CHAPITRE 14 : Quand jugées comme un crime ta couleur et ta peau
Mais le professeur Dumbledore n'avait pas l'air de vouloir en rester là.
« Il y a autre chose dont je voudrais vous entretenir, Remus : Dolores Ombrage. »
Ce simple nom le fit frissonner d'horreur. Il pinça les lèvres. Harry lui avait déjà longuement parlé de l'horrible petite bonne femme et il savait que Sirius avait lui aussi eu bien des problèmes avec elle. Elle semblait vouloir faire de chaque cas une affaire personnelle. De ce qui se racontait, sa cruauté n'avait d'égal que l'affreuse couleur rose de ses vêtements. Et ce n'était pas peu dire.
Pour quelqu'un qui avait une aversion pour le rose, comme Remus, c'était tout de même un argument de choix.
Il enfonça ses mains dans ses poches, comme il avait pris l'habitude de le faire chaque fois qu'il était gêné ou que la discussion le perturbait, se disant que quelqu'un d'attentif pourrait facilement lire en lui. Ce n'était peut-être pas un avantage, mais c'était comme ça.
« Vous craignez qu'elle ne me mette des baguettes dans les roues ? »
Evidemment, il connaissait la réponse avant même d'avoir posé la question mais il préférait mettre les choses à plat tout de suite. S'il devait risquer sa peau, puisque c'était apparemment ce que l'on attendait de lui, il aimait mieux connaître tous les enjeux.
« Le problème de Dolores Ombrage, reprit Dumbledore, est de considérer tous ceux qui lui sont différents comme des ennemis.
_ Les hybrides. »
Il avait craché le mot plus qu'il ne l'avait dit, comme s'il lui brûlait la gorge. C'était la grande nouveauté de Gazette du Sorcier cette année. Ombrage faisait la chasse aux hybrides et manque de chance pour lui, il entrait parfaitement dans ses classifications. Les centaures semblaient être ses cibles préférées, chaque fois qu'ils en parlaient, Harry et Hermione avaient cette espèce de petit rire que l'on garde pour les plaisanteries privées.
Le vieux professeur acquiesça, faisant tressauter sa longue barbe.
« Ce n'est pas un terme que j'affectionne mais c'est effectivement ça. Dolores fait de sa lutte contre ceux qu'elle appelle les hybrides son balai de bataille. »
Remus tiqua.
« Dolores… vous la connaissez quand même un peu plus intimement que je ne le pensais. »
Il regretta ses paroles sitôt après les avoir prononcées, se demandant s'il n'avait pas l'air jaloux tout à coup alors que ce n'était absolument pas le cas. Il se racla la gorge, comme pour tenter d'effacer ce qu'il venait de dire. Dumbledore, cependant, affichait un petit sourire bienveillant comme lui seul en avait le secret.
« Elle a fait partie de mon équipe d'enseignants, Remus, tout comme vous. Le fait que je l'appelle par son prénom signifie qu'effectivement, je ne lui accorde pas plus d'importance qu'à qui que ce soit d'autre, mais pas moins également. »
Remus n'était pas tellement sûr d'avoir bien compris ce que venait de lui dire le directeur de Poudlard. Est-ce qu'il était en train de sous-entendre que Ombrage n'était pas aussi puissante qu'elle en avait l'air et qu'il ferait mieux de ne pas trop s'inquiéter de son sort ou, au contraire, est-ce qu'il n'était pas en train de lui affirmer qu'il devrait peut-être essayer de la brosser dans le sens du poil histoire d'obtenir d'elle un maximum de faveurs ? Parce que si c'était le cas, alors il pouvait bien aller se faire empailler, pas question de traiter avec quelqu'un qui vous considérait comme une abomination. Avoir le statut de monstre était déjà bien suffisant.
« Est-ce qu'elle va me poser des problèmes ?
_ Vous pouvez en être certains. Depuis son échec à Poudlard, elle a l'air de vous considérer comme l'un de ses pires ennemis. »
C'était risible tant c'était aberrant. Il se demanda s'il ne ferait pas mieux d'en désespérer. A son niveau cependant, le désespoir était tel que l'injustice dont il était victime semblait redondante. Comme un leitmotiv qui, ces derniers jours, marquait de plus en plus le rythme de sa vie. Le murmure d'un tambour sur une galère, exhortant les esclaves à ramer plus fort, encore et encore.
« Comment puis-je être l'ennemi de quelqu'un dont j'ignorais jusqu'au nom il y a quelques temps encore ?
_ Les élèves ont parlé de vous, Remus. Ils vous avaient en amitié. »
Cette fois-ci, il ne put s'empêcher de rire. C'était cynique, effectivement, mais toute sa vie ne l'était-elle pas finalement ?
« Ils m'avaient en amitié mais j'ai quand même été forcé de démissionner. »
Il insista tout particulièrement sur le dernier mot. Il savait que c'était mieux ainsi, il ne se voilait pas la face, mais il trouvait quand même que Dumbledore ne s'était pas beaucoup battu pour lui et il lui arrivait, lors des moments les plus noirs où il était en face à face avec lui-même d'assimiler sa démission à un licenciement.
« Mon infiltration dans la meute de Greyback va me poser de sérieux problèmes n'est-ce pas ?
_ C'est ce que je crois. Dolores attend avec impatience ce faux pas de votre part pour lancer les aurors à votre poursuite. Votre atout est d'avoir Fol Œil, Tonks et Shackelbolt de votre côté. »
Il fit la moue.
« Mais ils ne peuvent pas m'aider ouvertement sans pour cela trahir l'Ordre. Albus, je ne suis pas du genre à sacrifier des milliers de personnes pour mon petit plaisir personnel.
_ Je le sais parfaitement, Remus. Je voulais vous en avertir, c'est tout. Maintenant je vous souhaite une bonne chance. Les affaires m'appellent. »
Après le départ du vieil homme, Remus se laissa tomber dans le canapé, il restait bien un point qu'il n'avait pas évoqué avec Dumbledore et qu'il n'avait pas particulièrement envie de mentionner non plus : Tonks. Parce que quelle que soit la situation, il n'était pas sûr du tout qu'elle ne trahisse pas l'Ordre en échange de sa vie à lui. Et cette idée le mettait mal à l'aise. Il ne s'en sentait pas digne. A son sens, il ne valait pas le coup.
