Merci à Isabelle Pearl & Maneeya pour leur reviews :)
Bonne lecture !
"On ne se console pas des chagrins, on s'en distrait."
Stendhal, Armance.
L'attente. Mortelle attente.
Doucement, Dominique s'étira, les membres endoloris par les quelques heures qu'elle venait de passer sur une chaise. Ses yeux bleus se posèrent sur le visage détendu de Camille qui avait toujours les yeux clos et un air doux sur le visage, comme lorsqu'elle dormait.
L'attente. Mortelle attente.
- Qu'est-ce qu'elle a ?
- On ne sait pas Miss Weasley, il faut attendre.
L'attente. Mortelle attente.
Alors, au grand damne de Pomfresh, elle l'avait pris au mot, s'était installée sur cette chaise inconfortable et n'avait pas bougé depuis la veille. Camille non plus remarque et ça, c'était beaucoup plus inquiétant. Lentement, trop lentement à son goût, Pomfresh s'était affairée autour de sa meilleure amie, Assem avait décidé de fouiller l'ensemble de sa réserve de Potions et elle avait entendu Lastek et Wiertz affirmer qu'ils passeraient la nuit à la Bibliothèque mais qu'ils trouveraient.
A trois heures et demi, la nouvelle était tombée. Camille dormait, tout simplement.
L'attente. Mortelle attente.
Bien sûr, rien de naturel dans sa posture. Mais ils ne savaient pas. Et maintenant, le soleil se levait, dimanche était là et Camille n'était toujours pas réveillée. La boule dans son corps n'avait pas disparu, toujours présente et bien tranchante. Comme si on était en train de lui enlever une partie du cœur. Camille.
Sa meilleure amie, sa sœur, la personne qui la connaissait le mieux dans ce foutu château, celle qui riait quand elle riait, qui pleurait quand elle pleurait, qui n'hésitait pas à se ranger à son avis lorsqu'elle avait tort et inversement. Camille. Et elle ne pouvait pas, oh non elle n'avait pas le droit de dormir autant.
Le souffle rauque, Dominique ouvrit la petite fiole mauve que lui avait donné Pomfresh, prévoyante. Elle la vida entièrement mais ne sentit pas son corps s'apaiser entièrement. Néanmoins, l'air rentrait plus facilement.
- Vous devriez aller dormir, lui conseilla Pomfresh en passant derrière elle avant de se pencher sur Camille.
- Non, répondit simplement Dominique.
Si l'infirmière ne la vira pas avec un coup de pied au derrière, c'était seulement parce qu'il n'y avait pas cours aujourd'hui, elle en était consciente. C'était pour cela que Camille devait se réveiller : elle ne pourrait pas veiller longtemps sur elle.
Pomfresh ouvrit les rideaux d'un claquement sec et le soleil se nicha sur le visage de Dominique qui plissa les yeux. Un gémissement se fit entendre derrière un rideau plus loin et elle eut enfin la satisfaction de voir partir la dame en blanc qui, si elle lui était familière, ne lui était d'aucun réconfort.
Les heures passèrent, le soleil s'échappa de la fenêtre et quelques nuages se nichèrent dans le paysage. Puis une ombre, Arthur qui avait profité d'un instant d'inattention de Pomfresh pour se faufiler jusqu'à elle.
- Va dormir.
Quelque chose dans sa voix lui donna envie d'obéir mais elle ne pouvait pas. Peut-être parce qu'Arthur avait peut-être l'air d'un adulte avec son ton sec et sérieux mais que son visage démontrait que lui non plus n'avait pas dormi de la nuit.
- Non, répondit-elle sans quitter Camille des yeux.
Alors il tira une chaise vers lui et se laissa tomber dessus, le visage tourné vers sa meilleure amie, l'air grave. Ils restèrent là longtemps et elle ne trouva même pas bizarre que ce soit Arthur qui l'ait rejoint, jusqu'à ce que l'estomac de Dominique ne se mette à gronder, réflexe humain.
- Va manger.
- N … Oui.
Epuisée, les muscles affaiblis par la douloureuse nuit, Dominique s'extirpa de sa chaise, déposa un simple baiser sur la joue de Camille, ne salua pas Arthur qui ne la regardait déjà plus et sortit de l'infirmerie comme un automate. Pomfresh lui ordonna d'aller se coucher après avoir déjeuner et elle hésita à lui obéir, terriblement fatiguée.
Dans les couloirs, elle sentait bien que tous les regards convergeaient vers elle, qu'on chuchotait sur son passage mais pas un instant elle n'y fit face. Etait-ce ça qu'avait ressenti les amis d'Hemwould et Tawson, cette inquiétude douloureuse ? Egoïstement, elle décida que non. Personne n'aimait quelqu'un comme elle pouvait aimer Camille.
Une fois arrivée à la grande salle, elle se laissa tomber à côté de Louis, chez les Poufsouffle. Sauf que Louis portait une cravate bleue comme depuis six ans et qu'elle avait agi instinctivement, ne remarquant même pas qu'il était en compagnie d'une fille qui n'était pas Najat Stevenson, une jolie métisse dont la seule passion dans la vie était les études et, accessoirement sa meilleure amie. Non, cette fille là était trop maquillée et la regardait avec avidité.
- Salut, marmonna Louis en jetant un coup d'œil autour de lui. Tu manges avec moi ?
- Ouais, répondit-elle simplement.
