Chapitre 14 : Acquisition


Un ordre, le tuer. Une mission, l'achevée. Avec un simple couteau, une multitude de possibilités. Sans indication, il pouvait l'égorger, le poignarder en plein cœur ou au contraire, faire durer le plaisir en animant la douleur chez sa cible. Tout ça avec le couteau qu'il tenait en main, il l'avait déjà fait, mais cette fois, il ne pouvait pas. Sa cible avait un nom, l'homme le connaissait et lui aussi.

Dans ses mains, l'arme blanche pivotait entre ses doigts. Monsieur Y lui avait tendu comme l'arme spirituelle idéale pour un sacrifice. Faire couler le sang pour effacer les erreurs, de ses mains il renaîtra à nouveau comme le plus grand assassin de tous les temps.
Tel un bateau en papier naviguant sur l'eau, le couteau glissait sans que la lame puisse le blesser. Ce geste l'aidait à raisonner, il ne pouvait pas agir alors, il attendait. Le temps ne passait pas assez vite comme il le voulait, Monsieur Y l'attendait, tournoyant autour de lui comme un aigle observant sa proie dans le ciel. Il n'avait pas la même patience et sa voix ne tarderait pas à se lever pour poser la question qui mettrait en péril la vie de son ami et la sienne. « Pourquoi hésites-tu ? »
Le soldat n'avait jamais hésité ou attendu avant d'attaquer, le mensonge se dévoilera et Monsieur Y comprendra que les électrodes n'ont pas fonctionné comme prévu.

Ces lèvres se levèrent, l'air s'inspira dans sa gorge pour expulser la voix mais avant que l'homme ne puisse poser la question, le soldat planta son couteau de combat entre les jambes de sa cible. La lame s'introduit dans le bois qui grinça dans un bruit de déchirure. La chaise craqua sur le devant affichant maintenant, une fissure zigzagant.
L'homme sur la chaise se réveilla en sursaut tapant les menottes sur le dossier. Le brun était si proche de son visage qu'il eut un mouvement de recul et ce ne fut qu'après, en suivant son bras cybernétique qu'il remarqua l'objet tranchant entre ses jambes.

« - Toi aussi, tu veux me faire la peau ?... »

Sur cela, le brun lui infligea une droite pour le faire taire. Les os de sa main cognèrent contre sa mâchoire qui se coucha sur le côté. La tête avachie, sa cible recracha péniblement son sang à l'extrémité des chaussures de Y, bien conscient de ce qu'il faisait. Bucky aurait aimé frapper l'autre homme plutôt que lui, mais il ne pouvait pas encore se dévoiler. Il valait mieux faire profil bas, et remettre la confiance à jour.

Monsieur Y ne toléra pas son comportement et cogna à son tour, l'envoyant valser sur l'autre rive.

« - Tue-le maintenant, je n'aime pas me salir les mains. »

Le brun releva la chaise où se trouvait Wilson sous les yeux de Monsieur Y qui rajustait les manches de son gilet. L'ordre était demandé une seconde fois, il n'y en aura pas une autre s'il devait le sauver il devait le faire tout de suite. Son état n'était pas fameux, continuer de le frapper l'emmènerait à perdre conscience et même à pire.

Ces chaînes, il devait les lui enlever, les arracher, les couper. Il avait besoin de son couteau, de sa main cybernétique et le tour était joué. Si seulement il était seul dans la pièce.

Le regard focalisé sur son couteau toujours tendu verticalement, lorsqu'il se décala de quelques centimètres sur le côté, il l'arracha. Positionné de façon à montrer son dos, l'homme derrière lui ne pouvait rien voir de son visage ou l'emplacement de ses mains. Il capta rapidement l'attention de l'homme quand il glissa le couteau près de son bras tout en se retournant et faire comme s'il rangeait son arme dans son pantalon. Il l'avait fait d'une seule manipulation qu'il n'était pas certain si Sam l'avait entendu prononcer dans un souffle « Utilise-le. »

Avec un peu de chance, Monsieur Y n'aurait pas vu qu'il ne possédait plus son couteau que ce soit sur lui ou à son emplacement initial. Bucky espérait que Sam ait pris le couteau pour le cacher et se défaire lui-même de ses menottes. Pour cela, il aura besoin de temps.

