Chapitre 14


"On ne sait pas ce qu'est la poésie. On sait juste que c'est donner son sang aux anges qui passent."

Christian Bobin.


Le rire extatique de Kimblee retentit à travers le sang et la poussière, puis son ombre filiforme se dessina à travers les nuages couleur de craie. Il poussa un soupir bienheureux et s'étira, de longs frissons bien visibles parcourant son échine alors qu'il entrelaçait les doigts et exposait ses paumes. Le jeune homme enjamba les corps de plusieurs Moines Ishbals et les fixa avec un demi-sourire, les mains dans les poches. Autour de lui, des cratères déformaient le sol, les hautes tours de chacun bâtiments s'étaient écroulées, écrasant des hordes de fuyards. Mais il n'était pas si facile d'échapper à un homme avec un tel instinct de chasseur. Il passa la langue sur ses lèvres, savourant l'odeur âcre de la mort qui collait à ses dents. Tout la nuit, il avait marché, écrasé, tué, achevé, exterminé , détruit, explosé, tué, mis en pièces de ses propres mains, la joie faisant tambouriner son cœur, explosant presque sa cage thoracique sous la jouissance. L'adrénaline faisait des merveilles. Il se sentait dans son élément, au milieu du chaos magnifique.

" Je suis frustrée ."

Sa joie retomba comme un mauvais soufflé. Légèrement surélevé , posté sur un mur à moitié éclaté, il se tourna vers Betty. La jeune Lieutenant était en contrebas, entourée de cadavres, la bouche tordue en une moue boudeuse. Elle s'avança doucement, attentive à n'écraser aucun corps, en continuant :

" C'est aussi mon travail de tuer, mais depuis quelques jours, vous partez devant et vous vous servez allégrement. Il ne me reste presque plus rien. C'est d'un frustrant de ne rien faire, surtout que vous savez que j'aime ça."

Kimblee se redressa et sourit. À présent debout à ses pieds, Beth pesta :

" - Oh, il n'y a pas de quoi rire. Vous pourriez faire semblant d'être contrit, une seconde.

- Je ne pensais pas que vous seriez frustrée pour ça, commenta-t-il en descendant souplement.

- Seigneur ... Mais si. Je ne suis pas entrée dans l'armée et venue ici pour faire la vaisselle , soupira-t-elle se prenant la tête d'une main. Je suis là pour appliquer le Commandement 3066, et par la même occasion, faire ce qui me plaît.

- Tuer ?

- Ne soyez pas offusqué, vous adorez ça, vous le dites vous-même. Et bien, moi aussi. Sauf que moi, je les fais de manière plus directe et ... salissante. En parlant de ça, vous avez du sang sur le visage."

Sur ces mots, elle lui saisit les poignets et lécha goulûment la joue droite de l'alchimiste, qui n'eut même pas le temps de réagir. D'abord surpris, il se mit à sourire en sentant le bout de la langue essuyer la fine couche de sang, avant d'insister sur sa pommette saillante. Betty lâcha soudain ses mains pour détacher le catogan du jeune homme, légèrement perdu, mais très majoritairement excité par ce geste. Elle lui tira les cheveux en arrière et goba sa bouche, ses lèvres mordant férocement celles de l'Écarlate, d'où perla bientôt un liquide rubis. Elle s'éloigna pour agripper de ses dents la pomme d'Adam du jeune homme, qui, après être resté un instant les bras ballants, la serra brusquement contre lui, tout occupé à la scruter. Le sang coulait lentement sur le menton, puis sur le cou de Kimblee, traçant une ligne rouge vif sur sa peau ivoire, pour être goûté et bu voracement par Beth, qui avait les mains crispées sur le maillot blanc de son supérieur, arrachant presque le tissu. Une fois sa tâche finie, elle se barbouilla la bouche d'un geste de la main et lui sourit d'un air de prédateur.

"- Pourquoi cette agressivité ? murmura-t-il.

- Je dois évacuer cette frustration, grommela-t-elle en déboutonnant la veste de Kimblee.

