POV EDWARD
Je pensais qu'après le départ de Bella, le repas reprendrait son cours normal. Ç'était sans compter sur mon père.
« Bella est une jeune fille charmante. »
« Aussi charmante qu'un serpent à sonnettes. » répliquai-je aigrement.
« Oh oh, est-ce que quelqu'un est vexé d'avoir été remis à sa place devant sa maman ? » se moqua-t-il, faisant pouffer ma mère.
« On pourrait parler d'autre chose que cette peste ? » demandai-je, énervé.
« Dis m'en plus sur elle. » exigea ma mère. « Après tout, je vais passer toute la journée de demain avec elle, je ne voudrais pas commettre d'impair. »
Je me passai la main dans les cheveux, passablement agacé. Que voulait-elle que je lui dise ?
« Je la déteste et elle me déteste. Fin. »
Elle claqua la langue, signe de grande désapprobation maternelle.
« Edward. »
Merde, mon prénom dit de cette façon était toujours signe de problème pour moi.
« Très bien. euh… Son vrai prénom c'est Isabella mais elle ne l'aime pas. Bella déteste manger en public, s'habiller en fille, se comporter comme une fille, bref elle déteste les trucs de fille, même si jouer avec ses cheveux quand elle est nerveuse, c'est un truc de fille, encore que je ne lui dirais pour rien au monde, je tiens trop à la vie. Elle a une descente d'enfer et tient l'alcool comme personne, je l'ai vue à l'œuvre, c'est impressionnant. Elle jure et sait se servir d'une arme à feu, très flippant d'ailleurs… quoi d'autre ? Elle aime les paris, surtout ceux qu'elle est sûre de gagner mais ce qu'elle aime par-dessus tout, c'est me mettre en boite, en public si possible et je la déteste. Voilà, maman, satisfaite ? »
J'avais débité tout ça presque malgré moi. Je n'avais pas prévu de déballer autant de trucs sur Bella et je le regrettais encore plus en voyant la mine réjouie de ma mère. C'est tout juste si elle ne tapait pas des mains en piaillant comme une gamine.
« Oh, je sens que je vais bien m'amuser demain ! »
« Et tu es priée de ne pas lui fournir de munitions contre moi. Cette folle en a déjà bien assez comme ça. » maugréai-je.
Mon père secoua la tête, amusé.
« Qu'est-ce qui est drôle ? » m'enquis-je, désespéré.
« Tu ne te rends même pas compte que tu lui donnes toi-même le bâton pour te faire battre, pas vrai fiston ? »
« Hein ? »
« Tu l'as agressée avant même qu'elle ouvre la bouche. Dès que tu l'as vue, tu t'es énervé. Te rentrer dedans était un jeu d'enfant après ça. »
« Hein ? »
« Et ça se prend pour un tombeur ! Fils, le dicton « la meilleure attaque, c'est la défense » ça te parle ? Les femmes l'ont inventé et s'en servent contre nous depuis des siècles. »
« Encore une fois, hein ? »
Ma mère soupira.
« Ce que ton idiot de père essaye de t'expliquer, c'est qu'en t'en prenant d'emblée à Bella, tu lui as donné l'envie de se défendre, et la pauvre chérie a eu bien raison. L'attaquant se fait toujours laminé par le défenseur, tu saisis ? »
Ils me fixaient tous les deux, attendant que je comprenne ce qu'ils voulaient me faire comprendre. Le premier qui dégaine a perdu, j'avais saisi. Ce qui m'échappait, c'est pourquoi je m'étais senti vexé comme un pou et pourquoi mes parents s'offusquaient de mon comportement avec Bella.
« Bella est une amie…enfin, ce qui s'en approche le plus en tout cas. On s'amuse, vous voyez. »
« Edward, on ne se moque pas de ses amis comme ça. » fit ma mère d'un ton réprobateur.
« Mais si ! regarde, quand je me chamaille avec Emmett ou Jasper, c'est pareil. On s'envoie des vannes, on se cherche, on s'amuse tu vois. »
« Tu mets donc Bella sur le même plan qu'Emmett et Jasper ? »
« Ben oui. »
Excepté que je n'ai jamais eu envie de les embrasser ou de les imaginer en sous-vêtements, contrairement à Bella.
« Je vois. » dit-elle d'une voix neutre tandis que mon père me regardait d'un air de dire « mon fils est un idiot, aidez-moi ».
