Bonjour ! Me voici de retour pour vous présenter ce nouveau chapitre riche en action et en émotions. Merci à tous et toutes pour vos reviews ! Nous avons passé le cap des 100 review avec le chapitre précédent. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir y arriver un jour ! ^^ C'est grâce à vous tous qui suivez cette histoire. Vous êtes très nombreux, merci beaucoup !
Concernant le chapitre précédent, à la base je n'avais pas imaginé de scène dans les cavernes de Mandos, mais une scène unique à Valinor. Sauf que je ne voyais pas comment Mandos pouvait se retrouver tout à coup à Valinor, alors qu'il est censé rester dans ses cavernes pour juger les morts. C'est là où est sa place, en tant que Valar. Envoyer Elanor tout de suite à Valinor sans passer par cette étape n'était pas crédible du tout. Du coup j'ai développé au maximum la scène entre Melian et Elanor. )
Gandalf étant un Maiar, je ne suis pas sûre qu'il soit passé par les cavernes de Mandos, car il est un esprit servant des Valar. Ce n'est pas un enfant d'Illuvatar, comme les populations de la Terre du Milieu. Donc son destin est différent de celui d'Elanor, voilà pourquoi j'ai choisis de ne pas les faire revenir ensemble.
Réponses aux reviews :
Maia : Merci beaucoup ! Oui les retrouvailles sont toutes proches. J'espère que ce passage te plairas ;)
Guest Tara : Merci pour ta review ! Et bien, je ne pense pas qu'Elanor aurait été capable d'affronter le Balrog, même si elle n'avait pas été tuée par une flèche (comme c'est le cas dans le chapitre où elle tombe dans la Moria), je ne pense pas aussi qu'elle aurait survécu à sa chute. Je ne voulais pas que le destin d'Elanor soit le même que celui de Gandalf, car ils sont différents par leur nature même, et ça aurait été vite ennuyant. Elanor n'est qu'une humaine, et elle n'a pas de pouvoirs magiques à ce moment de l'histoire.
Je voulais absolument que Melian et Elanor se rencontrent ! Melian est un personnage central de l'histoire, même si elle n'apparaît pas beaucoup dans les chapitres. Ses actions sont très importantes, et oui elle donne des armes à Elanor pour se battre, (autant physiquement que mentalement). J'hésitais même à mettre le nom de Melian dans le titre de la fiction… Encore un grand merci pour ta review, qui est toujours aussi constructive chapitre après chapitre. C'est très agréable à lire Bisous !
PaulinaDragona : Super, ça veut dire que j'ai réussis mon pari ! J'espère pouvoir en faire autant pour la suite. Merci pour ta review ! J'espère que ce chapitre te plaira.
Marine02 : ah… spoiler* mais ça arrivera bientôt, donc tu ne vas pas patienter très longtemps. Tu n'es pas la seule à avoir été surprise. Comme je l'ai dit dans d'autres review, faire revenir Elanor en même temps que Gandalf aurait été trop prévisible. Voilà pourquoi je ne l'ai pas fait. En espérant que ce chapitre te plaise merci beaucoup !
Calypso : Je ne crois pas que Legolas sache qu'Elanor est en vie, il essaye plutôt de faire son deuil comme il peut. Mais il y a des indices qui montrent qu'elle est en vie, comme le fait qu'il se sente bien en arrivant à Edoras. Tu comprendras pourquoi en lisant le début de ce chapitre, car cela arrive au même moment. Je pense que tu vas apprécier leurs retrouvailles. Je ne dirais rien concernant la bataille du Gouffre de Helm. ^^ Melian est un de mes personnages préférés, et je voulais que ce passage soit magique. Je l'avais en tête depuis très longtemps. Merci beaucoup pour ta review ! J'ai hâte de lire tes prochaines impressions ! A plus !
Mello12 : Tu lis totalement dans mes pensées. Je ne voulais absolument pas passer à côté de l'opportunité de confronter Elanor et Melian au moins une fois. Ça aurait été bête, surtout avec le potentiel de ce personnage, qu'on n'a jamais vu dans le seigneur des anneaux et qui a une histoire incroyable. Elanor commence à prendre un peu d'étoffe oui, c'était le but. Je voulais différencier ce personnage en lui donnant une quête propre à elle-même, un peu différente de celles des membres de la communauté de l'anneau, mais qui reste quand même commune. Par ailleurs, sa nature même change. Elle n'est plus vraiment une jeune humaine en retournant en Terre du Milieu, mais devient une sorte d'arme de guerre, peut-être même un spectre ou une entité, dont le destin est lié à celui de Sauron. Et ça rend tout ça un peu plus excitant ^^ D'autant plus que sa relation avec Legolas va changer. Ça ne sera pas du guimauve rassures-toi ! Je souhaite respecter le personnage de Legolas comme il est, et pas forcément en faire un amoureux éperdu avec des scènes longues et langoureuses… les elfes ont un certain romantisme tout de même, auquel il faut s'y tenir ) Tu me diras si tu es satisfaite ! Merci pour tous tes compliments, ça me rassure ! J'essaye de me relire constamment pour votre confort et pour corriger les erreurs. Il m'arrive de faire pourtant quelques étourderies. J'espère que ce chapitre te plaira ! J'attends ton avis
Bonne lecture !
gallica.
Chapitre 14 : Le Gouffre de Helm
Haldir rentrait de sa ronde au Nord de la forêt, lorsqu'il s'arrêta avec ses hommes à la bordure de Cerin Amroth. Devant eux s'étendait la prairie habituellement vierge et verte, parsemée de milliers de fleurs jaunes et blanches. Le monticule qui se trouvait devant eux, cachait la cité de la dame blanche sous la cime des arbres géants. Haldir parcourut la plaine du regard, ne pouvant s'empêcher d'apprécier la beauté et la douceur du lieu.
Le seigneur Celeborn attendait impatiemment son rapport, songea-t-il soudainement. Ils devaient faire vite, et rentrer porter les nouvelles.
Et elles n'étaient pas de très bon augure. Celeborn s'inquiétait de plus en plus du nombre d'orques qui se rapprochaient de leur frontière, et à juste titre. Haldir et ses troupes avaient encore une fois chassés un groupe de ces créatures qui s'était introduit dans le bois. Mais cette fois les orques étaient allés beaucoup plus loin que d'habitude. Ils s'étaient enfoncés dans la Lorien avec tellement de facilité qu'Haldir commençait à douter de leurs capacités à pouvoir les retenir. C'était un problème qui allait devenir une véritable menace, songea-t-il anxieusement.
