à fait apte et justifiée à me convertir dans la décoration, ambiance cactus, chez Joyeux Jardin.

C'est pas gai ?

C'est un homonyme- et pas un homo Nîmes.

En tout cas, cette carrière de cactus serait toujours moins risquée que celle de personnage raté que j'ai entreprise, à l'insu de mon plein gré. Comment me sens-je, au moment de retourner au combat ?

Je ne sais pas, dans un certain flou artistique si je puis dire. Ha est mort, et j'ai l'impression que je ne le réaliserai pas pleinement tant que Magsu sera en vie. Mon sentiment est que, pour une fois, je fais ce qu'il faut faire, au bon moment, pour la bonne raison. Est-ce que c'est ça, agir en accord avec soi-même ? Quelle est cette confiance, cette certitude, force intérieure inébranlable quand je me rends compte que pour la première fois de ma vie, je vais faire quelque chose, non pas parce qu'on m'y a contrainte, mais parce que je l'ai décidé.

Venger Ha, me venger de Maggy. Pour moi. Pas pour mon père, la noble fierté brisée de ma mère, le capitaine Commandant, un beignet aux crevettes, le petit vieux larmoyant sans abri, le type louche aux ghettas, ou un regard vert lancé du coin de l'œil.

Si je n'ai pas vécu pour moi, au moins je revendique le privilège de choisir moi-même ma fin.

Est-ce que ça suffit à me rendre ma dignité, Dieu de la Déveine ?

Il ne prit pas la peine de répondre.

Pas encore.

Mais bientôt.


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AIZEN

-C'est très contrariant.

La voix de Sousuke était basse, rauque. Son visage était à moitié dissimulé dans la pénombre, tandis que la partie visible, frappée de plein fouet par la lueur blanche de la lampe de bureau, était trop brillante, et Gin n'en voyait qu'une tâche, formant un étrange contraste de blanc et de noir.

Il émit un petit sifflement, et comme un animal bien dressé, son sourire rampa jusqu'aux commissures de ses lèvres. Sousuke ne montrerait pas sa colère, ni son agacement à cette raillerie silencieuse. Il ne le montrerait pas, car derrière le léger tissu de la porte coulissante, Momo finissait de remplir de la paperasse en chantonnant. Gin était donc sûr qu'il n'élèverait ni la voix, ni le reiatsu.

Sousuke savait se contrôler et maîtriser son apparence. Mais Aizen n'était jamais bien loin, et c'était lui qui était en train d'émerger de l'ombre dans le mur.

Agité, le Capitaine de la cinquième division se leva. Ichimaru pu enfin distinguer nettement le visage de son collègue, tandis qu'il se mettrait à sa hauteur.

Il avait mauvaise mine. Il était préoccupait, on pouvait le déduire à son teint terne, à sa mine fripée, à ses yeux tirés, à ses mèches ébouriffées : le comploteur filait un mauvais coton. La raison était évidente.

-Magsu Aozora.

Il avait murmuré le nom, prenant soin de détacher chacune des six syllabes.

-Qui eût cru qu'elle échouerait ? L'appât était parfait pourtant…

Aizen renvoya au serpent un regard acéré, qui avait perdu toute trace de préoccupation.

-Elle n'a pas encore échoué. Il lui reste une dernière carte….si Kurotsuchi veut bien s'en donner la peine. Le connaissant, il tentera sa chance. Et si elle réussit (comme je m'y attends), j'irais personnellement l'intercepter, au nom de sa « trahison envers le Gotei ».

-Et si elle ne réussit pas ? Si finalement, c'était cette petite boule de mousse qui parvenait à la mettre en échec ?

Sousuke considéra un moment le visage sérieux de Gin. Son expression passa d'une franche incrédulité, à l'hilarité. Et quel rire c'était ! La voix grave envoyait des vibrations chaleureuses à travers toute la pièce, répandant une sève maronnée de notes rassurantes, protectrices, humaines. Le reiatsu d'Hinamori se détendit manifestement, elle surprit un sourire de contentement à flotter sur ses petites lèvres.

L'autre homme eut l'impression qu'on lui vidait un seau d'eau glacée dans les entrailles. Néanmoins, il se força à rester impassible, attendant qu'Aizen soit calmé. Ce dernier, visiblement très amusé, lui envoya un regard railleur.

-Il y a deux catégories d'individus, Gin. Les forts. Et les faibles. Point.

Points de suspension dans l'atmosphère.

-Ai-je vraiment besoin de désigner à quelle catégorie appartiennent respectivement l'expérience numéro 85 081 et le dossier numéro 18 058 ?

-Ocha Yume a tenu tête à Ylforte.

Aizen eut un sourire franc, déployant des dents éclatantes de santé. Cette fois-ci, Gin attendit : il savait mieux faire que de continuer à provoquer Aizen. Bien faire le distinguo : le Roi ne souriait jamais il montrait les dents.

-Pour une belle création qu'il soit, Ylforte doit être prit pour ce qu'il est : un damier sur mon échiquier. Même pas assez important pour en faire un pion. Dois-je te rappeler quand et comment Ocha Yume s'est retrouvé là ? Elle est insignifiante, elle je ne la comptabiliserais même pas comme un vulgaire grain de poussière sur mon jeu.

L'écart de pouvoir entre les deux était –effectivement- infini, songea Kaname, revenu depuis peu, et pas encore intervenu jusque là. Tout de même…il n'enjoindrait jamais à l'imprudence.

-Aizen-sama…prononça-t-il lentement. C'est un esprit des plus médiocres. C'est bien pourquoi je recommanderais la plus grande vigilance. Qui peut prévoir, surtout vous aux capacités surnaturelles, comment agit et réagit un être aussi petit ?

-Je vais te le dire, Tôsen, répondit tranquillement Sousuke, prêt à allumer la bouilloire pour un thé maintenant qu'il se sentait d'humeur, on ne prévoit pas. Une chose aussi insignifiante…à côté de Magsu, à côté de toi, ou à côté de moi, n'existe même pas.

Il disposa six tasses, en prévoyance des invités à venir.

-Dis-moi, Kaname, comment as-tu décidé de traiter Dordoni ?

L'expression de l'aveugle se fit grave.

-Justice a été faite. En votre nom, Aizen-sama.

Justice…

Il sembla à Gin voir le mot s'envoler par la fenêtre et, lentement, devenir bruine d'ombre dans l'air de la nuit.


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CAPITAINE COMMANDANT

Genryusai Shigekuni Yamamoto soupira. Lorsqu'il posa sa tasse de thé, il soupira à nouveau.

Aujourd'hui pourtant avait été une journée comme les autres. Plutôt heureuse, même. L'administration fonctionnait bien, en dépit de la période extraordinaire qu'il avait décrété dès les premières lueurs du jour.

