Chapitre 14 – Découvertes
L'Argo II était arrivé à la Colonie Sangs-Mêlés vers 8 heures du matin, grâce au fameux système d'accélération créé par Leo (et il n'a même pas explosé). Quand les demis-dieux sortirent du vaisseau, ils furent impressionnés par le nombre de gens qui étaient déjà en train de s'affairer un peu partout autour d'eux. Et personne n'eut l'air de les remarquer, comme si une trirème grecque volante qui atterrissait à côté de champs de fraises était quelque chose de parfaitement banal ici. Après quelques minutes de flottement gênantes, Chiron apparut enfin pour les accueillir.
PDV Ismérie
Je vous assure, voir un monsieur-cheval à 8 heures du matin au saut du lit, ce n'est absolument pas recommandé par les cardiologues. Le monsieur-cheval en question se présenta comme Chiron, directeur des activités de la Colonie. Il nous souhaita la bienvenue, demanda les noms de ceux qu'il ne connaissait pas (je me suis présentée en tant qu'Ismérie, non revendiquée, pour me faciliter la vie), puis nous confia nos tâches. Il envoya Leo à un certain Bunker 9 pour y aider les Héphaïstos à préparer des armes, Jason, Annabeth et Reyna furent conviés à une réunion stratégique urgente, Piper fut envoyée mener des négociations quelconques, Nico dut aller aider un certain Will Solace, et Hazel et Frank furent finalement invités aussi à la réunion super urgente, en tant que Romains (Chiron s'était d'abord montré quelque peu réticent, mais on le convainquit vite qu'ils n'étaient pas bien méchant. La bouille de bébé de Frank a du aider.). Ce qui ne laissa plus que Percy et moi.
« -Chiron ! Je peux savoir pourquoi je ne suis pas invité à votre super réunion, moi ?
-Parce qu'il faut que quelqu'un montre la Colonie à Ismérie, enfin !
Façon délicate de l'éloigner.
-Tyson peut le faire !
Façon délicate de se rapprocher.
-Je pense qu'elle sera plus en confiance avec quelqu'un qu'elle connaît ! En plus, Tyson peut s'avérer un peut trop… enthousiaste.
-Mais… »
Sans lui laisser le temps de protester, Chiron tourna les talons (les sabots ?) et se dirigea vers la grosse maison, suivi d'un garçon-chèvre (faudrait qu'ils arrêtent les mix étranges ici) qui haussait les épaules en signe d'excuse envers Percy.
« -Bon, désolée, hein. T'inquiète pas pour moi, je vais visiter toute seule, file à la réunion !
-Tu rigoles ? De 1, Annabeth va me tuer si elle voit que je ne m'occupe pas de toi. De 2, si les autres te voient toute seule, ils vont te prendre pour une espionne. Surtout les Arès. Et toute surpuissante que tu es, tu n'as pas envie de te frotter aux Arès, crois-moi. Allez, suis-moi ! Je vais te montrer notre belle Colonie !
Bon. Je le suivais donc. Et je découvris le plus étrange et le plus cool endroit sur Terre.
-Alors, à droite, la forêt. On fait parfois des Capture l'Etendard dedans ! C'est un jeu sympa, mais un peu dangereux. Une fois Annabeth a failli me tuer. C'était ma première partie ! Là c'est le mur d'escalade avec de la lave, pour nous motiver. Et crois-moi les jets de lave ça motive vraiment. Là-bas l'arène pour s'entraîner à l'épée… Ici les champs de fraisiers… et là…
Nous arrivâmes devant une douzaine de bungalows en demi-cercle, avec pleins d'autres bungalows étrangement agglutinés derrière.
-Ce sont les bungalows. Un par dieu, et les enfants logent dedans. Derrière toi c'est la Grande Maison, là où sont Chiron et Mr D. Quand il est là, ce qui n'est pas le cas actuellement.
-Mr. D. ?
-Dionysos. Le directeur de la colonie, par punition de Zeus. Il n'a jamais été capable de prononcer correctement le nom de qui que ce soit. Insupportable. Bref, là-bas, tu as les écuries pour les pégases, et…
Je l'interrompis avant d'apprendre l'existence d'un nouvel animal magique et étrange.
-Du coup je dors où ?
-Tu t'es proclamée indéterminée, c'est ça ?
