Bonsoir à tous ! La semaine dernière a été particulièrement éprouvante pour moi, je n'ai donc pas pu poster. Ce chapitre s'est donc construit lentement mais sûrement - il est bien plus long que ce que j'avais prévu, mais bon, je ne pense pas que cela puisse être considéré comme un inconvénient, après ce délai de publication^^. Comme le titre l'indique, il y aura l'introduction d'un nouveau personnage, secondaire certes, mais qui sera en quelque sorte le moteur de l'action dans ce chapitre. J'ai respecté la règles des trois unités (involontairement) : une unité de lieu, une unité d'action, et une unité de temps (j'ai l'impression de retourner au lycée en énoncant ça:D). Je pensais introduire plus de scènes, mais cela n'a pas été possible, finalement.
Bonne lecture et bonne immersion dans les coulisses d'une soirée chez Lisbeth Black qui s'annonce palpitante (ou pas, à vous de voir) !
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14. Le moldu qui voulait ressembler à Merlin
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Les roues aux dimensions impressionnantes du carrosse formaient un sillage linéaire sur les routes de campagne enneigées. L'attelage était plutôt princier, car il n'y avait pas moins de six chevaux, et les portières étaient garnies de gros tissus en soie pour isoler le froid. À l'intérieur, les banquettes étaient toutes occupées, et les jupes bouffantes des dames ne faisaient que rendre l'atmosphère davantage étouffante. Un duc français, deux valets et une petite sorcière replète avaient rejoint le véhicule à mi-chemin (ils étaient également invités chez Lisbeth Black). Juliet Sirma était sans contexte la plus charmante des voyageuses, bien qu'elle n'ait pas opté pour des habits extravagants : toute sa toilette reposait sur une harmonie légère et discrète, mais il ne lui avait pas été difficile de mettre en valeur ses atouts de femme en dégageant ses épaules et en soulevant ses cheveux pour laisser à l'air libre sa nuque. Rose, pour sa part, regrettait d'avoir tentée de se couvrir de fioritures : le résultat devait probablement être ridicule sur elle.
En se remémorant le regard incrédule de Ralston devant ses joues fardées et sa bouche un peu rougi, elle éprouvait un embarras tel qu'elle devait se contenir pour ne pas déverrouiller la portière et sauter du carrosse. Pourquoi avait-elle fait l'effort de se vêtir convenablement alors que dans quelques heures, elle allait se trouver dans la salle de réception de la plus dangereuse des meurtrières de Londres ? « J'aurais dû piquer à Hugo tout son matériel du magasin de farces et attrape avant de venir à cette époque ; les boules puantes et les crapauds en morve de Troll, pensa Rose avec amertume en supportant difficilement les coups saccadés du carrosse. Je les aurais balancé dans le salon de cette bonne femme... Quel dommage que je ne puisse rien faire ! Je n'ai rien trouvé sur elle à Poudlard... rien qui puisse me permettre d'affirmer ses crimes. »
Le fil de ses pensées s'embrouilla lorsque la voix enjouée de Juliet retentit sur sa droite :
- Je n'ai pas encore complimenté votre tenue, Rose. Vous êtes vraiment très mignonne, c'est à peine si je vous reconnais ! Vous avez l'air d'une vraie petite femme. D'ailleurs, quel âge avez-vous ?
- Je vais bientôt avoir seize ans, répondit Rose, agacée que les passagers du carrosse assistent à leur conversation comme si son âge avait un quelconque intérêt pour eux.
Le rappel de son anniversaire tout proche s'était fait mécaniquement, sans même qu'elle y réfléchisse ; en effet, dans une semaine (c'est-à-dire au mois de mai à son époque), elle devrait normalement avoir seize ans. Cependant, en considérant qu'elle avait voyagé dans le temps, vieillissait-elle pour de bon ou bien l'incompatibilité de cette époque avec la sienne ne permettait-elle pas au temps de laisser sa marque sur elle ? Alors qu'elle y réfléchissait, Juliet poursuivait :
- Vous êtes donc en âge de vous marier, en vérité ! Je pense que vous ferez probablement un heureux ou deux à cette soirée, profitez-en pour vous fiancer. Il est rare qu'une fille comme vous ait l'opportunité d'aller dans le monde par les temps qui courent.
