10 janvier 515
Kei n'est pas fâchée d'avoir un jour de congé. Elle s'étire dans le lit comme un chat, roulant contre Kami, et se blottit contre lui. Elle est épuisée par ses doubles journées, le soir au restaurant, le reste du temps au bureau, mais elle refuse de mettre une croix sur son travail d'appoint tant qu'elle peut tenir le choc. Nul ne sait ce qui peut lui arriver, et rien n'est moins sûr que ce contrat doctoral pour lequel elle n'a aucune capacité. Elle a passé sa première semaine à brasser de la paperasse pour tenter de comprendre, d'une part la géologie de la région, d'autre part les particularités de la faune pokémone locale, et pour finir, les techniques d'analyse s'appliquant à la fois aux roches et aux pokémons. Elle se pose plein de questions au sujet de la nature profonde de ces derniers, et de leur origine, mais elle hésite à questionner Père, par respect pour lui – il est quand même vénéré, surtout en Amérique du Sud, comme étant le premier de tous les pokémons.
- Dis, murmure Kami en s'éveillant. Ça te dirait, une nouvelle robe ?
- Tu m'as acheté une nouvelle robe ! s'exclame-t-elle. C'est vraiment adorable ! Je peux la voir ?
- Noire et blanche, avec des volants, ça te va ?
- N'importe quoi me va venant de toi, répond Kei avec conviction.
Elle a déjà oublié l'incident du début de semaine, et le contenu du sac gardé secret pour une raison qui lui avait alors échappé.
Kami fait un geste, et un paquet sort de là où il l'avait caché pour tomber dans le giron de Kei. C'est une robe courte, jupe noire à jupon blanc, corsage blanc avec corselet noir et rubans noirs.
- C'est mignon ! s'exclame Kei en la plaquant contre elle. Je peux l'essayer tout de suite ?
- À ta guise, répond Kami.
Malgré la fraîcheur de la pièce, Kei jaillit hors du lit et de son pyjama pour sauter dans la robe.
- C'est exactement ma taille ! s'extasie-t-elle. Merci beaucoup, Kami ! Mais... ce n'est pas un peu court ?
- Il y a d'autres choses qui vont avec, répond le pokémon.
Une paire de bas blancs à jarretière de ruban noir apparaît dans ses mains, ainsi qu'un bandeau pour les cheveux, blanc à ruban noir, avec des petits volants.
- Tiens, il y a ça qui va avec. Tu veux que je t'aide à les enfiler ?
Une paire de chaussures noires à très hauts talons complète le tout.
- Kami, tu crois que je vais pouvoir me promener en public avec ça sur le dos ? hésite Kei en se regardant dans le miroir.
- Je préfèrerais que non, répond Kami avec un petit mouvement de l'oreille. Au fait, il y a encore ça qui va avec.
Il lui tend une paire de gants et un petit tablier blanc. Habituée à voir des femmes porter un tablier comme accessoire d'habillement, Kei l'enfile sans broncher.
Elle se regarde dans le miroir avec un œil critique.
- C'est vraiment très joli, merci Kami. Mais ça a dû coûter une fortune !
- Rien n'est trop beau pour toi, répond-il.
- Dans combien de magasins es-tu allé me promener l'autre jour ? s'amuse-t-elle.
- Un seul, répond Kami avec un sourire narquois.
Kie fronce les sourcils elle met un peu de temps à comprendre.
- Tu veux dire que...c'est un costume fétichiste ?!
Elle ouvre de grands yeux effrayés, moitié à l'idée de porter un costume qu'une femme bien élevée n'est pas censé enfiler, moitié en se rendant compte qu'elle l'avait pris pour une robe à la mode.
- Ça te dirait de jouer à la soubrette ? avance Kami.
- Comment ça, à la soubrette ? tremble Kei.
- Et bien, explique Kami, je suis le seigneur de la maison et toi, ma dame de chambre. Ton rôle est de t'occuper de moi, faire la cuisine et le ménage, servir à table.
- La même chose que d'habitude, mais avec des talons hauts, en somme, résume Kei.
- La différence avec d'habitude, c'est que tu dois m'appeler « Monsieur » et que, comme je peux te mettre à la porte à n'importe quel moment si tu ne te conduis pas bien, tu as pris l'habitude de ne pas protester lorsque j'ai les mains un peu baladeuses.
Kei essaye de réprimer un sourire.
- Comme d'habitude, en sorte.
- Non, pas comme d'habitude ! insiste Kami. Tu es une dame de chambre à mon service. Ce n'est pas du tout la même chose. Une dame de chambre est censé protester un minimum quand son patron a les mains baladeuses.
- Oh, fait Kei. Je commence à comprendre.
Elle réfléchit un peu plus, puis :
- Mais si j'ai vraiment envie d'arrêter de jouer ?
- C'est à ça que sert la clochette, répond Kami. Garde-la dans ta poche, je la glisserai dans ta main si je t'immobilise les poignets. Fais-la sonner si ça ne va pas.
Kei est encore toute retournée par ce qu'elle vient de vivre. Elle court presque dans les rues pour attraper le premier tramway qui l'emportera vers la rive droite du Rhin, là où se trouve l'échoppe où Kami l'a entraînée de force en début de semaine. La séance qu'elle vient de vivre lui a laissé des frissons qu'elle ne parvient pas à réprimer.
Kami a été parfait dans son personnage, froid, distant et sévère, mais néanmoins plein de respect et d'attention. Quand elle a laissé tomber la clochette, qu'elle avait gardé en main au lieu de la glisser dans sa poche, il s'est aussitôt précipité vers elle, lui a pris le plateau des mains, et l'a examinée de haut en bas en lui demandant ce qui n'allait pas, si elle avait des ampoules, s'il surjouait trop son personnage. Elle a trouvé ça adorable et ça l'a aussitôt mis en confiance. Et lorsqu'il a passé sa main sous sa jupe, il cherchait du regard son consentement à-travers le masque de son personnage.
