14- À l'étage, Délia, assistée d'une femme de chambre, aidait Joy à se changer. Celle-ci semblable à une poupée désarticulée se laissait faire. Seuls ses yeux prouvaient qu'elle vivait encore, ils ressemblaient à deux lacs de solitudes et de souffrance. Lorsqu'elles eurent fini de la changer, Délia tendrement aida Joy à s'étendre avant de la border comme dans son enfance, alors comme par le passé, elle lui baisa le front et la bénit avant de se retirer sans bruit.
Une fois la porte refermée derrière elle Délia abandonna le masque de sérénité qu'elle arbora durant tout le temps où elle fut en compagnie de Joy pour laisser filtrer toute l'inquiétude qui l'avait gagnée à la vue de Joy dans cet état. Peu rassurée elle s'empressa de rejoindre Michel afin d'avoir le fin mot de cette histoire.
Au bureau l'atmosphère était orageuse, assis derrière son bureau Michel parlait au téléphone. Bien qu'ayant quelques notions de cantonais Largo avait depuis longtemps cessé d'essayer de comprendre ce que disait les deux hommes, pourtant il était curieux de savoir car il avait reconnu le nom de l'interlocuteur il s'agissait Monsieur Lee Wong le responsable des achats chez une grande compagnie asiatique d'aviation civile.
Michel était quelqu'un de très soupe au lait Largo avait eu l'occasion de s'en rendre compte depuis son accession au poste de PDG du groupe W or depuis une trentaine de minutes celui-ci parlait, parlait sans relâche, argumentant et justifiant. Pourtant à certaines inflexions de sa voix et certaines mimiques Largo se rendait bien compte que Michel avait depuis longtemps dépassé le seuil de toutes tolérance. Simon voyait clairement une veine battre furieusement à la tempe du Français. Heureusement la discussion prit fin et Michel put raccrocher. D'un mouvement brusque il se leva et alla se servir un verre de Cognac qu'il avala d'un trait.
- « je peux savoir ce qui vous a pris de me suivre. »
- « on veut comprendre, qu'est ce que vous avez à voir avec Joy. »
- « c'est vrai ça, elle n'a qu'un frère or il s'appelle Edouard et je sais que ni lui ni leurs parents ne se préoccupent de Joy. Alors c'est quoi votre rôle dans tout ça ? »
- « cela ne vous concerne en rien Monsieur Ovronnaz et vous encore moins Winch. Je l'avais prévenue, qu'elle ne devait pas vous laisser l'approcher, cela suffisait avec le ruscoff. »
- « qui ça ? »
- « Kerenski ? »
- « quoi Kerenski Simon réponds moi…..Simon »
- « vous savez….. Comment. »
- « Sullivan lorsque nous avons fui Rambouillet. »
- « EH QUE QUELQU'UN M'EXPLIQUE. » Largo avait élevé la voix afin de se faire entendre des deux hommes qui semblaient avoir oublié sa présence.
- « ah c'est vrai t'es pas au courant ! Joy a été mariée à Kerenski tu te rends compte. »
- « et tu n'as jamais jugé bon de me le dire. »
- « ils sont séparés depuis plus de deux ans maintenant et divorcés depuis un an et puis tu n'as jamais cherché à savoir. »
Une voix féminine s'éleva interrompant la discussion qui semblait s'envenimer.
- « je ne dérange pas j'espère. »
Au son de cette voix inconnue, le volume sonore baissa de plusieurs crans et les trois hommes se turent et se tournèrent en direction de la voix. Michel se dirigea vers la femme debout sur le pas de la porte et l'embrassa tendrement.
- « bienvenue chez nous maman. »
- « bonjour Michel. Qui sont ses hommes ? »
Mais avant que celui-ci ne puisse faire les présentations la voix de Simon s'éleva.
- « je vous reconnais vous êtes la femme qui nous a accompagnés cette nuit à Paris. »
- ……..
Face à cette assertion Délia observa un silence prudent. Depuis le temps qu'elle évoluait dans ce monde de clair obscur elle avait appris à observer le silence dans certaines situations.
- « mère permets moi de te présenter Largo Winch le patron de Joy et Simon Ovronnaz son chef de la sécurité. Messieurs je vous présente ma mère Délia Arden Cardignac.»
