Lily fronça les sourcils en avisant Louise assise sur son lit en train de dessiner alors que le bal commençait dans une heure.
-Tu ne commence pas à te préparer.
Les yeux de Louise quittèrent le carnet de dessin pour se poser sur sa compagne de chambre qui venait juste de sortir de la salle de bain, enroulée dans une serviette aux couleurs de leur maison et les cheveux mouillés.
-Comme tu peux le voir, non.
-Grrr ! Je déteste quand tu te fous de moi.
Louise lança un regard faussement innocent.
-Dépêche-toi d'aller à la douche avant que Alice et Mègue arrive pour monopoliser la salle de bain et te mette en retard.
-Pas besoin.
-T'es déjà douché, demanda incrédule Lily.
-Non.
-Qu'est ce que tu attends pour y aller ?
-Rien.
Et la jeune femme recommença à dessiner sans se préoccuper de son amie. Celle-ci prit place sur le lit de Louise.
-Louise ?
-Hum
Lily essaya de baisser le cahier à dessin pour forcer la jeune femme à reprendre la discussion.
-Louise ?
-Hum.
Lily mit une main sur la page crayonnée.
-Hé, s'indigna Louise. Pousse ta main.
-Pas avant que tu m'explique pourquoi à une heure du bal, tu dessines alors que tu devrais être en train de commencer à te préparer.
-Pourquoi je devrais me préparer pour un bal auquel je n'y vais pas ?
-Tu ne vas pas au bal ?
-Non.
-Mais pourquoi ?
-Parce que ça ne m'intéresse pas d'y aller seule.
-Tu n'as pas de cavalier ?
-Non.
-Mais je pensais que le garçon que tu voyais secrètement t'aurais invité.
-Lily, quand comprendras-tu qu'il n'y a pas de garçon que je vois en secret ?
-Peut-être quand tu arrêteras de disparaitre sans on sache où tu te caches et ce que tu fais.
-Je ne me cache pas, Lily. J'ai juste trouvé un coin dans le château où je peux travailler en paix sans avoir mes frères sur le dos.
-C'est tout ?
-C'est tout.
-Et Terry Arnold ?
-Hein ?
-J'ai vu que le Serdaigle te tournait autour depuis l'annonce du bal, il ne t'a pas demandé de t'accompagner.
-Si.
-Et ?
-Et je lui ai dit que je n'étais pas intéressé.
-Pourquoi, c'est un des plus beaux mecs de Poudlard. Beaucoup de filles se damneraient pour pouvoir l'accompagner au bal et toi qui a cette chance, tu refuses.
-Parce que je ne supporte pas ce garçon. Il est imbu de lui, égoïste et se croit supérieur aux autres. Mais surtout, il traite les filles qui sont avec lui comme des objets, qu'il rejette une fois qu'elles ont perdus l'attrait de la nouveauté. Je ne veux pas être le nouveau jouet d'un gamin pourri-gâté. Franchement, je préfère aller au bal avec Rogue qu'avec cette immonde personne.
-Oui, tu as raison, excuse-moi. Mais je suis un peu triste que tu ne participe pas à la fête.
Louise souleva les épaules.
-Je m'en fous un peu. Je passerais peut-être dans la soirée pour voir comment c'est.
Puis Louise se leva, prit son sac et se dirigea vers la porte.
-Où tu vas, demanda Lily.
-Me mettre au calme. Le dortoir va bientôt être un vrai cirque quand les autres filles vont arriver pour se préparer. Je préfère partir, répondit Louise en se retournant vers la jeune femme.
-Bien. Tu passeras ?
-Oui.
-Promis ?
-Promis.
Lily regarda un instant la porte que Louise venait de fermer. Elle adorait la jeune femme et était heureuse de l'avoir pour amie mais Louise était une fille secrète, pleines de mystères qui rendait de temps en temps Lily mal à l'aise. Tout simplement parce qu'elle n'arrivait pas à cerner son amie, à comprendre comment elle réagissait, comment elle pensait. Lily jeta un regard sur le lit de Louise et avisa que son amie avait oublié son carnet de dessin. Elle le prit dans l'idée de le ranger avant que les autres filles s'en emparent et l'abîment. Elle commença à le ranger dans le tiroir de la table de chevet de Louise quand une irrésistible envie de regarder les croquis de la jeune femme la prit.