Elle est saisie d'émotion et doit plonger son visage dans un mouchoir afin de garder sa contenance. Elle peut avoir confiance en lui. Même s'il ne lit pas dans ses pensées, elle peut avoir confiance en lui. Même s'il ne cherche pas à lui donner du plaisir pour pouvoir le ressentir à son tour, elle est comblée.
Mais surtout, frustrée.
Ce dard de plaisir qui plonge dans ses reins, c'est bien. Un membre bien matériel, c'est mieux. Alors, au vu de ce qu'elle a pu entrapercevoir de ce qui est encore caché dans le sac, elle est persuadée qu'elle trouvera, dans la boutique du quartier de Kehl, de quoi pallier ce manque qui se fait de plus en plus ressentir. Elle a pris son courage à deux mains et a décidé d'y aller, seule, en profitant d'un coup de sang comme d'autres profitent de l'excès de boisson.
Enfin, seule, c'est une façon de parler. Elle a Sakura avec elle, frissonnant dans la poche de son manteau, et Amalthea et Saturnin au chaud dans leurs noigrumes, dans l'autre poche. Elle est peut-être bien remontée, mais elle n'en est pas moins prudente. Elle sait que ceux qui cherchent à asservir Kami ne reculeront devant rien pour l'attirer dans un piège, et qu'elle est donc elle-même en grand danger.
Suspicieuse soudain, elle sort Sakura de sa poche et le lève à hauteur de son visage, cherchant à discerner les traits de Père derrière le minois de la fleur de cerisier. Satisfaite de son examen, dont le résultat lui indique qu'il n'y a pas anguille sous roche, elle glisse à nouveau le pokémon dans sa poche en lui caressant la tête. Elle sourit en se rendant compte qu'il a grandi, un peu. Il n'a pas encore atteint la taille normale pour un ceriflor, mais il n'est plus tout petit comme auparavant.
Enfin, la boutique. En fermant les yeux, Kei passe la porte, s'attendant à être assaillie par la vision d'images pornographiques grandeur nature et par des étagères couvertes de jouets pour adultes de taille surdimensionnée et de formes obscènes.
Elle ouvre les yeux, et se retrouve au milieu de pièces de lingerie délicates et subtiles, de chaussures aux talons vertigineux, et de bijoux ornés de strass aux volutes délicates.
- Je peux vous aider ? propose aimablement un vendeur aux allures étranges.
- Je euh... un peu délicat c'est...
Elle est déboussolée par les attitudes de l'homme, et se rend soudain compte que d'une certaine façon, il lui rappelle Danielle.
- Comment ce que je cherche expliquer... pour une amie c'est...
- Ah, je vois. Vous voulez lui offrir un godemichet pour son enterrement de vie de jeune fille ?
- Un quoi ?
- Un gode. Un dildo. Un accessoire pour remplacer le sexe d'un homme.
- Oui, voilà, exactement ce que je cherche c'est !
- Suivez-moi.
Elle lui emboîte le pas et contourne un portant présentant des costumes de soubrette, bunny-girl, catwoman, infirmière et autres, puis passe devant une étagère couverte de lubrifiants et autres huiles de massage. Elle se retrouve avec d'un côté les accessoires pour femmes, de l'autre côté les accessoires pour hommes, et sur un îlot central, les accessoires pour des plaisirs plus spécifiques, notamment les paquets de corde et les cravaches. Le tout est présenté avec une précision chirurgicale, sans mise en scène mais avec un étiquetage très spécifique, et une fiche technique.
Finalement, c'est moins pire que ce qu'elle s'imaginait.
Après quelques malentendus et bredouillements, Kei parvient à faire comprendre au vendeur ce qu'elle cherche. Durant toute la durée de l'entretien, elle a les genoux qui tremblent, et se mord la langue pour éviter de partir en courant. Après un instant de réflexion, elle se rend compte que se mordre la langue ne sert à rien, et qu'elle ferait mieux de se marcher sur un pied.
Ça fait mal. Mais au moins, elle ne risque plus de s'enfuir à toutes jambes. Elle sait que si elle part maintenant, elle n'aura plus jamais le courage de revenir.
Le vendeur lui propose différents modèles, et elle vainc sa répulsion et ses hauts-le-cœur pour les observer de très près, jusqu'à choisir ce qui à son avis conviendrait le mieux à Kami. Puis le vendeur lui propose des options supplémentaires, certaines totalement absurdes, une autre qui semble inespérée malgré l'obscénité de la chose. Jamais Kei ne se serait imaginée que pareil accessoire pourrait être un jour commercialisé en magasin, ou simplement inventé par un esprit humain. C'est totalement absurde. Mais bien commode au vu de sa situation actuelle.
- Je peux aussi vous proposer d'autres accessoires, avance le vendeur. Vous avez l'air d'aimer posséder un matériel le plus complet possible, si j'en crois les derniers achats que vous avez faits chez nous, mais vous avez l'air plutôt pressée aujourd'hui ?
- C'est vrai qu'un peu pressée je suis, répond Kei en essayant de ne pas laisser trembler sa voix.
- Dans ce cas je vous proposerais toute la collection correspondant à ce modèle... celui-ci par exemple...
Il détaille les spécificités du produit en le présentant comme un serveur le ferait d'une bouteille de vin. Kei est prête à jurer qu'elle l'a entendu parler de « cuvée de 507, excellente année » et autre jargon d'œnologue. Elle fait « oui oui » et embarque le tout en fermant les yeux sur les prix. Elle a envie de partir d'ici, elle ne supporte plus l'oppressante présence autour d'elle. Elle a la désagréable impression que toutes ces choses vont lui sauter dessus, malgré leur immobilité évidente. Le vendeur, professionnel, a pour Kei des airs de pervers.
