Titre : The Wasting Game
Auteur : Polomonkey
Traduction : lovePEOPLEandCOWBOY
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Disclaimer : Merlin ne m'appartient pas.
Avertissements : beaucoup d'anxiété.
Note de l'auteur : Merci à Hoshiko27, Alone 77, mel, passion of Imbattables, Olie without ideas, Egwene Al' Vere, Lou, Laure marez, Themis-Eridyne, tinetinetina, les Guest, violette, ameliesky61
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Sap sunk
At eighteen, he's been old
For too long, always cold
In his matt blacks, always
In some kind of mourning.
De tout les mots qu'Arthur avait appris récemment, un seul revenait constamment en tête 'lanugo'. Ça semblait étrangement exotique, peut-être car ça ressemblait un peu au mot lagon. Mais ça lui faisait surtout penser à tous ces termes techniques qu'il avait appris au cours d'anglais – anapeste, trochée, dactyle. Lanugo avait l'air poétique, comme si ça s'apparentait à une chose non tangible, quelque chose de vague et romantique.
Il ne l'était pas, bien sûre. C'était le terme médical pour nommer les fins cheveux de bébé. Mais c'était aussi le fin duvet de poils qui poussait sur le corps des anorexiques pour combler un manque de graisse, et qui devait maintenir la chaleur.
La tête d'Arthur était pleine de nouveaux mots comme hypokaliémie, aménorrhée ou ostéoporose. Des mots qui nouaient la langue, des mots qui semblaient venu d'une autre planète, des mots d'origine grecque et latine qui semblaient venir d'un autre temps. Il ne pouvait pas y croire ici et maintenant, alors que la maladie brisait lentement son ami en petits morceaux.
Même le mot 'anorexie' résonnait mal. Arthur avait recherché sa définition grecque, et il avait trouvé que le 'an' signifiait 'sans' et que 'orexis' signifiait 'appétit'. Donc l'anorexie était simplement un 'sans appétit'. C'était une définition décevante pour une maladie si terrifiante. 'Sans appétit' donnait l'impression que c'était doux, inoffensif, un truc que l'on peut dire pour refuser le biscuit de trop, ou pour un paquet de chips. Ça n'équivalait pas avec l'horreur d'une personne rongée de l'intérieur. Arthur ne pouvait pas concilier l'élégance de ces mots avec la laideur qu'ils signifiaient. Il était en colère et il n'avait personne contre qui se défouler, alors il était en colère contre ces mots qui déguisaient leurs véritables sens, qui atténuaient la cruauté de ce qu'ils représentaient.
Ils étaient cruels, c'est ce qu'il avait décidé. C'était une maladie malveillante, vicieuse, un virus insignifiant qui s'accrochait à une personne pour bousiller sa vie. Et Arthur ne pouvait pas supporter le fait qu'elle était incorporelle, qu'il ne pouvait pas l'affronter en face à face, ou la vaincre avec raison et logique. La fureur qu'il avait à l'intérieur de lui n'était pas près de s'en aller, pas sans qu'il puisse se venger sur le monstre malveillant qui dévorait son ami. Pas, alors qu'il était juste assis dans son estomac, en train de foutre le bazar de l'intérieur.
Il ne croyait plus depuis longtemps à la promesse de Hunith qui lui disait que Merlin allait mieux. Il avait pu voir de lui-même que Merlin allait plus mal, et pas mieux. Même avec ses baggy et ses longues manches, Arthur pouvait toujours voir sa peau de papier autour de ses poignets qui ressortaient, il pouvait encore voir les joues creuses de Merlin alors qu'il marchait péniblement d'une classe à une autre avec le souffle d'un vieil homme.
Qu'importe les traitements que Hunith avait prévu pour lui, ça ne marchait pas. Il n'avait plus l'impression d'être ignoré par Merlin de toute façon, à présent c'était plus comme si Merlin ne l'entendait plus, ou ne comprenait plus ce qu'Arthur lui disait. Lorsque les professeurs, ou d'autres étudiants, lui posaient une question, Merlin les regardait simplement l'air livide, en faisant un léger signe de tête, comme si ses oreilles étaient pleines de mélasses noires. Arthur était persuadé qu'il y avait des moments où Merlin était totalement inconscient de ce qui se passait autour de lui. Et quand il s'asseyait à côté de lui à la bibliothèque, il constatait que ses notes de révision étaient pauvres et absurdes, confirmant l'idée d'Arthur que Merlin ne pouvait plus se concentrer sur la lecture.