Il contempla une dernière fois la plaine, avant de se retourner vers ses hommes pour ordonner le départ. Mais une forme blanche attira soudainement son attention, et il s'arrêta dans son geste.
Il y avait quelque chose un peu plus bas dans la descente, sur la droite, caché dans les hautes herbes. Haldir ne parvint pas à voir ce dont il s'agissait, même en se concentrant, il ne vit qu'une forme allongée.
Le gardien de la Lorien fit un pas en avant, et voulant en avoir le cœur net, descendit la pente dans sa direction.
- Haldir ! le héla Rùmil, son plus jeune frère. Na van gwaeg? (Où vas-tu ?)
- Cenin baich (Il y a quelque chose là-bas), répondit-il.
Haldir dévala en courant le bas du tertre, et les elfes lui emboitèrent le pas, intrigués.
Arrivé en bas, il s'arrêta alors devant une vision des plus étranges.
Il y avait une jeune fille.
Elle était étendue dans une robe blanche. Les traits de son visage étaient sereins, et elle semblait endormie. Sa peau était pâle, et elle était jeune, nota Haldir, très jeune. Même pour une elfe, elle avait le physique d'une jeune fille à peine adulte. Elle était couchée à la façon des sculptures des rois et les reines de la race des hommes. Raide et droite, ses cheveux d'un brun étaient éparpillés autour de sa tête, et les fleurs d'or et blanches paraissaient former une couronne au-dessus de sa tête. Mais ce qui l'étonna davantage était qu'elle tenait serrée contre elle une épée.
Sa robe lui arrivait en dessous du genou, et elle ne couvrait guère ses jambes et ses épaules. Malgré son embarras et l'inconvenance de sa tenue étrange, Haldir ne put détacher son regard.
Qui était-elle ?
Les elfes murmurèrent entre eux, appelant déjà cette apparition comme un dessein des Valar.
Haldir s'arracha à sa contemplation et s'agenouilla auprès de la jeune fille. Sa poitrine se soulevait de temps à autre et il remarqua qu'elle respirait doucement. Elle était vivante.
L'elfe examina son corps, mais ne remarqua aucune blessure. Sa robe ne portait aucune tâche de sang, et était d'un blanc immaculé.
D'où venait-elle ? Comment était-elle arrivée ici ? se demanda-t-il. Ils l'auraient repéré à l'instant où elle aurait passé la frontière de la Lorien. Il y avait des éclaireurs et des avant-postes partout. Et Haldir était certain qu'elle n'avait pût se faufiler entre les mailles de leurs filets.
Il toucha son bras et sentit qu'il était tiède. La robe blanche se plia sous le vent et un reflet nacré parcourut le tissu. Curieux, Haldir tendit la main pour le toucher. Le tissu s'écoula dans ses doigts comme de la soie, aussi insaisissable et voluptueux que l'eau. Cette femme était étrangère. Il n'avait jamais vu de pareille matière en Terre du Milieu ! Mais dans ce cas d'où venait-elle ? Venait-elle des frontières inconnues par-delà l'est ? Où des régions des Haradrims dans le Sud ?
Il examina son visage, et écarta les mèches de cheveux qui dissimulaient ses oreilles. Celles-ci se terminaient par une courbe adoucie.
Elle était humaine.
Les questions affluèrent dans son esprit, de plus en plus nombreuses.
- Man avo garo ? (Que devons-nous faire ?) demanda un elfe qui l'accompagnait.
- Hiril Galdriel gwaegin. Gwend pedî i nin, caro ù haust no. Noro lim! (Allez prévenir dame Galadriel. Dîtes-lui que nous avons une invitée, et qu'elle fasse préparer un lit. Vite ! )
L'elfe acquiesça et disparut en courant à la lisière du royaume de la Lorien. Il n'y avait qu'une personne qui pourrait répondre à ses questions. Et c'était dame Galadriel.
Haldir sentit ses frères, Rùmil et Orophil s'approcher derrière lui.
- Man i vess han? (Qui-est-cette femme ?) demanda Orophil.
- Glûdh ù na (Je n'en ai aucune idée).
Haldir écarta les mains de la jeune fille, et essaya de retirer l'épée qu'elle tenait serrée contre elle. Ses doigts se posèrent sur la garde et le métal de la lame.
- Ouch !
Une douleur lui vrilla soudainement la main, et il retira précipitamment ses doigts. Il les regarda, pensifs, alors que la sensation de brûlure s'insinuait dans son bras entier. Un reflet d'argent traversa la lame, le mettant en garde de recommencer.
Quel est donc ce maléfice ? pensa-t-il.
- Ui togo o nin ! (Apportez-moi un linge !), ordonna-t-il.
Un elfe fouilla dans une besace et lui tendit un morceau de tissu qui servait d'habitude à envelopper les fruits et les baies cueillies dans la forêt.
Haldir l'entoura autour de sa main, et retira l'épée de l'étreinte de la jeune fille, en essayant de ne pas se brûler. Une fois qu'il réussit à l'extraire, il l'enroula dans le pan de tissu et la donna à Rùmil.
- No dirweg flâd.(Fais attention à ne pas la toucher),le prévint-il.lhûthnin(Elle est ensorcelée).
Son frère cadet acquiesça, et la prit précautionneusement. Puis Haldir détacha sa cape elfique et couvrit la jeune humaine.
Il la souleva ensuite dans ses bras, et descendit la pente avec les autres elfes vers les grands arbres qui dissimulaient la cité des Galadhrim.
Les réponses viendraient plus tard. Pour l'heure, il fallait la mettre à l'abri.
Lorsqu'Elanor se réveilla, elle eut vaguement l'impression d'entendre des voix autour d'elle. Son esprit semblait s'être égaré hors du temps, pendant un nombre incalculable d'années.
Et elle se sentait fatiguée.
Si fatiguée…
Elle entrouvrit les yeux, et aperçut brièvement quelqu'un penché au-dessus d'elle. La personne avait de longs cheveux blonds, et une silhouette élancée.
Legolas… ?
Elle sentit aussi quelque chose de moelleux sous elle, et un parfum de fleurs qui lui rappelait les prairies de l'Eriador. Combien de fois avait-elle cueillis ces fleurs dans la forêt, et respiré leur odeur pendant son enfance ? Peut-être des centaines de fois. Cette sensation lui procurait à chaque fois un sentiment de paix. L'air caressa doucement son visage.
