Une fille, deux pères
Disclaimer: Si j'étais JKR, Harry aimerait Draco depuis le premier tome, Ginny serait morte dans la Chambre des secrets, Sirius serait en vie et il se serait marié avec Snape, son amour éternel… *soupir* Oooh, laissez-moi être elle, juste deux minutes !
Avertissement: Cette histoire évoque et évoquera encore des relations amoureuses (ou juste purement sexuelles, avouons) entre deux hommes. Pas n'importe lesquels, non plus. Si cela vous dérange, tant pis pour vous mais venez pas m'ennuyer avec vos crucifix et vos esprits étroits.
Note de l'autrice: BONJOUR TOUT LE MONDE ! Tout d'abord, joyeux Noel ! J'espère que chez vous, vous avez la chance infinie d'avoir de la neige et non un temps ni venteux, ni humide, ni neigeux mais tellement froid que vous sentez un orteil tomber tous les deux minutes quand vous êtes dehors… Ce qui est mon cas, si jamais ce n'était pas évident. Officiellement, le temps porte sur mes nerfs autant que mon ordi non réparé mais qui marche tout de même une fois sur quatre. Bref, je m'excuse encore et encore pour le retard inadmissiblement inadmissible que j'ai pris dans cette fic et dans les autres tant qu'on y est. Pour ne pas changer avec les excuses, PC qui foire, inspiration qui se barre, examens détestables et moral qui frôle les pâquerettes sont des débuts d'explications au temps que j'ai mis pour updater. M'excuse aussi pour les promesses non-tenues et le fait qu'on est lundi et que c'est la veille de Noel. Et que le Père Noel ne vous offrira pas ce dont vous rêvez demain (à savoir Draco Malfoy qui se faufile dans votre lit vers une heure du matin avec des idées pas catholiques en tête lol). Et puis je m'arrête ici et je vous laisse apprécier la suite, enfin.
Petite note sur l'histoire (ou l'avancement de l'histoire): Alors, pour info, le chapitre 15 est presque bouclé. Si Dieu est de mon côté, je le finis aujourd'hui et vous l'aurez dans quatre à cinq petits jours. En tous cas, il n'y aura définitivement pas un mois d'attente pour celui-là. Par contre, il risque d'avoir un petit blanc après pour la bonne et simple raison que mon PC a besoin d'une séance de soins intensifs et que, connaissant la rapidité du service après-vente, j'en ai pour un bon mois à attendre le retour de mon précieux. Cependant, mon ingéniosité n'ayant pas de limites (hum hum), je trouverais bien un moyen (emprunter celui de mon coloc par exemple. Et faire en sorte qu'il ne lise pas ce que je raconte si je veux que notre amitié survive...). Enfin, voilà. La deuxième mauvaise nouvelle, vous la trouverez quelque part dans le chapitre (ou plutôt vous ne la trouverez pas). Alors, je vous laisse à la lecture de ce chapitre (que j'aime bien pour une fois) !
Liste des OC (ou Original Characters) secondaires:
Chez les Serpentards:
Narcisse Longbottom: Fils de Luna et Neville Longbottom. A les yeux bleus et le caractère de sa mère et les cheveux noirs de son père. Ami de Lily. Première année.
Lacus Gaunt: Parents encore inconnus. Longs cheveux noirs, yeux violets. Fourchelang timide. Amie de Lily et Narcisse. Surnommée Hyaline. Première année.
Camélia Nott: Fille de Romilda et Théodore Nott. Cheveux bruns et yeux vert terne. Bête et méchante (selon Lily comme toujours). Ennemie de Lily. Première année.
Catherine Crabbe: Fille de Milicent et Vincent Crabbe. Armoire à glace binoclarde et garde du corps de Camélia. Première année.
Nirvana Johansson: Préfète et capitaine de l'équipe de Quidditch. Cheveux argentés, yeux dorés. Fille de Remus Lupin et Johane (une elfe). Cinquième année.
On a aussi Kevin Sanders, un sang-mêlé en cinquième année et les jumeaux Alexandre et David Vance qui sont dans la même année que Lily. Et enfin, Meredith Junius, une amie de Nirvana.
Chez les Gryffondors:
Altaïr Weasley: Fils de Ron et Hermione Weasley. Cheveux auburn et yeux noisette. Un rien crâneur. Cousin et meilleur ami de Séléna. Première année.