Cette journée, qui avait commencée avec les pâles rayons du soleil, se finirait également avec lui. Au vu de l'état des comptes qui lui étaient rendus concernant, Seireitei, Rukongai et monde des Vivants, il avait fait le choix de déclarer que ce 28 mai ferait office de « Jour le plus long ».

Le « Jour le plus long » était une pratique aussi vieille que la Soul Society. Cela consistait, pour le chef des armées, avec l'accord du Central 46, à faire en sorte que tous les bureaux et effectifs soient mobilisés pour une durée totale de 24 heures.

Ce Jour comprenait également une « Nuit la plus longue ». Par conséquent, ni lui, ni aucun Capitaine, n'irait dormir ce soir là. Le jour suivant serait chômé pour la plupart des Shinigamis- à l'exception d'irréductibles, il ne se souvenait pas qu'aucun Capitaine ou Vice-Capitaine ait jamais manqué une seule journée pour une telle raison-, le minimum d'effectif assurera la sécurité et les missions sur Terre. Les autres reprendraient leurs forces. Et la vie reprendrait son rythme…Les jeunes garçons iraient de nouveau se faire éconduire par les jeunes filles, qui soupireraient à leur tour.

Pour l'heure, les choses allaient bien : la production ayant été doublée, il n'avait à déplorer aucun désordre qui ne fût instantanément maîtrisé. La cinquième division par une gestion miraculeuse, dont il attribuait à Aizen tout le mérite, était allée au renfort administratif des autres divisions.

Il se permit un petit sirotement guilleret.

En plus, le nouveau nœud de velours violet couvrant sa barbe mettait particulièrement en valeur son éclat argenté.

Et pourtant, il ne pouvait empêcher une sombre inquiétude de venir systématiquement lui alourdir les pensées.

Chojiro, à genoux à côté de lui, remplissait des papiers. Son calme de façade était démenti par les tremblements de son reiatsu : on avait demandé à ce que, en sa qualité d'officier, il allât à la morgue pour procéder à l'identification du corps fraîchement arrivé de Genhairo Okikiba.

Il appartenait à la treizième division, mais il était le petit frère de son quatrième siège. Il n'avait fait aucun commentaire, ni en partant, ni à son retour. En revanche, Yamamoto lui avait sous-entendu qu'il se pourrait qu'il embrase lui-même le bûcher qui devait le faire retourner à son état originel.

La lueur de reconnaissance dans les yeux de son plus fidèle comparse l'avait un peu rassuré.

Regrettait-il la mort de ce soldat ? Non. Il n'avait éprouvé ni regret, ni remords, même après avoir vu le visage livide son grand frère, qui allait et venait régulièrement dans le bureau.

Tout au plus, aurait-il pu avoir un frisson, si le corps lui avait été présenté. Mais pas par rapport à la vie du Shinigami. C'est l'image fragile et froide qu'il nous renvoie de nous-mêmes, qui rend la vision d'un corps insupportable. Parce qu'il nous ramène à notre propre finitude, à notre état de cadavre en sursis.

Le genre humain est profondément égoïste. Il eut un souvenir, puis deux. Il se permit un moment, à l'insu de tous de n'être, l'espace de quelques secondes, qu'un vieil homme usé par les batailles.

En contre-plongée, Sasakibe guettait du coin de l'œil le moindre changement dans l'expression de son chef. Le visage ridé, vénérable, il reconnaissait l'homme qu'il suivrait jusqu'à sa mort. Parfois, quand la lumière déposait sur lui un éclat blanchâtre luisant, l'auréolant de sainteté, il peinait à ne pas se référer à lui comme à Dieu. Son Dieu profane, à qui il pardonnait tout. Même les destructions qu'il provoquait, par calcul intéressé, et dont il essuyait inlassablement le sang de ses mains.

Ses yeux revinrent à son formulaire, vague problème administratif, question bassement terrestre.

Mais qui l'intriguait.

Un rapport quotidien, en provenance du vieux Maki assigné depuis des temps immémoriaux aux archives. Sur la fiche, figuraient les diverses actions ayant marqué sa journée. Les emprunts, consultations personnelles, visites de notables, conférences d'intellectuels, ventes de biscuits…et une visite conjointe des Capitaines de la huitième et de la treizième division.

Son œil de faucon observa, critique, les dossiers consultés. Un seul, en fait, numéroté 18 058. Un parmi des milliers, mais unique pour le Capitaine Commandant.

Sasakibe se leva, et s'inclina poliment.

-Formalité administrative, analysa Genryusai, sans même lever les yeux.

-Oui, Taicho. Aux archives, je n'en aurais pas pour longtemps.

A peine Yama-ji avait-il acquiescé que le lieutenant avait disparu.

Sans fermer la porte derrière lui.

Yamamoto observa un moment cette pensée, puis se rabroua, s'interrogeant sur l'importance aussi subite qu'inutile qu'avait momentanément et incompréhensiblement causé ce détail.


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HACHIMITSU

Tic…Tac…Tic…Tac…Tic…

-« Le tic-tac des horologes. On dirait des souris qui grignotent le temps ».

La citation avait surgit, si fort à propos dans le livre qu'Hachi était en train de lire, qu'il n'avait pas pu s'empêcher de faire partager sa découverte à haute voix.

L'atmosphère était particulièrement détendue, malgré la frénésie extérieure de cette « Nuit la plus longue », pour laquelle ils avaient tous deux décidés également de veiller. Des clients impromptus surgissaient toujours en ces occasions, et Hachi n'aimait pas devoir quitter le chaud cocon de ses couettes pour négocier sur quelques chiffres usés.

Mais en attendant, il ne ménageait pas son confort. Installé dans un haut et profond fauteuil de velours une boîte de confiseries à moitié entamée posée en équilibre instable sur l'un des bras de sa chaire. Son épouse était agenouillée à côté de la table basse, vêtue d'un kimono molletonné, aux amples manches, d'un parme délicat qui soulignait les reflets bleu sombres de ses yeux. Comme d'habitude, elle passait derrière lui pour vérifier l'exactitude des comptes, s'assurer que tout était bien en ordre.

Hachi devait reconnaître que sa bonhommie lui valait parfois d'être un peu tête en l'air : il manquait de rigueur, oubliait des formalités. En cela, sa femme le complétait parfaitement. De son courtois tempérament d'acier, elle triait avec une sévérité quasi-militaire les papiers, le reprenant parfois sur une erreur particulièrement grossière qu'il aurait commise avec un doux sourire.

Il fut traversé d'un élan d'affection. Leur vie aurait pu être parfaite.

-Mitsu-kun ?

-Mmh ?

-Tu as eu un rendez-vous avec Kuchiki-sama ? Mais tu n'as pas précisé la teneur de la commande…imagine que nous manquions la livraison, offensant ainsi cette grande et puissante famille, nous conduisant à la ruine, au désespoir et à la solitude, livrés à nous-mêmes dans les quartiers les plus nus du Rukongai ?

