Il était désormais couché sur le canapé de Molly, sa tête sur ses genoux, et lisait un livre. Molly jouait distraitement avec ses cheveux tout en regardant une émission de musique.

Mycroft aimait la simplicité et la relative facilité de leur relation. Molly était si facile à vivre – elle ne demandait jamais rien sur son travail, seulement s'il avait eu une bonne journée. Il savait qu'elle pouvait lire en lui maintenant. Quand il était épuisé après des jours exceptionnellement difficiles, elle l'enlaçait simplement dans son lit jusqu'à ce qu'il s'endorme. Même s'il détestait l'admettre, il avait besoin de ces moments beaucoup plus qu'il était prêt à accepter, même à lui-même.

Il aimait qu'il y ait une personne dans ce monde qui se souciât de savoir s'il allait bien ou pas. Il avait maintenant quelqu'un qui appréciait être avec lui juste pour qui il était et non pas pour ce qu'il pouvait apporter ou ce qu'il représentait. Il savait que Molly et lui n'avaient aucun avenir. Un jour, il devrait partir ou même plus tôt, elle se lasserait de cette relation particulière. Elle voudrait s'en aller et il savait qu'il la laisserait partir. Il ne se battrait pas pour elle, plus maintenant... Il avait été égoïste avant – il la voulait et il ne se souciait pas des conséquences. Mais maintenant il tenait assez à elle pour faire passer ses besoins avant les siens, ce qui était une vraie première.

Quand tu voudras t'en aller je te laisserai faire, pensa-t-il avec un soupir.

- Tout va bien ? Demanda Molly avec douceur en caressant de sa main des cheveux à sa joue mal rasée.

Il posa son livre sur sa poitrine et leva le regard pour rencontrer ses yeux bruns remplis d'inquiétude.

Il sourit.

- Oui, je suis seulement fatigué de Londres. Pourquoi ne prendrais-tu pas ton vendredi après-midi, et nous irons au Domaine pour le weekend. Qu'en dis-tu ? Tu manques à Loki.

Molly sourit.

- Ce petit bout me manque aussi mais je ne peux pas ce weekend. J'ai invité John et Mary pour diner. Ils sont ensemble depuis 9 mois maintenant et il m'a dit que ça devient sérieux... Je crois qu'il envisage de la demander en mariage.

- Vraiment ? Mycroft hocha la tête. C'est bien pour lui.

- Oui. Je les ai donc invités à diner samedi soir. Je... Eh bien tu es le bienvenu pour nous rejoindre si tu veux mais je suppose que tu ne le feras pas.

Mycroft hocha la tête en récupérant son livre.

- Tu as raison. Je ne veux pas me joindre à vous. Ne t'inquiète pas nous pouvons faire ça une autre fois, ajouta Mycroft mais il détesta le petit pincement de déception qui l'ébranla.

- Oui, c'est ce que je pensais, murmura Molly en reposant sa main sur la poitrine de Mycroft tout en se tournant de nouveau vers la télé.

Molly regardait son concurrent préféré chanter quand elle sentit la main chaude de Mycroft sur la sienne. Elle se tourna pour le voir et il la fixa, reposant à nouveau son livre.

- C'est ce que tu veux ? Demanda-t-il.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Répondit-elle confuse.

- Moi venant diner avec Mary et John.

- Non, non ça va. Tu as raison – il y aurait beaucoup trop d'explications à donner. Comme tu le dis, toi et moi ne sommes pas ensemble pour toujours, donc... Elle haussa les épaules. Je pensais juste que je devais te le dire.

- Tu veux plus de cette relation ? Demanda-t-il calmement en s'asseyant. Tu ne sembles pas heureuse parfois.

- Quoi ? Je... Non ça va. Ce que je veux dire c'est que je comprends pourquoi nous ne pouvons pas rendre ça public. Je comprends qu'à cause de ton travail, tu préfères que notre 'relation' ne soit pas de notoriété publique. Et... Et vraiment, ça n'a pas de sens, n'est-ce pas ? Nous attendons notre heure jusqu'au moment où l'un d'entre nous va s'éloigner.

Mycroft fut agacé par son ton juste comme si c'était quelque chose d'éphémère, elle commençait à penser comme lui et c'était le plus pénible. Il savait qu'il n'était pas juste, il savait que c'était lui qui avait fixé les règles depuis le début.