Pendant qu'elle écoutait le chuchotement des personnes autour d'elle, elle se rendit compte que quelque chose de chaud reposait entre ses mains.
Le chuchotement des inconnus s'éloigna, et elle crut qu'ils l'avaient laissée. Mais elle sentit tout à coup qu'on lui retirait quelque ce qu'elle tenait dans ses mains. Puis des bras puissants la soulevèrent, et elle quitta son nid douillet pour quelque chose de plus dur et irrégulier. Quelqu'un la transportait, comprit-elle.
Tandis qu'elle était bercée doucement par le rythme des pas de la personne qui la portait, la fatigue l'emporta et elle sombra de nouveau dans l'inconscience.
Elle s'éveilla plus tard.
Elle cligna des yeux, elle ne vit d'abord qu'une source de lumière tamisée au-dessus de sa tête. Progressivement, elle s'habitua à cette vision, et le voile noir qui cachait ce qui l'entourait fondit peu à peu, révélant la pièce où elle était.
Elle se trouvait dans une salle ronde, ouverte sur l'extérieure. Elanor crut un instant être revenue à Valinor, lorsqu'elle remarqua les énormes arbres qui l'entouraient, et leurs troncs immenses. Elle se trouvait en hauteur, devina-t-elle. Ce n'était pas Valinor.
La lune filtrait à travers les énormes branches, éclairant une partie de la pièce. Les colonnes et le plafond étaient sculptés dans un bois blanc, et l'architecture lui rappela fortement celle des demeures elfes.
Cet endroit était spectaculaire et magique. Elanor se demanda où elle se trouvait. Cet endroit ne lui rappelait rien.
Mandos lui avait pourtant promis de la renvoyer en Terre du Milieu. Elle devait donc y être.
Elle parcourut la pièce du regard, et vit qu'elle était couchée dans un lit. A sa droite, il y avait une petite table de chevet où avait été posée son épée Niphredil, enveloppée dans un morceau de tissu brun. A sa gauche, à quelques mètres, descendait un escalier en colimaçon couvert d'un toit qui chatoyait sous la lumière de la lune comme du cristal.
Elanor se redressa sur son oreiller, mais sentit aussitôt la fatigue revenir dans son corps. Elle baissa les yeux sur elle, et vit qu'elle était habillée d'une robe blanche, la même que celle qu'elle portait à Valinor. Ayant l'impression que ce qu'elle avait vécu n'était qu'un rêve, elle toucha sa robe pour s'assurer de sa réalité.
Il n'y avait aucun bruit venant de l'extérieur, hormis un vent frais qui soufflait sur les feuilles des arbres. Elle toucha ses cheveux bruns, et s'aperçu qu'ils avaient poussés, lui arrivant maintenant jusqu'au milieu du dos.
Elanor tendit la main vers Niphredil, et défit le paquet dans lequel son épée avait été enveloppée. Un sentiment de contentement lui réchauffa le cœur lorsqu'elle eut de nouveau l'arme sous les yeux.
Elle se souvenait du moindre détail de sa conversation avec Melian. Elle n'aurait jamais imaginé que cette épée puisse devenir aussi importante. Elanor se souvenait de ses jeunes années, et se dit qu'elle avait fait bien du chemin depuis cette époque.
Elle aurait tant aimé rencontrer sa mère, songea-t-elle douloureusement. Elle qui lui avait laissé cet héritage aurait peut-être pu répondre à ses questions. Quelle avait été sa vie ? Qui était son père ? Où était-il ? Etait-il mort ?
Et quelle était l'histoire de sa famille ?
Un chant magnifique s'éleva à l'extérieur. Surprise, Elanor tendit l'oreille, et perçut des mots elfiques à travers les voix mélodieuses qui chantaient. Elle reposa l'épée à côté d'elle et tendit l'oreille, bercée par la musique.
De nombreuses minutes s'écoulèrent, peut-être même des heures, lorsque les voix se turent enfin. Elanor sentit alors une présence. Elle tourna la tête vers l'escalier et s'aperçut qu'on l'observait. C'était une elfe. Belle, blonde et élancée, vêtue d'une robe blanche perlée. Son visage était celui d'une jouvencelle, et ses yeux étaient un lac d'azur. Une couronne d'argent reposait sur ses cheveux dorés, et elle avait un anneau de cristal en forme de fleur autour du doigt.
Elanor la reconnut aussitôt.
- Dame Galadriel !
- Vous êtes enfin réveillée.
Galadriel s'approcha, et vint à son chevet. Elle marchait si doucement qu'Elanor ne percevait que le froissement discret de sa robe. Elle était époustouflante, comme toujours.
- Où suis-je ? demanda Elanor.
- Vous êtes dans mon royaume, dans les bois de la Lorien. Nous vous avons trouvé il y a cinq jours au pied de Cerin Amroth, répondit l'elfe.
- J'ai dormis pendant tout ce temps ?
- Oui.
Elanor essaya de se souvenir de ses derniers instants de lucidité. Elle se souvint des voix d'elfes et de celui à la chevelure blonde qui s'était penché sur elle. Legolas…
Etait-ce lui qui l'avait trouvée ? Etait-il ici ?
L'excitation s'empara d'elle, et son ventre se mit à gargouiller.
- Vous n'êtes pas la seule à avoir été renvoyée, lui déclara Galadriel, coupant court à ses réflexions. Nous avons trouvé quelqu'un d'autre peu avant vous.
Elanor la regarda, confuse et surprise.
- Qui ?
- Gandalf.
- Gandalf ? Mais…
Elanor resta bouche bée, et mit un certain temps avant de pouvoir articuler un mot.
- Il est mort ! s'exclama-t-elle. Je l'ai vu tomber dans les mines de la Moria !
- Comme vos compagnons vous ont vu tomber, répliqua Galadriel.
Elanor se sentit penaude. Galadriel avait raison. Elle était censée être morte et pourtant elle était là, bien vivante. Le souvenir de sa chute dans les mines de la Moria était encore gravé à vif dans sa mémoire. La joie s'insinua peu à peu en elle. Gandalf était vivant.
- Gandalf est passé à travers l'ombre et a vaincu le Balrog, continua Galadriel. Mais il en a payé de sa vie. Il a été renvoyé en Terre du Milieu pour terminer sa tâche. Mais je crois que le magicien n'est pas le seul à avoir été choisi.