Il fit un signe de tête à la fille trop maquillée et elle se décala de quelques places laissant à Dominique le loisir d'admirer le visage de Gemma Lysenko, assise un peu plus loin. Merlin lui en voulait vraiment en ce moment. Peut-être qu'insulter la Préfète-en-Chef lui ferait du bien ? Elle décida que non car elle n'était pas assez en forme pour dégainer sa baguette magique et que, si elle cherchait Lysenko, cela allait se transformer en duel de toute façon. Mais si elle continuait à la regarder avec cet air étrange, Dominique n'allait pas se gêner pour lui refaire le portrait.
- Camille va mieux ? chuchota Louis d'un air compatissant tout en poussant une assiette devant elle.
- Faut attendre.
Son petit frère hocha la tête, compatissant, tout en lui servant une large portion de légumes et un ridicule bout de viande. Elle le remercia et planta distraitement sa fourchette dedans, la ramenant doucement à sa bouche.
- Le couvre feu a été avancé et McGonagall a annulé la sortie à Pré-au-Lard de la semaine prochaine, reprit Louis. Je trouve ça idiot étant donné que ce malade agit à même le château et à des horaires où n'importe qui pourrait le surprendre. Pas pour Hemwould, mais Tawson et Camille c'était en plein jour.
- Tu crois que c'est le même ? Camille a encore tous ses os, pas comme les autres.
Louis haussa les épaules, l'air sérieux.
- Je préfère croire qu'il n'y a qu'un taré dans ce château, affirma-t-il.
- Dans tous les cas, si je le trouve, il va passer un mauvais moment, murmura la jeune fille tout en regrettant immédiatement de n'avoir pas fermé sa bouche.
- C'est totalement idiot ! Tu ne feras certainement pas quelque chose de stupide comme chercher toi-même le coupable. N'est-ce pas ? Dominique, tu te rends compte qu'il est dangereux n'est-ce pas ? Réponds moi. Dom ! Si tu ne me réponds pas, je dis tout à maman et à Molly. Je suis capable de le faire, tu le sais ?
- D'accord, tu as raison, admit-elle. Bien sûr que je ne ferais rien.
Il eut l'air satisfait d'autant plus qu'elle ne mentait pas n'ayant pas la bravoure d'un Gryffondor en elle et pas franchement envie de se retrouver face à un type qui avait apparemment de réels problèmes mentaux.
- L'école va avoir des ennuis ? reprit-elle pour changer de sujet entre deux bouchées. Je veux dire, ces agressions, il y a du avoir de sacrés réactions au niveau des adultes.
- Pour l'instant, j'ai entendu dire que l'extérieur avait confiance en McGonagall. Et la Gazette a peut-être fait la une de l'agression de Camille mais rien de négatif n'a été dit en défaveur de l'école.
- La une ? Quelques heures après ?
- Les nouvelles vont vite, marmonna une voix fluette à côté d'elle. Salut Dominique.
- Hugo.
- Tu es au courant que tu chez les Serdaigle là ?
- Le Choixpeau vient de m'avouer qu'il s'est trompé il y a six ans et que je suis bien plus intelligente que vous.
La Poufsouffle réussit à esquisser un sourire à l'attention de son petit cousin d'une douzaine d'années qui s'assit à leur côté sans réussir à ne pas la regarder comme si elle était folle.
- Tu sais, ta copine elle va bien aller, reprit son cousin tout en désignant du doigt un petit blond qui courrait dans la grande salle -d'ailleurs Assem vint lui retirer quelques points pour son effronterie. Hemwould s'en est bien remis.
- Je sais, avoua Dominique. Enfin non, je sais pas. L'attente tu vois.
- Ouais je vois, mentit Hugo.
Son rouquin de cousin (le seul garçon de la famille qui avait chopé des cheveux roux d'ailleurs contrairement à Louis, blond comme les blés, James et Albus, bruns, et Fred qui avait les cheveux noirs) se servit à son tour copieusement puis plongea la tête dans son assiette, avalant plus que ne mangeant, un peu comme Dominique en temps normal.
- Réunion de famille ? s'enquit une voix rauque. Et on attend pas le rejeté de la société ?
- T'es idiot Albus, rétorqua Rose Weasley en lorgnant néanmoins sur sa cravate verte.
- Vous allez tous venir envahir notre maison ? s'enquit Hugo avec légèreté.
- On ne parle pas la bouche pleine.
Assenant une petite tape sur la tête de son frère, Rose Weasley le poussa sans s'excuser pour s'asseoir à côté de Dominique qui lui adressa un petit sourire. Albus, lui, fit le tour de la table pour se mettre à côté de Louis et, ignorant les regards intrigués de quelques élèves, attrapa le plat de nouilles comme si de rien n'était.
Des fois, Dominique aimait bien sa famille.
Surtout quand elle la faisait rire dans un moment pareil alors que jamais, au grand jamais, ils ne se seraient assis tous ensemble -ou presque- à la même table pour déjeuner un autre jour. Oui, dans ses moments là elle aimait bien être une Weasley-et-un-peu-Potter (pour contenter Albus).
- Tante Fleur a envoyé une lettre ce matin, fit la douce voix de Lily Potter, venant s'ajouter au nombre, déjà conséquent, des intrus déjeunant à la table des Serdaigle. Mais Louis était à la bibliothèque alors c'est à moi que votre chouette l'a donné.
- Merci Lily, murmura Dominique en récupérant la missive que lui transmettait sa cousine.
