14.

Sous-estimé par Arthur, une fois réveillé, Albator avait très peu apprécié d'être cloîtré à l'Infirmerie pour une poignée d'heures encore. Pourtant, s'il voulait être honnête, respirer était un supplice lui donnant l'impression que ses poumons saignaient à chaque fois et il avait également la sensation que son cerveau avait été remplacé par l'eau de la Méditerranée !

Kei était rapidement venue aux nouvelles, rassurée d'entendre le grand brun balafré râler de son séjour obligé sous la surveillance de Doc !

En revanche, les premiers propos d'Albator avaient été plus que terre à terre.

- Est-ce que tu l'as vu alors que je quittais la passerelle ?

Kei inclinait positivement la tête.

- Oui, le vaisseau Wrax était bien dans le magma, fit la jeune blonde, sombre. Il diffusait des ondes qui le déstabilisaient, le faisaient bouillonner plus que jamais. C'est bien lui qui a également effectué un saut dans le passé pour tenter de déstabiliser la Terre ! Nos canons l'ont dégommé, mais nous savons que toute leur armada nous attend au retour chez nous aussi. Et nous savons tous pourquoi ils ont opéré ce saut dans le passé, et pourquoi nous devions les suivre !

- Arthur a enfin droit à ces explications, convint Albator. Et bien que je sois au courant depuis le tout début, j'ai du mal à y croire moi-même ! souffla Albator, la voix sifflante, les traits marqués par la souffrance qui martyrisait son corps. Quant à Doc, il a de la chance que les vertiges m'assaillent dès que je relève seulement la tête de lit et que je me sois déjà écroulé quatre fois en tentant de me lever et de filer !

Dans son lit, Albator serra les poings.

- Les Wrax sont le peuples créé par les savants fous des Illumidas… Ils ont repris le flambeau… Nous n'avons encore rien trouvé pour les contrer et eux remontent le temps pour… On doit leur faire vraiment peur !

- Et eux ont bien failli réussir, soupira Albator, blanc comme un linge, sans grandes forces encore, impuissant.

Il secoua ses poignets tout bonnement entourés de vraies bonnes chaînes de métal bien serrées le menottant au lit par un Doc aussi prudent qu'expérimenté de son impossible (im)patient !

- Je dois ramener Arthur chez lui, et laisser le futur se dérouler comme il se le devait avant que les Wrax ne foutent le boxon en voulant tout modifier dans l'histoire !

- Nous le ferons, Albator, sourit Kei. Tu seras bientôt sur pieds, c'est ce qui, pour moi, m'importe le plus !

Le grand brun balafré jeta un coup d'œil étrange à sa blonde seconde.

- Je me noyais, l'eau envahissait mon corps, je sombrais. Et puis les portes de la salle de Toshiro se sont ouvertes… Les derniers battements de mon cœur résonnaient jusque dans ma tête… Tu ne m'aurais pas fait du bouche à bouche, toi ? !

La jeune femme blonde rougit jusqu'aux oreilles, ses prunelles bleues soudain fuyantes et fixant tous les points de la chambre d'hôpital sauf la prunelle marron du patient.

- Tu ne respirais plus, ton cœur s'était arrêté. Il fallait que je te fasse rendre l'eau avalée, autant que possible… Heureusement, Doc est arrivé et t'a pris en charge. Je n'ai fait que le nécessaire ! Et avant que ton esprit grivois et tordu ne délire plus encore : je n'y ai pris aucun plaisir. Je devais te ramener à la vie !

- Comme si tu allais rater cette occasion de me sauter dessus, à mon corps défendant, ironisa encore Albator.

- Tu étais conscient ? s'inquiéta Kei.

- Non, pas vraiment. Plutôt le début de la désincarnation fatale… J'ai senti de la vie et de l'amour m'obliger à m'accrocher à mon existence ! Merci, Kei !

- A ton service, Albator. Mais arrête de me faire défaillir d'angoisses à chacune de tes morts ! glapit la jeune femme en quittant précipitamment la chambre.


Doucement, à un rythme qui l'horripilait au premier plan, Albator avait pu rejoindre ses appartements du château arrière, se reposer dans un environnement non médicalisé et mettant du baume à son âme.

- Toshiro, tu es là ?

- Je ne te quitte jamais, mon ami ! Que souhaites-tu ?

- Tu vas bien ?

- Tu m'as sauvé ! Tu peux t'occuper de ta propre vie. Mais essaye de ne pas la risquer à tout bout de champs ! Tu es unique, précieux, et nous n'avons que toi pour commander l'Arcadia, mon chef d'œuvre ! Oui, tu es précieux, ne gaspille pas tes vies de chat !

- Je me sens mieux…

- Oui, mais rien ne t'empêchera jamais de toujours risquer ta vie de façon insensée. J'ai peur, car je suis immortel alors que toi je peux te perdre à chaque fois ! Sois prudent, mon ami. Le futur est inquiétant au possible. Vas rassurer Arthur, sa fille, sa petite-fille, ils ont droit de savoir.

- Je sais.

Sortant un coffret du fond d'une armoire, Albator en tira une simple photo, la glissa dans la poche de sa veste.

- Prépare-moi mon spacewolf, Tosh. Je ramène Arthur auprès de ses proches et je leur avoue tout !

- Je t'attends ici, mon ami. Ensuite, nous rentrerons chez nous.

Albator inclina positivement la tête et se retira.