J'acquiesçai.
-Eh bien dans le bungalow d'Hermès, répondit-il en désignant un bungalow miteux et bondé, où deux jumeaux venaient de s'engouffrer à toute vitesse, une brune à la carrure de catcheuse hurlant après eux.
-Euh… je suis obligée ?
-Nan, j'imagine que vu que t'es… Anormale, tu peux choisir.
-Anormale ?
-Nan, pardon, mais enfin tu vois…
-Non je ne vois pas. Je ne te salue pas.
Et je tournai les talons pour me diriger vers le garçon-chèvre qui courrait vers nous.
-Excuse-moi, y-a-t'il un bungalow inoccupé ?
-Bêêêêh oui, Héra, pourquoi ?
-Pour y dormir, évidemment.
-Mêêêêh il ne vaut mieux pas !
-Laisse, Grover. Elle a le droit. Je t'expliquerai mon vieux.
Le dénommé Grover n'eut pas l'air convaincu mais n'insista pas et se tourna vers Percy.
-Percy, rendez-vous à la Grande Maison, vite ! Annabeth t'ordonne de venir, elle m'a envoyé, elle avait l'air énervé !
-Qu'est-ce que j'ai encore fait… »
Et sur ce ils me plantèrent là, en tête-à-tête avec les fraisiers. Sympa comme accueil. J'allai donc vers le seul bungalow qui semblait vide pour poser mes affaires.
Le bungalow d'Héra n'était clairement pas des plus accueillants, mais j'avais juste besoin d'un endroit pour dormir. Une fois mon sac jeté en vrac sur le sol (pas de lit, évidemment) je sortais pour finir d'explorer par moi-même la Colonie. Tout était joli, mais on sentait la tension omniprésente des adolescents. Tous s'entraînaient comme si leur vie en dépendait, et vu que Gaïa allait attaquer ici-même incessamment sous peu, ce n'était probablement pas que de la paranoïa. Au bout de quelques heures passées à déambuler dans la Colonie, je me suis finalement assise au bord du lac. Je regardais mon reflet et entrepris de me recoiffer (j'avais une de ces mines…) quand je repérai des jeunes filles au fond de l'eau. Oui oui. Au fond de l'eau. Je songeai d'abord à d'autres reflets, mais non, elles étaient bien au fond du lac. Il fallait que je me fasse au fait que cette Colonie, c'était le musée des curiosités. Au moins, c'était là où j'avais ma place.
Au bout de quelques temps, mon esprit se mit à vagabonder. Je pensais à Anthony, au bébé, à ma vie d'avant… Et étonnement, il y avait moins d'amertume qu'avant. Peut être m'étais-je faite à l'idée de les avoir perdu. Peut être était-ce simplement cet endroit qui m'apaisait. Je voyais Anthony et moi s'embrasser dans ma roulotte, il avait le goût de café et portait un vieux pull rouge en laine qui boulochait… Le pull que je portais actuellement, malgré qu'on soit en plein été. Ces images m'évoquaient presque la vie de quelqu'un d'autre, comme si je regardais un film. J'étais toujours triste pour eux, parce que je connaissais la fin de l'histoire. Mon personnage préféré meurt. Soudain, une phrase surgit dans mon esprit : « Les histoires ne sont que des souvenirs que l'ont a oublié ». Peut-être commençai-je à oublier. Peut-être commençai-je à guérir.
Mon esprit continua à divaguer, et se dirigea vers la menace imminente qu'était Gaïa. Après avoir passé plusieurs heures à observer cette Colonie, malgré les forces romaines venue en renfort, j'étais quasi certaine que nous ne faisions pas le poids contre des géants superpuissants et une déesse de la Terre super vénère et très très (trop ?) reposée. Je ne pouvais pas en vouloir aux campeurs de garder espoir, mais j'étais sûre que, sans les dieux, on ne pouvait rien faire. Déjà parce que on ne peut pas tuer un géant sans l'aide d'un dieu, ce qui pose un problème de base. Et d'après ce que j'ai compris, en ce moment, ils sont injoignables. Et le répondeur des dieux n'est pas très utile dans cette situation. J'aurais aimé pouvoir aider. Je sais que j'ai de grands pouvoirs, mais de là à aller casser la gueule à la déesse Mère… Il faudra que je m'entraîne, si j'ai le temps. Je demanderai à Nico de m'aider. Je l'ai cherché cette après-midi, mais on m'a dit qu'il aidait un certain Solace, et qu'il était très occupé. Je me demande qui est ce Solace pour réussir à exploiter Nico toute une journée ! Un petit ami caché ? Ce serait bien pour Nico. Mais ce ne sont pas mes oignons.