Sa rouquine de cousine (et contrairement aux garçons de la famille, elle n'était pas la seule à avoir hérité d'une chevelure rousse. Il y avait aussi Lucy, Rose et Molly) s'assit à côté d'Hugo, ce dernier râlant d'être encore une fois dérangé dans son repas tandis que Dominique ouvrait la lettre de sa mère, courte et succincte.
Ma chérie,
A l'heure qu'il est, nous espérons que tout s'est arrangé pour Camille. Si ce n'est pas le cas, sache que nous sommes de tout cœur avec elle et avec toi. J'ai eu Laurel par cheminée moldue, ils vont tout faire pour rentrer au plus vite en Angleterre mais ça risque de prendre un peu de temps.
Nous t'embrassons tous.
Papa, maman et Victoire.
Un sourire naquit sur les lèvres de la jeune fille, pas forcé. Parfois, elle aimait bien son envahissante de mère même si cette dernière avait une tendance certaine à la surprotéger.
Ainsi, les parents de Camille qui vivaient en France allaient venir à Poudlard ? Elle aurait dû s'en douter après tout et même s'inquiéter de ne pas les voir arriver plus tôt pour visiter leur fille unique. Elle connaissait les parents de sa meilleure amie pour avoir passé quelques semaines de vacances chez eux pendant plusieurs été et savait pertinemment qu'ils seraient morts d'inquiétude, d'autant plus qu'ils étaient tous deux moldus et ne comprenaient pas forcément bien leur monde. Cela serait bien si Camille était réveillée d'ici là.
- C'est bon, tout va bien, grogna Dominique qui avait surpris les regards inquiets de ses cousins (de Lily et Rose en tout cas) tout en s'étirant. Pas la peine de me regarder comme si j'allais me jeter du haut de la tour d'Astronomie.
- De toute façon, c'est has been cette manière de se suicider, admit Albus.
- Et puis je suis sûre qu'on ne peut pas se jeter de quelque fenêtre que ce soit, reprit Rose avec sa voix énervante de Je-Sais-Tout. Il doit y avoir des sortilèges.
- Où sont James et Molly ? s'enquit Lily, pour couper court à la conversation qu'elle jugeait sans doute trop glauque.
Tout le monde haussa les épaules. Ce n'étaient pas comme s'ils s'étaient donné rendez-vous ici de toute façon, juste un concours de circonstance. Et Dominique prit conscience qu'elle aimait bien se retrouver au milieu de tous ses cousins, pas forcément ceux qu'elle fréquentait le plus, parce que la famille c'était important après tout. On ne la choisissait pas mais elle n'était pas trop mal tombée.
oOoOoOoO
- On dirait que Weasley va se jeter du haut de la tour d'Astronomie, remarqua Heather sans se gêner pour dévisager la blonde.
Alors ils étaient deux parce qu'Isaac ne se gênait pas non plus. De toute façon, elle avait beau être face à eux à la table des Serdaigle, elle ne les remarquerait pas.
- Pas une grosse perte, reprit Heather en plaçant sa fourchette dans sa bouche.
- Heather …, lui reprocha doucement sa sœur.
- Quoi, c'est vrai non ? râla cette dernière. Et puis, si Weasley est là, alors apparemment Teyssier est vivante. Tout va bien.
Non, visiblement tout n'allait pas bien car les professeurs avaient décidé de fouiller l'ensemble du château, commençant évidemment par la volière. Sauf que, vers neuf heures, ils avaient eu la désagréable surprise de retrouver Assem et Scot dans leur salle commune, cherchant apparemment quelque chose. Il l'avait bien dit que c'était les Serpentard qu'on allait emmerder en premier. Mais, visiblement, ils n'avaient rien trouvé car ils étaient repartis une heure plus tard, bredouilles.
Heather avait hurlé littéralement de rage, certaine que les autres maisons n'allaient pas être traitées comme eux mais Thomas Ayling -qui avait disparu une heure auparavant avec Lowell- leur avait confié que la salle commune et les dortoirs des Poufsouffle avaient été retournés eux aussi, sans plus de résultat, toujours selon le Serpentard.
Alors les professeurs avaient trouvé quelque chose, l'ébauche d'une piste, s'ils se mettaient à fouiner comme ça. En tout cas, Isaac espérait que ce n'était pas qu'une tentative pour sauver les apparences.
Pour en revenir à Dominique, elle avait l'air fatigué (et cerné) de ceux qui n'ont pas dormi depuis des jours, ce qui accentuait encore son visage émacié. Elle souriait, parfois, à l'un de ses trop nombreux cousins, mais peut-être faisait-elle semblant ? Il ne savait plus vraiment avec elle.
Il n'avait pas vraiment envie de savoir.
oOoOoOoO
Il était presque seize heures lorsque Gemma releva la tête de manuel d'Histoire de la Magie, à présent totalement satisfaite du devoir qu'elle allait rendre à Binns dès le lendemain. Elle avait passé la journée à le peaufiner, réécrire des passages parfois et elle estimait mériter la note maximale pour sa dissertation qui était plutôt réussie.
La jeune Serdaigle s'étira alors que Nella Flint, distraite par l'agitation soudaine de son amie levait la tête à son tour. Elles n'avaient pas dit un mot depuis qu'elles s'étaient installées à cette table dans la salle commune tout simplement parce que leurs devoirs avaient occupé une partie de leurs pensées sans pour autant réussir à les concentrer tout à fait.
