Chapitre 13

Liverpool Juin 1985

« Dans les moments de paroxysme, il faut savoir être fou délibérément pour ne pas mourir sous le choc de la vie »

Michel Bataille

Bella

J'ai passé ma vie à imaginer ce qu'il y avait de l'autre côté du mur. J'ai mené un rude combat contre moi-même pour briser l'épaisse cloison qui me retenait prisonnière. Tout ça pour une poignée de choses vulnérables, faibles et mauvaises, l'humanité en somme. La noirceur aurait-elle un côté rassurant pour qu'on s'y réfugie ainsi ?

Je n'arrive pas à cesser de fixer la porte, j'ai la lettre d'Esmée dans la main et son billet de train pour Plymouth dans l'autre. Je me sens comme aspirée par cette porte et pourtant mon corps est incapable de bouger. Le tic-tac de l'horloge semble ralentir de plus en plus et quand la cloche aiguë de Speelow Lane Church tinte un coup, je sais qu'il est dix-huit heures trente. Il a dit à six, pas à sept. Et pourtant, il est plus près de sept heures maintenant. Il y a encore trente secondes j'avais de l'espoir, plus maintenant.

Je me relève difficilement, je suis assise face à la porte depuis trop longtemps et mes fesses sont toutes engourdies. Je me les masse en allant vers le téléphone. Je reste un petit moment la main sur le combiné, je sais que je m'apprête à faire quelque chose qui va radicalement changer ma vie, mais je ne vois pas quoi faire d'autre. Je dois agir, même si je ne sais pas quoi faire, j'ai trop attendu. J'aurais aimé qu'il me demande de rester, j'aurais aimé qu'il me dise que ma place est ici avec lui mais je sais que ces mots ne sortiront jamais de sa bouche, parce qu'il ne les pense pas. Et comme il a dit qu'il serait là à six et pas à sept et comme dans quelques minutes il sera sept, il ne me laisse pas le choix. Sans le savoir, il ne me retient pas.

Une larme brûlante dévale ma joue, je prends une grande inspiration et je tente d'être forte. Dans sa lettre, Esmée me dit que je peux venir quand je veux et même de manière définitive. Demain, je rangerai mes affaires, j'irai à la gare et ça sera définitif, comme elle le veut. Je partirai loin de lui, comme il le veut et j'aurai quelqu'un sur qui je peux compter, comme moi je le veux.

Il faut juste que je trouve le courage de décrocher ce téléphone. Alors je le fais, parce que c'est la meilleure chose à faire. La tonalité résonne dans mon oreille, je n'ai plus le choix. Je compose le premier numéro.

-Bella ! Bella ! Hurle Edward derrière moi et j'ai une frayeur de tout les diables si bien que le téléphone m'échappe des mains. Je raccroche vivement le combiné quand il fait des bons jusqu'à moi en criant qu'ils sont champion. Ses yeux brillent et sur ses traits je ne devine rien de plus que les stigmates du week-end dernier, je suis soulagée qu'il n'ait pas la tête nouvellement amochée.

-Bé, on a gagné le championnat ! On a sept points d'avance ! Tu m'entends ?

-Oui je t'entends ! Il se penche au-dessus de moi et avec une rapidité déconcertante il embrasse mes lèvres. Je le repousse en mettant mes mains sur ses épaules. Je ne comprends pas qu'il se comporte ainsi. Un large sourire étire ses lèvres.

-Pour toi !

Une énorme rose blanche apparaît sous mon nez et son délicat parfum chatouille mes narines. Je regarde la fleur avec étonnement, ses pétales sont si fins qu'on dirait du papier de soie et ils sont si blancs qu'elle à l'air irréelle.

-Elle est magnifique, souris-je en détaillant la perfection de sa forme.

-Comme toi ! Et pour me faire pardonner d'être en retard. Est-ce que ça marche ?

- Je ne sais pas trop, c'est … c'est la première fois qu'on m'offre une fleur en fait.

-C'est la première fois que j'en offre, sourit-il en caressant la ligne de ma mâchoire du bout des doigts et dans ses yeux bleus rieurs j'oublie tous mes doutes, toutes mes souffrances et mon cœur se serre parce que ça me touche d'être la première personne pour qui il a cette attention.

-Elle est très belle, merci Edward, ça me touche beaucoup.

-De rien, tu vas la mettre dans l'eau ?

-Oui.

