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Pour rompre une certaine monotonie, je mélange les chapitres entre DC et Hawaï. Cette fic n'étant pas purement centrée sur l'équipe de Tony, il est normal de suivre les deux équipes. Cela permet de comprendre l'évolution des deux côtés et de connaitre les points de vue des différents protagonistes.
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Un grand merci à mamypirate, nouvelle lectrice, qui m'a permis de rectifier deux erreurs sur les chapitres précédents qui ont attiré son attention. N'hésitez pas à me signaler toute incohérence afin de me permettre d'apporter correction.
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Je ne fais pas appel à une relectrice pour des raisons personnelles, aussi je compte sur votre vigilance car, même avec la meilleure volonté du monde, certaines coquilles peuvent passer les mailles du filet.
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Bonne lecture et j'attends vos impressions.
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Chapitre 13 : Transferts éventuels
Tobias Fornell était de retour depuis plusieurs jours et il avait été particulièrement occupé. Non seulement, il avait fait un rapport détaillé sur la situation du bureau d'Hawaï mais également présenté les propositions pour redresser la situation. Il avait ensuite reçu l'assurance que le poste lui était attribué, une promotion bien méritée selon le Directeur.
Comme il l'avait annoncé à Tony, le pressenti pour le poste avait décliné. En tant que candidat à une promotion tant attendue, il avait été décidé en haut lieu de lui attribuer le poste d'autant qu'il avait élaboré un programme de réorganisation du bureau selon son propre point de vue et sa vision du fonctionnement des services.
Cette assurance devenue réalité, il lui restait maintenant à engager une action pour obtenir la garde définitive d'Emily qui souhaitait le suivre dans l'ile plutôt que voyager avec sa mère et son beau-père. Victor n'était pas suffisamment présent dans sa vie pour qu'elle soit chagrinée de le quitter. Quant à sa mère, Diane devenait de plus en plus irascible et Emily était la cible de sa frustration, que ce soit en paroles et parfois en actes.
A plusieurs reprises, sa fille avait été destinataire d'une paire de claques et Tobias craignait que son ex-femme n'aille trop loin un jour prochain. Avec la perspective de son départ, il avait suivi le conseil de Tony et engager la procédure de garde en indiquant qu'il y avait urgence pour le bien de sa fille. Il avait ensuite informée Diane de son intention et il avait reçu un accord verbal de sa part pour ne pas s'y opposer.
En fait, il était conscient que Diane n'avait qu'une hâte, celle de se débarrasser de sa progéniture pour parcourir l'Europe pour des activités pas très nettes. En l'épousant, il avait compris qu'elle abandonnait à regret sa vie d'agent de terrain pour devenir mère au foyer. Elle avait adoré la vie d'espionne au contact de Gibbs qu'elle avait épaulé en Russie pour une mission. Le frisson du danger l'avait émoustillé bien au-delà de ce qu'il avait réalisé.
Diane avait attendu que leur fille soit en âge de comprendre pour annoncer qu'elle voulait partir à l'étranger sans préciser la véritable raison. Depuis qu'Emily avait indiqué qu'elle préférait vivre avec son père, son ex avait envisagé de réformer sa vie comme elle le lui avait appris lors de leur conversation pour la garde. Diane n'était pas une mauvaise mère mais elle avait toujours eu cette envie de bouger, de 'faire quelque chose d'autre de sa vie'.
Pour les besoins de sa profession, elle s'était faite engagée dans une société au service comptable afin d'éplucher ses comptes qui ne semblaient pas nets. Elle avait donc assumer une identité sous couverture et elle avait adoré la poussée d'adrénaline qui l'avait habitée. Depuis, elle souhaitait renouveler l'expérience à plus grande échelle malgré son âge d'où son désir d'accepter ce poste en Europe.
Tobias était enchanté d'avoir sa fille à demeure depuis plusieurs semaines. Père et fille réapprenaient à cohabiter en permanence ensemble, l'agent était strict et ferme mais sans brimer la gamine. Il expliquait les raisons de ses décisions et les conséquences qui en découlaient en termes compréhensibles et Emily arguait mais acceptait finalement les restrictions sans trop de difficulté.
Recadrer sa vie et recentrer ses priorités pour intégrer désormais sa fille dans son existence demandaient qu'il soit plus disponible et moins exposé professionnellement. Devenir chef de bureau lui permettait de respecter des horaires de travail plus conformes à une vie de famille et de pouvoir être à l'écoute d'Emily plus facilement.
Par exemple, tous deux s'amusaient comme des fous à cuisiner et si d'aventure, leur plat était loin de ressembler à ce qu'il devait être, ils en riaient comme des fous avant de commander leur repas à un traiteur. En son temps, Emily avait peu participé aux leçons de cuisine que Tony donnait à son père, étant trop jeune pour manipuler les ustensiles. Cependant, elle se régalait des restes que Tobias lui laissait à dessein lorsqu'elle était absente.
A part ces considérations, il allait lui falloir rendre une visite de courtoisie à un 'ami' qui n'était plus celui qu'il avait été durant des années. Laisser la rumeur lui apprendre son départ ne le satisfaisait pas même si, en vérité, il ne méritait pas l'honneur d'être informé de son prochain déménagement.
Pourtant, il ne voulait pas être taxé d'être un salopard, ni jouer les bâtards et partir comme un voleur. Emily souhaiterait sans doute lui rendre une dernière visite pour lui annoncer les grandes nouvelles, sa nouvelle vie avec son père et son installation à Hawaï. Lui rappeler de ne pas mentionner Tony allait être impératif, elle devait être muette sur le sujet.
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Ce ne fut que deux jours plus tard que Tobias put se libérer pour rencontrer Gibbs. Il avait pris la précaution d'appeler pour connaitre sa disponibilité et il attendit le retour d'Emily de l'école pour se rendre chez l'ancien Marine.