- Faites donc. Mais attention à vous ... débuta l'alchimiste avant d'être tu par un baiser si violent que ses dents rencontrèrent celles de Betty.

- Vous n'avez pas la voix au chapitre cette fois.

- Vilaine fille, murmura-t-il en faisant glisser sa propre veste de ses épaules. Pourquoi faire ça maintenant ?

- Vous m'avez listé les trois choses que vous aimiez, autant avoir les trois à la suite, puisqu'elles ne peuvent survenir en même temps. Surtout que c'est la dernière fois que nous sommes de nuit et que de nouveaux effectifs arrivent dès aujourd'hui."

Pendant son explication, elle tira sur les bretelles du T-Shirt du jeune homme pour coller son torse au sien, la respiration saccadée. Titillé dans sa curiosité (entre autres), il la repoussa doucement et lui arracha sa veste à son tour, littéralement. Quelques boutons chutèrent sur le sol, en un bruit clair comme l'eau de roche dans le silence morbide du petit matin. La main encore constellée de sang de l'alchimiste plongea dans les cheveux roux de la demoiselle et joua avec quelques mèches, leurs lèvres scellées, les yeux fermés. Il sentit ses mains fines soulever son haut pour griffer son dos de haut en bas, ses ongles entrant profondément dans sa chair. Il poussa un gémissement en se détachant du baiser, plus par surprise que par douleur. Pris d'un désir furieux, Kimblee prit toute la chevelure de Betty dans sa main droite, et exposa sa nuque qu'il croqua d'un seul coup de dents, souriant mentalement face au léger cri que poussa la jeune femme. Son réflexe fut de plonger ses ongles plus profondément dans la chair de l'Écarlate, qui embrassait et dévorait sa jugulaire comme un vampire. Légèrement rassasié, il la lâcha et effleura ses lèvres avant de murmurer :

"- Vous prenez enfin les devants. Ce n'est pas trop tôt, j'ai failli attendre.

- Tout vient à qui point sait attendre, rétorqua Beth en malaxant la chevelure sombre du jeune homme.

- Et maintenant ? continua-t-il entre deux baisers fiévreux, les paumes sur la peau nue de Betty. Je peux ? demanda-t-il d'un souffle en levant les mains jusqu'à son soutien-gorge.

- Doucement, jeune homme, ordonna-t-elle avec un sourire.

- Je ne suis pas doux, Bethsabée. Vous m'avez demandé d'être moi-même, et bien, voilà, dit Kimblee en continuant à la couvrir de baisers brûlants tout en commençant à découvrir son dos en détachant les crochets, comment je suis ..."

Sa langue caressa lentement la courbe du cou de la jeune femme alors qu'il la sentait frissonner sous ses doigts. Il se délecta lentement de sa chair aussi douce qu'une peau de pêche et soupira en la sentant effleurer ses reins. Il la regarda alors qu'elle souriait en passant elle aussi la langue sur sa propre dentition, une lueur au fond des yeux. D'une main, elle saisit la nuque de l'alchimiste tout en appuyant ses hanches au siennes, laissant échapper un léger soupir, frissonnant de le sentir aussi proche.

"- Je suis flattée, Monsieur, susurra-t-elle en lui mordillant le lobe d'oreille. avec un sourire.

- Mmmm ... Je pense ... Que vous le méritez, répondit-il, ses mains glissant sur les côtes de Beth. Ce n'est pas si souvent, poursuivit-il en l'embrassant, que je me prends au jeu comme ça ...

- Vous faites bien.

- Pardon ? lâcha-t-il, sincèrement surpris.

- Je suis rancunière." fit-elle se détachant brusquement de son étreinte.

Elle recula de plusieurs pas et sortit une cigarette de sa poche avant de l'allumer en regardant Kimblee. Elle le fixa d'un œil appréciateur et demanda d'un ton sarcastique:

"- Frustré ? Il semblerait vu l'état de votre pantalon, souffla-t-elle.