Simon fut le premier à se ressaisir il s'avança vers Délia et lui fit un baisemain tandis que Largo continuait d'observer la nouvelle arrivante. Le voyant toujours sans réaction Simon qui était revenu prés de son ami lui assena un coup de coude plus ou moins discret. Reprenant pied avec la réalité Largo s'avança à son tour et présenta ses hommages.
- « Michel alors que se passe-t-il ? »
- « c'est ce que je m'apprête à demander à ses messieurs. »
La voix de Michel était froide chargée d'une fureur bien différente de sa voix lors d'un conseil dans ces cas là sa voix était chargée de condescendance comme si malgré les camouflets qu'il lui avait fait subir il restait au dessus de tout cela.
- « alors éclairez nous.»
Le ton était vif et à la manière dont il serrait les accoudoirs, Largo mesurait pleinement que sans la présence de Délia Cardignac c'était à coup de poings qu'ils auraient eu cette discussion.
- « eh bien voilà ….. Depuis la dernière semaine de mon séjour dans le Wyoming j'ai commencé à recevoir des photos montrant Joy en compagnie de leaders de la mafia comme John Valence et Takeshi Takamiya….. Alors je me suis mis à douter d'elle et puis Simon a été gagné par la paranoïa à son tour. »
- « alors c'est tout sur de simples photos et des doutes vous avez brisé de vos mains ce que vous avez mis plus d'un an à construire ? Je ne vous aime pas Winch mais alors pas du tout mais je vous étais reconnaissant d'avoir rendu le sourire à ma sœur mais finalement vous n'êtes qu'une petite ordure. »
- « Michel ! »
- « Mère, regarde dans quel état elle est et tu sais comment elle se réveillera. »
- « qu'est ce que vous voulez dire ? »
Avant que Michel ne puisse répondre la porte s'ouvrit livrant le passage à trois personnes.
- « salut la compagnie comment ça va ? »
- « Marshall, combien de toi devrai je te demander de soigner ta façon de parler. »
- « oh ça va Michel tu vas pas t'y mettre toi aussi t'es aussi assommant que Connors. »
- « merci pour moi, bonsoir Délia, Michel, Messieurs.»
- « je ne savais pas que je t'avais invité Connors. »
- « ah bon ! Tu m'as invité….tu ne croyais tout de même pas que j'allais apprendre qu'elle était malade et que je resterai assis…. Je l'ai vu grandir moi aussi avant qu'ils ne partent pour l'Europe et l'éloignent de nous. »
- « Marshall alors que se passe-t-il ? »
- « rien de bien méchant, c'est juste une crise de nerf un peu trop sérieuse on peut même parler d'une crise d'hystérie assez sévère mais ne vous inquiétez pas je lui ai injecté un sédatif, elle dormira jusqu'à demain. Elle se réveillera fraîche comme une rose vous verrez. »
- « Marshall tu resteras ici juste au cas où. »
- « mais oui tante Délia ne t'inquiète pas.»
- « tu es un gentil garçon. »
- « eh je suis médecin. Je suis plus un gamin.»
- « très bien très bien tu es un homme à présent. Vous êtes tous mes invités pour la nuit. »
Délia quitta la pièce, rassurée sur l'état de celle qui était pour elle une fille bien plus que pour sa génitrice. Elle l'avait veillée et élevée après s'être aperçu lors d'une visite que c'était des nurses qui veillaient à son éducation, elle n'était alors âgée que de quelques mois.
Elle vécut en sa compagnie et celle de son fils jusqu'à l'âge de quatre ans, âge auquel Charles se souvint de son existence et vint la chercher. Depuis ce jour Joy avait lentement cessé de sourire et avait commencé à s'endurcir. Face à elle pourtant elle était affectueuse, tendre mais ses gestes étaient si gauches, elle se souvenait encore d'elle lui tendant son cadeau d'anniversaire, debout elle se dandinait presque en le lui tendant.
En Joy il y avait deux femmes, l'une forte et cassante sans pitié ni compassion et l'autre plus douce et féminine mais hélas déjà lourdement marquée par la vie. Bien qu'elle s'en soit défendue près d'elle, elle avait souffert de sa séparation avec Georgi, il était le dernier homme à l'avoir approchée d'aussi près.
