2005年11月.
Une semaine passa après ma réconciliation avec Tetsu, et déjà les emmerdes reprenaient le dessus.
Comme promis, et surtout avec son soutien, je ne buvais qu'une canette de bière toutes les cinq heures, environ. Mais j'avais souvent du mal à tenir. Et pour combler le tout, Masauji avait eu du monde au studio, et donc, il y avait pas mal de boulot, ce qui m'empêcha de sortir pour m'acheter à boire. J'avais dû porter mes lunettes toute la semaine parce que j'avais remarqué que ma vue baissait, ce qui n'était pas un avantage. Mais ce n'était pas ça le pire...
Un soir, en rentrant à la maison, Hyde m'avertit que Laura devait passer pour remplir des papiers qui devraient lui servir pour prolonger son séjour au Japon. A croire que cette femme est comme les mauvaises odeurs : elle nous suivait partout !
Enfin, le jour J-M (Jour-Maudit) était là, et au final j'étais ravie : mes règles étaient là aussi... avec trois semaines de retard ! Jamais je n'avais été aussi contente qu'elles arrivent en retard ! L'inconvénient était que j'avais un mal de chien au ventre, mais au moins, ça me permettait de rester au lit.
J'étais en train de lire "Shining" de Stephen King et de m'angoisser toute seule quand quelqu'un tapa à la porte de ma chambre. A fond dans l'histoire, je fis un bond de chevreuil.
- Ouais ?
C'était Megumi. Voyant ma tête, elle me demanda ce qui n'allait pas.
- Tu m'as fait peur ! Je suis en train de lire un Stephen King.
- Désolée, ma puce. Ca va, ton ventre ?
- Vu les circonstances, c'est largement supportable.
Megumi s'approcha et déposa une bouillotte plus que brûlante au bas de mon ventre. Moi qui craignais le chaud, là, je le bénissais.
- Merci, Meg. Dis, elle est là l'autre ?
- Elle ne devrait pas tarder, m'apprit ma belle-mère en s'asseyant sur le lit. Dis, t'as pensé à ce que tu voudrais pour Noël ?
- Bien sûr. Que Laura dégage, et m'oublie !
Megumi se mit à rire, mais je compris que c'était nerveux.
- Crois-moi, on est deux, même plus... Non, sérieusement.
- Je sais pas. Un livre de Stephen King que j'ai pas encore.
- Il faudra que tu fasses la liste de ceux que tu as déjà, alors.
- Elle risque d'être longue, riai-je, aussitôt stoppée par l'interphone. Fait chier !
- De toutes façons, toi, tu ne bouges pas.
Sur ces mots, Meg sortit de la chambre et referma doucement la porte derrière elle. Je repris ma lecture. Quelques chapitres plus loin, je remarquai que la bouillotte était devenue tiède. Je décidai de me lever pour aller la faire un peu chauffer. Le soucis étant que je devais passer devant Miss-Casse-Noix.
- Allez ma fille, dis-je pour moi-même, y en a pas pour longtemps. Tu dois passer devant elle seulement deux fois, c'est pas la mer à boire ?
La mer non, mais l'océan oui !
Finalement, je me bougeai le derrière et allai à la cuisine sans même un regard en direction du salon. J'entendis juste mon père me demander si ça allait. Je répondis que oui.
De toutes façons, pensai-je, c'est mon corps pas le tien, alors de quoi je me mêle ?
Surprise de recommencer à être violente dans mes pensées, je remplis mon calme-douleur d'eau bouillante et repris le chemin en sens inverse, en faisant cette fois un détour pour aller voir mes parents. Megumi se tenait à l'écart, à regarder "Les Tortues Ninja" avec Hiroki. Quand il me vit, le pitchoune me montra Donatello en train de se battre contre Shreider et sa bande.
- Il est fort, hein ?
- Nan, c'est Raphael le plus fort ! En plus, c'est mon préféré !
- C'est surtout que tu ressembles à Raphael, fit remarquer Hyde, le nez dans des papiers. Des fois, tu me fais penser à lui.
Restant quelques secondes les yeux rivés sur la télé, et voyant que ma tortue préférée n'apparaissait pas, je finis par bouger, en faisant au passage un bisou à mon papa, qui tenta de cacher un sourire gamin. Laura resta à me regarder avec des yeux de merlan fris.
- Annouck, vu ce qu'il reste encore à faire, Laura va peut-être rester dîner ici.
- Bon, ben prévois un couvert de moins, parce que j'ai pas faim.
Furax, je courus à ma chambre et claquais violemment la porte. Il manquait plus que ça. La porte que je venais de fermer en toutes discrétions se rouvrit sur mon père, qui vint s'installer près de moi. Il semblait vraiment désolé.
- Ecoute, je finis ça ce soir. C'est pour éviter qu'elle revienne demain.
- Tu parles. Et dans quelques jours, ça va recommencer. Quelle chieuse ! Jamais elle nous foutra la paix ou quoi ?
- Ann... onegai...
- Papa, me demande pas ça. Je peux pas la supporter, je peux pas la blairer... Je la déteste ! C'est clair ? Elle est rien pour moi, et elle le sait !
- Mais le fait qu'elle soit là n'a rien avoir. Elle se sent pas de rentrer en France, c'est tout.
- Et toi tu gobes ça ? demandai-je, surprise qu'il la croit.
- Non, bien sûr que non. Mais tu veux que je lui dise quoi ? On est dans un pays libre, et tu le sais aussi bien que moi.
M'allongeant, bien calée, j'enchainai les jurons français, espagnols et même arabes. Visiblement à court d'arguments, Hyde se décida à sortir de la chambre.
- Je te ferme la porte, ma puce ?
- Ouais. Merci.
J'attendis quelques minutes, et me penchai sous le lit à la recherche de quelque chose à boire. Je m'ouvris une canette Heineken, et la bus à grandes gorgées. Enervée, et pas encore rassasiée, je m'en pris une deuxième. Finalement, je balançai les cadavres de canettes au-dessus de mon placard sans bouger pour autant. Adam me regarda, l'air de ne pas trop comprendre pourquoi j'étais dans cet état. Me calant sur le côté, vers le mur, je mis mon doudou sous ma tête et pris mon Bourriquet en peluche contre moi. Le sommeil ne tarda pas à me gagner, et il ne fut pas des plus calmes.