Son rire charmant tinta.

-Quel gâchis.

Et elle étira son gracieux sourire. Il ne put s'empêcher de rire à son tour.

-En vérité, la commande n'est pas encore fixée. Kuchiki m'a fit part d'une requête…particulière. Je dois le revoir sous peu, il me précisera les modalités.

Son sourire solaire eut pour effet de rasséréner son épouse, qui ne chercha pas à l'interroger plus longuement. Elle se replongea dans les comptes. Son regard admiratif s'attarda un instant encore sur elle. Puis, sur le panorama de son salon, en général : grand, décoré d'une bourgeoisie cossue et élégante. Tout y était pensé dans une optique de confort raffiné, de cocon accueillant. Tables en bois précieux, canapés moelleux, coussins délicatement brodés, tapis feutrés, larges baies transparents donnant vue sur un jardin à la luxuriante floraison…

Son regard flâna encore un peu, maintenant qu'il était distrait de sa lecture. Il voyait sur les murs, des estampes et des aquarelles peintes par une artiste renommée d'une nom de Giru Mey, qu'Amamizu et son goût fin changeaient régulièrement. Quelques calligraphies de sa main, également. Ça et là des photos étaient tolérées, dont une de sa défunte belle-mère, dont le souvenir le plus affectueux qu'il ait eut d'elle fut celui de son enterrement.

Attiré comme un amant aimant, son regard se reposa sur Ma'. Mais il était changé, la tendresse avait fait place à l'amertume. Quand comprendrait-elle? Annihiler toute présence physique son enfant ne l'effacerait pas.

Il se replongea dans son livre, maussade, conscient de la responsabilité de cet échec partagé.


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YUME

-Je pensais en avoir fini à vie avec le camping.

-Quand il n'y en a plus…il n'y en a plus.

Kaien avait prononcé ces mots solennellement, sourcils froncés, bras croisés sur le torse.

Ouais, il se fout de ma gueule. Je lui renvoie l'œillade blasée, semi-méprisante. Et évidemment, il éclate de rire. Je me retiens pour ne pas éclater en sanglots. Ce choix de compagnon d'aventure est-il vraiment pertinent ? Plus ça va, plus je le sens plus dérangé que moi.

Soupirant, je m'affale sans retenue sur le petit amas de feuilles et de mousses, qui sera mon seul duvet pour la nuit. Ben ouais.

Quoi ? Ecoutez, je sais qu'il est de coutume de faire fonctionner le deus ex machina à fond de blinde, ce qui nous donnerait la possibilité de coucher dans de vraies tentes, avec de préférence, un vrai repas et des vêtements de rechange. Mais en l'occurrence, soyons réalistes, et dites mois où exactement je puis trouver ces dits éléments au fin fond d'une forêt dangereusement limitrophe avec le Zaraki ?

J'avoue, être sorti de ce district n'est pas si mal que ça. Prions pour ne pas tomber de Charybde en Scylla.

Sans dec', ce serait trop facile, si je partais à la recherche d'une tueuse en puissance, en forme et bien équipée. Trop facile, et pas drôle en plus.

Pour vous donnez une idée de l'état général des lieux, je ne citerais qu'un seul fait : mon vice-capitaine ici présent, n'a même pas de chaussettes pour passer cette foutue nuit à la semi belle étoile. Alors foutez-moi la paix, et laissez-moi profiter de ce petit abri improvisé sous lequel je suis étendue. C'est toujours mieux que rien.

Même si c'est plus près du rien que du mieux.

Merci.

De rien.

Voilà le topo un peu de bois, un peu de boue, des feuilles sèches et autres trucs forestiers, et tadaaah ! Posez le tout sur les branches en fourche d'un grand arbre, et vous avez une cabane digne de gamins de l'école primaire improvisés aventuriers de la nuit.

Et non, je n'irais pas grimper dans cet arbre pour dormir, vous imaginez le truc ? Tel un vermisseau verdoyant, je me cantonne à la terre, riche, molle, odorante, et surtout plate.

Au moins, nos derrières de soldats délicats seront protégés en cas d'humidité intempestive, puisqu'il pleut toujours dans les moments les plus dramatiques d'une histoire.

Enfin, tout n'est pas perdu. L'un de nous au moins est un vrai combattant. Une série de petits orbes bleutés flotte sous ce toit inégal, et diffuse une chaleur plus ronflante qu'un feu. Je dois avouer que ça a son petit côté rassurant. Les choses pourraient, après tout, être encore pires qu'elles ne le sont déjà.

Je m'enfonçais dans des pensées plus sarcastiques les unes que les autres, mais elles furent interrompues. Mon autoproclamé diable-gardien revenait de la…cueillette de champignons ?

-On m'a dit que tu savais cuisiner ?

-Je comprends mieux votre présence maintenant. Pourquoi retourner au réfectoire du Sereitei quand on a avec soi une innocence main d'œuvre à exploiter ?

-Ha, ha, parole de petit Shinigami ! Tu n'as jamais mis les pieds dans la cafétéria des gradés, la nourriture y est un déliiiiiceee…

A l'évocation de toute cette bonne chère, mon estomac gargouille logiquement. O torture suprême que la vision imaginaire de ce repas jamais atteint…

Je me reprends.

-Qui vous a dit que je savais cuisiner ? Repris-je, curieuse malgré moi. Franchement, c'est si peu courant qu'on parle d'un truc que je sais faire. En général, on remarque surtout tout ce que je rate.

-Magsu.

Je le gratifiais de mon plus beau visage sceptique, sourcil levé VS sourcil plat. Il me renvoie un air intrigué.

-Elle parlait toujours de toi, je te signale.

-Je sais, c'est évident. Le troisième siège de la première division, chouchou du Commandant, obnubilé par la gardienne de porte. On dirait un téléfilm du dimanche après-midi.

Je me lève, agacée malgré moi. Magsu, Magsu, Magsu…comment pouvait-on parler normalement d'elle, comme si de rien n'était, comme si le fait qu'elle soit quelqu'un comme on dit, expliquait tout. Ses actions extraordinaires et la série de meurtres sanglants qu'elle a générés.

Je me lève.

-Où tu vas ? interroge le benêt, fort à propos.

-Chercher un vrai truc à manger. Ces champignons sont vénéneux.

Kaien considère un instant, main autour du pied, l'autre sur le menton, le chapeau rouge à pois blanc à l'air pourtant gouleyant malgré la menace de mort culinaire qu'il promettait.

Il a vraiment l'air stupide, ne pus-je m'empêcher de noter. Je roule les yeux et soupire ostensiblement. Tranquillement, je me penchais pour récupérer ma besace, et sentit le bondissement de Rex emboîter mon pas maladroit.