Avec un sourire figé, Rose hocha la tête ; elle savait que son visage était aussi rouge que le velours de la banquette. La soirée s'annonçait plus que pénible, mais elle ne pouvait malheureusement plus se dérober. Peut-être aurait-elle dû rester à Poudlard ? Elle contint un soupir, puis son regard croisa involontairement celui de Ralston. L'expression de ce dernier était plus grave et moins narquoise que celle qu'il lui réservait d'habitude. Il détourna les yeux, comme si la regarder lui était particulièrement déplaisant. Rose finit par faire mime de s'assoupir pour ne pas endurer de nouvelles œillades.
Six heures plus tard, le carrosse s'engagea à vive allure dans la même rue étroite et maculée de boue que Rose avait emprunté le premier jour de son arrivée dans ce Londres historique – jour qui lui paraissait à présent suffisamment lointain pour qu'elle écarte définitivement l'hypothèse du rêve. Elle somnola littéralement en franchissant le marchepied du véhicule, et la neige fraîche s'enfonça jusqu'à ses chevilles. La sorcière qui avait fait le voyage à ses côtés se précipita à toutes jambes vers la porte boisée qui renfermait la noble maison de Lisbeth Black, et entreprit d'en recouvrir la surface de baisers. Stupéfaite, Rose l'observa marmonner sans décoller ses lèvres de la porte :
- Bénie soyez-vous, ma Lady... Bénie soyez-vous ! Je vous honorerai toute ma vie pour avoir réconcilié mes frères et pour avoir payé les frais de mes soins à Saint Mangouste... Oh, chère bonne dame !... Oh, merveilleuse dame !
Un cri de surprise jaillit de sa gorge lorsque la porte fut ouverte avec fougue. Un craquement sourd se fit entendre au niveau de son nez, puis elle gémit en portant une main à son visage. Du sang perla. Dédaigneux, le duc français s'approcha d'elle, son valet qui époussetait les flocons de neige de sa longue perruque bouclée sur ses talons.
- Vous autres les sorciers possédez un bien curieux savoir-vivre, madame, fit-il de sa voix mécontente et haut perchée. Je vous serai gré de bien vouloir m'épargner la vue de votre ensanglantement, je suis sujet aux évanouissements. Oh, ciel... tout ce sang !
La mégère nommée Charlotte qui servait Mrs Black fit son apparition à ce moment-là, et s'empressa de soutenir la malheureuse sorcière qui crachotait du sang en émettant des étranges bruits de bouche. Rose savait qu'elle méprisait les sorciers, tout comme sa maîtresse, mais aucun de ses sourires compatissants ne laissaient transparaître cette vérité.
- Allons, ma bonne dame, supportez-le encore un peu, dit Charlotte avec bienveillance avant de se tourner vers les autres invités.
En reconnaissant Rose, elle ne cilla guère et lui tapota même l'épaule en s'écriant :
- Vous êtes de toute beauté, miss ! Allons, dépêchez-vous d'entrer, la collation que l'on vous a préparé se languit de votre palet.
« Telle maîtresse telle servante. Elle sait finalement employer un langage correct en présence de gens importants ! » songea Rose avec sarcasme en essuyant ses semelles glissantes sur le tapis du vestibule. Une autre domestique se chargea de récupérer les vêtements d'extérieur de tous les hôtes, après quoi ils furent escortés jusqu'au salon principal où les cordes des violons accompagnaient les cliquetis des verres de vin. Une table rectiligne contenait une vingtaine de convives bruyants ; face à cet amas de vêtements superposés, de perruques, de visages poudrés (aussi bien chez les hommes que chez les femmes) et de rubans, Rose éprouva une brusque migraine.