A ce moment précis, Mervin Kalls se dirigea vers les deux filles, l'air effroyablement calme, un énorme bouquin dans les mains. Avec un certain aplomb, il laissa tomber le grimoire sur la table, écrasant une partie des cours de Nella qui poussa un gémissement affligé. Le gamin ne se démonta pas pour autant et leva un visage grave, qui ne lui allait pas du tout d'ailleurs, vers les deux filles.
- Il n'y a plus de Basilic à Poudlard, n'est-ce pas ? s'enquit-il d'une voix criarde.
Alors Nella avait réussi à lui faire peur en une malheureuse phrase lancée à la volée. La blonde baissa les yeux, sans pour autant oublier que Mervin venait de froisser les cours qu'elle prenait avec tant d'application tandis que Gemma poussait un petit soupir.
- Bien sûr que non.
- Alors pourquoi l'Histoire de Poudlard dit que sa dépouille est toujours dans la chambre des secrets ? Il n'est peut-être pas mort …, assura le gamin.
- Il est mort, affirma Nella en reprenant contenance. Crois-moi. Et on ne peut pas faire revenir un Basilic à la vie.
- Vous-Savez-Qui a bien réussi, marmonna Kalls. Alors un vulgaire serpent …
- Même si c'était le cas, reprit Gemma, personne ne sait où se trouve la Chambre des Secrets alors il ne pourrait pas en sortir. De plus, ces agressions ne sont pas l'œuvre d'un Basilic, personne n'a été pétrifié.
Le gamin parut légèrement rassuré, quoiqu'un brin perplexe et il se laissa tomber sur une chaise, entre les deux jeunes filles.
- Dans ce cas, c'est quoi ? Une autre bête effroyable ? Un adulte ? Dans l'Histoire de Poudlard, ils disent que le garde-chasse a d'abord été soupçonné mais que Vous-Savez-Qui était derrière tout ça. Vous croyez que c'est un humain qui agresse les gens ?
- Je …,
- Et le Basilic s'en prenait à une catégorie de personne bien particulière. Comment celui qui fait ça choisit ses victimes ? la coupa-t-il sans paraitre s'en apercevoir.
- Tu poses beaucoup de question, marmonna Gemma.
- J'ai pas envie que Poudlard ferme, moi.
Un silence gêné s'installa avant que les deux jeunes filles n'ouvrent la bouche en même temps. Nella la referma immédiatement, tournant légèrement le regard.
- Ca n'arrivera pas, crois-moi, conclut la Préfète-en-Chef.
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Il était près de vingt heures quand Dominique Weasley remonta à l'infirmerie, lasse de n'avoir pas dormi depuis près de trente-six heures. A sa décharge, elle avait réellement essayé, autant parce que l'ensemble de son corps était lourd et figé et que la tête lui tournait, mais impossible de fermer l'œil.
Et puis, elle avait retrouvé l'ensemble des filles dans le dortoir, qui n'étaient pas vraiment en meilleur état qu'elle. La tension était palpable mais Isabel avait réussi à apaiser l'atmosphère avec son flegme naturel, ignorant volontairement l'état dans lequel se trouvait Camille pour ne parler que de cours, Quidditch et même de Thomas Ayling, permettant à Dominique de diriger ses pensées sur autre chose pendant un cours laps de temps. Joana, si elle était moins douée à ce jeu, avait réussi à convaincre la jeune fille de la laisser lui colorier les ongles et Dominique se promenait maintenant avec une horrible manucure rose pâle.
Molly, déjà d'un naturel inquiet et tourmenté, avait finalement réussi à lui retransmettre son anxiété en lui racontant que les professeurs avaient fouillé tous les dortoirs et la Capitaine avait semé ses amies alors qu'elles descendaient dîner.
Elle était presque arrivée lorsqu'elle sentit le fourmillement familier et douloureux dans son corps, l'empêchant d'avancer plus. Tremblante, sa main se posa contre une armure qui trembla sur ses membres d'aciers et elle se rendit compte qu'elle avait complètement oublié de prendre ses potions. Doucement, ses yeux se fermèrent.
Ce n'était vraiment pas le moment.
Elle se concentra pour inhaler une grande bouchée d'air frais, inspira et expira plusieurs fois tout en se concentrant. Pendant de longues secondes qui lui parurent durer des heures, elle vida son esprit, se concentra sur le visage de Camille, une Camille souriante et réveillée bien sûr, et, comme ce n'était pas une grosse crise parvint à se reprendre.
Une fois certaine que ses jambes la portaient de nouveau, la jeune fille hésita à retourner dans son dortoir pour prendre une potion apaisante mais des bruits de voix familiers lui firent oublier cet incident.
La porte de l'infirmerie était à moitié ouverte sans qu'elle ne s'en soit rendue compte -quelle cruche, n'importe qui aurait pu la surprendre d'ailleurs-, et elle avança, doucement néanmoins.
- Madame Teyssier ! s'exclama la Poufsouffle.
Elle n'aurait pas dû être tant surprise de retrouver la mère de Camille mais la lettre de sa mère était complètement sortie de son esprit cet après-midi.
Une femme aux longs cheveux gris rassemblés en chignon se retourna vers elle et, en pénétrant dans l'infirmerie elle s'aperçut que, mis à part Pomfresh et les parents de son amie, les professeurs Assem et Wiertz se trouvaient là, ce dernier l'observant à travers ses lunettes en cul de bouteille.