- Et si je puis me permettre de vous proposer autre chose...
Kei se mordille la lèvre. Elle n'a aucune idée de ce qui est nécessaire et de ce qui ne l'est pas, de ce qui plaira à Kami et de ce qui ne lui plaira pas. Et s'il a déjà dans son sac à malice ce qu'elle s'apprête à lui acheter ?
Et bien, elle n'aura qu'à rendre les produits en question, en fermant les yeux. Si elle se débrouille bien, elle pourra faire passer son dégoût de l'endroit et de ses employés pour un genre de mépris hautain pour le petit peuple.
- Que me vous proposez ?
- Il y a ça, d'abord, qui fait des ventes excellentes...
Oui, elle va faire ça. Elle va prendre un peu de tout, en évitant de multiplier les produits quasi-identiques, et laisser Kami choisir. Puis elle rapportera ce qui ne lui plaira pas, et complètera les collections qu'il souhaitera compléter.
- Voilà, j'ai terminé.
L'homme lève un sourcil et acquiesce doucement.
- Je dois admettre que c'est un excellent choix, remarque-t-il. Je suis agréablement étonné. L'approbation ne se fera pas attendre, j'en suis certain.
Le blond sourit et acquiesce doucement en murmurant :
- Merci, Boss. Vous savez que je ne vis que pour vous servir.
Le Boss de la Team Rocket répond avec une expression satisfaite avant de sortir de la pièce, en appelant sa mère.
Le blond Ichigo soupire et se laisse glisser en arrière dans son siège. Il appréhendait ce rendez-vous avec son Boss pour parler de la capture du pokémon le plus puissant du monde et de sa compagne humaine. Maintenant que le mauvais moment est passé, il peut profiter d'un break de quelques instants, en attendant que Madame Boss donne son avis.
L'ancien policier grimace et se masse le visage. Il ne sait plus trop où il en est. Il s'est engagé dans la Team Rocket, pour quoi ? Pour se battre contre les yakuzas. Et maintenant qu'il est en train de grimper les échelons de l'organisation, qu'est-ce qu'il fait ? Il part à la chasse au pokémon en pays étranger.
Son regard se durcit. Il va entrer dans les bonnes grâces de Madame Boss, peut-être même du Boss son fils, et se débrouiller pour leur rappeler, une fois le pokémon capturé, le nom de leur seul véritable ennemi. S'il se débrouille bien, peut-être parviendra-t-il à prendre la tête de l'organisation, le contrôle du pokémon, et alors, on retrouvera des morceaux de yakuzas éparpillés aux quatre coins du Japon. Il le faut. Il l'a promis. Il doit venger ce que ces yakuzas ont fait à sa femme, ces choses horribles qui l'ont poussée au divorce, ces choses qui ont fait qu'elle l'a oublié.
Il est déterminé à accomplir ce destin. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour l'accomplir. Même s'il doit pour cela prendre la tête de la Team Rocket, il vengera la seule femme qu'il ait aimé.
La porte s'ouvre à nouveau Madame Boss fait son entrée, escortée par son fils Giovanni, lui-même suivi par sa blondasse de Domino. Ichigo fait la moue tout en se levant pour montrer son respect. Derrière le groupe, les deux persians suivent, celui de la vieille dame et celui de son fils, puis des gardes qui se postent silencieusement à divers points de la pièce.
- Alors, grince la vieille, il paraîtrait que tu aurais une idée de génie pour faire sortir le pokémon et la femme de leurs retranchements ?
Ichigo acquiesce mécaniquement.
- Oui, Madame. J'ai une idée qui pourrait bien les pousser à la faute plus sûrement que toute autre chose.
La vieille se frotte le menton pensivement.
- J'ai déjà, murmure-t-elle, une idée préconçue de la manière de faire sortir un ennemi de sa cachette. Et de la manière dont il ne faut pas procéder. Mais voyons, quel est ton avis sur la chose ?
Elle s'assoit et fait signe aux autres de l'imiter. Ichigo prend le temps de rassembler ses esprits avant de répondre.
- Et bien, défier l'ennemi n'est pas toujours une bonne manière de procéder. Le narguer non plus. Agir ainsi ne fait qu'énerver celui dont on cherche à se saisir, à le rendre plus prudent, et l'encourage à se mettre sur ses gardes et à prévoir des éventualités qu'autrement il n'aurait pas prévues.
- Hum-hum, fait la vieille. Et que préconiserais-tu ?
Ichigo relève la tête – il avait instinctivement baissé les yeux comme un enfant pris en faute en attendant le jugement de Madame Boss – et il déclame son plan, d'une voix sûre :
- Si nous faisons croire à nos adversaires...
- Ennemis, corrige Madame Boss d'une voix neutre.
- ...à nos ennemis, que nous abandonnons la poursuite. Si nous leur faisons croire que nous avons de l'admiration pour eux. Si nous prétendons abandonner tous nos plans et nous retirer. Si nous prétendons admettre la défaite. Alors, nos ennemis n'auront-ils pas tendance à crier victoire, surtout si nous leur laissons toutes les preuves que nous sommes partis ?
La vieille se contente de le contempler pensivement, ruminant les paroles de l'ancien flic. Afin de briser le silence, Ichigo renchérit :
- Bien entendu, ils risquent de souhaiter vérifier si nous sommes encore là, il faudra donc prendre des dispositions pour par exemple, si c'est possible, déménager. Si ce n'est pas possible, donner au moins l'illusion que la maison tourne à personnel réduit, ou est partiellement à l'abandon, ou que nous sommes en train, effectivement, de déménager.
- Très bien, murmure Madame Boss en appuyant ses mains bien à plat sur la table pour se lever de son siège. J'ai pris ma décision, en ce qui vous concerne en tout cas.