Elle remarqua alors qu'en tête de table se trouvait Lady Black, un bébé coiffé d'un bonnet sur les genoux. Sa robe à traîne grise scintillante venait se perdre entre les pieds de sa chaise, et son port de tête, naturellement hautain et gracieux, était l'unique maquillage de son cou et de son visage. En apercevant les nouveaux venus, elle tendit son enfant à Charlotte et se leva de table en souriant.
- Bienvenue à vous tous, déclara-t-elle. Merci d'avoir répondu à mon invitation. Veuillez prendre place à table... Ralston, salua-t-elle ce dernier.
- Bonsoir, Mrs Black, répondit-il en ébouriffant machinalement ses cheveux avec sa main droite. Je suis honoré de vous revoir.
- C'est réciproque, mais je partagerais encore davantage votre sentiment si vous vous décidiez à me nommer Lisbeth. Si vous me considérez comme une amie, alors je vous ordonne d'accéder à ma requête... Rose Weasley ! Je n'avais pas reconnu votre petit minois sous toute cette poudre ! Comme vous êtes adorable ! Venez vous installer près de moi.
Rose obtempéra à contrecœur, incapable de lui rendre son sourire. Juliet, quant à elle, parvint à garder une mine radieuse en présentant un paquet soigneusement enveloppé à Lisbeth Black. En secouant sa crinière brune avec contentement, cette dernière remercia la jeune femme avant de l'interroger d'un ton curieux :
- Quelle délicieuse gourmandise m'avez-vous concocté, Juliet ?
- Ce sont des pains d'épices, Lady Lisbeth. La recette me vient de ma grand-mère allemande, mais j'y ai ajouté du sirop d'orgeat, expliqua gaiement Juliet en adressant un regard complice à Ralston.
Toutefois, celui-ci était bien trop focalisé sur Mrs Black pour faire attention au visage de Juliet tourné vers lui. Il affirma avec désinvolture :
- Vous aimez le sirop d'orgeat depuis que nous nous connaissons, Lisbeth. Je savais que cela vous ferait plaisir, donc j'ai donné à Juliet l'idée de parfumer ses pains d'épices avec.
- Je crois que nous pouvons être amis, à présent, Ralston ! Rit Mrs Black. Votre délicatesse me touche beaucoup.
Tandis qu'un rouge menaçant s'étendait sur les joues de Juliet, un homme installé près de Rose manifesta son désir de prendre la parole en rotant (il reçut une cascade de regards outrés, et étonnamment, Rose trouva ce spectacle hilarant). À dire vrai, il paraissait avoir une hygiène douteuse avec son chapeau pointu en cuir à l'aspect miteux, ses ongles sales et son odeur poivrée, mais pas plus déplorable que celle des autres hôtes, lesquels s'étaient contentés de masquer leur peau de talc parfumé et leur odeur d'eau de toilette. Et son excentricité pouvait l'excuser : il possédait une étrange allure médiévale avec ses manches en crochets, sa barbe grise qui lui tombait sur les genoux et son caleçon orange visible sous ses souliers pointus.
En ôtant son chapeau, il laissa visible son crâne dodu, et déclara d'une voix pompeuse :
- Mesdames, je me permets de vous signaler que vous n'avez pas encore salué l'illustre Lord Merlin Peverell, aussi nommé plus modestement César... Par ailleurs, ma Lady, je voudrais rajouter un pain d'épices à mon menu, si cela ne vous dérange pas.
- Lord Merlin Peverell ? Répéta Juliet en retrouvant son entrain. Monsieur, êtes-vous vraiment un descendant de cette famille de sorciers ? Mon ami ici présent Mr. Potter m'avait affirmé que leur nom avait bel et bien disparu !