Le gradé me regarda partir, avec un air gentillet.

Je ne me retournais pas, occupée à analyser l'environnement alentour, histoire de me repérer pour faire le chemin en sens inverse.

Ce lieutenant est un véritable crétin. Il a constamment l'air bête, et c'est terrible. Lui arrive-t-il d'avoir des moments de lucidité autres que lorsque sa vie est en jeu ? Prend-t-il un seul aspect de la vie au sérieux ?

Le lapin, hissé je-ne-sais-comment sur mon épaule, me grignote une mèche de cheveux. Toujours pas transformés en salade, eh non.

Désabusée, je partis en recherche de quelques victuailles susceptible de nous donner un peu de force avant le combat à venir, canif en main, bestiole sur les talons, un petit sourire sur les lèvres.


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YORUICHI

-Tu maîtrises déjà presque le shunpo à ton âge…c'est impressionnant. Ou très effrayant.

-…

-Tu sais, tu peux te détendre. Le lieu où je t'emmène est un peu…particulier, mais sans commune mesure avec la violence du Zaraki. Depuis combien d'années n'as-tu pas pu profiter d'une nuit de sommeil complète ?

-…

-Hmm ? Quoi ? Le chat a mangé ta langue ?

Yoruichi décocha un regard interloqué au petit garçon qui cheminait tant bien que mal à ses côtés. Il se débrouillait plutôt bien, même si elle demeurait inégalable en matière de vitesse. Il sautait de branche en branche, sans se servir de l'équilibre de ses bras puisqu'il portait Ururu dont il refusait de se séparer.

Elle le fixa, jusqu'à ce qu'il soit plus ou moins forcé de lui rendre un regard qu'elle ne lui connaissait pas encore : timide, presque gêné.

-Dites, Yoruichi-san…murmura-t-il, d'une voix à peine audible.

Le poids plume du corps sans vie sur les épaules de la Shihoin se fit de plomb.

Pourtant, ses préoccupations étaient étrangement loin du corps de Ha, qu'elle sentait pourtant glacé contre sa peau brûlante. Son regard revenait sans cesse à la petite fille, qui l'attirait comme une lueur attire la pupille d'un chat.

-Je t'écoute, Jinta ?

Il rougit.

-Vous ne…vous êtes sûre de ne pas vouloir vous couvrir un peu ?

Elle lui retourna un regard malicieux.

-Considères ça comme une première rétribution pour tes années de misère au Rukongai.

Il rougit de plus belle après un clin d'œil de sa part, que d'aucune jugerait outrancièrement suggestif pour un gamin aussi jeune. Ça lui arracha un presque sourire malgré lui. Kuukaku le trouverait chou. Et Kisuke lui permettrait de la garder près d'elle. Elle ne lui laissait pas le choix, de toute façon.

Enfin, elle se permit de ralentir la cadence. La cheminée de la maison Shiba se détachait plus visiblement sous la lumière sélène, et exhalait une étrange fumée verte, brillante. Yoruichi saisit le message immédiatement, et son impatience se fit avidité à la pensée que ce qu'elle trouverait à l'intérieur.

Il lui semblait déjà entendre le familier claquement de ghettas sur le bois.


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YUME

Lalalalalalalalala…

Mmmh ? Qui chantonne guillerettement pendant la cueillette des noisettes ? Déjà, ce ne sont pas des noisettes, pauvre inculte. Et puis, fredonner la marche funèbre en retournant à l'abri s'assimile a priori plutôt à un convoi macabre, loin de créer une atmosphère propice à la détente et à l'épanouissement de soi.

C'est très con, mais c'est normal. C'était le titre d'un de ces magazines de mégère que Maggy a-do-rait lire à l'Académie. Cette nana me sort par les yeux. Pensons à autre chose, comme par exemple, l'abominafreuse prochaine connerie que Kaien aura trouvé à faire pendant mon absence.

Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de toi, Ocha ?

Rémanences réminiscentielles. O toi, Déveine Divine, ou devrais-je plutôt dire, narrateur de bas plafond et ses suppôts aux sourires démoniques, ce ne serait pas normal vu l'enchainement catastrophique des évènements qu'une autre chose ne me tombe pas dessus avant que je ne sois arrivée. J'ai raison ?

CRRRÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂK

-J'avais raison, marmonnais-je, ventre contre terre, souffle coupé par un poids inconnu pressé sur mon dos.

Je pensais immédiatement à sonner l'alerte, pensant que Magsu était en train d'attaquer. Et puis j'ai vu mon agresseur. Et je vous jure que pendant un moment, mon visage a presque sourcillé.

-Incroyable. Moi qui ne glisse jamais, ma semelle a ripé sur une branche, à laquelle je donnerais le qualificatif d'impromptue.

-…

-Qui eut cru que ce serait à un moment pareil ? Je veux dire, de m'attendais à tomber dans l'herbe, mais dessus

-Hé !

-…enfin, je vais voir le bon côté des choses. Si je n'étais pas tombé, je n'aurais jamais eu aucune chance de vous retrouver, vu que le V-C planque trop bien son énergie, et que toi, ben…t'en n'a pas besoin.

-Desceeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeennnddd !

Je me tortille dans tous les sens, bougeant ma masse tel un cachalot empêtré dans un filet.

Kaju enfin, se lève, avec une rapidité que j'attribue à un coup passé trop près des parties. Il s'époussète et me regarde, l'air courroucé.

-Non mais j'hallucine.

-Pas la peine de faire ta moue de commère mijaurée minaudante, c'est moi qui ait la colonne vertébrale en miette !

-Nenni, je n'ai entendu aucun bruit autre que l'écho dans le vide de ton cerveau.

-Messire est trop bon, messire a trop d'esprit. Messire voit-il le rapport très prochain entre ma main et sa figure ? Quelle rencontre antinomique fructueuse cela va être !

Il lève les yeux au ciel et…marmonne. Ses cernes sont encore plus creusés que les miens. Il essaie d'avoir l'air détendu, mais ses traits sont crispés, sa nuque roide, et sa main collée à la garde de son katana dégainé.

Je clignais des yeux en me relevant. Rex vint me sauter sur l'épaule. Je le regardais faire, blasée. Froussard lâcheur, il avait filé aussitôt sa maîtresse au sol. C'est ça grignote le bout de ton oreille en lançant un regard adorable aux alentours. Personne n'y croit.

Qu'il est chouuuu….

Sauf le public. Mais c'est con, un public.

-Aïe !

Je glissais dans l'herbe en essayant de me remettre sur pied. La main libre de Kaju me rattrapa, et me campa fermement sur terre.

-C'est quoi, le plan ?

-Le…plan ?

Je le dévisage, sans chercher à dissimuler ma septicité. Qu'est-ce que cette grosse figue pensait exactement trouver, en venant ici ?

