Eh bien alors comment allez-vous chers lecteurs ? vous attendiez la suite ? vous voilà servis. Dites-moi ce que vous pensez de ce chapitre, moi j'en suis très content. Il a mit du temps à être écrit mais il n'y a aucun regret de ma part car sinon tout ça aurait été bâclé. Or on arrive petit-à-petit comme vous pouvez le deviner au début du dénouement de l'histoire. Donc surtout ne rien négliger à ce stade. Je n'ai pas grand-chose à ajouter si ce n'est évidemment une bonne lecture !

On se retrouve pour discuter de tout ça dans les commentaires pour ceux ou celles qui le veulent bien. A bientôt !

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Chapitre 39 : Au pays des fleurs sauvages

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L'oiseau de feu la fixait depuis son perchoir. Sa présence dans le bureau du directeur paraissait surréaliste, mais elle savait qu'avec Albus Dumbledore on pouvait s'attendre à toutes les excentricités.

- Monsieur le directeur ? demanda Hermione en s'avançant dans le vaste bureau.

Il lui tournait le dos, assis dans son fauteuil de velours et occupé à faire elle ne savait trop quoi. Hermione savait pourtant qu'il la regardait. Le phénix était son troisième œil.

- Monsieur ? répéta-t-elle. Je viens vous voir…

- C'est à propos de Drago Malefoy n'est-ce pas ? fit Dumbledore en se retournant d'un coup pour lui faire face.

Attirée par une force invincible, Hermione s'avança vers lui tout en hochant la tête. A chaque pas qu'elle faisait, Dumbledore semblait rajeunir. Sa barbe régressait, ses cheveux se faisaient plus fournis. Quand elle arriva juste en face de lui, elle se rendit compte que deux yeux gris comme l'acier la fixaient au centre d'un visage pâle d'une beauté angélique.

- Dr…Drago ? hoqueta Hermione.

- Tu m'aimes encore, murmura-t-il.

- Non…

- Ah bon ? je ne suis qu'un rêve pourtant…un simple brouillard…un mirage…et pourtant tu me vois. Chaque fois que tu chercheras à me détruire, je renaîtrais de mes cendres pour que tu es le plaisir infini de me voir encore. Je suis un phénix Hermione…

Elle ouvrit les yeux si brusquement qu'elle en eu mal à la tête. Allongée toute seule dans sa tente de campement, Hermione était effrayée par le nouveau cauchemar qu'elle venait de faire. Il s'était passé tellement d'horribles choses durant ses dernières heures à Poudlard, que désormais elle n'arrivait plus à voir cette école que comme un lieu sinistre, où se baladait des fantômes et des souvenirs du passé.

Hermione s'assit et s'extirpa à-demi de son sac de couchage. Elle se sentait affreusement sale, aussi se décida-t-elle à sortir de sa tente pour se rendre au ruisseau qui se trouvait de l'autre côté du plateau.

Harry était partit la veille sur son Eclair de Foudre, et ce matin il fallait que le reste du groupe se mette à nouveau en marche. Sur le plateau, les vents giflaient la figure d'Hermione, mais cela l'aida à se réveiller. Après une quinzaine de minutes de marche, elle arriva au bord du ruisseau. L'eau y était pure et claire, mais elle était aussi glaciale. Après s'être entièrement dévêtue, Hermione en fit l'expérience lorsqu'elle plongea son corps svelte dans le torrent. La froideur de l'eau lui remit les idées au clair et lui fit se rappeler la situation précaire dans laquelle elle se trouvait. Ce n'était pas, mais alors pas du tout le moment de penser à Poudlard et au passé.

Hermione ressortit de l'eau au bout d'un moment, se sentant désormais toute propre. Elle s'ébroua pour tenter de chasser les gouttelettes dans ses cheveux, puis elle récupéra ses affaires pour se rhabiller. Au passage, elle ne manqua pas de formuler un Récurvite ! pour laver ses sous-vêtements avant de les mettre.

- En route tout le monde ! s'écria Hermione en arrivant devant le campement.

Quelques têtes ensommeillées émergèrent par la fente des tentes. Hermione se mit donc en demeure d'extirper de force les corps tout entiers.

- Ça va pas la tête ? grogna Pansy tandis qu'Hermione la tirait hors de sa tente.

- En route j'ai dit ! le soleil s'est levé Pansy !

- Tu ne peux pas attendre deux petites minutes ? mes cheveux ne ressemblent à rien de plus qu'à une serpillère usagée. Laisse-moi me coiffer.

La jolie brune ne l'écoutait déjà plus, s'empressant d'aller réveiller pour de bon Tracey. Pour finir, Hermione vit bien que sa technique rencontrait un certain succès. Ses amis étaient tous de mauvaise humeur, hormis Neville, lorsqu'ils se regroupèrent pour manger un rapide petit-déjeuner, mais au moins étaient-ils tous réveillés.

Ron et Remus n'étaient eux évidemment pas d'aplomb. L'un était assis avec les autres, toussant à intervalles réguliers et reniflant sans cesse, son bras en écharpe plaqué contre son torse. L'autre était allongé sur un brancard, trop faible pour s'asseoir.

- Ta fièvre a baissé, commenta Hermione en touchant le front de Ron.

- Ouais, mais maintenant j'ai chopé la crève.

- Ce n'est rien de plus qu'une petite toux et un vilain rhume. Je préfère ça plutôt que la fièvre. Tu m'as fait très peur Ronald.

- Il a fait peur à tout le monde, ajouta Neville.

- Et vous Remus comment allez-vous ? interrogea Ron.

- C'est pas la grande forme…c'est le moins que je puisse dire…

Le loup-garou avait le visage si émacié qu'on aurait juré qu'il n'avait pas mangé à sa faim depuis plusieurs semaines.

Ce fût à Pansy cette fois-ci qu'incomba la tâche de faire léviter le brancard, lorsque le petit groupe eût replié tentes et bagages puis largué les voiles. La journée qui s'annonçait allait être plus douce et clémente que les précédentes, cela se sentait dans l'air. Le ciel était vide de nuages et le vent s'était calmé.

- Vous croyez qu'Harry reviendra quand ? demanda Ron à tout hasard au bout d'un certain temps.

- Dans quelques jours au pire des cas, répondit Hermione.

- On est loin de l'Angleterre ici quand même. Je vois pas bien qui pourrait nous aider.

- Avec son Eclair de Foudre, Harry peut parcourir l'équivalant de la distance entre le Terrier et Londres en à peine une heure. Si ça se trouve il est même déjà revenu en Grande-Bretagne à l'heure où nous parlons.

- Vaudrait mieux pas pour lui, déclara Dean. Sa tête y est mise à prix, et quasiment tous les soutiens à Harry Potter se sont exilés hors de Grande-Bretagne.

Cette remarque plongea chacun dans un silence morose. Après avoir quittés le haut plateau, ils durent descendre dans un petit vallon où quelques habitants locaux les fixèrent de loin avec soupçon. Quelques chiens aboyèrent en direction de Remus Lupin, mais aucun ne se risqua à l'approcher.

Hermione ouvrait la marche, sa baguette dans sa manche droite et prête à être dégainée à tout instant. Derrière elle suivait le brancard de Lupin, que Pansy faisait léviter. Dean et Neville étaient placés sur les flancs, encadrant ainsi le blessé sur son brancard. Ronald et Tracey formaient l'arrière-garde, vérifiant en permanence que le petit groupe n'était pas suivi. Qu'est-ce qu'il fait doux pour une journée de novembre, songea Hermione. Est-ce l'air de la montagne qui produit cet effet-là ?

Mais la vérité, c'était que ni elle ni ses amis n'étaient encore arrivés dans les montagnes. Cela lui faisait peur à vrai dire, car les seules montagnes qu'elle avait fréquentées était les monts Grampians, les pics rocheux qui s'élevaient autour de l'école de Poudlard et dans la majeure partie de l'Ecosse. Or là, les montagnes vers lesquelles elle grimpait semblaient bien plus hautes et hostiles. Elle apercevait en effet constamment les pics enneigés de lointains sommets quelque part vers le sud. Ce sont des glaciers, songea Hermione. Des neiges éternelles.

- Arrêtons-nous, décréta Pansy lorsqu'ils eurent atteint le bout du petit vallon et qu'ils se retrouvèrent au pied d'une colline boisée.

- Je n'aime pas ces bois, fit remarquer Ron. Qui sait ce qui pourrait s'y cacher ?

- Ouais en effet, tu n'as pas tort gamin, approuva Remus depuis son brancard.

- Je ne suis pas un gamin…

- Ron arrête s'il te plaît, le rappela à l'ordre Hermione. Est-ce qu'il nous reste des vivres ?

- C'est pas fameux, déclara le rouquin en farfouillant dans le sac qui contenait la nourriture et les gourdes remplies d'eau.

- Qu'est-ce qu'il nous reste ?

- Bah il y a nos sept gourdes qui sont pleines, plus une outre de vin. Et il y a deux flacons de rhum aussi. Pour la nourriture, il reste une dizaine de légumes, deux-trois grappes de raisin sec, des biscuits, du chocolat, cinq cuisses de poulet, trois boîtes de sardines et un peu de piment.

- C'est tout ?! s'esclaffa Tracey. On va tenir combien de temps avec ça ?

- Ne soyez pas idiots, déclara Remus. Vous n'avez qu'à acheter à manger auprès des habitants. Ça m'a l'air d'être une région de pâturages, vous trouverez bien des gens qui vendent de la viande, du lait, du fromage et même des fruits avec de la chance.

- Le petit problème c'est que nous n'avons pratiquement plus d'argent, rétorqua Neville. A peine un peu de monnaie moldue grâce à Hermione.

- Et les gallions ? vous en avez ? interrogea Remus.

- Euh…oui 163 gallions en pièces d'or. A nous sept. Harry a dû emporter sa bourse avec lui.

- Eh bien voilà ! l'affaire est réglée ! attendez que je vous montre comment on falsifie des gallions en monnaie moldue, ça va vous sauver la vie.

- C'est illégal cela, contesta Hermione.

- En guerre comme en amour tout est permis, lui rappela Ron. Tu connais ce proverbe 'Mione ?

- Oui je connais, et je déteste.

Le rouquin éclata de rire sous le regard noir de son amie. Celle-ci n'ajouta rien cependant car la discussion était close.

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Le soir tomba très vite dans le vallon, et la température se rafraîchit sensiblement. Pour se distraire pendant qu'il montait la garde, Dean avait organisé un tournoi de bataille explosive. Vu que c'était l'heure du dîner, il n'y eu que Remus Lupin qui joua avec lui au début. Mais rapidement deux friands de tournois, Ron et Neville se joignirent à eux, suivis par Pansy et Tracey qui étaient venus observer le jeu. Pour s'éclairer, ils avaient tous allumés leurs baguettes avec des Lumos maxima ! formulés le plus fort possible.

Située à l'écart de cette joyeuse bande, Hermione était anxieuse. Elle n'aimait pas les bois qui recouvraient la colline juste devant leur campement. Elle n'aimait d'ailleurs pas non plus toutes les collines qui entouraient le vallon et qui lui bloquaient la vue sur l'horizon. Là où elle se trouvait, elle se sentait comme un rat dans une cuvette. Harry reviens vite s'il te plaît, pensa-t-elle. Reviens vite où nous allons perdre tout notre courage.

- Hermione tu viens ? scanda Ron.

- Je monte la garde à la place de Dean.

- Oh soit pas rabat-joie ! viens jouer un peu ! ça va te détendre !

A contrecœur, la jeune femme s'assit en tailleur auprès du reste du groupe. Elle farfouilla dans son sac et en sortit un des quelques livres qu'elle avait pu emporter du Terrier. Elle se mit à lire sans s'arrêter, jusqu'à ce que ses paupières soient alourdies par la fatigue. A ce moment-là, elle se rendit compte qu'elle venait de relire la même phrase quatre fois d'affilée sans en comprendre le sens. Il était vraiment temps pour elle d'aller dormir.

- Dean, réveille-moi quand ce sera mon tour de prendre la garde.

- Ça marche Hermione.

La belle brune s'en alla alors dans sa tente et ferma les yeux en priant pour ne pas refaire le même cauchemar que celui de la nuit précédente. En réalité, elle n'eut même pas le temps de sombrer dans le sommeil qu'un hurlement lugubre la réveilla. Et c'est alors qu'elle comprit que le cauchemar ce n'était pas dans sa tête, mais dans le monde réel. Greyback venait de les retrouver.