À cet instant, Lisbeth Black fut prise d'un tel véritable éclat de rire. Un rire aussi sonore qu'un crissement de pneus, et bien plus réaliste que tous les sourires doucereux qu'elle avait pu servir au cours du souper ; Rose fut prise d'un frémissement qui passa inaperçu. Un battement métallique se fit entendre sous la table, à quelques mètres du mouchoir en soie brodée que Mrs Black avait disposé autour du cou de son fils. Il ne faisait nul doute qu'elle gardait son arme à feu fermement enchaînée à sa jambe sous ses jupons. Comment son pas pouvait-il demeurer léger alors qu'elle transportait sur elle un instrument pareil ?
Quand les secousses d'hilarité cessèrent d'agiter les épaules de Lisbeth Black, elle expliqua sur un ton amusé (qui était moqueur, en réalité, d'après ce que Rose perçut) :
- Bien qu'étant issu d'une famille « moldue », comme on dit chez vous, qui a fait fortune dans l'exploitation des mines d'argent en Autriche, Mr. Comgheverley se passionne pour le monde des sorciers depuis que des lutins ont saccagé sa maison ; tout le monde l'appelle Lord Merlin Peverell ici. Son domaine de prédilection est la médecine. Il adore concocter des remèdes magiques, et personne ici ne doute de leur efficacité et de leur inventivité, n'est-il pas vrai, Lord Merlin Peverell ? Savez-vous que Ralston (elle le désigna) est un descendant direct de la famille Peverell ?
Le regard d'un profond bleu candide de Mr. Comgheverley s'arrêta aussitôt sur Ralston.
- Est-ce vrai, mon garçon ?... Vous... vous... (il épongea son front luisant) Vous êtes mon descendant ? Un authentique Peverell ?
- Oui, monsieur, dit Ralston d'un ton fier en souriant. Iolanthe Peverell, mon ancêtre directe, avait épousé Hardwin Potter au 13e siècle. Et peu de temps après avoir donné naissance à mon arrière-grand père, elle a été emportée par la variole du dragon.
- Ah ! Elle est bien terrible, cette variole du dragon ! L'année dernière, lorsque j'étais en Écosse, un village avait fermé pour cause d'épidémie de dragoncelle. Je me souviens encore avoir aperçu le visage verdâtre en putréfaction de l'un de ces pauvres gens... Hum... (Mr. Comgheverley grimaça).
Sur le moment, Rose fut surprise d'apprendre qu'une maladie virulente comme la variole du dragon sévissait encore en Angleterre et faisait de nombreux morts. Elle demanda spontanément :
- Des gens meurent encore de la variole du dragon ?
Les regards perplexes qui s'abattirent sur elle la conduisirent à se rappeler que Gunhilda de Gorsemoor, une célèbre sorcière borgne, n'avait mis au point un remède efficace contre la dragoncelle qu'en 1635, quelques années avant sa mort. Avant cette date, les épidémies de variole du dragon faisaient des ravages. Rose piqua un fard en poursuivant d'une voix moins assurée :
- Je veux dire... n'existe-t-il aucun remède ?
- Quelle fille grossière vous faites ! S'écria une femme potelée à l'autre bout de la table. Si c'était le cas, croyez-vous que je me serais contentée de contempler le cadavre de ma défunte mère ?
- Pourtant... la dragoncelle se soigne.
« Pourquoi dois-je me sentir obligée d'intervenir ? Regretta immédiatement Rose en ayant le sentiment que le poids de l'attention dont elle manifestait était étouffant. J'aurais dû rester à l'écart... Ils se montreront suspicieux en découvrant qu'une fille de quinze ans possède des connaissances en médication infiniment supérieures à celles des herboristes de l'époque ». En hésitant longuement quant à la manière dont elle devait tenter de réparer cette folie, elle reçut de plein fouet le regard perçant de Lisbeth Black ; jamais cette dernière ne l'avait examiné avec autant de minutie.