Pollux Weasley: Fils de Fred Weasley et de sa femme. Roux, yeux marron. Doté du caractère de son père et de son oncle. Troisième année.
Samuel Weasley: Fils de... Suspense... Bill et Fleur Weasley. Physique particulier (mais mignon). Capitaine de l'équipe de Quidditch. Ennemi de Nirvana. Cinquième année.
Paris Jordan: Fils d'Angelica et de Lee Jordan. Noir, petites dreads locks, yeux bleus. Dom Juan. Ami de Pollux. Troisième année.
Mais aussi Heidi Crivey, Jonesy Federer, Izual Li, Lana Finnigan et Nereïde Valpierre, les autres premières années chez Gryffondor.
Ailleurs:
Markus Snape: Le petit frère de Severus, voisin des Weasley. Moldu? Sorcier? Tueur en série? Cet homme est toujours un point d'interrogation.
Arcturus Black, un Serdaigle en quatrième année de naissance encore inconnue.
RAR anonymes:
Sorcha : Au prochain épisode ? Plus sérieusement, même moi, je me le demande lol. C'est définitivement pas pour tout de suite, désolée !
Morphyre : Merci merci ! C'était une longue traversée du désert sans eau lol. Non, j'exagère comme toujours. En tout cas, merci d'avoir aimé !
MAO : Je ne comprends vraiment pas pourquoi tout le monde aime le flash-back… Vraiment, il ne se passe rien de spécial lol. Non mais suis contente que tu aies apprécié!
Saisei : Vivi, je sais, je dramatise pour rien lol. Mais rien n'a changé, je n'aime toujours pas ce chapitre hé. Tu aimes quand les persos découvrent des trucs que tout le monde sait déjà ? Paradoxalement, moi pas lol. (vu que c'est un peu le grand but de l'histoire, c'est très con). Bah, en fait, j'ai été très paresseuse pour le diner chez Remus, c'est tout… Je crois que je vais le retaper un jour, histoire d'avoir l'esprit tranquille (je le sens comme une épine dans le pied, snif)… Atta ! J'ai bien lu, là ?! Tu n'es pas sure d'aimer la dégradation du Pansy/Draco ? Dieux mais pourkwa ?! Va falloir que tu m'expliques ça, toi. Vi l'article, c'était pour le fun. Suis contente que tu ai apprécié. Hihi, ça t'as horrifiée que tout le monde sache pour Lily et Altaïr lol ? Sauf Altaïr à vrai dire, qui pour une fois, ne sais rien du tout. Oh, ça risque d'être drôle quand il l'apprendra ! Ou quand Lily le saura si on va par là. T'as raison, elle sera sans doute, très dépitée lol. Roooh, t'es trop gentille avec moi. T'assure que ça m'a rassurée et bien plus. Tu as raison, faut choisir entre les délais et mon perfectionnisme pourri lol. Pour le chapitre suivant, on peut dire que j'ai choisi le deuxième, non ? (l'euphémisme… Un mois de retard, snif…). Ouais, mes délais sont raisonnables au point que je les respecte pas, lol. Non, mais en fait, ça m'ennuie parce que l'histoire est compliquée et que un chapitre toutes les deux ou trois semaines, ça empêche les gens de bien tout suivre (même moi, je relis trois à quatre chapitres chaque fois avant d'écrire la suite alors j'imagine même pas pour vous…). Enfin, je vais trouver une solution, hin… C'est moi qui m'incline ! Quatre reviews encore ! Tu me gâtes ! J'ai réalisé qu'en fait, tu dois au moins en avoir fait une cinquantaine, à cette allure lol. Bon, pour te remercier, un jour où j'aurais de l'avance, pour changer, je t'enverrai un chapitre en avance. Ou ce que tu veux, en fait ! Un Samuel/Nirvana, peut-être lol ? En tous cas, merci encore et toujours pour ta motivation à me mettre plein de reviews ! Bizoux !