Alors que j'étais toujours perdue dans mes pensées, j'entendis des pas derrière moi. Je me retournai et découvrais Reyna, toujours en armure, qui se tenait là, adossée à un arbre. Elle me regardait avec un regard intense, quasi flippant :
« -Salut Ismérie.
-Hey !
-Il faut qu'on parle.
La phrase flippante par excellence. En même temps, il est clair qu'il fallait qu'on parle.
-Euh, oui, bien sûr, viens t'asseoir.
-Je préfère rester debout.
-Ah bah reste debout, je t'en prie.
Elle sourit doucement.
-Ismérie ?
-Hmm ?
-Je suis amoureuse de toi.
Pendant une demi-seconde il y eut une explosion dans ma tête, de niveau nucléaire.
-Moi aussi.
Quoi ?! Elle eut l'air très surprise, mais certainement pas autant que moi. Les mots étaient sortis tous seuls. Et je me rendis compte à quel point je le pensais. Je me sentis obligée de développer :
-Je t'aime aussi. J'étais juste complètement paumée dernièrement trop pour m'en rendre compte, et… »
Elle s'avança et m'embrassa, mais pas un baiser chaste comme le premier. Non, cette fois c'était un vrai baiser passionné. Elle ouvrit la bouche, et m'incita à la suivre, et nos langues commencèrent un ballet endiablé. Je passai ma main dans ses cheveux, pour le presser un peu plus contre moi. Elle sentait le chocolat chaud. Quand elle se détacha pour reprendre son souffle, c'était comme si une enclume s'était enlevée de mon cœur. J'eus l'impression d'entendre Anthony dans ma tête « Tu es libre ». Il souriait. Alors je souris aussi.
« Merci. »
Reyna parut étonnée, mais ne dit rien. Je la regardai à nouveau, et compris que je venais de retrouver une place dans ma vie. Et ça faisait du bien.
Le reste de la journée se déroula tranquillement. Reyna et moi parlâmes jusqu'au dîner. Je ne savais pas à quelle table m'asseoir, étant donné ma nature quelque peu compliquée, mais Chiron, qui pensait toujours que j'étais indéterminée, m'indiqua la table des Hermès, où deux jumeaux (Travis et Connor, je crois) me firent un chaleureux accueil en tentant de me subtiliser mon portefeuille (par chance je n'en avais pas). Je fis la queue pour brûler une partie de ma nourriture (apparemment ils aiment l'odeur), même si l'idée de gâcher de la nourriture pour des dieux actuellement muets me répugnait quelque peu. Puis il y eut un feu de camp où tout le monde chanta, pour fêter le retour de l'Argo II, mais on sentait que l'ambiance n'était pas à son maximum. Une fois le feu de camp fini, nous retournâmes tous à nos bungalows. Le mien me sembla très vide et froid, beaucoup plus que quand j'étais venue pour poser mes affaires. C'est fou comme quelques heures peuvent changer un état d'esprit. Reyna me manquait. Les 7 n'avaient pas eut l'air surpris quand on leur a annoncé. Nico avait l'air heureux. J'ai toujours aimé le voir heureux. Il était collé à son Solace (je crois que je les ai vus se tenir subrepticement la main), mais j'ai quand même réussi à lui demander quelques leçons, et il a accepté en me demandant si j'avais récemment pratiqué l'épée, ce à quoi j'ai répondu. Il a alors eu un sourire de sadique qui n'a rien fait pour me rassurer. J'avais intérêt à être en forme demain. J'allais donc me coucher, et ce fut un bruit qui me réveilla. C'était quelqu'un qui toquait à ma porte. J'allais ouvrir, en me demandant qui ça pouvait être à une telle heure, et tombais sur Reyna. Qui s'empara de ma bouche sans dire un mot.
Voilà voilà fin du chapitre 14 ! Dites moi si vous voulez un lemon pour le chapitre suivant ou si vous préférez que je passe directement à la suite ! Les reviews font toujours plaisir !
