Voici donc la fin heureuse. Son épilogue arrivera juste après l'épilogue de la fin triste. Et pour la fin neutre, elle n'arrivera peut-être pas avant très longtemps, parce qu'elle attend une suite qui va me demander beaucoup de travail, alors je mettrai PNPJ en complete après le deuxième épilogue.
Je voudrais remercier Angie, parce qu'elle me soutient et m'entoure de son affection depuis 343 jours.
Je voudrais aussi remercier Aho-Ushi-Lambo, parce qu'on parle de PNPJ non-stop depuis cinq jours et qu'elle m'a accompagnée du début à la fin dans la très difficile écriture de ce chapitre
Mais aussi tous les reviewers, qu'ils soient là depuis le début, toujours là, ou non, je n'aurais jamais pu y arriver sans vous. Petite mention spéciale à Calliston-the-web qui je me souviens m'a donné beaucoup de force, à Erienna parce qu'on a eu des discussions passionnantes et que tes reviews sont fantastiques, Echolalie, Pain (parce que t'es toi, tout simplement), otaku-chocolat pour toute l'émotion, marions, Julindy, Dearlock et Nunaat parce que vôus avez toujours été là, Kaneko, Emma Atchoum, goldenwolf is sherlocked pour tes escadrilles de petites reviews que tu laisses à chaque fois, MadLu-chan, Thomasbouh (parce que ton pseudo me fait rire) , MirandaFrost, Amy, Le Poussin Fou parce que ta photo est géniale, MisaoO-chan, Shina-ariz parce que je venais juste d'arriver en Chine, ma petite sœur Yohaky et la deuxième Faesha. Merci.
/!\ Résumé /!\ : Bucky ne sait toujours pas s'il veut partir ou rester alors que Peggy, Steve et lui forment un étrange ménage à trois. Pendant ce temps Natasha et Tony font la connaissance l'un de l'autre, et la rousse convint le comptable de passer chez les trois amants avec Loki. La chercheuse les invite, après avoir eu cette suggestion de filmer Bucky traverser un mur et la poster sur internet pour se débarrasser du Shield. Clint et Natasha partent pour les rejoindre mais ont un accident de voiture, tandis que Fury est sur le pas de la porte de Peggy.
Uprising - Muse
C'est bon aujourd'hui - Raphaël
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-Directeur Fury, balbutia Bucky quand son supérieur entra, droit dans son manteau de cuir.
-Tout va bien agent. J'ai besoin de votre aide à tous les sept.
Les occupants de l'appartement se regardèrent pour compter mécaniquement cinq personnes. Peut-être était-il aveugle ?
-Romanoff et Barton ne sont pas encore là ? s'enquit Nick.
-Ok directeur, temporisa James. Et si vous expliquiez tout ?
Fury l'ignora somptueusement, et au lieu de répondre les observa un instant et son œil s'arrêta sur Loki.
-Vous êtes bien pâle, fit-il remarquer au jeune fantôme.
-Comme un cadavre ? répliqua celui-ci avec un sourire amer. Il paraît que c'est normal.
-Comme un faux fantôme. Venez plus près tout les deux ?
Tony et l'étudiant froncèrent les sourcils, puis ce dernier jeta un coup d'œil à Bucky. Le fantôme opina de la tête après avoir levé le nez vers lui, alors ils s'approchèrent.
-Comme je fête mon centenaire de mort le mois prochain, commença le directeur, j'ai certaines habilités et capacités de perception plus importantes qu'un jeunot d'à peine six mois à qui vous accordez toute votre confiance.
Bucky fit une grimace quand l'œil noir se posa sur lui avant de se reporter aussitôt sur la paire soudée.
-Aussi vous m'avez l'air bien transparent pour un authentique fantôme. Pour vérifier une chose, je vais poser la main sur vos deux poignets, et normalement vous allez pouvoir vous toucher.
Le cœur de Tony rata un battement, et quand le type à l'air louche qui les avait observés depuis le pont tendit ses mains, il lui donna la sienne sans hésiter, et Loki fit de même bien que la mine soucieuse.
-Qu'est-ce que je suis, si je ne suis pas un « authentique fantôme » ?
Mais le directeur ne répondit pas, et se contenta de rapprocher les mains qu'il touchait de deux doigts. Loki lança un regard très vert et vivant à Tony, ainsi qu'un sourire incrédule.
Mais alors que leurs doigts se tendaient l'un vers l'autre, ils se traversèrent. Dans un réflexe, ils tendirent un peu plus leurs bras, mais leurs paumes se confondirent de la même manière.
-C'est bien ce que je pensais, marmonna Fury.
À contempler leurs doigts imbriqués, le cœur de Tony saignait après un tel faux espoir retirée d'une manière bien cruelle. Loki avait l'air peut-être plus mal encore, ses dents serrées retenant sans doute une boule de douleur dans sa poitrine.
-Eh oh on commence pas à chouiner, commença à les engueuler le fantôme. Si vous ne pouvez pas vous toucher c'est que tu n'es pas un fantôme. P'tit veinard, ajouta-t-il.
-Mais alors je suis quoi bon sang ? s'agaça Loki, la panique pointant dans sa voix.
-C'est mieux si tu en prends conscience tout seul, ce sera plus facile de te réveiller. Tu ne t'es pas senti frustré par rapport aux autres fantômes ? Beaucoup plus instable, comme si tu étais incomplet ? Avec des pertes de mémoire et de conscience récurrentes. Comme si tu étais à deux endroits à la fois. Comme ici, et dans un lit d'hôpital.
Loki restait muet, les yeux écarquillés. Buck, lui, avait déjà compris depuis l'interjection de Fury, et étalait un petit sourire teinté de jalousie sur ses lèvres.
-Tu es l'âme d'un comateux, lui annonça l'espion décédé.
Sitôt après l'aveu et sans aucun avertissement, Fury poussa violemment Loki, qui tomba à la renverse et… se volatilisa.
-EH ! Qu'est-ce que vous lui avez fait ?! s'étrangla Tony, regardant paniqué Fury et l'endroit où était Loki.
-Je l'ai aidé à retourner dans son corps d'origine. Appelle chaque hôpital de la ville, tu finiras par tomber sur le bon.
-Mais- je ne connais même pas son nom !
-Ah ça, fallait lui demander avant. Bon, fit-il en se détournant de Tony et en s'époussetant les mains, une bonne chose de faite. Ҫa m'enlève deux gars mais cinq personnes dont un fantôme devraient suffire.
-Peggy, Steve, Buck, vous m'excusez mais… balbutia Tony, ayant déjà enfilé son manteau.
Il sortit en courant de l'appartement sans attendre de réponse, la porte claquant derrière lui. Les trois interpelés avaient assisté à la scène dans le complet silence, et les deux vivants en totale incompréhension des enjeux.
-Loki n'était que… murmura Peggy.
-Quels chanceux ces deux-là, soupira Bucky dans un sourire.
-Tony va réussir à le retrouver ? demanda Steve.
-Il devrait y arriver.
-On peut s'asseoir ? s'enquit Fury. Dans les grandes lignes ce que j'ai à vous proposer est très simple, mais les détails font tout. D'ailleurs je devrais peut-être attendre qu'on soit six… Barnes cessez de me fixer comme si j'allais vous flinguer dans la minute, tout ceci n'a rien à voir avec vous et votre deadline.
Bucky ne quitta pas des yeux Nick, mais s'obligea à se détendre sinon il allait vraiment se faire taper sur les doigts, avait de lâcher un soupir blasé au mot qu'il avait choisi. Le directeur du Shield et son humour noir de merde, sérieusement.
-Alors. Ceci a à voir avec votre projet, fit-il en regardant la jeune femme.
-Quel projet ? tiqua Peggy.
Sortant ce qui ressemblait à un magnétophone de la poche intérieure de son manteau, le fantôme borgne le posa sur la table, et remonta la bande. Le son étrange des paroles suraigus car accélérées résonna un instant, puis :
(…) on fait tomber le Shield avec une vidéo virale de Bucky traversant un mur (…)
Les yeux écarquillés, les trois amants restèrent un instant silencieux, puis Peggy explosa :
-Vous avez des micros dans mon appartement ? cria-t-elle, debout, un doigt accusateur pointé sur le fantôme. Vous n'avez aucun mandat : c'est illégal !
