L'instinct
Se réveillant gentiment, Natsuki étira délicatement ses pattes. Puis, afin d'enlever les restes de grains du marchand de sable, la louve remua tout son corps. Une fois bien éveillée, le regard émeraude du canidé se tourna vers le ciel. Le soleil se couchait doucement. Apparemment, la lycan avait dormi durant presque une journée entière. Rien de bien étonnant vu dans quel état elle se trouvait la veille.
Assise sur la terrasse d'une maison japonaise traditionnelle, Natsuki profitait des derniers petits rayons de soleil sur son pelage noir. Même bien reposée, la jeune lycéenne pouvait encore sentir la faiblesse de sa condition. Cela allait apparemment prendre pas mal de temps pour une régénération totale.
Sûrement à cause de l'argent... Maudit sois-tu, Suzushiro... La prochaine fois, je t'arracherai la tête.
Entendant des pas se rapprocher, Natsuki reconnut immédiatement l'odeur de l'arrivante. Un mélange de thé et d'un parfum dont seule la présidente en avait le secret. Sans bouger de sa place, la louve laissa des bras aimants entourer son cou. Des mains d'une douceur incroyable caressèrent son pelage sombre.
La louve tourna lentement le regard vers Shizuru. Cette dernière portait un magnifique kimono mauve qui semblait avoir été créé rien que pour elle. Croisant le regard vers perçant de la lycan, la brune offrit un sublime sourire en guise de réponse. Natsuki pouvait sentir son cœur battre à tout rompre.
Rien que pour ce magnifique sourire, je pourrai affronter le monde entier.
Mais la jeune rebelle savait pertinemment que sa compagnie mettait la brune en danger. Que cela soit sa meute ou encore les Crusades, chaque minute que Shizuru passait avec elle, mettait sa vie en jeu.
Natsuki frotta sa tête contre le cou de la présidente, s'enivrant de sa senteur unique. Comment diable pourrait-elle se passer de cette humaine ? Une humaine... Voilà ce qu'était Fujino Shizuru. Une fragile petite mortelle. Il viendra le jour où cette dernière vieillira et mourra. Si Duran ou les Crusades ne s'en chargeaient pas avant le temps.
- Tu es enfin réveillée, déclara doucement Shizuru en collant son visage contre l'animal. Je commençait à m'inquiéter.
La voix de cette dernière était comme le chant des anges pour la louve. Natsuki émit un petit jappement en guise de réponse. Remuant joyeusement sa queue, elle démontrait à la jeune femme qu'elle était en bonne voie pour son rétablissement. La brune sourit une nouvelle fois, ravie.
La gestuelle d'un loup-garou pouvait facilement être comprise par un congénère. Mais d'une certaine manière, Shizuru arrivait à interpréter sans grand mal tout ce que la louve tentait de lui communiquer. L'instinct de Natsuki lui disait que cette femme était faite pour elle. Mais sa raison lui rétorquait que par sa nature, cette relation n'était que chimère. Elles ne faisaient pas parties du même monde.
- Dis-moi, reprit Shizuru en extirpant la lycan de ses pensées, quand est-ce que tu penses reprendre une forme humaine ?
La louve-garou secoua lentement de la tête en signe de négation. La brune soupira avec une pointe de déception :
- Je vois. Je suppose que comme dans les livres, un loup-garou se régénère beaucoup plus rapidement sous forme animale.
Posant sa tête sur les jambes de Shizuru, Natsuki couina imperceptiblement. Elle avait largement récupéré assez de force pour se métamorphoser. Mais la jeune lycéenne ne se sentait pas encore prête à affronter son amante de face. Car à ce moment-là, elle ne pouvait plus répondre par le silence, ni dissimuler les questions qui la tiraillaient. Mais aussi, sous forme humaine, ses convictions s'effondreraient comme un château de carte. Avec des mains, elle ne pourrait pas s'empêcher de caresser la peau de porcelaine de Shizuru. Avec une bouche, elle ne pourrait pas s'empêcher d'embrasser les lèvres exquises de Shizuru. Avec la parole, elle ne pourrait pas s'empêcher de clamer son amour pour Shizuru.
Peut-être devrais-je partir à la nuit tombée...
