Accoudée sur le plan de travail de la cuisine de Maura, je profitais du spectacle qui s'offrait à mes yeux : la femme que j'aimais nous préparait un petit déjeuner de championne tout en me racontant, avec plus de détails, sa « désastreuse soirée », et là je la cite. Je voulais l'enlacer, l'embrasser mais ce n'était pas de moi dont elle était amoureuse, enfin elle n'avait rien infirmé ni confirmer. Quant à moi je ne m'était pas déclarée. J'hésitais à tenter ma chance lorsque la sonnette de l'entrée retentit. Qui pouvait bien venir voir Maura à une heure aussi matinale.
- Jane, tu veux bien aller ouvrir le temps que je finisse de tout préparer ?
- A vos ordres Dr Isles, dis-je en me mettant au garde à vous.
Je me dirigeai vers la porte quand j'entendis de nouveau le son agaçant de cette fichue sonnette. Je m'arrêtais pour regarder Maura s'affairer dans la cuisine. « mon Dieu qu'elle est belle », pensais-je avec un soupir de bien-être. A la troisième sonnerie je me décidais enfin à ouvrir la porte pour me trouver nez à nez avec un magnifique bouquet de roses rouges. Et devinez qui se cachait derrière ? L'agent Thomas. Que quelqu'un me donne une arme que je l'abatte… Jane garde ton sang froid.
- Jane s'est prêt, cria Maura
- J'arrive Maura, mais rajoute un couvert, réponds-je en laissant entrer l'agent Thomas.
Voilà qui venait gâcher mon début d'agréable matinée, et vu la tête de Maura je n'étais pas la seule à me plaindre par l'arrivée de cette « non-invitée ».
- Caitlin, s'exclama Maura
- Bonjour Maura, répondit l'interpellée. Tiens, ces fleurs sont pour toi.
Je crois que je vais vomir, c'est quoi cette voix mielleuse qui sonne faux. Retenez-moi ou je la tue… Et puis non, ne me retenez pas.
- Seigneur, j'ai parfois l'impression que je ne parle pas français, soupira Maura en prenant les fleurs pour les poser négligemment dans la cuisine
- Je voulais m'excuser pour hier soir, continua l'agent Thomas.
- C'est auprès de Jane que tu devrais t'excuser, dit Maura plutôt furieuse
- Mesdames, je vais vous laisser discuter et aller me préparer pour partir travailler, dis-je en me dirigeant rapidement vers la sorite.
- Jane, m'interpella Maura avec douceur, tu devrais prendre ton café. Caitlin je te prierais d'attendre dehors que Jane et moi ayons fini de nous préparer
- Je peux attendre ici, répondit l'agent Thomas en s'installant sur le canapé.
- Si je t'y avais invité oui, rétorqua Maura ? J'aimerais prendre mon petit déjeuner tranquille en tête à tête avec Jane comme prévu. Je ne te montre pas la sortie Caitlin.
- Ça va, j'ai compris le message, dit rageusement l'agent Thomas.
Je regardais l'agent Thomas sortir en claquant la porte. J'étais stupéfaite, je savais que Maura pouvait se montrer autoritaire mais là… je restais sans voix.
- Jane, m'appela Maura
- Oui, répondis-je sans la regarder.
- Tu comptes rester debout ou tu viens prendre ton petit déjeuner ?
Je regardais Maura et sans hésitation je pris place à côté d'elle.
- Je suis désolée Jane, me dit-elle
- De quoi parles-tu Maura ?
- D'hier soir et de ce matin. On devait passer une soirée ensemble comme avant et…
- Maura tu n'as pas à t'excuser..
- Bien sur que je dois m'excuser, tout ça est arrivé par ma faute. Je n'aurais jamais dû accepter de…
Maura éclata en sanglot incapable de parler. Je la pris dans mes bras tentant de la calmer, sans grande réussite dans un premier temps. Je me levais décider à appeler la seule personne, selon moi, qui pourrait calmer la femme dont j'étais amoureuse.
- Où tu vas Jane ? demanda la voix effrayée de Maura
- Chercher l'agent Thomas, dis-je sans oser regarder le Dr Isles
Je sentis deux bras enlacer ma taille, puis le corps de Maura se coller contre mon dos.
- Reste, ne pars pas. Dis-moi que tout redeviendra comme avant. Dis-moi que je ne vais pas te perdre, que tu ne sortiras pas de ma vie. Dis-moi que tu m'aimes. Mens-moi s'il le faut mais ne pars pas.
- Maura Isles, je t'aime, tu ne me perdras pas, je ne sortirais pas de ta vie et je jure sur ce que j'ai de plus cher que ce ne sont pas des mensonges.
- Merci Jane.
Je n'osais pas bouger de peur que cet instant hors du temps ne s'arrête. Je pris juste les mains de Maura dans les miennes comme pour l'empêcher de partir. Cet instant n'appartenait qu'à nous. Il n'y avait plus d'agent Thomas, de FBI ou d'enquête pour troubler ce moment de paix. La sonnerie de nos téléphones nous fit revenir à la réalité. Si le téléphone de Maura sonnait en même temps que le mien cela nous pouvait signifier qu'une seule chose : un nouveau meurtre. Nous nous sommes séparées, à contre cœur pour ma part, pour répondre. Tout en écoutant mon interlocuteur je pris ma tasse de café pour la boire.