-Nous sommes une organisation internationale à passe-droit pour bien commun supérieur.
-Le plus grand bien n'a jamais servi qu'aux injustices ! Et alors quoi, vous allez nous exécuter ?!
-Au contraire, annonça Fury, s'appuyant sur son dossier, je vous encourage à le mettre en action.
Steve ouvrit des yeux ronds et Peggy se décrocha un peu la mâchoire, tandis que Bucky, totalement perdu, appuya ses coudes sur la table pour se prendre la tête dans les mains.
Et alleeez que je te sors des trucs incompréhensibles avec un effet théâtral tellement énorme qu'il en devient ridicule. Fury n'avait aucun putain d'intérêt à vouloir faire tomber le Shield !
A moins que…
-Vous voulez faire tomber votre propre organisation, résuma Steve tout haut. Ҫa n'a aucun sens !
-Pas si j'ai les mains totalement liées parce que je suis contrôlé par des gens plus puissants que moi. Le Shield est depuis toujours sous la coupe des nations Unies. J'ai pour ordre de conserver le secret et le patrimoine mondial, contre le gré des concernés, et arrêter ça n'a jamais été de mon ressort. Moi aussi, j'exécute les ordres, pour autant cette situation a assez duré. J'ai besoin de vous, lança-t-il.
Ҫa avait l'air de piquer un peu dans sa gorge. Donc ce devait être vrai.
-Barnes, considérez ça comme votre dernière mission. Si vous réussissez à vous incruster dans un direct très suivi et à révéler la vérité, le Shield n'existera plus, et votre obligation de vous engager avec votre âme sœur non plus.
Il appuya ses coudes sur la table pour annoncer :
-Vous serez libres. Tous les trois.
Ils s'entreregardèrent. C'était presque trop beau.
-Et vous, vous y gagnez quoi ? s'enquit Bucky, les yeux un peu plissés.
-La même chose que vous. Ne vous y trompez pas Barnes, il arrive toujours un moment où l'on en a assez. L'esprit humain ne peut pas vivre cent cinquante ans. Je ne peux pas quitter mon poste, sous le commandement d'un vivant la situation serait bien pire. J'assume les responsabilités des souffrances de tous les fantômes dans l'espoir de prendre les décisions les plus justes. Si vous réussissez, je pourrai trouver la paix : si vous échouez, j'accumule encore des années de remords avant que des personnes aussi brillantes et déterminées que vous n'aient la même idée. Alors ? Vous voulez bien essayer ?
-Et si on échoue ? s'enquit Peggy d'un ton méfiant.
-Si on endigue la vague et retrouve les responsables, vous voulez dire ? De manière assez prévisible, Barnes subira un exorcisme, et vous, vos souvenirs depuis son retour seront effacés, pour plus de discrétion pour nous et moins de souffrance pour vous. Somme toute, ce qui vous attend, puisque Barnes ne veut pas vous enchaîner au Shield comme lui l'est déjà.
Bucky le fusilla du regard. C'était vrai, mais le dire était salaud : il pouvait sentir l'intensité du regard de Steve sur son visage.
-C'est ça qui arrive si tu décides d'arrêter là ? On oublie tout de toi ? Est-ce que tu nous as racontés tout ça en espérant que ça se passe ainsi ?!
-Steve pas maintenant, coupa Bucky. Il faut qu'on réfléchisse à sa proposition.
-Si, maintenant !
On frappa à la porte. Peggy dit d'entrer, la porte n'ayant pas été verrouillée depuis le départ de Tony. Natasha et un homme jeune la poussèrent, leur regard devenant aussitôt méfiant en apercevant le directeur. Leur veste à eux deux était légèrement poussiéreuse, comme s'ils étaient tombés, et Natasha boitait.
-C'est vous, Nick Fury ? demanda Clint, tendu.
-Oui, c'est moi. Que vous est-il arrivé ?
-La laisse du chien de votre agente fantôme s'est cassée, répondit Natasha dans un presque feulement. Elle a déboulé dans le boulevard, et comme je croyais qu'elle était vivante on a failli se faire écraser.
-Comme des crêpes bretonnes, précisa Clint dont les nerfs avaient lâché.
-J'en suis sincèrement navré, s'excuse le directeur. Elle n'avait pour rôle que de vous amener ici, pas de vous blesser.
-Ҫa va, dit-elle en grommelant légèrement, la cheville apparemment très douloureuse. Pourquoi vouliez-vous qu'on soit tous réunis ici. Je ne vous ai jamais vu de ma vie.
-Vous m'avez paru être les candidats idéaux pour un projet que j'ai. Si vous m'aidez, vous serez débarrassés du Shield.
Natasha fronça les sourcils et jeta un regard vers Bucky. Il s'approcha, et expliqua :
-Il n'a aucun contrôle sur son organisation et il veut stopper ce merdier injuste. Pour ça il faut une explosion médiatique, et pour une explosion médiatique il a besoin d'un esprit frappeur et des complices vivants, n'ayant évidemment rien à voir avec son organisation pour ne pas le mouiller.
-Oh, si vous réussissez, je serai démis de mes fonctions, précisa le directeur. C'est globalement le but. Mais si vous échouez je pourrai en effet prétendre que vous avez échappé à mon contrôle.
-Si on échoue ? s'enquit Natasha.
-Nos souvenirs sont effacés, grommela Peggy.
-Mlle Romanoff, est-ce que le fait de voir des fantômes vous pèse ?
-Pas quand il s'agit d'un de mes plus vieux amis, fit-elle et Bucky lui fit un clin d'œil malgré la tension, mais globalement, énormément, marmonna-t-elle en s'asseyant dans un fauteuil pour masser sa cheville
-Nous avons les moyens de vous retirer la vision extralucide. Considérez ça comme une récompense.
Elle ouvrit des yeux ronds. Puis elle tourna lentement la tête vers Clint, qui soupira :
-J'y comprends rien, mais d'accord. Encore quarante-huit heures de stress à la James Bond, mais après on ouvre un café à Budapest, tu m'entends ?
-Compris mon chéri. C'est quoi le plan ? fit-elle en se penchant en avant.
-Je dois me concerter avec Bucky d'abord, fit Steve en agrippant le bras de Bucky.
Le fantôme soupira, mais ne se dématérialisa pas. Peggy se leva à son tour, et alors que Steve lui jetait un regard elle fronça aussitôt les sourcils, chuchotant tout bas « dans ton lit dans tes soucis » et les poussa tous les deux vers la salle de bain avec un grand sourire d'excuse pour les personnes du salon.
Clint, Natasha et le directeur Fury attendirent patiemment qu'ils discutent. Ҫa commença calmement, puis la conversation sur la météo qu'ils essayaient d'entretenir dans le salon n'arriva plus à couvrir les cris furieux et les protestations venant de l'autre bout du couloir. Puis il y eut quelques bruits d'objets, et Clint se leva tout de même pour aller voir s'il ne se tapaient pas dessus. Il revint les joues rouges, et proposa du café. Natasha, les yeux écarquillés et ne croyant plus ses propres oreilles enregistrant des gémissements suspects, murmura un petit oui et le directeur regarda sa montre.
Clint alla faire du café et en profita pour allumer la radio à fond. Il tomba tout d'abord sur un moment gênant de Je t'aime moi non plus, rougit plus fort et changea, tomba sur Love to love you baby, changea encore, tomba sur Sex Ball de Shaka Ponk et enfin Bob Marley vint enfin à la rescousse de ses pommettes écarlates et mettre fin au massacre. Le serveur revint avec deux cafés et de la glace pour la cheville de Natasha, et commença à demander des détails sur le monde ectoplasmique, puisque s'ils réussissaient tout cela allait être rendu public. Fury expliqua les différentes capacités, la discrétion nécessaire, leur organisation chargée de contrôler tout ça, la société secrète située sous Paris, leurs missions et enfin Hydra, la société qui gangrenait la leur et qu'il espérait faire tomber en même temps que le Shield. Puis Peggy, Bucky et Steve revinrent dans le salon, débraillés et essoufflés mais tombés d'accord.