Hermione se précipita hors de sa tente avec la grâce féline d'une panthère, sa baguette en main. Autour d'elle, le campement était plongé dans le silence et la pénombre. Debout, allongés ou assis, ses amis ne produisaient pas le moindre son. Elle les aurait pris pour des statues de pierre s'il elle n'avait pas perçue la respiration de certains d'entre eux. Certains, car d'autres avaient tout bonnement arrêté de respirer.

- Oh bordel, parvient à murmurer Pansy. J'y crois pas…ils sont là…les loups…

- Pansy ! lui chuchota Hermione. Pansy on ne peut pas rester ici immobiles comme des statues ! Ils nous flairent tu comprends ? ce n'est pas en restant sans bouger qu'ils vont aller voir ailleurs.

Un nouveau hurlement résonna dans la nuit, faisant écho au premier. Le son venait du vallon, et il glaça le sang d'Hermione dans ses veines.

- Remus ? demanda-t-elle. Ce n'est pas la pleine lune. Comment se fait-il… ?

- Je vous expliquerais tout ça quand nous serons en sécurité. Décampons les jeunes ! nous allons nous cacher dans les bois ! vite !

Comme par magie, il y eu un brusque déclic, chacun sortit de sa torpeur et commença à s'activer pour débarrasser le plancher. Sans un mot, sans une lumière, sans un bruit, chacun replia sa tente, remballa ses affaires et mit son sac sur ses épaules. Dean souleva Remus de terre pour le porter sur son dos car le brancard risquait d'être trop encombrant dans les sous-bois. Sans se précipiter, le petit groupe se dirigea vers la forêt qui recouvrait la grande colline. Le terrain était pentu, creusé de ronces et d'ornières, voir même de fossés. Dans le noir, ce fût un miracle que personne ne se brise une cheville en tombant dans une fondrière ou ne s'étale de tout son long dans un bosquet de ronces. Sous le couvert des arbres, le terrain devient encore plus pentu, il fit encore plus sombre et les dangers devinrent encore plus grands. A un moment, Hermione faillit trébucher sur une immense racine, mais elle parvient à garder son équilibre in extremis et à poursuivre sa route.

- Il faut que nous grimpions à un arbre, déclara Remus. Là-haut dans les branches, le vent et l'odeur du feuillage des arbres masquera notre odeur.

- Cet arbre-là pourrait convenir, non ? demanda Pansy en désignant un grand orme.

- Oui parfait. Montons donc à cet arbre, décréta Remus.

- Elasticus ! scandèrent-ils tous ensemble.

Hermione fût celle qui arriva sur la branche la plus basse. La jeune femme avait l'impression d'être dans un de ses rêves, et elle s'attendit même à voir surgir Drago. Un bref instant, elle eut peur d'avoir des hallucinations à cause du manque de sommeil et de la faim qui lui nouait l'estomac, mais finalement elle repensa à Fenrir Greyback, et toute son énergie se focalisa sur cette pensée. A la lueur de la lune, Hermione parvient à localiser ses amis, tous perchés sur des branches non loin de la sienne. Elle fit un petit signe de la main à Ron pour lui dire que tout allait bien, et il lui sourit en retour.

La branche de l'orme était grande, large et noueuse, mais Hermione avait peur de tomber, aussi appuya-t-elle son dos contre le tronc de l'arbre en laissant ses jambes pendre dans le vide de chaque côté de la branche. Par un sortilège de glue, elle colla son sac à dos contre l'écorce et entreprit de l'ouvrir pour y dénicher la trousse de pharmacie. Une fois qu'elle eut la trousse de secours en main, elle la lança à Ronald après l'avoir préalablement averti. Il la rattrapa prestement en la remerciant tout bas. Hermione avait le corps tendu comme un arc, l'oreille tendue en avant, les pupilles dilatées par la peur. Ses mains serraient la branche de l'arbre comme une bouée de sauvetage qu'il ne fallait lâcher à aucun prix.

- Ils sont là, lui murmura Remus au-dessus de sa tête.

Effectivement, pensa aussitôt Hermione. Elle se plaqua à l'horizontale, se camouflant le visage dans le feuillage, les bras noués à la branche de l'orme. En contrebas, des grognements gutturaux se firent entendre. Une odeur de fauve monta aux narines d'Hermione, qui dû se pincer le nez pour ne pas tousser à s'en étouffer. Dans les branchages, chaque membre du petit groupe était à nouveau immobile comme une statue. Combien de temps restèrent-ils ainsi sans bouger, en osant à peine respirer par la bouche ? nul n'aurait su le dire. Ce qui fût certain, c'est que les ténèbres les recouvrirent entièrement lorsque des nuages voilèrent la lune. Et lorsque le vent se leva, hurlant comme un arriéré dans l'air glacial, le désespoir commença à gagner tout le monde.

Hermione avait les bras et les jambes ankylosés à force de s'agripper à la branche de l'arbre. Elle n'osait pas regarder en bas, de peur que l'un des loups ne la repère et ne se mette en tête de grimper à l'arbre pour la dévorer. Lorsque quelque chose lui toucha l'épaule, elle faillit hurler, mais une main se plaqua sur sa bouche juste à temps pour que pas le moindre son ne soit produit.

- C'est moi Hermione, déclara Remus. N'ai pas peur, j'ai juste besoin que tu me fasses boire ceci.

Dans l'obscurité, Hermione eut bien du mal à voir de quoi il parlait.

- C'est une fiole, ajouta Lupin en lui mettant l'objet dans la main. Décapsule-la et fais-moi boire son contenu. Ça va me métamorphoser en loup.

- Qu…quoi ? mais vous êtes fou ?! qu'est-ce qui vous prend ? gronda la jeune femme tout bas.

- C'est la meilleure solution que nous avons Hermione. On ne peut plus fuir, nous devons nous battre maintenant. Moi je n'y arriverai pas dans ma peau actuelle, mais avec mon deuxième pelage j'ai des chances de mettre quelques-uns de mes anciens camarades en pièces.

- Qu'est-ce qu'il y a dans cette fiole ? répondez-moi !

- De la rosée de lune. Voilà comment on fait pour prendre notre forme de loup en dehors des phases de pleine lune. La rosée de lune est une plante dont on se sert pour faire des potions souvent néfastes pour les sorciers, comme le philtre de Mort Vivante qui plonge celui qui le boit dans un sommeil profond. Le philtre de rosée de lune pure est destiné à ceux que l'on appelle les loups-garous, comme moi. Le philtre provoque dans le corps la métamorphose en loup. Tu as compris ?

- Oui, murmura-t-elle. C'est très dangereux ce que vous faites.

- La gangrène ronge mon épaule Hermione. A long terme je suis condamné si Harry ne revient pas rapidement avec du secours. Mais tu veux que je te dise…ce n'est pas de ça dont je souffre le plus. Je souffre depuis mes cinq ans d'être ce que je suis, d'être jugé à chacun de mes actes parce que je suis un loup-garou. Chaque mois à la pleine lune je passe une nuit entière à me battre avec moi-même, et chaque combat est plus épuisant que le précédent. J'ai rejoint la bande de Greyback en tant qu'espion pour l'Ordre quand j'ai appris ce qui était arrivé à Poudlard et la mort de Dumbledore. Quatre mois passés avec lui, et j'en ai tué des êtres vivants, même si c'étaient des animaux dans mon cas. J'y ai veillé. Le loup à peur de l'homme Hermione, tu le sais sans doute. Notre double nature est en ce sens paradoxale, empreinte d'une souffrance infinie. Les discriminations que subissent les loups-garous depuis des siècles, le fait qu'ils doivent se cacher, tout cela est juste en un sens. Fenrir Greyback prétend se libérer par l'exaltation de sa puissance destructrice de fauve, mais il n'a pas compris que la vie de loup-garou n'est pas souhaitable, en aucun cas. La vie d'homme est souhaitable, la vie de loup aussi, mais pas un mélange des deux. Nous sommes une perversion de la nature, alors si au lieu de persécuter les loups-garous nous les laissions prospérer, qu'adviendrait-il ? Greyback est comme Lord Voldemort, il veut un monde à son image, mais s'il était un vrai loup alors il saurait que le loup n'est un tueur que par instinct et que jamais, jamais il ne cherche à tuer ni à mordre pour le plaisir.

- Pourquoi vous dites tout ça Remus ? murmura Hermione.

- Parce que ça fait longtemps que je ne me suis pas confié à quelqu'un.

- J'espère que votre femme…Nymphadora va bien. Et le petit aussi…j'ai appris qu'il était né au printemps. Est-ce que par hasard il est…

- Non, Merlin soit loué il est tout ce qu'il y a de plus sain. Je vais te dire une dernière chose avant que tu ne me fasses boire la rosée de lune : le fléau ne se transmet pas par les gènes, il se transmet par la morsure. On ne naît pas loup-garou, on le devient. La morsure est un poison, un venin, et seule la morsure transmet le fléau.

Un bref instant, un rayon de lune permit à Hermione de voir son visage et toutes les cicatrices qui y étaient marquées pour toujours.

- Vous souffrez…

- Nymphadora m'a apporté la paix.

D'un geste impérieux, Remus Lupin lui fit signe de lui servir le filtre de rosée de lune. Hermione s'exécuta, même si elle se sentait de plus en plus mal à l'aise. Une fois la fiole vidée, elle la rangea dans ses affaires. Erreur fatale, car à peine tourna-t-elle la tête que Remus Lupin s'éclipsa, la laissant seule à nouveau sur la branche de l'orme. S'il n'y avait pas eu les loups en contrebas, elle lui aurait hurlé de revenir, mais malheureusement elle ne pouvait rien dire sous peine de se faire repérer aussitôt.

- Hermione qu'est-ce qui se passe ? maugréa Ron depuis une branche voisine.

- Remus a pris l'initiative de boire un filtre qui va le transformer en loup.

- Mais…mais il a perdu la raison ? il va nous faire repérer !

- Je crois que c'est son but…

La fin de sa phrase fût couverte par un hurlement de loup si poignant que même le vent sembla s'arrêter de souffler pour l'écouter. Aussitôt, des grondements féroces retentirent alentour.

- Parfait, marmonna Ron. Si Lupin veut qu'on se batte, eh bien on va se battre. Un peu d'action ça fait jamais de mal dans une vie, qu'est-ce que t'en dis 'Mione ?

Et sur ce, le rouquin arracha le bandage qui repliait son bras en métal, il tâta celui-ci et fit jouer les articulations, puis il saisit sa baguette et sauta du haut de sa branche. Cette fois-ci, Hermione cria. Sans réfléchir, elle sauta à son tour pour dissuader Ron de commettre une folie pareille et le forcer à remonter dans l'arbre.

La chute fût rude, elle s'écorcha le genou en atterrissant sur le sol, mais elle parvient rapidement à se relever. Au pied de l'arbre, Ron était déjà aux prises avec un loup à la taille impressionnante qui ne cessait de claquer des mâchoires en grondant. Le rouquin parvenait à tenir le fauve à distance grâce aux sortilèges qu'il ne cessait de formuler à toute vitesse. Hermione ne se rendit pas compte tout de suite que Dean, Neville, Tracey et Pansy avaient eux aussi sauté du haut de l'arbre, mais elle ne tarda pas à entendre leur respiration saccadée.

- Qu'est-ce que vous faites tous ? dit-elle d'une voix sourde.

- Hermione, à partir de maintenant une seule règle tient : on ne parle pas, on agit, répliqua Pansy.

La jeune femme n'en croyait pas ses oreilles. Elle aurait pu jurer qu'elle se trouvait dans un de ses rêves tellement cette nuit-là était irréelle. Cependant, elle n'était pas dans un rêve. Le coup de patte d'un loup qu'elle évita de justesse le lui rappela à temps. Il était étrange de se dire que sous le pelage de la bête se trouvait un homme comme elle, même si cela n'attendrissait pas plus Hermione que cela. Qu'ils soient des bêtes de temps en temps soit, mais boire de la rosée de lune pour être sans cesse des loups, c'était quelque chose de si abject et malsain qu'Hermione ne pouvait avoir que du mépris pour les hommes qui se cachaient sous leur peau de loup.

- Ils boivent de la rosée de lune ! scanda-t-elle pour que tous ses amis entendent. C'est Remus qui me l'a dit ! ça explique pourquoi ils sont des loups alors que ce n'est pas la pleine lune !

- Hermione c'est super intéressant tout ça mais pour le moment on doit sauver notre peau ! rétorqua Neville.

