Acte II : Refuge d'Été

Chapitre 12 : en toute discrétion

La vie peut être parfois bien étrange. Hasard, karma, destin, chance ou malchance, peu importe comment on le nomme, parfois les choses se présentent face à nous au bon ou mauvais moment, nous mettant au défi. Pour Luciole, ça aurait dut être une journée ordinaire. Bien qu'elle ait traversé des moments difficiles, elle a toujours eu quelqu'un pour l'aider. Et elle avait trouvé depuis plus d'un siècle un refuge parmi les djinns. Elle ne demandait jamais rien et essayait de se faire discrète. Bien sur elle se rendait utile à la communauté. Elle ne voulait pas être une charge, même si elle savait que son aide était dérisoire. Ainsi ses journées se résumait à accompagner Sarab quand elle le souhaitait et à travailler dans la grande bibliothèque du domaine des djinns, en assistant la grande Shéhérazade à restaurer et réécrire les manuscrits de cette dernière. Elle pensait que les choses allaient rester ainsi jusqu'à la fin de ses jours … Elle n'aurait jamais put imaginer qu'elle trouverais en plein désert un esprit, gravement meurtrit, appartenant à la saison hivernale, en plein milieu du désert !

N'importe quel djinn l'aurait grillé sur place sans se poser de question, et faire comme si rien ne c'était passé. Sauf que la jeune esprit ailée avait mentit, cachant la présence de l'esprit à son amie et avait décidé de l'aider. Et faire un tel geste en étant sous les lois des djinns résultait à un sort bien pire que la mort. Et bien que Luciole avait un grand cœur, elle ne prendrait habituellement jamais un tel risque, mais serait plutôt à s'enfuir loin de tout problème.

Ainsi toute la journée, son esprit se débattait à savoir si elle devait continuer dans la voie où elle s'était engagé, soit à prévenir Efrit de la présence de l'esprit hivernale, ou bien à l'abandonner là où elle avait emmené et l'oublier.

En effet, après le départ de Sarab, Luciole avait emmené l'esprit inconscient dans une petite grotte à deux kilomètres de là. Le transportant sur le dos, elle dut plus se débattre contre le froid qu'il irradiait que contre son poids. Car s'il était plus grand qu'elle, il était étrangement léger. Ainsi alternant entre les vols planés et la marche à pied, elle avait atteint la zone rocheuse avec l'entrée de la grotte qu'elle visait.

La grotte avait permit de régler trois problèmes. Le premier, étant lié au froid, la fraîcheur de la caverne permettait d'apporter un peu de confort à l'esprit pendant la journée. Une fois la nuit tombée, elle pourrait le mettre dehors pour profiter de la chute de température. Le deuxième était que cela permettait de le cacher tout simplement. La grotte était très peu visité par le djinns ou les humains, trop éloigné des routes ou des villages et rien d'intéressant pour un djinn. Le dernier était un petit bonus, car dans la caverne coulait un petit filé d'eau sur la roche.

Grâce à cette source elle avait passer les heures qui suivirent à nettoyer l'esprit blessé. Pour ce faire elle avait retiré le ruban d'un de ses poignets pour l'imbibé en épongeant l'eau sur la roche. Le travail fut lent et fastidieux. Le chiffon improvisé était devenu rapidement rouge. À chaque petite parcelle qu'elle avait nettoyé, une nouvelle blessure était dévoilé. Alors doucement, elle avait retiré le maximum de sable et de sang qu'elle put avec son petit chiffon.

Après deux heures de travail elle s'était arrêté, jugeant qu'elle ne pouvait faire plus. Le pauvre était parsemé d'entailles, de brûlures et ecchymoses sans compter les fractures invisibles. Même son visage n'avait pas été épargné. Elle avait alors utilisé ses rubans pour couvrir les blessures les plus importantes dont le sang s'échappait encore. Mais c'était bien sur loin d'être suffisant.

Il lui avait difficile de supporter de le voir ainsi, même si il était un parfait inconnu. Il avait dut connaître l'enfer, et cela tenait à du miracle qu'il soit encore en vie. Retenant ses larmes, elle avait donc pris la décision de faire de son mieux pour le soigner.

Avec un pincement au cœur de laisser l'esprit seul dans cet état, elle était repartit au domaine des djinns. Le problème était que si elle s'absentait trop longtemps, Sarab commencerait à paniquer et aurait envoyer une centaine Brouilleurs, des djinns mineurs tenant dans une main ressemblant à des fées, pour la retrouver.