La présidente se mit à caresser machinalement sa compagne tout en admirant le jardin devant elle. L'air toujours aussi calme, Shizuru semblait absorbée dans ses propres pensées. La brune pouvait si facilement lire à travers Natsuki, mais cette dernière ne pouvait pas en dire autant dans le cas inverse. La jeune femme était un véritable mystère par moment. Impossible de lire à travers son masque sans expression. Même l'odorat de la louve ne pouvait pas toujours dire ce que ressentait Shizuru.
Au plus profond de son être, la lycan sentit une grande frustration. Elle aussi voulait connaître sa compagne par cœur, déceler ce que les autres ne pouvaient voir. Elle désirant tant connaître la présidente des élèves, car en y repensant, Natsuki savait que très peu d'elle en dehors du lycée. Peut-être ne le découvrirait-elle jamais...
Shizuru se redressa lentement en silence. Elle brisa le contact de sa main lorsqu'elle se retira vers l'intérieur de la demeure. Mais avant de disparaître derrière la porte coulissante, la brune souffla :
- Ne me quitte pas, Natsuki...
Ces mots étaient comme un murmure, inaudible pour un être humain normal. Natsuki ne regarda même pas son amie s'éloigner. Son regard fixant vaguement le petit étang qui se trouvait au fond du jardin, elle sentit son cœur de serrer. Même sous forme animale, Shizuru lisait en elle comme dans un livre ouvert.
La mâchoire serrée, la louve se leva brutalement. Tournant son regard déterminé vers la trace odorante qu'avait laissée Shizuru, elle sentit ses os la brûler, puis craquer. Dans un miasme de douleur et de magie, Natsuki changea petit à petit de forme. La métamorphose était plus lente et plus douloureuse que de coutume. Cela venait forcément de son état encore faible. Mais la lycan s'en fichait.
Une fois humaine, et malgré des picotements dans tout son corps, Natsuki partit sans plus attendre dans la maison. Suivant une trajectoire bien définie, elle s'avançait vers la cuisine d'un pas rapide, mais sans précipitation. Et comme elle s'y attendait, Shizuru se trouvait là. Cette dernière était en train de regarder dans le réfrigérateur.
Ayant entendu l'arrivée de la louve, la brune se retourna. La surprise la frappa de plein fouet lorsqu'elle vit Natsuki sous sa forme humaine.
- Natsuki ?
Sans dire un mot, la jeune rebelle s'avança vers son amie. Puis, prenant délicatement le visage de la présidente entre ses mains, elle l'embrassa sauvagement. Sous le choc, Shizuru restait immobile, les yeux écarquillés.
Natsuki fit glisser lentement ses doigts derrière la nuque de la brune, pressant encore plus passionnément ses lèvres contre les siennes. La stupeur de la présidente se dissipa rapidement. Shizuru posa ses mains sur la taille de sa partenaire. Avant de titiller cette dernière avec sa langue. La louve grogna de satisfaction et d'impatience. Détachant leur bouche, Natsuki déposa avidement ses lèvres dans le cou de sa bien-aimée.
- J'allais préparer le souper, gémit Shizuru sans trop poser de résistance.
- J'ai faim, répondit Natsuki qui promenade ses mains ardentes sur le corps de la présidente. Mais mon appétit réclame un mets particulier.
La louve mordilla le cou de sa partenaire. Le corps de la brune se raidit subitement. Se reculant légèrement, elle attrapa le visage de Natsuki entre ses mains. Puis, elle lui répéta :
- J'allais préparer le souper, ma puce.
Déçue et déconcertée, la louve se mordit la lèvre inférieure par frustration. Incapable d'émettre la moindre réplique, elle fixa la brune d'un regard abattu. Remarquant le désappointement de sa partenaire, Shizuru la serra doucement dans ses bras et lui caressa lentement la tête. Malgré la situation, Natsuki se détendit petit à petit face à ce doux contact.
- Nous avons tout notre temps, chuchota la présidente en embrassant le lobe de la louve. Ne précipitons pas les choses.
La lycan émit un petit gémissement résolu. Et de toute manière, elle ne savait pas ce qui lui avait pris. Ce n'était pas son genre de faire de telles avances. Elle se recula légèrement, dévoilant sa moue boudeuse. Natsuki croisa ses bras comme à son habitude et grogna :
- T'as de la chance que je meurs de faim.
- Évite de m'interrompre alors, conclut Shizuru en déposant un chaste baiser sur la joue de son interlocutrice. Je vais devoir aller faire les courses.
- Laisse-moi t'accompagner alors.
