Chapitre 14 : Intermonde

Donald se mit aux commandes de l'appareil. Au bout de quelques minutes à peine, il soupira.

-Deux mondes se sont ouverts. Mais leurs chemins sont gardés par deux groupes de Sans-cœur. On attend ici jusque demain matin ?

-Bonne idée ! s'exclama Dingo.

-Quoi ? m'écriais-je. Vous… dormez ?

-Ben… évidemment ! sourit Donald. Ce voyage va prendre quelques semaines, alors on va devoir dormir, tu sais !

Maintenant qu'il en parlait, mon ventre criait famine. Dingo sortit de sa poche quatre potions. Il en tendit une à chacun d'entre nous. Je la bus, légèrement perplexe. Ça avait un goût d'eau. Une sorte de fleur jaune m'enveloppa pendant quelques secondes et lorsqu'elle s'évapora, je n'avais plus faim. Donald appuya sur un bouton et quatre couchettes, semblables à des lits de camp, sortirent des murs de l'appareil. Deux du coté droit, deux du coté gauche.

Donald et Dingo s'installèrent sur les deux du coté gauche. Ils avaient un air endormi. Je n'aurais jamais pensé que Kingdom Hearts II puisse se passer sur plusieurs jours, pour eux. Je m'installais sur une couchette à mon tour, Sora dans celle juste à coté de moi. Donald se mit à ronfler et Sora rit.

-Je n'arrive pas à imaginer que j'ai pu dormir pendant un an. Tout me semble encore si… présent.

-Oui, murmurais-je. Ça doit être étrange.

Sora me jeta un regard.

-Tu sais qui aurais pu regarder cet homme exactement comme moi ?

-Non, répondis-je simplement.

Je sortis mon carnet et me mis à écrire frénétiquement tous les événements qui venaient de se produire.

-Tu ne m'appelles plus tête de pics ? remarqua Sora.

-Non, je préfère le mal-coiffé.

-Hadès m'appelle comme ça.

Je pris un air diabolique.

-Alors considère que je suis du coté des méchants, niveau blague.

Il s'allongea et ferma les yeux. J'écrivis énormément cette nuit-là, avant de m'abandonner à nouveau au sommeil. C'était bien différent de la Tour sur laquelle j'avais passé les dernières nuits. Car nous flottions dans l'espace. Et aussi parce que Donald ronflait beaucoup.

Je me retournais face à Sora. Il dormait maintenant depuis quelques heures. Souriante, je m'endormis à mon tour, ne pensant plus à rien. Car la présence en plus, dans l'Organisation, m'avait torturé l'esprit.


-Que te voulais Xemnas ? demanda Demyx, anxieux.

Je fermais doucement la porte qui servait de bureau au Supérieur et me mis à marcher dans les couloirs immaculés. Demyx me suivait de près.

-Me demander si je savais manier la Keyblade.

N'y tenant plus, je me retournais vers lui.

-Tu ne m'avais pas dit qu'elle serait là !

-Angel, calme-toi…

-Mais tu m'as menti pour que je vienne !

-Il fallait que Sora nous voit en entier…

-En entier ? souris-je méchamment. Il a décimé la moitié de vos rangs !

-Nos rangs, souligna Demyx.

Voyant que ce qui semblait être ma colère ne se calmait pas, il me tapota gentiment la tête, comme il avait l'habitude de le faire.

-Voyons, Angel, ne fais pas l'enfant. Comporte-toi en adulte.

-Ce n'est pas mon âge le problème ! criais-je. C'est que je tourne en rond depuis que tu m'as trouvée et j'en ai marre !

-Tu peux venir avec moi, si tu veux, fit une voix grave derrière moi.

Je me retournais, surprise, vers Xaldin. Il faisait bien trois tête de plus que moi et sa large carrure, monumentale, m'impressionnait.

-Je dois partir en mission. Elle n'est pas très facile. Si tu viens avec moi, on se débrouillera mieux.