« - Je peux encore l'utiliser. »

Monsieur Y, un homme qu'il avait déjà côtoyé comme il lui avait dit. Il le connaissait mais le soldat n'avait pas grand chose pour l'affirmer, il se rappelait juste, grâce à ses quelques souvenirs qu'il venait de récupérer que l'homme était vieux quand il l'avait vu pour la première fois. Un petit homme courbé, taillé dans un costume sur-mesure parfois ajusté d'un chapeau en melon ou bien d'une canne. S'il n'avait pas reconnu cette voix rauque et écrasante, il n'aurait jamais réussi à relier ses fragments du passé à ce qu'il était devant lui. Dans ce nouveau corps rajeuni, Monsieur Y apparaissait encore plus dramatique, cet air supérieur se dégageait et Bucky se demanda si ce corps étranger lui appartenait réellement ? Il n'aurait jamais pu survivre après ces nombreuses années, il devait être mort depuis longtemps et pourtant son lui était là comme Bucky qui reprenait puissance dans la conscience du soldat de l'hiver.

« - Pour quoi ? »

Répondre qu'il aidait le prisonnier à s'évader signerait son arrêt de mort. Qu'importe ce qu'il allait dire, il ne pouvait pas échapper l'inévitable, à part le faire durer.

« - Le trouver. »

De justesse, il se retint de dire Captain America, il n'était pas présumé s'en souvenir. Et en une seule seconde, sans comprendre l'origine exacte de ce qu'il venait de se passer le brun se coucha sur le côté pour l'éviter. Monsieur Y avait levé son bras subitement sortant une arme de pointe qu'il braqua sur lui. Il ne savait pas où il venait de faire faux pas, mais il réussit à temps à se détourner de la trajectoire de la balle.

L'impact percuta la vitre derrière lui d'un bruit enroué et comme si la situation n'était pas assez mauvaise, il remarqua un carreau du mur rentrer à l'intérieur pour ne laisser paraître une grille.

Ratant sa balle, Y n'en resta pas sur ce résultat et adressa un regard de défi envers le soldat. Son bras était toujours tendu et l'arme était braquée cette fois, sur Sam toujours assis sur sa chaise. Le brun répondit en se relevant pour se lancer à l'assaut d'un nouveau tir. Il ne pensa pas à se jeter contre l'homme avec l'arme, la première pensée qu'il lui vint était de sauver la vie d'un ami au péril de la sienne. Un acte qu'il n'aurait jamais eu s'il n'avait été que le soldat de l'hiver.

La surprise fut encore plus grande quand il s'aperçut que Monsieur Y rabaissait son arme pour prendre une minuscule chose de sa poche. Concentré par ce qu'il venait de prendre, il ne put réagir lorsqu'un couteau passa près de son visage. Assez près pour l'effleurer, laissant sur son passage un trait rouge. L'homme face à lui n'avait pas de couteau, c'était Sam qui venait de le lancer. L'objet pointu envoyé à vive allure s'enfonça dans la paume, le cri de souffrance de l'homme qui l'avait longtemps torturé devait lui faire plaisir mais il n'en avait pas. Car ce n'était pas lui qui était martyrisé. Qu'avait-il de si important dans sa main pour arrêter de tirer après une seule balle ?

« - Allez, vous pouvez faire mieux, souffla Monsieur Y. Qu'est-ce qui différencie un bon soldat d'un mauvais soldat ? Je vais vous le dire, ce sont les émotions. »

De l'air froid se glissa dans la pièce et plus exactement à travers la grille, il ne le vit pas à proprement parler mais puisque ces sens étaient développés, il pouvait entendre un long bruit aigu. Bucky aida Sam à se mettre debout, celui-ci avait encore du mal à tenir sur ses deux jambes.

« - Les très mauvais soldats sont inutiles pour Hydra, donc ils sont envoyés à l'Organisation qui se charge de les juger apte ou non. Qu'arrive-t-il...à ceux qui ne répondent plus aux ordres ?

- Complètement barjo ou quoi ? » S'exclama Sam qui tenta d'ouvrir la porte en vain.

Le sang se répandit de sa main, il se tenait toujours debout serein alors qu'il venait de passer à un statut d'infériorité. Lentement, Bucky se rapprocha de lui. Il se prêta à son jeu.

« - Ils passent par les électrochocs mais ils seront affaiblis alors ça sera la cryogénie, un effacement et ils seront réparés. »

La cryogénie. Cette salle de confinement était l'endroit parfait pour le faire. Il avait l'attention de les geler vivants.

« - Bien... et les endommagés, que leur faisons-nous ? »

Wilson se ramena vers Barnes ne disant rien, il avait aussi compris qu'ils étaient enfermés et qu'ils devaient trouver une autre solution pour contrer cette prison de glace. Le vent froid continuait à venir, et la glace commençait à se former autour d'eux.

« - Ils sont tués.

