Salut !
Voilà le nouveau chapitre ! Merci mimi70, SallyWolf et Vlad de suivre encore cette histoire, sans vous je ne sais pas si je continuerais ! ^^
En tout cas, si vous vous méfiez d'Evan, moi je le défends, il a le droit de réaliser qu'Aidlinn est l'amour de sa vie. (keur keur). Hahaha okay c'est peut-être un petit peu louche.
Bonne lecture !
Chapitre 13
« Ne le tourmentez pas, il souffre. Il est celui
Sur qui, jusqu'à ce jour, pas un rayon n'a lui
(…)
Songez qu'il saigne, hélas ! sous ses pauvres habits.
L'herbe que mord la dent cruelle des brebis,
C'est lui vous riez, vous, et vous lui rongez l'âme.
Songez qu'il agonise, amer, sans air , sans flamme
Que sa colère dit : Plaignez-moi que ses pleurs
Ne peuvent pas couler devant vos yeux railleurs !
(…)
Sa pensée, arrachée et froissée, est à vous,
Et, pareille au papier qu'on distribue à tous,
Page blanche d'abord, devient lentement noire. »
Victor Hugo, Les Contemplations, « Le Maître d'études. »
Il était encore tôt et le ciel était plus blanc que bleu. Le temps clair embrassait la verte campagne écossaise avec éclat, signe que le printemps arrivait finalement à Poudlard. L'air tiède entrait dans le château par les fenêtres ouvertes et soufflait la froide humidité du dernier hiver. Tout était silencieux, la plupart des élèves dormaient encore.
Aidlinn avançait seule à pas comptés. Elle avait jeté sa cape sur ses épaules pour se protéger de la fraîcheur matinale. Elle passa devant la Grande Salle propre et ordonnée. Le petit-déjeuner ne tarderait pas à être servi. Traversant le hall, elle sortit par la haute porte et descendit dans le parc. Le lac, parfaitement plat, brillait sous la lumière éclatante. L'herbe humide de rosée chatouilla les chevilles de la jeune fille lorsqu'elle se dirigea vers le point d'eau. Il y avait un grand hêtre à mi-chemin sous lequel elle s'assit, son dos se calant contre le tronc de l'arbre. Elle balaya d'un coup d'œil la plage de galets déserte au bord de l'eau, la forêt plus loin et la cabane du garde-chasse d'où s'échappait une fumée épaisse. Il était réveillé, lui. Aidlinn savait que c'était un demi-géant qui l'habitait. Il était pataud, inélégant et visiblement un peu idiot. C'était en tout cas ce que disait son frère qui l'avait côtoyé durant les cours de Soins aux créatures magiques, comme il aidait le professeur Brûlopot. Aidlinn, elle, n'avait jamais étudié les Soins aux créatures magiques. Son père disait que c'était indigne de sa condition.
-Prends plutôt Arithmancie et Etudes des runes, avait-il dit. Voilà des matières nobles.
Elle s'était exécutée. Isaac s'était souvent plaint du dénommé Hagrid pendant ses cinq premières années. Pourtant, quand la jeune fille observait le garde-chasse, elle ne voyait qu'une grosse face avenante et un peu triste, peut-être. Elle se demandait alors ce que cela faisait, de vivre seul près de la forêt, avec des gens qui vous détestaient et se moquaient de vous. Ne devait-il pas se sentir si seul ? Coincé entre les humains et les géants, l'affection qu'il semblait avoir développé pour toutes les créatures n'était pas anodine. Cela lui permettait, peut-être, de continuer.
Parfois, elle aussi aurait aimé avoir un animal comme compagnon, mais Gordon Rowle le lui avait toujours interdit.
-Tu n'as pas besoin d'une créature idiote, avait-il grogné la seule fois où elle lui avait demandé si elle pouvait avoir un chat. Nous avons déjà les elfes.
Bien sûr, ils avaient deux magnifiques hiboux grand-duc dans leur volière, à la maison. Mais les rapaces n'entraient pas dans les pièces habitées et vivaient leur propre vie. Les seules interactions de la jeune fille avec eux se limitaient à leur attacher une lettre à la patte, lorsqu'elle en avait une à envoyer, ce qui était assez rare.