Cette conversation devenait franchement embarrassante et je n'avais qu'une envie : planter mes parents au restaurant et rentrer chez moi. Heureusement pour moi, mon père aborda le sujet de leurs prochaines vacances. Je n'étais pas sûr que c'était fait exprès mais il me fit un discret coup d'œil, m'indiquant que j'avais raison.
Le repas avec Bella m'avait secoué. La trouver là m'avait déjà fait paniquer. Cette fille était tellement imprévisible qu'elle en était effrayante. J'avais failli m'étouffer avec mon verre quand elle avait dit de manière franche et directe que nous ne couchions pas ensemble. Aborder ma vie sexuelle devant mes parents dans un restaurant bondé sans se soucier de ma présence, c'était du Bella tout craché. Même si j'avais eu envie de mourir à cet instant-là, je n'avais pas pu m'empêcher de remarquer la mine réjouie de ma mère. Avant mon accident, ma mère était parfois tombée malgré moi nez à nez avec ma conquête de la veille. Son air déçu, voire parfois écœuré, quand la fille se présentait avant que je ne la mette dehors me retournait le cœur. Un jour, excédée, elle m'avait accusé de ne fréquenter que des filles superficielles et stupides, que je ne reverrais jamais, parce que l'intelligence et la spontanéité me faisait peur chez une fille. Elle avait prétendu que mon mode de vie, comprenez ma vie sexuelle, n'était qu'une fuite en avant, un moyen de combler ma solitude. J'avais éclaté de rire en lui disant que je n'étais jamais seul. J'avais des supers potes et des filles aussi canons qu'interchangeables qui gravitaient autour de moi.
Je savais qu'elle avait pensé que l'accident me ferait changer et me pousserait à me ranger mais en fait, l'inverse s'était produit. Tous mes amis, sauf Jasper, Emmett et Alec m'avaient tourné le dos. J'étais passé d'Edward Cullen, futur espoir du baseball américain, mec populaire et presque célèbre à Edward Cullen, le joueur de baseball raté, que les autres joueurs regardaient avec pitié. Ne plus jouer m'avait éjecté du cercle très fermé du sport. Pour combler ce manque, je m'étais jeté à corps perdu dans des études de journalisme, dans les soirées, les bars et surtout sur toutes les filles que j'arrivais à mettre dans mon lit. Et j'étais doué. Je repartais toujours avec une nana, jamais deux fois la même.
Je pris rapidement congé de mes parents, essayant de ne pas penser à Bella seule toute une journée avec ma mère. Au lieu de rentrer chez moi, je filai au bar d'Alec. J'avais besoin de me changer les idées. Une blonde ou une rousse ferait bien l'affaire pour la soirée.
Au matin, une fois la fille dûment congédiée avant le petit déjeuner, je sortis sur le pallier pour prendre le journal. Je voulais lire l'article de Bella.
Elle : les cours d'arts plastiques … ne choisissez ça que si vous possédez un minimum d'aptitude artistique, ce qui n'est pas mon cas. J'ai testé les cours de poterie et découvert que je suis vraiment nulle en poterie. Et franchement, je ne vois pas trop en quoi le fait de porter un tablier informe et d'avoir les ongles recouverts de terre glaise peut attirer les hommes ou les femmes. Mon voisin pervers a essayé de me draguer en faisant des trucs pas très catholiques avec sa terre glaise, j'avoue avoir hésité entre le fait de vomir ou de me recouvrir les yeux avec la terre. L'imbécile derrière moi est retombé en enfance et n'a rien trouvé de mieux que de me jeter des boulettes de terre en ricanant. Oui, chez certains specimen masculins, le contact de l'eau et de la terre leur rappelle leurs jeux très évolués dans la boue. Néanmoins, j'ai récupéré un numéro de téléphone d'un garçon gentil, du moins qui a l'air plus gentil que le pervers et son phallus en terre cuite. Je ne dirai donc pas que ma soirée a été un succès total, loin de là, mais jusqu'à présent, c'est le conseil qui m'a le mieux réussi, puisque j'ai rencontré quelqu'un avec qui le courant pourrait passer. La suite au prochain épisode !
Quelqu'un avec qui le courant pourrait passer ? sérieusement ? mais ce type a une tête de premier de la classe, le genre de mec qui vous tape sur les nerfs dès que vous le voyez. Le type lui fait le remake de Ghost et Bella plonge tête la première ? Sérieusement ? Attendez, c'est moi qu'elle traite d'imbécile arriéré ? La peste !