-Tu es parti pour venger Ha et tuer Magsu, non ?

-Ce qui revient à peu près au même.

-Alors ?

Je n'aime pas l'impatience dans sa voix, ni ce sourcil qui se fronce.

-Je vais mettre un terme à tout ça, oui. Je pensais que tu voudrais te charger de…protéger Yoruichi ?

Je sentais que ces mots étaient ridicules, qui plus est dans ma bouche.

-Drôle, mais moi aussi j'ai des comptes à régler avec la blonde.

Je ne peux retenir une exclamation méprisante.

-Ce n'est plus cette « chère troisième siège Maggy-chéri » avec des étoiles dans les yeux ?

Le Shinigami détourne le regard, range son épée et…me contourne sans chercher à répliquer plus avant.

-…Hé ? Ichijiku ? Tu vas où ? Tu ne sais même pas où on s'est planqués !

Je ne vis que son dos et son pas décidé. Décidé à quoi ? A mettre rapidement le plus de distance possible entre nous, certainement.

J'accusais l'air réprobateur de mon lapin-ausore. Quoi ? J'vais bien le droit à une petit pique, non. C'est à cause de leur foutu aveuglement collectif qu'on en est arrivé là ! A cause de ça et…

oOo

Silence.

Le souvenir d'une cabane insecte-tueuse une nuit passe en flash dans l'esprit de Yume. Elle passa une main incertaine dans ses cheveux. Inutile de blâmer 'Ju, en effet. Elle avait sa part de responsabilité. Comme les autres.

oOo

Je rejoignis l'abri un peu plus tard. J'avais besoin de temps pour réfléchir. J'avoue avoir été saisie d'une vague de remords après cette rencontre inopinée. Au moins j'ai réussit à trouver de quoi grignoter : champignons (comestible), baies, fruits secs, racines, rien ne m'échappe. J'ai de quoi esquisser un ragoût. Ce sera certainement fade, mais au moins ce sera nourrissant.

Mais il semblerait que j'ai sous-estimé le V-C. Il a semblé pallier le problème culinaire de façon inattendue, et a déjoué tous mes plans.

-J'ai attrapé un…un…

J'essai de distinguer la masse épaisse qu'il bandit au-dessus de sa tête, dont l'image est floue tant il met de frénésie à se balancer d'un pied sur l'autre comme un gosse tout content. Ne me dites pas que…

-Joli marcassin, ne pus-je m'empêcher de noter, jaugeant l'animal.

-Hein ?

Interloqué, Kaien pose la marchandise devant lui.

-Un bébé ? J'étais pourtant sûr d'avoir eu un chef de clan…

J'eus un sourire en coin. Amateur va.

-Place, place, houspillais-je, en le dépossédant de son espace géographique. Si vous me laissez faire, dans une demi-heure ce sera marcassin grillé en brochettes de baies.

La classe quoi.

-Dommage qu'il n'y ait pas plus à manger dans ce sac, nota 'Ju, en secouant ma sacoche sans fond, l'air déçu.

Moi, je n'ai absolument pas l'air surpris de cette apparition. Cinquième siège de la treizième division, il n'avait évidemment pas besoin de moi pour trouver le chemin en sens inverse. Un peu gênée, j'évitais de croiser son regard.

-Sympa, le feu sans fumée notais-je nonchalamment en désignant l'installation du menton, histoire de ne pas laisser naître dans l'atmosphère le malaise que je sentais poindre.

-Shiba-kido.

-Quelle pitié que nous n'ayons plus qu'une seule gourdasse…

-La gourdasse, elle t'emmerde.

-Ca vaut ce que ça vaut, je ne m'en outre pas, ce serait un comble.

-Il n'y a rien d'autre dans ce sac, vraiment ? S'enquit le lieutenant, incorruptible à la tension, fouillant à son tour d'un air intéressé l'invention de Kisuke.

-Il doit rester les trucs que ce cinglé m'a mis…mais j'ai bien peur qu'ils ne soient d'aucune utilité.

J'ai bien fouillé. Mais même en faisant un effort imaginatif intense, impossible de dire en quoi du liquide vaisselle, de la vaisselle, un paquet de bonbons, une couverture, un éventail et un biberon étaient sensés l'aider à chasser Magsu.

-Ce forban de scientifique cache certainement quelque chose.

-Quelques choses, au pluriel, approuvais-je Kaju en me munissant de ma lame pour dépecer la bête.


oOo

KISUKE

Il éternua.

-Faaaascinant…

Yoruichi eut un sourire approbateur et taquin.

-Je sais, gloussa-t-elle.

Un sombre tissu vint lui couvrir les yeux, et elle tomba à la renverse, éclatant de rire.

Urahara soupira, se passant une main dans les cheveux. Il ne put contenir son sourire.

-Yare, yare…toujours en train de faire du grabuge, Yoruichi-san…

Cette dernière, riant toujours, consentit à s'habiller du vêtement moulant qu'elle venait de recevoir à la figure. Etrange mélange, cette femme, dont l'humeur pouvait varier de la noirceur la plus totale à la malice la plus extrême. Le contraste entre sa peau d'ébène et ses yeux brillant, mélange de violet et de doré, était particulièrement révélateur.

Mais qu'importe, dans tous les cas, Yoruichi, Urahara, il…

Non. Pas le moment d'avoir des divagations de pensées personnelles. Pas encore, plus ici. Et d'ailleurs, pour une fois, quelqu'un d'autre que la jeune femme magnétisait son attention.

Il prit la petite fille dans ses bras avec précautions, comme si elle eût été faite de verre. Réveillée, elle observait le monde alentour de ses grands yeux aigue-marine. Une touffe de cheveux à peine visible émergeait sur le haut de son crâne, noirs aux reflets bleutés. Ses joues, particulièrement rebondies, d'une teinte rose vif, lui donnaient tellement l'air du chérubin idéal qu'elle était vite devenue le centre générale de l'attention chez les Shiba.

Signe d'un long séjour dans le Zaraki dans des conditions pour le moins précaire, elle était vêtue de haillons, mais ils étaient presque propres. Signe s'il en faut que Jinta avait fait tous les efforts pour la maintenir sauve et en bonne santé. A ses détriments d'ailleurs. Quand Ururu était joliment potelée, avec des joues pleines, le garçon était décharné et son corps, quoique robuste, présentait tous les signes de privation de la vie rude qu'il avait menée. Ses joues trop creuses, ses cheveux roux trop longs, emmêlés. Kisuke ne put s'empêcher de noter que malgré sa constitution, il n'était pas sans forces : en témoigne la volonté fiévreuse présente dans ses yeux. Assis un peu en retrait, dos au mur, il examinait suspicieusement toutes les personnes présentes, grimaçant, grondant même parfois quand il voyait sa protégée passer de mains en mains.