Elle s'installa sur un lit et commença à feuiller le carnet. Sur la première page, Louise avait représenté ses deux frères jouant aux échecs dans un des compartiments du Poudlard Express. Sur la suivante, elle avait dessiné Sirius et James, affalés contre une paroi du couloir du train, ils venaient sans doute de se faire jeter du compartiment des triplés Delarose. Lily trouva ensuite une vue du parc de l'école dessiné depuis la fenêtre de leur salle commune. Elle continua à feuilleter les pages du carnet voyant défiler sous ses yeux des scènes de la vie courante de Poudlard. Elle s'arrêta vers le milieu du carnet sur un portrait qui l'intrigua. Au centre de la feuille, Louise avait dessiné le visage de Sirius et en dessous, elle avait représenté un chien noir, un Sinistros, mais dans une position assez déroutante. Le chien avait dans la gueule un journal roulé et se dressait sur ses pattes arrières, ses pattes avants posées sur une traverse de barrière. Mais Lily s'attarda peu sur cette représentation du Sinistros, car ce qui l'intriguait le plus c'était le dessin en haut de la page que Louise avait fait, une silhouette d'un homme mince voir squelettique, les cheveux longs et broussailleux. Dans le visage émincé, elle reconnu les traits de Sirius. Mais un Sirius plus adulte où la dessinatrice avait réussi à retranscrire un regard hanté par pleins de souffrance et de regrets. Lily se demandai bien ce que signifiait cette représentation de Sirius, est-ce une image du futur, est-ce une représentation de l'état d'âme du jeune homme ou juste une image sortant tout droit de l'imagination de son amie. Elle resta un certain temps à fixer cette image, oubliant le monde qui l'entourait et surtout le bal. Ce fut l'entrée des deux autres filles qui partageaient le dortoir qui la fit reprendre pieds dans la réalité. Rapidement, elle glissa le carnet dans le tiroir de la table de chevet de son amie et se dirigea vers son lit pour commencer à se préparer, tout en continuant à se poser des questions sur ce Sirius plein de souffrance.
Mais la représentation de Sirius par Louise lui sorti de l'esprit quand Lily quitta son dortoir pour se diriger vers le lieu de rendez-vous que son cavalier mystère lui avait donné. Elle appréhendait un peu, voir beaucoup cette rencontre. Elle ne pouvait s'empêcher de passer en revu les pires garçons du collège en s'imaginant qu'ils pouvaient être son admirateur secret. C'est avec une angoisse sourde au fond de l'estomac, que Lily arriva sous les arcades et vit un jeune homme de dos. Elle reconnu tout de suite la silhouette du garçon.
-Potter ?
Non, ça ne pouvait pas être lui son cavalier secret, pensa Lily. Ce n'était pas possible. C'était le seul scénario qu'elle n'avait pas imaginé et c'était le pire.
Le jeune homme se retourna un sourire peu assuré aux lèvres qui étrangement fit battre le cœur de Lily un peu plus rapidement.
-Bonsoir Lily, prononça-t-il d'une voix douce légèrement tremblante, passant une main nerveuse et n'osant pas regarder droit dans les yeux la jeune femme. Tu es magnifique ce soir.
Lily ne répondit pas préférant détailler le jeune homme devant elle. Elle s'aperçut qu'elle n'avait jamais vraiment fait attention à James. Elle l'avait très vite catalogué dans les personnes non fréquentables parce qu'elle ne supportait pas les gens qui se faisaient remarquer et encore plus ceux qui humiliaient les autres. Mais le voir se tenir devant elle, le rose aux joues et l'air pas très rassuré, elle comprit une chose. James était un grand timide et le cachait derrière un masque arrogant et prétentieux. Voir le vrai visage de James lui fit comprendre une chose, jamais plus elle ne pourrait le détester.
-Merci, James. Tu n'es pas mal non plus.
James portais une robe sorcière dans les tons automnaux faisant ressortir sa peau encore bronzée et son regard brun qui pour une fois n'était pas caché derrière les verres de ses lunettes.
James sortit d'une poche de sa robe, une petite boite qu'il tendit à Lily.
-J'espère que tu accepteras, dit-il.
Lily prit la boite et souleva le couvercle et trouva une boutonnière faites de fleurs et de rubans, mais surtout cerclé par la chevalière d'or de James. Ce présent était hautement symbolique et assez dérangeante pour Lily au vue de leur relation. Car offrir une boutonnière à sa petite amie était une tradition dans Poudlard et cela signifiait que le garçon s'engageait encore un peu plus envers la fille. Si la jeune femme l'acceptait, elle portait la boutonnière au col de son uniforme affichant ainsi les couleurs de son sorcier. Mais offrir sa chevalière, signifiait tellement plus. C'était le plus souvent suivi d'une demande de mariage. Ce que James venait de lui offrir était trop. Elle ne pouvait accepter. Elle referma le couvercle et le tendit vers James.