Il lui avait été presque impossible de conserver sa façade habituelle, et de faire comme si tout allait bien en bavardant avec Merlin. Il se sentait épuisé, aussi bien physiquement que mentalement, et son ventre se nouait d'inquiétude à chaque fois qu'il regardait son ami. Le silence avait commencé à parler ces jours-ci, mais une fois de plus il doutait que Merlin l'aie remarqué.
Ses autres amis faisaient de leur mieux pour l'aider, ils savaient que quelque chose allait mal avec Merlin, même si ils ne savaient pas quoi. Gauvain et Freya mettaient ça sur le compte du stress des examens (et, il le suspectait, la pression de son amour pour Arthur). Lance était plus circonspect dans ses théories, mais il vérifiait souvent Merlin et il s'asseyait avec lui à la bibliothèque quand Arthur était en classe.
Gwen lui avait demandé une ou deux fois si Arthur pouvait lui expliquer, cependant il avait dit non, mais sa détermination faiblissait. Il était si fatigué de tout gérer seul, si fatigué de vivre constamment dans un tourbillon d'anxiété et de peur. Il n'avait personne à qui parler, il ne pouvait pas le dire à Uther ou à Morgane ou à l'un de ses amis, et donc il devait tout faire par lui-même. La prochaine fois que Gwen lui poserait la question, Arthur se demandait si il se pouvait qu'il lui raconte tout. Si il avait Gwen pour en parler, calme, rationnelle, douce, il se pouvait qu'il se sente un peu mieux. Mais en le faisant, il trahirait Merlin, et Arthur n'était pas sûre qu'il lui pardonnerait.
Alors il gardait tout pour lui. Cependant il savait qu'il était sur le point de craquer, l'inquiétude qu'il avait pour Merlin était comme un poids qui l'écrasait un peu plus vers le sol.
Il avait besoin de reparler à Hunith. En privé cette fois, et lui demander de ne rien dire à Merlin. Et elle avait besoin de savoir que Merlin n'allait pas mieux, que l'aide qu'il avait était insuffisant. Il avait besoin d'un autre genre de support avant…avant que quelque chose de vraiment tragique arrive.
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Avec tous le stress dans sa vie, le football semblait la chose la plus relaxante ces jours-ci. Cette semaine d'entraînement ne faisait pas exception. Il s'était focalisé sur son jeu, et mis toute son énergie à gagner, et il avait chassé toutes les autres idées de sa tête. C'était bon de faire un break.
Il avait à peine écouté Gauvain dans les vestiaires, alors qu'il lui racontait les sexto malsain qu'il avait échangé avec Elena la nuit dernière. Ensuite, il avait relevé l'histoire des pornos gay, et donc Arthur avait relevé la tête, en rougissant, ainsi Gauvain avait pu lire le secret culpabilisant sur son visage.
Il avait essayé très fort de ne plus pensé à cette soirée (la 'soirée du désastre' comme il la nommait dans sa tête), alors son inquiétude pour la santé de Merlin avait repris le dessus depuis, en opposition total avec l'analyse de ses sentiments.
En y repensant sur le moment, il n'avait toujours pas de réponse. Il avait essayé de faire taire Gauvain, mais son ami n'était rien sauf persistant.
« Très bien, si tu veux. Donc tu vas devoir trouver un autre moyen de savoir ce que tu ressens pour merlin. »
Arthur lui avait donné une réponse honnête pour une fois, dans lequel il avait dit ne pas vraiment savoir. Et la réponse de Gauvain avait été irritante de justesse : parle à Merlin.
Ce n'était pas qu'il n'y avait pas pensé, il s'était même joué la conversation en tête plusieurs fois. Dans son imagination, Merlin lui parlait, ce qui était plutôt optimiste vu l'état actuel de leur relation.
Alors comment pouvait-il aborder ce sujet ? Il avait exprimé sa frustration à Gauvain.