-Sois sans craintes, le rasséréna le scientifique, sur un ton de promesse en s'adressant au rescapé. Maintenant, je te garantis que vous êtes en sécurité. Les choses vont enfin commencer à devenir normales pour vous.

-Est-ce que ça veut dire qu'Ururu va enfin pouvoir commencer à grandir ? Interrogea Jinta avec méfiance, bras croisés sur le torse dans un geste de protection. Il ne quittait jamais la petite des yeux.

Yoruichi lança à son compagnon, un regard des plus acérés.

-Je vais retirer le Hogyokou cachée en elle. Apparemment, je n'aurais jamais réussi à le désactiver avec cette méthode, c'est très problématique…Je vais le dissimuler ailleurs en attendant de trouver …une autre solution.

Voilà qui lui prendrait bien, encore deux ou trois décennies, ne put-il s'empêcher de soupirer en son fort intérieur.

Son regard erra machinalement sur Yoru. Son expression ne laissait aucune place au doute : il lui devrait à leur retour, de sérieuses explications, oh oui. Peut-être pourrait-il encore l'amadouer avec une de ces boîtes de thon ?

-Il n'y aura pas de séquelles ?

Il ne répondit pas. Calmement, Urahara ôta son bob, plaça ses poings fermés sur le sol devant lui, et s'inclina respectueusement face au rouquin, dont l'expression méfiante se teinta d'abasourdissement.

-Je suis sincèrement désolé, Jinta. Je sais quelles difficultés, quels sacrifices, quels préjudices ces soixante ans t'ont causés. Si tu veux bien, je m'engage à te rendre matériellement ce que tu as perdu en temps, en santé, en sécurité. Tu peux venir avec moi dans le monde des humains. Fabriquer un gigai à la bonne taille sera un jeu d'enfant, et ce sera enfin l'occasion de pouvoir mener une vie…normale, sur Terre.

Les épaules de Jinta se détendirent légèrement.

-Ururu peut partir aussi ?

Il chercha le regard du commerçant louche, voilé par quelques mèches de cheveux. Ce dernier eut néanmoins un large sourire.

-Bien sûr.

Et seulement alors, Hanakari acquiesca. Au moins, une partie de cette histoire commence à se régler. Quant à l'autre…

-Est-ce que mon frère en aura pour longtemps à traquer la bête ? interrogea Kuukaku, fort à propos, calumet calé dans la bouche, par habitude plus que pour autre chose puisqu'elle se refusait à fumer avec le bébé dans la pièce.

-Ce sera…une question d'heures, je pense, souleva gravement Yoruichi.

De longues heures, pour une longue nuit…


oOo

KUROTSUCHI

-Donc, ça va ENCORE être TRES long, si j'ai bien compris ?

-Je ne sais pas pourquoi tu t'es soudainement désactivée. Tu es une machine compliquée, et mon génie a bien fait attention à ce que tu ne libères pas ta puissance n'importe comment.

-A ce rythme, le Hogyoku aura définitivement quitté le monde spirituel, je le sens, prononça Maggy, avec un reniflement de mépris.

-Doucement, l'éprouvette défectueuse, sinon je pourrais tout aussi bien te ramener dans le flacon crasseux duquel je t'ai sorti, gronda Mayuri, ses yeux dardant l'écran devant lui d'un regard mauvais.

La figure superbe, et désormais saine de blessures d'Aozora ne s'émeut pas.

-De toute façon, je serais obligée de repasser sur la table d'opération après ce désastre. Je n'échapperais jamais à ce jugement qu'ils comptent ouvrir contre moi…

-Ce sont des paroles conciliantes, que j'aimerais que chaque cobaye ait la lucidité de prononcer, cajola tendrement Kurotsuchi, feuilletant amoureusement une liasse de papiers. Ah.

Enfin.

-Trouvé. Ici. Coupe la circulation du sang aux points 2, 4, 7, 14 et 25 de ton système. Le reiatsu va se concentrer suffisamment pour déclencher…mais tu sais déjà.

L'œil de la jeune fille se remit à briller.

-Et alors…

Et l'éclat de démence dans les yeux du Capitaine de la douzième division éclata, devenant folie furieuse, bestiale, dangereuse.

-Et alors, tu redeviendras un chiffre qui figurera sur une quelconque page insignifiante de mes statistiques d'expériences. Tu as perdu le hogyoku, pauvre rat de laboratoire futile. Il est hors de ma portée, et à cause de ton incompétence, je n'ai aucun moyen de savoir par qui et pour quoi. Je n'avais que cette chance, et TU l'as laissé filer. Considères notre partenariat achevé je te laisse en vie pour l'heure, parce que mon professionnalisme me pousse à recueillir une dernière fois les données du mélange chimique pourtant prometteur que tu aurais pu être. Je te laisse le soin d'en parler aux membres de cette usine acmé, avec qui tu étais en contact. En ce qui me concerne...je n'ai plus rien à faire avec toi. Que dire d'autre...Bonne mort?

Et éclatant d'un rire sardonique, il rompit la communication.


oOo

YUME

Je l'ai senti, encore une fois, sans avoir besoin de le voir arriver.

C'est comme si une alarme interne sonnait à chaque fois que le danger Magyar apparaissait dans le coin. En l'occurrence, je mettais tout juste la viande fraîche sur des branches aiguisées (façon pic à brochette), quand mon estomac s'est subitement retourné. Ça a picoté un peu le long de l'échine, la chair de poule est instantanément apparue sur mes bras. L'effet doit être analogue à celui d'une décharge d'électricité. A moins que ça ne soit ce qu'on appelle l'euphorie ?

Un autre que moi aura pu avoir cette réaction en réponse au dégoût que lui inspire la basse besogne que le dépeçage de charogne est. Pourquoi ? Parce que, chers amis, on n'est pas au cinéma ici. Ce n'est pas une tâche glamour que l'on fait entre deux combats au ralenti sur fond de musique sonore. La peau de l'animal est difficile à entamer, rêche sous mes doigts. La chair est visqueuse, viscèreuse. Le sang sort de partout, et les boyaux s'empilent dans un coin en un tas malodorant.

Donc, comme je l'ai indiqué, pour le glamour, on repassera. Une fois qu'on se retrouve face à ce qui s'apparente à un gant de peau retournée, encore faut-il savoir quels morceaux prélever, et connaître le sens de la découpe. Heureusement que ne suis pas une néophyte question artisanat boucher. Désolée pour la vision qui en rend plus d'un aussi nauséeux qu'un cours de dissection sur les hollows, mais a fait partie des clichés inacceptable sur les trappeurs, campeurs, fugueur, aventuriers, paumés, qu'il me faut casser.

Maggy n'est-elle pas sensée avoir fondu sur toi depuis au moins un monologue ou deux ?