- Vous oubliez qu'ils restent loyaux jusqu'à la fin... »

La réponse sortit de sa bouche au même moment où il comprit vers où ces questions le menaient. Au départ, il pensait qu'il était question de lui mais Monsieur Y faisait référence à quelqu'un d'autre, à beaucoup d'autres. Il allait se suicider pour tuer la vraie personne à qui le corps appartenait, alors la chose de sa poche...

« - Une capsule de cyanure. On doit l'arrêter ! »

Le Falcon fut le premier à réagir et courra vers lui aussi vite qu'il pouvait mais Monsieur Y avait déjà récupéré la capsule tombée au sol. D'un grand sourire vainqueur, il la croqua entre ses dents. Sam arriva après, le poussant contre le mur essayant d'enlever quelque chose qui avait déjà dissolu son ingrédient.

Une mousse blanche remplit sa bouche, l'homme s'étouffa dans sa propre salive et s'agrippa sur le t-shirt de Sam, lui murmurant des choses. Le sentiment de provocation avait disparu de même que la lueur dans ses yeux.

« - Aidez-moi, pourquoi ? Il s'est lui-même donné la mort pourquoi voudrait-il qu'on le sauve ? »

L'homme avait relevé sa tête, c'était un des premiers gestes à faire quand une personne s'étouffait mais cette fois, il était déjà trop tard.

Bucky déposa le corps verticalement contre le mur et referma ses paupières restées ouvertes. La victime méritait plus, et voilà qu'elle fut tuée aussi facilement qu'elle fut contrôlée. Personne qui se rappellerait de lui, c'était un fantôme.

« - Parce que la vraie personne a repris possession de son corps. L'homme qui nous poursuit n'est pas encore mort. »

Sam hocha la tête. Derrière eux, la vitre était teintée, ils ne pouvaient donc rien voir de l'extérieur. L'ancien soldat courra en direction de la vitre et frappa de toutes ses forces dessus. Le choc se percuta dans tout son bras mais aussi sur la vitre qui, au lieu de subir des dégâts n'était pas du tout affectée.

Brusquement, il sentit comme un courant électrique exploser dans sa tête, il se rappela de cette pièce. Pas exactement celle-ci mais il avait déjà affaire à ce genre de salles.

Le vent provenant de la grille était plus fort, il fit le lien et quelque chose confirma une de ses craintes. Plus il frappait, plus ils auraient des chances de mourir d'hypothermie dans cette pièce.

« - C'est quoi cette salle !

- Une salle d'observation...ou de confinement, ils enferment ceux qui ne veulent pas suivre les ordres. »

Alors que Sam examinait la grille, une alarme sonna. La sonnerie retentissait dans les couloirs, ils pouvaient l'entendre seulement s'ils étaient proches de la vitre ou bien de la porte. Bucky décroisa les bras et jeta un coup d'œil à l'autre homme qui réussit à enlever la grille dans un boucan quand celle-ci tapa sur le sol.

« - C'est toi qui as déclenché l'alarme ? Demanda Bucky.

- Pas moyen ! Aide-moi à monter pour rentrer dedans.

- Quoi ?

- C'est notre ticket de sortie. »

À côtés du conduit d'air, Bucky ne réfléchit pas car le froid perturbait ses pensées. Il lui fit la courte échelle et Sam rentra facilement à l'intérieur. À son tour, Wilson lui tendit la main pour le hisser dedans mais la porte s'ouvrit de l'intérieur laissant apparaître trois soldats en noirs. Bucky remit la grille et arracha le couteau du corps sans vie.

Quand il jeta un coup d'œil dans le conduit, Sam n'y était plus. Peut-être avait-il prévu de s'échapper seul sans même qu'il ait le temps de lui dire qu'il le pouvait. Peu importait à présent, car avec la venue de ses soldats la porte était libre s'il arrivait à frayer son chemin.

Le premier homme sortit son pistolet de son étui prêt à le braquer mais Bucky intervient avant, donnant un coup de pied dans sa main. L'arme sauta de sa main et le brun profita de son inattention pour se baisser dans sa course pour viser ses jambes. Il le poignarda à plusieurs reprises, suffisamment pour l'utiliser par la suite comme otage. Les deux autres restant tenaient leur arme à deux mains.

« - Ne tirez pas ! Cria une voix féminine. Nous avons pour ordre de le ramener au soin intensif. »

La femme fit son apparition, elle entra dans la salle en possession d'une main, une sorte de pic à glace et de l'autre, un petit marteau en métal. Malgré son visage défiguré et ses cheveux attachés de façon à cacher les endroits en manque, il reconnaissait son visage qu'il avait autrefois apprécié pour ses nombreuses valeurs lorsqu'il s'agissait d'une couverture.