La brune sourit affectivement avant de déposer un autre baiser sur les lèvres de son amie. Et d'un mouvement parfaitement naturelle, elle caressa les cheveux ébènes.
- Tu dois te reposer, déclara finalement Shizuru qui poursuivit immédiatement pour ne pas se faire interrompre. C'est juste à côté. Je n'en n'ai vraiment pas pour longtemps.
- Si tu le dis, se résigna la louve en soupirant. Qu'est-ce que je vais faire en attendant, moi ?
- Mmmh... Te reposer ?
Natsuki eut un petit rire. Apparemment, elle n'avait pas vraiment le choix. C'était aller reprendre des forces ou aller reprendre des forces. Lâchant un petit râlement, les mains dans les poches, la rebelle allait se diriger vers le salon.
- Natsuki ? intervint Shizuru, ce qui fit se retourner la louve. J'aurais une petite question à te poser. Cela me chiffonne depuis un moment déjà.
Surprise, Natsuki attendit patiemment ce qu'allait lui demander sa partenaire. Voyant le visage serein de la présidente des élèves, la lycan n'arrivait pas à deviner ce qui allait s'en suivre.
- Comment cela se fait-il que tu n'es pas nue après ta métamorphose ?
- Déçue ? taquina la louve avec un petit sourire malicieux.
- Je dois avouer que cela ne m'aurai pas déplu.
Un nouveau rire sortit de la gorge de Natsuki qui s'adossa à l'encadrement de la porte. Voilà encore une particularité qui la rendait différente des siens. Les loups-garous se retrouvaient nus après leur métamorphose. Quoi de plus normal étant donné que leur mutation déchirait les vêtements.
- Certainement un de ces privilèges d'être un pur sang, concéda la louve d'une voix qu'elle se voulait désinvolte. Une sorte de magie m'entoure alors que les autres non. Transformation plus rapide et moins douloureuse, fringuée par magie et tout le tralala.
- Qu'est-ce vraiment un pur sang ? demanda la brune qui semblait fascinée par le monde dans lequel appartenait son amie.
- Je t'expliquerai tout cela une autre fois...
Shizuru comprit que la conversation venait de se terminer là. Et elle ne cherchera pas à pousser plus loin tant que Natsuki ne le voudrait pas. Quelque chose semblait mettre cette dernière mal à l'aise. La brune était une personne patiente et elle savait qu'avec cette lycan, elle en aurait besoin.
Assise sur le canapé, Natsuki s'offrait une séance de zapping. A part des émissions de télé-réalité complètement stupides, elle n'avait rien d'autre à se mettre sous les yeux. De toute manière, son esprit était bien loin de cette pièce. Repensant encore à la scène de la cuisine, la louve sentait la frustration la ronger. Après un long soupir, elle décida d'éteindre la télévision.
Se redressant, Natsuki enfouit son visage entre ses mains. Les choses étaient paisibles. Mais elle savait pertinemment que ceci était le calme avant la tempête. La jeune fille savait qu'elle avait quasiment touché le fond. Il était désormais impossible de retourner au lycée de Fuuka. Et à tout moment, un membre de sa meute pourrait la retrouver et alerter Duran.
Natsuki se leva rapidement. Elle sortit dans le jardin, pieds nus. La froideur de la terre la fit frissonner, mais la louve en elle se délecta de cette sensation. Le sentiment d'être en vie. Recroquevillant les orteils, la lycan laissait son instinct se satisfaire du peu de nature qui l'entourait. Le soleil était déjà couché, tandis que la lune s'élevait. Après une grande inspiration, Natsuki s'assit en tailleur, les yeux clos.
Contrôlant sa respiration, elle se laissa envahir par tous les sons environnants. Le bruit des voitures. L'eau qui coulait dans le petit marais. Le vent caressant les branchages. Puis, il ne resta plus que ses battements de cœur. Chaque choc dans sa poitrine résonnait dans tout son être. Le rythme était serein. Mais les échos grandirent encore et encore jusqu'à se dédoubler en deux sons distincts.
Ouvrant lentement ses yeux, Natsuki se trouvait dans le noir le plus total. Les battements de cœur faisaient onduler le sols invisibles comme sur une surface aquatique. Toujours assise en tailleur, la lycéenne faisait face à une louve ébène entourée d'une faible aura blanche. L'animal se tenait assise, devant la jeune fille. Ses yeux de prédateurs plongeaient dans celle de Natsuki.