« N'oublie pas, Em, aucune mention de Tony et de sa présence à Hawaï » rappela-t-il fermement. « Tony serait très désappointé si tu indiques qu'il s'y trouve. Je compte sur toi. »
« N'aie crainte, Pa, je ne dirais rien à son sujet, je te le promets » affirma la gamine. « Je sais que Oncle Gibbs et son équipe ne sont plus amis avec Tony et qu'ils ne savent pas où il est. Je trouve ça triste mais je ne veux pas qu'il soit encore plus malheureux. »
« Bien, alors allons-y » indiqua son père. « Et après cette visite, nous irons au restaurant. »
« Chouette » s'enthousiasma la fillette. « Est-ce qu'on y va avec Oncle Jethro ? »
« Je ne pense pas que ce serait une bonne idée » déclara son paternel. « De plus, je ne crois pas qu'il serait d'humeur à nous accompagner. »
« Tu crois qu'il sera triste de savoir qu'on sera si loin d'ici ? » questionna Emily.
« Jethro Gibbs est un homme qui a peu d'amis parce qu'il ne sait pas les conserver » expliqua Tobias. « Il y a déjà plusieurs mois qu'il a cessé de communiquer avec moi, que ce soit par le biais du travail ou sur le plan personnel. Tu sais, Em, je pense qu'il a traité Tony de manière si horrible qu'il ne sait plus comment se comporter avec ceux qui lui étaient proches. »
« C'est vrai qu'il a été méchant avec Oncle Tone » nota sa fille. « Et Oncle Tone ne l'a pas du tout été avec lui. Alors pour quelles raisons Oncle Jethro est comme ça avec lui ? »
« Pour des histoires de grandes personnes qui sont très compliquées, ma chérie » précisa simplement son père. « Allez, nous entrons, Oncle Jethro nous attend. »
Les deux Fornell sortirent de la voiture que Tobias venait de garer dans la rue et se dirigèrent vers la maison. Tobias constata qu'aucune autre voiture ne stationnait dans l'allée de garage et en fut soulagé. Certes, il n'aurait pas pu empêcher Gibbs de recevoir un visiteur mais il préférait éviter de se trouver face à un membre de son équipe.
Tobias cogna contre le battant pour signaler sa présence avant d'ouvrir et de laisser Emily entrer la première. La gamine franchit le seuil et se jeta pratiquement dans les bras de l'ancien Marine qui sourit à son enthousiasme et la serra dans ses bras avant de déposer un baiser sur sa joue. Fornell grimaça en voyant la scène, il savait que leur départ risquait de chagriner l'agent si cette démonstration en était un indice.
« Eh, Em, comment va ? » demanda Gibbs.
« Je vais bien maintenant » déclara la gamine.
« Maintenant ? » s'enquit l'ancien Marine en haussant les sourcils et en jetant un regard à Fornell.
« Je t'expliquerai plus tard » indiqua l'agent du FBI.
Gibbs alla dans la cuisine et revint avec deux bières et un soda pour Emily. Il tendit les boissons à chacun avant de s'installer sur un fauteuil tandis que père et fille partageaient le sofa.
« Alors qu'est-ce qui t'amène ? »
« Hum, à vrai dire, je ne sais pas comment te dire ça » avoua-t-il légèrement embarrassé.
Emily regarda son père et, du haut de ses huit ans, comprit qu'il n'osait pas annoncer leur déménagement. Elle prit donc l'initiative de le faire elle-même.
« Oncle Jethro, papa et moi allons vivre à Hawaï » s'exclama-t-elle avec tout l'enthousiasme de la jeunesse.
Gibbs se figea et serra les dents avant de se relaxer, il ne devait montrer aucune émotion négative qui froisserait la gamine. Emily semblait parfaitement heureuse de cet exil.
« Hawaï ? » dit simplement Jethro.
« Promotion » indiqua brièvement Tobias. « Je prends les rênes du bureau local. »
« Belle promotion, Tobias » nota Gibbs. « Félicitations. »
« Merci » nota son ami.
« Depuis quand exactement ? »
« Officiellement, quelques jours. »
« Comment ? »
« Toujours aussi succinct dans tes questions, hein ? » sourit Tobias.
Gibbs se contenta de hausser les épaules et d'esquisser un petit sourire.
« Mon Directeur m'a demandé d'aller faire un audit au bureau local, des problèmes de gestion de personnel et de frais d'organisation en augmentation qui ont attiré l'attention du siège. Je me suis rendu sur place et j'ai procédé à une analyse de la situation et fais des propositions correctives. Les idées ont plu et comme il se doit dans ce genre de situation, un changement de management était à prévoir. Un collègue avait été pressenti mais a dû refuser. J'ai été approché par le Directeur-Adjoint qui m'a proposé le poste. »
« Tu le mérites, Tobias » agréa l'ancien Marine. « C'est une proposition difficilement refusable surtout qu'elle pourrait bien être la dernière. Terminer ta carrière à ce poste n'est pas négligeable. »
« Tu sous-entends que je ne serais pas capable de faire mieux ? » s'indigna Fornell.
« Non, pas du tout » protesta l'agent du NCIS. « Ces derniers temps, il me semble que nos responsables sont de plus en plus jeunes. »
« Ils apportent de nouvelles idées, de nouvelles méthodes, de nouvelles technologies. Les temps changent, Gibbs, nous devons changer aussi. »
« Oui, nous sommes un peu dépassés » reconnut Gibbs, le technophobe de référence pour les agences fédérales.
« Ouais, certains plus que d'autres » notifia Tobias en lui jetant un regard entendu et en enfonçant le clou.
Il était de notoriété publique que Gibbs utilisait toujours un téléphone d'un modèle ancien dont DiNozzo avait commandé une bonne douzaine d'exemplaires pour palier à leur destruction régulière par l'ancien Marine. De même, Gibbs savait à peine utiliser un ordinateur et peinait avec sa messagerie électronique.
« N'empêche que je suis sûr que tu mérites de monter en grade » enchaîna promptement l'ancien Marine.
