- Attendez-moi!

Un vent puissant soufflait si fort que l'on eut l'impression qu'un simple saut propulserait le corps de quiconque de l'autre côté de la vaste colline, mais d'épais nuages gris ne laissèrent aucune pointe de bleu faire surface; il faisait gris.

- Comment osez-vous laisser une dame derrière sans l'aider? ajouta la même petite voix féminine au fur et à mesure qu'elle parvint à rattraper les deux garçon au sommet.

- Oh reste tranquille Ophélia, personne ne t'as demandé de venir, et tu n'es même pas une femme encore, répondit le plus jeune d'entre eux avec une grimace enfantine.

- Tante Helen m'a demandé de rester avec vous, répliqua-t-elle en posant ses deux poings contre ses hanches tout en inclinant ses épaules vers l'avant.

- Menteuse, je suis sûr que tu dis ça parce que tu veux seulement nous suivre, mère ne t'as rien dit du tout!

- Ce n'est pas vrai! Nous ne sommes même pas censés être là, et je sais ce que vous essayez de faire, Judith m'a tout raconté!

Le jeune garçon aux cheveux blonds s'arrêta. Ses paupières se refermèrent un court moment sur ses yeux bleu topaze et il se retourna machinalement face à son frère au fur et à mesure qu'il les rouvrit, la réprimande se lisant sur son visage.

Le concerné, son frère, évita son regard en élevant le sien sur le ciel, comme s'il venait d'y trouver la chose la plus fascinante au monde, en se grattant le menton de l'index d'un air coupable.

- Julian, commença-t-il, nous avions dit de le garder secret, pourquoi en as-tu parlé à Judith?

- Je ne sais pas, répondit-il, elle m'a posé la question et c'est juste, sorti… Il n'y a rien que j'ai pu faire...

La jeune fille posa sa main contre sa bouche en riant à la vue des deux frères. Julian continua.

- Eh bien, dans tous les cas, tout devrais bien aller, si?

- Tout ne devrait pas bien aller, s'écria Adam en explosant, juste à quel point t'est-il possible d'être aussi insouciant! Tu as besoin d'arrêter d'être aussi facile avec notre sœur, pour l'amour de Dieu!

Julian laissa échapper un rire calme et aimable.

- Même si tu dis tout cela il n'y a rien que nous puissions faire, Judith ne dira rien, et même si cela était le cas je doute que personne ne la prenne pour ses mots, n'as-tu pas oublié la fois où elle prétendait avoir rencontré un monstre à l'intérieur de sa chambre?

Le jeune Adam grogna en hochant la tête, reconnaissant les paroles de son frère comme étant vraies.

- Dans ce cas elle fera mieux de garder sa langue, mère est déjà assez terrifiante lorsqu'elle se fâche, une aventure en dehors du château risque de la transformer en quelque chose de deux fois pire, et je ne veux même pas imaginer la réaction de père.

Le visage de Julian s'éteignit au moment où Adam mentionna leur père.

- Tu as raison, père serait probablement bien pire…, ajouta-t-il d'un air absent.

Les deux petits visages d'Adam et Ophélia ne le lâchèrent pas des yeux, tous les deux sans comprendre d'où venait ce changement soudain d'esprit. Julian ne dit rien. Il ne désirait pas les inquiéter avec ses problèmes, et il savait que peu importe ce qu'il leur raconterait, il n'y avait rien que quiconque puisse faire, puisque cela avait été décidé avant même qu'il soit venu au monde. Julian était à devenir le prochain souverain, qu'il le veuille ou non, et il n'était pas convaincu de le vouloir. Personne ne lui avait posé la question, personne ne lui avait donné le choix, ainsi donc, comment pouvait-on possiblement savoir s'il était la personne juste pour ce rôle? Dans quelques mois seulement, son enfance prendra fin et cela fera finalement treize ans qu'il aura mis les pieds sur cette terre, qu'il aura pris sa première bouchée d'air et aura vu le ciel pour la première fois, seulement treize ans. Son père avait su se faire clair la nuit dernière, les choses allaient devenir de plus en plus sérieuses. Ce qui voulait donc dire, plus d'escapades en dehors du château en compagnie d'un Adam trop aventureux et d'une Ophélia essoufflée juste derrière; plus d'espiègleries envers les domestiques; plus le temps de jouer des tours à ses tuteurs; plus le temps de ne rien faire, tout allait prendre fin.

Et tout cela semblait être terriblement empoisonnant.

- Julian?

La voix d'Ophélia le ramena à l'ordre.

Il comprenait que savoir que son amie d'enfance allait être à ses côtés malgré tout aurait dû être réconfortant, mais cela ne fit que lui remémorer à quel point tout avait été décidé d'avance, et qu'il n'y avait aucun échappatoire, car elle lui avait été fiancé dès le premier jour, destinée à devenir son épouse, et reine. Ce qui l'amena à se demander si elle aussi, ressentait cette même sensation insupportable d'étouffement.

Ce fut donc pourquoi il avait pris la décision de sortir, non seulement du château sans aucune protection, mais en ville. Il savait que faire quelque chose de la sorte n'allait pas être facile, voire peut-être même possible dans le future, et il savait surtout qu'il ne pouvait le faire sans Adam, avec qui il partageait chacune de ses aventures. Cela dit, il ne s'attendait pas à ce qu'Ophélia ne s'invite une nouvelle fois avec eux.

- Hé, dit Adam en changeant l'air malgré lui, c'est moi où…

Tous se retournèrent pour regarder au même endroit que celui-ci. Au loin, il leurs était possible de reconnaitre une espèce de masse bleuté aussi petite qu'un pouce. Ophélia plissa ses petits yeux noisette question de mieux voir et s'écria en sursaut :

- Mince, c'est Henry!