C'est l'un des avantages non négligeables, quand on est aux commandes de sa propre histoire : on digresse comme on veut. Je me sens comme une Fataliste tout à coup, mais sans Maître.

Mais reprenons le fil des évènements, puisque c'est si aimablement suggéré. Comme quoi, le Dieu de la Déveine m'a au moins accordé ce pouvoir d'avertissement. Le temps de me lever, et d'hurler « Elle débaaaaaaarque », à force de cris de bras et de mouvements aigus, et elle était là. Même les arbres ployaient sous cette pression spirituelle, que je sentais être….intense ? Parfumée ? Fruitée ? Je ne sais pas comment je dois le prendre, moi. Je vis bien, même sachant que les arbres ont une meilleure capacité sensorielle que moi.

Heureusement, 'Ju et Kaien sont de vrais soldats, eux. Un quart de seconde, et ils se sont matérialisés de part et d'autre de ma personne, lame dégainée. Ha ha, j'aime être flanquée de tels gardes du corps. Un chien et une grosse figue. Je me sens comme un monarque prêt à batailler.

Gloire à Feuillue Chevelue, Première de son nom.

-Sue, l'accueillis-je, sur le ton de la conversation emprunt de banalité que nous avons toujours réservées à des situations de tension extrême.

-Yummy-chan. Désolée, on dirait que je casse le schéma narratif habituel. Tu sais, celui dans lequel l'héroïne et ses alliés, après un repos matériel et moral suffisant s'élancent à l'assaut de la dernière épreuve.

-Tu sembles être à court de crédit, on dirait, notais-je, en faisant allusion à son évident manque de renfort.

Je n'aime pas beaucoup l'air qui passe dans ses yeux au moment où je lui jette ces paroles à la figure.

-Je sais que l'un d'entre vous a le Hogyoku avec lui. Mon analyse logique me laisse à penser qu'il doit être…pas entre les mains du plus fort, ce serait beaucoup trop évident…ni entre les mains du plus faible, ce serait un bon essai de bluff, mais beaucoup trop risqué en l'occurrence.

Oh non…

Chuintement d'une lame qu'on dégaine.

-La psychologie inversée m'indique que le détenteur de cette force doit être toi, 'Ju-kun.

-Ne m'appelle pas…s'insurge Kaju, katana dehors, près à fondre sur l'horrible blonde.

Trop tard. D'un mouvement souple, Kaien l'a dépassé et s'est interposé entre lui et Maggy. Ouaho. Je suis absolument soufflée. Quelle vitesse, pour l'un… quant à l'autre…

*KLANG*

J'observais horrifiée l'air d'intense satisfaction de Maggy, qui sortait sa lame des côtes récemment blessées du Vice-Capitaine. Ce dernier eut un sourire ironique, laissant entrevoir de petites remontées de sang.

-Eh merde, lâcha-t-il, riant malgré lui.

-Vice-Capitaine Shiba !

Evidemment, 'Ju qui se porte à son secours. Il n'y a même pas eut d'échange de lame cette fois-ci. Maggy s'est contentée de le saisir à la gorge, avec une force qui ne rendait pas justice à l'apparence frêle de sa charpente élancée.

- Où est-il ? Demande-t-elle, palpant d'une main avide à travers l'uniforme que Kaju, bleuissant.

Re-intervention inopinée de Kaien. Ce type est le seul héros dans le coin, je vous jure. Il est blessé, fatigué, sort de captivité, n'a pas fait de vrai repas depuis deux semaines, et trouve encore le moyen de se battre comme un lion.

Qu'est-ce que t'attends, Yume ?

-Parti.

Je l'ai dit, d'une voix incroyablement calme et assurée. Presque impérieuse. Débordante d'une confiance que Magsu certainement, n'a pas l'habitude de voir en moi. Elle s'est arrêtée nette, et sans porter atteinte plus longuement à son anormale intelligence, je su qu'elle avait compris.

-Qui ? Quoi ? Où ? Quand ? NON !

Et pourquoi trouve-t-elle le moyen, maintenant encore alors que tout le monde a vu son vrai visage, d'avoir l'air d'une actrice de tragédie, déesse parfaite dont les émotions mêmes les plus grossières, ne réussissent pas à enlaidir les traits de son visage ?

-Eh si, poursuivais-je, aussi tranquillement que si j'étais dans ma cuisine. Je ne sais pas exactement ce que vous avez fichus, toi et tes Boutonneux, mais vous avez foirés. Tu as trouvé plus habile que toi. Ha a protégé le Hogyoku, il a périt se faisant. Mais au moins maintenant ce petit bijou est déjà en route pour une destination que je ne divulguerais pas, ce qui devrait te laisser…coï ?

Magsu plante un regard rouge incandescent dans le mien, vert prairie vaguement traversé par une botte de paille.

-Tu sais, Yummy-chan, tu m'as toujours bien servie. Tu as toujours été là…médiocre, maladroite, incompétente, pour mieux mettre ma perfection en valeur. Sans toi, mon contraste absolu, j'aurais eu du mal à exister.

Minute. Est-ce que Maggy est en train de me dire qu'elle ne peut pas vivre sans moi ?

Elle eut un ricanement.

-Non, petite Yummy-chan. Ça veut dire que, comme tant d'autres, je t'ai utilisée comme j'ai voulu. Et que si je ne peux pas vivre, alors il est intolérable que quelqu'un qui me soit aussi odieuse que tu l'es ne disparaisse pas avec moi.

Ah, non.

-En filigrane, ça veux dire que si tu meurs…je meurs aussi ?

-Finement observée.

Ma Némésis recule de quelques mètres. Elle plonge la main dans son décolleté, ignorant superbement Kaien et Kaju dont l'un est en train d'essayer de ranimer l'autre, inconscient, et sort de sa poche intérieure, des aiguilles.

Est-ce qu'elle est obligée d'aguicher le public masculin même quand elle fait des menaces ?

Une à une, elle planta les aiguilles, profondément et à grande vitesse, à quelques points précis de son réseau veineux. Aucun sang n'en sortit, toutefois. Je pris une inspiration, et prit moi-même ma toute petite arme hors de ma manche, prête à anticiper n'importe quoi.

-Petite Yummy-chan, cajole-t-elle, tu cherches, tu cherches, mais tu ne trouve pas. Pourquoi des aiguilles ? Quel artifice encore ? Vais-je en réchapper ?

Rire malfaisant.

-Cette technique est mon Tabou ultime. C'est la plus puissante, mais après ça, toi et moi Yummy-chan, nous nous détruirons mutuellement. Et alors…

Ses pupilles passent du rouge au noir, et elle joint ses deux paume l'une contre l'autre, dans une parodie de prière.

-Domine, Seifukusha (2) !