-Je ne peux l'accepter James, pas avec les relations que nous entretenons.
-Pourtant j'aimerais que tu l'acceptes.
-Pourquoi James ? Je ne comprends pas.
-Il n'y a rien à comprendre, Lily. Je t'aime, c'est tout. Je t'aime depuis le premier jour où je t'ai rencontré.
-Mais…
James posa deux doigts sur la bouche de Lily.
-Chut. S'il te plait, laisse-moi finir. Après tu pourras dire ou faire ce que tu veux mais laisse-moi finir. Il faut que je te parle, que je te montre ce que j'ai dans le cœur. Pour qu'il n'y ait pas de regrets ni de remords. Tu veux bien ?
Lily acquiesça et James retira ses doigts.
-Dès que je t'ai vu, j'ai su au fond de cœur que tu étais l'unique, celle qui sera à jamais gravé dans ma chair.
Lily ne put s'empêcher de sourire.
-. J'ai joué au coq, j'ai voulu te montrer que j'étais doué, que j'étais quelqu'un d'intéressant, je voulais que tu me remarques. J'ai bien réussi mais pas dans le sens que je voulais. Tu m'as vite pris pour quelqu'un de prétentieux, d'arrogant, d'égoïste et surtout pour quelqu'un de méchant. Je ne suis pas comme ça…
Lily fit une moue septique.
-…Je sais c'est difficile à croire et pourtant. Ma seule excuse si c'en est une, c'est que l'amour peut nous faire faire des choses stupides. Et j'ai fait des choses stupides qui en ont entraîné d'autres et d'autres encore. J'ai mis le doigt dans l'engrenage pour essayer d'obtenir l'amour d'une personne. L'arrivée des triplés et surtout les dernières semaines passées à te côtoyer vraiment, m'ont fait comprendre que j'étais qu'un imbécile. Je veux repartir sur des bonnes bases et pour moi, la meilleure façon s'est de t'offrir mon cœur, qui n'appartient qu'à toi depuis longtemps, à travers ces deux objets.
Lily rouvrit la boite et contempla les deux objets. La chevalière était gravée d'un lion, symbole de la maison Gryffondor, entouré des initiales de James. La boutonnière était faite de petites fleurs des champs entrelacées de rubans aux couleurs des armoiries de la famille Potter, le bleu azur et le blanc. C'était une boutonnière simple qui ne représentait pas du tout l'image que renvoyait James aux autres, celle d'un garçon prétentieux et imbue de lui, d'un gosse pourri-gâté. Elle aurait pu rendre la boite à James, ignorer ses paroles en prétendant qu'elles sonnaient faux, ignorer les quelques semaines où elle l'a côtoyé en commençant à l'apprécier et partir vers la salle de bal ou son dortoir. Oui, elle aurait pu. Mais cette boutonnière, dans sa simplicité montrait ce que cachait le masque. Simplement un petit garçon qui offre un bouquet de fleur cueillit dans les champs à petite fille de son âge et ose un rapide bisou sur la joue de celle-ci. Elle reporta son regard vers James. Elle regarda le jeune homme devant elle mais vit dans le regard inquiet, dans la main qui passait nerveusement dans les cheveux, le petit garçon. Elle craqua. Alors elle sortit de la boite la boutonnière laissant la chevalière au fond. Elle referma le couvercle et tendit la boite à James.
-J'accepte de porter la boutonnière mais pour la chevalière, je pense que c'est encore trop tôt.
James lui fit un sourire qui éclaira son regard en reprenant la boite pour sortir sa chevalière et la passer à son doigt. Il était heureux qu'elle n'ait pas tout refusé et comprenait bien qu'elle n'accepte pas la chevalière mais la porte n'était pas complètement fermée. Il glissa la boite dans la poche et tendit ses mains vers la boutonnière.
-Je peux te l'attacher ?
-Bien sûr.
James prit délicatement les petites fleurs et les accrocha au décolleté de Lily. Il osa un léger baiser sur la joue de la jeune femme qui ne put que sourire. Puis il lui offrit son bras.
-Puis-je t'accompagner au bal ?
-Avec joie, prononça Lily ponctuant sa phrase d'un petit rire.
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