- INCARCEREM ! hurla Ron juste à côté d'eux, emprisonnant le loup avec lequel il se battait dans des chaînes d'acier. HERMIONE DERRIERE-TOI !

Elle se retourna juste à temps.

- Petrificus totalus ! formula-t-elle à toute allure, envoyant rouler au sol un loup de petite taille mais à l'air terriblement agressif.

Les yeux jaunes de la bête fusillèrent Hermione du regard, mais à cet instant précis la jeune femme sentit que quelque chose naissait en elle, comme une boule de chaleur, de courage et de force qui la rendait insensible à la peur. Elle porta brièvement la main à son cou pour toucher son médaillon. Depuis combien de temps ne s'était-elle pas battue ? ça devait remonter au Département des Mystères, quand elle avait seize ans. Pour un membre de l'Armée de Dumbledore, ça remontait à bien trop longtemps.

Soudainement, Ronald lui saisit le bras avec sa main en métal et l'entraîna à sa suite. Il fit bien, car elle et lui étaient menacés d'encerclement par les loups-garous. Comme lors de la nuit de pleine lune où ils avaient attaqué les gitans, les loups surgissaient des ténèbres sans signes avant-gardistes. Et comme lors de la nuit de pleine lune, Hermione n'eut pas le temps de tous les compter. Ron l'entraîna vers la crête de la colline, au beau milieu des fourrés. De Remus Lupin il n'y avait nulle trace, mais Hermione voyait Neville courir à côté d'eux et elle entendait derrière elle les voix de Dean, Tracey et Pansy qui hurlaient des sortilèges afin de ralentir les loups. Les mains et les bras en sang à cause des ronces et des ornières qu'elle avait traversé, Hermione commençait à avoir de plus en plus de mal à marcher à cause de son genou écorché. Elle passa un bras autour des épaules de Ron, laissant celui-ci la porter à moitié. Toujours blessé au bras et enrhumé, Ron Weasley faisait pourtant preuve en cet instant d'une force et d'une détermination qu'Hermione lui avait rarement vue. Cependant, ils étaient lents tous les deux malgré toute leur bonne volonté, trop lents face à des fauves assoiffés de sang. Alors qu'ils allaient gravir un talus, un gigantesque loup au pelage gris hirsute et aux terrifiants yeux jaunes se dressa devant eux.

Ron leva sa baguette :

- Incar…

Le loup se jeta sur eux, envoyant un coup de patte sur Ron, qui perdit l'équilibre et tomba lourdement au sol. Hermione ramassa rapidement la baguette de son ami et la lui lança au moment où le loup allait mener une seconde offensive.

- C'est lui…c'est Greyback, grogna Ron en se relevant péniblement.

Le loup sembla l'entendre et le comprendre, il se mit debout sur ses deux pattes et poussa un hurlement sinistre. Alors, sous les yeux horrifiés des deux jeunes gens, il commença sa métamorphose en homme.

- De la chair fraîche, voilà qui semble appétissant, déclara Fenrir Greyback en se pourléchant les babines.

- Impédimenta ! s'écria Ron.

Le rouquin n'attendit même pas de voir si son sortilège atteignait sa cible. Il saisit à nouveau le bras d'Hermione et se mit à courir à toute allure en contournant le talus. En sentant le souffle de Greyback sur ses talons, Hermione occulta la douleur qu'elle ressentait dans son genou ou dans ses mains et elle força l'allure. Lorsqu'elle atteignit la crête de la colline, elle parvient à se camoufler dans un buisson avec Ron. Neville les rejoignit rapidement, soufflant comme un buffle.

- Dean…je l'ai entendit crier…j'espère qu'il s'en est tiré…Pansy…elle arrive…Tracey est restée en arrière…où est-ce qu'il est…Lupin ?

- Il faut qu'on transplane Neville…je sais pas où…mais il le faut, répondit Hermione d'une voix tout aussi essoufflée.

- On y arrivera jamais…si on est tous…dispersés…je vais envoyer un signal de détresse…on se retrouve tous en bas de la colline…d'accord ?

Hermione acquiesça. Muette de peur, elle écoutait les bruits alentours. Peu à peu, à la place des hurlements de loups, c'était des cris d'hommes qu'elle entendait.

- Je sais où vous vous cachez ! gronda la voix de Fenrir Greyback non loin d'eux. Venez par ici mes petits agneaux ! on ne vous fera pas de mal si vous êtes sages c'est promis !

Même s'il était redevenu un homme, Greyback empestait le fauve, un mélange de sueur, d'excréments et de sang qui formait une odeur infecte.

- Hermione à mon signal on dévale la colline, chuchota Ron. Un…deux…trois…go !

Ils bondirent d'un coup hors du buisson et se mirent à courir à toute allure, dévalant la pente abrupte de la colline boisée. Sur ce versant, les arbres avaient quasiment tous perdus leurs feuilles, aussi y voyait-on beaucoup plus clairement. Cependant, le terrain était difficilement praticable car des pommes de pin jonchaient le sol, et de nombreux arbres morts abattus par des tempêtes s'étaient écroulés à terre.

- AVADA KEDAVRA ! hurla Greyback en voyant les deux jeunes sorciers s'enfuirent.

Le sortilège de mort troua le sac à dos de Ron, sans toucher son propriétaire. En tournant brièvement la tête, Hermione vit d'autres hommes à travers les arbres. On les repérait car ils éclairaient devant eux avec leurs baguettes. Plusieurs éclairs de lumière verte crépitèrent tout autour d'elle, l'obligeant à accélérer l'allure. En dévalant la pente de la colline, elle passa sous un immense tronc d'arbre mort, puis elle sauta par-dessus un fossé et glissa le long d'un talus terreux, Ronald toujours à ses côtés. Derrière eux ils entendaient par moments les voix de leurs amis qui hurlaient des enchantements. Mais ce qu'elle entendait surtout c'était les pas de course des hommes qui étaient sur ses talons. Hermione courait toujours, lorsque sans prévenir Ron l'enserra par la taille et la plaqua brutalement au sol. Des chandelles dansèrent devant les yeux de la jeune femme, aussi cligna-t-elle des yeux avant de se rendre compte que ses lèvres frôlaient celles de Ron. Elle tenta de calmer sa respiration, mais aussi sa gêne lorsqu'elle remarqua qu'elle était allongée sur le rouquin.

- Je viens de te sauver la vie, marmonna Ron.

Hermione écarquilla les yeux et leva la tête pour voir l'entaille dans l'écorce de l'arbre le plus proche, à l'endroit où le sortilège de mort avait percuté l'arbre, juste à la hauteur de sa tête.

- Merci…

- Il n'y a pas de quoi.

- Qu'est-ce que vous faites ? s'exclama Neville en arrivant auprès d'eux au pas de course. Ce n'est pas le moment de s'embrasser vous deux ! vous vous êtes cru au Terrier ?

Ron marmonna des explications inintelligibles tandis qu'Hermione se relevait prestement, le rouge aux joues. La jeune femme releva son ami, puis tous deux se remirent à descendre la colline. Dans les profondeurs du sous-bois, le ballet de lumières produit par les sortilèges qui jaillissaient de cent baguettes différentes aurait pu être magnifique si la situation n'était pas aussi dramatique.

C'est à bout de souffle que Ron et Hermione arrivèrent en bas de la colline. Neville était déjà là, reprenant lui aussi son souffle tant bien que mal.

- J'ai envoyé…le signal de détresse, déclara-t-il. Une fois que…les autres arrivent…on transplane sans tarder…peu importe…les conséquences.

- Et Remus alors ? s'inquiéta Hermione.

Le mutisme de Neville l'effraya plus que s'il eût répliqué. Pour tenter de faire redescendre la tension, Ron fit signe à Hermione de se concentrer sur le danger potentiel qui pouvait surgir sans prévenir derrière eux. Tous les trois attendirent ainsi dans l'obscurité, n'osant pas allumer de lumière de peur de se faire immédiatement repérer par Greyback et sa bande. Ils attendirent encore et encore, sans que ni amis ni ennemis ne se découvrent sous leurs yeux. Hermione se mit à frissonner, et même si elle parvient en partie à se persuader que c'était uniquement dû au vent qui soufflait, elle savait au fond d'elle qu'elle tremblait parce que ses amis manquants ne revenaient pas. Totalement vidé de ses forces à cause de la course-poursuite qu'il venait de vivre, Ron s'affala de tout son long sur le sol de la forêt et ferma les yeux en priant Neville de bien vouloir le réveiller si jamais un danger se présentait. Hermione le regarda dormir avec envie, souhaitant elle-même se reposer. Mais la peur la rendait complètement réveillée et alerte, et elle se doutait bien qu'il en allait de même pour Neville.

Un bruit de pas et des gémissements se firent entendre. Ron releva la tête et ouvrit les yeux, baguette brandie. Neville et Hermione scrutèrent les bois, prêts à frapper au moindre signe de danger. Cependant un soupir de soulagement audible sortit de leurs bouches lorsque Tracey arriva auprès d'eux. Ce soupir fût de courte durée : Tracey était couverte de sang des pieds à la tête.

- Oh pu…tain ! s'exclama Neville. Tracey…ça va ? qu'est-ce qui s'est passé ?!

- Ce n'est pas mon sang ! expliqua aussitôt une Tracey qui semblait malgré tout bouleversée. C'est Dean…il a…il a déchiqueté le corps d'un loup-garou avec un sortilège d'explosion…ça a fait un geyser de sang…il y en avait partout…

Ron se leva d'un bond et enlaça Tracey en lui murmurant des paroles de réconfort, puis il s'occupa de la laver de tout ce sang avec plusieurs Récurvite ! formulés à la chaîne.

- TRACEY ! s'égosilla soudain quelqu'un depuis les profondeurs de la forêt. Tracey tu es là ?!

- Nous sommes là Pansy ! répliqua Hermione, qui avait immédiatement reconnue la voix de l'ex-reine des Serpentard.

- Oh Merlin soit loué vous êtes vivants ! soupira Pansy en accourant à leurs côtés.

- Pansy où est Dean ? la questionna Neville. Et où est Lupin ?

- Sur votre droite…n'y allez pas…il y a…il y a un dénivelé avec une corniche…et en-dessous un profond ravin…

- Un ravin ? et alors ?

- J'ai failli y tomber. C'est tellement traître ce terrain…de loin on croirait qu'il s'agit d'un fossé à cause de l'obscurité, mais en réalité il y a une autre colline. Elle est séparée de cette colline-ci par un ravin au fond duquel il y a un ruisseau qui coule. J'ai vu des loups-garous tomber dans le ravin en hurlant…et Dean y est tombé aussi je crois.

- Tu crois ? donc tu n'es pas sûre ? allons vérifier pour en avoir le cœur net, déclara Neville.

Personne ne s'opposa à ce projet, aussi allèrent-ils tous dans la direction que leur indiquait Pansy. Ils ne tardèrent pas à percevoir des hurlements de loups, et au bout d'un moment ils aperçurent un promontoire rocheux surélevé. On ne pouvait l'atteindre qu'en suivant un sentier extrêmement étroit qui formait une boucle en lacet.

- Le sentier est bloqué par les loups, remarqua Neville.

Il n'y avait plus d'hommes, remarqua également Hermione. Avaient-ils tous pris à nouveau leur rosée de lune ? probablement.

- Nous sommes cernés, déclara Ron.

En effet, des yeux jaunes les encerclaient de toutes parts, lumières uniques dans un océan de ténèbres. Ron, Hermione, Tracey, Pansy et Neville se collèrent les uns aux autres en formant un cercle approximatif, chacun brandissant sa baguette dans une direction différente. Tous les cinq saignaient, et l'odeur de leur sang excita considérablement les loups, qui se mirent à gronder et à racler la terre meuble avec leurs griffes. Ils n'attaquèrent pas tout de suite cependant, car tous les cinq étaient des animaux blessés aux yeux des loups, donc susceptibles d'être bien plus résistants et agressifs.

- Cave inimicum ! Protego totalum ! formula Hermione en pointant sa baguette devant elle.

- Ça ne servira à rien, affirma Pansy. Ils passeront quand même les sorts de protection.

- Un sortilège ne sert jamais à rien. Cela les ralentira.