« Oh ouais, et comment je peux entamer la conversation ? 'Salut Merlin, j'ai entendu que tu m'aimais depuis pas mal de temps, qu'est ce que ça te fait ?' »
Gauvain avait rigolé.
« Peut être quelque chose d'un peu plus subtil, mon pote. Je ne dis pas que tu devrais- »
Gauvain s'était arrêté au milieu de sa phrase parcequ'il avait entendu un bruit venant de l'extérieur. Il avait l'air confus en regardant Arthur, qui avait haussé les épaules et qui s'était dirigé vers la porte. Il avait passé la tête dehors pour voir ce qui en était la cause, et durant un moment il n'avait pas compris. Le banc était sur le sol et il y avait un type aux cheveux noirs qui partait en courant. Puis il avait réalisé que le type aux cheveux noirs était Merlin. Merlin qui était certainement assis sur le banc. Merlin qui avait du percuter le banc en se relevant soudainement. Merlin qui avait du se relevé soudainement car…car il était assis sous la fenêtre et qu'il avait entendu tous ce qu'ils s'étaient dit.
La panique avait noyé le cœur d'Arthur, et il avait commencé à courir, ignorant le fait que sa blouse n'était pas fermée, et qu'il n'avait pas ses chaussures.
Désespérément, il avait crié le nom de Merlin, mais Merlin n'avait même pas retourné la tête une seconde. Il avait presque rattrapé Merlin, puisqu'il était le plus rapide de toute son équipe même pieds nus, et que Merlin avait à peine la force de marcher. Mais il avait soudainement trébuché sur une motte d'herbe, et sa cheville s'était tordue douloureusement dans la chute. Il avait eu du mal à se remettre sur les pieds, et sa cheville ne supportait plus son poids quand il avait essayé de reprendre la course. Au final, Arthur boitait tandis que Merlin arrivait au bout du terrain, et qu'il traversait la route pour disparaître de sa vue.
Arthur s'était écroulé dans l'herbe, dans la défaite, son souffle devenant court. Il avait entendu les bruits de pas de Gauvain derrière lui.
« Est-ce que c'était Merlin ? » Avait demandé Gauvain, dévasté. « Il a entendu ? »
Arthur avait seulement eu la force de hocher la tête.
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Les deux heures qui avaient suivi, il avait téléphoné à Merlin à plusieurs reprises, mais il ne l'avait jamais eu en ligne. La dernière fois qu'il avait appelé, le téléphone était coupé. C'est là qu'Arthur avait compris qu'il devait se rendre chez Merlin, pour lui parler en face à face. Il était parti sur le champ, en essayant désespérément de trouver ce qu'il allait dire.
Il devait lui dire la vérité mais la vérité était problématique. Si il racontait à Merlin ce que leurs amis lui avaient dit, Merlin allait leurs en vouloir. Mais il n'était pas sûre que Merlin le croirait si il lui disait qu'il avait tout deviné seul. Toutes ces années d'inconscience ne donnaient pas exactement du poids à cette histoire.
Et puis, même si Merlin le croyait, que dirait-il ensuite ? C'était marche ou crève au vue de ses sentiments pour Merlin, et Arthur était toujours dans le noir total concernant ses sentiments. Alors l'enjeu semblait impossible à atteindre, peu importe ce qu'il décidait. Si il disait oui, il ne savait pas comment il se sentirait mais il espérait trouver en travaillant avec lui, et puis quoi ? Merlin était toujours malade, ce n'était pas comme si il pouvait simplement l'embrasser et faire comme si tout allait mieux. Il doutait que l'état physique et psychologique de Merlin pourrait supporter une relation en ce moment.
Si il disait non, il ne ressentirait pas la même chose, ensuite… Rejeté Merlin quand il était à des lieux d'aller bien semblait invraisemblablement cruel. Ça allait le briser sans aucun doute.
Arthur ne savait toujours pas lorsqu'il avait frappé à la porte de Merlin, il avait décidé de s'en remettre au destin. En laissant la conversation filer, alors peut-être que la réponse lui viendrait.
Mais Merlin n'avait pas répondu à la porte. Et Arthur ne pensait pas qu'il se cachait, il n'y avait pas de lumières et il n'entendait aucun mouvement.
Alors si Merlin n'était pas chez lui, où était-il ?