Galadriel joignit les mains avec élégance sur ses genoux. Ses yeux étaient brillants et son ton mystérieux alors qu'elle la dévisageait.
Surprise d'être soudainement son centre d'attention, Elanor eut brusquement un doute. Serait-il possible que Galadriel sache ?
- J'ai vu ce qui vous est arrivée, confirma l'elfe. Je sais par quoi vous êtes passée.
Elanor en resta muette de stupeur.
- Mon miroir me montre beaucoup de choses, ajouta Galadriel. Des évènements du passé, du présent, et du futur…
Galadriel voyait l'avenir ? Mais qu'avait-elle vu ? Avait-elle vu le marché qu'elle avait passé avec Mandos ? Son séjour dans les cavernes ? Sa conversation avec Melian ?
Si Galadriel avait le don de voyance, elle pouvait alors voir l'avenir. Et voir le destin de l'anneau…
- Qu'avez-vous vu ? Allons-nous gagner la guerre contre Sauron ? questionna Elanor.
Le visage de Galadriel se décomposa.
- Je ne le sais. Les chances sont infimes, dit-elle tristement.
Y penser semblait la blesser terriblement, et Elanor n'osa demander ce qu'elle avait pu voir. L'abattement résonna dans tout son corps, et Elanor se sentit las. Si même Galadriel doutait, il y avait peu de chance qu'ils l'emportent.
- Il ne faut pas perdre espoir, dit Galadriel en lui prenant la main avec réconfort. L'avenir se construit selon nos propres choix, et les visions parfois changent. Mon miroir ne me montre que les possibilités. Je sais quelle tâche vous attend, et Melian compte sur vous pour la mener à bien. Nous comptons tous sur la communauté de l'anneau.
- Vous avez donc vu notre conversation à Valinor.
- Je n'en ai vu que des bribes. Mais je connais Melian, et je sais qu'elle vous aidera.
- Vous saviez ce qui allait arriver ? Lorsque vous m'avez vue à Fondcombe, saviez-vous que j'allais mourir dans la Moria ?
Galadriel la dévisagea pensivement.
- Non, le miroir ne m'a pas montré cela. Mais il m'a montré d'autres choses. Des choses qui doivent rester secrètes.
Elanor la regarda en se mordillant la lèvre, ayant une envie furieuse de lui demander ce qu'elle avait vue. Mais la peur la retint, et elle préféra se taire.
- J'ai vu votre départ de Fondcombe, lui révéla Galadriel. J'ai su au moment où je vous ai vu que vous partiriez avec le porteur de l'anneau.
- Je n'ai pas su le protéger, déclara Elanor. J'ai échoué en tombant dans la Moria.
- Non. Vous n'en êtes revenue que plus forte. Désormais, d'autres tâches vous incombent. Et en accomplissant ces tâches qui vont ont été données, vous l'aiderez à accomplir la sienne.
Galadriel avait encore une fois raison. Mais Elanor se sentait inutile à présent, alors qu'elle était couchée dans un lit. Elle avait envie de se lever et de retrouver ses amis au plus vite.
- Où est Gandalf ? demanda Elanor.
- Il est parti il y a deux jours, en direction de l'Ouest à la recherche de vos compagnons.
Elanor fut déçue.
- Est-ce que vous les avez vus ? interrogea-t-elle.
- Oui. Ils sont restés ici pour soigner leurs blessures, répondit Galadriel. Ils sont repartis en direction du Mordor il y a deux semaines.
Legolas n'était donc pas là.
- Je les ai ratés, soupira Elanor.
Galadriel rabattit les couvertures sur elle.
- Reposez-vous. Vous aurez tout le temps de les revoir lorsque le moment sera venu pour vous de partir. Mais pour l'instant, vous n'avez pas assez de forces.
Elanor acquiesça doucement.
L'elfe la borda une dernière fois, puis s'éloigna, se dirigeant vers l'escalier en colimaçon. Elanor la suivit des yeux jusqu'à ce que sa silhouette ait disparut.
Elle sentit alors ses paupières lourdes retomber, et elle sombra dans les bras de morphée.
Elle resta alitée durant les trois jours qui suivirent. De nombreux elfes vinrent lui rendre visite dont, Galadriel et Celeborn, des femmes de chambre qui l'aidèrent à faire sa toilette et lui apportèrent à manger, mais aussi Haldir qui vint la saluer et prendre des nouvelles.
Elanor apprit alors que c'était lui qui l'avait amené jusqu'à la cité, et non pas Legolas comme elle l'avait cru. D'abord un peu embarrassé, l'elfe se tenait raidement à l'entrée lorsqu'Elanor le vit pour la première fois.
- Mae Govannen, puis-je entrer ?
- Oui, répondit Elanor, confuse.
L'elfe pénétra dans la chambre avec hésitation, et il ne semblait pas bien à l'aise dans cet environnement.
En voyant la longue dague accrochée à sa ceinture, Elanor devina qu'il devait être un genre de garde ou de soldat, et elle se demanda soudainement ce qu'il faisait là.
- Je suis Haldir, le gardien de cette forêt, se présenta-t-il. C'est moi qui vous ai trouvée dans la plaine de Cerin Amroth.
Ah, c'était donc lui.
Elle l'avait pris pour Legolas, seulement il ne lui ressemblait pas du tout. Il faisait la même taille, c'est vrai, et ses cheveux étaient blonds. Mais contrairement à Legolas, Haldir était plus charnu, et avait des épaules carrées. Son visage était aussi plus large, et son torse était mieux bâtis.
Bel homme, pensa Elanor.
Cependant il lui manquait quelque chose. Les yeux de Legolas, songea-t-elle. Rien ne pourrait remplacer le bleu pénétrant de ses yeux.
Elle songea à son ami qui lui manquait tant.
- Mae govannen. Merci de m'avoir aidée, lui dit-elle en posant la main sur le cœur. Mon nom est Elanor.
- Vous êtes donc celle qui est tombée dans la Moria ? Vous êtes l'amie d'Aragorn et du prince Legolas ? questionna Haldir.
- Oui.
Elanor le dévisagea avec curiosité.
- Vous les avez vus ? demanda-t-elle.
Haldir acquiesça.
- Comment allaient-ils ? le pressa-t-elle.
- Au moment où je les ai trouvés, ils étaient plutôt mal en point, répondit-il franchement.
- L'un d'eux était-il blessé ? s'affola Elanor.