- Cette fois si il nous prend c'est dans les cachots que nous allons passer la nuit, c'est ce que mère a dit la dernière fois!

- L-Les c-cachots?

- Encore heureuse de nous avoir suivi Ophélia?

Ignorant leur état de panique, Julian attrapa la main d'une Ophélia au bord de l'hyperventilation en l'entrainant droit devant, sachant bien qu'elle avait souvent de la difficulté à suivre, et invita son frère à avancer lui aussi d'un coup de tête.

Ils avaient découverts un passage dans les bois il y a peu de temps qui menait jusqu'à la route en direction de la ville, route qu'ils empruntaient souvent lors de leur rares voyages familiaux. S'ils se dépêchaient, peut-être parviendraient-ils à semer l'un des gardes personnellement sélectionné pour veiller sur eux trois qui causaient problèmes après problèmes. Qu'on le croit ou non, ce dernier ne faisait pas un si mauvais travail étant donné du fait qu'il parvenait constamment à les ramener au château sans faille.

Heureusement pour eux, cette fois, la forêt n'était qu'à quelques pas de distance et ils la connaissaient plutôt bien. Une chose était certaine, mieux que ce pauvre Henry qui les perdit trop rapidement de vue.

Julian, Adam et Ophélia étaient à court de souffle. D'épais nuages gris empêchaient les rayons de soleils de sortir, laissant une simple image jaunâtre se mélanger au gris, comme s'ils étaient coincés. De ce fait, la forêt ne fut pas aussi illuminé qu'ils l'auraient souhaités, leur donnant l'impression d'être dans un stade inexistant de la journée ; ni en plein jour ou pleine nuit, comparable à une soirée d'automne pluvieuse.

- Nous sommes dans de gros ennuis, souffla Ophélia en cherchant à retrouver son souffle.

- Comment a-t-il pu savoir?

Adam se fâcha.

- C'est parce que tu n'es pas resté silencieux avec Judith!

- Eh? Tu penses? Questionna honnêtement Julian d'un air candide.

Adam s'enfonça la paume de sa main contre son visage d'un air désespéré.

- Ah, c'est sans espoir, mon frère est sans espoir, je vous en prie, ciel, faites que quelque chose tombe sur la tête de ce simplet pour qu'il se réveille, c'est le future de notre empire qui est en jeu.

Alors qu'Ophélia fit tout en son pouvoir pour ne pas éclater de rire, Julian, lui, ne riait pas du tout. Pas que les paroles de son frère ne l'ait blaisé, mais quelque chose de réellement anormal venait de se produire.

Le jeune garçon leva les yeux pour les poser sur un homme aux cheveux aussi bruns que le chocolat. Un étranger, sur les terres du château, quelque chose qui n'était pas censé arriver. C'était la première fois qu'il voyait cela, quelqu'un de non autorisé qui se promenait nonchalamment dans cet endroit, quelqu'un qui, selon ses vêtements, ne pouvait pas possiblement être un garde ou un domestique. Certes, il ne portait pas quelque chose de bien pauvre, on aurait facilement pu le confondre pour un bourgeois ou un riche marchand, mais sa façon de se tenir et de marcher lui remémorait trop bien celle de son père et de son oncle. Bien entendu, il lui était toujours possible de se tromper, après tout, jamais n'avait-il entendu parler d'une marche spécifique à la noblesse.

- Ophélia Golovin Harcourt, s'écria-t-il comme s'il venait de trouver une perle au fond de l'océan le sourire aux lèvres, voilà qui fut relativement facile!

Ophélia sursauta en l'entendant prononcer son nom complet.

- Qu'est-ce qui fut relativement facile? Demanda-t-elle d'une petite voix, sentant la peur monter en flèche à l'intérieur.

Jamais n'aurait-elle pu s'imaginer désirer voir la tête orange d'Henry autant que maintenant.

- Comment connaissez-vous mon nom? Ajouta-t-elle, surprise à quel point le ton de sa voix devenait de plus en plus petit et tremblotant.

Julian ne s'attardât pas à tirer sur la main de cette derrière afin de la placer derrière lui. Étrangement, cet homme ne l'effrayait pas autant que les autres. Quelque chose chez lui l'intriguait trop pour qu'il se souci à avoir peur, mais il ne savait rien de lui, et en tant que le plus âgé, il se devait de prendre la responsabilité d'Adam et Ophélia, c'est ce qu'on le lui avait appris et il n'hésita pas une seconde à attirer son frère pour qu'il se retrouve lui aussi plus près de lui.

- Te trouver bien sûr, dit-il, je pensais que tu serais ici mais pas ici, ici! Qu'elles sont les chances! Ajouta-t-il en souriant d'un sourire débordant de joie.

Les trois jeunes restèrent silencieux, ne sachant pas quoi penser de cette discussion. Comprendre ce que cet homme racontait n'était clairement pas chose facile.

- Comment connaissez-vous son nom? redemanda un Julian entièrement calme, mais sur ses gardes, sans quitter l'inconnu des yeux.

- Oh, oui, son nom… Eh bien, ici et là… mais ce n'est pas la partie importante! Tu es là! répondit-il en écartant ses bras en direction d'Ophélia.

Celle-ci ne dit pas un mot. Derrière Julian, par-dessus son épaule, elle n'osa que regarder l'homme en silence qui se tenait devant eux. Adam fit de même, aux côtés de son frère, ne sachant quoi faire d'autre, lui jetant quelques regards inquiets.

- Vous étiez à sa recherche, est-ce pour cette raison que vous êtes ici? demanda Julian, pourquoi? ajouta-t-il.

- Allons, ce n'est pas la peine d'être effrayés, commença-t-il quelque peu blessé, je ne suis pas une mauvaise personne, je désirais simplement la voir.

- Vous réalisez que vous êtes dans l'enceinte du palais royal?