Dans le train, cette même femme lui avait dit qu'elle l'aimait pour ses actions.

« - Tenez-le pour moi. Il a besoin d'une lobotomie. »

Les deux hommes tirèrent sans ménagement sur son otage. Bucky n'avait plus de moyens de pression, et ce n'était pas avec un simple couteau qu'il allait changer la donne. Une balle dans la tête ou dans ses membres, il ne se laissa pas faire docilement. Se battant comme il le pouvait, frappant dans des zones sensibles du corps humain jusqu'à ce qu'il fût foudroyé par un éclair sorti d'une matraque électrique.

De la même manière, par l'électricité, des souvenirs remontèrent à la surface, toutes ses choses enfouies dans son inconscient se réveillaient. Ce qui venait de titiller était un lointain passé, il se revoyait dans cette exposition « Le monde de demain » avec son meilleur ami.

Encore deux autres coups et le brun n'était plus en mesure de riposter, les deux hommes l'attrapèrent chacun par le bras et l'obligèrent à s'asseoir sur la chaise.

« - J'étais une scientifique avide de connaissances, mais aujourd'hui je préfère ma vie d'espionne. »

La femme blonde ne portait pas une blouse, mais la même combinaison de combat que portaient ses deux hommes de main. Elle rapprocha la grosse aiguille de son œil, lentement comme pour voir et prendre plaisir de chaque mimique qu'il pouvait faire en dernier recours pour s'échapper.

« - 1943.

- Pardon ? »

Son marteau était à quelques centimètres de cogner sur l'aiguille. Le brun chercha à se concentrer sur autre chose mais sa respiration restait saccadée, et puis, comment pouvait-il se calmer avec une aiguille à l'extrémité de sa cornée ? Certes il transpirait aussi, mais il se sentait paisible d'avoir retrouvé la date de cette exposition. C'était comme s'il venait de déverrouiller longtemps fermé.

« - La douleur m'aide à me rappeler.

- Vraiment ? Tant mieux alors. »

Le marteau tapa dans l'aiguille et la pointe plantée dans l'œil s'implanta en profondeur pour atteindre la zone désirée. Sous cette attaque externe, le corps de Bucky eut des sauts de tremblements en réponse. Sa vision se vit parceller de reflets brillants déformant la longueur des formes.

« - Comme une piqûre, on la sent à peine passer. Dés que j'aurais touché votre cortex préfrontal, vous perdrez toutes prises de décision. Et vos souvenirs n'altéreront plus car ils disparaîtront avec vos désirs, rien de bien méchant. »

Le deuxième coup suivit la fin de sa phrase, et son cœur avait du mal à résister face à la douleur lancinante qu'il ne pouvait avoir que sentir dans son cerveau. Sa vision se mit en mouvement et les images tournèrent en rond, il s'était ramolli sur sa chaise perdant comme elle lui avait annoncé, l'envie de battre. Et les souvenirs d'être James devenaient un rêve irréalisable qui s'évaporer tel le son de l'alarme qui griffait sa peau pour les muscles contractés.

« - Nous aurions dû le faire plus tôt... »

Le marteau de nouveau préparé se leva avec la main mais le geste ne s'effectua pas. D'abord à sa gauche puis à sa droite, deux jets de mousses bousculèrent les deux hommes à terre. Étonnée, elle se retourna et vit l'homme qui manquait à l'appel dans la salle accompagnée d'un extincteur rouge.

« - Dîtes bonjour à la grille ! »

Avant qu'elle ne puisse répondre, elle se prit une violente grille dans la tête. Comme les autres, elle perdit conscience. Sam lâcha sa grille et son extincteur pour lui porter secours. Ses yeux peinaient à rester éveillés, sa tête vacillait entre deux rives. Quand Sam porta un de ses bras sur son épaule, il ne l'avait pas reconnu, tentant de le pousser pour se mettre à l'écart. Mais celui-ci ne voulait pas le laisser de côté donc il retourna auprès pour l'aider à tenir debout et ce n'était qu'à partir de la deuxième fois, qu'il se sentait soulagé de voir qu'il n'était pas seul. Qu'il n'était plus un fantôme.

« - Hey, doucement... Tu croyais vraiment que j'allais te laisser tomber ? »


Note de l'auteur : Chapitre plus court que les autres, j'ai dû le couper pour des raisons de longueur mais aussi parce que sinon ça ne vous donnerait pas l'eau à la bouche pour la suite (si ça a marché...)
Qui a aimé le chapitre ? :D