-On le fait, déclara la chercheuse. C'est quoi le plan ?
-Certains d'entre vous ont des relations dans les médias, si je ne m'abuse ?
Ils se regardèrent.
-Ben… commença Peggy.
-Y'a Jane, commença Steve. Elle est journaliste sur Arte.
-Jessica, la cousine de Peter, continua Natasha, est camerawoman pour France 2.
-Votre plan, c'est vraiment que je me tape l'incruste pendant un direct très suivi ? s'enquit Bucky.
Fury hocha la tête, et l'autre fantôme soupira. Natasha et Steve appelèrent Jane, qui ne répondit pas, mais par contre Peter fila aussitôt le numéro de Jessica, et elle accepta un rendez-vous « par esprit de famille parce qu'il y a France Allemagne dans deux jours et j'ai tout sauf de temps à perdre ».
Jane ne répondait pas tout simplement parce qu'elle essayait d'appeler Thor, et lui-même ne décrochait pas parce qu'il était à l'hôpital, que la machine près de son frère hurlait et que la médecin accourrait dans la chambre. Croyant qu'il s'enfonçait plus profondément dans le coma, le blond se rongeait les sangs, mais en réalité, Loki venait d'ouvrir les yeux.
Il contempla le plafond, complètement perdu. Il reconnaissait vaguement les motifs gris et de mauvais goût, sans les avoir jamais vus. Il se sentait complètement pâteux.
-Ne bougez pas, comment vous appelez-vous ?
Au début il ne réussit à rien dire, la gorge complètement nouée, puis il sortit d'une traite :
-Loki Odinson, croassa-t-il. Je suis où ? fit-il après avoir repris sa respiration.
-Hôpital Sud, vous avez été victime d'un accident de métro, fit la médecin en vérifiant ses pupilles. Et là, vous venez de miraculeusement vous réveiller d'un coma profond, marmonna-t-elle en vérifiant sa tension, et ce à une vitesse stupéfiante et je n'y comprends rien.
-Je suis vivant, souffla-t-il, Tony, TONY, cria-t-il en poussant des cris éraillés de joie, JE SUIS VIVANT !
-Loki ?! s'écria Thor, ayant passé la tête par la porte malgré l'interdiction.
-Thor ! cria Loki pleurant de joie, Thor mon dieu je suis tellement désolé-
-Mais arrêtez de bouger, s'exclama la médecin hors d'elle, c'est un monde, on dirait un poisson hors de l'eau ! Calmez-vous !
Mais Thor s'était déjà glissé auprès de son frère et l'étreignait à lui briser les os, et Loki lui rendait son étreinte en sanglotant de bonheur.
-J'arrive pas à y croire… murmura-t-il compressé contre les épaules musclées et tressautantes du grand blond.
La médecin décida de passer outre le fait que ce fichu patient foutait par terre tout ce qu'elle savait sur le coma et attendit que l'émotion ne redescende, car elle avait des mauvaises nouvelles à annoncer. Les frères desserrèrent finalement leur étreinte, Loki demandant comment allait sa mère et alors que Thor disait qu'il allait l'appeler immédiatement, la médecin l'interrompit.
-Pardon de m'immiscer mais sinon, ça va vous faire un choc, voire un traumatisme, si vous découvrez ça comme ça. Monsieur Odinson, commença-t-elle en s'asseyant sur le lit, vous rappelez-vous que vous avez eu un accident de métro.
-Oui, souffla-t-il sans regarder Thor.
Tout cela lui semblait si loin, il semblait que cette bêtise avait été faite il y avait des années de cela. Il avait pris tellement de recul, tellement revu l'ordre de ses priorités. Les dettes, il les rembourserait, et Odin l'aiderait. Il n'avait pas rejeté son fils, il avait pris une mauvaise décision en lui parlant trop tard de son adoption et voulait juste une longue conversation. Les études, si c'était trop dur il en changerait. Voire partirait avec Tony faire de l'humanitaire en Somalie ou réintroduire des poneys au Népal, peu importait ! La seule chose qui comptait était le sang pulsant dans ses veines et l'air dans ses poumons.
-Monsieur Odinson ? J'étais en train de vous dire que même si vous ne vous en êtes pas encore rendu compte, vous avez des séquelles graves de cet accident. Votre tête est tombée au milieu des rails et si elle a pris un coup, elle n'a été percutée par la rame.
Le « elle » sous-jacent à la fin de sa phrase fit froncer les sourcils de Loki. Thor posa sa main large sur son bras faible, et l'étudiant osa enfin se rendre compte que s'il se sentait bien et qu'il avait ses deux bras, sous les draps il y avait un creux inédit là où devraient se trouver ses jambes. Il ferma les yeux et laissa reposer sa tête sur son oreiller.
-Vos jambes, par contre, ont été écrasées par les roues. Les tissus étant irrécupérables, nous avons été contraints à l'amputation, juste en dessous du genou.
Il expira lentement par le nez et rouvrit les yeux. Maintenant ça sautait aux yeux que quelque chose n'allait pas. Ou alors il avait changé de corps avec Tyrion Lannister, mais jusqu'à présent ses jambes faisaient un bon mètre de long.
-Je peux les voir ? s'enquit-il.
Thor lui serrait l'épaule alors que la médecin hochait la tête, et se redressait pour découvrir le drap. Sous des kilomètres de bandages, il reconnut ses genoux, et rien en dessous. Il soupira à nouveau. Il ne pouvait pas s'en sortir comme ça, pas vrai. La vie avait rarement des try again, et quand elle en avait, c'était rarement aussi jojo qu'avant.
-J'avais juste à faire une sieste et manger un big mac pour me rendre compte que ma situation n'était pas si grave que ça.
La médecin ne dit rien, Thor le serra contre lui, mais Loki continua :
-Croyez-moi ou non doc, mais j'ai toujours été conscient. La preuve, c'est que- c'est que je suis au courant pour le crash en Egypte. Benzema est en garde à vue pour sa sextape. La nouvelle chanson d'Adele est impossible à se sortir de la tête. Je me suis baladé dans Paris pendant cinq jours. Je me suis cru mort, j'ai beaucoup réfléchi à ce que j'avais fait, c'est pourquoi, mes jambes, c'est vraiment pas cher payé par rapport à une seconde chance. Donc je le prends bien. Les prothèses existent non ?
-J'ai besoin d'un café, fit simplement la médecin avant de sortir de la chambre.
-Thor, Thor, balbutia Loki, il faut absolument retrouver un Tony. Tony…
-Tony qui ? s'enquit son frère. Tu ne m'as jamais parlé d'un Tony- bon faut vraiment que j'appelle maman sinon je vais me faire exiler sur une autre planète.
-Tony, répéta Loki en se rendant compte qu'il était incapable de se rappeler de son nom de famille.
Ҫa n'avait pas d'importance avant, puisqu'il était hors de question de se séparer. Ce n'était pas comme s'ils voulaient se retrouver sur facebook ou autre. Oh mon dieu, comment le retrouver dans une ville de deux millions de gens, s'il n'avait qu'un prénom. Et puis si Loki acceptait sans problème la perte de ses jambes contre la possibilité de toucher, de sentir, de manger, de vivre, ce n'était peut-être pas une chose à imposer à celui qui était un parfait inconnu cinq jours auparavant.
Loki s'affala dans ses oreillers tandis que Thor faisait la grimace au cri hystérique que faisait leur mère dans le téléphone.
-o-o-o-o-
Steve n'aurait jamais cru que l'ambiance à France 2 soit aussi stressante. Des gens courraient partout, parlaient fort dans deux téléphones à la fois, et vraiment il ne pourrait pas faire ce métier-là. Il était très bien là où il était, avec son téléphone rouge, bien qu'il vire à une nuance plus claire en fin de soirée et qu'il ne réussisse pas toujours sa mission.