- Et que personne ne devrait être en mesure de se rendre jusqu'ici, ajouta Adam d'une petite voix de derrière son frère.

- J'ai mes moyens, répondit l'homme fièrement en ajustant les contours de sa veste. Sous le regard mortifié des trois enfants, il se reprit, réalisant que ce n'était pas exactement une bonne chose, oh, c'est vrai, euh, j'ai trouvé un chemin à travers les bois! Vous devriez penser à en parler à quelqu'un, ce pourrait être dangereux vous savez, finit-il sincère.

- Messires! appela une voix familière au loin.

Aussitôt, Adam et Ophélia sentirent une vague de soulagement leur parcourir le corps. C'était Henry qui ne tardait pas à les rejoindre. Qui que soit cet homme, il n'y avait aucune chances qu'il soit en mesure d'échapper aux compétences de leur garde il était renommé au royaume comme étant l'un des plus ingénieux et habile.

- Qu'est-ce que vous faites ici, répéta Julian, d'une voix neutre, qui n'avait pas bougé d'un pouce.

Certes, il avait bien reconnu la voix du pauvre Henry qui devait en avoir assez de jouer à la gouvernante, mais il ne se sentit ni mieux ni pire, si seulement, un tantinet désolé que cela voulait dire un bientôt au revoir à cet inconnu qui l'intriguait tant.

- Oui, répondit-il en reprenant son sérieux, je ne faisais que rendre une petite visite à cette jeune demoiselle ici, ajouta-t-il en pointant Ophélia du menton tout en souriant généreusement.

- Habituellement, répliqua Adam, les visiteurs empruntent la porte principale.

- Et ils prennent une quantité ridicule de temps avant d'être reconnus!, répondit-il avec une grimace, et cela que s'il y a cas d'un titre généreux, titre dont, malheureusement, je ne fais pas possession.

La voix d'Henry se fit de plus en plus proche.

- Donc vous avez fait tout ce chemin simplement pour la voir? Demanda un Julian peu convaincu tout en réalisant qu'il commençait à manquer de temps.

L'inconnu se fit un peu plus distant. Ses yeux bruns devinrent un peu plus sérieux et son regard se refroidit un peu. Il paraissait toujours aimable, mais beaucoup plus mature, comme si l'homme qui paraissait être dans le milieu de la vingtaine venait de gagner une cinquantaine d'années d'un seul coup. Sa voix était beaucoup plus sage et calme, rien ressemblant à un enfant trop enjoué comme plus tôt. Il posa les yeux sur Ophélia, qui ne comprenait rien, pourquoi cet inconnu avait-il un si grand intérêt en elle?

- Tout ce chemin, oui, répondit-il en ne la quittant pas des yeux, il y a quelque chose dont je devais m'assurer, quelque chose que je ne comprends toujours pas tout à fait.

L'homme aux yeux bruns et aux cheveux chocolat s'approcha prudemment et s'accroupit devant les enfants en posant un genou sur terre en cherchant à se mettre à leur hauteur. Il étira ses longs bras minces en direction d'Ophélia qui ne réagit pas, sous le choc. Julian pensa à l'arrêter pendant un moment, mais ne fit rien en comprenant que ce dernier, bien qu'inconnu, n'avait aucune mauvaises intentions. Son action était bien trop douce pour être vile.

- Mais il me semblerait avoir eu tort, commença-t-il tranquillement en posant ses main autour des épaules de la jeune fille, Ophélia Harcourt, dit-il en prenant son temps, comme si ce nom était l'une des plus grandes merveilles du monde, tu es différente, et tu n'es pas ta mère, ajouta-il en souriant tendrement tout en secouant la tête, même si une partie d'elle est à l'intérieur de toi.

- Vous connaissez ma mère? Demanda-t-elle légèrement moins effrayée au son de cette nouvelle.

Julian et Adam ne réagirent pas, tous deux sous le choc produit par une immense incompréhension. Que venait faire leur tante Natasha dans cette conversation? Et que voulait-il dire par différente? Mais surtout, pourquoi semblait-il aussi comblé par ce fait même? Presque comme si elle se trouvait à être une terrible personne, ce qui n'était pourtant pas le cas. Bien qu'ils n'aient eu la chance de voir cette dernière que quelques rares moments, ils ne doutaient pas une seconde qu'elle était une femme parfaitement aimable, et quelqu'un qu'Ophélia adorait complètement.

L'inconnu évita le regard de l'enfant avant de lui répondre.

- Ta mère et moi, commença-t-il, sommes de vieux amis, tout comme toi et ces deux garçons.

Il eut un court silence alors que l'homme sembla perdu dans ses pensées. Les sourcils froncés, on aurait cru qu'il était en train de poser le pour et le contre d'une chose quelconque. Puis, après un clignement des yeux exagéré, reposa ses yeux bruns sur ceux d'Ophélia, qui, sans s'en rendre compte, ne l'avait pas lâché du regard.

- Écoute attentivement, Ophélia Harcourt, parce que je risque de ne pas être en mesure de te dire ceci une fois de plus, commença-t-il en redevenant aussi sérieux que plus tôt, comme s'il venait encore une fois de vieillir d'un coup, garde tes amis près de toi, fais leur confiance avec tout ce que tu as, m'entends-tu? Parce qu'eux seuls seront être là pour toi, pour t'aimer, et t'aider, peu importe la situation, ajouta-t-il sagement, fais d'eux ta famille, de sorte que ce qui a été ne soit jamais à nouveau. Souviens-toi du jour où tu auras rencontré cet étranger dans les bois, dit-il sur le ton de la plaisanterie avec son fameux sourire tendre, parce que cela pourrais bien faire la grande différence, finit-il par dire avant de prendre une courte pause de deux secondes afin d'ajouter ne change pas, Ophélia, et n'oublie pas.