- Oh que oui. C'est très méchant de votre part, Bethsabée , soupira-t-il.

- Vous n'êtes pas un modèle de gentillesse, Monsieur.

- Mais là, c'est au-delà de toute considération ... Me donner envie de vous comme ça et vous éloigner aussitôt, c'est encore pire que la torture, se plaint le jeune homme en s'avançant vers elle. Vilaine fille.

- Vilain garçon, répliqua Beth avec un demi-sourire.

- Je vous ferai payer ça tôt ou tard, vous le savez ?

- Oh, mais je n'attends que ça."

Face à un tel aplomb, il tressaillit et s'approcha encore de quelques pas. Il saisit la cigarette de la Lieutenant sans la prévenir et tira dessus, souffla toute la fumée et la lui rendit du bout de doigts. Il se pencha dans sa direction et nota :

" - Vous êtes pire que moi, en réalité.

- En quoi ?

- Vous êtes belle.

- Mais vous, vous êtes magnifique, dans tous les sens du terme ."

Un sifflement strident déchira l'air, et une explosion se produit dans une rue adjacente. Elle se rendit seulement compte que le soleil était déjà levé, et qu'ils devaient rentrer. Tous deux fixèrent une dernière fois le carnage à leurs pieds et repartirent. A peine avaient-ils mis les pieds dans le camp qu'un soldat les avisa et se mit au garde-à-vous devant Kimblee.

"- J'ai un message pour vous, mon Commandant ! Vous et le Lieutenant Blood êtes priés de vous rendre dès que possible dans les locaux d'État-major !

- Bien reçu. Rompez, marmonna l'alchimiste.

- Vous pensez qu'ils savent ... pour ... murmura Beth, légèrement anxieuse.

- Pour nous ? Si c'est le cas, ils s'en ficheraient. N'oubliez pas que Raven fait partie de leur élite, et que ses ... penchants tactiles sont bien connus. Même si j'abusais de vous et que tout le monde le savait, je n'aurais aucune sanction, expliqua Solf en haussant les épaules. Non, ce doit être pour autre chose ..."

Quelques minutes plus tard, ils entrèrent dans le lieu où on les avait convoqués, les gardes les saluant. Debout dans le couloir où régnait enfin une température acceptable, ils attendirent jusqu'à voir un homme un peu plus petit que Kimblee arriver, arborant de nombreuses décorations et une moustache bien fournie, accompagné de quelques soldats.

" - Général Grunman, salua ce dernier en s'inclinant. Voici mon sous-officier-

- Le Lieutenant Betty Blood, avança le nouveau venu en serrant la main de la jeune femme. Et bien, je suis heureux de voir que nous avons d'aussi charmantes recrues. J'ai eu de très bons échos à votre sujet, Mademoiselle.

- Euh ... Merci mon Général, réussit-elle à répondre, étonnée qu'un homme à l'air aussi affable puisse avoir un rang aussi élevé. Vous nous avez convoqués ?

- Oh non, Mademoiselle ! rit-il doucement. Je suis un homme de terrain, ce sont mes collègues qui vous ont appelés. En vérité, confessa-t-il après avoir fait signe à la jeune femme de se baisser, je suis un peu claustrophobe ici et je n'ai qu'une hâte : revoir la lumière du soleil !

- Bien mon Général.

- Au revoir, Commandant Kimblee, Lieutenant Blood, les salua-t-il.

- Il est bien gentil pour être arrivé à ce poste en devant se salir les mains, commenta Beth, perplexe.

- Oh, détrompez-vous ! fit Solf. Il était en poste à Pendleton pendant des années et a ensuite été muté à Central City. C'est un original, mais c'est un bon stratège. Je crois qu'il s'entend bien avec Mustang, c'est le genre d'homme à vouloir à tout prix éviter de faire couler trop de sang de son propre camp.

- Alchimiste Écarlate ? Avancez, voyons, clama une voix, provenant d'une porte entrouverte un peu plus loin. Et Blood également."