Petit résumé : Pendant deux longues heures, Lily a cru que Remus était son second père. Elle a même demandé une sorte de confirmation à Severus. Les Malfoy fêtent toujours Halloween avec les Zabini (Blaise et Padma, pour info, qui ont un fils nommé Remulus). Draco et Harry se sont embrassés et Remus est au courant. Hermione, elle, semble avoir des soupçons sur Lily depuis qu'elle l'a vue, après le match de Quidditch et puisqu'elle est la seule de l'entourage de Harry à savoir à propos de l'histoire entre Draco et lui, le monde s'inquiète qu'elle ne comprenne tout. Ginny avait donné rendez-vous à Draco lorsqu'elle l'avait croisé à l'hôpital et enfin la femme de feu Kingsley Shaklebolt poursuit Draco pour diffamation.
(Et j'avais dit petit, bordel !)
[Edit (14/11/11): Petits changements dans ce chapitre. Le fond est le même mais la forme est mieux =) Du moins, je l'espère.]
Bonne lecture!
Mardi 01 Novembre.
Un bruit de verre cassé retentit dans toute la maison, suivi d'un cri perçant poussé par un petit garçon et de bruits de cavalcades dans les couloirs. Dans une pièce en retrait qui servait autant de débarras que de bureau, Padma Patil releva la tête de l'édition du Le Saviez-Vous? de la semaine passée et plissa les lèvres d'agacement.
Elle allait tuer Lily. Quelle que soit son excuse.
Alors qu'elle se préparait déjà à se lever, prête à imposer son courroux rageur, Blaise apparut dans le cadre de la porte et lui adressa un soupir mi fatigué, mi amusé.
- Je m'en occupe, lapin, fit-il avec une telle gentillesse que tout énervement la quitta.
Elle lui sourit et il disparut à la poursuite de Lily et de Remulus, que la petite blonde avait sans doute encore entraîné dans ses aventures.
Un étage plus bas, Lily, recroquevillée dans un placard sous l'escalier, gardait sa main plaquée sans douceur sur la bouche de Remulus et guettait un bruit de pas qui ne tarda pas.
Blaise était déjà à leur poursuite. Les grands yeux bleus de Remulus s'agrandirent de frayeur quand il entendit son père arriver, mais Lily le garda étroitement enlacé afin qu'il n'ait pas la mauvaise idée de trahir leur cachette dans un mouvement de panique.
Elle adorait tourmenter les Zabini. Et plus particulièrement Remulus, qui était d'une naïveté effarante.
Après avoir passé une grande partie de sa nuit à raconter à Remulus, l'histoire d'un démon emprisonné dans un journal qui possédait les âmes fragiles comme la sienne, elle l'avait convaincu, au petit matin, de chercher tous les objets susceptibles de contenir le fameux démon. Son amusement avait atteint des sommets quand elle avait convaincu le jeune garçon qu'un esprit maléfique habitait le journal que Blaise avait lu dans le salon avant de s'assoupir près du feu.
Ils s'étaient faufilés prêt du grand homme noir et avaient réussi à lui piquer le journal qu'il serrait encore dans ses mains. Seulement, soudainement, Blaise avait remué, Remulus avait reculé, effrayé, et avait poussé du coude un verre sur la table qui s'était déversé sur le pantalon de l'adulte avant de se fracasser par terre. Il leur avait donc fallu fuir.
- Remulus, gronda Blaise d'une voix grave. Je sais que tu es là. Si tu ne veux pas que je te sorte de ta cachette par un Accio bien placé, tu as intérêt à te pointer tout de suite!
Lily sentit Remulus trembloter et lui sourit, confiante:
- Il ne le fera jamais, murmura-t-elle dans un souffle. C'est bien trop dang… Aaah!
Ses pieds venaient de se soulever du sol et rapidement, comme si des mains invisibles et puissantes la tenaient par les hanches, elle se retrouva expulsée du couloir et suspendue dans les airs, juste en face de Blaise dont le pantalon était toujours trempé.
Elle avala sa salive avec difficulté : L'adulte avait un sourire diabolique et gardait sa baguette pointée sur elle. Il fit un autre mouvement du poignet et elle ferma les yeux s'attendant au pire, mais Blaise se contenta de marmonner furieusement un:
- Accio Remulus !
Le garçon aux cheveux noirs et à la bouille bien trop infantile pour un garçon de dix ans, subit le même sort que la blonde et se retrouva suspendu dans le vide à ses côtés. Elle eut un sourire d'amusement et essaya de l'attraper pour improviser une tentative de fuite aérienne. Ce fut un échec cuisant.