-Donc si je comprends bien, résuma Jessica de sa voix éraillée, les fantômes existent, vous cinq-dont-un-que-je-peux-pas-voir voulez le révéler au monde entier, et vous avez besoin de mon aide pour ça.
Bucky murmura à Natasha que si elle s'éclipsait pour téléphoner il ne fallait pas la laisser partir, parce que son correspondant serait soit la police soit l'hôpital Sainte-Anne. Clint haussa un sourcil quand elle chuchota qu'elle penchait pour Sainte-Anne.
-Ok, lança-t-elle en les faisant tous sursauter. Donnez-moi une preuve et je suis dans le coup.
Alors Bucky lui tourna le dos et décapuchonna un marqueur avant de le cacher sous son pull et d'avancer sa main gauche vers la journaliste. Elle sursauta quand on lui toucha la main pour lui déplier les doigts, puis qu'un stylo volant apparu de nulle part, et écrivit tout seul « Salut » sur sa paume.
-Oh putain, s'exclama-t-elle, ça c'est bandant. Merci de m'avoir choisie, je crois que j'ai attendu un scoop pareil toute ma carrière. On s'y met maintenant ? Ca vous embête si on fait ça pendant le match de foot ? J'ai jamais aimé le foot. Enchanté mec, t'es mon premier fantôme.
Elle tendit la main dans le vide sans hésitation, et Bucky la prit et la serra.
Trop tard pour reculer, à présent.
-Bien. On va rester à en discuter au milieu de tout le monde au lieu d'aller dans mon bureau, mais croyez bien que j'ai jamais pris autant quelque chose au sérieux. C'est juste que si je m'enferme avec des étrangers alors que c'est le bordel ici, ces grosses fouines vont flairer le scoop de leur vie et on sera pas tranquilles. Autant préparer ça dans l'ombre et faire tout exploser quand tout le monde sera abruti derrière son écran et aura rien vu venir. Mais bon. D'abord on va boire le café du siècle pour fêter mon chômage proche, parce que le boss va jamais passer l'éponge là-dessus c'est clair, continua-t-elle de marmonner de sa voix à la Joplin. Alors racontez-moi, fit-elle en les emmenant vers la machine à café, les tenants et aboutissants du premier vrai complot mondial.
Peggy sourit.
Ils avaient trouvé la bonne personne.
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Deux jours plus tard
Tony, sa bouteille de whisky tout près de lui, scruta avec inquiétude son horloge avant de reprendre le téléphone. 17h47. Les standards des hôpitaux allaient fermer.
Pas qu'il ne les avait pas tous essayé cinq fois, et Sainte-Anne, plus de quinze en s'y étant rendu trois fois en personne, parce qu'elle était le centre médical le plus proche de la motte-picquet grenelle et que Loki était donc plus susceptible d'avoir été emmené par une ambulance qui en venait.
Mais toujours, toujours, quand il décrochait le téléphone, qu'il disait qu'il cherchait un patient, mais qu'il ne connaissait que son prénom, Loki, et savait qu'il venait de se réveiller du coma, on lui répondait :
-Je suis désolée monsieur mais je suis tenue au secret médical. Si vous n'êtes pas de la famille je ne peux rien vous dire, renseignez-vous auprès d'elle.
-Mais je ne connais pas sa famille ! Je dois absolument savoir s'il va bien, insistait-il d'un ton désespéré.
-Sans son nom je ne peux rien vous dire monsieur. Les soins intensifs sont soumis à une stricte confidentialité. Je m'excuse.
Il finissait toujours par raccrocher ou se faire raccrocher, au bord de la crise de nerfs ou larmes.
Il prit une gorgée de whisky, et composa pour la dernière fois le numéro de Sainte-Anne. Après tout si Loki était dans le coma, c'était soit qu'il était gravement blessé et qu'on l'avait mis en artificiel pour qu'il guérisse de l'opération sans douleurs, soit qu'il avait été atteint à la tête. En tant que plus grand centre neurologique de la ville, c'était la solution la plus probable.
-Centre hospitalier Sainte Anne j'écoute, lui dit-on à la fin de la mélodie d'attente.
-Oui bonjour, c'est encore monsieur Stark à l'appareil.
On soupira à l'autre bout du fil.
-Monsieur si vous n'avez pas pris contact avec la famille-
-Il ne l'a pas mentionné une fois. On vit ensemble depuis cinq jours, je connais tout de lui, vous devez au moins me dire s'il n'est pas chez vous !
-Comment est-ce possible s'il vient de se réveiller du coma comme vous dites ?! …Monsieur si vous continuez d'appeler je vais transmettre votre numéro au poste de police.
Il raccrocha et cria de frustration. C'était sans fin ! Il ne le retrouverait jamais ! Ca faisait deux jours qu'il l'attendait dans son lit d'hôpital, il devait sûrement penser que Tony ne voulait pas le revoir maintenant qu'il n'était plus un fantôme.
Il se recroquevilla sur sa chaise, attrapant sa bouteille. Son boss et Pepper lui avaient laissé des tonnes de messages, les derniers disant que s'il ne venait pas au travail le lendemain il était viré. Mais il n'arrivait pas à en avoir quelque chose à foutre. Loki l'attendait quelque part, sûrement gravement blessé, et lui était incapable de le retrouver dans cette ville qu'il connaissait pourtant par cœur.
Les pensées sombres gangrenant son cerveau se stoppèrent quand son téléphone vibra et qu'il se précipita dessus. Mais ce n'était que Steve. Ce qui était tout de même toujours mieux que Pepper. Il ne voulait voir personne, il voulait son fantôme miraculé, si proche, dans le même monde, la même putain de ville ! et il ne le reverrait jamais.
-Allô, dit-il d'une voix rauque.
-Tony, alors ?
-Je ne l'ai pas trouvé, murmura-t-il.
-Il ne doit pas être bien loin. En attendant allume ta télé mon vieux, c'est le grand jour.
Peggy l'avait appelé la veille pour lui exposer leur plan (il ne savait pas que les fantômes étaient visibles sur les objectifs, il était impatient de revoir le visage de son ami, même sur un écran) et les conséquences s'ils réussissaient : dissolution du Shield, exorcisme de tous les fantômes qui le souhaiteraient, Fury espérant que son organisation serait reconvertie en prévention, communication et accompagnement des fantômes et leurs proches, soit dans la disparition soit dans la vie après la mort. Tony s'était senti soulagé pour Brassens, Barbara, Boris Vian, Apollinaire et les autres, mais un prénom en L tournait bien trop en boucle dans sa tête pour qu'il se sente réellement concerné.
Pour autant, il fit comme demandé, et se mit sur France Allemagne. Déjà 29 minutes de match, zéro à zéro.
-Vous êtes où ? s'enquit Tony en scrutant les gradins alors que le commentateur décrivait le parcours du ballon et les actions des joueurs.
-Deuxième rang zone C, derrière les buts allemands. Mais regarde le terrain, c'est prévu dans trente secondes.
-…remise en jeu Pogba récupère le ballon et passe à Matuidi c'est une belle avancée Müller tente de les contrer mais Matuidi passa à Griezmann l'enfant prodige qui feinte…
Tony scruta sa télé, indifférent à l'attaque de l'équipe de France. Il cherchait Bucky des yeux, et finalement il le vit. Il avait sauté par-dessus le bandeau avec le nom des sponsors, une journaliste à queue de cheval pointa aussitôt sa caméra sur lui, et on lui passa l'antenne.
-Un homme vient d'outrepasser les barrières de sécurité par un tour de magie, dit une voix éraillée de femme, et court sur le terrain pour apparemment voler le ballon à Griezmann.
Et malgré tout son malheur, Tony ne put s'empêcher d'éclater de rire quand il vit son vieux pote, un grand sourire aux lèvres, faire coucou au joueur baraqué, faire une feinte, rire, et s'élancer une deuxième fois. Il entendit un tumulte dans les gradins quand sa jambe traversa celle du joueur alors que son pied matériel récupérait le ballon et l'emmenait vers les buts allemands. Evitant les joueurs voulant le maîtriser mais aussi les agents de sécurité (après tout il était un espion surentraîné mais également plus rapide que la normale de part son statut de fantôme), il se retrouva soudain face à un mastodonte allemand. Il lui envoya un bisou de sa paume ouverte mais apparemment le joueur ne le voyait pas. Totalement perdu, il regardait les écrans géants, puis le ballon, puis devant lui de manière hésitante, avant de recommencer le triangle. Tranquillement, Bucky passa à travers et continua de faire voltiger le ballon sur ses genoux.