Gibbs ne voulait aucun sermon sur son manque d'efficacité en ce qui concernait tous ces nouveaux gadgets dont était si friand McGee et que lui-même trouvait parfois trop complexes à utiliser.
« Je sais que je ne serais jamais directeur, autant accepter d'être responsable d'un bureau, c'est déjà pas si mal pour finir ma carrière comme tu dis. »
« Et que pense Diane de votre déménagement ? »
« Elle part pour l'Europe dans les prochaines semaines, elle prétend que c'est pour le travail de Victor mais je la soupçonne fortement de le faire pour autre chose » avoua Tobias.
« Tu penses qu'elle veut à nouveau jouer… » commença Gibbs avant de jeter un œil sur la fillette. « Tu sais quoi » termina-t-il sans prononcer sa pensée.
« J'en mettrais ma main au feu » confirma l'agent du FBI. « Elle a attendu qu'Emily soit en âge de comprendre un peu la situation avant de prendre cette décision. »
« Et Emily te suit ? »
« Il s'est passé des… incidents ces derniers temps entre Diane et Emily » soupira Fornell.
Gibbs vit Emily se raidir et se blottir contre son père qui la serra contre lui et lui déposa un baiser sur la tête, des signes certains qu'il s'était passé quelque chose de grave.
« La tension et le stress ont poussé mon ex à lever la main sur notre fille à plusieurs reprises » expliqua le père. « Je lui ai donc annoncé mon intention de déposer une demande de garde définitive pour des raisons d'incompatibilité entre elles. Diane a sauté sur l'occasion et m'a accordé les pleins droits sur l'éducation d'Emily. Elle aura un droit de visite surveillé lorsqu'elle pourra se libérer et venir à Hawaï. »
« Si l'accord vous satisfait, c'est bien pour vous » notifia Gibbs. « Et que pense Em de tous ces bouleversements ? »
« Je suis contente d'aller vivre là-bas, Oncle Jethro » intervint la gamine. « J'aime bien l'ile, j'y suis allé en vacances une fois avec Maman et Victor. C'est un endroit où il fait toujours soleil et on peut faire du surf. Je vais apprendre à en faire. »
« Tu n'es pas triste de laisser tes amis, te quitter ton école ? » demanda Jethro.
« Non, mon amie Cindy part pour la Californie, son père va y travailler » lui apprit la fillette. « Et puis à l'école, mon institutrice va avoir un bébé, alors ce sera plus la même chose. »
« Hum, un bon moment pour partir dans ce cas » conclut Jethro.
« Tu n'es pas triste de nous voir partir si loin, Oncle Jethro ? » s'enquit Emily d'une voix accablée et en faisant la moue.
« Si, ma puce mais parfois, il faut savoir être heureux pour les autres » déclara l'ancien Marine. « Et puis, je saurais où aller en vacances maintenant. »
« Mais tu ne prends jamais de vacances, Oncle Jethro » s'étonna la gamine.
« Eh bien, désormais j'en prendrais rien que pour te rendre visite » promit l'agent.
« Chouette, je te montrerai tous les meilleurs endroits à voir » s'exclama la fillette.
« Vous partez dans combien de temps ? » voulut savoir Gibbs.
« D'ici quelques jours, une semaine tout au plus » le renseigna Fornell. « Dès que j'ai trouvé un logement, j'ai quelqu'un sur place qui se charge de me dénicher une maison. Je viens de conclure la vente de celle-ci pour un prix correct. »
« L'immobilier n'est pas bon marché à Honolulu, il me semble. »
« Tout dépend où tu habites, il y a des quartiers qui sont plus abordables que d'autres et si tu ne souhaites pas occuper un palais, tu peux t'en sortir » corrigea l'agent du FBI.
« Pop, on peut y aller, j'ai promis à Cindy de l'appeler ce soir » intervint Emily.
« Oui, ma puce » approuva Fornell qui ne souhaitait pas prolonger la discussion.
Il s'étonnait que Gibbs ne lui ait pas posé la question qui devait lui brûler les lèvres. Sans doute le ferait-il au dernier moment, histoire de n'être pas désappointé s'il ne recevait pas la réponse à laquelle il s'attendait.
« Bye, Oncle Jethro » dit Emily en se levant.
Elle alla se blottir dans les bras que Gibbs venait d'ouvrir pour elle.
« Au revoir, ma belle » murmura Gibbs dans ses cheveux.
Malgré son courage, il avait une boule dans la gorge. Il ne voulait pas montrer sa tristesse mais il voyait partir un autre ami et surtout une gamine qu'il appréciait et qui lui rappelait, par certains côtés, sa propre fille disparue trop tôt. Elle avait adouci sa peine depuis leur première rencontre, il n'en avait jamais voulu à Diane d'avoir eu un enfant, la seule chose qu'il n'aurait pas su lui donner de toute façon.
Il serra la main de Tobias et accompagna ses visiteurs à la porte. Il regarda Emily franchir le seuil puis il retint son ami par le bras. Tobias comprit aussitôt ce qu'il allait demander et sourit intérieurement, s'il avait parié, il aurait gagné.
« Dis-moi, sais-tu où DiNozzo se trouve actuellement ? » finit-il par demander.
« Je pense que le mieux est que tu poses à la question à ton directeur, Jethro » répondit Tobias sans prétention.
« Déjà fait » bougonna Gibbs.
« Et ? »
« N'a pas voulu me communiquer l'information, le salaud » répliqua vertement l'ancien Marine.
Tobias jeta un œil sur sa fille qui attendait patiemment à quelques mètres.
« Dans ces conditions, patiente et peut-être qu'un jour, tu sauras » confia l'agent du FBI.