Cela fait un bail...
La louve opina du chef. La lycéenne resta un instant silencieuse à regarder son autre ''moi''. Beaucoup de loup-garous se concertaient avec leur second soi, avec leur côté animal. Les gens de sa meute appelait cela : l'instinct. Il se trouvait souvent que celui-ci en savait bien plus sur les sentiments de son autre moitié. Peut-être parce que c'était un spectateur passif ou tout bonnement, parce que c'était l'instinct même.
Natsuki avait rarement l'habitude de se réunir avec son ''moi'' pour des conseils. Elle avait plutôt recours à ce procédé lorsqu'elle voulait se retrouver avec elle-même, tout simplement. Mais depuis sa trahison avec Duran, la jeune demoiselle avait d'une certaine manière, coupé les liens avec sa moitié animale. Cependant, l'évènement de la veille avait subitement rappelé à Natsuki sa nature qu'elle avait refoulée ces dernières années.
Tu sais certainement pourquoi je suis ici. Parce que pour tout t'avouer, moi, je ne le sais pas. Tout s'est déroulé tellement vite. La seule certitude que j'ai là, maintenant, c'était qu'il fallait que je te voie.
D'une certaine manière, Natsuki ne s'était pas sentie aussi calme depuis le jour où elle avait quitté la meute. Mais elle se rendit aussi compte que la présence de Shizuru avait le même effet que celle de son ''moi''. La seule raison qui avait obstrué cette révélation, était que la présidente perturbait toujours la rebelle. Mais cela n'était pas un sentiment néfaste, au contraire. Quoique un peu frustrant parfois.
La louve émit un jappement. Natsuki sursauta intérieurement. Puis elle sentit ses joues chauffer à une vitesse hallucinante. Plaquant ses mains sur ses genoux, cette dernière secoua vivement de la tête.
Je ne peux pas ! Cela ne fait que quelques semaines que je sors avec elle... Alors de là à faire d'elle ma femelle officielle, c'est de la folie ! En plus, c'est une humaine.
Natsuki voulait demander des conseils à son ''moi''. Pas des idées pour envenimer la situation – si cela était encore possible bien entendu. Croisant les bras, la jeune fille rencontra le regard déterminé de la louve. C'était sans appel, l'animal avait fait son choix et pire encore, elle voulait l'imposer à son hôte.
Cela, la lycéenne en avait entendu parlé. C'était assez rare chez les lycanthropes que ce soit leur instinct qui choisit le ou la partenaire. En temps normal, le loup-garou tombait amoureux et après être sûr de vouloir s'engager plus loin avec cette personne, il la présentait à son instinct. Ce dernier l'acceptait ou le rejetait. Et dans le deuxième cas, qu'on le veuille ou non, le couple était destiné à se briser irrémédiablement.
Mais voilà que le second ''moi'' de Natsuki lui imposait Shizuru comme partenaire. Certains disaient même que lorsque cela arrivait, c'était que la personne choisie n'était autre que l'âme sœur. Un sourire ironique se dessina péniblement sur les lèvres la lycan. L'âme sœur était l'être que l'on aimait tout une vie et dans le cas de Natsuki, tout une éternité. Mais le destin lui aurait offert une mortelle comme partenaire.
Un léger grognement se fit entendre de la gorge de la bête noire. La jeune fille recroquevilla ses genoux contre sa poitrine, sans lâcher le regard de l'animal.
Jamais je ne lui ferais subir cela. Elle pourrait en mourir et tu le sais. D'ailleurs... Pourquoi voudrait-elle devenir un monstre comme moi ?
Soudain, une chaleur enveloppa Natsuki. Comme des bras aimants, elle s'enroula autour de ses épaules. Une odeur particulière et si familière émana de nulle part. Les battements de cœur résonnant dans ce monde spirituel, devinrent qu'un. Lentement, comme une trainée de poussière, la louve ébène se dissipa par un vent inexistant.
Tournant la tête sur sa gauche, la louve-garou se trouvait de nouveau dans le jardin, assise sur la terre. Serrée par l'étreinte de Shizuru, Natsuki ne dit pas un mot. L'idée de faire de la brune sa femelle tournait encore dans son esprit.
- Ton corps est tout chaud alors qu'il fait si froid dehors, confia la brune avec une certaine surprise. Si ce n'est pas toi qui va attraper froid, ça sera moi alors.