- On sort alors, à un rendez-vous ? Un déjeuner demain ? Avant mon voyage en Allemagne.

- Pour de vrai ?

- Je n'ai pas de réponse à ça... Comment est-ce que ça ne peut pas être réel ?

Molly rougit.

- Non, je veux dire que tu pourrais prendre à emporter et nous pourrions déjeuner à mon bureau ou tu pourrais louer tout le restaurant et nous serions que tous les deux.

- Tentant je dois l'admettre... Je me demandais ce que ça serait de te faire l'amour dans un lieu public.

- Quoi ?

Molly tomba presque du canapé. C'était un côté de Mycroft à laquelle elle ne s'habituerait jamais, son côté amusant et pervers. Il ne sortait pas très souvent mais elle l'appréciait encore plus.

Mycroft rit.

- Je voulais parler d'un rendez-vous normal dans un lieu public, avec des gens.

- J'aimerais bien ça.

Mycroft vit une lumière de pur bonheur dans ses yeux et cela le rendit encore plus heureux qu'il ne devrait l'être.

- Retrouve-moi au Bistro à midi.

- Je le ferai, elle se pencha sur lui pour lui donner un rapide baiser. Merci.

MMMMMMMMMMMMMMMMM

Quand Molly arriva, Mycroft était déjà assis à une table au fond du restaurant.

Ils eurent un très bon déjeuner, Molly parla de sa matinée pendant que Mycroft partagea autant qu'il le pouvait, (ce qui n'était pas beaucoup) mais Molly fut contente de toute façon.

- Un dessert ? Demanda le serveur.

Mycroft secoua la tête.

- Oui. Je vais prendre le cheesecake aux fraises, dit Molly avec un sourire.

- Je pensais que tu n'aimais pas le cheesecake ? Demanda Mycroft après que le serveur soit parti.

- Je n'aime pas, mais toi oui. Je t'ai vu lorgner la carte des gâteaux pendant que le serveur était à la table d'à côté.

- J'apprécie le geste Molly, vraiment, mais je ne pense pas que ça soit sage, dit-il en tapotant son estomac.

Molly leva les yeux au ciel.

- Tu as besoin de vivre un peu Mycroft – tu es parfait tel que tu es, crois-moi, je-

Elle rougit en se penchant.

- Je ne voudrais pas ton corps d'une autre façon, murmura -t-elle avant de détourner le regard, embarrassée.

- Bon à savoir. Mycroft eut un petit rire. S'il te plait sache que c'est complètement réciproque.

Molly rougit encore plus.

- Dûment noté.

Une fois que le serveur apporta le gâteau, Mycroft pris une cuillère à soupe et fredonna tout en le goûtant.

- Bon, huh ? Demanda Molly en souriant.

Il ajouta :

- Le goût de la décadence. Toi, Molly, tu nourris toutes mes faiblesses, dit-il avec espièglerie mais elle ne manqua pas la note de sérieux derrière ça.

Elle allait demander quelle autre faiblesse elle nourrissait quand elle se tourna en direction de la porte et se maudit intérieurement. De tous les endroits à Londres, sa cousine Emeline a dû entrer dans ce restaurant.

Molly attrapa le menu sur la table à côté d'eux et l'utilisa pour cacher son visage de la ligne de mire de sa cousine.

Quelques secondes plus tard, le menu lui fut arraché des mains par un Mycroft en colère.

- Je comprends pourquoi ça ne te dérangeait pas que cette relation soit secrète.

Il secoua la tête et sortit deux billets de £50 de sa poche.

- Passe une bonne journée Molly.

Il se leva et se dirigea brusquement vers la sortie.

- Mycroft attend, dit-elle en le suivant et attrapant son bras.

- Molmol ? Hurla sa cousine en venant vers eux. Et qui est ton ami ? Demanda-t-elle en lançant un regard appréciateur à Mycroft.

- Personne, répondit Mycroft froidement en enlevant son bras de l'emprise de Molly.