« Ce qui veut dire que tu sais où il a échoué » conclut Gibbs. « Pour quelle raison ne veux-tu pas m'informer ? »
« Même si je connaissais cette information, et je dis bien SI, je ne te la communiquerai pas, Gibbs. Vois-tu, contrairement à certains, je ne trahis pas la confiance que mes amis ont placé en moi. Si j'étais détenteur de son lieu de résidence actuel, je serais muet comme une tombe. »
« Même pour moi ? » s'étonna l'ancien Marine. « Non seulement, DiNozzo a été mon second et j'ai bien le droit de savoir mais nous sommes également amis. »
« Et tu penses que ce statut, qui soit dit en passant est parti à la dérive depuis plusieurs mois, te donnerait le droit de me demander de rompre une promesse quelle qu'elle soit ? »
« Eh, je n'étais pas disponible jusqu'à ces derniers temps, Tobias » protesta l'ancien Marine.
« Ton attitude a changé bien avant ton départ pour cette mission, Gibbs et tu le sais pertinemment » rappela Fornell.
« Alors pour quelle raison es-tu venu m'informer de ton départ si tu penses que notre amitié est terminée ? » voulut savoir Gibbs.
« Par respect pour cette relation justement et parce que je pensais que je te devais au moins de t'avertir moi-même au lieu que tu ne l'apprennes par les bruits de couloir » expliqua Tobias. « Et puis, je n'aurais pas laissé Emily partir sans qu'elle puisse te dire au-revoir. »
« Très généreux de ta part, Tobias et je t'en remercie malgré tout » bougonna Gibbs.
« Sur ce, à bientôt peut-être » déclara Fornell en franchissant le seuil à son tour. « Porte toi bien et surveille tes arrières maintenant que ton fidèle second ne peut plus le faire pour toi. »
Sur cet énigmatique réplique, il rejoignit Emily et tous deux gagnèrent leur véhicule. Une minute plus tard, ils s'éloignaient et Tobias savait qu'il se passerait du temps avant de revoir le bâtard… à moins qu'une enquête ne le fasse venir à Hawaï auquel cas, la destination de Tony volerait en éclat sans qu'il y soit pour quelque chose.
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Grant Giordano rejoignit son compagnon pour le déjeuner. En fait, c'était désormais le nouvel homme de sa vie qui l'attendait au restaurant.
Depuis leur rencontre, un peu après le départ de Tony, Grant avait été prudent avant de s'engager plus dans leur relation mais au fil des semaines, ses sentiments envers Josh s'étaient intensifiés et avaient relégué ce qu'il ressentait pour l'italien au second plan. Josh lui avait avoué avoir eu le coup de foudre pour lui mais avait attendu que Grant ressente la même chose ou lui avoue ne pas lui rendre son amour.
Son nouveau compagnon était un chef cuisinier et sa présence dans la capitale était d'ordre professionnel. Son séjour s'était prolongé pour des raisons indépendantes de sa volonté. Il avait rencontré Grant un soir dans un club spécial où tous deux souhaitaient trouver quelqu'un pour un soir ou une nuit.
Josh Ryan lui laissa à peine le temps de commander sa boisson qu'il engagea la conversation avec lui. Tout d'abord, Grant avait souhaité l'envoyer promener mais s'était ravisé et raisonné. Il était ici pour essayer d'oublier sa solitude et pour se faire, il devait donc discuter avec un inconnu et tenter de faire plus ample connaissance.
Les deux hommes s'étaient amusés à un exercice que Tony lui avait enseigné : deviner la profession des consommateurs autour d'eux. Ils avaient vite constaté qu'ils avaient un sens de l'humour assez semblable. La soirée s'était finalement déroulée vite et sans qu'ils ne s'en rendent compte, la fermeture du bar était là. Ils s'étaient quitté au petit matin en promettant de se revoir.
Avait alors débuté une relation épisodique due en grande partie au travail de Grant et à ses horaires particulièrement capricieux. Josh travaillait en free-lance pour l'instant dans un grand restaurant tenu par un ami, il en profitait pour tester quelques recettes et recueillir les avis des clients.
Josh l'avait invité dans un restaurant réputé et Grant se doutait qu'il y avait une raison spéciale à célébrer. Il espérait que c'était une bonne nouvelle, Josh commençait à désespérer de réaliser le projet qu'il avait de diriger son propre établissement.
« Grant, ça y est, j'ai signé le compromis de vente pour l'achat d'un restaurant » annonça d'emblée Josh. « Et devine où ? »
« A voir ta joie, je parierais pour la côte ouest » spécula Grant.
« Mieux que ça, un endroit paradisiaque… Honolulu, mon vieux » avoua son compagnon.
« J'ai toujours souhaité voir Hawaï, y travailler ou y vivre et je vais faire les trois. »
Grant eut le souffle coupé à cette annonce. Il était étonné que le destin lui réserve une telle surprise, il pourrait revoir Tony à titre amical maintenant. Les deux hommes avaient continué de correspondre soit par mail ou via Skype quand leurs horaires le permettaient dus en grande partie au décalage horaire qui leur laissait peu la possibilité de correspondre de vive voix.
Grant savait qu'il pourrait demander un transfert au bureau local si toutefois un poste était disponible. S'il se fiait aux dires du Directeur, il songeait à adjoindre un nouvel agent à l'équipe principale, ce qui lui permettrait de postuler. Il savait que Vance privilégierait sa candidature dans la mesure où Tony avait été son formateur et son mentor.
« C'est fantastique, Josh, je suis heureux pour toi » déclara l'ex Seal.
« Je… hum, je voulais savoir… penses-tu pouvoir me suivre ? Je sais qu'il y a un bureau local à Honolulu mais pourras-tu y avoir un poste ? » s'enquit Josh anxieusement, tout en triturant la serviette de table.