Ichigo tremble des pieds à la tête. Il espère ne pas finir dans les sous-sols, comme ces autres humains envoyés se faire tuer pour alimenter en énergie vitale des clones de pokémons. Il ne peut pas se permettre de mourir maintenant.
Madame Boss appelle, à l'aide du talkie-walkie miniature qu'elle porte toujours avec elle, le reste du conseil de direction de la Team Rocket.
- À toutes les unités. Abandonnez toutes vos activités actuelles et consacrez-vous à la réhabilitation des caves et souterrains. Je répète : nous déménageons dans les souterrains.
Elle change la fréquence de sa radio, puis :
- Chargé des communications ? Bien, je veux que demain dans tous les journaux, et ce durant les trois prochaines semaines, vous passiez une petite annonce à l'intention de Miura Kei, pour lui dire que nous allons quitter la ville et que nous lui souhaitons une bonne continuation, félicitations pour son exploit, un truc du genre. Et une annonce avec le signalement de Kami, indiquant que le propriétaire de l'animal va s'en retourner au Japon, et que nous espérons que la personne qui l'a recueilli va bien s'en occuper. Faites rajouter également, en première page si possible, un article au sujet d'une grande réception d'adieu qui aura lieu dans trois semaines, remettez-en une couche une fois par semaine avec des invitations à gagner par tirage au sort, tout le bazar, et au final, un article sur ladite réception et des photos truquées ou prises en studio de mon fils et moi en train de quitter la ville pour nous en retourner au Japon et y démarrer une œuvre caritative quelconque. Avez-vous bien compris ?
Elle coupe la communication avec un sourire satisfait.
- Je t'aime bien, Ichigo. Ton plan correspond à ma règle numéro quatre-vingt-douze.
Elle fait signe au reste de son escorte de la suivre, gardes, fils, future belle-fille et persians.
L'ex-policier pousse un soupir de soulagement en se laissant retomber à nouveau sur sa chaise. Puis il remarque qu'il s'était levé en même temps que Madame Boss, comme hypnotisé par le regard de la vieille et incapable de faire quoi que ce soit pour lui résister.
Cette vieille... s'il veut prendre le contrôle de la Team Rocket, il va être difficile de se défaire de cette vieille au regard de serpent.
Une fois seule dans le couloir en compagnie de son fiancé, Domino laisse éclater sa colère.
- Tu me prends vraiment pour une cruche, hein ?
Il la regarde, ébahi, sans trop comprendre. Il cherche à l'attirer contre lui, pour la consoler, lui demander ce qui ne va pas, la serrer dans ses bras, mais elle le repousse violemment.
- Tu crois que parce que tu as du pouvoir sur tes hommes, tu en as aussi sur moi ? tempête Domino.
- Mais, ma petite chérie...
- Il n'y a pas de petite chérie qui tienne ! Tu as vu comment tu te comportes avec moi ? Comment tu me traites en public ?
Il la fixe avec des yeux vides et ébahis, comme si le ciel venait de lui tomber sur la tête.
- Je ne comprends pas... bredouille-t-il. Comment ça, je te traite mal en public ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?
- Et ça demande ce que ça a fait ! piaule-t-elle.
Elle croise les bras et lève les yeux au ciel.
- Non mais, Giovanni, tu es complètement à l'ouest !
Les hauts-parleurs du repaire se mettent à hululer la sirène d'alerte générale tandis qu'une voix invisible annonce que Miura Kei a été aperçue dans le quartier de Kehl et que si les troupes se dépêchent, elles parviendront peut-être à l'intercepter.
- Intercepter mon cul ! braille Domino.
Elle jette ses chaussures vers les hauts-parleurs et parvient à en décrocher un.
- Tu es plus obsédé par cette fille que par moi ! continue-t-elle.
Quelques sbires passent en courant, quittant précipitamment leur lieu de loisir pour se précipiter vers leur poste de combat. Domino les intercepte et les mêle à la dispute unilatérale, les prenant à parti.
- Vous voyez bien, braille-t-elle, qu'il ne s'occupe pas de moi ! Il me prend pour un objet !
Elle fait de grands gestes dramatiques. Quelques pokémons sont finalement sortis pour la calmer et mettre fin à ce qui semble être une improvisation théâtrale, mais elle exhibe de nul ne sait où un bâton en forme de tulipe noire, de la taille d'une canne, et d'un seul geste souple, elle envoie tout ce beau monde au tapis.
- Durant toutes ces années, continue-t-elle avec des airs d'actrice grecque, je t'ai suivi loyalement, dans l'ombre, sans broncher. Et maintenant que nous sommes à quelques semaines de nous marier, enfin, que je peux être ton épouse, ton égale, ta moitié, tu me traites encore plus mal qu'avant !
- Mais, ma douce...
- Il n'y a pas de mais qui tienne ! As-tu la moindre idée de ce que j'ai supporté durant les fêtes de fin d'année ? En as-tu la moindre idée ? Non bien sûr, tu es à moitié aveugle, et tu ne t'occupes pas de moi !
Un rhinastoc qui se précipite vers elle est immobilisé d'un geste souple, avec un lien à réaction piézoélectrique qui l'enserre cruellement.
- Un objet, voilà comment tu m'as traitée ! Un simple objet !
Un raclement de gorge se fait entendre.
- Hum-hum, fait Madame Boss du bout du couloir.
Elle rappelle le rhinastoc, bras croisés, frappant impatiemment du pied sur le sol.
- Domino, soupire la vieille, nous n'avons pas le temps pour ce genre de choses. Notre cible a été aperçue, si nous partons dans les deux minutes nous avons une chance de l'intercepter avant qu'elle ne revienne dans le quartier dans lequel nous savons qu'elle réside sans jamais avoir pu l'y localiser. Nous devons partir. Alors, remet ta dispute à plus tard.