- Messirs! s'écria une voix inquiète pour la troisième fois.

Tous trois tournèrent la tête en direction de la voix par automatisme, c'est alors que l'a tête orangée de Henry se présenta enfin devant eux.

- Messirs, répéta-t-il soulagé, mademoiselle, ajouta-t-il en direction d'Ophélia.

- Henry! S'exclama Adam, il y quelqu'un qui…

Le jeune garçon s'arrêta. Là où se tenait le mystérieux inconnu s'y trouvait que du vide, plus personne. Avait-il fuit? Mais comment? Comment cela pouvait-il possible, alors qu'il était là il y a peu de deux secondes, sans que personne ne le remarque, et aussi vite?

Le trio se gardèrent en silence, tous sans rien comprendre; mais où pouvait-il bien être? Ils ne pouvaient pas tout avoir imaginé, pas tous les trois, c'était impossible… non?

- Vous savez très bien que vous aventurer dans la forêt sans protection est dangereux, je vous demanderais respectueusement de m'avertir la prochaine fois afin que je sois en mesure de vous y accompagner, dit Henry, le royaume entier se trouverait en deuil si quelque chose venait à arriver.

- Ne l'avez-vous pas vu, commença une Ophélia mortifiée, cet homme…

- Homme? s'écria Henry, alarmé, visiblement prêt à faire appel à tous les gardes du château.

- Ce n'est rien, s'empressa de dire Julian en faisant de son mieux pour prétendre que tout allait bien, il n'y avait aucun homme, nous… plaisantions.

Ce dernier ne sentis pas le besoin de lancer l'alarme rien que pour cet étranger. Sans bien comprendre pourquoi, il lui faisait confiance, et puis d'ailleurs, s'il était parvenu à s'éclipser aussi rapidement, tout portait à croire qu'il était déjà hors des terres du château, le chemin menant jusqu'à la route étant déjà non loin de l'endroit où ils se trouvaient tous. Dans tous les cas, commencer tout cela n'allait certainement pas leur être bien avantageux dans leur situation.

De son côté à lui, Adam ne dit rien, il savait qu'il devait croire en son frère. Celui-ci pouvait peut-être se monter trop simple et candide parfois, mais il savait que dans des situations comme celles-ci, il ne se trompait jamais. Une chose qu'il admirait de son ainé, était que malgré son jeune âge, Julian savait toujours ce qui devait être fait et n'hésitais pas une seconde à agir sans jamais rien regretter, du moins, que lorsque leur sœur n'en faisait pas partie…

De nombreuses années passèrent après cette escapade. Comme entendu, aucun d'entre eux n'oublièrent le jour où ils rencontrèrent cet étranger excentrique dans les bois. Personne n'osa mentionner cette mystérieuse rencontre une nouvelle fois, ce fut comme s'il ne s'était rien passé.

Jusqu'au moment où une décision dut être prise. Le jour où il fut temps de voir si la grande différence eut finalement lieu. C'était le jour où tout commença.

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Cela devait faire plusieurs minutes que James avait quitté la chapelle. Pendant ce temps, je n'avais pu m'empêcher de trop réfléchir, et j'avais l'impression de me mettre à accepter la situation dans laquelle je me trouvais. Pas que je n'accepte de devenir la propriété d'un vrai maniaque, mais je commençais de plus en plus à m'y faire, et ça m'effrayait sérieusement. Il n'y a qu'en abandonnant que tout est réellement terminé, hein? Parce que même s'il n'existe plus aucune chances, ce n'est que lorsque nous le reconnaissons à nous même que nous perdons tout espoir, et présentement, c'est tout ce qui me retient de tomber dans une crise d'angoisse. Je n'ai aucuns désirs de devenir le jouet d'une véritable bête, ni même à personne. J'y ai bien réfléchis, et je dois dire m'être fait plusieurs idées sur ce qu'il risque de me faire. Une chose est plus ou moins certaine, il me laissera au moins en vie, mais c'est là où tout deviens vraiment angoissant.

Et s'il décidait de m'utiliser en tant que repas permanent? Je veux dire, et s'il décidait de se nourrir de moi sans arrêt? S'il existe une sorte de médicament capable de garder en vie quiconque en manque dangereuse de sang, quelque chose qui multiplie les cellules où je ne sais quoi, cela pouvait entendre qu'il le ferait peut-être assez souvent. Juste à la pensée d'avoir ce monstre enfoncer ses horribles crocs dans ma peau, de l'avoir aussi près de moi sans avoir le pouvoir de le repousser, où de faire quoi que ce soit, juste à l'idée d'être aussi impuissante et surtout dans une situation pareille, j'en avais la peur au ventre. Je commençais à paniquer et j'étais surtout à un cheveu de tomber dans une véritable crise.

Pourquoi James n'avait-il pas pu m'emmener avec lui? Si, comme il l'avait fait clair, il n'était pas l'un d'entre eux et ne suivait pas Adam, n'aurait-il pas pu m'aider? N'était-il pas celui à parler si grandement de quelque chose comme la gentillesse? S'il était aussi gentil, n'aurait-il pas pu faire au moins cela? Il ne pouvait pas possiblement être ignorant quant à ce qu'Adam prévoyait de faire avec moi! Lorsque l'on dit vouloir faire de quelqu'un sa chose, particulièrement lorsque la personne en question refuse catégoriquement de le devenir, les choses sont voués à tourner comme l'un de ses films de martyrs, où dans le pire des cas, un film d'horreur.