Aidlinn vit des élèves en tenue de Quidditch rouges et or descendre vers le terrain pour s'entraîner. Il ne restait qu'un match opposant Serpentard à Gryffondor. Les deux maisons avaient eu le dessus sur Poufsouffle et Serdaigle et les deux équipes étaient presque à égalité de points, Gryffondor aillant une légère avance. Il ne restait qu'une semaine avant la confrontation et l'ambiance s'alourdissait déjà.
Aidlinn se releva et remonta au château. Il était temps de rejoindre les autres. Elle avait voulu passer un peu de temps seule, s'éloigner de l'atmosphère anxieuse causée par l'imminence des examens.
La Grande Salle était désormais agitée et des élèves entraient, encore baillant. Le couvert avait été mis et d'appétissants mets attendaient d'être consommés sur les quatre tables. Au fond se trouvaient les places réservée aux professeurs, mais de nombreuses chaises étaient encore vides. Le fauteuil central, en revanche, était occupé par le directeur. Aidlinn frémit lorsqu'elle pensa sentir le regard de Dumbledore sur elle et se dépêcha de rejoindre ses amis.
Il ne t'a même pas remarquée, arrête de t'inquiéter, se dit-elle. Néanmoins, elle s'efforça de bloquer son esprit, se remémorant les techniques d'occlumancie que lui avait enseignées son père, quelques années auparavant. Hélas, elle n'avait jamais été très douée.
Bloque ton esprit.
Elle s'assit entre Avery et Wilkes. Le deuxième parlait joyeusement du match à venir.
-Potter est un bon attrapeur, bien sûr, mais Isaac a plus d'expérience. Pour moi, ça ne laisse aucun doute.
Mulciber et Williams, en face, abordaient des moues dubitatives. Aidlinn fronça les sourcils. Ils ne croyaient pas en Isaac ? Son frère était pourtant un bon attrapeur, lui aussi. Peut-être plus grand et donc plus lourd que Potter, mais tout ne se jouait pas sur le poids. Il y avait l'agilité, la ruse, la vue, l'aisance sur son balai… La jeune Rowle voulait croire en les capacités de son frère. L'année dernière, il avait perdu de justesse devant Potter, n'ayant aperçu le vif d'or que trop tard. Cette année, tout était permis. Le garçon n'avait pas failli une seule fois à son poste, attrapant la petite balle dorée lors des deux rencontres.
-Il faudra se méfier de Jones, aussi.
-Aidlinn pourrait l'empoisonner en cours de Potions, sourit Avery.
-C'est mon binôme en cours, expliqua-t-elle dans un soupir à Wilkes, visiblement interloqué.
Richard Jones, poursuiveur prometteur dans l'équipe de Gryffondor, était trop intelligent pour se laisser aller à manger quelque chose que lui offrirait un Serpentard juste avant le match opposant leurs deux maisons.
-Si on gagne la Coupe, la tête d'Heston va encore enfler, se mit à rire Wilkes.
Aidlinn se retint de grogner. Cependant, une question lui vint à l'esprit.
-Pourquoi est-ce lui, le capitaine ?
Heston n'avait que peu d'autorité sur ses camarades, à part peut-être sur Williams. Les joueurs n'en faisaient en général qu'à leur tête. Le pire était Rosier, qui prenait un malin plaisir à changer les horaires d'entraînement ou à donner des ordres contraires à Avery et aux autres. C'était ce qui avait éloigné Serpentard de la Coupe de Quidditch ces dernières années. Il n'y avait pas de cohésion, pas d'esprit d'équipe, juste du talent à l'état brut et une fougue mal canalisée.
-Greengrass s'entendait bien avec lui, répondit Andrew avec un haussement d'épaules. Personne ne s'y est opposé.
Greengrass avait quitté Poudlard mais il avait été un capitaine admiré. Bon joueur, sang-pur, les Serpentards s'étaient volontiers pliés sous son autorité. Même Rosier, qui détestait obéir à quelqu'un, avait rongé son frein en sa présence.
-Evan aurait pu, tenta Aidlinn, malgré elle.
Andrew se mit à rire, échangeant un regard avec Avery.
-Quoi ?
-Evan est trop égoïste pour se soucier d'une équipe.