- Ce n'est pas une dispute ! proteste la blonde. C'est une odieuse injustice ! Il m'a traînée partout dans toutes les soirées, pour le simple plaisir de m'exhiber comme si j'étais une poupée, sans me demander mon avis, sans se préoccuper de mon propre emploi du temps, sans...
La vieille dame l'interrompt d'un geste.
- Plus tard, les doléances. C'est un ordre. Je veux que tout le monde soit sur le coup, nous ne serons pas de trop pour d'une part lutter contre la fille, et d'autre part faire face à Mewtwo qui risque fort de débarquer au passage. Et, surtout, surtout, nous saisir de Mew. Il y a fort à parier qu'elle a Mew avec elle. Il faudra être rapide.
Puis, à l'adresse des sbires plantés là dans le couloir :
- Mais bon sang, remuez-vous le train ! C'est une urgence ! Nous l'avons aperçue par une chance inespérée, grâce à un agent qui se trouve tout à fait par hasard sur place ! Ce n'est pas le moment de lambiner !
Domino secoue la tête.
- Comme par hasard. Moi je suis sûre que c'est Giovanni qui a déclenché l'alerte simplement pour pouvoir éviter de devoir faire face à ces choses horribles qu'il a faites et à son comportement inadmissible avec moi.
- Bon, maintenant, ça suffit, grogne Madame Boss. Giovanni, occupe-toi de la mettre au pas.
- Mais... pourquoi moi ? proteste l'intéressé.
- Parce que c'est tafiancée, pas la mienne...
Giovanni grogne, tente de plaider sa cause une fois encore, et se fait à nouveau rembarrer par sa fiancée. La matriarche soupire et se cache les yeux d'une main, affligée par ce spectacle. Le maffioso a beau tenter une approche, sans grande conviction, avec son persian qu'il fait bondir en avant, le pokémon est cueilli en plein vol par un coup de pied qui l'envoie dans le mur. Domino a peut-être pris sa retraite, elle n'en a pas pour autant cessé de s'entraîner. Elle qui a pris l'habitude de ne pas se fier à des pokémons pour la protéger, est capable de tenir tête, grâce à ses gadgets, à un léviator en pleine attaque mania.
Brossant ses cheveux en arrière du plat des mains, elle redresse les épaules dans une attitude de dédain.
- C'est bon, vous avez arrêté de m'attaquer, vous allez m'écouter ?
Madame Boss prend Giovanni par le coude et l'entraîne à sa suite :
- Il faut y aller maintenant ou nous ferons le déplacement pour rien.
- Pourquoi ne pas envoyer les troupes seules ? propose Giovanni. Ça nous permettrait de gérer le problème posé par Domino pendant que les sbires vont capturer la fille.
- Eh,vous m'écoutez ? proteste Domino.
- Le problème, continue Madame Boss en ignorant sa future belle-fille, c'est que dès que nous nous en prendrons à la fille, le pokémon va rappliquer. Nous devons im-pé-ra-ti-ve-ment être tous présents sur les lieux à ce moment, ou nous risquons d'échouer. Je préfère laisser passer une chance plutôt que de la compromettre – de nouscompromettre. Voilà pourquoi il est important de maîtriser Domino le plus rapidement possible, pour l'empêcher de nous mettre des bâtons dans les roues.
L'ancienne leader des troupes d'élite de la Team Rocket fronce les sourcils. Le sentiment, la rage, qui la poussait en avant lorsqu'elle était plus jeune, revient. Cette impression de pouvoir sur les autres, qui la grisait et l'avait motivée pour apprendre à lutter contre les pokémons sans en utiliser elle-même, et sans pokéball, est en train de revenir. Mais c'est un peu différent. Ce n'est plus la sensation pure, qui pulsait avec force dans ses veines, sauvage, puissante, comme une cascade. C'est quelque chose de plus insidieux, de plus lent, comme un serpent, ou du poison. Elle est aigrie. Elle ne veut plus attaquer pour la joie que ça lui apportait, mais pour le mal que ça peut faire. Elle n'est plus libre de ses actions elle est liée par la haine. Obéir à Giovanni, lorsqu'il était le Boss et lui ordonnait ce qui était plus un plaisir ou un loisir qu'une corvée, c'était plaisant. À présent qu'elle est passée au stade de fiancée, les consignes qu'elle reçoit ne sont plus en parfait accord avec ses aspirations, et elle ne supporte pas ça. Elle va tout faire pour se venger.
- Allons-y, ordonne Madame Boss. Elle se défâchera bien toute seule.
- À l'assassin ! se met à hurler Domino de toutes ses forces. À moi ! Au secours ! Au vol ! À l'aide !
Des gardes se précipitent en avant, arrêtés par ceux déjà présents. Une bousculade s'ensuit. Domino en profite pour s'éclipser, et se précipite dans la salle des communications. Derrière elle, des voix lui ordonnent de s'arrêter, de faire demi-tour, mais elle ne les écoute pas.
Giovanni la traite comme un caniche de salon à exhiber dans toutes les soirées mondaines ? Elle va être un clébard des rues. Il veut l'épouser pour la mettre à son doigt comme un joyau ? Ça sera une pierre en toc.
La course-poursuite se termine devant les portes fermées de la salle de communication, où des gardes, mis au courant de la situation, lui barrent la route. Un moulinet de sa canne en forme de tulipe noire s'abat sur l'un d'eux. Il pare et bloque l'arme. Déroutée, Domino a un instant de déconcentration, le temps pour l'autre garde de la faire saisir par son karaclé.
Bientôt Giovanni et Madame Boss la rejoignent, visages sévères. L'opération a pris trop de retard, elle est donc annulée. Domino a eu ce qu'elle voulait, et n'a cure des conséquences.