-Oh mon dieu ! s'exclama la journaliste évoluant sur le terrain alors que cette fois les spectateurs avaient crié. Cette- Hummels vient de se faire traverser. Je précise pour les spectateurs qui nous regardent que moi-même, et sans doute le public, ne voyons pas cet individu qui s'affiche sur les caméras, nous ne voyons que le ballon léviter seul vers les buts. L'intrus surnaturel continue sa traversée du terrain mais maintenant les agents de sécurité et les joueurs hésitent à l'arrêter. Hummels, tombé à terre, semble sous le choc. L'homme jongle à présent près des buts mais Neuer ne se laisse pas démonter et s'approche pour le maîtriser… Il est traversé à son tour et l'intrus a marqué un but, il s'approche du gardien allemand pour un apparent câlin de la victoire, Neuer recule, et est à nouveau confondu avec l'homme… Mes collègues me confirment que personne ne voit cette personne à part nos objectifs.
Sur l'écran de télé, on substitua soudain l'image pour montrer des spectateurs paniqués, scrutant les écrans géants puis le terrain la seconde d'après, prouvant qu'ils étaient dans la même situation que la journaliste. Tous mise à part une personne, qui descendait vers un caméraman pour lui certifier que lui le voyait et demander ce qu'il se passait au juste.
On repassa sur la caméra de la brune car elle se rapprochait prudemment de Bucky, le ballon tenu contre sa hanche, qui affichait un sourire de connard beau gosse fier de lui. Tony riait convulsivement, et lança dans son téléphone non raccroché :
-Oh mon dieu c'était jouissif !
-Et c'est que le début ! lui répliqua Steve.
-Euh… monsieur ? Je vous vois sur mon écran mais vous êtes invisible à mes yeux. Etes-vous… un hologramme ? Ou une annonce de notre sponsor IBM sur la découverte de l'invisibilité… et immatérialité ?
De ce Peggy lui avait dit, la jeune femme brillante était dans la combine, et jouait divinement bien : on pouvait entendre dans son ton qu'elle ne croyait pas un mot de ce qu'elle disait. Mais qu'elle n'osait pas s'avouer que le type devant elle était un fantôme, et encore moins le verbaliser en direct à la télé.
Alors Bucky sortit un papier, et Jessica le lut à voix haute parce que c'était les pattes de mouche de James, que Tony connaissait bien pour les avoir déchiffrées au bac blanc de géographie, penché sur la copie de son ami. Tout ça était si loin alors qu'il le voyait mort révéler un complot mondial en interrompant théâtralement un match de foot.
« Je vais révéler un secret. Les… fantômes, réussit-elle à prononcer, existent et, et j'en suis un. Levez votre main. Je vais la traverser pour prouver ce que j'avance à ceux qui peuvent me voir, devant leur télé ou sur les écrans géants. Puis vous reprendrez la lecture.
Elle s'exécuta après un moment d'hésitation, et sa main fut dans le champ de la caméra. Alors doucement, Bucky la traversa, la faisant glapir de surprise et la retirer. Sa voix tremblait un peu quand elle continua :
« Les gouvernements du monde entier cachent cette information avec l'aide du Shield, la Société Hermétique d'Intervention Ectoplasmique et de Localisation des Défunts, qui contraint les fantômes comme moi à la clandestinité en échange de garder les vivants que nous aimons, conjoint, famille ou amis, sains et saufs. Je n'en peux plus de cette situation et bien que conscient que je mets ma veuve en danger, qui est dans le public, j'ai préparé ce coup de théâtre et ce texte pour tout révéler.
-James ! cria une voix de femme derrière, et la caméra de Jessica se tourna vers elle, montrant Peggy courant vers eux deux et écarta d'une main furieuse les joueurs de foots des deux équipes. James, cria-t-elle arrivée en face d'eux deux, des larmes dévalant son visage, qu'est-ce que tu as fait, tu vas nous faire tuer.
Bucky dit quelque chose qu'ils n'entendirent pas, alors la camérawoman, après quelques secondes, osa finalement les interrompre :
-Mademoiselle ? Vous… vous pouvez voir cet homme ?
-Oui, répondit-elle avec hésitation. C'est mon compagnon. Il est mort il y a cinq mois, mais il est revenu un soir à l'appartement, disant qu'on pouvait vivre ensemble si nous n'en parlions à personne… maintenant autant tout vous dire, soupira-t-elle, puisqu'il a décidé ça sans mon accord. Je peux le voir parce je suis celle qui l'aimait le plus. Mais certaines personnes peuvent voir tous les fantômes, ce sont des Voyants. Certains deviennent médiums, d'autres sont vus comme fous ou bien ne s'en sont pas rendus compte et prennent les fantômes pour des gens comme les autres.
-Vous confirmez ce qui est écrit sur ce papier ?
-Oui. Le Shield existe et a pour but de garder l'existence des fantômes secrète.
-Mais comment… Comment un tel secret peut-il être gardé ?
-Eh bien…
-GIGN ! ON NE BOUGE PLUS !
L'antenne changea pour montrer l'escouade lourdement armée se diriger vers le couple et la journaliste. Alors que Bucky se mettait devant Peggy pour la protéger, assez inutilement d'ailleurs mais que c'était drôle de les voir jouer un drame romantique fantastique à eux trois, la journaliste posa sa caméra au sol, et tendit ses bras écartés devant les amants.
-Stop ! Ces personnes ne sont pas dangereuses !
-Steve, lança Tony angoissé dans le téléphone, ils vont pas leur tirer dessus quand même.
-Le Shield a promis qu'à cette phase ils interviendraient.
L'antenne passa à la caméra d'un journaliste qui s'était glissé près du raid, et qui montrait les trois personnes en joue de près. Un homme se glissa soudain entre les fusils et leurs cibles, et montra son insigne aux policiers, l'objectif capturant la plaque dorée frappée d'un bouclier et de six lettres.
-Phil Coulson, se présenta l'homme, entre deux âges, droit et calme. Agent du SHIELD, la Société Hermétique d'Intervention Ectoplasmique et de Liquidation des Défunts. Baissez vos armes.
Tony soupira de soulagement et Steve fit de même quand les canons pointèrent le sol.
-On le connaît, ce Phil Coulson ?
-On l'a rencontré, c'est un vieux fantôme qui peut se rendre visible comme Fury. Bon, droit et fiable, ça va aller maintenant. Je te laisse, je vais dire à tous les journalistes qui veulent l'entendre que je suis un Voyant.
-Félicitations à vous, passez vous réfugier chez moi quand vous aurez fini.
-On n'arrivera sans doute qu'à minuit, ça ira ?
-Ҫa ira, il faut fêter ça.
Il raccrocha avec un sourire, mais laissa la télé allumée pour observer la fin de la cohue. Il fut rassuré quand il vit Phil emmener James et Peggy en sécurité, et coupa l'écran, pour aller cuver son whisky le temps que le climat ne s'apaise, et que les cinq complotistes ne soient suffisamment tranquilles pour venir à son appartement, dans le quartier le plus mort du quinzième arrondissement.
Bruce, abasourdi, était scotché devant sa télé auprès de sa femme et sa fille. Bien sûr que Natasha était passée chez lui comme elle l'avait promis, bien sûr qu'elle lui avait tout raconté et à moitié laissé entendre ce qu'il se passerait durant le match France-Allemagne. Mais il aurait été impossible d'imaginer un tel bazar surmédiatisé avec quelque substance que ce soit.