La jeune fille réfléchit un moment. Elle avait du mal à trouver des défauts au sixième année. Elle avait toujours su qu'il était indépendant. Elle se remémora toutes les séances d'entraînement dans la Salle sur Demande où il n'était pas venu, les jours où il ne lui adressait pas même un « Bonjour » et surtout son projet secret de capturer à lui seul Edgar Bones afin d'obtenir l'intérêt du Seigneur des Ténèbres. Il lui avait demandé de ne rien dire, pas même aux autres Serpentard, non pas parce qu'il avait peur que cela remontât aux oreilles des professeurs, mais parce qu'il ne voulait pas partager la gloire, réalisait désormais Aidlinn. Toutefois, ne semblait-il pas se soucier de leur sécurité ?
A cet instant, Rosier apparut dans la Salle, marchant d'un pas sûr jusqu'à eux. Il s'installa à côté de Mulciber et les salua. La jeune fille l'observa se servir un verre de jus de fruits, ignorant les regards posés sur lui. Les autres se remirent à parler.
-Mulciber, tu as fini de réviser l'Histoire de la Magie ? J'ai besoin des notes de Williams, disait Avery.
Aidlinn n'écoutait plus. Elle regardait Evan, qui lisait la Gazette du Sorcier d'un air ennuyé. Etait-il égoïste ? Pourquoi cela lui importait tant ? N'était-ce pas un défaut comme un autre ? La seule idée qu'il put se ficher d'elle la rendait malade.
Pourtant, c'est la vérité, tu n'es rien pour lui, se résonnait-elle en vain.
Il dut sentir son regard sur lui car il leva les yeux. Aussitôt elle plongea dans ses yeux bruns. Il était dans un de ses mauvais jours, car il tourna la tête d'un air indifférent, laissant la jeune fille plus frustrée que jamais.
Après le petit déjeuner, ils se retrouvèrent tous à la Salle sur Demande, au septième étage, pour s'entraîner. Aidlinn maîtrisait à présent la base des sortilèges informulés. Elle décida donc de s'entraîner sur les sortilèges d'Apparition et de Disparition, ce qui constituait la majeure partie de son programme de révision du cours de Métamorphose. Avery et Mulciber vinrent s'entraîner avec elle. Les autres s'exerçaient aux sortilèges d'attaque et de défense. Rogue était venu, lui aussi. Il se tenait seul dans un coin et pratiquait les sorts informulés en compagnie d'Andrew – le seul sixième année à daigner s'occuper de lui. Evan et Isaac, après avoir longtemps parlé à voix basse, se lancèrent dans un furieux duel, si bien que tout le monde finit par s'arrêter pour les regarder. Les sorts fusaient des baguettes des deux sorciers qui affichaient des sourires mutins. La plupart s'écrasaient contre la pierre sans parvenir à toucher l'un ou l'autre. Evan lança un nouveau sort et Isaac s'envola à l'autre bout de la salle. Avant qu'il n'ait touché le mur, ce qui aurait été à coup sûr très douloureux pour lui, Rosier avait levé sa baguette et Isaac s'était immobilisé en douceur, avant de redescendre doucement. Aussitôt Isaac lança un contre-sort et des cordes surgirent de toute part pour ligoter son adversaire. Pendant un moment il sembla que le duel était fini, mais sans dire un mot, Evan se libéra et lança un sort de stupéfixion sur Isaac qui, non préparé à ce revers, ne put l'éviter. Il tomba à la renverse.
Evan vint le relever et ils se mirent à rire, mais Aidlinn n'aimait pas le sourire en coin de Rosier, pas plus que la lueur qui habitait maintenant ses prunelles. Il savait qu'il pouvait le battre. Les autres vinrent les féliciter, mais les deux haussèrent les épaules. Ils n'avaient utilisés que des sorts inoffensifs.
-Pas trop déçue que j'ai battu ton cher frère, Aidlinn ?
Le visage d'Evan était plus sérieux que ne l'aurait laissé supposer son ton léger, mais elle seule pouvait le voir, comme il s'était tourné vers elle. Et au regard froid qu'il lui lança, elle comprit qu'il savait. Il savait qu'elle avait deviné l'importance de ce duel pour lui. Il avait voulu s'assurer qu'il était le meilleur, comme toujours. Et il voulait qu'elle s'inclinât aussi. Les autres, derrière Rosier, attendaient sa réponse ; elle tâcha de faire bonne figure :
-Non, je suis sûre qu'Isaac te battra la prochaine fois.
Il lui adressa un demi-sourire supérieur. Tous deux savaient que c'était faux.