Loredana pousse la porte de son appartement, les yeux clos. Elle a du mal à croire qu'elle est enfin rentrée chez elle. Elle a été dégradée, on lui a confié un poste d'opératrice de saisie dans une petite boîte de services aux entreprises. Du moins, telle est sa version des faits. La version des médecins, c'est que le contrat est signé depuis plusieurs années, et qu'elle a toujours travaillé là. Quand elle a réclamé des preuves, on lui a apporté un papier grossièrement vieilli et antidaté, avec une imitation grossière de sa signature dessus. Elle a fait comme si elle n'avait pas remarqué la supercherie. Elle n'avait pas envie d'être à nouveau coffrée dans cette salle trop grise et trop froide.
Remettre ses lentilles, voir à nouveau de la couleur, le ciel bleu, lui a fait un bien fou. Elle avait l'impression d'être Alice débarquant au Pays des Merveilles. Maintenant, elle sait que le plus dur va être d'ouvrir les yeux et voir ce que son appartement est devenu.
Elle respire un grand coup, et regarde. C'est le choc. Tout a été changé, même la tapisserie. L'odeur de Rosa, qui imprégnait encore l'atmosphère après son départ, a été remplacée par des parfums artificiels qui piquent le nez et lui piqueraient sans doute les yeux si elle ne portait pas de lentilles.
À petits pas, elle rentre dans cet environnement qui est chez elle mais n'est pas chez elle. Un peu comme si elle s'était trompée d'étage dans un immeuble et avait atterri dans un appartement dont les murs ont la même disposition que ceux du sien, mais dans lequel vivent des personnes complètement différentes.
Elle ferme lentement la porte derrière elle. Même ses capsumons lui ont été retirés. Elle n'a plus rien. L'envie lui vient de reprendre une bouteille dans le bar pour noyer son chagrin, mais les images de Rosa et de l'asylum se mettent à danser devant ses yeux, et elle s'abstient. À la place, elle prend le temps de faire le tour des lieux, pour s'y habituer le plus vite possible. Après tout, c'est ici qu'elle va vivre désormais.
Elle trouve dans le bureau papier et enveloppes, et rédige un court message à l'adresse de Rosa, espérant que cette dernière le recevra, qu'elle n'a pas changé d'adresse. Qui sait si les lettres de sa belle lui parviendront ? Sans doute son courrier est ouvert avant d'arriver dans sa boîte.
Elle soupire et repousse le tout, essayant de faire le point. Qu'est-ce qu'il lui reste ? Même pas sa plaque, même pas ses capsumons. Juste un contrat bidon pour une société de services aux entreprises, un appartement aussi artificiel que dans la galerie de présentation d'un magasin, et la solitude. Peut-être de l'alcool, et si c'est le cas, elle ferait mieux de vider les bouteilles dans l'évier avant de céder à la tentation.
Elle farfouille un peu, trouve effectivement des bouteilles entamées dans le buffet. Elle les emporte à la cuisine, et les fixe rageusement. Une fois, mais pas deux. L'heure n'est plus à se morfondre mais à se battre.
Elle ouvre le robinet, inspire un grand coup, et ouvre la première bouteille qu'elle retourne aussitôt au-dessus de l'évier. L'eau emporte les vapeurs d'alcool, la bouteille est rincée et rebouchée bien serré, puis jetée. Pour être sûre que l'odeur ne la tentera pas, elle ouvre la fenêtre malgré le froid et respire bien fort l'air du dehors. Puis elle répète l'opération autant de fois qu'il faut pour être débarrassée de tout le stock.
Une bonne chose de faite.
À présent, c'est l'heure de vérité. L'heure de démonter les lames du parquet et de récupérer les documents qu'elle a dissimulés. Une caisse à outils dans la penderie de l'entrée, et la voici qui s'acharne. Elle n'est plus très sûre de l'emplacement sa mémoire vacille pour de nombreuses choses. Elle avait lu étant plus jeune un livre classique de science-fiction catastrophiste, une contre-utopie à propos d'un monde en guerre constante avec trois continents et des gouvernements qui oppressent les populations jusqu'à leur dicter comment penser. Elle a l'impression d'être passée par le même traitement que le héros du livre. Elle en frissonne d'horreur.
Finalement, elle retrouve l'endroit, et décolle rapidement les lames du parquet, cœur battant. Pourvu que la cachette soit inviolée. Et pourquoi aurait-elle été découverte si elle-même, la connaissant, a toutes les peines du monde à la retrouver ?
Elle soupire de soulagement en trouvant le paquet exactement là où elle l'avait laissé, dans exactement le même état apparent. Reste à savoir si son contenu est bien le même. Ceux qui l'ont écartée de l'enquête ont les moyens de la faire interner et torturer, ils ont sans doute les moyens de maquiller un faux paquet en vrai pour savoir si elle se souvient encore de l'endroit, au cas où elle chercherait toujours à tirer toute cette affaire au clair.
Elle frissonne à l'idée d'être peut-être observée par des caméras dissimulées.
Ses mains tremblent, elle fait de son mieux pour se maîtriser. Elle est seule, sans ses capsumons, et elle n'aime pas ça. Elle a l'impression d'être nue et vulnérable, comme un escargot hors de sa coquille.
Elle s'assoit en tailleur et pose le paquet dans son giron. Lentement, avec application, elle défait la ficelle qui tient le tout ensemble, et défroisse le papier d'emballage qui protège les documents de la poussière.
Les dossiers sont bien là, avec les bons titres, et leur ordre lui semble correct au vu du peu de souvenirs que l'asylum lui a laissés. Elle les ouvre, en vérifie le contenu. Des larmes s'échappent d'entre ses cils, des larmes de soulagement. Elle n'a pas rêvé. Elle a bien été policière, elle a bien enquêté sur cette affaire, elle a bien tiré les conclusions qu'elle était persuadée d'avoir tiré. Elle n'est pas folle. Le reste, ce qu'ils ont fait de ses affaires personnelles, du courrier de Rosa, importe peu. Elle va tous les faire plier.