« A vrai dire, il se pourrait qu'il y ait une ouverture prochaine mais je ne connais pas le délai » indiqua Grant en posant sa main sur celles de son ami. « Il peut se passer quelques jours, quelques semaines tout au plus. Je dois demander confirmation au Directeur. En cas de rapprochement avec un conjoint ou assimilé, je serais prioritaire. »
« Ce qui veut dire que tu seras obligé d'annoncer notre relation ? Est-ce que ça ne va pas te causer de problème ? Tu es militaire après tout et l'armée n'est pas reconnue pour sa largesse d'esprit. »
« Non, la Marine et la Navy n'ont pas la même idée sur la question que l'Air Force ou l'Armée de Terre » le rassura l'ex Seal. « Je suis réserviste et ce statut ne dépend plus de mon orientation sexuelle depuis l'annulation du DADT. Quant à annoncer notre relation, je ne vois pas pour quelle raison je la cacherais plus longtemps. Et si ça pose problème, tant pis, je démissionnerai et je te suivrai ainsi sans souci. »
« Grant, tu ne peux décider ainsi d'abandonner un métier que tu apprécies juste pour me suivre » s'indigna Josh.
« A vrai dire, il n'est plus aussi captivant depuis le départ de mon mentor, Tony DiNozzo » révéla l'ex Sean en haussant les épaules. « Il m'a aidé à m'intégrer et même plus… Je lui suis redevable mais si je n'obtiens pas un transfert à Hawaï où je pourrais travailler à nouveau avec ou près de lui, j'aurais quand même l'occasion de le côtoyer. Nous sommes restés en contact malgré son départ quelque peu mouvementé. »
« A la façon dont tu en parles, il a été plus qu'un mentor, non… ? » hasarda Josh, attentif au ton de voix de son homme quand il évoqua l'agent.
« Durant quelques mois avant son départ, nous avons eu une relation qui devait rester amicale même si elle était intime. Pas de lien, pas de sentiment profond… mais ce n'était pas le cas pour moi. J'ai caché mes sentiments mais Tony a compris que j'étais amoureux. C'est du passé même si je lui garde une place particulière, mon cœur est pris aujourd'hui par un autre amour » le rassura Grant.
« Et tes amis, ici à DC ? »
« Rassure-toi, je n'ai pas d'amis ici qui me manqueraient, seulement des connaissances liées au travail » spécifia l'agent. « Ma famille est originaire de la côte ouest et y réside donc pas de souci de ce côté, ce sera plus près pour les rencontrer. »
« La même chose pour moi donc côté famille, tout ira bien » confirma son compagnon.
Tous deux avaient peu de connaissance à DC, les parents de Josh, sa sœur Mélissa et sa famille habitaient près de Los Angeles. Grant n'avait aucune attache dans la capitale, ses frères Graham et Grégory étaient tous deux militaires et basés à San Diego et ses parents habitaient Carmel.
En fait, leurs deux familles résidaient en Californie. Grant avait même une partie de son ancienne unité dont les membres étaient originaires de l'état. Ils n'avaient donc pas de raison de rester à Washington si ce n'était le travail de Grant. Même s'il s'était plu à DC lorsque Tony y était présent, ce n'était plus le cas. Rien ne le retenait ici. Josh y était pour finaliser l'achat du restaurant et rien d'autre, il n'était pas fan de la capitale.
« Sauf s'ils ignorent que tu fréquentes un autre homme ? » ajouta Josh après un silence prolongé.
« Ils savent et ils étaient inquiets à cause du choix de ma profession » clarifia Grant. « Les gars de mon unité étaient au courant mais ils s'en fichaient, l'important était d'accomplir la mission et d'assurer leurs arrières convenablement. »
« Pas de surprise à attendre si je t'accompagne un jour dans ce cas » nota son ami. « Bon à savoir. »
« Et de ton côté ? » s'enquit l'ancien Seal.
« La même chose » lui apprit le restaurateur. « Dans la mesure où ils ont des petits enfants qu'ils peuvent gâter, mes parents ne me gardent pas rancune d'être ce que je suis. »
« Tant mieux » nota Grant en levant son verre que Josh s'empressa de choquer. « A ta nouvelle acquisition, puisses-tu réussir et prospérer. »
« Merci, Grant, j'apprécie » murmura son compagnon.
« Pas de quoi, si je dois choisir un autre métier, j'ai quelques connaissances en matière de cuisine, Tony nous as donné quelques leçons à ses amis et moi. Il est fin cuisiner aussi. »
« Hum, bon à savoir, si j'ai besoin un jour d'un remplaçant au pied levé. »
« Et c'est un agent fédéral avant tout, j'ignore si tu arriverais à le déloger de son bureau pour le mettre devant des fourneaux » plaisanta l'ex Seal.
« Suffit de savoir présenter l'offre de façon alléchante » minauda Josh.
« Sans doute mais encore faut-il qu'il puisse y répondre et Tony est un bourreau de travail » expliqua Grant. « C'est un agent et un enquêteur formidables dédié à la cause qu'il a choisi de défendre. »
« Comme beaucoup de soldats ou de flics qui l'ont choisi par conviction plus que par nécessité pratique » nota Josh.
« Pour l'instant, tout ça est du domaine du potentiel » souligna Grant. « Il reste à concrétiser la vente et mon transfert si possible. »
« Je signe l'acte de vente dans deux jours » déclara Ryan. « Ceci presque réglé, si nous passions notre commande » suggéra-t-il.
Dans sa tête, Grant préparait mentalement le petit discours pour convaincre Vance d'accepter son transfert, quitter son meublé ne poserait aucun problème et il aurait des bagages restreints qui seraient acheminés aux frais de l'agence. Tout serait pour le mieux si le Directeur était d'accord pour l'envoyer sur l'ile.
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Durant les quelques jours qui suivirent la réunion avec Gibbs, Palmer entendit plus de récriminations de la part du trio qu'il n'était réellement nécessaires. Les protocoles, procédures et directives avaient été mises en place bien avant leur arrivée à l'agence et ils y étaient soumis comme n'importe quel employé. Il ne voyait pas le problème que posait le respect de ses directives.
Ce n'était pas parce que Gibbs leur avait permis de les ignorer comme bon leur semblait que le Directeur allait les laisser continuer. Après ce qui s'était passé suite au retour de l'ancien Marine, il était normal de 'remettre les pendules à l'heure' et de leur faire reprendre le droit chemin, comme tout le monde. Après tout, leurs attitudes avaient eu pour résultat le départ de son ami Tony.