- Je pense, commença Blaise d'un ton satisfait, que le jardin a besoin d'un bon entretien… Tu ne penses pas, lapin? fit-il plus fort à l'attention de Padma dans la pièce d'à côté.
- Oh si, cria cette dernière de son bureau. Je crois bien avoir vu une famille de gnomes s'amuser dans les massifs d'hortensia.
- Mmmh oui, confirma le père de Remulus avec un plaisir sadique dans la voix. N'est-ce pas une fabuleuse manière de vous rendre utile plutôt que de casser des choses et de m'arroser?
Il s'adressait particulièrement à Lily. Cette dernière protesta, indignée:
- C'est du travail d'elfe !
Blaise eut un sourire plus cruel encore, bien que la blonde n'ait pas cru cela possible.
- Ca tombe bien ! Accio déguisements !
Quelques secondes plus tard, une panoplie d'elfe, celle-là même que Lily avait porté la veille au soir au cours de leur tournée « Farce ou Friandises » dans le voisinage, apparut. Blaise prit les oreilles pointues et les plaça sur la tête de la blonde qui était toujours figée dans les airs. Elle grommela de protestation, essayant de se débattre contre ses liens invisibles, en vain. Finalement, il se recula et déclara:
- Tu veux la taie d'oreiller aussi, peut-être ?
La blonde leva les yeux au ciel et s'avoua vaincue :
- Bien, bien ! Je vais envoyer voler tous ses maudits gnomes. Mais c'est Remulus qui a cassé le verre, c'est pas juste!
- Tu m'as dit qu'il y avait un démon dedans! protesta furieusement le garçon. Qu'il fallait qu'on le détruise.
- Pas le verre, le journal, idiot, siffla-t-elle.
- N'empêche que tu voulais pas y toucher ! C'est encore moi qui ai tout fait, peureuse !
Evidemment, elle n'allait quand même pas risquer de se faire posséder, non plus! Après tout, c'était déjà arrivé avec la mère de Potter…
- Oh bravo, s'exclama la blonde, sarcastique et pleine de mauvaise foi. Avec tout ton courage, tu vas finir à Gryffondor comme tous les idiots!
Le garçon grimaça à l'insulte et répliqua, véhément :
- C'est quand même moi qui ai tué le démon!
- A en juger par l'état de mon pantalon, je dirais que oui et qu'il n'y a pas de quoi en être fier! tonna Blaise d'un ton furieux.
Les deux enfants se turent, effrayés et contrits. Finalement, l'adulte abaissa sa baguette et Lily et Remulus s'écrasèrent lourdement au sol dans un concert de cris. Lorsqu'ils se furent relevés, légèrement endoloris, Blaise leur ordonna sèchement:
- On dégnomme, les mômes ! Et plus vite que ça où je mets le feu à vos robes !
Lily prit rapidement la main de Remulus dans la sienne et ils s'enfuirent au jardin à toute allure en rigolant.
.oO°Oo.
La sonnerie de la Cheminette du salon de la tour Est, dont la dernière touche de peinture avait été posée la veille par les peintres qu'avait engagés Narcissa, retentit pour la énième fois. Draco poussa un soupir à fendre l'âme et dit sèchement, sans prendre la peine de se retourner:
- Fous-moi la paix, Remus. Je ne vais rien lui dire du tout.
Après leur conversation samedi soir où Draco lui avait raconté son baiser avec Potter, le lycanthrope lui avait tout d'abord fait un sermon digne de figurer dans les annales, avant d'essayer de le convaincre, en vain bien évidemment, que le blond devrait tout révéler à sa femme. Depuis, il n'arrêtait pas de l'appeler à tout bout de champ pour le rallier à son idée suicidaire.
Remus était en plein rêve s'il s'imaginait que Draco allait bousiller son couple dont l'équilibre était déjà bien précaire, pour des principes fumeux comme l'honnêteté ou l'intégrité. Le lycanthrope pouvait bien s'époumoner tout l'été s'il le voulait, le blond avait la ferme intention d'entrainer ce regrettable épisode de folie passagère dans sa tombe.