Kei se glisse dans l'appartement et s'appuie à la porte refermée derrière elle. Elle l'a fait. Elle y est allée, elle a acheté, et elle est revenue.
- Je suis rentrée ! annonce-t-elle en asiatique.
« Bienvenue à la maison ! » lui répondent ses pokémns en se précipitant vers elle.
Il y a là Amalthea, Léo, Céra et Joey. Kami est seul, Mew n'est pas avec lui.
- Ça va, Kami ? s'inquiète Kei en faisant sortir Sakura de sa poche. Tu n'as pas l'air dans ton assiette...
Elle tire de son autre poche deux noigrumes, et en fait sortir Saturnin et Amalthea. Elle a un moment de flottement, puis son regard passe d'une Amalthea à l'autre. Celle qui vient de sortir de la noigrume hennit doucement puis éclate d'un rire franc, avant de rétro-évoluer, passant d'une forme de célestia à une forme de galopa puis de ponyta, pour finir avec l'aspect d'une gerboise rose hilare au visage de chat.
- Père avait tenu à t'accompagner, au cas où, explique Kami. Pour pouvoir t'aider à t'enfuir le cas échéant.
- Oh.
Elle achève de se débarrasser de ses chaussures pleines de neige et de toutes ses protections de laine, gants, bonnet, écharpe. Il fait froid dans la chambre étudiante, mais moins que dehors, et la présence d'Amalthea permet de réchauffer l'atmosphère.
Enfin, elle s'assoit sur le lit, à côté de Kami, et lui tend le paquet sans dire un mot.
- Qu'est-ce que c'est ? interroge le pokémon.
- C'est pour toi, répond Kei en détournant les yeux.
Kami fronce les sourcils, plonge une main dans le sac et en retire un objet qui semble le surprendre.
- Hum, fait-il. C'est plutôt toi qui en aurait l'utilité, non ?
Kei étouffe une exclamation et plonge à son tour dans le sac.
- Désolée, ce n'était pas ça que tu devais voir en premier ! Le vendeur a tout mélangé !
Kami pose à côté de lui une boîte en carton ornée de la photographie d'un tube de silicone violet hérissé de pointes à l'extérieur, et jette un discret coup d'œil par-dessus le bras de Kei. Elle est en train de tirer du fond du sac, rempli de boîtes d'objets en silicone violet, ce qui semble être une lanière de cuir.
- Tu m'as acheté un collier ? grogne Kami avec un rictus.
- Mieux que ça, répond Kei en achevant de tirer l'objet du sac.
Elle l'exhibe triomphalement.
- Je t'ai trouvé un harnais.
- Un harnais ?
Kami retourne l'objet entre ses mains, ne comprenant pas trop à quoi il peut bien servir.
- À quoi ça sert ? demande-t-il en penchant la tête de côté. Je n'arrive pas bien à lier tes émotions actuelles avec l'objet que j'ai entre les mains.
- Ça se porte sur les hanches, explique Kei en rougissant.
Il retourne encore l'objet et fronce le nez :
- L'espace pour la queue n'est pas assez grand. Tu as une si mauvaise mémoire des tailles ?
Elle secoue la tête et tente d'expliquer mieux.
- Cette partie-là se porte devant.
Il retourne l'objet, tenu devant lui à hauteur des hanches.
- Et ? continue-t-il sur un ton irrité. Là-devant non plus je n'ai rien à passer dans cet anneau.
Détournant les yeux, elle pointe du doigt le sac rempli d'accessoires en silicone violet.
- C'est à ça que sert le reste, explique-t-elle.
Puis, de peur de le vexer, elle ajoute rapidement que si ça ne lui plaît pas, elle peut toujours échanger ou se faire rembourser.
- Je... ne sais pas trop quoi te dire, bredouille Kami.
Son regard améthyste va du harnais à Kei et de Kei au harnais. La femme baisse les yeux. L'aurait-elle déçu ? Aurait-elle mal agi ?
- Comment as-tu su que je ne parviens pas à maîtriser le morphing malgré le fait que je sois le clone de Mew ?
- Je ne savais pas que tu étais en train d'essayer de maîtriser cette capacité. J'ai acheté ça parce que je pensais que ça te ferait plaisir, de pouvoir... pallier ce qui te manque, et voir quel effet ça peut faire sur une femme. Aussi, admet-elle en baissant les yeux, ça sera plus pratique pour moi. Pour mieux matérialiser ta présence.
Elle garde les yeux baissés, un peu honteuse de son action. Elle se tord les doigts, nerveuse, attendant la réaction finale de son amant.
- Merci.
Elle lève la tête, surprise.
- Merci, répète Kami. Ce n'est peut-être pas grand-chose à tes yeux, mais pour moi, c'est bien plus que ce que j'aurais osé espérer. Merci, sincèrement.
Il la serre contre lui alors qu'elle ouvre de grands yeux surpris.
- De rien, finit-elle par murmurer.
On frappe à la porte d'une voix irritée, Madame Boss donne l'autorisation d'entrer. Une sbire essoufflée se précipite à l'intérieur, clé USB à la main.
- Patronne, Patronne ! On a reçu les clichés de Miura Kei ! Ceux qui ont été pris aujourd'hui ! Ça peut vous être utile ?
La vieille dame lève le nez de son écran et des comptes de la Team Rocket, pour fixer la nouvelle venue.
- Et toi, penses-tu que ça pourrait être utile ?
L'adolescente acquiesce vigoureusement.
- Bien entendu, Patronne ! C'est important, de mettre à jour les dossiers !