Laurel Teyssier la regarda un instant de ses yeux sombres, son teint déjà pâle habituellement étant carrément cireux aujourd'hui comme si elle ne la reconnaissait pas avant de la serrer brièvement dans ses bras. André Teyssier lui tapota distraitement l'épaule, ses doigts s'agrippant un instant dans les cheveux emmêlés de la Poufsouffle. Elle réprima une grimace de douleur tout en se rappelant que le père de son amie avait toujours été particulièrement distrait.
- Je croyais vous avoir dis d'aller vous reposer, lui reprocha Pomfresh tout en regardant son visage d'un air inquisiteur.
- Je l'ai fais.
Dominique hésita à lui montrer ses ongles manucurés mais décida de ne pas pousser un peu plus les limites de l'infirmière. Celle-ci parut septique, au plus grand désarroi de Dominique qui se demanda si elle ne possédait pas le même radar anti-mensonge que Molly.
Alors que, visiblement, les adultes avaient cessé de parler à son entrée et, rompant le silence, Arthur Lowell (il n'avait pas bougé depuis ce matin ?) passa sa tête à travers le rideau qui entourait le lit de Camille, lui adressa un sourire sincère qui fit tiquer Dominique.
Est-ce que …
- Camille est réveillée ? ne put s'empêcher de demander la jeune Poufsouffle.
Les professeurs se lancèrent un regard étrange, hésitant visiblement sur la conduite à tenir et ce fut Mrs Teyssier qui rompit le silence, n'ayant apparemment pas remarqué le malaise ambiant.
- Bientôt, lui affirma-t-elle. Cette nuit.
Le poids qui se trouvait dans l'estomac de Dominique depuis la veille lâcha soudainement et un véritable sourire s'afficha sur son visage, sans qu'elle n'ose y croire réellement.
- Qu'est-ce qu'elle avait alors ? lança-t-elle d'un ton détaché.
Comme si on allait lui répondre.
- Cela ne vous regarde …, commença d'ailleurs Assem.
- Une potion ou un sortilège de sommeil, ils ne savent pas trop, lança Arthur que tout le monde semblait avoir oublié. Quoi ? Je vous ai entendu parler tout à l'heure, je ne suis pas sourd.
Un simple sortilège de sommeil ? Sans plus se soucier de la bienséance, Dominique laissa échapper un gloussement nerveux avant de sautiller vers Arthur. Tirant négligemment le rideau, bousculant le Poufsouffle à lunettes, elle entama une courte danse de la joie, coupée presque immédiatement par une quinte de toux qui l'obligea à arrêter.
Et heureusement au vu du regard septique d'Assem et celui, agacé, de Pomfresh.
- Hé, alors c'est ça que vous cherchiez dans nos dortoirs ? reprit la jeune fille autant pour se donner contenance que parce qu'elle avait eu une illumination. Une potion ?
- Vous avez fouillé nos dortoirs ? répéta Arthur, l'air un peu ennuyé.
Dominique se retint de lui lancer qu'ennuyeux comme il était, il ne devait rien avoir à cacher sans songer qu'il pensait plutôt à des mots, des lettres, quelques photographies, qu'il n'aurait pas voulu devoir justifier même si, en soi, ce n'était rien de grave.
- Tout à fait Lowe, répondit Assem tout en levant un sourcil sévère.
- Mais nous n'avons encore rien trouvé, continua Wiertz d'un air peiné en s'adressant aux parents de Camille cette fois, même si ces derniers ne devaient pas vraiment comprendre la signification de "potion ou sortilège de sommeil".
Dominique enregistra l'information tout en songeant que l'auteur des agressions ne devait pas être assez stupide pour garder des preuves sur lui. Puis, elle se tourna doucement vers Camille, effleura sa main, à présent réellement soulagée. Ce soir, cette nuit au plus tard, son amie serait réveillée et, apparemment, son état ne donnait aucune inquiétude à ses deux professeurs. Elle remarqua une petite fiole dont l'apparence était semblable à celles qu'elle prenait quotidiennement sur la table de chevet à côté du lit mais qui contenait un liquide rose et songea que c'était sûrement ce qui avait amené son professeur de Potions ici.
Dominique eut un sentiment d'affection pour la femme austère et sévère qui fut très bref car interrompu de nouveau par une quinte de toux.
- Il est temps d'aller vous coucher Weasley, lança Pomfresh d'un ton sec. Et vous aussi Lowe, vous n'avez pas bougé depuis ce matin.
Dominique hocha la tête tout en sentant le regard sévère d'Assem sur elle. Apparemment, son professeur de Potions n'avait pas lâché l'affaire et semblait toujours vouloir savoir ce qu'elle cachait. La jeune fille lui offrit son plus beau sourire innocent avant de contempler, une dernière fois, son amie.
Puis, soudainement de bonne humeur, elle attrapa Arthur par le bras, salua une dernière fois l'ensemble des Professeurs, Pomfresh puis les parents de Camille qu'elle serra brièvement dans ses bras, évitant qu'André Teyssier ne lui tire une nouvelle fois les cheveux.
Les deux adolescents ne mirent pas longtemps à rentrer à la salle commune, trop pressé d'annoncer la bonne nouvelle à l'ensemble de leur maison.
oOoOoOoOoOo
- On devrait fêter ça, s'exclama un sixième année.
Dominique et Arthur ne s'étaient pas fait priés pour révéler aux autres que Camille allait être sortie d'affaire d'ici quelques heures et, bien évidemment, au vu de la discrétion de la jeune Weasley, l'ensemble de la salle commune avait été au courant en quelques secondes.