Et puis, il ne comprenait rien. Pourri jusqu'à la moelle par ses convictions et les concepts de l'amour galant et gentillet des romans à l'eau de rose, son ami ne parvenait pas à accepter que ce baiser ne voulait rien dire. Il avait eu beau lui répéter que ce n'était rien de plus qu'une rechute alcoolisée qui tenait plus du tic que du désir, Remus restait convaincu que cela signifiait quelque chose.
On ne pouvait pas être plus éloigné de la vérité, franchement.
- Ce n'est pas Lupin, protesta la voix glaciale et sincèrement agacée de Severus.
Draco releva la tête de ses lettres et se retourna pour dévisager son parrain, surpris et mortifié.
- Oh Sev ! fit-il de sa voix la plus innocente. Que me vaut le plaisir ?
Il n'avait pas entendu. Il n'avait pas entendu et il n'allait pas relever.
- Qu'est-ce que tu ne vas pas dire à qui? demanda sournoisement le professeur de Potions.
Et merde.
- Pas tes affaires, répliqua nonchalemment le blond et il vit dans les yeux de l'homme que cela suffirait pour cette fois.
Apparemment, Sev avait de toutes autres préoccupations.
- Où est Lily? demanda-t-il justement.
- Chez les Zabini.
Silence. La voix de Severus, teinté de moquerie, s'éleva au bout d'un moment :
- Draco ?
- Hum ?
- Tu n'avais pas justement interdit à boucle d'or de dormir chez Blaise pour Halloween suite à sa bagarre dans le train avec la fille Potter?
- Si, mais j'ai eu un élan de générosité, soupira le blond.
- Tu as flanché, oui. Faible.
- Ferme-là, répliqua-t-il, ennuyé et amusé à la fois.
En vérité, depuis samedi soir, en dépit de sa crise d'euphorie en découvrant que Remus était son parrain (et de la quinzaine de cadeaux qui accompagnaient cette révélation), Lily lui avait semblé assez déprimée. En fait, elle abordait un air tellement morose qu'il s'était senti irrémédiablement inquiet et coupable. Et puisqu'elle n'avait pas l'air d'avoir envie de lui parler de ses tracas, il avait jugé bon, après leur soirée déguisée pour Halloween, de l'autoriser à dormir chez Blaise en espérant que tourmenter le petit Remulus une bonne partie de la nuit avec des histoires de fantômes et de meurtres, lui remonterait le moral ou, au moins, lui changerait les idées.
Draco était pratiquement sûr qu'elle se sentait seule et peut-être même abandonnée dans le manoir. Comme Pansy travaillait en permanence et que Draco ne pouvait pas échapper à ses foutues ménagères en détresse, Lily n'avait pas beaucoup de compagnie et, pour ainsi dire, presque pas d'occupations digne de ce nom. Il avait réalisé cela en la voyant errer tout le dimanche dans les couloirs en parlant à Prongs, un ennui profond marqué sur son petit visage d'ange.
S'il n'avait pas ce maudit rendez-vous avec Ginny ce soir, il aurait bien pris l'initiative de l'emmener au cinéma ou à la foire moldue qui s'était installé à Londres tout récemment.
- Dans tous les cas, je dois te parler de Boucle d'Or. C'est important.
Draco dévisagea son parrain, étonné de l'entendre prendre un ton si grave. Vu son expression digne d'un croquemort en service, cela devait être important. Le blond jeta un regard désespéré à la vingtaine de lettres qui lui restait à lire et calcula mentalement le temps qui lui faudrait pour y répondre, écrire son témoignage sur l'affaire Kingsley que Padma lui avait demandé hier soir et passer prendre la blonde.
- J'ai au maximum trente minutes à t'accorder, répondit-il avec un soupir désespéré.
- Ça suffira, décréta Severus. Ce soir.
- Je passerai vers vingt heures.
Et ensuite, il irait rejoindre Ginny au Chaudron Baveur de mauvais gré. Une idée lui vint subitement et il rappela son parrain qui s'apprêtait déjà à couper la communication sans un au revoir.
- Tu pourrais emmener Lily à la foire, ce soir?
- La quoi ?
- Barbe à papa, machines diaboliques en fer et moldus heureux à outrance…
- Non.
- S'il te plait, insista le blond. Et je ne te demanderai pas pourquoi ma mère porte une écharpe autour du cou depuis deux putains de jour.