Ensuite, Mrs Black déclara doucement sans rompre leur contact visuel :
-Vous connaissez le remède à la dragoncelle. Faites-le connaître à Lord Merlin Peverell, il vous en saura gré... Maniez-vous aussi bien les plantes que vous savez manier l'arithmancie, Rose ? Vous êtes une bien curieuse petite personne, je dois dire... Vous semblez savoir beaucoup de choses que nous ignorons... J'ai entendu parler de votre talent en arithmancie, ajouta-t-elle en soudant littéralement ses prunelles à celles de Rose. Me ferez-vous l'honneur de me faire profiter de votre talent ?
- Je..., commença Rose en respirant difficilement.
- Allons, ma Lady ! S'exclama joyeusement Mr. Comgheverley. Il ne faudrait pas que cette charmante miss manque le début des festivités ! La danse va débuter dans deux minutes. Laissez-la s'amuser, nous parlerons plus tard !
...
Comme pour accompagner la digestion du copieux souper, les violons reprirent de plus belle leurs mouvements de cordes langoureux. Bientôt, les souliers claquèrent sur le sol, et des jupons tournoyant se frôlèrent. Sous les chandelles du plafond, les bras se contorsionnaient presque pour exécuter une danse très formelle aux yeux de Rose : des couples s'alignaient de part et d'autre de la salle de réception. Le contact entre eux se limitait à deux mains jointes et levées en l'air, ou bien à deux bras arqués qui se rencontraient furtivement tandis qu'ils tournoyaient en plusieurs temps côte à côte. Un échange de partenaires se faisait entre chaque figure de danse.
Au départ, Rose refusa de se soumettre à cette étrange cérémonie artistique – elle réprima un soupir exaspéré quand trois filles à peine plus âgées qu'elle acceptèrent en gloussant des invitations à danser comme si elles n'avaient jamais rien connu de plus réjouissant dans leurs vies. Elle parvint à décliner la demande d'un garçon maladroit d'à peu près vingt ans, mais fut confrontée à un rustre du même âge tellement insistant qu'elle quitta son tabouret pour s'en débarrasser.
- … Mon père est mort en se faisant poursuivre par un coq, vous rendez-vous compte ? Jacassait-il en agitant ses grands pieds. Et moi, je suis passé du « pitoyable paysan » au « pitoyable paysan orphelin »... Heureusement, mon oncle fortuné m'a recueilli... mais maintenant que je suis tombé amoureux d'une sorcière, il songe à me déshériter...
Le tour de danse s'acheva, et Rose put enfin s'extraire de sa compagnie. Son second partenaire fut extrêmement laconique, à tel point qu'elle ignorait même quel était son nom ; elle en profita pour laisser son regard dériver du côté de Ralston et Mrs Black qui dansaient alors ensemble, bras dessus bras dessous, d'un pas gracieux et involontairement voluptueux (c'était une vision à la belle et douloureuse). Son troisième partenaire dansa si gauchement que sa main gauche finit par heurter son nez à la vitesse d'une gifle. Essoufflée et le nez endoloris, Rose voulut s'échapper de ce lieu maudit avant que tous les hommes de la soirée ne l'ai faite danser.
Cependant, elle parvint à supporter l'exercice jusqu'au bout. Même lorsqu'elle se retrouva face à Ralston. En cherchant vraisemblablement à éviter son regard, il joignit sa main droite à la sienne ; elle tressaillit légèrement. Le mutisme de Ralston demeura inchangé quand ils commencèrent à danser. Gênée, Rose observa :
- Vous êtes bien silencieux.
- Ne le prenez pas mal, je suis seulement déconcerté. Vous me paraissez différente ; il me faut le temps de m'y habituer.
- Suis-je si repoussante ?
En riant, Ralston laissa sa main gauche ébouriffer les mèches de son front :
- Non, ce n'est pas du tout ce que je voulais dire !
Leurs mains se séparèrent tandis qu'ils changeaient de côté. Après quoi, côte à côte, les bras droits scellés, ils tournèrent sur place comme les autres couples de danseurs. Perturbée par le regard de Ralston désormais rivé sur elle, Rose sentit son visage s'échauffer et ses jambes perdre toute leur adresse. En passant sous le bras levé de celui-ci, elle trébucha à deux reprises.