A ce moment-là, un hurlement d'une beauté sauvage inouïe retentit dans l'air nocturne. Tout le monde, loups y compris tourna la tête. Sur les hauteurs du promontoire rocheux, un loup hurlait, la tête renversée en arrière. La pureté du cri fascina Hermione à un point qu'elle n'aurait jamais cru possible. Tout cela se brisa pourtant lorsqu'un autre loup eu la témérité d'emprunter le sentier et de remonter le chemin en lacet jusqu'en haut de la corniche. Le loup qui hurlait à la lune se retourna pour toiser le nouvel arrivant, découvrant les crocs pour lui signifier que le promontoire était son territoire.

- Fenrir Greyback et Remus Lupin, murmura Hermione. L'Alpha et l'Omega. Le mâle dominant et le mâle banni.

- Qu'il détruise donc le loup Fenrir ! s'exclama Ron. Ça fera peut-être se débander le reste de la meute.

Les deux loups se tournèrent autour, chacun jaugeant la force de l'autre en envoyant des coups de patte menaçants en direction de l'adversaire. La lune n'était plus voilée par les nuages, et sa lumière blafarde éclairait parfaitement le dramatique spectacle qui s'apprêtait à avoir lieu. En contrebas, un silence crispant s'installa. Hermione et ses amis remarquèrent rapidement que les loups s'étaient désintéressés d'eux, aussi choisirent-ils de diriger leurs regards également sur le combat qui allait commencer en haut du promontoire rocheux. Ron fut le seul cependant à tourner le dos à ses amis pour pouvoir continuer de tenir à l'œil les bêtes qui les encerclaient.

Le loup qui était Lupin avait belle allure de loin, avec son pelage gris argent et son corps mince mais musclé. Le loup qui était Greyback avait une taille plus imposante et un pelage gris foncé hirsute tirant sur le brun. Une fois que les deux bêtes eurent terminé le round d'observation, elles attaquèrent en même temps une première fois. La lutte fût brève mais d'une violence inouïe, si terrifiante que Hermione ferma les yeux quelques secondes. Le grand loup gris-brun poussa un gémissement de douleur, mais ne tarda pas à repartir à l'attaque. Les deux loups se griffèrent à tous les endroits du corps qu'ils pouvaient atteindre, puis ils roulèrent ensemble dans la poussière en tentant d'égorger l'adversaire avec leurs puissantes mâchoires garnies de crocs acérés. Le loup maigre au pelage argenté avait clairement l'avantage, ses coups de pattes et ses coups de dents atteignant la plupart du temps un endroit sensible du corps. Son adversaire encaissait cependant bien mieux les coups. Au bout d'un nouveau round d'observation, les deux mâles se mirent debout sur leurs pattes arrière et se jetèrent l'un sur l'autre en poussant des grondements effrayants. Le loup maigre au pelage d'argent perdit l'équilibre au bout d'un long moment de lutte, et son adversaire en profita pour refermer ses crocs sur l'une de ses pattes. Le loup au pelage d'argent se débattit désespérément, mais ce ne fût que lorsqu'il se jeta à la gorge de son ennemi que celui-ci retira ses crocs de la patte prisonnière. Le loup au pelage d'argent était cependant sérieusement blessé, et il boitait désormais. En contrebas, les loups encouragèrent leur mâle Alpha par des grondements pour qu'il achève l'Omega.

- Hermione, murmura Ron en la tirant par la manche. Hermione…regarde là-bas…

- Quoi ? fit-elle en plissant les yeux. Il y a…une silhouette oui…et alors ?

- C'est Dean. Il pointe sa baguette sur la meute de loups. Je ne sais pas pour toi, mais moi je la sens très mauvaise cette initiative.

- Dean…mais il n'est pas tombé dans le ravin ?

- Faut croire que non. Mais il est en train de marcher là, et il boite. Je ne sais pas ce qu'il lui est arrivé mais il est dans un sale état si tu veux mon avis.

Hermione fit de grands gestes à Dean pour l'inciter à rester à l'écart et ne pas tenter d'attaquer les loups par surprise. Il ne la vit pas, ou ne voulut pas la voir, et il leva sa baguette derechef. Tandis que sur la crête rocheuse les deux loups mâles reprenaient leur round d'observation, la voix grave de Dean Thomas claqua comme un coup de fouet dans le silence nocturne :

- Exustionem !

Le sortilège d'explosion éclata comme la foudre et ravagea tout ce qui se trouvait à plusieurs dizaines de mètres à la ronde. Pansy, Ron, Hermione, Tracey et Neville se retrouvèrent plaqués à terre, tandis que tout autour d'eux de nombreux loups mouraient déchiquetés en morceaux par le sortilège de bombardier. En une fraction de seconde, la meute toute entière se débanda, et les nombreux loups qui avaient été sauvés par leur éloignement s'empressèrent de s'enfuir dans les bois. Les charmes de protection jetés par Hermione permirent à elle et ses amis d'avoir la vie sauve. Cependant le sortilège causa de grandes fissures dans le sol rocailleux, et la terre se mit à trembler. En haut, sur la corniche, le souffle brûlant de la déflagration expulsa dans les airs les deux loups mâles. L'un d'entre eux se raccrocha d'extrême justesse au promontoire à l'aide de ses griffes acérées. L'autre parvient à se maintenir tout entier sur l'éminence rocheuse, mais il se brisa une patte en s'écrasant contre un imposant rocher. En boitant, le grand loup au pelage hirsute et aux terrifiants yeux jaunes s'avança jusqu'au bord du promontoire et contempla de haut son adversaire qui s'y agrippait désespérément pour ne pas tomber dans le ravin. Le mâle Alpha se dressa sur ses pattes arrière pour porter le coup fatal, mais avant de recevoir le coup qui lui ferait perdre prise, le loup au pelage d'argent faucha la patte arrière brisée de son ennemi, entraînant celui-ci dans sa chute.

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Après l'explosion, Hermione ne sût pas trop ce qui arriva. Elle vit que le promontoire éclairé par la lune était soudain vide, qu'il n'y avait plus de loups autour d'elle, que les charmes de protection avaient été détruits, que le sol était fissuré et tremblait, mais son cerveau embrumé par l'onde de choc ne parvient pas à relier les différents éléments entre eux et à les corréler avec l'explosion. A un moment, elle perdit connaissance, puis elle se réveilla en clignant des paupières longtemps après. Elle ne sentait plus son nez, mais l'odeur du sang l'avertit que celui-ci était probablement cassé.

- Hermione ! Hermione ! regarde-moi ! lui cria Pansy en l'obligeant à fixer son regard sur elle. Nous sommes descendus en bas, dans le ravin ! Ron, Neville et Tracey sont partis à la recherche de Remus ! Dean est là avec toi ! il faut que tu te reposes d'accord ? tu as été blessée en tombant pendant l'explosion ! ton nez s'est cassé en tombant sur une pierre mais ce n'est pas très grave ! aller repose-toi ma chérie !

Hermione dû puiser dans ses dernières réserves de forces pour ouvrir grand les yeux et constater que l'aube se levait. Enfin cette nuit cauchemardesque prenait fin…

- Pansy ! s'exclama Ron en arrivant auprès d'elle. On a retrouvé Remus…il est mort. Fenrir Greyback aussi. La chute les a tués tous les deux.

Le regard plongé dans une mer de brume, Hermione se leva lentement. Elle ne sentit même pas les larmes qui dévalaient la pente de ses joues. Elle ne sentit pas non plus la douleur dans ses jambes lorsqu'elle se mit à courir. Elle courut car elle devait voir. Elle devait le voir une dernière fois. Ron et Pansy coururent à sa suite jusqu'à arriver à l'endroit où le corps de Remus Lupin s'était brisé au fond du ravin, non loin du petit ruisseau de montagne qui coulait paisiblement. Debout et les mains jointes dans une attitude de prière, Tracey et Neville veillaient auprès du cadavre. La mort lui avait rendu ses traits humains. A ses côtés, le corps de Greyback était redevenu humain lui aussi. Hermione tomba à genoux en voyant le corps, et prit la main abîmée de Remus Lupin. Jamais lui semblait-il, elle n'avait ressenti une aussi grande douleur, si profonde que chaque battement de son cœur lui fit mal. Doucement, elle déplia les doigts du mort et prit sa baguette.

- Je remettrais sa baguette à sa femme moi-même, déclara Hermione en réfrénant ses larmes.

- Ainsi soit-il, déclara Neville. Requiescat in pace Remus.

Nymphadora lui a apporté la paix, pensa Hermione en fermant les paupières du défunt.

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Drago savait à qui appartenait chacune des sept têtes : le professeur Trelawney, Gripsec le gobelin, Firenze le centaure, Kreattur l'elfe de maison, Fabius Fortarôme le fils du glacier du Chemin de Traverse, et pour finir Théodore Nott et Gregory Goyle. Lorsqu'il les avait enterrées avec Blaise, il avait d'ailleurs pris soin de graver les noms sur des pierres, qu'il avait ensuite déposé en guise de pierres tombales de fortune à l'endroit où reposait les têtes. Il s'était écoulé plusieurs jours depuis qu'il avait quitté le Val sans retour en empruntant la porte du Tombeau des Druides, plusieurs jours depuis que les sept têtes enduites de goudron étaient tombées au sol sous ses yeux. Plusieurs jours qui lui avait donné le temps de réfléchir sur pourquoi avait-on tué ces gens-là et comment la chauve-souris avait-elle fait pour le trouver. Il savait que la chauve-souris hideuse était un animagus, et cet animagus n'était autre que Cho Chang. Il le savait sans savoir comment, mais dans son esprit c'était désormais clair comme de l'eau de roche. Cho Chang lui avait aussi écrit cette affreuse note qu'il s'était empressé de brûler avec le sac de toile qui avait contenu les sept têtes. Drago n'était pas idiot, il avait reconnu l'écriture de l'ancienne capitaine de l'équipe de quidditch de Serdaigle. Au cimetière de Little Hangleton il avait assisté de ses propres yeux à la promotion de Chang au grade de lieutenant de la part de Lord Voldemort. Il savait qu'elle était devenue un pion essentiel pour le Lord Noir, mais jamais il n'aurait imaginé qu'elle fût un animagus, ni qu'elle eut tué autant de monde. Désormais il comprenait pourquoi Severus Rogue avait peur des chauves-souris. Lui-même avait été effrayé en entendant l'affreux cri que la bête poussait.

- On n'appellera plus cet endroit le Tombeau des Druides, mais le tombeau des têtes coupées, commenta Drago.

- Oh je t'en prie ! pas quand je mange ! s'énerva Blaise. On peut parler d'autre chose que de cadavres s'il te plaît ? ça va me fiche la gerbe à nouveau si tu parles encore de cet épisode.

Tous les deux se trouvaient dans un bar sombre et miteux où quelques clients étaient déjà occupés à s'enivrer à grandes rasades de bièreaubeurre. Le bar se situait dans une grande ville dont ni Drago ni Blaise ne connaissaient le nom, et il était exclusivement occupé par des sorciers. En réalité, de la même manière que l'on trouvait des quartiers sorciers à Londres, dans cette ville-là également on trouvait des établissements secrets et cachés à la vue des moldus, où l'on devait prouver que l'on était bien un sorcier en faisant usage de sa baguette pour pénétrer dans les lieux. Drago et Blaise prenaient en ce moment-même leur déjeuner, et ils prévoyaient de passer la nuit dans un des hôtels jouxtant le bar. Ils étaient tous deux arrivés au matin dans la ville, et retrouver la civilisation leur fit un petit choc. Tout cela leur avait parût si éloigné de l'atmosphère du Val sans retour qu'il leur avait fallût un long moment avant de dénicher un établissement invisible aux yeux des moldus. Le bar se nommait Les Trois Trolls, un nom plutôt jovial et grivois. Ici la clientèle était pauvre, et d'ailleurs les plats et boissons n'étaient pas chers du tout. Drago avait à peine eu à dépenser cinq noises pour deux rations de nourriture.

- Tu as raison parlons d'autres choses, approuva Drago en buvant une grande gorgée de jus de citrouille. Où est Braisardente ?

- Tu te doutes bien qu'il déteste la ville. Ne t'inquiète pas mon gars, il n'est jamais très loin.

- J'espère bien.

- Drago ? est-ce que tu vois la femme accoudée au bar ?

- Celle qui discute avec un gobelin ?

- Exactement. C'est une Vélane. Et le gobelin avec qui elle discute est celui…à qui nous nous sommes adressés pour retirer de l'argent de nos comptes en banque quand nous sommes allés à Gringotts au mois de juillet.

Stupéfait, Drago scruta attentivement les deux protagonistes.

- Je ne sais pas comment tu fais pour avoir une mémoire pareille concernant le gobelin, commenta le blond. Comment tu sais que c'est une Vélane la donzelle ?