Grinçant des dents, je refermai le journal brutalement. Je venais de me souvenir que Bella passait la journée avec ma mère. Pour mériter ça, j'ai vraiment dû me comporter comme un connard durant deux ou trois vies antérieures. Au lieu de rester chez moi à imaginer les pires scénarios – allant de ma mère racontant à Bella la fois où je m'étais fait pipi dessus en primaire aux photos de moi bébé que ma mère traîne dans son porte-feuille – je filai chez Jasper. Une journée entre potes, rien de tel pour oublier que l'enfer peut se déchaîner sur vous à tout moment.
POV BELLA
Lui : le potentiel érotique de la boue est dans le top 3 des trucs super sexy de la plupart des hommes. Oui, Messieurs, vous êtes grillés. Laissez-moi rectifier les choses : primo, les femmes qui font de la poterie ne ressemblent pas franchement à Demi Moore. Secundo, si vous n'êtes pas capables de faire autre chose qu'un tas informe qui ressemble vaguement à un vase et non à un phallus, la soirée risque d'être laborieuse. Et tertio, expliquer à une fille rencontrée dans un bar pourquoi vous avez les ongles oranges – oui, la terre glaise, ça colle -sans passer pour un idiot relève du miracle. Néanmoins, je suis ressorti de cette séance avec le numéro d'une blonde tout à fait délicieuse. Conclusion : si vous vous entez une âme d'artiste, tentez le coup. Pour les autres, attendez le prochain article et ne gardez la boue dans votre tête que si elle implique des filles en bikini qui se crêpent le chignon dans une piscine.
Non, mais il était sérieux là ? Des combats dans la boue ? Plus cliché et avilissant pour les filles, tu meurs ! Une blonde tout à fait délicieuse ? Merde, même Pamela Anderson a plus de cervelle et de bonnes manières que cette fille. De toute façon, Edward ne s'intéressait aux filles que sur le plan physique. N'importe quelle fille, pourvu qu'elle ne soit pas trop moche et bien foutue, lui convenait. Le lit d'Edward devrait figurer dans la section Choses à ne pas manquer des guides de voyages sur Seattle vu le taux de fréquentation qu'il devait enregistrer. Est-ce qu'il tenait des comptes ? Faisait-il une encoche sur sa tête de lit à chaque fois qu'une fille quittait son lit ? Si c'était le cas, la tête de lit en question devait faire la taille de la Californie.
Je jetai un œil à l'horloge accrochée dans mon salon. Au lieu de penser à Edward et ses coucheries, qui ne me regardaient absolument pas du reste et dont je me moquais comme de ma première chemise, on est d'accord, je devais me presser pour retrouver Esmée au centre commercial. Une fois sous la douche, je repensai à mon déjeuner avec Edward et ses parents. L'un comme l'autre étaient adorables et accueillants. Leur affection les uns pour les autres était évidente. J'aimais voir des couples mariés et heureux de l'être encore. On ne pouvait pas dire que mes parents avaient assuré sur ce plan là. Ils s'entendaient bien, du moment qu'ils ne vivaient plus sous le même toit et du même côté des Etats-Unis. Ils avaient fait des efforts pour maintenir une entente cordiale, pour moi. Mes parents m'adoraient et se seraient coupés en quatre pour que je sois heureuse et je n'avais jamais manqué de rien mais parfois, un petit pincement au cœur se faisait ressentir quand je contemplais des couples ensemble depuis plusieurs années.
Au début de ma relation avec Jake, je m'étais imaginé que ma vie future ressemblerait à celle des Cullen. Quelle naïveté ! La chute avait été dure mais instructive. Le meilleur moyen d'être malheureuse, c'est de laisser à un homme la possibilité de réduire votre cœur en morceaux et d'en faire des confettis. Une fois, pas deux. Ma mère s'était remise du divorce et avait refait sa vie mais pas Charlie. Comme s'il avait compris que le véritable amour, qui résiste à tout, était quelque chose de très rare et qu'il lui était passé sous le nez sans qu'il s'en rende compte.