La vieille lui fait signe de s'approcher. Elle glisse le support d'information dans la fente prévue à cet effet, et fouille le volume à la recherche desdites photos. Les clichés sont copiés sur son propre ordinateur, et elle rend la clé à la visiteuse, sans même la remercier. Quelques instants plus tard, elle les passe en revue sans mot dire.
- Tu peux disposer, grogne-t-elle avec un geste de la main.
La gamine ne se fait pas prier. Elle fait une petite courbette et jaillit hors de la pièce comme un diable hors de sa boîte.
- Voyons voyons... murmure Madame Boss en affichant le diaporama.
Elle fait défiler les photographies une par une.
- C'est pas elle... c'est pas elle... pas elle non plus... c'est pas elle...
Elle a beau regarder et regarder encore, la fille des photos ne correspond pas du tout ni à la photographie du passeport qu'elle a obtenue par des moyens détournés, ni au visage de la femme dont elle a failli se saisir au Marché de Noël.
- Qu'est-ce que ça veut dire ? murmure-t-elle.
Elle feuillette encore les clichés. C'est bien une Asiatique, mais pas la bonne. Ce n'est pas plus mal, finalement, qu'ils ne se soient pas déplacés aujourd'hui.
Dans l'infirmerie installée dans les sous-sols de l'hôtel particulier des Capone à Strasbourg, Domino, attachée à son lit par des sangles, se remet de ses émotions, main dans la main avec son fiancé.
- Je suis désolée, chéri, je ne sais pas ce qui m'a pris.
- C'est rien, c'est rien...
- Quand même, j'ai fait échouer une mission de première importance ! Ce n'est pas rien !
Giovanni lui tapote la main.
- Les résultats de ta prise de sang vont bientôt arriver, ma chérie.
Le couple reste silencieux un moment, les yeux dans les yeux. Giovanni brise le silence.
- Tu n'avais pas tort, reconnaît-il. Je ne me suis pas forcément très bien comporté avec toi.
- Comment ça, pas bien comporté ?
Elle tente de se relever mais elle est maintenue par ses liens. Elle ne peut que décoller la tête de l'oreiller et se faire des crampes dans le cou à force de se tortiller.
- Il est vrai, continue Giovanni, que je me suis plus, ces derniers temps, préoccupé de l'impression que notre couple pouvait avoir sur les grands de la capitale, plutôt que sur ton bien-être. C'est pour ça que tu as fini par avoir cette crise d'hystérie.
Elle retombe sur l'oreiller en fronçant les sourcils.
- Non, tout allait bien ce matin. Tu es parti vaquer à tes occupations, je me suis attablée pour commencer à feuilleter des magazines pour préparer notre mariage, et j'ai ouvert la boîte de chocolats qui était sur la table. J'en ai mangé un ou deux, le goût était surprenant mais pas mauvais. Et là je me suis mise à penser à ces choses, bien malgré moi. Ensuite, tu m'as cherchée pour aller écouter ce que cet Ichigo avait à dire. J'ai fait contre mauvaise fortune bon cœur, je t'ai suivi. Mais plus le temps passait plus j'avais envie de hurler et de t'étrangler, c'était vraiment bizarre. Ça c'est calmé maintenant.
Le médecin entre, les premiers résultats de ses analyses à la main. Apparemment, une substance encore non-identifiée a été retrouvée dans le sang de Domino. Ils soupçonnes un genre de psychotrope bien particulier.
- Un psychotrope ? s'étonne la femme. Mais comment aurais-je pu me le faire injecter ?
Giovanni plisse les yeux.
- Et cette boîte de chocolats ? Qui te l'a offerte ?
Père se frotte les pattes avant, assis sur le rebord extérieur de la fenêtre. À l'intérieur, Kami essaye déjà son nouveau jouet avec Kei, mais lui a d'autres chats à fouetter. Le regard fixé sur la lune, un sourire satisfait au coin des lèvres, il murmure comme pour lui-même.
« Oh, bien sûr, ce ne sont pas mes oignons. Ce n'est pas moi qu'elle veut, la vieille, c'est Kami et Kei. Et moi, je dois simplement veiller à ce que Kami ne fasse pas trop de bêtises. Rien de plus. Mais, je ne peux pas non plus rester là les bras ballants ! D'accord, je pourrais agir plus, agir mieux, mais le mieux est l'ennemi du bien, et c'est en faisant des manœuvres trop rapides et trop évidentes qu'on baisse sa garde. Kami n'est pas encore prêt pour se battre contre eux. Il s'épuise trop en ce moment, à veiller sur Kei, et pas que veillersur elle ! »
Il remue la queue.
« Ai-je bien fait ? Ai-je mal agi ? Si Kami l'apprend, en tout cas, il ne sera pas content, ça, c'est sûr. Ah, pourvu qu'ils ne devinent pas que le coup est de moi ! »
Il serre ses jambes dans ses bras.
« Pourtant, ça serait drôle, ça aussi, s'ils se rendaient compte que la boîte d'échantillons de chocolats qu'elle devait goûter pour choisir lesquels servir pour son mariage, a été légèrement modifiée. Le café, quand on a pas l'habitude, ça vous met dans toutes sortes d'états. Surtout quand il a été soigneusement corsé par les soins de votre serviteur. »
Il balance ses pieds dans le vite.
« Je le leur dis ou pas, que j'ai profité que Kei était absorbée avec le vendeur pour trafiquer les chocolats de Domino et la pousser au scandale, dans le seul but d'occuper nos ennemis et de ne pas leur laisser l'occasion de filer Kei comme ils l'avaient fait l'autre fois ? »
Il lève les yeux vers l'astre de la nuit.
« Bah, laissons-les dans l'ignorance, ils sont jeunes, ils le méritent. »
Fin du chapitre
Chapitre inspiré de la chanson Like fire tonight de Gunther.