- Regarde sa peau scintillante et ses cheveux d'or pâle. Tu ne vois pas qu'elle a une beauté envoûtante ?

- Blaise, soupira Drago, moi aussi j'ai la peau qui brille si je le veux, et j'ai également des cheveux d'or pâle. Est-ce que je suis un Vélane pour autant ?

- Tu veux une autre preuve ? regarde ses yeux. Ils sont mauves.

- Toi tu es sous le charme, ricana Drago. Je vais aller lui parler à cette femme et on va voir si c'est une Vélane. Si je baisse les yeux le premier face à elle, cela signifiera qu'elle est bel et bien une Vélane. Si c'est non, ça voudra dire que c'est tout simplement une sorcière.

Blaise s'arracha à la contemplation de la femme qui discutait avec le gobelin lorsqu'il entendit ce que son ami disait. Cependant, il n'eut pas le temps de répliquer quoi que ce soit que Drago s'était déjà levé et avait quitté la table.

- Excusez-moi madame, déclara Drago en s'interposant entre la femme et le gobelin. Je vous vois depuis tout à l'heure au bar en train de discuter de sujets (il jeta un bref coup d'œil au gobelin) qui ne doivent pas être bien passionnants. Je me dis qu'une femme ravissante comme vous l'êtes doit désirer entendre des choses autrement plus intéressantes. Laissez-moi vous offrir un verre de whisky pur malt, c'est ma boisson favorite.

- Eh bien jeune homme…c'est une entrée en matière très incongrue que vous faites. Vous n'êtes pas dénué de culot pour oser m'interrompre moi et mon ami dans notre discussion. Je vois aussi que vous êtes pétri de préjugés. Qui a dit que tous les gobelins étaient ennuyeux ?

- Un autre peut-être, mais pas moi. J'ai dit que les discussions des gobelins n'étaient pas passionnantes. Il y a une nuance.

Drago afficha un léger rictus moqueur, toisant droit dans les yeux la femme. L'ombre de la colère passa sur le visage de celle-ci, mais elle devina rapidement que Drago jouait un petit jeu.

- Vous savez y faire avec les femmes. Offrez-moi donc du whisky pur malt.

- Ça marche. Serveur ! deux verres de whisky pur malt ! s'écria Drago.

Elle fait semblant de céder à mes inclinaisons, pensa le beau blond. Tout ça pour mieux me séduire.

- Vous n'êtes pas déplaisant à regarder, jugea la femme en examinant Drago d'un œil critique.

Il fit mine de se sentir excessivement flatté, bombant le torse sans cesser de fixer un seul instant son interlocutrice. Celle-ci le toisa à son tour, et elle commença à comprendre où il voulait en venir. Le serveur apporta les deux verres de whisky pur malt, mais ni l'un ni l'autre ne tourna la tête pour boire. Drago savait qu'il était imbattable à une bataille de regards. Voyant que son vis-à-vis ne baissait pas les yeux en rougissant comme au moins la moitié des femmes qu'il regardait avec insistance, il décida d'abattre une autres de ses cartes de charmeur en lui frôlant le bras du bout des doigts. La femme fit mine d'apprécier, et toucha quant à elle la joue de Drago. Il ne se laissa pas déstabiliser par cette tentative, abattant à la place une autre carte : il haussa puis baissa les sourcils deux fois d'affilée, un petit sourire pervers au coin des lèvres. A ce stade, les trois quarts des filles détournaient le regard. Mais son vis-à-vis ne flancha pas. Drago décida alors d'abattre son as de cœur. Il s'empara de son verre et se mit à boire avec une lenteur excessive sans lâcher sa proie du regard, puis une fois qu'il eut bu une grande gorgée, il haussa et baissa à nouveau les sourcils de manière obscène tout en se léchant le coin de la bouche avec sa langue de façon terriblement langoureuse. Puis, il approcha ses lèvres de celles de sa victime, et voyant que celle-ci ne cédait toujours pas, il abattit son joker, la dernière carte de son jeu, et il lui caressa doucement l'entrejambe. La femme tressaillit, et attrapa la main de Drago pour l'éloigner de son entrecuisse. Dans l'intervalle, elle baissa les yeux durant une demi-seconde, de manière si rapide et furtive que quelqu'un de moins attentif que Drago ne s'en serait pas rendu compte.

- Tu n'es pas une Vélane, déclara le beau blond en s'installant confortablement sur son tabouret. Je t'offre le verre quand même parce que tu t'es bien battue.

- Comment ça ce n'est pas une Vélane ? s'exclama Blaise en arrivant devant son ami.

- Elle a baissé les yeux mon gars. Ça veut dire que j'ai réussi à la déstabiliser et qu'elle n'est pas arrivée à me charmer. Or, les Vélanes charment tout le monde.

- Je suis une Vélane pourtant, le contredit la femme avec une expression vexée sur le visage.

Drago lui sourit de toutes ses dents.

- Je sais. C'était pour vous taquiner madame.

- Qui êtes-vous ? gronda soudain le gobelin en se positionnant face à Drago.

- Gornuk reste en-dehors de tout ça ! déclara la Vélane en repoussant le petit gobelin. Vous êtes un aristocrate, ajouta-t-elle en se tournant vers Drago. Ça s'entend à votre façon de parler. Et un anglais du sud-ouest, ça se devine à votre accent. Vous êtes très bel homme je dois le reconnaître, mais vous n'êtes pas un Vélane. Comment avez-vous fait pour ne pas être subjugué par mes charmes ?

- Si je vous le disais, vous sauriez quelle est ma plus grande force et ma plus grande faiblesse.

- Fascinant. Comment vous appelez-vous ? j'ai l'impression d'avoir vu votre visage quelque part.

Blaise agrippa le bras de son ami en lui faisant signe de mentir. La Vélane capta l'échange de regard entre les deux hommes, et elle éclata de rire aussitôt.

- Si vous pensez que je suis un serviteur de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, détrompez-vous. Je viens d'Irlande, et j'ai fui mon village natal quand les détraqueurs l'on envahi. Gornuk et moi nous pouvons vous expliquer qui nous sommes de façon plus détaillée. Mais avant, je demande simplement à savoir votre nom. A vous aussi d'ailleurs beau métis.

- Ce gobelin nous a déjà croisés, répondit Blaise. Nous sommes allés retirer de l'argent à Gringotts.

- Numéro de compte 709, précisa Drago avec un nouveau sourire.

- Oh ce n'est pas vrai…Drago…je veux dire…monsieur Malefoy…c'est bien vous…oui le n°709 c'est bien…le compte des Malefoy, bafouilla le gobelin.

- Drago Malefoy, répéta la Vélane. Et vous ?

- Blaise Zabini.

- Parfait, déclara-t-elle en finissant son verre de whisky pur malt. Prenez vos affaires et suivez-moi. Je vous emmène dans un endroit secret.

- Ouah quel suspense, je suis tout excité, ironisa Drago.

Blaise leva les yeux au ciel, puis il ramassa son sac à dos et sortit du bar en même temps que la Vélane et le gobelin. Drago les rejoignit dans la rue où se trouvait Les Trois Trolls.

- Depuis combien de temps êtes-vous ici ? demanda Blaise à la Vélane.

- Oh vous savez je ne compte plus les jours depuis bien longtemps. Ce dont je suis sûre c'est que je suis arrivée dans cette cité à la fin du printemps de cette année.

La Vélane les entraîna dans les rues étroites de la ville sorcière, le gobelin trottinant sur ses jambes arquées pour demeurer à ses côtés. Drago n'avait pas souvenir que les gobelins fussent aussi petits, celui-ci lui arrivant à peine à hauteur de la cuisse. Peut-être était-ce tout simplement lui qui avait grandi. Il était vrai aussi qu'à Gringotts les gobelins banquiers perchés sur de hauts tabourets derrière leurs comptoirs paraissaient intimidants. Dans les rues, il eut l'occasion de croiser quelques autres gobelins, mais tous marchaient d'un pas pressé en rasant les murs, et ils ne manquaient pas de le fusiller du regard s'il les observait avec un peu trop d'insistance.

.

Au bout d'un certain temps passé à marcher, la Vélane s'arrêta soudainement devant une vieille masure toute décrépie située aux limites de la zone urbaine. Au-delà s'étendait des champs en friche et quelques vignobles où des hommes s'activaient encore pour les dernières vendanges. La masure décrépie rappela fortement à Drago la cabane hurlante de Pré-au-Lard, et il ne douta pas une seconde que cette maison-ci possédait ses propres légendes, tout comme la cabane hurlante avait ses mythes. La propriété avait dû être bien entretenue autrefois, mais désormais de nombreuses tuiles manquaient sur le toit, la grande clôture qui délimitait la propriété était complètement rouillée, et le potager que Drago apercevait à l'arrière de la demeure était laissé à l'abandon en plein cœur d'un grand jardin où les mauvaises herbes proliféraient partout. Ce spectacle de désolation aurait dû le dissuader de s'aventurer plus avant, mais curieusement il trouvait que ce lieu un peu à l'écart avait plus de charme que les hôtels et les auberges bas de gamme qu'il avait vu en traversant la ville sorcière.

- Ne vous fiez pas aux apparences, le meilleur est à l'intérieur, affirma la Vélane en ouvrant la clôture.

- Vous ne m'avez pas dit quel était votre nom au fait, déclara soudain Blaise.

- Amarante, répondit la Vélane d'une voix onctueuse.

Voilà un beau nom, pensa Drago. Il savait pour l'avoir lu dans plusieurs livres que chaque Vélane recevait un nom de fleur ou de plante à la naissance, car les Vélanes prétendaient descendre des fées, qui peuplaient autrefois les champs et les forêts, et qui selon les légendes hibernaient durant l'automne et l'hiver, puis faisaient reverdir toute la nature en se réveillant au printemps.

- Suivez-moi, déclara Amarante en ouvrant la clôture avec la seule aide de ses mains.

- Vous n'utilisez pas de baguette, remarqua Blaise.

- Non, ni les Vélanes ni les gobelins n'ont besoin de s'embarrasser de tels objets, répondit Gornuk à la place d'Amarante.

Tous les quatre pénétrèrent à l'intérieur de la demeure après avoir franchi la clôture. Dès qu'il quitta le monde du dehors pour rentrer dans le monde du dedans, Drago sentit que quelque chose avait changé. L'air était saturé par les enchantements, certains étaient visibles à l'œil nu, fluorescents dans la semi-obscurité régnante, d'autres étaient odorants et embaumaient l'air, d'autres encore étaient audibles et manifestaient leur présence par des bourdonnements.

- C'est de la magie de Vélane, commenta Amarante. Aucune baguette ne peut reproduire de tels sortilèges. Ils sont là exprès pour empêcher les sorciers de pénétrer dans ce refuge.

- Comment avons-nous pu y rentrer alors ? questionna Blaise.

- Grâce à moi. Si je n'étais pas là vous n'auriez pas pu ne serait-ce que franchir la clôture.

- Où sommes-nous ? les coupa Drago. Je ne vois rien, il fait trop sombre ici.

- Si vous voulez voir la lumière, il faut me suivre, lui répondit Amarante.

Drago ne doutait pas de la sincérité de la Vélane. Depuis pas mal de temps il ne se fiait plus qu'à son instinct, et celui-ci ne le mettait en garde contre rien actuellement.

En cet instant, ils se trouvaient tous les quatre dans ce qui ressemblait à un salon. Plongé dans la pénombre, celui-ci semblait vide de tout mobilier. En avançant à tâtons, Drago suivit la Vélane. Il ne tarda pas à toucher une surface lisse, et se rendit compte qu'il s'agissait d'une rampe d'escalier.

- Faites attention, il y a des marches, les prévint Amarante.

Blaise se plaça aux côtés de Drago, le gobelin et la Vélane ouvrant la voie devant eux. L'escalier descendait en spirale dans le noir. Pour s'éviter toute mauvaise surprise, Drago descendit les marches en gardant sa main droite sur la rampe d'escalier, la gauche serrée sur sa baguette. Il descendit ainsi les marches unes à unes, se demandant bien où est-ce que cet escalier menait. Au bout d'un certain temps, il retrouva la surface dure d'un sol et s'arrêta net.

- Où sommes-nous ? demanda-t-il d'une voix rauque.

- Dans une cave, répliqua Gornuk. Mais le trajet ne s'arrête pas ici. Suivez-moi petits sorciers.