Bien sûr, à voir Edward dans ses petits souliers, je n'avais pas pu résister au plaisir pervers de l'enfoncer gentiment devant ses parents. Son snobisme par rapport à mon travail m'avait fait immédiatement rayer la mention « gentiment ». Beaucoup de collègues ont très peu d'estime pour mon travail mais je croyais, naïvement encore une fois, que sur ce plan-là, il était différent des autres. Après tout, il était le seul au courant des mes ambitions et du deal de Newton. Il savait très bien que mon travail me tient énormément à cœur. Mais comme le gamin qu'il est, il avait répliqué en tapant où ça faisait mal, jeu pour lequel je suis assez douée moi aussi.
L'invitation d'Esmée avait été la cerise sur le gâteau. Jamais je n'aurais trouvé mieux pour le faire enrager. Savoir que j'allais passer une journée entière seule avec sa mère devait lui filer des crampes d'estomac et des sueurs froides. La gentillesse d'Esmée m'avait vraiment touchée. Jamais on ne m'avait demandé mon avis pour du shopping. Alice et Rosalie y allaient sans moi. Elles avaient compris depuis des années que le shopping et moi n'étions pas faits pour nous entendre et qu'en cas d'urgence vestimentaire, je les appellerai.
Esmée m'attendait devant l'entrée Nord du centre commercial. J'arrivai près d'elle, un peu essoufflée parce que comme souvent, j'étais en retard.
« Bonjour Bella ! » me salua-t-elle d'une voix joyeuse.
« Bonjour Mme Cullen. »
« Esmée ou alors je t'appelle Isabella. » répondit-elle, faussement menaçante.
« Esmée » rectifiai-je en grimaçant, ce qui la fit rire.
Je la suivis dans les galeries. Nous commençâmes par aller choisir la peinture qu'Esmée voulait mettre dans le salon.
« Gris anthracite ou gris souris ? » demanda-t-elle, perdue devant un nuancier qui reprenait toutes les têtes de gris existantes.
Je fixai attentivement les différents échantillons et comparai les couleurs entre elles.
« Mmmh, le gris souris. Ça s'accorde avec des teintes vives mais aussi avec des teintes pastel. Vous pourrez changer le reste régulièrement, le gris clair va avec tout. »
Esmée m'adressa un sourire lumineux avant de se saisir de deux pots de peinture. J'aidai ensuite Esmée à choisir des tapis, deux canapés et quelques chaises avant qu'elle ne déclare qu'il était l'heure de déjeuner.
Dans le restaurant, Esmée choisit une table située dans une alcôve. Une fois assises l'une en face de l'autre, elle prit la parole :
« Est-ce que la table te convient, Bella ? »
Je fronçai les sourcils, étonnée de sa question et de la sollicitude que je lisais dans son regard.
« Euh oui…mais pourquoi vous me demandez ça ? »
Elle rougit légèrement.
« Edward m'a dit que tu n'aimais pas déjeuner en public. Il m'a expliqué que tu déjeunais dans ton bureau, toute seule. »
Je fermai brièvement les yeux avant de les rouvrir.
« C'est très prévenant de votre part, Esmée mais … en fait ce n'est pas que je n'aime pas manger en public…je ne suis pas très à l'aise avec les gens qui travaillent au journal, c'est tout.
« Pourquoi ? » demanda-t-elle, visiblement étonnée.
« Ils me rendent …nerveuse. Je sais très bien ce qu'ils pensent de moi et de mon travail, Esmée. Ils ne se gênent pas pour que je le sache d'ailleurs. Vous vous souvenez de la remarque d'Edward sur mon travail au restaurant ? »
« Et comment ! Edward s'est comporté comme un imbécile en disant ça. »
« Et bien, ça c'était la version gentille. » conclus-je, désabusée.
« Oh. » souffla-t-elle.
Bon résumé de la situation, madame Cullen.
« Mais ce n'est pas grave, j'ai l'habitude. » dis-je en essayant de paraître joyeuse.
« Edward n'aurait pas du dire ce qu'il a dit, Bella. Je ne l'ai pas élevé comme ça. »
Je me détendis.
« Vous n'y êtes pour rien, si vous voulez mon avis. Edward est un idiot et vous ne pourrez rien y changer. »
Esmée rit.
« Peut-être. Ou peut-être pas. »
Elle avala une bouchée de son plat et avala. Puis elle se pencha vers moi et chuchota :
« Et si je t'aidais un peu ? »
« M'aider à quoi ? » répondis-je sur le même ton.