Il avisa avec horreur son parrain pâlir à ces mots et comprit qu'il avait visé juste. Ces pires doutes étaient confirmés : Oui, sa mère et son parrain avait une aventure. Ou une histoire. Il ne voulait pas savoir. Il grimaça et attendit la réponse de Severus qu'il donna d'une voix blanche :
- Parfait. Je lui achèterai peut-être même une pomme d'amour.
- Tu es trop serviable, Sev, ironisa-t-il.
- Mais amène-là après notre conversation. J'ai besoin de te parler seul à seul.
Les flammes grandirent subitement, avalant le visage du professeur de potion, puis s'éteignirent dans un bruit étouffé. Avec un soupir, Draco se remit au travail en jetant un regard ennuyé à la fenêtre. L'après-midi touchait déjà presque à sa fin. Il travailla encore une petite heure avant de partir en donnant quelques instructions à ses employés. Conscient d'être déjà un peu en retard dans son programme chargé, il se dépêcha de transplaner jusqu'à la résidence des Zabini.
- C'est mal parti, Draco, déclara Padma d'un ton grave en lui tendant une tasse de thé.
Draco poussa un soupir en prenant la tasse. Il pensait que, comme à chaque fois que l'on avait déposé plainte contre l'un de ses articles pour « Le Saviez-Vous? » il pourrait s'en sortir en évoquant la liberté d'expression et en présentant les preuves de ses supposées diffamations. Mais vu l'expression de Padma, ce ne serait pas le cas cette fois.
A côté d'elle, Blaise secouait la tête avec gravité comme un père déçu. Draco lui jeta un regard noir.
- Le problème, continua la femme, c'est que Katarina Shaklebolt a réussi à relier l'article de la Gazette du Sorcier à l'autre. Elle sait que c'est toi qui a écrit les deux et elle peut le prouver. Tu vas passer pour un hypocrite sans foi ni loi auprès du Magenmagot. Sans parler du risque de perdre ton boulot…
Draco haussa les sourcils, stupéfait. Comment ça, perdre son boulot?
- Mon patron est au courant que je travaille aussi pour le magazine de ta sœur, dit-il avec énervement.
- Mais les lecteurs non, intervint Blaise. Si cette histoire est rendue publique, le rédacteur en chef de la Gazette n'aura pas d'autre choix que de te virer pour sauver la face. Ça ne se fait pas d'autoriser un journaliste à écrire des hommages quand on sait qu'il s'empresse de dire le contraire ailleurs…
Et alors? Ce n'était pas lui qui achetait ces torchons scandaleux! Il n'était juste qu'un homme qui essayait péniblement de payer les folies décoratives de sa mère, les élans de shopping de sa femme et les caprices de sa fille…
Pourquoi la communauté sorcière ne se réjouissait-elle pas plutôt de voir qu'un Malfoy gagnait sa vie avec honnêteté pour la première fois depuis sept générations?
Certes, encore fallait-il considérer le fait de maudire les morts comme un travail honnête…
- Bien, soupira Draco une nouvelle fois. Qu'est-ce que je peux faire?
- Harry Potter, dit Padma.
Draco faillit s'étouffer avec son thé. Même Blaise dévisagea sa femme avec surprise.
- Harry Potter ? répéta le blond d'une voix blanche.
C'était tout simplement aberrant comment, quoi qu'il fasse, ce foutu Survivant persistait à faire surface dans chaque foutu aspect de sa vie.
- C'est le seul lien entre la Gazette et le magazine de Parvati. Tu as fait l'erreur de le citer dans les deux articles. Je pense que c'est comme ça que Katarina a fait le lien. Si elle arrive à le faire témoigner, elle pourra prouver que tu as bel et bien écrit les deux articles…
Surtout que Potter était bien au courant de son double emploi. Qu'avait-il dit encore quand il l'avait découvert ? Ah oui… « Je vais te faire virer, Malfoy. »
Bien, parfait, excellent, merveilleux.
Notons que c'était bien avant qu'il ne se mette à l'embrasser sur un bureau. Mais bizarrement (ô ironie), Draco n'était pas convaincu que ce petit évènement joue en sa faveur.
- Je ne comprends pas, fit Blaise à la place de Draco. Pourquoi elle aurait besoin de le prouver?