Déjà comme ça, Arthur était terrifié. Un autre jour, il n'aurait certainement pas réagi comme ça, mais ici il l'a sentait mal, et c'est tout ce qui importait. Tout ce qu'il s'était passé depuis qu'il avait rattrapé Merlin pour le transporter dans le bureau de l'infirmière, jusqu'à la conversation que Merlin avait entendu aujourd'hui. C'est tout ce qui comptait, et à présent, Merlin était absent alors qu'Arthur frappait inutilement à sa porte.
Au bout d'un moment, la sensation étrange avait passé, alors Arthur était devenu pragmatique. Il avait immédiatement appelé Hunith, établissant qu'elle était toujours à l'hôpital et qu'elle ne savait pas où était Merlin. Elle lui avait expliqué qu'elle lui avait parlé quelques heures avant, pour lui rappeler qu'il avait un rendez-vous chez le nutritionniste. Elle ne l'avait plus entendu depuis.
Il avait essayé de ne pas la faire paniquer. Il y avait un million d'endroits où pouvait être Merlin, il allait bien revenir chez lui à un moment. Hunith avait raccroché pour essayer de l'appeler, avant qu'elle ne le fasse, Arthur lui avait promis de joindre tous leurs amis. Mais Merlin n'était pas avec Gauvain, ni avec Freya, ni avec Lance. Lorsqu' Arthur avait entendu qu'il n'était pas avec Gwen, son estomac s'était retourné. Gwen avait ressenti sa détresse.
« C'est à propos de ce truc, n'est ce pas ? Il y a quelque chose qui va mal avec lui ? »
« Oui, » Avait à moitié murmuré Arthur.
« Et à présent, tu ne sais pas où il est ? »
Il y avait eu une pause sur la ligne.
« Je serais là dans dix minutes. Nous allons le trouver. »
Arthur n'avait pas vraiment réalisé à quel point il était reconnaissant jusqu'à ce qu'elle apparaisse en face de lui pour le serrer légèrement. Il avait enfoncé son visage dans son cou, submergé par l'envie soudaine de sangloter car tout était totalement hors de contrôle à présent, et que Merlin avait des problèmes, il pouvait le ressentir.
« Ça va aller, Arthur. Nous allons le trouver. Il est probablement sur le chemin du retour à présent. »
Gwen avait l'air déterminée et positive, le regard brillant.
« Je pensais que je pouvais descendre en ville et regarder là-bas, et tu pourrais chercher dans les parcs et les jardins de la partie Ouest. Lance m'a qu'il conduirait jusqu'à la gare pour vérifier, et j'ai demandé à Elyan de se garer ici et d'attendre au cas où il reviendrait chez lui. »
Arthur avait serré sa main de gratitude, incapable de dire combien ça signifiait pour lui qu'elle soit là, et qu'il n'aurait pas su le faire seul.
Ils s'étaient séparés, se mettant d'accord pour rester en contact téléphonique et de le vérifier régulièrement. Arthur avait sonné Hunith pour lui raconter, mais la ligne était occupée alors il avait laissé un message. Il était d'abord allé sur le terrain de St Andrew car Merlin aimait marcher là-bas, et qu'il était possible de s'y balader la nuit.
Il avait essayé de ne pas penser aux autres possibilités, comme Merlin effondré sur un terrain et gisant seul, devenant de plus en plus froid tandis que le soir arrivait…
Il avait laissé son imagination sans aller avec lui. Merlin était à peine parti depuis trois heures, c'était beaucoup trop rapide pour imaginer le pire. Et pourtant, il ne trouvait pas ça étrange, un sentiment de mauvais augure se dissipait en lui. C'était comme quelque chose de froid qui redressait les poils dans son dos, et il ressentait une sensation de pure terreur dans le creux de son bide.
Il avait rapidement tapé un texto à Merlin, même si il savait que son téléphone était éteint.
« Où es-tu ? Je t'en prie reviens chez toi et je vais tout t'expliquer. »
Une heure plus tard, il avait envoyé :
« Je t'en prie, rentre. Je t'aime. »
Une heure après ça, le téléphone d'Arthur avait sonné. C'était Hunith.
Ils avaient retrouvé Merlin.