Elle se recula avec un sourire triomphant.
« Mais à te venger, bien sûr. »
Esmée me plaisait vraiment de plus en plus.
POV EDWARD
Je venais de mettre, une fois de plus, une raclée à Jasper sur la Xbox. Il lâcha un juron avant de se lever pour nous ramener des bières. Jasper perdait toujours aux jeux vidéos, au point que c'en était devenu une blague entre nous avec Emmett.
A son retour, il me tendit une bière avant de s'affaler dans le canapé à côté de moi et de reprendre sa mannette.
« Comment ça avance ta série d'articles ? » me demanda-t-il, les yeux rivés sur l'écran.
« Ca va, j'ai hâte que ce soit fini. »
« Et avec Bella ? »
Je ratai un coup et jurai tandis que Jasper lâcha un cri de victoire.
« Pourquoi tu me poses cette question ? » grognai-je.
« Comme ça. Au fait, ça te dit de venir dîner demain soir ? Alice a envie qu'on se retrouve tous ensemble. Emmett et Rosalie, Alice et moi, Bella et toi… »
Je ratai encore un coup, donnant l'avantage à Jasper.
« Mmmh, pourquoi pas, je verrai si j'ai un truc de prévu ou pas. » répondis-je en essayant de reprendre l'avantage.
La partie se poursuivit, nous entamâmes une autre bière.
« Tu n'as pas les oreilles qui sifflent, Edward ? » lança tranquillement Jasper.
« Pourquoi ? » répondis-je bêtement.
« Parce que ta mère passe la journée avec Bella, bien sûr. »
C'est à cet instant que l'impossible se produisit : Jasper remporta la partie. Je n'en revenais pas. Je me tournai vers lui, m'attendant à le voir effecteur la danse de la joie debout sur la table basse du salon. Au lieu de ça, il se cala dans le fond du canapé et croisa les bras, un grand sourire étalé sur sa figure. LE sourire qui disait que je n'allais pas aimer ce qu'il s'apprêtait à me dire.
« Pourquoi tu souris comme un abruti ? » attaquai-je.
« Tu ne t'en rends même pas compte, pas vrai ? »
« De quoi ? »
Il secoua la tête en riant.
« Que Bella ne t'es pas indifférente. »
J'en recrachai la gorgée de bière que je venais de prendre. Du revers de la manche, je m'essuyai la bouche, horrifié par ce qu'il venait de dire.
« Répète ça pour voir. »
« Edward, à chaque fois que j'ai prononcé son nom, tu as décroché. »
« Pff, c'est des conneries tout ça. Tu fréquentes trop Alice. Voilà à quoi te mène la monogamie, mon vieux. Ça te grille les neurones. »
« Mes neurones vont très bien, merci. Mais il me semble que les tiens s'intéressent de très près à Bella. Et pas que tes neurones, si tu veux mon avis… »
Je me levai, excédé.
« Arrête ton délire, Jasper. »
« Je ne délire pas. » dit-il d'une voix tranquille tandis que je sentais l'énervement m'envahir. « Avoue que tu ne peux pas t'empêcher de penser à elle, là, maintenant. »
Je levai les bras au ciel.
« Evidemment, elle est seule avec ma mère. Dieu seul sait ce que cette peste va lui faire avouer. »
« Que tu as dormi avec une veilleuse jusqu'à tes dix ans. » pouffa Jasper.
« La ferme ! » m'écriai-je. « Je la déteste, point barre. »
« Tu la détestes ? Vraiment ? » insista-t-il.
Je me levai du canapé.
« Mais je dois te le dire en quelle langue, Jasper ? Pour un mec soi-disant intelligent, je te trouve long à la détente. »
Il secoua la tête, arborant toujours ce sourire qui me donnait envie de le frapper.
« Regarde dans quel état tu te mets, tout ça parce que je te dis que peut-être, tu ne détestes pas Bella comme tu le clames sur tous les toits ! On se croirait revenus au collège. »
Son air goguenard me tapait vraiment sur les nerfs. J'attrapai ma veste et l'enfilai.
« Tu pars déjà ? On commençait tout juste à s'amuser ! » lança-t-il avant de partir dans un grand éclat de rire.
Je respirai un bon coup pour me calmer tant la pression dans mon bras droit s'élevait.