Ils se séparèrent ensuite, rentrant par groupes à la salle commune pour ne pas éveiller les soupçons. Ils avaient raté le déjeuner, ce qui était déjà assez imprudent. Aidlinn s'arrangea pour rentrer avec son frère. Alors qu'ils marchaient ensemble dans le couloir, la jeune fille cherchait désespérément un moyen d'aborder le sujet Evan. Pour la deuxième fois, elle avait vu le calcul froid dans ses yeux. Après l'épisode de la Salle sur Demande, il lui avait de nouveau sciemment montré cette face de lui et elle avait eu peur. Rosier lui faisait désormais l'effet d'un loup au milieu des brebis, prêt à tous les dévorer. Elle aurait voulu mettre en garde son frère, lui dire de ne pas faire confiance à Evan, mais elle ne pouvait pas. Elle n'arrivait pas à trahir Rosier. C'était comme s'il lui avait montré son secret en sachant pertinemment qu'elle ne dirait rien. Il avait raison. Elle l'aimait trop pour cela. Et puis, ils étaient dans le même camp. A force de fantasmer sur Rosier, n'allait-elle pas imaginer des choses ? Ne se faisait-elle pas des idées ?
oOo
Ce fut le lendemain qu'Aidlinn les aperçut ensemble. Il était tard et elle sortait de la bibliothèque après une soirée de révision en solitaire. Une migraine lui vrillait le crâne et elle n'aspirait plus qu'à s'allonger sur son lit. Elle n'avait pas pris le chemin habituel, restant un peu plus longtemps dans les étages afin d'éviter de croiser quelqu'un. Elle n'était pas d'humeur pour une discussion.
Soudain, une porte s'ouvrit à la volée et une furie rousse surgit d'une salle de classe, manquant de la bousculer. Elle cria quelque chose qu'Aidlinn ne comprit pas, toute son attention étant accaparée par la seconde personne s'étant immobilisée sur le seuil de la pièce.
Severus Rogue.
Il était pâle comme la mort alors que ses yeux noirs s'écarquillaient en la fixant. Aidlinn aussi s'arrêta, choquée. Lily Evans était déjà loin quand Aidlinn articula finalement :
-Severus, que… Tu es fou ?
Il la tira à l'intérieur de la salle et claqua la porte.
-Ce n'est pas ce que tu crois, déclara-t-il fermement.
Mais l'aplomb lui manquait et ses lèvres commençaient à trembler.
-Je pense que si, justement.
Aidlinn était calme mais tout en elle se mélangeait. Pourquoi Rogue prenait-il autant de risque ? Elle-même…
-Que faisais-tu avec elle ? reprit-elle.
Le garçon ne répondit pas. Peut-être n'en savait-il rien lui-même.
-Si Evan l'apprend…
L'assurance de Rogue s'envola et ses épaules s'affaissèrent. Il lui agrippa la manche :
-Tu ne diras rien, n'est-ce pas ?
Aidlinn ne savait pas quoi répondre devant le ton suppliant de son camarade. Elle ne pouvait pas se taire.
-C'est contraire à nos valeurs et tu le sais ! L'avertissement d'Evan ne t'a pas suffi ?
La colère remplaça la peur et le désespoir sur le visage du garçon.
-Evan, Evan, cracha-t-il. Tu n'as que ce nom à la bouche. Tu crois que je ne vois pas comme tu le regardes ? Tu crois que lui-même ne s'en rend pas compte ?
Aidlinn pinça les lèvres.
-Je ne vois pas de quoi tu parles.
Rogue ricana mais n'insista pas. Son air redevint sérieux.
-Promets-moi de ne rien dire. S'il te plaît.
Aidlinn hésitait, tiraillée entre son devoir et son désir de l'épargner.
-Je ne sais pas…
-Tu supporterais d'être responsable des persécutions que les autres me feraient subir ?
Elle ne se laisserait pas influencer ainsi.
-Et le Seigneur des ténèbres dans tout ça ? Tu y as pensé ?
-Ne t'occupe pas de ça, marmonna Rogue.
-Je ne dirai rien à condition que tu ne la voies plus.
Severus fit une pause, la jaugeant du regard.
-D'accord.
Aidlinn se doutait qu'il mentait. Cependant, tout ce qu'elle souhaitait, c'était rester en-dehors de cette histoire.
Eh oui le poème était pour Rogue. Alors, Aidlinn va-t-elle garder le secret ? ;) Et Rogue tiendra-t-il sa promesse ? (Pas trop de suspens de ce côté-là ! ^^). Prochain chapitre en fin de semaine !