En même temps crier "CAMILLE VA SE REVEILLER CETTE NUIT" à peine un centième de secondes après avoir posé un pied dans la salle commune n'aidait pas à garder la chose secrète.
La plupart approuvèrent, même les préfets et, si de l'avis général on préférait attendre que Camille Teyssier soit de retour parmi les blaireaux pour fêter réellement la chose, ils convinrent d'un préambule immédiat qui, en même temps, servirait à fêter le retour de Tawson qui devint toute rouge lorsqu'on pensa à elle.
Rien à voir avec les soirées de dégénérés du monde moldu dont parlait quelques fois sa meilleure amie, ici on était à Poudlard et il était quasiment impossible de ramener de l'alcool et autre dans l'enceinte du château. Tout au plus avait-on quelques bouteilles de Bierraubeure lorsque les plus âgés acceptaient d'en ramener (c'est-à-dire Joana et Camille).
Le préambule consista donc à sortir une partie des réserves de confiserie des élèves, une vieille guitare que possédait Emmeline Carter (la Poursuiveuse de l'équipe des Poufsouffle) et un clavecin d'un garçon de quatrième année. Les plus doués en sortilèges s'armèrent de patience pour donner à la pièce un peu de douceur en éteignant les chandelles et en faisant flotter de petites bougies au plafond, tout en insonorisant les portes.
Même s'ils ne faisaient rien d'interdit (il n'était même pas neuf heures), l'ensemble des Poufsouffle se doutait bien que leur directeur de maison, Scott, ne serait pas du même avis. De ce fait, pour éviter les retombées le lendemain, il fut convenu que les premières années irait se coucher à l'heure du couvre-feu, suivis de près par les deuxièmes et troisièmes années et que les autres assumeraient leur fatigue le lendemain. Tout à la joie de fêter quelque chose, aucun ne protesta.
- Hé, Em', joue nous donc cet air que tu fredonnes tout le temps, lança Abel McKinley (le dernier Poursuiveur) à la jeune fille.
La quatrième année ne se fit pas prier et attrapa sa guitare tout en prenant un air concentré. Après quelques accords, l'ambiance était détendue au possible. Une table avait été installée près de l'entrée de la salle commune et, en un temps record, s'était recouverte de bonbons et gâteaux en tout genre provenant des réserves personnelles des élèves.
Dominique remplit ses mains de friandises avant de retourner s'asseoir entre Molly et Joana, bon d'accord plutôt sur Joana.
- J'crois qu'il y a un de tes os qui a transpercé ma cuisse, ricana cette dernière en la poussant.
- Crétine, marmonna Dominique en avalant une Patacitrouille.
Son estomac qui grondait depuis plus d'une heure se calma instantanément. Elle ne fut rassasié qu'après en avoir avalé une bonne dizaine, quelques Chocogrenouilles et une grosse part de tarte aux fraises qui sortait elle ne savait d'où.
Oubliée l'inquiétude, oubliée la fatigue, oubliée la frustration de ne pas savoir ce qui arrivait à son amie.
- J'espère que Camille pourra nous dire exactement ce qu'il s'est passé, murmura pensivement Isabel au bout d'un moment.
- Oh non, je croyais qu'on n'allait plus parler de ça …, commença Joana avant de se faire interrompre par Anatole.
- Espérons surtout qu'elle ait vu son agresseur.
- Un Serpentard, supposa Dominique alors qu'Isabel levait les yeux au ciel.
- Un adulte qui venait de Pré-au-Lard ?
- Un gnome ? grommela Joana en faisant mine de bouder, agacée que personne ne l'écoute.
Ils éclatèrent tous de rire et ne reparlèrent finalement plus de l'agression, profitant de la soirée avec une bonne humeur notable.
Tout à fait à son aise dans son rôle de clown, Dominique enchainait les pitreries, faisant rire jusqu'aux cinquièmes années et en oublia même qu'elle n'avait pas dormi de la nuit et que, le lendemain, on était lundi et les cours reprenaient.
Alors qu'Emmeline Carpentier jouait toujours de la guitare, elle entraina Joana -la plus à même de se laisser aller dans ce genre de jeu- et les deux adolescentes enchainèrent mouvements de danse plus ou moins réussis, bientôt rejoint par la plupart des Poufsouffle. Tawson eut son moment de gloire lorsque deux garçons de sixième année la portèrent sur leurs épaules et que l'ensemble de la salle commune s'époumonait sur l'air de "elle est des nôtres".
Le temps passa encore plus vite alors qu'elle discutait tactique de Quidditch avec Abel McKinley et Isabel et, lorsqu'elle posa la tête sur son oreiller, il était presque trois heures du matin. Mais, songea-t-elle pour se rassurer, elle avait été la première des septièmes années à aller se coucher même si Anatole ronflait depuis longtemps dans un canapé, à moitié avachit sur Joana qui avait toutes les peines du monde à le repousser.
oOoOoOoOo
- Dominique … Dom !
La jeune Poufsouffle ignora volontairement son cousin qui lui faisait de grands signes depuis la table des Gryffondor, traina les pieds jusqu'à sa propre table et se laissa tomber sur le banc avec l'air d'avoir couru un marathon. Dos à la table, elle se força à ouvrir à moitié les yeux, et fit rapidement un tour de table.