Quand Kimblee ouvrit la porte, ils se trouvèrent dans une salle à peine éclairée, une haute silhouette devant eux, le nombre des étoiles sur ses épaulettes indiquant qu'il était lui aussi général. Sa barbe et ses lunettes, ajoutées à la pénombre qui régnait dans la pièce, ne permettaient pas de voir son visage, mais il semblait loin d'être aussi aimable que Grunman. À ses côtés, un autre homme à lunettes, bien plus anguleux, le nez et la bouche recouverts d'un masque chirurgical, taché de sang.

"-Bonjour, Général Jones, le salua l'Ecarlate en s'inclinant une nouvelle fois.

- Bonjour mon Général, dit à son tour Beth, scrutant les deux individus du coin de l'œil.

- Voici le Docteur Knox, tout juste dépêché de Central , leur apprit Jones en désignant l'homme à côté de lui. Il est ici pour des expériences portant sur la douleur, notamment avec l'aide de Mustang.

- Intéressant, mais si je puis poser cette question, en quoi cela nous concerne-t-il ? Mon alchimie n'est pas très utile pour les souffrances longues, si vous voyez mon propos.

- Je suis bien au courant, Kimblee, et nous sommes tous ravis de votre travail. Je vous ai convoqués ici, votre sous-officier et vous, pour savoir quelque chose à propos du Lieutenant Blood.

- Quoi donc ? s'enquit l'Écarlate.

- Lieutenant Blood, souffla Jones en s'approchant d'elle, les mains derrière le dos. Une de vos collègues a été mutée dans l'équipe de Mustang car ne supportant pas le spectacle de la douleur, et je dirais même, ayant de remords à tuer. Vous sentez-vous à la hauteur de votre travail, soldat ?

- Oui, Monsieur. Je pense avoir fait mes preuves, répondit-elle.

- Vous êtes directe, mais vos actes suivent-ils vos paroles ? Suivez-moi, et vous aussi, Kimblee."

Le groupe de quatre s'engouffra dans un couloir étroit et éclairé par des néons qui diffusaient une lumière brute et maladive. Le Général Jones ouvrit une porte à leur gauche, où se déroulait une scène atroce. Trois Ishbals, le corps à moitié calciné, respiraient encore grâce à des tuyaux enfoncés dans leur gorge. Leurs yeux ... On leur a crevé les yeux, remarqua Beth avec un haut-le-cœur. Des gémissements de douleur physique et psychologique s'échappaient de leurs gorges, leurs corps décharnés à peine couverts d'un drap. Jones claqua des doigts et on amena une jeune femme et deux enfants, une fille et un garçonnet, les bras liés avec de solides nœuds, les membres tordus en un drôle d'angle, les épaules sans doutes fracturées ou déplacées avec violence. On enleva leurs bâillons et tous trois se mirent à hurler et pleurer, crachant leur haine et leur désespoir sur les militaires qui ne disaient mot.

Betty se retourna vers Jones, qui la toisait sans dire mot, puis posa les yeux sur Kimblee qui regardait les trois individus à ses pieds, le suppliant et le maudissant tour à tour, sans aucune trace d'émotion dans les yeux. Aucun indice sur le fameux test qu'elle devait passer de la part des hommes derrière elle. Elle ne bougea pas, même quand la gamine se jeta à ses pieds et pleura en trempant son pantalon de ses larmes. Elle avait les cheveux ébouriffés, et elle était couverte d'une épaisse couche de poussière écœurante. Tous trois avaient les os saillants et sentaient l'urine, sans doute confinés dans une minuscule cellule sans même pouvoir aller aux toilettes. Leurs voix, leurs plaintes, leurs gémissements, leurs hurlements ainsi que leurs yeux emplis de larmes ne lui firent rien, jusqu'à ce qu'elle sente sa mâchoire grincer. C'était insupportable, pas à cause de la douleur qu'ils irradiaient, mais du bruit qu'ils faisaient.