-Est-ce que je peux t'emmener dîner ce soir ? J'acquiesce rapidement et il m'offre un sourire encore plus grand. Je le laisse poser ses lèvres sur mon front avant de le regarder s'éloigner vers la salle de bain. J'entends l'eau couler et la chaudière ronronner pendant plusieurs minutes. Je me concentre sur le son de sa voix qui entonne un genre de chant guerrier à la gloire de l'Everton Football Club qui parle de dockers, de bière, de boys et de super blues. Il crie « Everton Everton » et je pense qu'il est fou. Et ça me fait sourire. J'enfile ma veste en jean et je l'attends près de la porte. Petit Pote me regarde curieusement, il a été vraiment adorable avec moi aujourd'hui. Il n'a pas arrêté de chercher mes caresses, comme s'il avait senti que j'avais besoin d'affection.

-T'es prête ma belle ? Edward attrape rapidement sa veste et la fourre sous son bras. Une seconde après, il a pris ma main et m'escorte dans la cage d'escalier et Petit Pote trottine derrière nous. Edward est beau à tomber par terre dans son tee-shirt gris qui moule son corps musclé à la perfection et ses triceps roulent de manière obscène sous le tissu. J'ai envie de m'agripper à lui et d'enfouir ma tête entre ses omoplates et je ne me gène pas pour le faire quand il doit s'arrêter pour ouvrir la porte en bas de l'escalier.

-Hé ? Qu'est ce que tu fais ? Rit-il en se tournant contre moi et je me retrouve coincée contre le mur de la cage d'escalier, prisonnière de ses bras, de son regard pétillant, entièrement hypnotisée par lui. Je l'aime comme une folle cet homme qui m'offre des fleurs et me tient la main. J'aime ce garçon aux yeux brillants qui mordille mes lèvres comme si elles étaient un genre de bonbon piquant. Il est parfaitement détendu et heureux et je fonds complètement pour ce grand gamin allumé qui ne tient pas parole mais qui me fait me sentir tellement belle dans son regard.

-On ne va jamais manger si tu te frottes à moi comme ça grogne-t-il avant d'ajuster le col de ma veste. Allez Bé, j'ai faim ! Il me coince sous son épaule et m'entraîne sur le trottoir. On marche jusqu'au Oak et je lui demande combien de buts a marqué Everton. Il me décrit l'unique but de la rencontre en long en large et en travers jusqu'à ce qu'on atteigne le parking à l'arrière du bar, là où il stationne sa voiture puisque c'est interdit sur Speelow.

-Pourquoi on emmène le chien exactement ? Finis-je par demander quand celui-ci saute sur la banquette arrière.

-Pour le sortir un peu.

-On aurait pu le sortir en rentrant dis-je en me laissant tomber dans le siège passager.

- J'ai d'autres projets pour nous en rentrant.

-Ah oui ? Quel genre ? Edward ricane en se penchant au-dessus de mon siège.

-Tu sais très bien quel genre de projet, j'ai eu une belle journée, on va avoir une belle soirée et j'espère te faire passer une belle nuit, si tu es toujours d'accord.

Il me faut plusieurs secondes pour comprendre à quoi il fait allusion et ma bouche s'ouvre et se referme plusieurs fois de suite sans qu'aucun son ne franchisse la barrière de mes lèvres. Je ne sais pas si je suis toujours d'accord. Je n'en sais rien, mais une image d'Edward nu s'impose sous mes paupières et la peur me vrille le ventre. Je suis terrifiée à l'idée qu'il me touche, qu'il me fasse mal comme l'autre connard de Jacob. J'ai terriblement peur et je ne sais même pas comment lui dire que non, je suis plus vraiment d'accord. Enfin, si je le suis parce que c'est Edward et que si ce n'est pas lui, ça ne sera jamais personne mais peut-être qu'il vaudrait mieux que ce ne soit personne.

-Poupée ? Qu'est ce qui se passe ? J'entends la panique dans la voix d'Edward et mes yeux se rouvrent sur ses orbes bleus paniquées.

-Rien ça va, ça me fait un peu peur en fait. Est-ce qu'on peut y aller maintenant ?

-Ouais bien sûr.