L'épée d'Aozora se pare de son irradiation rose caractéristique, signe qu'elle était prête à renvoyer l'énergie spirituelle à son envoyeur. Je raffermis la garde autour de mon couteau. Pour l'instant, pas de panique, il n'y a encore rien eu…Pour l'instant…

oOo

Yume pressentait venir le pire. Son instinct lui hurlait qu'il fallait partir, maintenant, et très loin. Elle sentait la catastrophe arriver, ses muscles étaient tendus, crispés, prêts à éclater sous la pression. Le grignotement anxieux du rongeur planqué dans son col se fit ressentir.

Et la malédiction, effectivement…

-Bankai…

Yume respira un peu plus librement.

-…deuxième forme…

Voilà, ça la surprend un peu plus.

-…que mienne soit la force… Ëf~hã Ênëf Ïcèté Ïõèn !

Là, c'est une fusion d'horreur et d'incompréhension.

*FLASH*

Ici, c'est le moment où, de Yume et de Maggy, il ne reste qu'un lapin blanc aux oreilles tâchées de sang, désarçonné d'avoir perdu son appui.

-Yume !

Kaju, encore agenouillé auprès de son supérieur, est totalement impuissant. L'herbe devant lui est vide. Ocha et Aozora se sont purement et simplement…envolée.

Vraiment ?


oOo

YUME

La grande gueule de bois intersidérale. Avec un saignement de nez en prime. Léger, rassurez-vous. Et asseyez-vous bien. Si, si. J'insiste. Allez, mieux que ça ! Pourquoi ? Premièrement : parce qu'au vu de l'expression carnassière et perverse de ma retorse adversaire, il y a je crois, largement de quoi tomber en arrière. Maggy a l'air dingue. Deuxièmement : par un enchantement auquel j'attribue tout le mérite au Saint-Esprit (ou au Dieu de la Déveine), Kaien et Kaju se sont miraculeusement évaporés de la forêt dans laquelle nous nous battions.

ILS se battaient.

Ouais, enfin bref. La forêt donc, et…

Problème.

Au moment même où je vous décrivais cette pensée, par un autre ressort deus ex machinesque, la forêt (la la la la laaaaaa) a purement et simplement… disparue. Oui, elle aussi. Serait-ce le pouvoir de Maggy ? Une gomme invisible qui détruit tout ce qu'elle estime infect ? Mes chances de survies viennent subitement de passer dans le négatif. On frôle le zéro absolu.

Plus étonnant encore, est le lieu dans lequel nous nous retrouvons, puisqu'il semblerait que nous ayons quitté le premier terrain. Cette zone est encore plus insolite, c'est…

-L'Académie ! M'écriais-je, étonnée.

Je reconnaissais sans aucun mal les locaux environnant, les ayant arpentés pendant dix ans. Elle n'est pas vide. Une foule bigarrée se précipite dans les couloirs, se bat sur les terrains, flirte dans la cour…Les profs échangent des opinions doctrinales inopinées…Je suis au centre, et je les regarde bouger, se mouvoir. Mais personne ne m'aperçoit. Serait-ce… ?

Pas de doute. C'est l'Académie des Shinigami telle que je m'en souviens, il y a plus de trente ans. J'ai à peine le temps d'esquisser la première hypothèse concernant le nouveau pouvoir de Maggy que déjà, dans un tourbillon de couleurs, le décor s'évapore.

Encore un changement. Le bureau de Yamamoto, dont les cheveux sont noirs de jais. Plus jeune, plus robuste, il remplit des papiers d'une main sûre et énergique.

Sue qui jusqu'alors, se tenait à quelques mètres devant mois, en position de « méditation du sage debout », disparaît à son tour, en même temps que sa dernière scène. Je ne saignais plus du nez mais ma patience était à bout.

-Bon, on a compris, Miss Incroyable et Fantastique Maggy Sue ! C'est encore une suuuupeeeer (entourer ce mot de fleurs et de cœurs) habilité que tu as là. Génial, vraiment. Quel est donc ce nouveau pouvoir over-cheaté dont je suis sûre, on peut t'attribuer tout le mérite à toi et pas à un de tes charmant führen-oncles de l'acné ? Quelle est cette astuce matérialisation des souvenirs ? Voyage dans le temps ? Dans l'espace ? A moins que ceci ne soit pas réel, comme une grande et imparable hypnose ?

J'avoue que de toutes les hypothèses, la dernière me paraît la plus over-abusé. Vous imaginez-vous, un zanpa avec un pouvoir comme ça ? Autant s'allonger à terre et attendre la mort tout de suite !

Ma petite diatribe a eu le mérite de faire réapparaître mon antagoniste.

-Yummy-chan, susurre-t-elle délicieusement, tu n'y es pas du tout…tout ce que tu vois ici…c'est mon rêve. Ton cauchemar.

-De quoi…

Même pas le temps de finir ma phrase. J'ai sentit un nouveau changement dans mes appuis, et accrochez-vous bien encore une fois, parce qu'on est partis pour un florilège.

Bon, je dois admettre que c'était assez…merveilleux. Nuit splendide, ciel dégagé sous une cascade d'étoiles, un festival traditionnel de l'époque Edo au pied d'un colossal manoir typique de cette époque féodale. Calme, prospérité et harmonie. Et puis, une île paradisiaque, sous un soleil rieur. Sur un vaisseau aux voiles couleur safran, filant à toute allure vers une prochaine aventure sur une eau claire aux teintes violines. La pointe d'une montagne, au-dessus d'une mer de nuages. Dans un palais entièrement immaculé.

Encore, et encore, et encore. Paysages et personnages, tous plus sublimes les uns que les autres défilent devant moi, devant nous. Est-ce que…

-C'est le paradis des bisounours ? Ne pus-je m'empêcher de marmonner, sarcastique, au milieu d'une chambre de princesse, toute notion de combat m'ayant momentanément quitté l'esprit.

-Non.

Le ton victorieux de mon adversaire me remit sur le droit chemin du carnage illico.

-Bienvenue, Ocha Yummy, dans la deuxième et plus puissante forme de mon bankai : Maboroshi no kuni (3).Ce monde parallèle imaginaire n'obéit qu'à une seule personne : moi.

-Alors on est…

Mon ennemie eut le plus beau des sourires, resplendissant de lumière, éclatant de blancheur, avant de chantonner :

-Daaans~maaaa~tête.

Je sentis un poids immense me charger les épaules, tandis qu'en face, un gloussement de délectation secouait celles de Sue.

Ça va pas être du petit thé à boire…oh que non…


Notes :

1 : Starla, dessin animé des années 90's, avec lequel j'espère que vous aussi avez grandis !

2 : Signifie Conquérante. Une épée à la hauteur des ambitions Maggy.

3 : Pays de l'illusion, du rêve, ou vision fantômatique.