- Oh la la, pardonnez-moi ! S'excusa-t-elle en priant pour que son visage n'ait pas la teinte d'une tomate en cours de cuisson. Je suis maladroite...
- Et moi, je ne suis guère plus doué que vous, Rose, affirma Ralston après avoir manqué de lui écraser le soulier.
- Pourtant, vous l'étiez quand vous dansiez avec Lisbeth Black.
À présent derrière elle, leurs bras tendus au-dessus de leurs têtes, Ralston répliqua :
- La danse de Lady Lisbeth n'a aucun secret pour moi, vous savez. Mais vous, je vous découvre à peine. Pour que nos mouvements et nos pas soient concordant, il faut une certaine familiarité.
Il fit pivoter Rose, puis ils se retrouvèrent derechef l'un face à l'autre. Et leur danse s'acheva.
Les partenaires respectifs se saluèrent sous les applaudissement des invités qui avaient fait le choix de rester de simples spectateurs. Par la suite, les danseurs se dispersèrent afin de récupérer de quoi se rafraîchir à table, et les violons entamèrent un nouveau morceau. Rose était presque fiévreuse en raison de l'effort physique qu'elle avait fourni pendant les vingt dernières minutes et des nombreux pics d'émotions par lesquels elle était passée depuis le début de la soirée.
Elle s'apprêtait à faire remarquer à Ralston qu'il faisait une chaleur suffocante au moment où il fit vivement remarquer en la scrutant :
- Rose... votre nez. Vous saignez.
Elle se rappela alors de l'homme empoté qui l'avait malencontreusement frappé en dansant. En réalisant que Ralston avait tendu la main vers le bas de son visage, elle sursauta en tournant la tête.
- Je vais aller chercher un mouchoir... Ne vous inquiétez pas, murmura-t-elle.
En se faufilant discrètement entre les invités, elle balaya la table des yeux, à la recherche d'un mouchoir non usagé. Cependant, le seul mouchoir encore présent sur la table était imprégné de taches de vin.
« Bon, alors, que dois-je faire ? se demanda Rose en veillant à tourner le dos à la chaise que Mrs Black venait d'emprunter pour s'asseoir. Je devrais aller voir les domestiques. » Tandis que le salon continuait d'être baigné par des bruits de voix frénétiques et des bruits de bouteilles, Rose s'éclipsa discrètement. À la recherche des cuisines, elle traversa un couloir au plafond bas, et, désorientée, elle tira la première porte sur sa gauche. Elle se retrouva dans une salle encombrée par des meubles de collection, des jarres en terre venus d'Asie, des bijoux, et... des plumes. De très belles plumes de tailles et de couleurs diverses. « J'avais presque oublié le motif de ma présence ici ce soir, se dit-elle. Elles sont magnifiques. »
Aucun des modèles de plumes ne concordaient toutefois avec celui qui l'avait fait voyager dans le temps, hormis une petite plume austère que l'on aurait pu confondre avec celle de n'importe quel élève de Poudlard. Rose s'en empara, le cœur battant à toute allure. Elle tendit son poignet tremblant, et laissa la pointe de la plume entrer en contact avec sa peau. Aucune encre ne coula, et aucune trace translucide n'apparut. Rose obtint le même résultat en essayant deux autres plumes. À l'instant où elle s'empara d'une cinquième plume, la porte grinça en la faisant sursauter.
- Oh ! Lâcha-t-elle en reconnaissant Mr. Comgheverley. Que faites-vous ici, monsieur ?
- Je vous cherchais, chère mademoiselle, répondit-il en ôtant son chapeau. Il se trouve que votre déclaration de tout à l'heure m'a fortement intrigué. J'ai du mal à vous croire, je l'admets... Vous prétendez connaître un remède capable d'éradiquer la variole du dragon. Quel est-il ?