Il me jette un regard sceptique avant de mettre le contact et je me fais violence pour ne pas pleurer. Ça va être horrible, je le sens, je le sais. Et pourtant, je veux prendre sur moi et vivre ça avec lui, parce qu'avant que Jacob m'attrape derrière le transformateur électrique je mourais d'envie d'offrir mon corps à Edward. Mais Jacob m'a fait vraiment mal et je me sens juste éventrée depuis hier mais peut-être qu'Edward peux me faire oublier cette horrible sensation ? On roule quelques kilomètres et on traverse les docks, on longe l'estuaire un petit moment et je ne sais pas où il m'emmène mais je lui fais confiance. Peut-être que je devrais faire pareil et suivre simplement ses plans. Je me frotte le visage, j'inspire un grand coup et je me force à sourire. Je dois être forte, pour lui, pour moi, pour ma vie future. Jacob est un con et il n'aurait jamais dû faire ça, comme mon père n'aurait jamais dû me frapper et me dire toute ces méchancetés. Qu'ils aillent en enfer !

Je dépose ma main sur celle d'Edward, sur le levier de vitesse et je glisse mes doigts entre les siens. Ça me fait me sentir comme connectée à lui et d'une certaine manière en sécurité. Il ne les lâche d'ailleurs pas et ça me permet de me focaliser sur la chaleur qui émane de sa peau douce.

Edward stationne sa voiture dans une rue résidentielle et je me demande bien ce qu'on fait ici. Il n'y a pas de restaurant à première vue.

-Où sommes-nous ? Demande-je intriguée alors qu'il quitte l'habitacle pour gagner l'arrière de sa voiture. Je sors aussi et regarde alentour mais il n'y a que quelques voitures stationnées le long des hauts murs en brique qui bordent, j'imagine, de grandes propriétés.

-Tu ne sens rien ? Sourit-il en claquant le haillon rouillé du coffre. Je renifle en levant bêtement la tête en l'air et je capte seulement l'odeur des pins qui ont l'air de pousser partout ici.

-Allez viens, tu vas voir. Edward longe la route, il porte un sac en plastique dans sa main droite et sa veste dans l'autre. Je trottine presque pour le suivre et je jette un coup d'œil par-dessus le sac pour voir ce qu'il contient. Je devine des sandwiches, des bières et une bouteille de soda. Un sourire étire mes lèvres, Edward a une drôle de conception de l'invitation à dîner, mais ça me plaît.

-On va pique-niquer? Il me fait signe que oui. Je le suis dans un chemin de terre grise, un peu étroit, entre les hauts pins et je comprends enfin de quoi il me parlait en arrivant dans le virage. L'odeur de l'iode emplit mes poumons quand le chemin s'évanouit pour laisser place à une grande plage de sable foncé. La mer s'étend dans le couchant à perte de vue.

-Mince, j'avais oublié à quel point c'était si beau ! S'exclame Edward. Il fait quelques pas dans le sable, et le petit chien s'éloigne en courant comme un fou. Edward se laisse tomber dans le sable, au milieu de l'immense plage pratiquement déserte. Je fais de même à ses côtés, le soleil forme un disque blanc parfait sur un fond d'abord jaune, puis orange finissant par devenir rose. Il vient éclairer les quelques nuages qui le surplombent. On dirait qu'ils sont gris foncé et que quelqu'un en a tracé les contours avec un crayon doré.

-C'est magnifique Edward.

-C'est la deuxième fois que tu dis ça aujourd'hui.

-C'est la vérité !

Mon attention se porte sur l'étendue d'eau qui reflète dans des milliers de points lumineux le fabuleux coucher de soleil. Les vagues sont minuscules mais suffisantes pour former une fine écume blanche qui s'étire sur le sable quand elles vont et viennent à quelques mètres de nous. La main d'Edward glisse sur la mienne et je finis par tourner la tête vers lui.

-Tu devrais être beaucoup plus près de moi, dit-il très sérieusement et la lumière a rendu ses yeux si clairs que je reste un petit moment hébétée par la teinte gris perle qu'ils ont pris. Il me ramène à la réalité en tirant un peu sur mes doigts. Je me rapproche, pour faire ce qu'il me dit d'abord, pour aussi scruter ses deux pierres précieuses et surtout pour le toucher, parce que ça rendrait le moment parfait. Quand je pousse sur mes mains pour rapprocher mon corps du sien, il se redresse un peu sur ses pieds et passe derrière moi. Il me cale sur son torse, entre ses jambes et ses bras s'enroulent autour de moi. Mon cœur bat différemment, il a battu de peur, d'excitation, d'angoisse, de joie mais là tout de suite, contre lui, face à ce sublime paysage, avec le bruit des vagues et sa chaleur qui s'infiltre dans mon corps, mon cœur bat lentement, profondément, lourdement. De bien-être tout simplement et je me sens comblée. Ça valait vraiment le coup de subir toute cette merde pour en arriver là, à cet endroit précis, aujourd'hui, avec lui.