Bien qu'elle ne l'ai pas vue à son arrivée, au moins sa présence avait été noté par les nombreux habitant en cet période. Concentrée sur ses angoisses et sa nouvelle tâche à accomplir, elle n'avait pas prit attention aux multiples cavernes finement creusées et sculptées dans la roche, aux parois peintes de couleurs vives avec des dorures, ni aux marbres rares polis qui défilaient sous ses pieds.

Sans perdre de temps, elle s'était donc rendu dans sa chambre pour récupérer juste une sacoche. Sa prochaine destination avait été l'infirmerie. Elle avait expliqué au djinn de garde qu'elle devait récupérer des fournitures pour un ami. Ne pouvant refuser la requête de la jeune fille, il l'avait laisser prendre ce qu'elle avait besoin. Elle avait donc prit le maximum de bandages, désinfectants et baumes pour les brûlures. Une fois la sacoche pleine, elle était repartit dans sa chambre prévenant un djinn qu'elle a croisé qu'elle avait du travail à faire dans sa chambre et elle se coucherait de bonne heure, s'assurant ainsi de ne pas être dérangé de la soirée.

Le reste de la journée furent très longue pour Luciole. Elle s'était allongé sur son lit espérant pouvoir se reposer avant la nuit difficile qui s'annonçait. Mais le stresse du risque que pourrait découvrir ce qu'elle s'apprêtait à faire lui maintenu les yeux ouvert fixé sur le plafond blanc décoré de fines peintures de fleurs dorées.

Bien que sa chambre, comme toute les autres pièces du domaine, ne possédait pas de fenêtre, la grande superficie ronde avec son plafond en coupole offrait un grand espace accueillant. Avec le sol de marbre blanc et les peintures lumineuses sur les murs, les imposants meubles en bois sombres ne parvenaient pas à obscurcir la pièce notamment grâce aux suspensions en or qui apportaient leur lumière.

Après avoir une énième fois contrôler la petite horloge, Luciole décida qu'il était temps d'agir. Le soleil allait se coucher dans une heure maintenant. Les djinns ont eu l'amabilité de ne pas venir la déranger, mais si ils l'a voyaient déambuler à cette heure tardive seule, ils allaient se poser des questions et ne pas faciliter la tache.

Se redressant sur ses pieds, elle récupéra la sacoche qu'elle avait remplit et caché sous son lit. Puis elle alla à une de ses grandes armoires pour y retirer deux capes sombres qu'elle glissa sur sa sacoche. Enfin prête, elle se posta devant sa porte, hésitant un instant aux problèmes qu'elle causerait. Mais l'image de l'esprit qu'elle avait abandonné lui donna le courage d'attraper la poignée et de commencer sa mission.

Doucement, l'adolescent ouvrit légèrement la porte et vérifia que le couloir soit désert. Ne voyant aucun mouvement et que des bruits lointain, elle se glissa dans l'embrasure, puis s'éloigna sans faire de bruit. Elle emprunta soigneusement des petits couloirs qui étaient très peu utilisé, toujours en faisant attention à ne pas être vue. Lorsqu'elle atteignit une pièce dépourvut de toute décoration et où était entreposé divers objets et meubles poussiéreux sans valeurs, son cœur s'allégea sachant qu'elle avait atteint une des sorties secondaires du domaine. Serrant dans ses mains la lanière de la sacoche, elle s'élança vers un petit tunnel creusé grossièrement dans la roche, une voix familière résonna derrière elle, la stoppant net.

- Luciole, qu'est ce que tu fais là ? Tu ne vas pas sortir maintenant ?

Le cœur battant, l'adolescent se retourna pour voir son amie Sarab à l'autre bout de la pièce.

- Je, … je voulais juste prendre un peu l'air.

- En passant par l'entrepôt, avec ses affaires, demanda la femme de marbre en indiquant la sacoche. Vue ta tête, tu me caches quelque chose. Est ce que je dois m'en inquiéter, ou bien …

L'allusion de Sarab fit rougir l'adolescente. Ce n'était vraiment pas le moment de plaisanter sur le sujet.

- Non, ce n'est pas ça. Juste faire un tour pour me changer les idées. Avec ce qu'il faut s'il fait froid, répondit elle en détournant le regard.

- Luciole … , arrête tu ne sais pas mentir, rétorqua doucement Sarab qui se rapprocha. Si tu as des problèmes tu sais que tu peux tout me dire. Je serais ravie de pouvoir t'aider du mieux que je peux. Je n'en parlerais à personne si c'est ce qui t'inquiète.

Juste devant elle, la jeune fille ailée regardait distraitement le sol, toujours en serrant la lanière de ses deux mains. C'était une situation délicate, mais peu être, après tout, elle pourrait lui faire confiance.