Evidemment lui et Betty ne parlèrent que de ça en préparant le dîner, la petite absolument surexcitée par ce qu'elle avait vu et n'arrêtant pas de dire qu'elle voulait traverser les gens elle aussi. Betty disait que c'était impossible à croire mais en même temps comment auraient-ils pu simuler un truc pareil et surtout dans quel but, et Bruce évoqua son amie Natasha et lui parla de quelques patients disant voir les fantômes. Le jeune P, par exemple, lui avait avoué avoir vu à plusieurs reprises avoir croisé sa petite amie morte dans la chambre et la salle de bain, quand bien même ça faisait des mois, et qu'il avait rencontré une fille formidable.
Exceptionnellement, ils mangèrent devant le JT, même si ni Betty ni lui n'aimaient pas la télé et les opinions toutes faites qu'elle déversait. Leur fille fut privée de dessert parce qu'elle avait failli se fracasser le crâne en courant dans la porte du salon et criant qu'elle était un fantôme (mais elle eut tout de même une glace parce qu'elle avait un beau bleu sur le front). Laurent Delahousse, la mine perturbée et avec même un mèche blonde repiquant sur sa tête, signe de l'agitation qui devait régner à France 2, commença à parler.
-Mesdames messieurs bonsoir ceci est une édition spéciale due à l'évènement qui s'est produit ce soir durant le match France Allemagne, un homme, invisible pour la plupart des personnes présentes mais présents sur les caméras, est descendu sur le terrain, a volé le ballon à l'attaquant français Antoine Griezmann en direction des buts allemands avant de traverser Mats Hummels et Manuel Neuer, défenseurs et gardiens de l'équipe germaine. Notre reporter Jessica Jones est allé à sa rencontre et a lu un texte préparé par cette personne muette dont nous affichons la copie à l'écran.
Betty le connaissait presque par cœur tant il tournait sur les réseaux sociaux, aussi ne le relut-elle pas.
-Dans ce texte l'homme affirme être un fantôme et surtout ne pas être le seul, son existence et celle de ses congénères cachée par une organisation, le Shield. L'homme s'avère être James Barnes, 25 ans, mort dans un accident de voiture en laissant derrière lui sa compagne Peggy Carter, chercheuse au CNRS. Les forces de sécurité sont intervenues mais furent arrêtées par un agent se disant être du Shield, qui a emmené ces deux personnes dans un lieu inconnu. Nous accueillons à présent notre courageuse reporter, Jessica bonsoir.
-Bonsoir, répondit la jeune femme, entrée dans le champ et s'étant assise calmement.
-Croyez-vous que ce James Barnes soit ce qu'il prétend ?
-Etant donné qu'il est déclaré mort depuis cinq mois dans le registre d'état civil, qu'il est invisible pour l'œil humain et qu'il m'a traversé le bras, oui, je pense que c'est une conclusion inévitable. Ce qui ne la rend pas moins difficile à accepter.
-Savez-vous où cet agent a emmené cet individu et sa compagne ? Ils ont dit être en danger de mort.
-Il m'a été garanti qu'il ne leur serait pas fait de mal. Maintenant que cette organisation secrète est révélée aux yeux de tous, elle va devoir répondre de ses agissements, et nous allons empêcher que ce couple disparaisse sans explications.
Tout en l'écoutant Laurent Delahousse posait une main sur son oreillette, où on lui parlait apparemment beaucoup.
-Tout à fait. Les lanceurs d'alerte sont des personnes vulnérables mais ceux-ci bénéficieront d'une protection du gouvernement. Merci Mlle Jones pour votre témoignage.
La journaliste se leva, hocha la tête et s'en alla vers les coulisses.
-On m'informe que le directeur du Shield, alias Nicholas Fury, a accepté de participer à cette édition spéciale, et-
Soudain le présentateur fit un cri infiniment peu viril devant les yeux de tous les Français, parce qu'un homme noir et borgne dans un manteau de cuir vient de traverser le sol pour apparaître devant lui.
-Monsieur Delahousse, fit-il en tendant sa main.
-M-monsieur Fury, salua-t-il en la serrant avec hésitation.
-Merci de m'avoir invité à votre émission.
-Merci d'être venu, répondit-il en se rasseyant, alors qu'on lui apportait un petit carton de questions pour qu'il ne cherche pas ses mots trop longtemps.
Mais le journaliste continuait de le regarder la bouche ouverte, éberlué.
-Donc vous êtes… finit-il par dire.
-… un fantôme, termina Fury. Tout à fait. Tirailleur sénégalais, mort le 8 novembre 1917.
-Vous allez donc bientôt fêter votre 98ème anniversaire de mort.
-Oui, confirma le directeur, mais ce n'est pas ça qui m'amène.
-… Non je pense bien, fit Laurent Delahousse, totalement perturbé, remettant ses cheveux d'une main. Que pouvez-vous nous dire sur les évènements de ce soir ? Est-ce que ce que cet homme a dit est vrai ?
Nicholas Fury grimaça.
-Cet individu a échappé à la vigilance de mon organisation. Mais il aurait bien fallu que le secret ne s'ébruite tôt ou tard.
-Il existe donc bien une organisation ?
-Tout à fait. Créée le 1er octobre 1945 pour exploiter les fantômes de la seconde guerre mondiale dans la récolte d'informations sur l'Union soviétique. J'en suis devenu la tête une vingtaine d'années plus tard, pour tenter de mettre fin aux activités d'espionnage perpétrées par un fantôme contre chantage sur un proche encore vivant, mais les Nations Unies me laissent très peu de marge de manœuvre.
-Ah, répondit simplement le présentateur, totalement perdu.
-Ce qu'il faut savoir sur les fantômes, voulu résumer le directeur en regardant ses mains rassemblées, c'est que premièrement ils ne veulent aucun mal aux vivants, et deuxièmement, qu'ils sont vraiment très peu à vouloir rester. Qu'il ne faut donc pas faire tout un fromage de cette révélation mais surtout, ne pas faire la chasse aux fantômes caméra allumée pour les débusquer. Ils pourraient mal le prendre donc c'est déconseillé.
-Ah, très bien, nous porterons tous grande attention à ces conseils, fit le journaliste en feuilletant les notes qu'on lui avait données. Que pensez-vous qu'il va changer… avec ce coup d'éclat ?
-Le Shield et moi-même allons porter la responsabilité des conséquences, promit le directeur. Mon organisation va probablement être dissolue tandis que je reposerai en paix. Ensuite il faudra écrire une législation sur les fantômes, les rendre responsables de leurs actes, décréter illégaux les actes racistes envers eux, et enfin, proposer des centres d'accompagnement pour l'exorcisme ou l'accueil des nouveaux fantômes, dans les hôpitaux évidemment mais partout dans le monde. Mais nous sommes préparés depuis longtemps à ce cas de figure, et ferons tout pour faciliter la transition. Par ailleurs nous aurons besoin d'aide dans cette démarche, alors les psychologues, chercheurs, experts en communication ou tout simplement les volontaires qui veulent nous rejoindre peuvent se manifester.
-Vous pouvez contacter le Shield aux coordonnées défilant en bas de votre écran. Très bien, directeur Fury, dernière question : que va-t-il arriver à James Barnes et Peggy Carter ?
-Les lanceurs d'alerte habituels ne disposent d'aucune protection face à la justice. Mais pour ceux-ci, il ne sera lancé aucune poursuite contre eux, légale ou illégale, si c'était là votre question, répondit poliment le directeur.
-Cela devrait rassurer les internautes qui ont déjà publié des messages de soutien au jeune couple sous le #JeSuisFantôme ou encore #ImmunitéJuridiquePourJamesBarnesEtPeggyCarter. Merci directeur pour votre franchise en ces temps troublés, fit Laurent Delahousse en se levant et lui tendant la main.
Mais Fury ne put résister à une petite blague et traversa sa paume, ayant un grand sourire de charognard aux lèvres accompagné d'un petit clin d'œil quand le journaliste blond hoqueta de surprise. Il passa de nouveau à travers le plancher, et le présentateur eut un soupir fatigué alors qu'il faisait un petit signe de la main pour signifier qu'il fallait couper.
Bruce éclata de rire alors que la page de pub démarrait et Betty était un peu près dans le même état.