Oh, Jimmy ne se faisait aucune illusion, aucun des membres du trio ne le ferait pas sans regimber et donc sans fauter à un moment donné ou un autre. Le tout était de savoir si l'erreur justifierait une réprimande ou leur renvoi pur et simple. En attendant, l'assistant légiste supportait de plus en plus mal de les entendre se plaindre sans cesse dans le dos de Gibbs.
Pour sûr qu'ils ne le feraient pas devant lui ou à portée d'oreilles indiscrètes. Mais Jimmy Palmer comptait pour quantité négligeable et ils ne se gênaient donc pas pour râler en sa présence, il leur fallait bien un public après tout sinon, ce ne serait pas aussi jubilatoire de le faire.
Il allait se réjouir d'apprendre à l'italien que le trio était désormais soumis à toutes les règles en vigueur, certes un peu tardivement mais mieux valait tard que jamais. Pourtant, malgré l'absence de son ami, Jimmy estimait qu'il avait eu raison d'accepter un transfert. Durant leurs échanges sur Skype, l'assistant légiste avait trouvé que Tony était plus détendu et plus heureux semble-t-il.
Et il parlait avec enthousiasme de sa nouvelle équipe qui paraissait bien plus compétente que la précédente. Leurs relations étaient plus simples et amicales également d'après ses propos, il avait même instauré ces sorties communes pour resserrer les liens et leur apprendre à se serrer les coudes. Il n'y aurait pas de compétitivité entre les membres de l'équipe pour gagner son respect.
Tony reconnaissait le mérite de chaque agent et utilisait leurs compétences au mieux, ce qui permettait de résoudre les enquêtes avec plus d'efficacité. Et il avait renoué les relations avec le département de police locale, une bonne chose car l'agent précédent les avait détériorées au-delà du raisonnable. Une seule enquête avait suffi pour ressouder les relations, ce qui avait permis de résoudre une douzaine de dossiers pour la police.
Jimmy se souvenait de l'étonnement de l'italien lorsqu'il lui avait relaté la collaboration et la réponse du détective en charge. Le médecin se demandait comment son ami pouvait encore se mésestimer autant. Les dégâts causés par son géniteur et ses divers partenaires au fil des années l'avaient rendu plus que méfiant et il faudrait du temps et de la patience pour restaurer sa confiance en soi.
« Bon sang, grandit un peu, Abby et cesse ces caprices ridicules pour une femme de ton âge » la coupa Jimmy, indigné par l'attitude de la gothique. « Tu es bien la seule à te plaindre parce que tu étais la seule à ne pas suivre les directives. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même si tu es désormais soumise à un contrôle régulier, tu as obtenu trop longtemps des passe-droits qui n'auraient jamais dû être accordés. »
Abby le regarda, estomaquée au possible. Jamais, au grand jamais, le petit assistant légiste ne s'était autorisé à lui parler ainsi.
« Quoi ! » commença-t-elle. « Qu'est ce qui te prend de me parler ainsi ? Tu as toujours été neutre dans nos querelles et voilà que soudain, tu te permets de me critiquer. »
« J'en ai sans doute assez de devoir me taire chaque fois que l'un de vous se permet d'exprimer une opinion insultante sans me laisser la possibilité de donner mon humble avis » répliqua vertement l'assistant. « Il est temps que je te dise tes quatre vérités même si tu ne veux pas les entendre. Tu as passé l'âge de jouer les autruches et de te cacher derrière le dos de Gibbs, de tenter d'obtenir ce que tu veux avec des larmes de crocodile ou des moues boudeuses. Si tu tiens à conserver ton poste, il te suffit d'adhérer aux protocoles en vigueur, ce n'est pas sorcier. Même un enfant de quatre ans le comprendrait sans problème. Il me semble que tu es suffisamment intelligente pour le faire également. »
« Attend un peu que je parle de ton attitude à mon égard à Gibbs » menaça-t-elle d'un ton vibrant. « Il te remontera les bretelles comme il se doit. Tu n'as certainement aucun droit de me parler ainsi, tu n'es qu'un assistant, même pas encore un vrai médecin. Tu pourras m'adresser des reproches le jour où tu obtiendras ton diplôme et pas avant. J'ignore ce qui te donne le droit de penser autrement… »
Jimmy se redressa et décida que, s'il était une bataille qu'il devait mener, ceci en était une. Il avait appris de Tony qu'il ne devait pas laisser quiconque lui manquer de respect ou lui marcher sur les pieds sous prétexte qu'ils pensaient être meilleurs que lui. Abby venait de dépasser les bornes en la matière.
« Abigail Sciuto, je vous prie de quitter mon espace de travail avant que je me décide à appeler la sécurité » déclara Jimmy d'un ton sans réplique. « Je suis un employé au même titre que vous et rien ne vous autorise à m'insulter de la sorte. Il va s'en dire que je dépose une plainte à votre sujet et j'espère que vous serez réprimandée comme il se doit dans pareil cas. »
La gothique ouvrit des yeux ronds avant de repartir à l'assaut.
« Oh, le petit assistant a pris du poil de la bête, on dirait » minauda-t-elle. « Tu as pris des leçons d'étiquette auprès de DiNozzo, ma parole. Pas étonnant, vous étiez souvent fourrés ensemble durant l'absence de Gibbs. A se demander ce que vous fichiez tous les deux. »
« Un mot de plus, Abby et je passe ce coup de fil » intervint Jimmy tout en se dirigeant vers le bureau pour se rapprocher du téléphone.
« Tu n'oserais pas ! » cracha la laborantine.
Ce fut à ce moment précis qu'un renfort inattendu vint à la rescousse de l'apprenti.
« Je pense qu'il vaudrait mieux pour tout le monde que tu regagnes ton laboratoire, Abigail » conseilla Ducky. « Et à l'avenir, je te prierai t'éviter de t'en prendre à M. Palmer sans raison. »
« Ce n'était pas sans raison, Ducky, il m'a parlé comme il n'aurait pas dû » fulmina la gothique, honteuse d'avoir été surprise par Ducky.