Oh, ciel, que quelqu'un vienne m'aider! Je ne suis certainement pas celle à demander de l'aide, normalement, je préfère toujours me débrouiller seule, me sortir de mes problèmes par moi-même, mais ce n'est justement pas une situation dans laquelle il m'est possible de m'en sortir avec mes propres moyens! Je réalisais peu à peu que cette fois, il n'y avait personne pour venir me secourir. Je pouvais crier autant que je le voulais, je n'étais plus à Ashford, et Dieu sait si Julian prendrait même la peine de venir cette fois. Je doute sérieusement que cela soit le cas.

- Avery…

La petite voix endormie de ma sœur me ramena à l'ordre. Elle venait tout juste de se réveiller, et je me sentis souffler un peu.

Jusqu'au moment où je me mette à me demander si cela était bel et bien une bonne chose. Je ne pourrais naturellement pas être plus heureuse de savoir qu'elle va mieux et qu'elle est vivante, mais je commence à croire qu'il aurait été beaucoup mieux si elle serait restée endormie. Qu'elle continue à rêver, sans être au courant de la situation dans laquelle nous nous trouvons. La situation dans laquelle je l'ai mise… Sans moi, jamais ne l'aurait kidnappé, Adam n'aurait surtout pas posé un seul doigt sur elle. Si je ne m'étais pas embarquée dans toutes ces choses, si je m'étais mêlée de mes propres affaires et n'avais jamais adressé la parole à Julian, rien de cela ne lui serait arrivé.

- Lydia, dis-je doucement en serrant sa main dans la mienne, je suis tellement désolée, avouais-je, tellement désolée, répétais-je en secouant la tête tout en sentant quelques larmes me monter aux yeux, sans pour autant les laisser tomber.

- Qu'est-ce qui s'est passé, commença-t-elle d'une voix endormie, pourquoi est-ce que tu t'excuse et, pourquoi est-ce que tu pleures? me demanda-t-elle presque dégoutée, comme si elle avait plus de chance de recevoir une comète sur la tête que de me voir pleurer, Aïe, murmura-t-elle après avoir accidentellement bougé son cou.

- Ne bouge pas, lui dis-je en évitant son regard, ça va empirer…

- Empirer quoi? se fâcha-t-elle alors qu'elle ne comprenait rien, o-où sommes-nous? Ajouta-t-elle en prenant connaissance des lieux, et qui sont ces gens? Aïe! s'écria Lydia, maintenant exaspérée, qu'est-ce que c'est que ça? fit-elle en touchant la morsure du bout de ses doigts.

C'est à ce moment qu'elle se réveilla complètement, et que tout lui revient.

- Oh mon dieu, dit-elle en tentant de se relever, complètement paniquée, ce n'est pas vrai, dit moi que ce n'est pas vrai!

- Lydia… dis-je d'une voix calme mais bouleversée, sans savoir quoi dire, les yeux humide.

- Oh mon dieu, répéta-t-elle encore plus terrifiée, les larmes lui montant aux yeux, non, Avery, il…

Subitement, Lydia posa une main contre sa bouche en tremblant, la voix haletante dû à la peur.

Des larmes finirent par tomber de ses yeux alors qu'elle regardait de façon agitée autour de nous, comme si elle réalisait enfin dans qu'elle type de situation nous étions. Puis, elle posa rapidement un regard débordant de larmes sur le miens.

- Il m'a mordu, dit-elle du même ton que l'on utilise en confiant un secret, quelqu'un m'a mordu, ajouta-t-elle comme si elle ne le croyait toujours pas, il avait des crocs! Dis-moi que tu me crois, je t'en supplie, ou je deviens folle.

- Lydia je suis tellement désolée, répétais-je en me forçant à ne pas dévier son regard, toujours les larmes aux yeux.

Elle leva légèrement la tête en me regardant profondément dans les yeux, quelque peu plus calme qu'avant. Peut-être venait-elle de comprendre que j'avais quelque chose à voir dans tout cela.

- Pourquoi est-ce que tu t'excuse, répéta-t-elle en colère.

J'avalai lourdement ma salive en me préparant à tout lui expliquer. Je n'avais pas simplement peur de sa réaction, mais j'avais aussi peur qu'elle comprenne l'ampleur de la situation. Certes, il était plus qu'évident que nous étions dès le départ dans une situation peu avantageuse, mais c'est en sachant surtout qu'il n'existait pas d'échappatoire qu'elle risquait de tomber dans un état encore pire. J'arrivais à peine à me contenir, si Lydia commençait à paniquer encore plus, j'ai peur de ne plus y arriver. Surtout que nous n'étions pas seules. Les autres, bien qu'ils aient cessés toute action pour nous observer calmement en silence, leur regard me signalait qu'ils ne nous donneraient aucunes faveurs si jamais nous en venions à faire quelque chose de stupide.

Toujours est-il que je ne pouvais pas rien lui dire. Elle avait le droit de savoir, et se mettrait peut-être même encore plus en colère si je décidais de garder le silence. Elle devait savoir que nous n'étions pas en position de faire une scène, pour notre bien à toutes les deux.

- Je…, commençais-je d'une faible voix sans savoir quoi dire, c'est…

- Et dire que des gens vivent réellement dans un tel taudis, pareil à des rats, dit une voix grave d'un ton de pitié.

Je tournai vivement la tête en reconnaissant un vampire aux cheveux noirs et aux yeux gris, vêtu d'un manteau colonial qui m'était bien familier, humide de quelques flocons de neige.

Je n'y crois pas. C'est lui! Mais qu'est-ce qu'il fait ici? Et comment a-t-il su où j'étais? Et pourquoi est-il ici?

Tous les autres vampires devinrent alarmés.

- Quand a-t-il… commença un vampire aux cheveux blonds, choqué.

- Qu'est-ce que tu nous as appelés? fit l'un d'entre eux, calme à la surface mais bouillonnant de rage, ce que l'on comprenait juste en entendant sa voix.

- Tu dois être fou, j'espère pour ton cas que tu ne sais pas à qui ce territoire appartient!