Le gobelin s'empara d'une lanterne qui se trouvait dans un recoin poussiéreux, il l'alluma d'un claquement de doigts et se mit à genoux sur le sol. La lumière que dégageait la lanterne était faible, mais elle permit à Gornuk de mettre la main sur un vieux tapis élimé et rongé par les mites qui traînait sur le sol. Il souleva le tapis puis il pressa avec sa main le sol qui se trouvait en-dessous. D'un seul coup, une trappe s'ouvrit dans le sol de la cave, large ouverture béante et noire comme la gueule d'un monstre ou celle d'un puits sans fond.

- Il y a une échelle sur le côté, déclara Gornuk. Amarante va descendre en premier et vous montrer le chemin. Je passe en dernier pour refermer la trappe.

Ni Drago ni Blaise ne manifestèrent de signes de panique ou d'angoisse, même si tout cela devenait de plus en plus étrange. Blaise décida de suivre le premier la Vélane, qui était déjà en train de descendre dans le noir le plus total. Drago ne tarda pas à son tour à se retrouver les mains agrippées à l'échelle, sentant le vide dans son dos. Gornuk descendit le dernier, une fois qu'il eut remis le tapis en place et refermé la trappe. Sa lanterne qui oscillait au rythme de sa descente de l'échelle était la seule source de lumière dans ce terrier de taupes. Pendant qu'il descendait avec l'échelle, Drago tenta bien de détecter des odeurs infectes, mais il ne sentit rien de mauvais. C'était tout à fait étonnant dans un endroit comme celui-ci, et il se douta que la magie des Vélanes devait y être pour quelque chose.

- C'est encore loin ? maugréa Blaise au bout d'un moment.

- Non, répondit Amarante. Enfin…tout dépend de ce que vous entendez par loin.

- J'entends par là une distance supérieure à 1 mille.

La Vélane ne répliqua rien. Tous les quatre continuèrent à descendre dans le noir, s'enfonçant toujours plus profondément sous terre. En levant les yeux, Drago voyait Gornuk et sa lanterne accrochée à sa ceinture qui éclairait les parois du puits. Il commença à avoir mal aux jambes et aux mains à force de descendre l'échelle sans interruption, mais se fût précisément à ce moment-là qu'Amarante prit la parole :

- Nous y sommes.

Elle venait de poser à nouveau pied sur une surface plane. Blaise termina à son tour de descendre l'échelle, puis Drago, et enfin Gornuk. Le petit gobelin tendit en l'air sa lanterne pour tenter d'éclairer le haut du puits, mais celui-ci était si profond qu'ici en bas on ne pouvait pas voir la trappe. Gornuk dirigea finalement sa lanterne vers ce qui se trouvait derrière eux, à savoir un large tunnel obscur.

- Vous vivez au fond de ce trou ? s'esclaffa Blaise.

- Pas exactement, rectifia Amarante. C'est un peu plus loin. Suivez-moi.

Gornuk vient se placer à ses côtés pour éclairer le chemin, Drago et Blaise fermant la marche. Les murs et le plafond du tunnel souterrain qu'ils empruntaient était construit avec des pierres, le sol était de la terre battue. Par moment on pouvait apercevoir des ouvertures dans les parois, et Drago sentait un appel d'air s'il s'en approchait de près. Visiblement tout avait était fait ici pour rendre l'endroit vivable, même la construction de bouches d'aération. Soudain, ils se retrouvèrent tous les quatre à un croisement. Sans ralentir l'allure, Amarante continua tout droit, et Drago eu à peine le loisir de pouvoir regarder les autres tunnels souterrains creusés dans la terre qui partaient tous dans des directions différentes. Au fur et à mesure de leur marche dans les boyaux obscurs de ce labyrinthe souterrain, Drago eut de plus en plus la désagréable impression d'être observé. Par précaution il pointa sa baguette devant lui.

- Mauvaise idée, commenta Gornuk en se tournant vers lui. Ne tentez pas de faire usage de votre bout de bois magique sinon ça pourrait très mal se passer.

- C'est une menace ? répliqua Drago d'un ton parfaitement calme, mais glacial.

- J'ai l'air de plaisanter ? répliqua du tac-au-tac le gobelin.

- Eh vous deux ! s'exclama Amarante. Vous n'allez pas nous refaire la guerre entre gobelins et sorciers quand même ?

- On n'aurait jamais dû amener ces deux abrutis ici, gronda Gornuk. Ils ne resteront pas avec nous et irons tout cafter lorsqu'ils s'en iront.

- Ah elle est bonne celle-là, s'esclaffa Drago. Parce que vous croyez que moi j'avais envie de m'enterrer dans ce trou à rats ? c'est vous qui m'avez presque forcé à venir.

- Forcé allons donc ! s'écria Gornuk en agitant sa lanterne. Pauvre petit agneau…

- SILENCE ! cria Blaise. Vous entendez ?

- Quoi ? susurra Amarante.

- Des voix. J'entends des voix.

Pendant une poignée de secondes cette phrase de demeuré fit dire à Drago que Blaise était peut-être devenu fou à cause de la magie ensorceleuse des Vélanes, mais en tendant l'oreille il entendit des éclats de voix lui aussi.

- Ce sont les gobelins, déclara Amarante en haussant les épaules. Ils doivent être en train de compter leur or ou de se quereller à propos de bijoux et d'héritages.

Tous les quatre se remirent à marcher, et rapidement le tunnel commença à s'agrandir. Au bout d'un moment, il se divisa en deux, puis en trois, et ainsi de suite. Drago comprit alors qu'il ne s'agissait plus de tunnels, mais de niches, des niches creusées dans la terre où des êtres vivants avaient installés leur couche et l'observait à l'instant même. Finalement, le tunnel qu'ils suivaient s'agrandit démesurément, et Drago sût qu'il était arrivé dans une grotte. Le spectacle qui l'attendait le laissa ébahi :

C'était une grotte aux roches calcaires, et les multiples tunnels qu'il avait vus se recoupaient tous à cet endroit. De larges niches étaient creusées à hauteur d'homme tout le long des parois. En son centre, plusieurs dizaines de petits gobelins vaquaient à leurs affaires. Drago ne douta pas un seul instant que c'était eux qui avaient aménager la grotte pour leur confort personnel. Il remarqua notamment que de grandes tables et des bancs bâties avec de la roche calcaire occupaient l'espace central. Dans un coin il repéra des fourneaux, dans un autre plusieurs dizaines de coffres et de sacs dont les contenus semblaient extrêmement précieux. Et la lumière…en pointant son regard vers l'autre bout de la grotte il vit d'où venait la lumière. Ce n'était pas une lumière magique, une lumière sans soleil comme celle qu'il pouvait y avoir dans l'immense caverne des tréfonds de Poudlard, sous le Lac Noir. Non, c'était la lumière du jour tout simplement. Un petit tunnel remontait vers la surface et permettait de relier la grotte à l'extérieur. Vu comment la grotte était éclairée, l'ouverture ne devait pas être bien loin.

- Alors ? qu'en pensez-vous ? demanda Amarante.

- C'est…spécial, commenta Blaise. Tous ces gobelins dans cet endroit…moi j'ai plus l'habitude de les voir travailler dans des banques. Mais dites-moi, où sont les Vélanes ? il y en a n'est-ce pas ?

- Elles sont dehors. Il fait beau aujourd'hui, pour l'une des toutes premières fois depuis le début de l'automne. Alors maintenant dites-moi vous deux, voulez-vous rester ici ?

- Je pense, déclara prudemment Blaise. En tout cas il y a la place.

- Une nuit pas plus, affirma Drago. Vous pouvez nous trouver une…niche ?

- Ne vous inquiétez pas, je vais m'occuper de vos affaires. Je vais les mettre là où vous dormirez ce soir. Vous il faut que vous alliez voir quelqu'un.

- Quelqu'un veut nous voir ? fit Blaise en haussant un sourcil incrédule. Un gobelin ?

- Lui, fit Amarante.

L'individu qu'elle désigna n'était rien de moins qu'un homme, pas un gobelin ni une Vélane. Il se trouvait assis près de la niche creusée dans la paroi de calcaire où il devait passer ses nuits. De loin Drago et Blaise n'y avaient pas fait attention tellement il était petit, à peine plus grand que les gobelins qui grouillaient alentour.

- Dexter qu'il s'appelle, grommela Gornuk tandis qu'Amarante déchargeait Drago et Blaise de leurs sacs et s'en allait les installer là où ils dormiraient.

Drago et Blaise échangèrent un long coup d'œil. Une aussi grande coïncidence était-elle possible ?

- Dexter Le Passeur qu'on l'appelle. C'est lui qui nous a fait découvrir cette grotte et nous a conseiller de s'y cacher. C'est aussi lui qui nous a fait passer sur le continent.

- Je me disais aussi, il fallait une bonne raison pour que vous acceptiez qu'un sorcier puisse loger ici, commenta Blaise.

Gornuk grogna, éteignit sa lanterne, puis s'éloigna définitivement d'eux pour retrouver ses compatriotes. Drago et Blaise n'eurent donc d'autre solution que de se diriger vers Dexter. Le vieil homme n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'ils l'avaient vu. D'ailleurs il ne sembla pas surpris de les revoir et les salua cordialement lorsqu'ils se présentèrent devant lui.

- Les murs ont des yeux et des oreilles dans ces souterrains, répondit-il quand Blaise lui demanda comment il savait que lui et Drago allaient arriver. De petits gobelins m'ont averti que deux jeunes sorciers se dirigeaient par ici.

- Alors comme ça on se retrouve, trancha Drago. Vous devriez être à Tinworth non ?

- Eh bien…c'est compliqué en ce moment. Votre passage dans le village à fait du remue-ménage, et je n'aime pas ça. Pamela Zabini a été emmenée à Londres pour y être jugée par un tribunal à cause d'inculpations pour aide à un meurtrier en fuite (il désigna Drago). Elle est revenue à Tinworth toute chamboulée. Sa boutique de commerce est surveillée par des gardes armés jusqu'aux dents tout de noir vêtus et montés sur des sombrals. Le village vit dans la peur depuis septembre.

Blaise afficha une mine grave.

- Qu'est-il advenu de Bill et Fleur ? et leur bébé ?

- Oh eux n'ont pas eu de problèmes. Ils sont toujours là-bas et tout va bien. Mes petits amis je voulais vous parler d'autre chose : que faites-vous ici ? vous n'êtes pas allés chez Elphias Dodge comme je vous l'avait conseillé ?

- Nous y sommes allés, mais peu après notre arrivée Dodge est mort, affirma Drago.

- Oh…par la grâce de Merlin qu'il repose en paix. Quelle triste nouvelle, je ne le savais pas. Il faudra que j'en avertisse l'Ordre du Phénix.

- Quelle est la ville où nous nous trouvons ? questionna Blaise.

- Un des plus grands chefs-lieux de la Bretagne mon ami, il s'agit de la cité de Rennes.

- Parfait, acquiesça le métis. Et qu'avez-vous fait de l'argent que nous vous avions donné ?

- Ah ! figurez-vous que tous les gallions que vous m'avez si gentiment offerts sont juste ici, fit-il en désignant le coin de la grotte où des dizaines de coffres et de sacs se trouvaient empilés.

- Vous connaissez bien Gornuk ? lui demanda Drago. Et Amarante ?

- Bien sûr, et si vous doutez d'eux je peux vous assurer du contraire. Gornuk travaillait à la banque de Gringotts depuis sa majorité en tant que guichetier, trésorier et comptable ainsi que gérant des comptes allant des numéros 700 à 710, c'est-à-dire les comptes des sorciers les plus fortunés de Grande-Bretagne. C'était l'un des sous-directeurs de la banque juste en-dessous du directeur général Gripsec. Jusqu'au massacre qui a eu lieu au mois d'août en plein cœur de Gringotts. Gornuk en a réchappé et s'est ensuite enfui de Londres pour errer et vagabonder jusqu'à ce qu'il arrive à Tinworth avec de nombreux autres gobelins anciens collègues rescapés du massacre comme lui. Là, je l'ai fait passer sur le continent puis je l'ai amené jusqu'à cet endroit. Amarante est une Vélane d'Irlande qui vivait dans le célèbre village de Kenmare, dans les marches du comté de Kerry, dans la province de Munster. Elle faisait partie d'une troupe de spectacle itinérante qui jouait essentiellement dans tous les petits villages du comté. Le statut des Vélanes étant reconnu officiellement par le Ministère de la Magie d'Irlande, celles-ci n'ont pas besoin de se cacher comme en Angleterre. Elles peuvent avoir un travail et un compte en banque, et ne sont ni chassées ni tuées sans qu'il y ait des peines de prison pour les coupables. Malheureusement à la fin du printemps dernier, des détraqueurs ont envahi Kenmare et obligés toutes les créatures qui n'étaient pas des sorciers à fuir. Amarante est arrivée à Tinworth par bateau avec de nombreuses Vélanes, ainsi que d'autres créatures en exil. Je lui ai trouvé cette cachette souterraine pour qu'elle et ses semblables puissent vivre en toute sécurité.