Avec un petit sourire, Natsuki se tourna vers son interlocutrice. Glissant lentement sa main derrière la nuque de celle-ci, elle rapprocha ses lèvres des siennes. Le baiser fut doux, mais passionné. Une odeur étrangère effleura l'odorat de la louve.
Une odeur de fer... Du sang ?
Natsuki se recula brutalement. Dévisageant la présidente des élèves, elle chercha l'origine de cette odeur. Était-elle blessée ? Shizuru s'était-elle faite attaquer pendant qu'elle était bêtement assise dans le jardin ?
- Shizuru... débuta la lycan d'une voix légèrement rauque. Tu saignes ?
Les yeux écarlates affichèrent la surprise. Puis, avec un petit sourire, la brune leva son index droit où un petit sparadrap trônait fièrement.
- Je ne peux rien te cacher apparemment, déclara Shizuru comme si elle avouait un crime. Je me suis accidentellement coupée au supermarché. Mais je ne pensais pas que tu le remarquerai...
- Dieu merci, tu n'as rien, souffla Natsuki qui serra son amie contre elle. Désormais, tu ne quitteras pas cette maison sans mon escorte. Et je ne prendrais en compte aucune objection.
La présidente rit. Son souffle effleurant la peau du cou de Natsuki. Un frisson la parcourut à ce moment-là.
Fais-la tienne !
Refoulant ce que son instinct lui intimait, la louve tenta de dissimuler ses tremblements. Elle pouvait sentir ses crocs s'agrandir légèrement dans sa bouche. Ses yeux devaient certainement être d'un éclat vert très pâle. Tous ces signes montraient que la bête n'était pas loin, que la rebelle risquait de perdre le contrôle.
Shizuru voulut se retirer, mais la louve-garou resserra son étreinte. Il ne fallait pas que la brune la voit dans cet état. Avalant difficilement une grande bouffée d'air, Natsuki essaya de rentrer la bête dans sa cage. Mais sa moitié semblait bien rebellée ce soir.
Sans vraiment s'en rendre compte, la louve se mit à renifler les cheveux de Shizuru. Elle s'enivrait de son parfum avant de descendre ses lèvres dans le cou de cette dernière. Instinctivement, elle lécha cette peau si parfaite du bout de la langue. Natsuki put sentir que la corps de la brune avait frissonné à ce contact. Sentant l'excitation monter en elle, la rebelle glissa ses mains vers le bas du dos de sa partenaire.
- Na-Natsuki ? articula difficilement Shizuru.
Cette dernière posa ses mains sur les épaules de la brune avant de l'éloigner subitement. Les bras tendus, la tête baissée et fixant un point invisible sur le sol, Natsuki reprit sa respiration. Elle venait de comprendre pourquoi, un peu plus tôt, elle avait aussi eu la même réaction envers sa petite amie. C'était sa louve en elle qui influençait ses actes. Elle poussait la jeune lycan à faire l'amour avec Shizuru pour finalement pouvoir la marquer, la faire sienne. Intérieurement, Natsuki ragea de ne pas avoir discerné cela plus tôt.
Louve... Il est encore trop tôt... Calme-toi, elle sera mienne. Elle sera notre, je te le promets. Alors, je t'en prie...
Marquer une personne n'était pas une chose anodine. Plus qu'un mariage, le loup-garou clamait par ce symbole ce qui lui appartenait. Une fois Shizuru marquée, tous les lycanthropes pourraient sentir qu'elle était la femelle de Natsuki. Et même qu'à ce qu'on racontait, même les vampires pouvait le sentir. C'était une marque à vie !
Soudain, la louve sentit ses muscles se détendre. Sa respiration enfin calme, elle releva lentement la tête pour croiser le regard rubis. Un faible sourire aux lèvres, elle ne savait pas quoi dire à la brune. Cette dernière la fixait d'un air dubitatif. La pauvre ne devait pas comprendre grand chose de la situation.
- Encore un truc de loup-garou, je suppose, déclara Shizuru en feignant l'agacement. Vais-je m'y habituer un jour ?
- Désolée, s'excusa Natsuki avec un petit rire timide.
Secouant lentement de la tête, la présidente des élèves soupira légèrement avant de poser sa main contre la joue de sa bien-aimée :
- Je t'aime, Natsuki.