« Si je m'écoutais, là maintenant, Jasper, je te frapperais. »
« Pourquoi tu ne le fais pas ? »
J'atteignis la porte avant de lui répondre :
« Parce qu'on m'a toujours dit de ne pas frapper les gens idiots. Ce n'est pas de leur faute s'ils sont comme ça. »
Moi, puéril ? Même pas vrai.
« Edward, regarde-toi dans une glace, tu verras que c'est toi l'idiot ! »
Son rire me résonnait encore aux oreilles lorsque je repris ma voiture. C'était lui qui délirait. Je ne m'intéressais certainement pas à Bella, en tout cas pas comme il le croyait. Bella ne me troublait pas, Bella n'était pas dans ma tête. Non, Bella était avec ma mère, loin de mes yeux et de mes oreilles, et j'avais un mauvais pressentiment. Allez savoir ce que cette peste allait dire ou faire dire à ma mère … Je pris la direction de la maison de mes parents, bien décidé à attendre ma mère et la fille de Satan.
POV BELLA
Esmée se gara devant leur demeure et coupa le contact. J'essuyai les larmes qui coulaient sur mes joues.
« Non, sérieusement ? » hoquetai-je.
« Je t'assure ! » répondit-elle en se tenant les côtes.
« Mais qui lui avait raconté ça ? »
« Son père, en grand expert de la gente féminine, lui a dit que les filles préféraient les blonds. »
« Rassurez-moi, l'idée de l'eau oxygénée ne venait pas de votre mari ? »
« Je ne l'ai jamais su. Ils ne me l'ont jamais avoué. »
Nous sortîmes de la voiture et nous dirigeâmes vers le porche de la maison. Nous avions à peine posé un pied sur les marches du porche que la porte d'entrée s'ouvrit, laissant apparaître un Edward, sourcils froncés et mine boudeuse. Il ne m'en fallut pas plus pour partir dans un fou rire incontrôlable, bientôt suivie par Esmée.
Il croisa les bras sur sa poitrine, s'appuyant au chambranle de la porte, le front plissé.
« Mais qu'est-ce que c'est que ce raffut ? » fit la voix rieuse de Carlisle derrière Edward.
Son air étonné fit redoubler notre rire. Je pleurais de rire. Esmée riait tellement qu'elle en avait du mal à respirer et s'accrochait à moi comme à une bouée. Après quelques minutes douloureuses à force de rire, nous réussîmes à nous calmer.
« C'était bien ? » demanda Carlisle, un doux sourire aux lèvres adressé à sa femme.
« Oh oui, on s'est amusées comme des folles, n'est-ce pas Bella ? » me demanda-t-elle, les yeux toujours brillants.
« Absolument. J'ai appris des tas de choses très intéressantes. » ajoutai-je en retenant un nouveau fou rire.
« Sur quoi ? » demanda Edward, sur la défensive.
« La déco, bien sûr. Quoi d'autre ? » susurrai-je.
« Bella, tu restes dîner avec nous ? » me proposa gentiment Esmée.
«Oh, je ne sais pas… « commençai-je mais devant le regard malicieux d'Esmée, j'abdiquai. « D'accord. »
Esmée m'invita à entrer d'un geste de la main. Edward me fusillait du regard. J'aurais presque parié qu'il imaginait au moins trois ou quatre façon de me tuer. C'est tout juste si ses yeux ne sortaient pas de leur orbite tellement il serrait les dents. Je n'avais toujours pas pardonné son commentaire cruel à propos de mon travail lors du déjeuner avec ses parents. Esmée me prit le bras et m'entraîna. En passant devant son fils, je fus incapable de me taire.
« Dis, Edward, tu n'as jamais pensé à te teindre les cheveux en blond ? »
Le fou rire nous reprit et nous entrâmes dans la maison. J'entendis Edward marmonner :
« Mais pourquoi elle me demande ça ? »
Nous étions arrivées dans la cuisine quand il hurla :
« Maman ! Ne me dis pas que tu lui as raconté ça ? »
Nouveau fou rire. La soirée ne faisait que commencer.
Je me cache ou pas ? Après je ne sais plus combien de semaines sans publier, me revoilà. Mes journées sont trop courtes, les nuits aussi. Je vais tenter, je dis bien tenter, de vous mettre la suite au plus vite. J'espère que ce chapitre vous a plu. Le truc de l'eau oxygénée est arrivé à une copine, c'était un grand moment d'anthologie XD
A très vite j'espère !