Trois coups partirent, trois balles se logèrent en plein front des trois prisonniers à leurs pieds, leurs crânes explosant, propageant de la cervelle et des os partout, jusqu'au plafond et même sur les Ishbals agonisants sur leurs lits de mort. Ce qui semblait être plusieurs litres de sang chaud couvrirent Betty de haut en bas : elle s'épongea la bouche du dos de la main, ce qui fit pire que mieux au final. La voix éteinte, elle s'entendit demander :

" Ai-je réussi ?"

Jones éclata de rire et tapa sur l'omoplate de Kimblee, qui fixait Bethsabée comme si elle était irréelle.

"- Enfin un soldat à la hauteur ! Pas étonnant que vous ayez voulu l'avoir, Kimblee !

- J'en suis très satisfait. Puisqu'elle a passé cette épreuve avec succès, peut-être pouvons nous y aller ?

- Bien sûr, bien sûr. Félicitations, Lieutenant Blood. Quel patronyme ravissant, et très adapté à vos capacités ! Bonne journée !"

Pendant le chemin du bâtiment d'état-major jusqu'aux douches, en passant par leur tente, tout le monde fixa le couple avec des yeux exorbités : voir un homme connu pour être un psychopathe propre comme un sou neuf à côté d'une demoiselle bien sage ensanglantée, c'était un spectacle des plus étranges. Une fois parvenus dans la salle de bains des officiers, Betty articula avec difficulté :

"- Vous pouvez me laver les mains ? Le sang a coagulé et j'ai vraiment du mal à bouger et à parler.

- Avec plaisir !" s'exclama-t-il avec un grand sourire.

Sans prévenir, il la prit dans ses bras, encore tout deux habillés, et entra dans une cabine de douche, qu'il ferma d'une main. Puis, il mit l'eau en marche et se plaça sous le pommeau, son visage contre celui de Beth. Alors que le sang coulait comme du sirop sur son visage, il le lécha de haut en bas comme s'il dégustait une immense sucette. Il baissa le regard pour voir que le haut gris clair de la jeune femme était trempé et collait à sa peau, les rares zones non-couvertes de sang devenant transparentes, ce qui était un spectacle plus qu'agréable à ses yeux.

"- Je vous demandais seulement de me laver les mains. Je vois que vous prenez la chose très à cœur, nota-t-elle.

- Jeux de mains, jeux de vilains, rétorqua-t-il avec son sourire de sale gosse avant de l'embrasser et de lui nettoyer le visage de ses doigts.

- Vous êtes vraiment un vilain garçon.

- J'assume totalement. Et vous êtes vraiment, vraiment, couverte de sang. Il va falloir enlever tout ça, avança-t-il en tirant sur le bas de son débardeur.

- Ah non, jeune homme, protesta Betty avec une fausse sévérité. Vous ne m'aurez pas comme ça. Vous ne pouvez pas me forcer à coopérer.

- Vraiment ?

- En plus, ce serait encore déséquilibré que je sois à moitié nue et pas vous.

- Et bien, déshabillez-moi alors", proposa-t-il, son sourire s'élargissant.

Il la posa doucement sur le sol et attendit qu'elle accepte, les bras croisés. Il eut envie de rire en voyant que cette jeune femme ensanglantée, qui venait de tuer trois innocents sans même sourciller, hésitait à enlever son T-Shirt. L'alchimiste coupa l'eau, puis se rapprocha d'elle et lui murmura à l'oreille :

"- Allez-y, je ne mords pas.

- Je n'aurais rien contre, pourtant, susurra-t-elle en retour. Mais soit."

D'un seul geste, le vêtement fut jeté sur le sol.

"- Vous appréciez ? demanda Kimblee en posant ses paumes à plat sur le mur, de chaque côté de la tête de Beth qui le dévorait des yeux.

- Plutôt . Bel euphémisme.

- Mais comme vous n'avez pas l'air prête à enlever votre haut, et que cela me semble ardu au vu de la croûte de sang que vous avez sur tout le corps, je vais devoir employer les grands moyens, exposa-t-il en tapant des mains.