Emmeline Carpentier et Abel McKinley dormaient à moitié, tête contre tête -tiens, elle ne savait pas qu'ils étaient si proches ses deux Poursuiveurs- et un de leurs amis bavait carrément sur la table. Deux sixièmes années, très en forme la veille au soir et qui chantait des chansons paillardes alors qu'elle montait se coucher, avaient le même air vide et l'un deux, en voulant porter sa fourchette à sa bouche se l'empala dans la joue. Elle reconnut Charly Watson, son batteur.
Du côté de ses amis, ce n'était pas beaucoup mieux et seule Isabel avait l'air aussi en forme que d'habitude et abordait un air neutre affreusement agaçant pour Dominique à cet instant précis. Anatole n'avait l'air de s'être assis ici que par hasard et il regardait autour de lui en clignant des yeux, Joana dormait carrément sur la table, les bras sous sa tête, Arthur lui-même avait de grosses cernes et il tombait à moitié à cause de la pression exercée par la tête de Molly sur son épaule.
- Weasley, tu m'écoutes quand j'te parle ?
- Orames.
- Quoi ?
- Non James.
Son cousin posa un regard circonspect sur elle, fronçant les sourcils en promenant son regard sur les septièmes années. Il devait sûrement se demander s'ils ne se moquaient pas de lui puis finit par secouer la tête en soupirant d'un air las l'air de dire qu'il n'avait pas que ça à faire.
- Assem m'a dit de te … de vous dire que Teyssier était réveillée mais que ce n'était pas la peine d'aller la voir avant ce soir, elle sait que vous avez cours toute la journée et puis, elle a dit qu'il fallait qu'elle se repose.
- Super ! lança Dominique avec une voix qu'elle espérait enthousiaste tout en faisant le v de la victoire à son cousin.
- Carrément débile les Poufsouffle, grogna ce dernier en tournant les talons.
Un jour elle lui ferait payer cette insulte mais pas aujourd'hui, aujourd'hui elle avait sommeil.
- On finit à quelle heure aujourd'hui ? baragouina Joana la tête toujours enfouie dans ses bras. Et puis d'abord, on a quoi comme cours ?
- Tu ne connais pas ton emploi du temps ? l'interrogea Isabel en levant un sourcil étonné.
- A ce stade là de fatigue, je sais même plus comme je m'apelle.
Molly ouvrit un œil, gloussa et le referma.
- Nous on a Histoire de la Magie, se vanta Dominique.
- Chanceux, murmura Joana qui commençait à regretter de ne pas avoir continué cette matière. Isabeeel, dis-moi que je vais pouvoir dormir ?
- Divination.
- Super !
- Attends, ça veut dire que j'aurais pu rester couché jusqu'à dix heures ? se réveilla soudainement Anatole qui n'avait en fait pas cours à cette heure-là.
Tout le monde se moqua de lui jusqu'à ce qu'il s'enfuit en courant et que les autres se rendent compte avec envie qu'il allait se recoucher lui.
Les yeux toujours fermés, Molly fit remarquer qu'il était l'heure d'aller en cours -comment faisait-elle ?- et Dominique attrapa une pomme et une viennoiserie avant de se lever douloureusement. Trainant des pieds jusqu'à la salle de classe, elle manqua se prendre deux pans de murs et finit sa lente marche la tête posée sur une armure. Finalement, enchainer presque deux nuits blanches ce n'était plus de son âge.
C'était peut-être pour ça qu'elle n'avait jamais commencé du reste.
Par contre, pour la première fois de sa vie elle ne vit pas passer un cours d'Histoire de la Magie. Lorsqu'elle ouvrit les yeux au bout de deux heures, c'était seulement parce qu'Arthur (qui avait l'air au bout de ses forces d'avoir autant lutté pour prendre des notes) la secouait.
- On va quand même essayer de passer voir Camille, murmura-t-il en sortant de la salle alors que Molly hochait doucement la tête.
- J'viens.
- Tu as potions.
Dominique grogna, effarée. Entre Binns et Assem qui ne tolérait aucun bavardage et une discipline exemplaire, le choc allait être violent. Elle hésita un instant à sécher mais, persuadée que Pomfresh la dénoncerait si elle allait voir son amie, y renonça et prit la direction des cachots avec un air de zombi scotché au visage.
Par habitude, en arrivant, elle adressa un regard mauvais à Lysenko qui le lui rendit avec une tendresse toute personnelle et retrouva avec bonheur Anatole qui, l'air à peine plus réveillé qu'au petit déjeuner, prenait appui contre le mur pour ne pas tomber. Dominique s'installa à côté de lui et ferma doucement les yeux. Avec de la chance, elle pourrait encore dormir quelques minutes avant que la porte de la salle de Potions ne s'ouvre.
- Bensberg.
-'Ling, grogna Anatole à l'attention de son binôme du cours de duels qui venait de le saluer.
- Mais c'est que les Poufsouffle sont en pleine forme aujourd'hui, ricana le Serpentard. Pas que je m'en plaigne, j'ai réussi à en stupéfier six aujourd'hui, cela augmente ma moyenne quotidienne.
Dominique ouvrit un œil, avec la ferme intention de lui dire de la fermer autant parce qu'elle ne supportait pas qu'il s'en prenne à ceux de sa maison que parce qu'il l'empêchait de profiter de ces quelques minutes de repos en plus.