- Non, ils n'avaient pas de blessure apparente, répondit Haldir. Mais leur cœur, était gravement atteint par la douleur. Je crois que votre mort et celle de Gandalf les ont beaucoup affectés, ajouta-t-il.
- Oh, que vous-ont-il dit ?
Haldir parut un peu hésitant.
- Peu de choses. Ils n'ont pas été très bavards.
Elanor acquiesça avec tristesse.
- Ils seront heureux de vous savoir en vie, déclara-t-il.
Elanor sourit, et l'image de leurs retrouvailles s'attarda dans son esprit. Elle avait hâte de les revoir.
- Dame Galadriel m'a dit que les Valar vous avaient renvoyés de Valinor, reprit Haldir.
Ses yeux exprimaient sa curiosité et son étonnement. Elanor se retrouva soudain accolé à un mur.
Que devait-elle lui dire ?
- Oui, en effet.
- Mais- pardonnez-moi, mais… vous êtes humaine ?!
Haldir semblait complétement désarçonné.
- Exact, répondit Elanor. Cela vous pose-t-il problème ?
- Pas le moindre. Je me demandais juste comment cela était-il possible. Jamais encore quelqu'un de la race des hommes n'avait foulé le sol de Valinor.
Elanor ne pouvait qu'approuver ses dires, et ne sut comment lui expliquer ce qui s'était passé. Elle décida de jouer franc-jeu.
- On m'a chargée d'une mission ici, mais je ne peux vous en dire davantage.
Haldir acquiesça.
- Bien entendu. Je ne voulais pas paraître impoli.
Haldir posa sa main sur le cœur, et se pencha avec raideur.
- A présent je dois vous laisser. D'autres tâches m'attendent. Marà mesta (au revoir).
-Merci de m'avoir ramenée, répondit Elanor avec sincérité. Marà mesta.
Le gardien hocha la tête, et repartit aussitôt dans la direction qu'il était venu. Elanor resta seule, perdue dans ses pensées.
Haldir revint la revoir quelques fois, et malgré sa froideur apparente, le Gardien de la Lorien se révéla tout à fait charmant au fur et à mesure de ses visites. Elle fut étonnée de voir que cet elfe charismatique qui avait autant de responsabilités, prenne le temps de venir s'enquérir de sa santé. Un peu sceptique, elle l'accueillit d'abord avec hésitation, mais finit par discuter avec lui avec plus d'aisance. Haldir s'avéra très curieux quant à son histoire et à celle de ses compagnons, et leurs conversations se prolongeaient de jour en jour.
Ainsi, lorsqu'Haldir lui annonça qu'il devait partir, Elanor s'en trouva un peu attristée.
- Le seigneur Celeborn me renvoi dans nos frontières au Nord. Les invasions des orques sont de plus en plus fréquentes. Tenn' enomentielva (J'espère que nous nous reverrons), Elanor, hîn Eriador (Elanor, enfant d'Eriador).
Haldir s'inclina, la main sur le cœur.
- Je l'espère aussi. Namarië (adieu), lui répondit Elanor.
Le gardien de la Lorien lui adressa un premier et dernier sourire, et prit congé. A partir de ce jour-là, elle ne le revit plus.
Quelques femmes elfes vinrent chaque jour pour lui apporter à manger et lui faire sa toilette, mais Elanor ne parvint pas à se sortir de sa solitude. La compagnie d'Haldir avait suffi à alimenter ses journées, mais à présent elle s'ennuyait. Au huitième jour, elle parvint à sortir du lit et à se promener. Mais elle était encore fatiguée, et ses jambes avaient du mal à supporter son poids. Les elfes lui donnèrent quand même de nouveaux vêtements pour qu'elle puisse sortir et se balader dans les jardins.
Au dixième jour, Galadriel vint la chercher.
- Désirez-vous m'accompagner dans les jardins ?
Sa main tendue lui rappela fortement le souvenir de Melian, qui lui avait proposé exactement la même chose à Valinor. Elanor accepta aussitôt.
Leur promenade se fit dans le silence, hormis lorsque Galadriel lui décrivait les lieux dans lesquels ils se trouvaient.
Elanor découvrit la beauté de la cité, ses bains et ses sources d'eau douce dans lesquelles les elfes se baignaient. Toutes les maisons étaient bâties dans des arbres immenses, au tronc blanc et aussi gros qu'un palais. La nuit, les constructions brillaient comme des joyaux plusieurs, reproduisant une myriade d'étoiles dans les airs.
Elanor regardait ce spectacle avec admiration.
Au bout d'une semaine, elle avait retrouvé ses forces et pouvait désormais sortir seule. Cependant, elle dormait encore beaucoup, et passait souvent des après-midi entiers à faire la sieste, manquant très souvent le diner. Les elfes ne lui en tinrent pas rigueur, et la laissèrent tranquille.
Un jour tandis qu'elle dormait, un messager venu de l'Ouest arriva porteur de nouvelles. Elle ne le sut que deux jours plus tard de la bouche de Galadriel et Celeborn, lorsque ceux-ci vinrent lui rendre visite pour l'inviter à leur table.
- Théoden a quitté Edoras pour se réfugier au Gouffre de Helm, lui annonça Celeborn. Une légion de dix milles orques se dirige vers eux. Aragorn, le prince Legolas et le nain Gimli sont avec lui. D'après nos informations, ils sont moins de deux milles à défendre le bastion.
Elanor accueillit cette nouvelle avec inquiétude. Deux milles contre dix milles ?! C'était une bataille à un contre cinq ! Ils allaient perdre ! C'était couru d'avance. Aragorn, Gimli et Legolas étaient en danger ! pensa-t-elle.
- Il faut faire quelque chose ! Ils vont se faire massacrer.
Celeborn acquiesça.
- Nous avons envoyé Haldir, avec une légion de sept cents hommes au Gouffre de Helm, il y a presque deux jours. J'espère que cela suffira, ils doivent être bientôt arrivés maintenant.
L'expression incertaine de son visage trahit son inquiétude. C'était trop peu, songea Elanor. Même avec sept cents elfes de plus, ils ne feraient pas le poids.
Elanor rencontra le regard de Galadriel, et celle-ci comprit immédiatement ce qu'elle pensait. Mais la sorcière elfe n'en dit mot à son mari.
- Allons, cessons de parler de bataille et de guerre maintenant. Et si nous allions diner, suggéra-t-elle.