Je ferme les yeux, j'inspire un grand coup et j'essaie de capter chaque seconde du moment. Cet instant est précieux, je sais que la vie en offre peu des comme ça.

-Je me sens bien souffle Edward dans mon oreille, merci Bella. L'émotion fait tressauter mon souffle, je sais ce qu'il ressent.

-Moi aussi. Souris-je en caressant ses genoux de chaque coté de mon corps.

-Bella, si un jour dans ta vie, si a un moment tu te sens triste, ou seule… Edward prend une grande inspiration contre moi. Si tu es malheureuse ou perdue, ferme les yeux et pense à ce moment. Pense à toi et moi, ici et maintenant. Les larmes me montent aux yeux.

-Tu dis ça comme si c'était le dernier bon moment qu'on passe ensemble.

-Je ne sais pas, qui peut le savoir. C'est pour ça, mémorise-le, juste au cas où.

-Je suis sure qu'il y en aura d'autres mais promis, celui-là, je le garde dans un coin, pour les jours gris.

-Merci. Souffle-t-il encore avant d'embrasser la peau sous mon oreille et ma tête bascule sur le côté et ses lèvres caressent mon cou un très long moment. J'oublie presque ce qui nous entoure, enveloppée par la chaleur de son corps, envoûtée par la douceur de ses baisers et bercée par ses respirations profondes.

-Est-ce que tu as faim ? Murmure-t-il quand le soleil touche la mer et qu'autour de lui le ciel a pris une teinte rouge tandis qu'au-dessus nous le bleu foncé de la nuit commence à prendre ses droits, les premières étoiles se mettent à scintiller.

-Un peu, mais je suis tellement bien là, je n'ai pas envie de bouger d'un centimètre.

-Il faut pourtant que tu te redresses, je crois que je sens plus mes bras. Je me décolle de lui en prenant conscience que j'étais complètement avachie. Il ricane un peu.

-Je plaisante, tu ne pèses pas plus lourd qu'une plume. Il en profite quand même pour attraper le sac et me tend un sandwich.

- Je ne veux pas te presser mais, il faudrait quand même qu'on retourne à la voiture avant qu'il fasse complètement nuit. Imagine dans le noir, qu'on ne retrouve pas le chemin !

- Il est juste derrière nous Edward! Oh alors quoi ? Tu as peur de passer la nuit ici ?

-Non et toi ?

-Avec toi, non je n'ai pas peur, tu me protégeras ?

-Ouais, bien sûr, mais je ne me suis jamais battu contre un ours moi !

-A part Emmett il n'y a pas d'ours en Angleterre.

Edward éclate de rire en mordant dans son sandwich et je fais de même en riant. Je me tourne un peu pour lui laisser de la place et pouvoir le regarder, parce que je ne m'en lasse pas. Il est beau et me perdre dans sa contemplation ça ne me fait penser à rien d'autre. Sa présence a un effet anesthésiant sur moi. Je voudrais capturer ce que je ressens et le garder au fond de moi pour toujours.

On reste sur la plage jusqu'au dernier rayon du soleil et je n'ai pas le cœur à rentrer. Edward a passé sa veste sur mes épaules et moi je n'ai pas froid mais ce n'est pas son cas et je lui frotte le dos quand on regagne l'habitacle de sa Vaux-hall. Il ne nous faut même pas une demi-heure pour rentrer à Everton et pendant tout le trajet, je tripote les doigts d'Edward. On parle de tout et de rien et c'est vraiment agréable. Les lumières défilent et je suis triste de voir l'enseigne de l'Oak à l'angle de la rue. J'aurais aimé que ce moment ne se termine jamais.

D'autant plus qu'il y a des mecs partout autour du bar, ils chantent et crient. Ça ressemble à une grosse fête ou la bière coule à flot et les gens sont heureux. Edward m'ouvre rapidement la portière de la voiture. Je quitte le siège sans le lâcher du regard. Il est tendu et je pense qu'il préférerait être en train de faire la fête avec ses copains. Je détaille ses traits crispés et je ne veux pas qu'il se sente obligé de faire quoi que ce soit pour moi. Surtout que je ne lui ai rien demandé. Je ne comprends pas pourquoi il n'est pas avec eux alors je lui pose la question franchement.