Après le dîner Largo s'était empressé de se retirer en compagnie de Simon, il sentait peser sur lui le regard chargé de reproches et de rancoeurs des hommes présent autour de la table. A la fin du repas Délia s'était retirée et avait laissé les hommes entre eux prendre leur digestif. Pendant qu'ils se préparaient Simon et Largo s'étaient fait la remarque que la vie dans cette demeure était tout ce qu'il y avait de plus féodal, des traditions remontant à la vieille Europe. Pour un peu il aurait cru que le personnel servait chez eux de génération en génération.
Mais à ces réflexions sarcastiques sur le mode de vie de Cardignac s'ajoutait le choc de la nouvelle que Connors leur avait appris : Edouard faisait partie de la commission et c'était lui qui avait envoyé les tueurs chargés d'éliminer Joy lors de l'attaque du café d'Anthony. Il avait eu confirmation de cela il y a quelques jours.
En entendant cela Simon et Largo avaient immédiatement levé la tête comme foudroyés, dans leur regard un même éclair de compréhension tandis que leur mémoire faisait défiler à nouveau devant leur yeux cette nuit alors qu'il s'apprêtaient à sortir tous les deux faire la fête, elle était venue les voir, mais ils n'avaient pas voulu voir son expression de détresse.
Cette nuit là personne ne dormit d'un sommeil reposant.
Le lendemain matin.
Bien que la nuit ait été courte pour les habitants du manoir, dés sept heures tout le monde était debout. Installé en bout de table Michel prenait déjà son petit déjeuner tout en parcourant la presse économique. Quelques minutes plus tard Délia le rejoignait en compagnie de Marshall et Connors.
Tous les trois s'installèrent pour manger. Le silence régnait autour de la table, cétait un silence studieux et dépourvu de toute agressivité, Connors à l'instar de son hôte s'était plongé dans la lecture de la presse pendant que Marshall faisait un sort à son petit déjeuner.
Ce fut dans cette atmosphère sereine que Largo et Simon franchirent les portes de la salle à manger, Cardignac et Connors ne prirent pas la peine de saluer les nouveaux arrivants, Délia le fit aimablement tandis que Marshall leur lançait un regard chargé de rancœur.
Passant outre ce dédain, les deux hommes prirent place autour de la table et attendirent patiemment que les valets viennent leur servir café et jus d'orange avant de s'enquérir de leurs autres desiderata pour le petit déjeuner.
Alors que chacun se préoccupait de ce qui se trouvait devant lui, le bruit caractéristique d'une pair de talons aiguilles se fit entendre. Le bruit des pas venait en leur direction et bientôt l'auteur de ces pas s'encadra sur le seuil. Simon en oublia de mâcher ses aliments et le geste de Largo qui allait porter la tasse à ses lèvres se suspendit.
Sur le pas de la porte se tenait Joy. C'était elle tout en n'étant pas elle, cette Joy portait un tailleur de couleur pastelle dont la jupe s'arrêtait au dessus du genou dévoilant le galbe de ses jambes que Largo prenait souvent plaisir à admirer lorsque Joy ne regardait pas dans sa direction.
En effet les jours où ils étaient retenus à la tour Joy portait souvent des jupes, la veste du tailleur était courte et cintrée dessinant parfaitement le galbe de ses seins et dévoilant la finesse de sa taille, et sans qu'il puisse s'en empêcher Largo laissa son regard s'attarder sur la taille de Joy et de ses hanches souvent lorsqu'elle était en sa présence.
- « bonjour maman, Messieurs. »
Toute la tablée répondit au salut de Joy, et avant de s'installer Joy se porta à la hauteur de Délia et l'embrassa délicatement.
- « je suis désolée de t'avoir inquiétée de la sorte hier. »
- « pourquoi t'excuser ? Je m'inquiéterai toujours pour toi, tu es mon bébé après tout.»
Alors dans un geste plein d'affection Délia leva son bras sans se retourner pour tapoter les cheveux de Joy, ils formaient d'ailleurs un voile, cachant le regard de Joy aux autres membres de la tablée, car cet habillement et ses cheveux qu'elle portait libres pour ses épaules, c'était pour elle, car il y a bien des années de cela elle lui avait imposé cette règle afin de lui apprendre à se comporter comme toutes les filles de son âge.