Elanor se fit violence pour ne pas se lever et leur dire qu'elle voulait partir sur le champ. Elle avait envie d'aller au secours de ses amis, même si cela devait signifier qu'elle devrait traverser la moitié du continent. Cependant, elle ne voyait pas comment, ni avec quels moyens. Et elle doutait que Celeborn l'autorise à quitter la Lorien avec pour seule arme son épée.
Galadriel semblait l'avoir compris.
Elanor suivit les deux elfes, et retourna se coucher quelques heures après le repas. N'arrivant pas à trouver le sommeil, elle s'agita et cogita longtemps dans ses draps. Lorsque l'aube arriva, elle ouvrit les yeux et se redressa dans son lit. Elle s'aperçut alors que quelque chose avait été déposé à côté d'elle sur une chaise. Bien réveillé elle se leva brusquement et regarda les présents qu'on lui avait laissée.
C'était de nouveaux vêtements. Deux tuniques bleu et blanche, deux pantalons, ainsi que de nouvelles bottes marrons, tissés dans des lanières de cuir. Mais Elanor écarquilla les yeux lorsqu'elle vit ce qui était posé devant la chaise.
Une armure et un heaume en argent rutilants complétaient les présents.
L'armure était composée de nombreuses pièces détachables, dont des protections pour les bras et les jambes. Le tronc était forgé dans de l'argent massif. Des motifs elfiques avaient été gravés sur toute la surface, dessinant des mots et des formes variés. Le heaume était aussi gravé et se terminait en pointe, à la façon elfique.
Elanor attrapa le heaume avec une main tremblante, et examina l'objet. Fascinée par ces objets, elle se tint quelques secondes immobile, plongée dans son admiration. Elle n'avait jamais eu ce genre de chose. Etant une fille, les heaumes et les armures étaient réservés aux hommes.
Mais à présent on lui en faisait cadeau. Les choses avaient changées.
Déterminée, elle retira ses vêtements puis enfila les nouveaux qu'on lui avait donnés. Elle mit d'abord la côte de maille qui s'avéra plus légère qu'elle ne s'y attendait, et attacha ensuite son armure. Tout avait été étudié pour qu'elle puisse la mettre sans difficulté. Cette armure n'était pas aussi encombrante que celles qu'elle avait pu voir sur le dos des hommes. C'était une armure elfique, créé pour protéger son corps, tout en gardant de la souplesse.
Une fois qu'elle eut finit, elle sut qu'elle ne pourrait plus reculer en arrière, et que personne ne pourrait l'arrêter. Elanor prit son épée, et mit le reste de ses affaires dans une besace qu'on lui avait laissé, et descendit les marches.
Galadriel l'attendait en bas des marches, en compagnie d'un jeune elfe blond, qui tenait la bride d'un cheval à la robe noire.
Elanor, s'immobilisa.
- Voici donc venu l'heure de ton départ, Elanor fleur de Cerin Amroth.
- C'est vous qui avez déposé tous ces présents ? lui demanda Elanor.
- Oui, répondit Galadriel. Je sais que nous n'aurions pu te retenir bien longtemps.
Elanor dévisagea la sorcière elfe, puis regarda le cheval sellé qui patientait. Elle s'approcha timidement, et l'elfe blond lui tendit la bride.
- Voici Nahar. Il te portera jusqu'au gouffre de Helm, lui dit-il.
Elanor caressa l'encolure du cheval, et vit dans son regard une lueur d'intelligence peu commune.
- Il est très gentil. C'est un cheval un peu à part. Il est l'un des derniers de son espèce, lui révéla l'elfe. Il se montrera loyal, et un compagnon de route idéal.
Reconnaissante, Elanor ne sut comment les remercier tous les deux.
- Je… merci.
Galadriel sourit.
- Vas à présent, il te faut chevaucher vers l'Ouest.
Elanor attrapa la bride, et mit un pied à l'étrier. L'elfe la souleva et l'aida à monter à cheval. Galadriel leva la main et la salua.
- I Melain berio le, calo anor na ven (Puisses les Valar te protéger, et le soleil t'éclairer la route).
Elanor mit son heaume, et cela lui procura une nouvelle sensation un peu bizarre de peur et d'excitation.
- Je ne vous décevrais pas.
Elle salua Galadriel une dernière fois, puis elle talonna Nahar, et le cheval partit au galop.
Elanor quitta comme une flèche le royaume des elfes, sous le regard de la dame de la Lorien. Certains elfes sortirent de leur talans, et l'observèrent quitter Cerin Amroth, se demandant qui était cette femme sur son cheval noir.
Ils étaient cernés.
Partout il y avait des orques, et ils semblaient en arriver encore plus par la brèche qui avait été créé dans le mur de la forteresse.
- Au Bastion ! s'écria Théoden.
Ils étaient dépassés, pensa Legolas, paniqué. La bataille était perdue.
- Aragorn ! Repliez-vous au Bastion ! Sortez vos hommes de là ! lança de nouveau Théoden.
Legolas se retourna un bref instant, et vit qu'Aragorn continuait à se battre contre les orques en compagnie de certains elfes. Il acquiesça et cria à tout le monde de partir. Haldir se trouvait encore sur le mur.
Legolas attrapa Gimli par le bras, et le força à le suivre, mais c'était peine perdue. Le nain gesticulait tellement qu'il dut s'y reprendre deux fois.
- Gimli ! le sermonna-t-il.
Le nain se dégagea, et un elfe à côté de lui vint l'aider. A eux deux ils prirent les bras du nain, et coururent vers l'escalier.
- Qu'est-ce que vous faîtes ? Pourquoi on arrête de se battre ? s'époumona Gimli.
- Cessez cela Gimli, c'est perdu d'avance, répondit Legolas qui commençait à perdre patience.
- Arhh ! Mais qu'est-ce que vous racontez, je veux retourner me battre ! Lachez-moi ! lachez-moi, bande de satanés elfes !
Gimli balança ses jambes courtes en avant, mais il ne touchait même pas le sol. En quelques secondes, ils parvinrent en haut des marches et franchirent la porte.
Legolas lâcha finalement Gimli.
- Arhg ! Vous me revaudrez ça ! lança le nain à son visage.
- Suivez les ordres, maître nain !
La voix de Théoden résonna au-dessus de leur tête, et son ton autoritaire suffit à faire taire Gimli.
- Si vous préférez y retourner pour mourir, allez-y. Mais j'ai déjà perdu trop d'hommes pour en sacrifier un autre bêtement. Remerciez plutôt votre ami de vous avoir sauvé.