- Luciole ?

- J'ai … trouvé quelqu'un dans le désert, répondit elle enfin.

- Oh, c'est juste ça, tu aurais dut prévenir les Brouilleu...

- Ce n'est pas un humain ! C'est un esprit … qui n'est pas de la région. Et il est gravement blessé. Je voulais juste l'aider …

Sarab ne répondit pas. Elle attendait peut être si l'adolescente avait fini, ou bien elle réfléchissait à ce que cela impliquait. Les djinns étaient très possessif de leur territoire. Ils autorisaient très rarement à un esprit étranger de venir sur leur terre. Seuls les esprit d'été et de feu pouvaient venir librement, car le domaine des djinns était un refuge pour eux, unis par leur élément commun. Luciole faisait parti des rares exceptions.

Elle attendait que la djinn de mirage réagisse, sans oser la regarder. Après ce qui semblait une éternité, des mains vinrent se poser avec tendresse sur ses bras.

- Montre moi. Je vais t'aider. Et je n'en parlerais à personne si tu le désir, pas même à Efrit. Promesse de djinn.

.

(quelques heures plus tard)

.

Elle n'avait pas prévue cela. La jeune fille aux petites ailes et à la queue de lézard pensait pouvoir se débrouiller seule, amenant en cachette l'esprit qu'elle avait trouvé pour lui apporter des soins appropriés. Elle n'aurait jamais imaginé qu'un djinn l'aiderait faire rentré par effraction un esprit d'hiver dans le lieu saint des esprits liés au feu. La seule chose était normale dans l'histoire était tous les commentaires de la femme de marbre. Cela allait de l'idée insensé d'aider un hivernale ET de le faire entrer dans le domaine, en passant par le fait que l'emmener dans sa chambre n'était pas non plus une bonne idée, mais avait trouvé un lieu quasiment inutilisé pour le cacher, puis avait énoncé toute une liste de châtiment qu'elles pourraient subir si elles étaient découverte.

En suivant l'idée de Luciole, elles avaient utilisé l'aseptisant pour nettoyer les plais du garçon, pour ensuite traiter les brûlures avec et baume, puis bander les blessures convenablement en attendant que la nuit tombe. Avec la chute des températures, il était moins dangereux pour l'esprit hivernale de traverser le désert. De plus les djinns étaient beaucoup moins actif durant cette période. Maintenant l'immense montagne rocheuse du domaine des djinns ne fut plus très que Sarab marchait devant en éclaireuse, scrutant le moindre mouvement suspect sous le ciel nocturne, sans s'arrêter de commenter la situation, Luciole la suivait de prêt. Les adolescents étaient tout deux emmitouflés dans une cape, l'un pour le froid, l'autre pour cacher son identité, la demoiselle portant le jeune homme.

Finalement les dernier 500 mètres se passèrent en silence pour arriver devant le passage étroit menant à l'entrepôt. Par chance, elles n'avaient croisées aucun djinn. Sarab, inhabituellement très sérieuse, passa devant. À l'intérieur, elles avancèrent doucement, changeant de direction dès que quelqu'un arrivait pour ne pas le croiser. Elles devaient descendre dans une zone plus tempéré et les escaliers visés n'étaient plus très loin. Elles devaient juste traverser encore un large couloir qui en distribuait plusieurs petits. N'entendant rien et la galerie étant vide, Sarab ouvrit le passage, Luciole sur ses talons.

La traversée commençait bien. Tout était calme et le couloir qu'elles devaient emprunter était en vue. Luciole tenant fermement l'esprit blessé sur son dos, était sur les nerfs. Stressé, elle ne pourrait se rassurer que quand elles auraient atteintes la zone plus sécurisée. Et elle avait raison. Sans prévenir, une voix la fit trébucher et hérisser toutes ses plumes et écailles.

- Qu'est ce que vous faites à cette heure ci ?

Les deux femmes se retournant vers l'arrivant, virent un homme d'une vingtaine d'année se tenant nonchalamment dans une des ouvertures. Avec presque deux têtes de plus que Luciole et élancé, le t-shirt sans manche rouge mettait en avant sa musculature, donnant la silhouette d'un boxeur thaï, le large jean usé et ses baskets noirs n'allant pas avec le style de combat. Les cheveux auburn très court sur les côtés, étaient plus long et blond sur le dessus du crane tombant légèrement devant des yeux bruns interrogateur. Mais son regard changea radicalement lorsqu'il aperçut des mèches blanches dépasser de la cape.

- Vous avez intérêt à avoir une excellente raison d'avoir emmener ici un hivernale.