MMMMMMMMMMMMMMMMM

Cela prit à Molly plus de 15 minutes pour se libérer de sa cousine et à ce moment-là Mycroft était parti. Elle dut retourner à l'hôpital pour finir une autopsie. Ce fut finalement après 4 heures qu'elle put sortir. Elle soupira alors qu'elle se repensait au regard plein de colère et de douleur voilée sur le visage de Mycroft. Elle n'avait même pas essayé de l'appeler, sachant qu'il ne lui répondrait pas mais à la place elle appela son assistante personnelle.

- Où est-il Anthea ?

- Je ne crois pas que je puisse partager cette information avec vous. Il est franchement-

- S'il vous plait-, supplia Molly, sa voix se brisant.

Anthea soupira.

- Au Diogène.

- Merci.

Molly sortit sous la pluie battante et essaya d'appeler un taxi. Avant qu'elle ne réalise qu'aucun ne s'arrêterait pour elle, elle était déjà trempée jusqu'aux os. Elle décida de courir les 4 pâtés de maisons jusqu'au club.

- Mycroft, répond- moi s'il te plait ! Je suis désolée- tu dois me laisser m'expliquer. Ça n'a rien à voir avec toi.

Sur le chemin, elle laissa le message sur sa boite vocale.

Mycroft regarda par la fenêtre la pluie battante avant de retourner vers la cheminée et de prendre un gros morceau du gâteau au chocolat qu'il avait devant lui.

Les actions de Molly l'avaient blessées et mis en colère. En fait, il était en colère que son embarras d'être vu avec lui, l'ait blessé. Il n'avait jamais laissé l'opinion de qui que ce soit l'affecter avant. Pour la première fois, il n'aimait pas la façon dont Molly l'avait changé.

Un coup sec à la porte de son bureau le ramena à la réalité.

- Entrez.

- Monsieur, désolé de vous déranger, mais il y a une jeune femme trempée jusqu'aux os devant le club et elle refuse de partir avant de vous avoir parler.

Mycroft soupira.

- Merci Geoffrey, j'arrive tout de suite.

Les dents de Molly claquaient mais elle refusa de quitter sa place devant le club. Si cela signifiait attraper la mort et s'humilier, alors qu'il en soit ainsi. Elle enroula ses bras autour d'elle en essayant de se donner un peu de chaleur.

- Rentre à la maison, Molly, j'ai du travail à faire. Nous parlerons plus tard.

Elle entendit la voix de Mycroft. Molly le chercha et le trouva à la fenêtre à côté de la porte.

- Non, on ne le fera pas. Je sais que tu vas m'éviter, dit-elle en faisant de son mieux pour ne pas trembler tandis qu'elle parlait.

Mycroft sortit son téléphone et envoya un message.

- C'est bon, Molly. Encore une fois, il n'y a rien que tu aies besoin de dire...

Il fronça les sourcils comme s'il faisait quelque chose contre sa volonté.

- Je sais que je suis un peu plus âgé, en mauvais état, et clairement pas un mannequin mais tu n'avais pas à sortir dans-

Molly secoua sa tête furieusement.

- Non, Mycroft, je n'avais pas honte de toi ! J'avais honte de moi.

Il fit un geste vers la voiture noire derrière elle.

- Va dans la voiture, Molly. Richard va te reconduire à la maison.

- Non. Tu pars pour l'Allemagne demain. Je ne veux pas que les choses se finissent comme ça. Molly regarda autour d'elle. Je ne suis juste... Pas prête à dire au revoir, dit-elle à peine plus fort qu'un chuchotement.

Mycroft ferma la fenêtre et Molly eut l'impression qu'il venait de la gifler. Elle regarda autour d'elle alors que la nuit commençait à tomber. Était-il vraiment parti ? Le cœur de Molly eut mal et elle réalisa qu'elle était beaucoup plus attachée qu'elle ne l'avait d'abord pensée. Ça devait être une excuse, il voulait un moyen de la quitter et avait utilisé son erreur pour le faire.

Elle se tourna vers la rue, regardant de haut en bas, engourdie à la fois par le rejet et le froid. Elle était heureuse qu'il pleuve encore, ses larmes se mélangeaient avec la pluie.

Soudain le déluge s'arrêta et un soupçon d'eau de Cologne au bois de santal lui remplit les narines alors qu'un manteau chaud et sec fut drapé sur ses épaules.

- Tu n'aurais pas dû venir, murmura Mycroft dans son oreille. Il était tellement proche qu'elle pouvait sentir sa poitrine toucher son dos.