-Pourquoi tu n'es pas au bar à fêter votre victoire ?

-On fera encore la fête la semaine prochaine dit-il en haussant les épaules, quand l'équipe soulèvera la coupe ! Et je préfère être avec toi. Si on rentrait maintenant ? Avant qu'on ne se fasse remarquer et qu'on soit obligé d'aller boire un coup !

-Oui, tu as raison, sauvons-nous !

Edward rit et attrape ma main. On regagne rapidement son appartement. Je file directement vers la cuisine et Petit Pote ne me lâche pas d'une semelle.

Je prépare la gamelle du chien pendant qu'Edward range un peu ses affaires. Il disparaît dans la chambre et je regarde distraitement Petit Pote se gaver. J'aime bien qu'Edward fasse un peu de rangement. C'est vrai qu'il est complètement nul pour ce qui est du ménage, mais il s'améliore et il fait à manger, s'occupe du chien et il a même emmené mes habits à la laverie cette semaine. Jamais mon père n'en aurait fait le quart, j'aime Edward pour ça.

Je sens ses mains sur mon ventre avant de me retrouver contre lui. Je souris et réfrène un gémissement. Ses doigts peignent mes cheveux sur le côté et comme d'habitude, il dégage ma nuque pour pouvoir sucer la peau de mon cou. Il aspire ma peau entre ses lèvres et je sais qu'il est en train de me faire des marques, c'est plus fort que lui, il faut qu'il laisse une trace de son passage à chaque fois. Je sens ses doigts attraper le bord de mon pull et il le tire vers le haut sans me demander mon avis. Mais ça ne me dérange pas, mon chemisier est fin et ça me permet de sentir la chaleur qui traverse son tee-shirt à lui aussi.

-Et si on allait dans la chambre ? Chuchote-t-il en caressant ma taille et mon ventre. Il me pousse doucement et passe devant moi pour m'ouvrir la porte. Il a fermé les volets et allumé des bougies autour du lit qui pour une fois, est fait. La rose qu'il m'a offert tout à l'heure trône majestueusement sur la table de nuit et les flammes lui donnent une jolie couleur jaune pale. La pièce semble plus petite, plus chaleureuse et c'est vraiment romantique.

Je me tourne dans ses bras pour embrasser sa bouche en couinant.

-C'est magnifique !

-Trois fois ! Rit-t-il contre mes lèvres en me décollant du sol. Il me dépose délicatement sur le lit et mes mains ne veulent pas lâcher ses épaules si bien qu'il reste penché au-dessus de moi, en appui sur un bras, tandis que l'autre monte et descend sur mon buste provoquant une quantité infinie de frissons en moi.

-Je vais mettre de la musique bébé, ne bouge pas. Mes mains retombent et il se relève. J'en profite pour enlever mes chaussures et mes chaussettes. Il dépose un vinyle sur le tourne-disque et un crépitement me parvient avant que la pièce soit envahie par Careless Whisper de George Michael. Je reconnais les premières notes, j'adore cette chanson. Edward enlève son tee-shirt et je me mords les lèvres en pensant que dans quelques secondes mes doigts seront sur ses muscles. Son dos forme un V parfait, sa taille est étroite quand ses épaules sont larges, ses omoplates saillantes et ses fesses, enserrées dans son jean sont surmontées par deux petites fossettes délicieuses en dessous du creux de ses reins. Il se tourne vers moi et me sourit.

-Tu es magnifique, dis-je alors que ses yeux semblent de braise.

-Et de quatre, chuchote-t-il. Il redresse un peu la tête et carre les épaules, je vois la fierté dans son regard, j'aime ça. Mais pas le temps de le trouver beau dans son arrogance, tout mon corps lui crie de venir à moi. Il me détaille depuis le pied du lit et je brûle littéralement. Je veux embrasser ses pectoraux, palper sa taille ferme et lécher chacun de ses abdominaux. J'exulte quand il rampe sur le lit pour atteindre mon corps. Mes mains le prennent immédiatement d'assaut quand il caresse mon visage. Il peigne mes cheveux en arrière avec ses doigts et se niche dans mon cou. Je me laisse aller sous la chaleur de son corps. En sécurité, à l'abri, avec le battement de mon sang dans mes tempes et le souffle court. J'ai peur, mais je lui fais confiance, et surtout, je le veux plus que tout, je veux lui appartenir.