« Je pense qu'il était grand temps que quelqu'un ose te défier et te remettre à ta place pour ton bien, ma chère enfant » la contredit le légiste en chef. « Tu dois admettre qu'il est normal que tout un chacun respecte les consignes qui régissent l'agence à n'importe quel niveau. Tout comme Timothy et Ziva, tu dois les suivre. C'est encore plus impératif pour toi car, en cas d'erreur, c'est la fermeture définitive du laboratoire qui en résultera. Imagine un peu si chaque conducteur appliquait ses propres règles de conduite, ce serait assurément le chaos qui engendrerait des centaines d'accidents. C'est la même chose ici, tu ne peux en faire comme ça te chante sous peine de semer la tempête. Alors, ma chère, il est nécessaire que tu te reprennes en main et que tu acceptes que tout ne puisse être comme tu l'as décrété. Le changement n'est pas forcément néfaste, il permet d'évoluer et d'aller de l'avant. »
« Mais je hais le changement, Ducky, je hais que DiNozzo soit parti, il a brisé notre famille » objecta la gothique.
« En vérité, Abigail, il me semble que le terme est un peu trop fort pour ce que nous étions ces derniers mois » interjeta le légiste. « Si nous formions une famille, nous nous serions serrés les coudes au départ de Jethro. Or, c'est tout le contraire qui s'est produit, nous nous sommes comportés en être individuel et non en famille, nous avons laissé l'un de nous se battre tout seul contre les autres pour maintenir la caricature de famille qui lui importait le plus. Anthony vous a laissé le prendre pour punching-ball, vous avez déversé sur lui votre frustration et il a encaissé sans rien dire. Mais tout le monde a un point de rupture et il a atteint le sien tardivement. Finalement, pour son bien, il est heureux qu'il se soit décidé à quitter le nid et à s'envoler vers d'autres cieux plus cléments pour lui. J'espère sincèrement que là où il se trouve actuellement, il est plus heureux. »
« Tiens, encore un point que je n'aime pas du tout, personne ne sait où il a atterri » bougonna la laborantine qui n'en avait pas fini avec ses récriminations. « Et le Directeur a mis une alerte sur son dossier, aucune possibilité d'y accéder sans la déclencher. J'ignore qui a procédé à cette manipulation mais il est très doué. »
« Sans doute la raison première de cette précaution était d'éviter de vous voir le harasser dans son nouveau poste » statua Jimmy d'un ton acerbe. « Il me semble que c'était votre intention dans la mesure où McGee a été réprimandé pour tenter d'y accéder. »
« Tu vois, Ducky, tout est de la faute de DiNozzo, Tim et Ziva ont été sanctionné à cause de lui, Gibbs a dû partir pour cette mission sous couverture sans que personne n'assure ses arrières » déclara Abby d'une voix plaintive. « Si ce lâche était resté, rien de tout ça ne serait arrivé. Et Tim et moi n'aurions pas été obligé de passer des semaines dans ce trou perdu pour enseigner… ENSEIGNER, Ducky. Moi qui ai horreur de le faire, j'ai dû supporter des individus qui se prenaient pour des scientifiques. Ils arrivaient à peine à répondre à mes questions. »
« Sans doute t'y es-tu mal pris pour aborder cette session de formation, ma chère » analysa l'écossais. « Tu aurais peut-être dû leur demander ce qu'ils attendaient de ces cours et partir de leurs réponses pour planifier la formation. »
« Voilà que toi aussi, tu me critiques, Duckman » grommela la laborantine. « Qu'est-ce qui vous arrive à tous les deux, vous vous êtes donné le mot pour m'insulter. Je vais de ce pas avertir Gibbs que vous me tourmentez pour rien. »
« Avant d'ennuyer Jethro avec cette soi-disant histoire d'insulte, réfléchis bien, Abigail » l'avertit le légiste. « Il se pourrait que tu récoltes autre chose que ce que tu en attends. Mais c'est à toi de prendre la décision, après tout. N'oublie simplement pas les règles de conduite que tu dois observer vis-à-vis de tes collègues de travail. Sur ce, je te prie de regagner ton laboratoire et de nous laisser reprendre le cours de nos activités. »
Sur ces paroles, il poussa Abby hors de la morgue et la regarda gagner l'ascenseur. Il espérait qu'elle saurait prendre la bonne décision. Il laissa les portes de son domaine se refermer et s'employa à rassurer son assistant.
Au grand étonnement de Ducky, Palmer lui lança un regard outré qu'il ne sut interpréter.
« Un souci, M. Palmer ? » demanda-t-il finalement tout en préparant le service à thé.
« En effet, Docteur » déclara sèchement Jimmy.
Ducky stoppa son activité et observa son jeune assistant.
« Et qu'y a-t-il qui vous chiffonne autant ? »
« Ce qu'il y a ? Vous venez de prendre ma défense envers Abby alors que je n'avais pas besoin de vous pour le faire. Votre attitude me laisse perplexe. »
« Pour quelle raison, M. Palmer ? »
« Je ne suis pas considéré comme faisant partie de votre 'famille' » expliqua-t-il en accentuant le dernier mot par des guillemets avec les mains. « En fait, il n'y avait que Tony qui m'incluait dans votre cercle. »
« Ceci est faux » s'indigna le légiste en chef en agitant la main droite pour appuyer son courroux. « Vous en être un membre au même titre que Tim, Ziva, Abby, Jethro le sont ou qu'Anthony l'était. Chacun d'entre vous est traité de la même manière. »
« Ah oui ! » s'offusqua Jimmy d'une voix étranglée. « Alors expliquez-moi pour quelle raison vous avez laissé tomber Tony lorsqu'il a eu le plus besoin du soutien de sa 'famille' ? Pourquoi avez-vous accepté le comportement des autres vis-à-vis de lui sans intervenir ? »
Ducky regarda son assistant. Le jeune homme était appuyé sur une des tables d'autopsie, le buste penché en avant et son visage laissait voir sa colère. Il attendait visiblement une réponse de la part de son chef et pour une fois, l'écossais était sans voix. Il lui fallut un moment pour rassembler ses pensées et apporter une explication rationnelle à son attitude envers l'italien.