Une demie heure plus tard nous étions sur la scène du crime. Cette fois notre tueur avait fait très fort. Il avait déposé le cadavre du jeune femme habillée en sari (je cite Maura) sur les marches du tribunal. Notre tueur avait frappé fort cette fois, mais vu la sécurité qui existait autour du tribunal il venait de commettre une nouvelle erreur. Entre la fuite de la jeune Indira, l'étude du lieu où la jeune femme avait été retenue et les caméras de sécurité du tribunal j'étais persuadée que nous étions sur le point de l'attraper.
Je laissais la scène de crime au FBI pour suivre Maura à la morgue, priant pour que l'agent « sangsue » Thomas ne soit pas dans les parages. Cependant avec une nouvelle victime cela nous offrait une possibilité d'affiner le profil psychologique du tueur et avoir une meilleure connaissance de son type de victime, et donc d'avoir cette fichue profiler collée aux basques de Maura. Elle ne se gênait pas pour se montrer tactile avec Maura, enfin jusqu'à ce que Maura, pour mon plus grand plaisir, ne la remette à sa place tandis que je tentais de rester le plus stoïque possible face aux manœuvre de l'agent Thomas. Et avec mon caractère impulsif rien n'était plus difficile que de ne pas lui sauter à la gorge. Je devais rester calme pour que Maura ne sache rien, la situation était bien assez compliquée, et lui avouer mes sentiments ne serait pas d'une grande aide. Je me concentrais donc sur les derniers éléments que nous avions pu recueillir sur la dernière scène de crime et sur les premiers résultats du laboratoire concernant la jeune Indira Raven et son lieu de détention. Nous n'avions pas d'empreinte ou de traces quelconques de notre tueur. Pas d'ADN, pas de cheveux ou de peau, à croire que l'on recherchait un fantôme. Il ne restait plus que les vidéos du tribunal, mais vu la tournure que prenait les évènements je commençais à croire que nous ne trouverions rien sur ces maudites vidéos. Décidément on jouait de malchance depuis le début de cette enquête. Je croisais tout de même les doigts que l'on puisse trouver quelque chose, un début de n'importe quoi me suffirait.
J'étais assise dans le bureau de Maura, j'avais besoin d'un endroit calme où remettre un peu d'ordre dans mes idées. Je ne sais plus qui m'avait dit un jour que même lorsque l'on croit que l'on n'a rien on a quand même quelque chose, le rien n'existe pas. Je ne comprenais pas vraiment cette phrase mais mon instinct me disait que l'on était passé à côté de ce quelque chose. Je fermais les yeux tentant de trouver ce truc qui m'échappait. Je sursautais en sentant de mains masser mes épaules
- Comment tu te sens ? me demanda Maura
- Confuse je dois avouer, dis-je en profitant du massage
- Je vois, et comment je peux t'aider ?
- En me disant que tu as trouvé des indices, hasardais-je
- Désolée je ne peux pas te mentir, répondit-elle
- Alors le massage fera un bon substitue, dis-je en penchant la tête pour la regarder
- Je dérange, demanda la voix contrariée de l'agent Thomas
- Bien sur que non, répondis-je
- Je ne suis pas de ton avis Jane, rétorqua Maura sans cesser son massage
Une petite voix dans ma tête me disait de fuir ce lieu très rapidement. Je ne comprenais absolument rien au comportement de Maura. Je me sentais mal à l'aise entre les deux jeunes femmes quand mon téléphone sonna. « Sauvée » pensais-je soulagée. Faudrait que je parle à Maura mais plus tard, là je devais partir très vite.
- Veuillez m'excuser, le devoir m'appelle, dis-je en répondant prenant l'appel de Korsak.
Les vidéos des caméras du tribunal était enfin arrivées. On les visionna Frost, Korsak, Frankie et moi pendant la nuit. On voyait une silhouette sans distinction particulière déposer le corps et repartir après un petit signe à la caméra. Je haïssais ce type. Je regardais à nouveau le passage lorsque Maura entra dans la salle avec des cafés.
- Alors du nouveau, nous demanda-t-elle
- Rien, dis-je contrariée
- Nada, ajouta Frost
- Une nuit entière à visionner ces vidéos pour rien. Maura, tu as reçu les derniers résultats des analyses de la scène de crime ?
- Toujours rien Jane.
- Bon sang ce type va me rendre folle, murmurais-je.
- Dites… vous pouvez remettre ce passage, demanda Maura
- Pourquoi ? demandais-je
- Je voudrais vérifier quelque chose, répondit de façon évasive Maura
- Frost, tu veux bien remettre le passage pour que la dame regarde.
Frost s'exécuta. Maura regarda la vidéo une première fois puis une seconde avant de demander de passer un passage en particulier. Je regardai avec attention me demandant ce que Maura pouvais bien chercher.
- Là, cria-t-elle. Frost arrêtez la vidéo et revenez légèrement en arrière. Là, stop.
- Et bien quoi ? demandais-je en regardant
- Son gant.
- Quoi son gant ? répétais-je
- Je crois qu'elle la retiré.
- Elle ? s'écria-t-on Frost, Korsak, Frankie et moi
- Oui elle, notre tueur est une femme, dis Maura en nous regardant tous. Vous ne l'aviez pas remarqué
- Tu es sûre Maura ? Demandais-je
- Je dirais qu'à 80% c'est une femme, 20% de chance que ce soit un homme efféminé.
Voilà qui changeait tout et qui allait nous obliger à reprendre l'enquête depuis le début.