-La vie à Paris va être tellement plus drôle, fit-elle dans un petit rire. Ohlala. Même si ce n'était qu'un canular, c'était hilarant.
-Je ne crois pas que c'en soit un, fit-il en fronçant les sourcils. Je reviens, je dois appeler un ami.
Il prit son téléphone, et on décrocha à la cinquième sonnerie.
-Oui, Steve, tu m'expliques pourquoi Bucky est mort, hétérosexuel et lanceur d'alerte de la cause fantôme ? lança le psychologue.
-Bruce, mon vieux, souffla celui-ci dans un rire. Natasha ne t'a rien dit quand elle est allée te voir ?
-Elle a oublié ça apparemment.
-Bucky a toujours été hétérosexuel.
-Il n'y avait que toi à croire ça.
-Bon, tu sais quoi, fit Steve dans un petit rire à peine agacé, on va tout t'expliquer demain, là je sais pas si tu as vu mais c'est un boxon pire que notre ancienne chambre universitaire.
-J'ai vu ça à la télé, oui, fit-il en remettant correctement ses lunettes sur son nez. Bon je te rappelle demain alors, faites attention à vous.
Betty et lui finirent par coucher leur ingérable fille qui demanda trois fois qu'on lui lise l'histoire de Casper et s'endormit le livre contre elle, ravie que son personnage préféré soit réel. Eux dormirent serrés l'un contre l'autre, angoissés par cette histoire de gens morts déambulant dans les rues. Enfin Bruce ne dormit pas beaucoup, parce qu'il songeait que ces fantômes devaient être des cas bien plus probants de pauvres âmes perdus que ses patients, et que ça lui faisait beaucoup de peine. La proposition d'emploi de ce directeur Fury tournant dans sa tête, il se dit qu'il n'aurait qu'à appeler et voir comment il pouvait aider.
Pendant ce temps, Tony toujours déprimé allait ouvrir la porte et ne put s'empêcher de sourire devant les visages réjouis des six complotistes victorieux, la journaliste s'étant laissée convaincre de venir. Elle avait une sacrée descente de whisky elle aussi, Peggy Steve et James étaient douteusement proches tandis que Natasha et… Clint c'est ça ? étaient juste deux adorables guimauves étalées sur son canapé. Ils étaient d'une joie sans faille, car dans quelques heures la chercheuse le fantôme et… leur apparemment petit ami à tous les deux, avaient un train pour un village perdu d'Alsace sans télé ni journaux le temps que la situation se tasse, et le couple, un avion définitif pour Budapest juste après que Nat soit passée au Shield se faire retirer la vision extralucide. Jessica, elle, allait avoir une promotion, elle qui était persuadée qu'elle allait se faire virer. Alors ils célébrèrent très dignement leur succès et leur dernière nuit ensemble, et franchement, Tony aurait dû être heureux.
Mais dans ses veines, s'enroulant autour de ses organes et lui serrant la poitrine, il n'y avait que quatre lettres, alors il ne dormit pas non plus cette nuit-là, lui qui avait pourtant récupéré un sommeil normal depuis qu'il avait traversé un fantôme dans une rame de métro.
-o-o-o-o-
Le lendemain matin, Bruce, dans son trajet à pied à son bureau, ne put s'en empêcher et appela Thor. Déjà il n'avait plus de nouvelles depuis deux jours alors que tout de même le petit frère de son meilleur était dans le coma, mais ensuite, il voulait connaître sa réaction à l'annonce de la veille.
On décrocha encore une fois à la cinquième sonnerie, mais il pouvait comprendre que la vie de ses amis soit bouleversée en ce moment.
-Bruce, vieux frère ! Pardon de t'avoir laissé sans nouvelles.
Et le psychologue se stoppa un instant et eut un sourire immense avant de reprendre sa route. Parce que la voix chaleureuse et réjouie de son ami pour la première fois depuis dix jours ne signifiait qu'une seule chose.
-Il s'est réveillé ? murmura-t-il.
-O-oui, il s'est réveillé. Il y a trois jours.
Que son plus vieil ami éclate en sanglots heureux au téléphone était la chose la plus émouvante qu'il ait jamais entendue, et il sentit ses yeux se mouiller.
-Pourquoi as-tu mis autant de temps à me le dire ?!
-Je n'ai pas eu une minute ! Entre mère qui veut que je règle ses dettes, prévienne son université et les convainquent de le laisser rattraper les examens plus tard, son propriétaire qui voulait pas me rendre ses affaires… et puis lui surtout : il me fait traverser la ville, de la tour montparnasse à un quai de métro, pour retrouver un Tony dont je n'ai jamais entendu parler.
Bruce fronça les sourcils.
-Un Tony ?
-Oui un Tony ! qui travaille pour la BYB, mais évidemment que personne me laisse entrer sans accréditation avec le plan vigipirate. Je passe même pas l'accueil, alors monter dans les étages… Il n'est pas de sa promo et à part ceux-là je connais tous les amis de mon frère, alors je n'y comprends pas grand-chose, il me raconte des trucs sans queue ni tête comme quoi il était dans Paris tout ce temps…
-Attends attends, je crois que je connais ce Tony-là. Vingt-six ans, comptable, petit, brun, barbe taillée ?
-Je… oui c'est la description qu'il m'en a faite.
-Ok, envoie-moi le numéro de chambre de Loki par sms, je te rappelle tout à l'heure.
Sans trop qu'il sache pourquoi, il se mit à courir. Parce qu'il y avait une semaine à peu près, Tony Stark, un de ses patients, déprimé, lourd passé, cocaïne présumée, l'avait appelé pour dire qu'il annulait son rendez-vous parce qu'il avait rencontré quelqu'un et qu'il allait beaucoup mieux : il avait même retrouvé le sommeil et dormi dix heures d'affilée.
Et d'accord, c'était complètement farfelu comme hypothèse, sans doute que l'improbable révélation d'hier soir lui avait retourné le cerveau, mais, si les fantômes existaient, alors pourquoi des théories moins aberrantes, comme des personnes ayant vécu une expérience de mort imminente avait un instant vu leur corps du dessus alors qu'on les ranimait, ne pourraient-elles pas se vérifier aussi ? Pourquoi l'âme du petit frère de Thor ne serait-elle pas allée consoler un gratte-papier dépressif, si Laurent Delahousse s'était fait traverser la main par un tirailleur sénégalais mort en 1917 ?
Il arriva à son bureau un peu essoufflé, et alluma son ordinateur pour retrouver le dossier de son patient. Il s'appelait Anthony, il était bien comptable à la BYB qui avait pour siège la tour montparnasse, et il n'avait pas appelé pour reprendre rendez-vous depuis une semaine.
Il composa son numéro, parce qu'il fallait qu'il soit sûr.
On lui répondit, toujours aussi tardivement, la voix rauque, morne et épuisée :
-C'est pour quoi ?
-Monsieur Stark ? Docteur Banner à l'appareil, la raison de mon appel est un peu farfelue, mais je me suis le meilleur ami de Thor Odinson.
-…Ok, doc, mais c'est normal si ça m'intéresse pas ?
C'était bizarre s'il ne réagissait pas au nom, mais Bruce décida de pousser plus loin. Autant ne pas faire les choses à moitié : il avait décidé d'être ridicule alors il n'allait pas passer à coté de la possibilité de réparer deux vies brisées.
-Thor Odinson, qui s'avère avoir un frère tout juste sorti du coma, qui s'appelle Loki…
Il y eut un bruit sourd à l'autre bout du fil, comme si on avait trébuché.
-Monsieur Stark, ça va ?
-Doc, balbutia-t-on, doc, doc, vous me sauvez la vie, j'ai retourné tous les hôpitaux de la ville, dites-moi que vous savez où il est.
-Sainte-Anne, chambre… 642, vérifia-t-il sur son téléphone.
-Merci. Doc merci, lui dit-on d'une voix rauque de larmes avant de raccrocher.
Bruce décolla le téléphone de son oreille, et le contempla un long moment. Bon. Apparemment il était tombé juste. Et ok depuis quand sa vie était-elle aussi étrange. Il avait voulu quelque chose de bien tranquille, à écouter les gens tristes parler, au tout début.