« M. Palmer, je sais que je n'ai sans doute pas été conscient du désarroi d'Anthony comme il se devait… » débuta-t-il pour être aussitôt coupé.
« Sans doute ! » se cabra son assistant. « Vous avez noté mais pas pris la peine de vous pencher sur le problème bien trop occupé à vilipender l'attitude de Gibbs à votre égard. »
Ducky soupira, il allait être difficile de se justifier surtout si son assistant était aussi remonté contre lui et qu'il avait envie de vider son sac.
« Comprenez, M. Palmer, que je venais d'apprendre que mon meilleur ami depuis des années m'avait caché une partie de son passé » déclara-t-il d'un ton sec mais teinté d'une colère perceptible. « Je n'arrivais pas à admettre qu'il se soit montré aussi cachottier sur ce sujet. »
« Sans doute n'a-t-il jamais voulu en parler parce que le drame lui était personnel et douloureux » remarqua Jimmy doctement. « Et je suis certain que vous aussi avez quelques secrets que vous ne lui avez jamais dévoilés. »
Le médecin ouvrit la bouche pour contredire son assistant lorsque Jimmy leva la main pour l'arrêter.
« Je vous en prie, Docteur, ne soyez pas hypocrite, on n'arrive pas à votre âge et avec vos expériences sans en avoir quelques-uns enfouis profondément » nota le jeune légiste. « Vous avez voyagé à travers le monde, connu bien des situations diverses, vous avez dû vous heurter à certaines circonstances qui ont conduit à observer le silence à leur sujet. Silence que vous n'avez pas brisé même avec votre meilleur ami. »
L'écossais scruta Jimmy, il ne l'aurait jamais soupçonné d'être aussi clairvoyant sous ses dehors effacés et presque timides parfois. Et la vérité que contenaient ses derniers propos était un sujet qu'il ne voulait pas développer.
« Vous savez, M. Palmer, je pense qu'il serait préférable de laisser tomber ce débat stérile » déclara finalement Ducky. « Je reconnais volontiers n'avoir pas su évaluer correctement la situation et avoir ma part de responsabilité dans la situation qui a suivi le départ puis le retour de Jethro et donc, également, dans le départ d'Anthony. Je n'ai pas été assez objectif et j'ai été influencé par trois jeunes gens persuasifs. Et pour une fois, je n'ai pas observé l'une des règles fondamentales de Jethro, la règle 8 qui dit 'ne jamais assumer, toujours vérifier'. J'ai eu tort et aujourd'hui, vous en payez le prix en perdant un ami. Mes excuses pour vous avoir confronté à cette épreuve, M. Palmer. »
Sur ces derniers mots, Ducky se leva et quitta la morgue. Jimmy le regarda partir et malgré les dernières paroles de son patron, il était enclin à lui garder rancune. Le Dr Mallard prônait être impartial et savoir rester neutre mais visiblement, son comportement dans cette affaire attestait du contraire.
Jimmy soupira, il était difficile parfois de comprendre le vieil homme, il avait été obnubilé par la trahison de Gibbs à un tel point qu'il avait fait abstraction de ce qui se passait autour de lui à cette époque. Et selon Jimmy, c'était impardonnable. Tony n'avait pu compter que sur son soutien durant ces mois difficiles alors qu'il aurait mérité celui de l'équipe.
Il se demandait s'il valait la peine de continuer à travailler ici ou s'il ne serait pas plus heureux de rejoindre le père de Brenna dans son entreprise. Après tout, les deux domaines avaient un point commun : la mort. Il ne serait pas dépaysé par l'activité.
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Pour sa part, Abby repartit vers son labo et se dirigea vers son bureau. Elle prit une boisson dans le petit réfrigérateur qui y avait été installé et s'installa dans son fauteuil. Elle prit le temps de se calmer et de décortiquer les propos de la discussion qui s'était tenue à la morgue. Il lui fallait être certaine d'être dans son droit pour évoquer le sujet avec Gibbs sous peine d'être destinataire d'un blâme qui pourrait la pénaliser.
Il se passa un bon quart d'heure avant qu'elle ne prenne la décision de ne rien faire, il lui serait fatal de tenter une action qui pourrait se retourner contre elle. Après tout, c'était sa colère qui était à l'origine de l'incident. Elle pestait encore et toujours contre les nouvelles mesures qu'elle était désormais obligées de suivre à la lettre.
Durant des années, elle avait passé outre l'obligation de se conformer aux mêmes principes que les autres sous prétexte que Gibbs la soutenait contre les directeurs successifs. Vance avait soudain décidé de tout chambouler et de rendre impératif le respect des protocoles sous peine de voir le laboratoire être fermé définitivement.
Sans labo, elle pouvait dire adieu à son travail. Il était même certain qu'elle ne pourrait alors travailler dans une autre agence fédérale si la révocation de leur accréditation lui incombait que ce soit en partie ou en totalité. Le degré d'implication dans sa fermeture importerait peu, elle en serait responsable et ce serait tout ce qui compterait.
Elle soupira lourdement, termina sa boisson, jeta le gobelet dans le réceptacle de recyclage, se leva et gagna le labo. Elle en fit le tour pour se familiariser avec les nouvelles installations avant de s'intéresser aux appareils, ses 'bébés'.
« Il est temps de voir si vous êtes encore en état de fonctionner normalement, mes chéris » leur dit-elle comme s'ils pouvaient l'entendre et la comprendre. « Abby est de retour et nous allons leur montrer qui nous sommes, LES MEILLEURS. »
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Alors, Grant sera-t-il le prochain à émigrer dans les iles ?
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A bientôt
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Chtimi