- Eh bien quelle histoire, commenta Blaise.

- Exact. Alors soyez rassurés, tout le monde ici moi y compris voue une haine sans bornes à Lord Voldemort et ses partisans.

- C'est drôle, déclara Drago, j'ai l'impression que de plus en plus de gens n'hésitent plus à prononcer son nom.

- C'est la marque des résistants, répondit Dexter. Ceux qui continuent de l'appeler Vous-savez-qui ou Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom sont des pleutres. Si on a peur d'un nom, comment pourrait-on avoir le courage de défier la personne ? je vous le demande. Si on veut devenir courageux et brave, la première chose à faire est de commencer par ne plus avoir peur de dire un nom.

- Je comprends, déclara Blaise. Excusez-moi Dexter mais je suis épuisé et j'ai besoin de repos. Je vais aller dormir. Drago tu viens ?

Le blond acquiesça machinalement. Ils trouvèrent rapidement l'endroit où Amarante avait déposer leurs sacs. C'était deux niches creusées dans la roche où on avait étendu un matelas, une couverture et un oreiller. Quand Drago et Blaise s'y installèrent pour se reposer, le confort douillet ne fit pas défaut, cependant le manque de place était bien plus gênant. Les niches avaient été créées exprès pour des êtres de petite taille, des gobelins en somme. Pour Drago, mais surtout pour Blaise qui était très grand, le manque d'espace rendait la niche incommode, et la moitié des jambes des deux sorciers dépassaient par l'ouverture de la niche.

Le temps passa vite, et la lumière déclina rapidement dans la grotte. En cette saison où les jours rétrécissaient comme peau de chagrin et où les nuits se faisaient interminables, il était bon de profiter des rares rayons de soleil. Blaise et Drago avaient depuis longtemps finis leur sieste lorsqu'un grand tintamarre se fit entendre dans la grotte.

- C'est la cloche qui sonne pour annoncer l'heure du repas, leur expliqua Dexter en arrivant auprès d'eux.

- Ouais, je vois les fourneaux qui s'activent depuis un bon moment, approuva Blaise. On peut se joindre à vous ?

- Pas la peine de demander la permission, évidemment que oui. Mais voulez-vous vraiment manger ici ? Vous ne préférez pas aller dehors ?

- Dehors ? mais le soir tombe et il va faire froid, fit Drago d'un air sceptique. Je ne suis pas convaincu par l'intérêt de la chose.

- Les Vélanes sont dehors, affirma Dexter. Elles y passent même la nuit pour certaines. Cette soirée s'annonce festive comme toutes les autres soirées. Les Vélanes adorent faire la fête à l'heure du crépuscule. Elles ne craignent pas le froid, leur magie les maintient dans une bulle de chaleur increvable.

- Les gobelins et les Vélanes ne se mélangent pas j'ai l'impression, répondit Blaise.

- Non en effet, et c'est naturel. Les gobelins sont très douillets et aiment vivre ici dans les souterrains. Le monde du dehors leur semble souvent trop grand et inhospitalier. Les Vélanes cependant aiment l'air pur et la nature, elles ne se sentent pas à l'aise dans cet endroit confiné et sans aucun charme il faut le dire. Cette grotte est un refuge pour des exilés, pas un lieu féerique comme les Vélanes les adorent.

- Voilà qui est intéressant, commenta Drago. Je connais un lieu de ce genre qui pourrait en ravir plus d'une. Je pense que vous savez de quoi je parle. Brocéliande.

- Ah oui…oui évidemment. Des Vélanes y vont pour faire la fête de façon régulière.

- Vous ne m'avez pas compris. Je ne parle pas de la forêt en elle-même, je parle d'un lieu secret qui existe et dont la porte d'entrée se trouve au cœur de la forêt. Un lieu qui a été créé par une fée si on en croit les contes. Un lieu où je n'ai vu aucune Vélane mais où elles se plairaient sans aucun doute. Le Val sans retour.

- Oh Merlin…je croyais que c'était une légende…cet endroit existe donc ? eh bien eh bien…je vous ai appris des choses aujourd'hui mais là vous venez de me surpasser. Après cela ne me concerne pas, je n'ai aucune intention d'aller dans ce lieu, mais si vous voulez en parler aux Vélanes vous avez carte blanche.

Dexter se mit à marcher en s'aidant d'une canne, leur faisant signe de le suivre à l'extérieur. Blaise et Drago se retournèrent pour voir des dizaines de gobelins attablés sur leurs bancs de calcaire et occupés à bavarder en gobelbabil tandis que d'autres gobelins servaient des plats et des boissons sur les longues tables en calcaire, puis ils suivirent le vieil homme. Ils remontèrent tous les trois la pente du tunnel avant d'arriver en surface. L'ouverture aboutissait sur une clairière entourée par de grands arbres qui masquaient les champs et les vignobles alentour, et surtout la ville dont on entendait d'ici les bruits caractéristiques. Dans l'air du soir, Drago et Blaise virent un spectacle qu'ils n'avaient jamais vu dans leur vie : des dizaines de Vélanes se trouvaient groupées au centre de la clairière, assises ou allongées dans l'herbe et occupées à manger. Leur beauté inhumaine irradiait l'endroit alors que le soleil s'était déjà couché et que la lune n'avait pas encore paru. Plus incroyable encore, leurs tenues très légères semblaient ruisseler sur elles comme de l'eau, mettant en valeur leurs formes féminines à la perfection. Leurs rires étaient cristallins, leurs voix aussi chantantes que des instruments de musique, leurs parfums embaumaient l'air à des mètres à la ronde. Leur magie imprégnait la clairière toute entière, et Drago sentit revenir un pâle reflet de l'atmosphère enchantante du Val sans retour. Dès cet instant il ne douta plus que les Vélanes fussent sans conteste les héritières des fées des temps anciens aujourd'hui disparues, mais dont la magie comme celle de la fée Morgane perdurait toujours dans quelques lieux.

- Regardez, déclara Dexter en pointant sa canne juste à côté de l'endroit où se trouvait les Vélanes.

- Qu'est-ce que c'est ? fit Blaise en plissant les yeux. Ce ne serait pas…des farfadets ?

- Oui des farfadets. Ils viennent d'Irlande eux aussi.

Blaise ne pût s'empêcher d'éclater de rire. Même Drago se permit un petit sourire en coin.

- Eh bah Blaise, si on savait ce qui nous attendait en arrivant en ville ce matin…

- Ouais bien dit Drago. Même dans les rêves du professeur Trelawney jamais y a eu un spectacle pareil. Je n'en reviens pas…des farfadets ! on en trouve qu'en Irlande normalement. La seule fois où j'en ai vu c'était pendant la coupe du monde il y a quatre ans.

- Et il n'y a pas que ça, ajouta Dexter en fixant brusquement le sol.

- Quoi ? qu'est-ce que…oh bordel pas ça ! s'exclama Blaise en agitant sa jambe en l'air. Des gnomes de jardin ! quelle plaie !

Les petites créatures s'éloignèrent dès qu'il commença à gesticuler pour s'en débarrasser. Une fois cela fait, Dexter invita les deux sorciers à le suivre et à s'installer auprès des Vélanes. Amarante se trouvait parmi elles, occupée à manger et à bavarder gaiement.

- Je crains malheureusement que nous ne puissions manger la même chose que les Vélanes, déclara Dexter. L'hydromel est la seule nourriture que nous consommons en commun.

- Qu'est-ce qu'elles mangent ? questionna Blaise.

- Oh c'est compliqué…des plats à base de végétaux et de racines, des bouillons avec de la rosée et des pétales de fleurs…des choses immangeables et toxiques pour nous mais comestibles et nutritives pour elles.

Se faisant, Dexter les servi en nourriture et en hydromel. Le plat qu'ils mangèrent était du rosbif aux oignons avec des légumes, quelque chose de bien cuisiné et de consistant. Pour une fois Drago et Blaise n'avaient pas à préparer leurs repas eux-mêmes et à la vérité ça faisait plaisir.

- Les vents de l'hiver se lèvent, déclara Dexter Le Passeur au bout d'un moment.

- Vous parlez des détraqueurs ? demanda Blaise.

- Non, je parle de la saison froide qui arrive. La guerre a affaibli notre belle île de Grande-Bretagne, depuis des mois entiers les voies commerciales sont coupées et les denrées alimentaires n'arrivent plus que difficilement. L'hiver va être un tombeau pour bon nombre d'entre nous je le crains.

- Vous savez comment se porte Poudlard ? demanda Drago.

- Poudlard…je pensais cette école indestructible. Ce qui s'est passé au mois de juin m'a terrifié à un point inimaginable. J'ai vu les photos dans La Gazette du Sorcier. Et Albus Dumbledore qui est mort…Poudlard ne sera plus jamais comme avant désormais. Bien sûr l'école est encore ouverte cette année, mais je ne crois pas que les élèves et les professeurs y travaillent dans la joie et la bonne humeur. Poudlard est surtout devenu un refuge, comme l'endroit où vous êtes en ce moment.

- Poudlard a toujours été un refuge, le contredit Drago avec une pointe de véhémence.

- Ces derniers temps l'école de sorcellerie ressemble plus à un château-fort où les élèves s'enferment. J'ai pu discuter un peu avec la directrice Minerva Mac Gonagall, et ce qu'elle m'a dit n'est pas rose du tout.

- Racontez-nous, le pressa Blaise.

- Le stade de quidditch a été reconstruit à l'identique après l'incendie du mois de juin, mais c'est à peine si les gradins sont occupés lors des matchs. D'ailleurs, vu tous les accidents qu'il y a eu l'année précédente, la Ministre Dolorès Ombrage a formellement donné l'ordre à Mac Gonagall de faire interdire l'usage des cognards lors des matchs. Quant à Pré-au-Lard, depuis la perquisition du Ministère au mois d'août et les cinq morts qu'il y a eu, c'est devenu un village fantôme. Madame Rosmerta est morte et Les Trois Balais ont été fermés, tout comme La Tête du Sanglier depuis la mort du tenancier. La plupart des commerçants se sont barricadés et ont fermé leurs boutiques. De toute façon il y a un couvre-feu maintenant à Poudlard, et les élèves sont fouillés systématiquement chaque fois qu'ils veulent sortir ou rentrer à l'intérieur du château. Les sorties sont interdites le week-end hormis durant deux ou trois heures l'après-midi. Et ce que Mac Gonagall m'a dit sur la forêt interdite est terrifiant…le nouveau règlement stipule que tout élève qui y pénétrera sera immédiatement renvoyé de l'école, et les professeurs ont aussi interdiction d'y aller. Aux dernières nouvelles, des braconniers et autres chasseurs de trophées grouillent dans la forêt pour exterminer toutes les créatures qui s'y trouvent. Officiellement, Ombrage a justifié cette mesure par le fait que la forêt regorge d'animaux dangereux pour la sécurité des élèves.

- Tout cela est parfaitement ridicule, cracha Drago. Depuis la création du quidditch il y a des siècles de cela, les cognards ont toujours été présents. Et de tous temps à Poudlard il y a eu des accidents lors des matchs, pas uniquement l'année dernière. Ça fait partie du sport bordel ! qu'est-ce qu'Ombrage connaît en quidditch pour ordonner des choses pareilles ?

- Et la forêt interdite, ajouta Blaise. Comment Mac Gonagall peut tolérer le fait que des mercenaires à la solde du Ministère se baladent dans la forêt pour tuer les animaux ? la forêt fait partie intégrante du parc de Poudlard donc c'est un terrain dont l'école est propriétaire ! le Ministère n'a rien à y faire !