Élevée seulement par Charles, Joy avait pris l'habitude de se négliger côté habillement, elle avait sept ans à cette époque. Elle n'oubliera jamais cette vision d'elle.
Alors qu'elle replongeait dans ses souvenirs Joy se redressa et partit s'installer à sa place et attendit qu'on la serve, ce que fit diligemment Marcel.
Washington vingt ans auparavant.
Délia revenait sur le sol américain pour la première fois depuis trois ans. En fait c'était la première fois qu'elle revenait depuis que son père Charles Edouard Arden Senior était parti à la retraite et que son frère, Charles, avait prit la décision de rentrer aux USA en emmenant avec lui Joy et Edouard. Joy qu'il lui avait presque enlevé alors que depuis sa naissance c'était elle qui veillait sur elle, elle qui avait été le témoin de ses premiers pas.
C'était Michel que Joy considérait comme son frère et non Edouard bien que jusqu'à l'âge de huit ans elle lui ait conservé une certaine affection. Délia ne revoyait Joy qu'une seule semaine par an c'est tout ce qu'elle était parvenue à obtenir de Charles son frère.
Leur père l'avait soutenu, Joy présentait des aptitudes exceptionnelles pour une enfant de cet âge et avait une maturité que son jumeau ne possédait pas. Bien qu'ils eussent reçu la même éducation Edouard avait développé une endurance moindre à la soif, la faim et la survie que sa jumelle.
Profondément plongée dans ses pensées elle ne reprit contact avec la réalité que lorsque la voiture s'arrêta au pied du perron. Le chauffeur contourna le véhicule et lui ouvrit la porte, elle descendit et regarda tout autour d'elle rien n'avait changé. La propriété était toujours là, veillant sur les Arden qui la traversaient depuis cinq générations.
D'un pas vif elle traversa la maison en direction de l'arrière cours, on était samedi et Délia ne doutait pas un seul instant que Charles et les enfants fussent dehors.
- « allez y franchement, attaquez ! Edouard ! Tu manies ce couteau comme un pied Joy ne baisse pas autant ta garde, relève là un peu ! Edouard c'est un couteau pas une épée ne fends pas l'air de la sorte ! »
Alors que chacun tentait de rectifier ses travers sur la base des directives de Charles celui-ci fendit sur les deux enfants avec son propre couteau de commando.
Tout se passa très vite et malgré les années passées Délia avait du mal encore aujourd'hui à croire la réaction qu'avait eu Joy ce jour là, ça n'avait pas été là la réaction qu'on était en droit d'attendre d'une enfant même si elle était entraînée pour devenir un agent de la nation.
Du visage studieux d'une enfant appliquée face à la sévérité d'un maître, et cette moue qu'elle avait à chaque fois qu'elle était plongée dans une profonde réflexion, le corps de Joy se tendit, son regard perdit cet aspect rêveur et son bras sembla s'animer de vie propre. Avec une agilité surprenante elle sauta sur le côté et cria à Edouard d'en faire de même, le temps de se réceptionner et de plonger vers Edouard qui semblait tétaniser par la brutalité de l'attaque Joy ne put éviter de se faire blesser au bras. Le sang se mit à gicler de la blessure, et on entendit aussitôt le cri strident d'une voix féminine et des pas précipités. Délia fit preuve de plus de retenue. Sa vie, elle l'avait passée avec des hommes qui avaient voué la leur vie à la nation et aux armes, cela ne l'empêcha pas de se précipiter en direction de Joy.
Joy elle n'avait pu réprimer un tressaillement de douleur mais demeurait stoïque, tandis que Edouard souillé par le sang se précipitait déjà vers la pelouse pour vomir.
- « Charles tu es fou ! Je vais prévenir la police tu es dangereux. »
- « non mère vous n'avez pas à intervenir. Ceci est un problème de famille et les étrangers n'ont pas à y être mêlés, et puis que leur diriez-vous ? Edouard n'est pas blessé, et je doute que vous vous fassiez du souci pour moi. »
- « et que diras tu à l'hôpital Joy Charlene Arden ? »
- « en tentant d'atteindre le couteau qui se trouvait sur l'évier il m'est tombé dessus. »
Furieuse de s'être fait manipuler par une enfant de huit ans Mme Arden se retira furieuse entraînant Edouard à sa suite. Sur le terrain il ne restait plus que Délia, Charles, Joy et Charles senior.