J'étais stupéfaite. Demyx me tapota à nouveau la tête.

-Eh bien tu vois ! Crie un bon coup et les chevaliers arrivent !

Je lui marchais violemment sur le pied et il se contorsionna de douleur, sautillant sur son pied valide et tenant l'autre entre ses doigts.

-Mais ça va pas ? s'époumona-t-il.

-La princesse n'a pas besoin de l'aide d'un chevalier, tu vois, souris-je cruellement. Mais c'est d'accord, m'adressais-je à Xaldin.

-Parfait. Dans vingt minutes, devant la tour du souvenir.

-Parfait.

Il tourna les talons et marcha calmement dans le couloir, en savourant presque chaque pas. Demyx continuait de gémir et je ris en l'aidant à se tenir droit.

-Désolée, j'y suis peut-être allée un peu fort !

-Peut-être ? s'exclama-t-il.

-Je ne contrôle pas ma force ! Bon, à bientôt, Demyx !

Malgré la douleur, il me sourit quand même, formant une drôle d'expression sur son visage.

-Fais attention, Angel.

Je courus dans les couloirs jusqu'à ma chambre. Je n'avais pas beaucoup d'objets, mais je pris soin néanmoins de mettre le carnet dans lequel je notais tout dans la poche intérieure de mon manteau noir. C'était bien la seule chose à laquelle je tenais. Je descendis allégrement les escaliers blancs, sautillant à chaque marche. Même si, dans un tournant, je me cognais contre Saïx. Je repris l'équilibre juste à temps, mais le numéro 7 n'eut pas cette chance et tomba à la renverse. D'un naturel froid et cruel, et sans doute le plus proche du Supérieur, l'homme aux cheveux bleus et au regard glacial me regarda.

-Je ne savais pas que les nouveaux avaient déjà le droit de traiter ainsi leurs supérieurs.

-Je… je suis désolée, marmonnais-je. C'est que tu marches en faisant si peu de bruit que…

Il se redressa et m'assassina avec ses yeux.

-Tu as de la chance de t'en aller, car sinon…

Mais il n'eut pas le temps de finir, car, déjà, je m'élançais dans le couloir, mes cheveux noir ténèbres se confondant avec mon manteau.

J'arrivais en avance au point de rendez-vous. La ville était toujours plongée dans l'obscurité. Elle devait sans doute faire peur. Comment le savoir ? Je n'avais pas de cœur ! J'éprouvais juste une sorte d'attirance vers cette tour, sous laquelle je m'étais réveillée…

Je l'avais vue. J'avais vue la fille. Impossible d'avoir de doute : elle était moi. Non, plutôt, j'étais elle. Mais personne n'avait fait de commentaires. Je m'assis sur le bord de la balustrade des escaliers, attendant patiemment. Et alors ? Je l'avais vue : elle était aussi blonde que mes cheveux étaient noirs, mais nos yeux, nos yeux bleu clair, couleur cristal, témoignaient de nos origines communes. Je ne connaissais rien d'elle, enfin de moi.

-En avance, fit une voix. On va bien s'entendre.

Je tendis la main devant moi et un couloir vers les ténèbres apparut. Xaldin s'y faufila le premier, je l'y suivi de près. Le pan de ma cape disparut d'Illusiopolis.


Mes yeux s'ouvrirent alors que Donald se mettait aux commandes. Les trois autres couchettes avaient disparues et à la place, Sora et Dingo, assis à meme le sol, mangeaient des sortes de biscuits qui avaient l'air succulent.

Sora me sourit et Dingo en fit de même. Je vis qu'ils étaient attachés à l'aide de ceintures sur le sol. Je me mis à coté d'eux en poussant un bâillement sonore. Ils rirent.

-Droite ou gauche ? demanda Donald.

-Gauche ! répondis-je aussitôt.

Nous partions en route vers la Terre des Dragons.