- Je le sens pas très bien soudain, murmura-t-elle d'une voix mal assurée alors qu'il saisissait son maillot.

- Ça se passera à merveille."

Un craquement se fit entendre et Beth sentit un courant d'air froid parcourir son torse de haut en bas. Kimblee l'embrassa tout en faisant tomber le vêtement, avant de commencer à décrocher les attaches du sous-vêtement de la jeune femme, lui aussi maculé de sang. Quand son soutien-gorge lui rejoignit aussi le sol carrelé, son regard baissa ostensiblement et il fixa longuement la jeune femme ainsi dévêtue.

"- Pour ma part, je dois dire que j'adore ce que je vois ... Où est ce savon ? grommela-t-il en cherchant l'objet à l'aveugle, ses yeux dans ceux de Betty. Même si votre bandage à l'épaule gâche la vue, mais c'est bien peu de chose ...

- Je peux me laver seule.

- Je ne supporterai pas d'être frustré deux fois dans la même matinée, avoua-t-il en lui léchant l'oreille. Le voilà !"

Il plaqua son torse contre celui de la jeune femme , sa main tenant le savon glissant sur son dos sali. Elle gémit quand elle le sentit toucher ses bleus et caresser ses courbatures, ayant l'impression que son corps se brisait sous la fatigue. Le savon glissa jusqu'à son ventre et remonta lentement, de même que les lèvres de l'alchimiste qui quittèrent son cou pour rejoindre ses lèvres et les savourer doucement. Il posa les mains sur sa poitrine et l'effleura du bout des doigts, un sourire satisfait aux lèvres. Elle-même se mordit la bouche, frissonnant soudain.

"- Besoin de se réchauffer à ce que je vois ... Vous avez froid ? questionna-t-il en caressant ses tétons des pouces. Vous voulez que je remette l'eau chaude ?

- Je pense que vous avez assez chaud pour deux, sourit Beth en retour. Ha ! laissa-t-elle échapper alors qu'il la reprenait contre lui et la plaquait au mur, plaçant les jambes de la jeune femme autour de ses hanches.

- La chair est peut-être triste, mais elle est surtout savoureuse ... Particulièrement ici, nota Kimblee en parcourant sa poitrine de minuscules baisers, sortant la langue et fermant les yeux.

- Vraiment ?

- Délicieuse, comme je l'ai déjà dit. Et je meurs de faim, fit-il en l'embrassant jusqu'à ne plus avoir de souffle, son érection à nouveau pressée contre les cuisses de Betty. Je suis véritablement affamé ... Et je ne suis pas le seul, semblerait-il, rit-il tandis que la jeune femme commençait à défaire la ceinture de l'Écarlate. Tant mieux.

- Vous semblez vraiment à l'étroit, je ne voudrais pas que vous bandiez au point d'avoir mal, expliqua-t-elle avec un demi-sourire.

- C'est une si bonne douleur que celle-là ... De toute façon, je crois que j'ai une érection depuis la première balle que vous avez logée entre les sourcils de ces Ishbals. Je vous ai dit que votre façon de donner la mort sans y réfléchir à deux fois est absolument délicieuse. Mais ici ... grogna-t-il alors que la jeune femme déboutonnait son pantalon, c'était encore au dessus de ça. Votre psychologie a si parfaitement rejoint votre corps ... Une si belle alliance ne pouvait que me donner envie de vous ...

- Je respire l'intelligence par tous les pores de ma peau, pour peu que ceux-ci ne soient pas obstrués par le sang ?

- Vous êtes le sang même, Blood, rit Kimblee avant de l'embrasser, se délectant de ses seins menus mais ronds. Sur le champ de bataille, vous êtes d'une beauté vénéneuse extraordinaire, au point même que mon propre sang se fige dans mes veines tant je suis paralysé de désir, mental et physique, en vous voyant tuer.

- A ce point ..? murmura-t-elle en lui mordant la lèvre inférieure. Et c'est pour cela que vous êtes accaparé le terrain cette semaine ?