Gimli ouvrit la bouche comme un poisson dans l'eau, à la fois mécontent et gêné. Il regarda Legolas qui était resté silencieux, et balbutia quelques excuses.
- Excuses acceptés, dit Legolas avec un sourire moqueur.
Gimli se renfrogna de plus belle.
Aragorn arriva par la porte à ce moment, essoufflé et en nage. Les derniers hommes passèrent l'entrée, puis d'autres se jetèrent sur celle-ci pour la condamner.
- Aragorn ?
Legolas lui trouva une drôle d'expression.
- Haldir est mort, annonça-t-il de but en blanc.
La tristesse et l'horreur envahirent aussitôt le cœur de Legolas.
Haldir était un ami de longue date. Et c'était un guerrier talentueux. Comment avait-il put mourir ?
Aragorn paraissait aussi affecté que lui, et resta quelques secondes silencieux et éteint, les yeux dans le vide, au beau milieu de l'agitation qui régnait autour d'eux. Il ne mit cependant pas longtemps avant de reprendre pied.
- Il faut défendre les portes ! lança-t-il. Gimli avec moi !
Le nain sursauta et le suivit.
Legolas les regarda partir, et tenta d'alléger sa peine en vain. N'ayant aucune occupation, il se dirigea vers les remparts surélevés. Le reste des elfes s'y étaient rassemblés, et tiraient des flèches sur les orques en contrebas. Legolas tira son arc, et décocha de nombreuses flèches.
Ils tuèrent de nombreux orques, mais bientôt ceux-ci levèrent des échelles en fer forgé, qui vinrent s'écraser contre les remparts. Les Uruk-hai arrivèrent alors de toute part, et le combat au corps à corps reprit.
Ils allaient perdre, pensa Legolas.
Beaucoup trop d'entre eux étaient morts. Bien trop d'elfes, et beaucoup trop d'hommes, de vieillards et d'enfants. Il aperçut plusieurs mètres en dessous de lui Aragorn et Gimli, qui étaient aux prises avec les orques devant la porte. Voyant qu'ils étaient dépassés par le nombre de leurs adversaires, et en dangereuse posture, Legolas s'empara d'une corde sur le sol et la leur lança.
- Aragorn ! Gimli !
Ils levèrent la tête, et Aragorn attrapa la corde. Gimli s'accrocha à lui, et Legolas les remonta.
Une fois en haut, Aragorn lui tapa l'épaule.
- Hantale, mellon (Merci, ami).
Legolas hocha la tête, et Aragorn retourna dans les combats. L'elfe en fit de même et tira son épée.
Il dansa dans un ballet meurtrier, coupant jambes, bras, et enfonçant sa lame dans les gorges et les ventres. Des jets de sang noirs ruisselaient sur ses vêtements et sa peau, mais l'adrénaline était tellement forte qu'il ne le sentait même pas, et il continua de tuer.
Tuer. Encore et encore.
Gimli beuglait à ses côtés, se jetant à tête perdue dans la mêlée. Il assommait ses ennemis avec sa hache le plus souvent, avant d'asséner le coup de grâce. Etrange technique, pensa Legolas. Mais il ne s'étonnait plus des prouesses du nain.
- Repliez-vous !
L'ordre émana à nouveau de Théoden. Les orques semblaient avoir fait une nouvelle brèche dans la porte condamnée, et ils entraient dans le bastion par dizaines. Legolas et le reste des soldats coururent vers la porte centrale, et tous s'y calfeutrèrent.
Les orques s'écrasèrent contre la porte, la martelant à coups de poings et de coups de pieds.
- La forteresse est prise, tout est fini, s'exclama Théoden à l'attention des hommes qui continuait à essayer de défendre la porte.
Aragorn, Legolas et Gimli s'activaient à les aider à consolider l'entrée, qui ployait sous les coups de bélier de l'ennemi. Mais Théoden n'en avait rien à faire. Il avait déjà baissé les bras.
- Vous aviez dit que cette forteresse ne tomberait pas tant que vos hommes la défendraient, répliqua avec colère Aragorn. Ils la défendent encore ! Ils sont morts en la défendant !
Théoden resta silencieux, et se tint la poitrine, à l'endroit où il avait reçu un pieu. La douleur semblait lui avoir coupé la parole.
- N'y a-t-il pas un autre moyen pour les femmes et les enfants de sortir de ces cavernes ? interrogea Aragorn en se tournant vers le bras droit du roi.
Ce dernier regarda son roi avec hésitation, mais Théoden resta silencieux.
- Y a-t-il une autre issue ? insista Aragorn, perdant patience.
- Il y a bien un passage dans les montagnes. Mais ils n'iront pas loin, les Uruks-hai sont trop nombreux, répondit finalement l'homme.
Aragorn posa une main sur son épaule.
- Faites dire aux femmes de passer par ce passage tant qu'il en est encore temps. Et barricadez l'entrée !
- Autant de mort, déclara Théoden. Mais que peuvent les hommes face à autant de haine ?
Les coups contre la porte se renforcèrent.
- Venez avec moi, invita Aragorn. Venez à leur rencontre.
- Pour la mort et la gloire.
- Pour le Rohan. Pour votre peuple.
- Le soleil se lève, annonça Gimli.
Les premières lueurs du jour apparurent dans les fentes de la forteresse. Legolas leva les yeux, et son cœur se gorgea de chaleur.
Théoden dévisagea longtemps Aragorn, avant que son expression change.
- Oui, approuva-t-il. Oui ! Le Cor de Helm mes amis, va retentir dans le gouffre... une dernière fois !
- Oui ! s'exclama Gimli.
Théoden posa une main sur l'épaule d'Aragorn.
- Voici venue l'heure de tirer l'épée ensemble. Gimli, faites sonner le Cor.
Le nain hocha la tête et se précipita vers les escaliers, qu'il gravit quatre à quatre aussi vite que ses courtes jambes le lui permettait.
Théoden remit son casque sur la tête, et ordonna à ce qu'on lui apporte son cheval.
- Cruauté réveilles-toi, s'exclama Théoden. Qu'importe le courroux, qu'importe la ruine, et que l'aube soit rouge !
Le Cor se mit à gronder en même temps que les chevaux arrivaient, et tous se mirent en selle. Legolas attrapa la bride d'Hasufel, et lui sauta sur le dos avec légèreté. Il dégaina sa longue épée.
La porte céda quelques secondes plus tard, et une nuée d'orques déferla en grognant dans la salle.