Devant elle, le Serpentard rigolait d'un air plus joyeux que moqueur, tout en passant une main dans ses cheveux clairs. Elle surprit le regard dégoûté de l'une des deux jumelles Moorehead qui les regardait Anatole et elle comme s'ils avaient été des insectes répugnants tandis que l'autre contemplait le plafond, sûrement Harriet la plus fréquentable.
Et, en contemplant les cheveux noirs d'Isaac Nott, dos à elle quelques mètres plus loin, elle se demanda comment il allait réagir en comprenant qu'elle allait encore moins assurer que d'habitude durant le cours. Puis décida de s'en foutre.
C'est bien connu, quand on est fatigué plus rien ne compte et, d'ailleurs, elle espérait débiter encore plus de bêtises à la minute pour le faire réagir. Elle restait toujours sur son échec même si elle avait réussi à le faire prononcer une phrase quelques semaines plus tôt.
- Salut Isaac, attaqua-t-elle dès son entrée en classe, s'arrangeant pour faire les quelques mètres qui les séparaient de leur pupitre à ses côtés.
Le Serpentard n'eut aucune réaction, pas même un clignement d'œil. A la limite, elle préférait ça que le regard noir de Lysenko (cette fille n'avait rien d'autre à faire ?) ou l'air dégoûté de Moorehead qui lui tapait encore sur le système.
- Camille va sortir de l'infirmerie aujourd'hui, c'est cool non ? On a qu'à aller la voir ensemble, ça te ferait plaisir ? Il y a cette blague, celle sur la Harpie, l'Inferi et le Gnome qu'elle adore particulièrement, tu pourrais lui raconter. Tu la connais ? Alors c'est une harpie qui rentre dans un bar …
La jeune fille s'interrompit quelques secondes pour poser son sac de cours aux pieds du pupitre et se laissa tomber lourdement sur la chaise.
- … et qu'est-ce qu'elle fait après ? Par le froc de Merlin, impossible de m'en souvenir. Voyons c'était …
A son plus grand malheur, elle fut interrompue par Assem (qui d'ailleurs lui retira trois points pour bavardage) et n'osa plus ouvrir la bouche avant un long moment. Durant ce laps de temps, la potion du jour avança bien et, bien entendu, Isaac ne fit aucun commentaire devant ses yeux qui se fermaient tout seuls et son évidente incapacité à comprendre quoi que ce soit au cours.
D'ailleurs, il était à peu près sûr qu'ils récolteraient un O avec cette manière efficace de travailler (l'un des deux faisant tout le boulot) et elle se demanda si elle n'allait pas réitérer l'expérience. Assem lui enleva encore six points durant le cours parce qu'elle avait baillé trop fort en plein milieu puis parce qu'elle avait fermé les yeux durant plus de trois secondes.
- Harpie, grogna Dominique à un moment où elle était sûre et certaine que leur professeur était trop loin pour l'entendre.
- Weasley, encore trois points en moins pour Poufsouffle. La prochaine fois, c'est une retenue.
Cela convainquit Dominique de ne plus ouvrir la bouche durant tout le cours, surtout qu'elle était déjà collée jusqu'en décembre. Fort heureusement, le lundi elle avait Etude des Moldus jusqu'à dix-huit heures puis entrainement de Quidditch. Elle ne serait pas obligée de se rendre jusqu'à cette petite salle lugubre où on la forçait à rendre des devoirs de Métamorphose, matière qu'elle arborait depuis son entrée à Poudlard.
D'ailleurs, est-ce qu'elle allait réellement pouvoir tenir trois heures sur un balai sans se tuer ? Rien n'était moins sûr. Peut-être qu'elle annulerait la séance, de toute façon, les autres Poufsouffle étaient dans le même état qu'elle.
- Weasley, qu'est-ce que vous faites encore là ?
Sursautant, Dominique remarqua qu'Isaac n'était plus là et qu'elle se retrouvait à présent seule dans la salle de classe (même Anatole avait déserté, ce lâcheur) en compagnie d'Agnès Assem qui la regardait d'un air dur, les bras croisés. Elle rangea ses affaires à toute vitesse tout en rougissant fortement, attrapa son sac de cours et allait sortir lorsque son professeur la retint :
- Weasley ? Ne partez pas si vite.
Obéissante, (surtout parce qu'Assem faisait aussi peur que McGonagall avec sa mine lugubre et son chignon serré) Dominique se retourna en affichant un sourire aussi vrai que nature sur son visage.
- Est-ce que tout va bien ?
Tout d'abord, la jeune fille ne comprit pas pourquoi son professeur d'ordinaire si sévère et revêche avait pris une mine à la limite de l'inquiétude et se demanda si tout ceci n'était pas une blague. Mais Agnès Assem n'avait pas une once d'humour en elle et Dominique le savait parce qu'elle était son professeur depuis presque sept ans.
Elle comprit alors que cette dernière n'avait pas oublié le cours de potions qui avait conduit son élève à l'infirmerie et se posait encore des questions. Elle grinça des dents, pourquoi Pomfresh avait été si bavarde sur son état ? Son attitude en cours n'avait pas du arranger les choses et, en plus, elle avait le visage marqué par les deux dernières nuits. Nul doute qu'elle devait faire peur à voir.
Tentant de ne pas paniquer, Dominique releva les yeux d'un air surpris tout en songeant que cela ne duperait sûrement pas son professeur et sourit de plus belle.
- Bien sûr.
Assem leva les yeux au ciel avant d'abdiquer, en apparence, et lui ordonna finalement de décamper à sa plus grande joie.