- Il fallait que j'évacue ma frustration , ironisa-t-il en faisant référence à sa phrase d'un peu plus tôt. Il faudrait que j'enlève votre pantalon aussi ...

- Ne le faites pas exploser, je n'ai pas emmené toute ma penderie.

- Bien sûr, prendre son temps est très bien aussi comme vous pouvez le sentir. Hmm ... gémit-il avant de l'embrasser et de l'enlacer brutalement. J'adore sentir votre corps contre le mien, vraiment ... Délicieux.

- Commandant Kimblee ! cria quelqu'un en toquant à la porte de la salle de bains. Vous êtes là ? Il y a une réunion urgente dans le bâtiment d'État-Major dans cinq minutes !

- Très bien ! cria l'alchimiste en retour, sans lâcher la jeune femme. Je crois ... soupira-t-il, que je devrai supporter une seconde intense frustration.

- Je n'y suis pour rien cette fois.

- Je sais, dit-il en l'embrassant. Mais c'est dommage, je n'ai pas tous les jours la chance de pouvoir conquérir le corps d'une femme avec une beauté meurtrière comme la vôtre. Vous êtes terrifiante, continua-t-il en enlevant le verrou, un vrai ange de la mort. Une Kèr. A plus tard, Bethsabée."

Alors qu'il se rhabillait, le corps brûlant encore de désir et de colère face à ses collègues, il entendit Betty clamer d'une voix sortie du royaume des morts :

"For beauty is nothing but the beginning of terror

which we are barely able to endure, and it amazes us so,

because it serenely disdains to destroy us.

Every angel is terrible."

De son côté, elle l'entendit rire à mi-voix avant de repartir sans un mot de plus. Encore à moitié vêtue sous l'eau chaude qui coulait sur son corps, elle soupira lentement. Malgré la température de la douche, et de la fumée qui s'échappait du pommeau, elle eut soudain très froid, l'absence d'un corps plus que brûlant contre le sien se faisant sentir.

Une fois sèche, un vêtement attira son attention : la veste du Commandant était sur le sol. Elle l'enfila sur sa peau nue, s'imaginant un jour pouvoir porter la même avec fierté. Ce rêve ne se concrétiserait pas avant plusieurs années, mais elle pouvait bien rêver. Beth plongea le visage dans la manche bleue et respira à pleins poumons. Entre les minuscules grains de sable, de poussière de craie et de sang , s'échappait une odeur bien particulière, entre la douceur et l'amertume. Celle de Kimblee.


They're taking the Hobbits to Isengard ! Je sais pas si vous connaissez, mais quelqu'un a fait un remix techno de cette réplique de Legolas ...

Le poème en anglais est de Maria Rainer Rilke, je n'ai pas trouvé de traduction en français qui soit très jolie ... Ma traduction donne : "La beauté n'est que le commencement de la terreur que nous sommes à peine capables d'endurer et qui nous éblouit tant, car, impassible, elle dédaigne de nous détruire. Chaque ange est terrible."

The hobbits to Isengard ! To Isengard ! Je prévoyais pas d'écrire avant samedi mais à cause de la neige (15 cm à Lille), mes cours ont été annulés et je suis coincée chez moi depuis ce matin car y'a pas de métro ... Voilà.

Je tiens à m'excuser publiquement et sincèrement pour la perte des ovaires que je vous ai causées. Merci.

The hobbits the hobbits the hobbits the hobbits TO ISENGARD ! ( Demain, c'est "Cloud Atlas" au cinééé ( Fan de Ben Whishaw spotted. Mais ça laisse un rapport avec le dernier paragraphe comme il jouait dans "Le Parfum")). Pour les Keres, que j'ai déjà mentionnées, ce sont des divinités mineures de la Grèce Antique. Ce sont de jeunes femmes qui se nourrissent de sang et emmènent les morts sur les champs de bataille aux Enfers. Elles apportent malheur et destruction.

Bisous, merci des reviews !

Musique : "Lolita" de The Veronicas , "Sober" de Pink , "Carmensita" de Devendra Banhart.