Edward

Tu t'es jamais dit « cette fois je fais les choses bien » et bien moi si, c'est ce que j'ai fait ce jour-là, mais looser tu es, looser tu resteras. J'avais trouvé l'interrupteur, les plombs ont sautés, je me suis retrouvé dans le noir.

Bella est un peu tendue contre moi, elle sursaute chaque fois que je l'effleure et ça ne me plaît pas du tout. Je veux que ce moment soit parfait pour elle. J'imagine, qu'à cause de mes sous-entendus elle a bien compris que je me suis enfin décidé à passer le cap et ça a complètement perdu de sa spontanéité et du coup, elle doit angoisser. Je m'en veux d'avoir trop parlé alors je prends mon temps pour la déshabiller, l'effeuiller même, comme pour rattraper ma maladresse. La soirée s'est passée à la perfection jusqu'ici et je pense qu'elle peut finir en beauté mais elle est terrifiée alors je ne dois faire aucun geste brusque et suivre son rythme. Je détache un à un les boutons de son chemisier et son soutien-gorge en coton apparaît devant moi. Je réfléchis quelques secondes, en embrassant le haut de sa petite poitrine adorable, j'hésite à lui enlever. Je décide de le laisser en place pour le moment et mes doigts glissent entre nos corps. Elle sursaute encore quand j'atteins le bouton de son pantalon.

-Bébé, détends-toi.

-j'ai peur Edward.

-De quoi mon amour ? J'embrasse doucement la vallée de ses seins, et je caresse sa taille.

-Que tu me fasses mal. Tremblote sa voix.

-Non, bébé, non, je te le promets Bella. Regarde-moi. Je plonge dans ses yeux et comme si elle était la chose la plus précieuse de la planète, j'effleure son visage, divinement éclairé par les flammes. Mes doigts prolongent leur course dans sa nuque.

- Bella, mon amour, je ne te ferai pas de mal, je te le jure. Je pose mes lèvres aussi délicatement qu'il est possible sur les siennes.

-Je veux … Edward... S'étouffe-t-elle contre ma bouche

-Oui ? Dis-moi chérie, tout ce que tu veux.

-Je veux plus !

-Plus de quoi Bella ?

-De toi.

- Je ne comprends pas, tu as déjà tout de moi, je suis entièrement à toi.

-Oui, je veux que tu m'appartiennes, je veux avoir, juste une fois, l'impression que tu es à moi.

Je me laisse tomber sur le côté, je glisse mon bras dans le creux de ses reins, je la ramène au-dessus de moi d'un seul geste. Comme elle se redresse, se retrouvant assise sur moi, je repousse son chemisier sur ses épaules, le lance au loin, puis j'attrape ses mains et les pose sur mon torse.

-Je t'aime comme ce n'est même pas imaginable alors détends-toi bébé, je suis à toi, entièrement.

-Oh Edward ! Pleure-t-elle en tombant sur moi et son visage se niche entre mes pectoraux et je referme mes bras autour d'elle la serrant fort.

-Je t'aime tellement moi aussi renifle-t-elle et en plus de me faire frissonner de la tête aux pieds, ça fait tordre mon ventre de plaisir. Je suis à toi moi aussi Edward. Et je me sens léger, je ne suis pas sûr qu'elle avait besoin de me le dire, je le savais. Je sais qu'elle m'aime, malgré ce que je suis, elle m'aime moi, avec toute la merde en moi et autour.

-C'est la première fois que quelqu'un me dit qu'il m'aime. Bella presse ses lèvres contre les miennes pour me faire taire. Je dégrafe son soutien-gorge, je pousse son jean sur ses fesses et je caresse en me redressant, toute la longueur de son dos. Je me sens terriblement fort et beau et exceptionnel d'avoir dans mes bras cette femme aussi extraordinaire qu'est Bella. Nos lèvres ne se lâchent plus et nos langues s'emmêlent, dansent, se battent.

Mes bras la maintiennent fermement contre mon torse tandis que ses longues cuisses fines enserrent ma taille. Comme elle est penchée au-dessus de moi, ses épaules s'arrondissent et quand je plante la pulpe de mes doigts dans sa peau, ça la fait se redresser et ses seins se retrouvent à hauteur de mon visage et je les lèche avide du goût de sa peau et de sa douceur. Elle s'agrippe alors à ma nuque et m'étouffe contre elle. Je ne peux pas m'en plaindre. Mais je finis quand même par la rallonger sur le matelas parce que j'ai besoin de caresser tout son corps et mes mouvements sont trop limités ainsi.