- J'entends bien vos protestations, soupira Dexter. J'ai fait également part de mon indignation à Minerva et lui ait demandé impérativement de changer les choses…mais la vérité c'est qu'elle ne peut plus tout contrôler, comme Albus Dumbledore pouvait le faire autrefois. Ombrage se méfie d'elle, et au moindre faux pas elle trouvera un prétexte pour limoger Mac Gonagall. Elle en aurait les moyens, car beaucoup de membres du personnel ont changé à Poudlard, et la plupart n'aiment pas franchement Minerva. Même les étudiants sont réticents à l'ouverture, ils veulent de la sécurité avant tout. Les parents d'élèves mettent aussi une pression gigantesque sur l'administration poudlarienne pour renforcer les contrôles et les fouilles. Interdiction de fumer dans le château, interdiction d'alcool, interdiction de se balader dans les couloirs après le dîner du soir, horaires d'ouverture limités pour la bibliothèque, sélection des livres sur les rayonnages, ouverture des lettres entrantes ou sortantes, fouilles régulières sans préavis sur les étudiants…Poudlard ressemble de plus en plus à la prison d'Azkaban.

Drago et Blaise avaient la mine sombre. Ce soir ne serait pas un soir de fête. Après avoir fini leur repas, tous les deux redescendirent dans la grotte où se trouvaient tous les gobelins. Il fallait que tous les deux soient en forme pour reprendre la route le lendemain.

Les rayons du soleil éclairaient déjà la grotte lorsque Drago ouvrit les yeux après une bonne nuit de sommeil. Au bout d'un moment il se souvient où il se trouvait et s'activa pour réveiller Blaise.

- Qu'est-ce qu'il y a ? marmonna le métis en ouvrant deux yeux rougis par le sommeil.

- Tu veux partir quand ?

- J'en sais rien…dans quelques heures. Laisse-moi me reposer un peu Drago…

Le blond lui donna une bourrade dans le dos pour bien l'énerver, puis il s'éjecta d'un bond hors de sa niche. Comme la veille, il emprunta le tunnel qui permettait de remonter à la surface. Il faisait froid dans la clairière, mais le jour s'était déjà levé. Au pied des arbres, les Vélanes dormaient toutes, la plupart allongées sur des matelas de mousse ou d'herbe, d'autres enroulées dans des couvertures de feuilles. De loin on les confondait presque avec la végétation. Drago voulu fumer, mais à son grand énervement il ne trouva aucun cigare dans ses poches. N'ayant pas la motivation de redescendre pour fouiller dans son sac, il resta donc là. Il marcha un peu pour se dégourdir les jambes, puis s'assit sur un rocher qui se trouvait non loin de l'endroit où un groupe de Vélanes dormaient. Au bout d'un moment, il lui sembla entendre un craquement de brindilles derrière lui, mais il ne se retourna pas. Quelqu'un approchait, aussi saisit-il sa baguette dans sa poche.

- Ce n'est que moi, chuchota une douce voix féminine.

Drago se retourna pour fixer Amarante qui se trouvait juste derrière lui.

- Je t'ai entendue arriver, commenta le blond. On ne me prend pas par surprise.

- C'est beau les surprises parfois tu sais, susurra la Vélane de sa voix de velours. J'ai écouté votre conversation entre sorciers hier soir.

- Et donc ?

- Ça m'a fait de la peine d'entendre ce que vous disiez. C'était si triste. Etes-vous toujours aussi sombres vous les sorciers ?

- Il n'y a que les mangemorts qui s'habillent tout en noir. Ça ne représente pas une majorité.

- Je parlais de vos discussions. Tous les sorciers sont si sérieux, si graves.

- Le sujet de conversation ne prêtait pas à rire. Le monde ne donne pas envie de rire non plus.

- A Kenmare nous riions sans arrêt. Même après notre fuite nous avons continué à rire et à faire la fête. C'est la magie.

- La magie a son côté obscur, comme chacun d'entre nous. Moi aussi je riais et faisait la fête sans arrêt fut un temps, répliqua Drago.

- Soit, admit Amarante en faisant la moue. Je voulais te demander pourquoi es-tu venu par ici ? Dexter t'a raconté mon histoire. Je veux entendre la tienne.

- Je cherche un fabricant de baguette. Je voyage depuis quelques temps dans le but d'en dénicher un qui soit apte à me fabriquer une nouvelle baguette.

- Ah ce n'est pas dans mes cordes cela. Mais votre phrase me fait penser…Gornuk possède dans ses affaires quelque chose d'autrement plus inestimable. Si vous lui demandez, il se fera un plaisir de vous montrer de quoi il s'agit. Ce n'est pas une baguette cependant, mais ça va vous plaire j'en suis sûre.

- Les gobelins n'aiment pas trop étaler leurs richesses, mais je vais lui demander quand même vu que vous avez attisé ma curiosité, déclara Drago.

Le blond se leva et salua Amarante avant de se diriger à nouveau vers la grotte souterraine. Lorsqu'il y arriva, beaucoup de gobelins étaient réveillés et s'activaient déjà dans tous les coins. Drago alla prendre un rapide petit-déjeuner en compagnie de Blaise, puis il se mit en quête de Gornuk. Drago ne fût pas très surpris de le découvrir en compagnie de Dexter devant un coffret rempli de pièces de monnaie. Visiblement, tous les deux établissaient des comptes. Dexter énumérait à haute voix en triturant des pièces tandis que Gornuk annotait sur une feuille de parchemin avec une plume d'oie.

- Bonjour Gornuk, déclara Drago en se présentant devant le petit gobelin.

- Qu'est-ce que tu veux sorcier ? renfila-t-il avec dédain sans lever le nez de sa feuille.

- Amarante m'a raconté que vous possédiez quelque chose d'inestimable, un objet de grande valeur. J'aimerais simplement savoir si vous pouviez me montrer de quoi il s'agit.

- De quoi il s'agit…MAIS VOUS VOUS FOUTEZ DE MOI OU QUOI ? hurla le gobelin. Mêlez-vous de vos fesses par le crâne chauve de Gringott ! et laissez-moi établir ma comptabilité en paix ! vous me dérangez ! je travaille moi !

- Vous allez m'accorder un peu de votre temps sinon j'irais moi-même fouiller dans vos affaires, répliqua calmement Drago.

Gornuk arracha avec brusquerie les petites lunettes qu'il portait sur son long nez, puis il toisa son vis-à-vis avec ses petits yeux noirs profondément enfoncés dans les orbites. La rage l'étouffait à un tel point qu'il ne pouvait proférer une seule parole. Au bout d'un moment il se calma, mais marmonna tout bas en gobelbabil ce qui ressemblait à des injures acerbes.

- Pourquoi Amarante t'a dit ça ? demanda Dexter de sa voix usée de vieil homme.

- Je ne sais pas…nous parlions de baguettes.

- N'en dit pas plus. Gornuk, viens avec moi, il faut lui dire. Les comptes de Bogrod pourront attendre.

Avec toute la mauvaise volonté du monde, le gobelin déposa ses papiers et suivit Dexter. Drago invita à Blaise à les suivre, et tous les deux se précipitèrent sur leurs talons.

- Je suis vraiment navré monsieur Malefoy, j'aurais dû vous avertir plus tôt, déclara Dexter.

- M'avertir de quoi ?

- Severus Rogue est venu me voir dans ma maison de Tinworth il y a près d'un mois de cela. Je lui avais signalé que vous étiez passé par chez moi, mais il est arrivé trop tard. Il voulait vous confier quelque chose, une arme pour vous défendre. Comme vous n'étiez plus là, Rogue me l'a remise. Cette arme a été fabriquée par les gobelins, comme la plupart des objets de valeur que possèdent les sorciers. Quand je suis venu voir Gornuk je lui ait demandé de garder l'objet ici en sécurité.

- Il y a une chose que tu oublies Dexter, gronda Gornuk. Cet objet est à moi. Tu me l'as donné.

- Je pensais que Drago Malefoy ne reviendrait pas. Je t'ai simplement demandé de le garder avec toi tant que je ne l'aurais pas croisé à nouveau.

Après avoir déambulé dans la grotte et s'être faufilé entre les gobelins, tous les quatre arrivèrent à l'endroit où se trouvaient les coffres et les sacs contenant les possessions des réfugiés. Sans hésiter, Gornuk mit la main sur un des coffres après l'avoir attiré à lui par un sortilège d'attraction matérialisé par un claquement de doigts.

- Attendez ! s'exclama Drago. Je crois savoir de quoi il s'agit…ce ne serait pas une épée ?

- Exact, répondit Gornuk d'une voix froide.

Le gobelin ouvrit lentement le coffre après avoir composé le code secret. A l'intérieur, sur un magnifique lit de velours rouge se trouvait allongée une splendide épée à la garde sertie de joyaux.

- C'est l'épée que j'ai tenue dans mes mains, déclara Drago. Elle se trouvait à Poudlard. C'est l'épée ancestrale de Salazar Serpentard et ses descendants. Excalibur, l'épée du rocher.

- Son nom originel est Caladbolg, rétorqua Gornuk. C'est son nom en gobelbabil. Elle a été forgée par les gobelins forgerons d'un ancien Royaume gobelin du Pays de Galles. Elle était destinée au roi gobelin et à sa descendance, mais celui-ci est mort sans héritiers avant que l'épée ne soit terminée. Il y a eu une guerre civile, et pour rétablir la paix les gobelins qui avaient forgés l'épée décidèrent de la planter dans un rocher et jetèrent des sorts dessus pour que personne à part l'héritier royal légitime ne puisse la retirer. Il restait un descendant royal, un jeune fils oublié du vieux roi gobelin que tout le monde croyait mort. Il retira l'épée, mais on la lui vola avant qu'il ne puisse remonter sur le trône…

- Faux, le contredit Dexter. L'épée ne fût pas volée. Le prince gobelin l'offrit à un jeune sorcier qui a lui seul tait parvenu à retirer l'épée du rocher, et qui avait fait croire à tous que c'était le prince gobelin qui y était parvenu. Ainsi il mit fin à la guerre civile et permit au prince gobelin de récupérer le trône de son père. Pour le remercier le gobelin lui offrit l'épée.

- Allons donc ! s'écria Gornuk. Pourquoi faire un geste pareil ?

- J'aimerais vous signaler mon cher que cette épée est avec celle de Godric Gryffondor l'une des toutes dernières qui subsistent encore de cette lointaine époque. Et tout ça pour quoi ? parce qu'elles ont été conservées par des sorciers. Avec vos innombrables guerres civiles vous les gobelins vous avez quasiment tout détruit, mais à l'époque où Excalibur fut forgée il en existait des milliers de plus belles encore. Pour le prince gobelin ce ne fut pas une grande perte. A présent c'est vous Gornuk qui tentez de dérober ce bien précieux à son légitime possesseur.

- Lui ? ricana le gobelin en montrant Drago du doigt.

- Oui moi, répliqua le principal concerné. J'ai la preuve avec moi, ajouta-il en sortant son talisman d'une de ses poches. Voilà un artefact qui n'a pas été fabriqué par des gobelins !

- Quel rapport avec cette épée ?

- Les initiales, déclara Drago sans sourciller.

Gravées en plein cœur du talisman, les lettres S.S. se retrouvaient aussi sur le pommeau serti d'émeraudes de l'épée magique. Salazar Serpentard. Gornuk en resta ébahi.

- Les gobelins ont peut-être forgé cette épée mais la lignée royale gobeline à laquelle elle était destinée est maintenant éteinte, remarqua judicieusement Drago.

- C'est juste, admit Gornuk. Tiens prend cette épée sorcier et ne m'embête plus avec ça. Si tu es bien du sang de Serpentard et si cette épée n'a pas été volée, elle t'appartient de droit.

- Merci, fit Drago en s'emparant de l'arme et en la rangeant dans son fourreau.

- Une dernière chose jeune homme, grinça Gornuk. Faits-en bonne usage. Quand tu t'en iras d'ici pour retourner dans le monde sauvage, je veux que tu retrouves les meurtriers qui ont tués soixante des miens dans la banque de Gringotts. Je veux que tu les empale sur cette épée, que tu leur sortes les tripes du corps, que tu les fasses se vider de leur sang.

- Je verrais ce que je peux faire, je ne vous promets rien, répondit Drago. Mais je peux vous dire que Gripsec n'est plus enfermé à Azkaban, il a été tué. On m'a envoyé sa tête coupée, et je l'ai enterrée comme il se devait. Je sais qui a tué Gripsec.

- Voilà qui est bon, fit le gobelin en fixant Drago de ses petits yeux sombres remplis de haine. Retrouve l'assassin et fait-lui regretter d'être venu au monde. Retrouve-les tous. Si je revois cette épée un jour, je veux la voir rouge de sang de la pointe jusqu'à la garde. Et je veux voir les émeraudes qui s'y trouvent devenir des rubis.