En dissimulant les plumes derrière son dos, Rose réfléchit en se concentrant pour paraître naturelle. Elle tenta de se souvenir de l'ouvrage qu'elle avait lu l'an dernier à propos de l'histoire de l'herborisme.
- La substance active du remède est la salive de dragon, marmonna Rose. Il faut la combiner à la mandragore. Ce remède permet d'immuniser contre la dragoncelle ; mais il ne peut être utilisé qu'en prévention de la maladie. Normalement, il faut l'administrer au plus jeune âge... Dans la plupart des cas, il est efficace. Mais certaines personnes peuvent quand même contracter la variole.
- Impressionnant... Vraiment impressionnant.
Mr. Comgheverley se rapprocha d'elle en cessant brusquement de sourire.
- Maintenant, vous allez me révéler votre secret, Rose Weasley. D'où venez-vous ? Comment se fait-il que vos connaissances soient si étendues ?
- De quoi parlez-vous ? S'étonna Rose, prise d'un mauvais pressentiment.
- Quel est votre secret, Rose Weasley ? Répéta Mr. Comgheverley. J'exige de savoir quel est votre secret.
« Lisbeth Black ! songea soudainement Rose. Ce sont ses mots ! Je la reconnais !... A-t-elle prit l'apparence de ce pauvre homme ou l'a-t-elle soumis au sortilège de l'imperium ? Mais comment aurait-elle pu ? Elle n'est pas une sorcière ! ». Interdite, elle observa le moldu déguisé en Merlin s'avancer vers elle avec l'indolence et le mécanisme d'un automate. Sa main tâtonna sa poche, réticente à l'idée d'en extraire sa baguette ; que devait-elle faire ?
Sans réfléchir, elle s'écria stupidement :
- Mr. Comgheverley, reprenez vos esprits !
- Si vous ne répondez pas à ma question, Rose Weasley, j'entamerai ma mission qui doit s'achever par votre meurtre.
- Mon meurtre ?... Arrêtez ça ! Vous vous faites mani...
BANG ! Un grand trou se forma à travers la boiserie d'un meuble, à quelques centimètres de Rose qui s'empara aussitôt de sa baguette en bondissant sur le côté. « Protego ! » « Locomotor Mortis ! » « Stupefix ! » lança successivement Rose en esquivant de justesse deux nouveaux projectiles. C'était la première fois qu'elle était impliquée dans une lutte aussi réaliste : en dehors de ses cours de défense contre les forces du mal, elle ne s'était jamais battue. Elle continua de tenter de maîtriser les tirs empreints de folie du malheureux Comgheverley jusqu'à ce qu'il fasse une chose tout à fait inattendue : Il braqua son arme sur sa propre poitrine et appuya sur la détente sans attendre.
Il tomba ensuite lourdement à terre, mort. Prise de sueurs froides, Rose lâcha sa baguette alors que son bras devenait flasque. Sous le choc, elle ne parvint guère à parler. À cet instant précis, Mrs Black, Juliet, Ralston, et une dizaine d'autres personnes firent irruption dans la pièce. Une femme s'exclama avant de s'évanouir :
- Oh, Seigneur tout puissant !
- Lord Merlin Peverell ! Cria Mrs Black en perdant son calme. Que s'est-il passé ? (elle leva les yeux vers Rose et répéta) Que s'est-il passé ?
Son regard calomniateur déplut à Rose, d'autant plus qu'elle la savait responsable de l'incident. Toutefois, elle se sentait actuellement incapable de parler, ni même de raisonner. Mrs Black demanda ensuite en l'auscultant :
- Que cachez-vous derrière votre dos ?
...
Merci de me suivre et de reviewver ! Je suis monstrueuse, vraiment excusez-moi... couper le chapitre à un moment pareil, ce n'est vraiment pas sympa de ma part (mais j'étais obligée ou le chapitre aurait fait 10 pages, et j'ai horreur des grosses longueurs). En tout cas, la question principale pour moi, c'est : qu'en avez-vous pensé ?
A la semaine prochaine!^^