Elle leva le regard et vit le parapluie. Elle lâcha un sanglot et se retourna.

- Tu es sorti... Elle murmura avec incrédulité et soulagement.

- Bien sûr, murmura Mycroft et sa voix sembla plus rauque que d'habitude mais elle ne pouvait pas voir clairement ses yeux dans la faible lumière. Il enroula son bras libre autour d'elle et la tira près de lui.

- Je viendrai toujours quand tu appelleras, ajouta-il, clairement à contre cœur.

Elle frissonna en sentant sa chaleur corporelle.

- Tu vas être tout mouillé, dit-elle en levant le regard.

Mycroft embrassa son front.

- Tout va bien.

Molly tendit la main vers le haut et posa ses mains glacées sur ses joues.

- Mycroft, cette femme, c'est ma cousine. Je ne voulais pas qu'elle me rappelle ce que j'ai perdu quand nous arriverons à la fin.

Elle continua de façon hésitante.

- Tu es tellement mieux que moi – tu es juste parfait. Je suis fière que tu aies choisi d'être avec moi, même si c'est pour très peu de temps. Mycroft, Je-

Il l'embrassa pour l'empêcher de parler.

- Ne le dis pas, murmura-t-il contre ses lèvres. Quoique tu allais dire... Ne le dis pas.

- Ok... Murmura-t-elle et quelque part elle le remercia.

Ses émotions partaient dans tous les sens et elle aurait regretté tout ce qu'elle s'apprêtait à dire.

- Tu sais, dans mon métier, je ne peux pas avoir de point de pression. Afin de me protéger, mon pays et mes intérêts, j'ai répertorié mes vulnérabilités et j'en avais une seule... Jusqu'à récemment.

- Combien en as-tu maintenant ? Demanda-t-elle à bout de souffle.

- Deux. Sherlock. Et toi.

Molly put voir à quel point c'était dur pour lui de l'admettre. Il se pencha à nouveau et l'embrassa doucement, ne se souciant pas une seconde de qui pourrait le voir mais espérant encore que son parapluie le protégerait au moins des caméras de surveillance.

Mycroft rompit le baiser lorsqu'il la sentit frissonner plus fort contre lui.

- Je ne mentais pas Molly. Je dois vraiment travailler avant mon vol pour l'Allemagne demain matin. Laisse Richard te reconduire à la maison et prend un bain chaud. Je viendrai te voir dès que je serai de retour.

- Ok... Dit Molly avec réticence.

- Et Anthea reste ici. Fais-lui savoir si tu as besoin de quoi que ce soit pendant mon absence, ok ?

- Je le ferai.

Mycroft l'accompagna à la voiture, lui ouvrit la portière. Il embrassa son front.

- Va à la maison Molly, nous allons bien.

Molly ouvrit la bouche et la ferma encore. Elle n'avait aucune idée de quoi dire, ses sentiments étaient confus et chaotiques.

- Je sais, dit-il. Moi aussi. Bonne nuit, ma Molly, dit-il avant de retourner à la porte.

- Attend ! Qu'en est-il de ton manteau ?

Mycroft se retourna et la récompensa d'un petit sourire.

- Garde- le. Il te va bien.

Molly réussit à rire un peu et s'assit dans la voiture, enroulant le manteau autour d'elle et enfouissant son visage dans le col, fermant ses yeux au parfum familier et réconfortant de Mycroft.

Son cœur se mit à marteler à nouveau dans sa poitrine lorsqu'elle réalisa ce qu'elle avait été sur le point d'avouer à Mycroft. Ils avaient tous les deux transgresser les limites, des limites qui ne devaient jamais être franchies pour de ne pas être blesser.

Elle pouvait entendre son père dans sa tête, après sa première rupture. Tu ne peux pas contrôler une relation romantique, chérie. Les relations sont comme du sable, et tu sais quel est le problème avec les limites tracées dans le sable ? En un souffle de vent, elles disparaissent.

- Oh Papa, qu'est-ce que je suis censée faire ? Murmura Molly en regardant par la vitre les rues bondées de Londres.

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Vivre avec Mycroft Holmes ça peut avoir quelques petites surprises et Molly ne s'y fait toujours pas! Encore une autre crise désamorcée à temps mais jusqu'à quand? Suite au prochain épisode!