Lydia se mise en position assise en glissant sur la surface du banc de bois pour me regarder. Je pouvais voir qu'elle voulait me demander ce qui se produisait, mais je ne lui répondis pas. J'étais trop absorbée par la scène qui se présentait sous mes yeux, et ne savais de toute façon pas quoi lui répondre. Je n'avais aucune idée de ce qu'il faisait ici, et j'avais surtout un mauvais sentiment, même s'il existait une possibilité que cela soit à notre avantage. Lloyd était différent d'à son habitude. Il n'était pas aussi calme qu'à la normale et ne souriait clairement pas, il semblait même ennuyé, comme si tout cela l'embêtait.

- Que cette chapelle piteuse appartienne à Adam ou la reine d'Angleterre m'importe peu, je suis venu ici pour récupérer ce que vous nous avez bêtement volé, répondit-il d'une voix calme mais peu aimable, maintenant, ajouta-t-il avec autant d'enthousiasme qu'un adolescent le jour d'un lundi matin, il se trouve que je suis dans une terrible humeur et ai peu de patience, rendez moi donc les humaines et je vous donne ma parole de ne tuer aucun d'entre vous.

Je tentai de tout me répéter mentalement. Il était venu… me récupérer? La façon dont il avait dit cela ne me plaisait pas, mais je n'allais pas me plaindre, même si j'avais de la difficulté à comprendre pourquoi, il était tout de même là pour nous sortir de cet endroit.

- Qui est-il? chuchota-Lydia, de quoi est-ce qu'il parle?

J'hésitai quelques secondes avant de lui répondre, mais remarquai que l'arrivé de Lloyd l'avait empêché de paniquer encore plus et décidai finalement de parler.

- Il s'appelle Lloyd, il… vit au château.

- Quoi? s'écria-t-elle dans un chuchotement, tu le connais? ajouta-t-elle avec une voix plus basse.

Je n'eus pas le temps de lui répondre que quelqu'un d'autre prit la parole.

-Ha! Comme si! lança une voix moqueuse.

- Tu es avec lui, dit l'une d'entre eux à la peau couleur café et aux yeux olive, plus sur le ton de la réalisation que celui du questionnement.

- Ah, je sais qui tu es, tu es son chien, Lloyd, lança vulgairement le plus offensé de tous avec un sourire méchant.

Je n'en croyais pas mes oreilles, il fallait être bien courageux pour traiter quelqu'un comme Lloyd ainsi, courageux, où profondément stupide.

- Je vois que ma réputation me précède, répondu Lloyd étonnamment calme, mais je dois dire, je préférerais de loin être un chien plutôt qu'un rat de ruelle, ajouta-t-il, sérieux.

- Espèce de…

- C'est assez, rajouta Lloyd en clignant des yeux par ennui tout en les regardant comme si ceux-ci étaient réellement rien de mieux qu'une meute de rongeurs dégoutants, j'ai autre chose à faire et bien que cela soit fort embêtant, j'ai promis de ne blesser personne, dit-il en se pinçant l'arête du nez, seulement, commença-t-il en abaissant longuement sa main, cela dépend entièrement de vous, comme les humains le disent si souvent, de la violence légitime? ajouta-il avec un sourire qui ne disait rien de bon.

- Ne nous prends pas pour des faibles, cracha celle aux cheveux bouclés, tu es peut-être plus âgé mais tu es totalement surpassé en nombre, il n'y a aucune chance que tu sois capable de nous prendre tous à la fois. Retourne à ton château, avant de te faire mal.

- Tous à la fois? Lynn, c'est le temps d'arrêter cette connerie, il n'a pas arrêté de parler depuis le début. Je me fiche de ce qu'ils disent de lui, je pourrais me le faire tout seul.

Sur ces paroles, celui-ci se précipita sur Lloyd à une vitesse vampirique. Lydia hoqueta alors que je sursautai. Allions-nous nous retrouver en plein milieu d'un champ de bataille? Je voulu me déplacer afin de m'éloigner de ceux-ci mais n'arrivai plus à bouger, mon regard ne quittais pas la scène devant moi. Lloyd, avec une incroyable aisance, avait attrapé le vampire par la tête d'une main, en lui enfonçant ses doigts dans le contour de son visage, et l'avait, d'un coup, propulsé contre le sol. Accroupis avec un genou sur le sol, Lloyd posa son regard gris et glacial sur le visage du malheureux, même s'il ne pouvait rien voir, avant de sourire méchamment. Comme si l'action irréfléchie de ce dernier l'avait amusé, comme s'il savait dès le départ qu'il n'avait aucune chance de gagner contre lui; comme s'il se moquait.

- Ne m'éprenez pas, ceci n'est pas une demande. Si vous ne souhaitez pas que cela ne se termine de façon malheureuse je vous conseille vivement de vous dépêcher à me rendre les humaines, dit-il en se relevant, ignorant complètement le corps du vampire devant lui, les gamins devraient écouter leurs ainés avec obéissance, ajouta-t-il d'une voix imposante et menaçante.

Sous le choc, les autres vampires restèrent immobiles, tentant de réaliser ce qui venait de se produire, tout comme Lydia et moi.

Jamais n'avais-je su à quel point Lloyd pouvait être puissant. Et dire que j'avais été à ses côtés plus d'une fois, je n'en avais aucune idée, encore moins aurais-je pus m'en douter. Il ne donnait pas l'impression de quelqu'un faisant usage de violence, mais celle de quelqu'un qui se servait des mots plutôt que des poings, bien que cela aurait définitivement été à son désavantage lors d'une situation comme celle-ci.

- Alex! s'écria celle que je comprenais être Lynn.

Cette dernière leva furieusement les yeux en direction de Lloyd avant de se jeter sur lui sans réfléchir, en hurlant.