D'un air absent, il consulta sa liste de rendez-vous. 9h30, Peter Parker. Ah ! Il était impatient. Parce que celui-ci avait dit il y avait trois jours voir le fantôme de sa petite amie Gwen, qui l'engueulait parce qu'il avait rencontré une jeune et jolie Wanda, si le psychologue se souvenait bien. Il était donc peut-être, un « Voyant » ? avait dit Peggy Carter, et il ne tenait pas en place.
Il patienta, et patienta, et voulut aller se faire un café, mais se dit que ça allait être pire, alors il se rassit, mais les minutes passèrent et le jeune homme lui avait tout simplement posé un lapin.
Mais, mais, Peter avait ses raisons, parce que Gwen s'était encore tapé l'incruste alors qu'il était sous la douche, pour encore l'engueuler parce que Wanda était passé à son appart prendre un café la veille.
« Nan mais tu vois, dit la blonde décédée en tournant en rond dans le salon, je veux que ton bonheur, et tout et tout, mais au moins tu aurais pu attendre que moi je me trouve un fantôme BG avant de te remettre avec une fille.
-Tu crois pas que c'est pas le sujet principal là, ce matin, précisément ?
-Hein ? Pourquoi ? s'enquit l'esprit.
-Parce que tu m'as fait croire pendant des mois que tu étais une hallucination, au lieu de tout simplement me dire que les fantômes existent pour de vrai.
Gwen haussa un sourcil.
-Parce que tu crois vraiment qu'avant hier soir, ça aurait été mieux pour ta santé mentale ?
Peter partit se faire un café en se massant les tempes, mais des coups à la porte interrompirent son action.
Il ouvrit et c'était Wanda.
-Hey, Pete, écoute, dit-elle en entrant avant de débiter sans s'arrêter, tu sais pour la conversation de l'autre soir je crois pas du tout que ce soit des hallucinations parce que tu vois le JT d'hier bah j'étais dans mon canapé et j'ai dit à voix haute que si les fantômes existaient alors Pietro était gonflé de pas être revenu me tenir compagnie lui mon propre jumeau quoi et là, là tu sais quoi il s'est matérialisé –il est derrière moi tu peux dire bonjour- et il m'a engueulée en disant qu'il voulait préserver mon équilibre psychique donc il était là tout ce temps mais il restait caché et serait intervenu que si j'étais réellement en danger donc on s'est fait des câlins mais bref je te crois pour Gwen.
Puis elle prit de longues inspirations pour reprendre son souffle, et Peter la regarda bouche bée, ne voyant pas du tout derrière elle le frère en question.
Son ex blonde et décédée, par contre, pouvait le voir. Très bien même. Elle voyait ses cheveux gris, les yeux bleus, le sourire plein de fossettes, les lignes du cou, alors elle s'approcha et lança :
-Hey, enchantée, je m'appelle Gwen, fantôme de Peter. Tu faisais quoi avant de mourir ?
-Enchanté, Pietro, jumeau de Wanda. Et j'étais pompier. Mort en éteignant un incendie. Et toi ?
-Tu parles à qui, s'enquit Wanda, la voix blanche.
-Etudiante en biologie. Heurtée par une voiture alors que j'avais emprunté le vélo de Peter. Il a finalement réussi à se pardonner et a rencontré ta sœur, c'est chouette hein ?
-Euh oui, on va dire. Je suis un peu jaloux en fait, comme elle n'a plus besoin de moi pour avancer.
-Je suis pareille. La logique voudrait qu'on se console ensemble.
-Pietro, tu parles à qui, répéta la brune en voyant son frère rougir.
-Le fantôme de l'ex de ton petit ami, dit-t-il en russe . Et t'as de la chance qu'elle soit morte, parce qu'elle est bien plus belle que toi, ajouta-t-il dans la même langue un peu plus bas.
Wanda lui donna un coup de pied dans les tibias, qu'elle traversa évidemment, alors que Peter lui n'avait toujours pas raccroché sa mâchoire.
-Ҫa te dit que vous emménagiez ensemble dès maintenant, reprit Pietro en français, comme ça je peux être avec toi et cette charmante demoiselle décédée ?
-Je préférais quand t'étais mon ange gardien protecteur et silencieux bon sang, marmonna sa sœur, attrapant le bras de Peter pour aller faire du café.
Fort, le café.
-o-o-o-o-
Tony hésita un instant devant la porte. Il se pinça le bras, et respira doucement. Puis il y frappa. La conversation intelligible qu'il y avait à l'intérieur se stoppa, et une voix forte mais chaleureuse lui dit d'entrer. Le cœur battant contre son cou, Tony abaissa la poignée.
Il prit une longue inspiration en voyant Loki allongé dans un lit le regardant. Assis auprès lui, il y avait un type blond et musclé qui se leva.
-Vous êtes ? s'enquit-il poliment.
-Laisse, Thor, dit son fantôme d'une voix rauque. C'est... c'est Tony.
-Ami proche, souffla-t-il.
-Oh, dit tout simplement son frère. Enchanté Tony, je vous laisse.
Il sortit et le comptable s'approcha, la gorge serrée. Il s'assit au bord du lit, et doucement, leva sa paume.
Avec appréhension et effort, Loki leva la sienne, et l'air grave, ses yeux verts plantés dans les siens, l'approcha.
Leurs mains se rencontrèrent.
La peau de Loki était chaude et douce et son sanglot heureux sur son visage rayonnant fut la plus belle chose qu'avait vue Tony.
-Tu es… tu es vivant, articula-t-il en serrant sa main et en ignorant les larmes qui coulaient sur ses joues.
Il approcha son autre main de son visage et n'y croyait toujours pas quand il sentit la douceur de sa peau sous la pulpe de ses doigts. Loki rit et Tony appuya son front contre le sien.
Ils pleuraient tous les deux.
-Je suis vivant, chuchota Loki contre lui.
Il se décala légèrement et l'embrassa. Tony fit glisser sa main sur sa nuque et entrouvrit ses lèvres, un frisson incrédule le secouant alors qu'il laissait échapper un gémissement affamé.
Il avait beaucoup de mal à y croire. C'était vraiment trop beau, il devait être en train de rêver, et demain matin le retrouverait dans le métro pour le traverser encore et encore. Il détacha leurs mains juste pour remonter le long de son bras et le serrer contre lui pour que davantage de peau lui hurle que c'était réel, et le rassure, encore, et encore, tous les jours jusqu'à ce que la peur ne disparaisse.
Derrière la vitre, Thor haussa un sourcil. Ah oui. Ce type ne plaisantait pas sur le fait qu'il était proche de son frère. Pour être proches, ils étaient proches.
Maman allait être ingérable.
-o-o-o-o-
Steve, Bucky et Peggy avaient à peine deux heures de sommeil et une solide gueule de bois. Malgré cela ils avaient dû appeler leurs parents (ceux de la chercheuse lui avaient bien demandé au moins une heure pour être rassurés), leurs amis (Bruce, que Peggy connaissait déjà un peu, avait été particulièrement drôle et incrédule), leurs boulots respectifs pour prévenir d'une absence à durée indéterminée, avant que Phil Coulson ne vienne les chercher pour les emmener à la gare de l'Est. Et malgré leurs lunettes noires, bonnets et casquettes, ça avait été compliqué de monter à bord sans se faire reconnaître.
Mais maintenant, ils étaient tous les trois en première classe, Peggy avait relevé les accoudoirs pour pouvoir s'étaler sur ses deux petits amis, et James avait mis sa main sur ses yeux pour la laisser se reposer. Lui, il regardait le paysage, infiniment rassuré, sentant presque un vide dans sa poitrine à cause de l'absence de l'angoisse et du doute, eux qui avaient été si présents ces jours-ci. Mais il lui suffisait de regarder leurs mains jointes à tous les trois sur le ventre de la chercheuse pour sourire, le bruit régulier des roues filant sur le rail remplaçant les battements de cœur qu'il n'entendait plus.
C'était un doigt d'honneur au destin.
C'était une belle vie qui commençait.