J'enlève pour de bon son jean, puis le mien. Elle m'observe en se mordillant la lèvre et ses yeux brillent d'une lueur insaisissable, mélange de douceur, d'affection et d'inquiétude. J'imagine que c'est normal, même si c'est plutôt surprenant. J'ai du mal à saisir pourquoi elle m'aime moi, mais par pur égoïsme je le prends. Pour une fois dans cette putain de vie, je veux prendre ça, même si je ne le mérite pas, je veux le prendre parce que peu importe que je ne sois pas quelqu'un de bien, personne ne l'aimera aussi fort que moi je l'aime. Personne ne pourra être aussi doux et patient avec elle que moi je le suis. Personne ne l'admirera autant que moi, personne n'aura jamais de sentiments suffisants pour la mériter comme moi je la mérite.

Mon corps presque nu se moule au sien et je parsème chaque centimètre de sa peau de baisers. Lentement, méticuleusement. J'accorde un peu plus d'importance à ses seins, que je cajole encore plus que d'habitude. Réfrénant mon envie d'aspirer durement ses pointes, veillant à ne pas enfoncer mes doigts trop brutalement dans la chair douce et ferme de ses cuisses ou de sa taille. Je suce, l'os saillant de sa hanche et je récolte des couinements et des grattouilles à l'arrière de ma tête. Parfois elle expire un juron alors ça me fait planer. Mes doigts font lentement glisser sa petite culotte jusqu'à ce qu'elle soit piégée à la jonction de ses cuisses serrés. Mes lèvres se posent au coin de son pubis pour qu'elle se détende. Ça fonctionne à merveille quand ma langue traîne lascivement sur son aine. Le petit morceau de coton à fleur se retrouve rapidement au niveau de ses genoux et je ne m'en occupe plus, je me concentre uniquement sur son centre nerveux, que je sais brûlant et délicieux. Je me rallonge sur elle, je prends sa bouche avec passion quand mon sexe engorgé, toujours prisonnier de mon caleçon se promène contre son pubis.

-Qu'est-ce que tu veux mon amour ? Dis-moi.

-Toi ! Je te veux toi Edward ! Couine-t-elle avant de mordre ma lèvre et ça m'envoie des frissons dans toute la colonne vertébrale. D'une main habile, sans quitter son corps, je descends mon caleçon et je suffoque de plaisir contre son épaule, mes bras me portent difficilement quand ma peau sensible se retrouve en contact avec la sienne, brûlante et humide.

-Oh mon Dieu, Bella ! Elle se tord sous moi, étouffant un gémissement, inclinant son bassin vers moi.

-Edward je t'en prie ! Pleurniche-t-elle et j'irai plus vite si mon cœur ne menaçait pas d'exploser à chaque seconde. Je redoute tellement de lui faire mal que j'enduis deux de mes doigts de salive pour lubrifier un peu son entrée avant de prendre son corps et d'enfin la faire mienne. Et surtout que je sois sien, pour toujours. Ma main passe entre nos corps et se pose aussi délicatement que je peux sur sa délicieuse intimité. Ses cuisses se crispent autour de mes hanches.

-Mon amour, je t'aime. Bella, je vais être doux pour toi, ne t'inquiète pas. Détends-toi ma chérie. Ça va être merveilleux. Mes doigts glissent dans sa fente chaude, je masse lentement son clitoris, récoltant une petite morsure dans mon cou. J'écarte encore plus doucement ses lèvres et mes doigts glissent jusqu'à son antre. Elle sursaute encore alors je l'embrasse à pleine bouche.

-Bébé, je t'aime, je ne te ferai pas de mal, je te le jure. Je ponctue ma phrase par un nouveau baiser et je sens ses plis humides se décontracter et mes doigts glissent naturellement dans sa chaleur. Mon majeur et mon index se retrouvent largement absorbé et ça me rassure de voir à quel point ils sont rentrés facilement, cela signifie que mon sexe que je n'ai jamais sentis si dur, ne sera peut-être pas si douloureux. Mes doigts glissent un peu plus loin en elle et je la sens se contracter sur moi. Je ferme fort les yeux en imaginant la sensation que ça fera sur mon sexe. Et ça me donne presque envie de jouir. Je suis certain que j'arriverai à la pénétrer sans la blesser maintenant tellement mes phalanges vont et viennent langoureusement mais profondément en elle. Elle n'est plus aussi étroite qu'il y a quelques jours et c'est comme si elle n'était plus vierge. Putain ? Mes doigts se figent en même temps que je comprends que Bella a perdu son pucelage.