Délia avait gardé le regard fixé sur son frère durant toute l'altercation et là elle vit ce qu'elle n'aurait jamais cru pouvoir y voir un jour, la fierté. Il était fier de la façon dont avait réagi Joy.
L'entraînement ne reprit pas ce jour là, puisque Joy dut rester à l'hôpital. Durant les jours qui suivirent Délia put se rendre compte que Joy grandissait un peu comme un petit animal sauvage. Sous l'influence des deux hommes auprès de qui elle vivait continuellement elle avait pris leur manière brusque d'agir. Elle n'avait rien de féminin et sa garde robe était exclusivement composée de pantalons en jeans aux couleurs sombres. Lorsqu'elle lui avait posé la question la fillette lui avait répondu.
- « si je suis attaquée et blessée la couleur cachera les tâches de sang. »
Ahurie par cette réponse, elle partit rapidement voir son frère.
- « qu'est ce que tu as fait à cette enfant ? »
- « rien du tout ! Je l'entraîne, elle a le potentiel nécessaire pour pouvoir intégrer la CIA, donc dés qu'elle sera en âge voilà ce qu'elle fera. »
- « tu sais que c'est une fille. »
- « et alors ? »
- « alors ? Alors elle n'a plus rien de féminin, elle vit comme un garçon et s'habille comme telle et raisonne comme un homme. Elle connaît tout des armes et des techniques de défenses mais si tu la mets dans un salon elle ne saura pas se tenir or un jour il faudra la présenter en Europe ! Ici elle n'est peut être que Joy Arden mais là-bas elle est Lady Joy par sa mère et par sa grand-mère. »
- « écoute je ne veux pas que ma fille devienne une poupée sans cervelle. »
- « mais qui parle de cela ? Ce qu'il faut c'est lui apprendre à vivre en société ici, elle est isolée de tout. Inscris la dans une bonne école de Washington et continue à la former si tu veux, mais ici elle grandit comme une herbe sauvage. »
- « j'y penserai. »
- « que cela ne te prenne pas vingt ans, elle a six ans maintenant, et d'après ce que j'ai vu elle a développé un très grand sens de la manipulation, elle a mené ta femme là où elle voulait. »
- « oui j'ai vu. »
La discussion avait eu lieu quelques heures avant le dîner, et durant le repas et les jours qui suivirent les mots de Délia avaient continué de trotter dans la tête, alors afin d'en vérifier la véracité il suivit sa fille durant deux jours.
Il avait inscrit Joy et Edouard dans une école qui se trouvait sur le chemin de l'antenne de la CIA à Washington, il y déposait les enfants le matin et repassait les reprendre le soir, cette inscription avait été l'occasion d'une franche engueulade au sein du couple mais il avait été intraitable. C'tait la meilleures formule afin qu'il puisse continuer de les entraîner.
Bien qu'il y répugna il dut en convenir, Joy semblait mise à l'écart dans son école, on la craignait et la raillait, en interrogeant ses professeurs il apprit que le comportement de Joy inquiétait ses professeurs. Renfermée et taciturne, elle excellait en tout brillante élève et brillante sportive mais incapable de s'entendre avec qui que ce soit. Ses camarades de classe lui reprochaient sa manière de s'habiller toujours de couleurs sombres et cette distance qu'elle mettait entre elle et les autres mais ils lui reprochaient aussi sa sauvagerie et la violence de ses ripostes lorsqu'on l'agressait.
D'un côté Charles était ravi de voir que sa fille avait parfaitement assimilé ses leçons de l'autre il ne pouvait que se rendre à l'évidence, une présence féminine dans l'entourage de Joy était plus que nécessaire or il n'y avait pas d'illusion à se faire, sa femme n'accepterait jamais pour elle Joy n'existait pas or Délia était trop affectueuse.
La solution fut le transfert des deux enfants dans un pensionnat de la banlieue de Washington, les entraînement devinrent hebdomadaires mais gagnèrent en difficultés.
Joy avait huit ans, ils y demeurèrent quelques mois encore avant de quitter les USA pour l'Europe où Charles avait reçu sa nouvelle affectation, avant leur départ toute la famille apprit qu'après Charles Joy sera l'héritière de Arès et que toutes les dispositions avaient été prises dans ce sens.