Encore une fois, Lloyd l'arrêta avec aisance. D'un coup, il l'attrapa à nouveau par le cou, seulement différemment à plus tôt, sans l'envoyer sur le plancher. Ses pieds ne touchèrent plus le sol alors que sa respiration fut coupée par la forte poigne de Lloyd qui ne la lâcha pas, et resserra les doigts.

- Si c'est votre réponse, dit-il en la jetant sur le côté, de la même façon qu'un pauvre sac de farine.

Avec élégance, il retira des gants de cuir noir de ses doigts et se passa une main dans sa sombre chevelure en élevant le menton.

- Pourquoi ne venez-vous pas voir si vous avez plus de chance tous à la fois, dit-il en contenant un sourire vil.

Provoqués par les paroles de Lloyd, ils firent exactement comme tel, me montrant l'un des spectacle le plus terrifiant que je n'aie jamais vu.

En un coup, tous se précipitèrent harmonieusement en direction de Lloyd à une incroyable vitesse.

- Lydia, ferme tes yeux, dis-je avant de la prendre dans mes bras afin de lui cacher la vue puisqu'elle ne voulut pas m'écouter.

Le premier à l'atteindre, et le plus rapide, se retrouva immédiatement torse contre sol alors que Lloyd l'agrippa par la racine de ses cheveux. Un autre qui voulut le prendre par derrière connu le même sort en se voyant propulsé vers l'avant. D'un seul coup de pied, une le reçut en plein ventre et se retrouva plaquée contre le mur à quelques mètres de distance, et cela continua. J'avais de la difficulté à suivre, tout allait trop vite pour mes yeux, tout ce que je voyais était des corps de plus en plus ensanglantés s'envolant un peu partout, et le plus terrifiant était qu'ils se relevaient, tous, même s'ils arrivaient à peine à le toucher, ils persistaient à attaquer, me donnant l'impression que Lloyd se battait contre une petite armé, et pourtant, gagnait, et cela sans difficulté apparente, même s'ils venaient de tous les côtés, même s'ils attaquaient en même temps, il gagnait. Je disais souvent que ces derniers étaient des monstres, des bêtes, mais jamais n'avais-je eu plus vrai. En ce moment, Lloyd ressemblait réellement à une bête, presque quelque chose de démoniaque, faisant jaillir du sang dans toute la pièce. Je serrai mes bras d'autour de Lydia en réalisant qu'il n'en restait plus qu'un, le corps transpercé avec un trou de la grosseur d'un bras. Il tomba sec contre le sol, sans vie.

Mon cœur battait à toute vitesse alors que Lloyd secoua sa manche en cherchant à retirer un peu de sang hors de celle-ci avec dégout, comme si ce sang était souillé ou porteur d'une maladie mortelle.

- C'est pourquoi je vous ai dit, commença-t-il en regardant leurs corps, las et sans aucune émotion, que les gamins devraient silencieusement écouter leurs ainés.

Il leva la tête en notre direction, et je reculai lentement de quelques pas, horrifiée par tout ce que j'avais vu. Ces gens, qui étaient pourtant pleins de vie il n'y a pas si longtemps, qui riaient, plaisantaient, ces gens, étaient-ils tous morts? Lloyd, les avait-il tous tués?

Il s'approcha.

Et nous, allait-il nous traiter de la même sorte, allait-il nous tuer, nous aussi? J'avais peur, pour Lydia et moi, j'avais terriblement peur. Lloyd n'avait pourtant aucune raison d'agir ainsi, après tout, n'avait-il pas dit être venu ici spécialement pour nous sauver? Cela dit, je ne pouvais m'en empêcher, pas après ce que je venais de voir, ce Lloyd, je n'arrivais toujours pas à croire que c'était la même personne qu'au château.

- Que ferais-tu sans nous, je me le demande, dit-il à mon insu tout en me tendant une main, rouge de sang.

- Qu'est-ce que… qu'est-ce tu fais ici, lui demandais-je d'une voix terrorisée, sans relâcher ma sœur de mes bras.

Celle-ci resta silencieuse, après n'avoir qu'entendu ce qui venait de s'être produit, sans doute ne voulait-elle pas en savoir plus. Je la sentais trembler.

- Il nous a été dit que ta sœur et toi étiez tombées dans les mains d'une personne très désagréable, commença-t-il en sortant un mouchoir bleu marin hors de sa poche pour s'essuyer les mains, on m'a demandé de vous apporter au château, bien que cela ait déjà été dit.

- Q-quoi? demandais-je en fronçant des sourcils, effrayée.

Lloyd enfonça le mouchoir taché au fond de sa poche.

- Si tu as des questions à ce sujet je ne suis pas celui auquel tu devrais demander, dit-il en s'approchant encore plus alors qu'il était déjà à une bonne distance, maintenant, ajouta-t-il, à moins que tu ne souhaites rester dans cette chapelle misérable je te suggère de venir avec moi.

Je reculai d'un autre pas.

- Tu les as tués, dis-je la voix tremblante, comment as-tu pu faire ça?

C'était la première fois que j'avais vu quelqu'un mourir, et pas simplement mourir, mais massacrés, d'une façon aussi sanglante. J'avais le sentiment d'avoir perdu quelque chose en moi, quelque chose que je ne savais même pas avoir, cette première fois, où l'on réalise à quel point c'est simple. La mort n'est pas quelque chose d'aussi distinct que l'on s'imagine. C'est quelque chose qui pourrait arriver à tout moment, et de la façon la plus facile qui soit, après une journée qui aurait dû être comme les autre. Que ce soit une vulgaire petite infection, ou une simple blessure au mauvais endroit. On croit pourtant que la nôtre sera différente, que nous sommes différents, que cet accident de voiture ne nous arrivera pas à nous, et que nous fermerons les yeux, donnerons notre dernier souffle à la vue d'une lumière lumineuse et chaleureuse. Que nous aurons le temps que prier et de demander pardons pour tous nos mal, que nous aurons la chance de voir défiler ce fil de vie avant de disparaître pour toujours. Ce n'est pas cela. Je le comprenais maintenant. Ce n'est rien de spécial, rien de bien dramatique. C'est quelque chose qui nous prends par derrière et qui se termine aussi rapidement. Quelque chose d'insupportablement terrifiant, et je venais d'y assister.