-Bébé ? Est-ce que je t'ai fait mal ?

-Non, mais arrête s'il te plaît, elle repousse ma main d'entre ses cuisses et embrasse mes lèvres furtivement. Je ne veux pas tes doigts, je veux plus ! Je t'en prie Edward.

J'ouvre brusquement les yeux parce que j'entends les larmes dans sa voix.

-Bella ? Tu pleures mon cœur ?

-Non, Edward fais-moi l'amour je t'en supplie. Je sens ses petits doigts triturer mes épaules mais surtout ce sont les sanglots qui obstruent sa trachée qui me font comprendre qu'un truc m'échappe. Bella n'est plus vierge et elle pleure quand je la touche. Il y a même pas trois jours elle prenait un plaisir fou alors que je glissais à peine le bout de bon index en elle.

-Bella ? Comment ça se fait que tu merde je ne trouve pas mes mots, Bella, t'es plus vierge. Qu'est-ce qui s'est passé ? Un sanglot déchirant me répond et je crois que je deviens fou. Je ne peux pas croire que c'est moi qui est brisé son hymen, j'ai veillé à ça chaque fois que je l'ai touchée.

-Tu couches avec un autre gars ! Crie-je en me redressant sur mes genoux, remontant mon caleçon d'un seul mouvement. Je ne peux pas croire qu'elle fasse ça mais c'est la seule explication.

-Non ! Edward non ! De grosses larmes débordent de ses yeux terrorisés mais je n'en ai rien à foutre. Elle tire sur le drap pour se couvrir en se recroquevillant face à moi, comme une petite fille fautive.

-Putain ! Je ne peux pas le croire ! T'as couché avec un mec ? Tous mes espoirs se brisent et mon cœur se fissure d'un coup.

- Non, je n'ai pas couché avec lui ! Pleure-t-elle. Et mon cœur explose littéralement, je sens le sang bouillir dans mon corps.

-Avec lui ! Lui ? Putain lui ! T'as fais quoi avec lui ? Crie-je hors de moi en balançant dans le mur sans réfléchir le premier truc à proximité de ma main en quittant le lit d'un bond de peur de la gifler.

-J'ai pas eu le choix, je te demande pardon crie-t-elle terrorisée.

-Quoi pardon ? Tu me demandes pardon ? Mais je rêve putain ! Je hurle comme un fou et ça ne me soulage même pas. Ça me fait juste perdre mon souffle et mes poumons me brûlent.

-J'ai essayé de … de… de me défendre Edward, je te jure mais… mais ils étaient trop fort ! Un horrible sanglot vient de nouveau ponctuer sa phrase et elle ferme les yeux. Ses mains s'enroulent autour de sa tête alors qu'elle se recroqueville contre la tête de lit, le plus loin possible de moi.

-Quoi ? Bella, quoi ? Tu t'es défendue ? Ils étaient trop forts ? Qui ça putain Bella ?

-Pardon ! Je te jure j'ai essayé de résister. Elle se balance d'avant en arrière comme une démente et j'ai subitement très peur.

-Bella merde qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Il m'a forcé Edward ! Je ne voulais pas ! Je te le jure !

-Qui ? Putain Bella ! Qui ? Les cris sortent de ma bouche en même temps que je comprends qu'elle s'est fait agresser.

-Jacob Black. Couine-t-elle.

Et là, à ce moment précis, je sens un truc craquer en moi, comme si je venais de prendre une décharge électrique directe dans le crâne. Je me sens comme foudroyé sur place. Tous mes muscles se tendent d'un coup et restent furieusement contracté.

-Je vais le tuer !

Avant même que j'ai pu penser à quoi que ce soit j'ai sauté dans mon jean.

-Non Edward ! Non ! Pleure Bella mais je suis déjà entrain d'enfiler mon tee-shirt, je n'entends plus rien, je ne vois plus que du rouge. Je vais le tuer aussi simplement que ça.

-Edward calme-toi ! S'il te plaît. La voix de Bella est lointaine et j'attrape mon couteau sur la table avant de claquer la porte.

Ce soir, s'en est fini des Blacks.