- Pour Eorlingas ! s'écria Théoden.
Les Rohirims reprirent le cri de guerre, et ils foncèrent sur les orques, les tuant à coups d'épée et de sabots. Ils se frayèrent un chemin jusqu'à la sortie, et parvinrent à atteindre le pont de pierre qui descendait jusqu'en bas du gouffre de Helm.
Legolas frappait de tous les côtés, terrassant les Uruk-hai qui se trouvaient sur sa trajectoire. Une nouvelle vigueur s'était emparée de son bras, comme du cœur de ses compagnons d'arme.
Alors qu'ils avaient réussis une percée dans leurs lignes, Legolas entendit le hennissement d'un cheval. A l'Est, en haut de la montagne, se dessina la silhouette d'un cavalier blanc.
Gandalf !
L'espoir reconquit le cœur de Legolas.
Un homme à cheval apparut juste à côté du magicien, suivit d'une armée d'un millier de cavaliers.
- Eomer ! s'écria Théoden.
Le cavalier qui était aux côtés de Gandalf dégaina son épée, et hurla la charge. L'armée dévala la pente, et le grondement de leurs sabots résonna dans le gouffre entier. Les orques se retournèrent, et la peur commença à s'installer dans les rangs.
Le soleil se leva, et sa lumière les aveugla, finissant de les déstabiliser. Les Rohirims allèrent s'écraser à une vitesse folle contre les orques, et décimèrent les premières lignes en quelques secondes.
Les hommes de Théoden accueillirent leurs nouveaux sauveurs avec des cris de joie. Legolas se relança dans les combats, et Gimli à ses côtés abattait sa hache avec force, fracassant les orques qui se trouvait sur son chemin.
- Quarante-deux ! lança Legolas.
- Ahhh ! Quarante-trois ! répliqua Gimli en enfonçant sa hache dans la gorge d'un orque.
Legolas sourit moqueusement tandis que le nain se précipitait sur les orques, les abattants les uns après les autres. Leur petit jeu prit finalement fin, lorsque les Uruk se rendirent compte qu'ils étaient en infériorité numérique. Certains s'enfuirent alors vers la lisière de la forêt, abandonnant le combat.
- Lâches ! lança Gimli. Revenez, bande de fillettes !
- Je les trouve drôlement hideuses pour des fillettes, observa Legolas.
Le nain se retourna et éclata de rire. Aragorn apparut alors soudainement non loin d'eux, accompagné d'Eomer.
- Il faut les pourchasser ! s'exclama Eomer.
- Non, attendez.
Aragorn le retint par le bras, et lui désigna la forêt du doigt.
La forêt de Fangorn s'était déplacée, remarqua Legolas. Il la regarda avec étonnement. Elle était très proche, et elle se rapprochait encore, au point qu'à la fin les arbres bouchèrent l'accès au gouffre de Helm.
Qu'est-ce qui avait pu provoquer à ce point leur colère ? se demanda-t-il.
Les Uruk ne semblaient pas se poser la question, et ils coururent vers la forêt pour prendre la fuite.
Legolas regarda les arbres avaler les orques, et le sentiment de haine et de colère qu'il ressentit venant de la forêt était si puissant qu'il le désarçonna.
La forêt s'anima brusquement, et laissa échapper des bruits de craquement et de grincement épouvantables.
- Quelle est donc cette sorcellerie ? lança Théoden horrifié.
- Regardez !
Un homme du Rohan pointa le doigt en direction des arbres. Un cavalier surgit de sous la cime des arbres, et s'élança en direction des Uruk qui tentaient de s'échapper dans la forêt. Son heaume d'argent étincelait au soleil, et le cavalier ne devint plus qu'un point blanc fonçant vers les orques.
- Il faut aller l'aider ! lança un soldat.
- Non ! ordonna Aragorn. Restez loin de la forêt !
Eomer retint ses hommes les plus téméraires, car la forêt continuait d'avancer et recouvrit bientôt toute la plaine. Le cavalier continuait à galoper, et Legolas se demanda comment il avait fait pour la traverser.
Voyant qu'il n'y avait plus d'échappatoire, les derniers Uruk qui restaient se précipitèrent sur le cavalier. Ce dernier fonça sur eux dans hésitation, et les terrassa tous les uns après les autres. Les derniers orques encore en vie se tournèrent vers la forêt. Mais les arbres les attrapèrent à l'ombre de leurs branches et les ensevelirent sous leurs racines.
Le cavalier arrêta alors sa course, et les arbres s'immobilisèrent. Le bruit sinistre de leurs branches s'évanouit dans l'air, et la forêt retrouva sa sérénité.
- Vous avez eu messieurs, une démonstration la puissance de la forêt de Fangorn, s'exclama Gandalf.
Sidérés, les hommes d'Eomer regardèrent la forêt, puis leur attention revint sur le cavalier qui descendait vers le gouffre au galop. Plus il approchait, et plus les chuchotements dans les rangs des Rohirims se renforçaient.
- Legolas, voyez-vous quelque chose ? lui demanda discrètement Aragorn.
L'elfe plissa des yeux tandis que le cavalier approchait. Sa vue perçante lui permit de voir qu'il montait un cheval noir, et qu'il avait une carrure un peu petite et trop fine pour un être homme. De toute évidence, il ne pouvait s'agir ni d'un elfe, ni d'un homme.
Legolas tiqua sur ce détail. Ce n'était pas possible, pensa-t–il. De quelle race était-il donc ?
Le cavalier s'approcha encore, et Legolas vit qu'il portait une armure légère finement ouvragée. Elle était recouverte de gravures dorées qui dessinaient des motifs elfiques, et Legolas ne parvint pas à lire ce qui était inscrit, mais crut déceler la forme d'une fleur. Une armure forgée par les elfes ?
Son casque ressemblait en tout point à ceux de sa race.
Un étrange sentiment s'empara de lui et sa respiration se coinça dans sa gorge lorsque le cavalier fut à quelques mètres. Il lança son cheval au pas, et retira son heaume, révélant enfin son visage.
Une longue chevelure brune tomba sur ses épaules. C'était une femme.
Legolas écarquilla les yeux.
Ses traits étaient fins et jeunes, et il aurait pu reconnaître son visage entre milles. Des yeux marron, un petit nez retroussé, et des lèvres pleines qui l'inondait de sa douceur…
Elle leur adressa un sourire resplendissant, et Legolas crut que son cœur allait exploser de joie.
Elle était vivante.
Elanor.