Il soupira.

- Tu réalises que nous n'avons pas le temps pour cela, commença-t-il en abaissant sa main, Adam pourrait-être ici d'une minute à l'autre et les chances sont que je ne serai pas dans le moyen de m'occuper de lui tout en vous protégeant toutes les deux, seul. Notre seule option est de retourner au château. Là, il ne sera pas en mesure de toucher à toi et ta sœur.

Comment pouvait-il ne pas le réaliser? Comment ne pouvait-il pas être conscient de la gravité de ce qu'il avait fait? Et il n'avait aucun remords, rien. C'était comme s'il avait déjà tout oublié.

Ma sœur murmura mon nom en cherchant à comprendre mais je ne dis rien. Je ne pouvais tout simplement pas lui dire qu'autour de nous se trouvait un véritable bain de sang.

Je baissai les yeux sur leur corps en gardant le silence, ignorant complètement les paroles de Lloyd.

Peu importe à quel point je le voulais, je ne pouvais rien nier. C'était réellement arrivé. Même si ces gens étaient des vampires, même s'ils avaient peut-être déjà tué auparavant, même s'ils me réservaient la même chose, je ne pouvais reconnaître cela comme étant la meilleure option. Je ne voyais pas la mort comme étant une solution, peu importe la raison, peu importe la personne, c'était quelque chose d'infâme.

Étais-ce ma faute?

Je sais bien que je n'avais évidemment pas marché jusqu'ici de mon plain grée pour m'offrir comme captive, mais si Lloyd n'était pas venu pour moi, rien de cela ne se serait produit.

- C'est… ma faute… murmurais-je, incapable de détacher le regard de leur corps.

Je n'aurais jamais dû suivre Adam. J'aurais dû trouver un moyen d'attraper Lydia et…

Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Lloyd haussa un sourcil, surpris.

- Ta faute?, commença-t-il, où as-tu trouvé une telle idée, celui qui les as tués est moi, cela n'a rien à voir avec toi.

Je ne répondis pas, et il continua :

- Dois-je te rappeler qu'ils étaient près à t'utiliser jusqu'à ce que ton corps ne le supporte plus? Ne t'a-t-on pas informé de ce qui arrive à ceux choisis par Adam? Si ce n'étais pas eux, c'était toi, Avery, termina-t-il en essayant de me faire comprendre, comme s'il ne comprenait pas comment il m'était possible de réagir ainsi.

- Ça n'a rien à voir, répondis-je tout bas avant de relever la tête et de le regarder dans les yeux, peu importe qui ils sont ou ce qu'ils ont fait, ça n'a rien à voir, me fâchais-je, je me fiche de ce qu'ils allaient me faire, personne n'a le droit de prendre ce genre de décision dégueulasse, et de décider du moment de la mort d'un autre! Tu n'avais pas à les tuer, tu aurais pu simplement partir d'ici, avec ou sans nous, mais tu ne l'a pas fait!

Je hoquetai de surprise en réalisant qu'il était juste devant moi, d'un coup, comme ça, son regard gris et froid plongé dans le miens. Avec de longs doigts camouflés sous du cuir noir, il m'éleva le menton de façon à ce que je le regarde dans les yeux malgré sa hauteur qui dépassait fortement la mienne.

- Je ne plaisantais pas lorsque je disais te trouver intéressante, et je n'avais pas tort, me dit-il avec son fameux sourire, celui que je connais, ce charmant sourire de gentleman, peu importe ce que tu puisses croire, ajouta-t-il, je ne te déteste pas, loin de là. Les humaines telles que toi sont rares, le sais-tu?

Je tentai de dégager sa main de mon visage, mais même avec force, elle ne bougea pas. Lydia lâcha un cri en prononçant mon nom mais ne dit toujours rien en s'agrippant encore plus fort à moi.

- Si tu te sens coupable de la mort de ces pauvres rats méprisables, commença-t-il, tu peux te réassurer; ils ne sont pas morts.

Quoi?

- Ils ne sont pas quoi? demandais-je en croyant avoir mal entendu.

- Comme j'ai dit plus tôt, j'ai promis de ne tuer personne. Il en faut plus pour achever notre espèce, même des rats tels qu'eux.

Euh.

- Mais c'était un discours intéressant, je suppose que cela n'a pas finit par être aussi ennuyant que je m'y attendais, ajouta-t-il, accroche-toi bien, il serait mieux de retourner au château avant qu'ils ne commencent à se reconstituer, sois assurée, ce n'est pas une très jolie vue.

Et sur ces mots, Lloyd m'attira contre lui, avec Lydia au milieu, et je sentis l'air froid et humide me frapper au visage.

Alors, qu'en pensez-vous? Lloyd dit-il la vérité? Avery va-t-elle se transformer en loup-garou? Julian s'est-il découvert une nouvelle passion pour la danse latine? A suivre!

Ah ah non je déconne j'ai eu zéro heure de sommeil cette nuit et je me dis que je devrais peut-être attendre avant de poster ce chapitre pour cette raison là mais en même temps j'ai envie de le poster le plus vite possible donc. Je vais peut-être le regretter mais en même temps il reste la deuxième partie à l'origine du chapitre précédent alors avec chance ça ne devrait pas être pire… J'espère quand même qu'il vous a plu! Et bonne rentré héhéhé