- Parce que « Le Saviez-Vous? » a une politique de confidentialité quant à ses journalistes. Ils ne divulgueront jamais le véritable nom des auteurs d'articles aussi virulents. Katarina a deviné que tu avais écrit l'article, seule. Pour pouvoir tenir face au Magenmagot avec les charges dont elle t'accuse, elle va devoir prouver ton implication dans l'article diffamant. Et c'est Potter, sa meilleure chance. Tu l'as interrogé toi-même, je crois?
- Ouais, grommela Draco d'un air sinistre. Donc, si j'ai bien compris, il faut que j'empêche Potter de témoigner contre moi?
- Oui.
Il ne dit rien, sachant que c'était déjà perdu d'avance.
- Et si je perds ?
C'était la première fois qu'il lui posait cette question.
- L'affaire sera rendue publique, tu te feras probablement virer de la Gazette. Et ils te demanderont sans doute… Dans les cinq milles Gallions en guise de dédommagement. Si tu ne peux pas les payer, ils saisiront tes biens.
Draco eut l'impression que le sol s'écroulait sous ses pieds. Il réfléchit à toute vitesse, évaluant sa situation financière. Ils n'étaient pas pauvres, mais ils n'avaient pas la moindre économie. S'il devait payer cinq mille Gallions, il serait obligé de vendre au moins la moitié des meubles du manoir. Il voyait déjà d'ici la tête catastrophée de sa mère. La déchéance absolue… Elle qui n'avait toujours pas accepté leur nouvelle place dans la classe moyenne. Lui n'avait pas autant de problème à accepter la disparition de leur richesse familiale. Après tout, il était principalement responsable de leur appauvrissement. Mais de là à encaisser sans sourciller d'être saisi!
Non. Putain de bordel de merde. Il était hors de question de perdre. Mais comment convaincre Potter ?
- Vu ta tête, je suppose que toi et Harry n'avaient toujours pas enterré la hache de guerre ?
- Loin de la là, grimaça-t-il.
Il jeta un regard à Blaise, cherchant une idée. Et son meilleur ami lui sourit avec diabolisme.
- Si la carotte ne marche pas, reste le bâton, dit ce dernier avec une sagesse exagérée.
Padma leva les yeux au ciel, dépitée tandis que Draco dévisageait son ami, envisageant la possibilité de forcer Potter à l'aider. Il ne voyait que le chantage. Mais…
- Impossible, soupira-t-il, exceptionnellement las.
La plupart des secrets du Survivant était également les siens. Il ne pouvait tout simplement pas faire chanter Potter sur leur liaison, puisque lui-même refusait que cela s'ébruite, ne serait-ce que pour Lily. Et au-delà de ça… Sans qu'il puisse trouver une foutu raison logique de ressentir cela, il rechignait à employer ce genre de méthodes sur Potter.
A vrai dire, l'idée même de le menacer de révéler des choses que ce dernier lui avait confiées dans l'intimité le rebutait.
Dieu, il avait des scrupules.
Il était censé haïr ce type du plus profond de son âme. Et il avait des scrupules?
D'un autre côté, Potter avait sauvé la vie de sa fille. Le faire chanter une semaine après serait particulièrement ingrat. Et puis, tout ce qu'il savait de Potter (et qui ne le concernait pas) était en quelque sorte des reliques d'une relation plus qu'amicale où avait jadis régné la confiance. Potter lui avait abaissé sa garde et lui avait livré ses secrets, il y a bien longtemps. Draco pouvait encore se rappeler combien il en avait été touché.
Il n'avait pas envie de ruiner ces souvenirs-là.
- Non, Blaise, assura-t-il à nouveau, plus fermement. Je trouverais un autre moyen.
- Vraiment ? fit son ami avec scepticisme.
Draco hocha la tête avec gravité.
- C'est vrai que ce serait tellement plus simple de le faire chanter, soupira-t-il avec un dépit exagéré.
Après un silence éloquent, Padma se dirigea vers la porte et déclara:
- Remulus n'a pas intérêt à être à Serpentard…
Draco et Blaise la suivirent avec un large sourire.
- Chérie, tu ne réalises pas à quelle point la vie est plus simple quand on ne s'embarrasse pas de scrupules, rigola le Noir.
Ils arrivèrent dans le jardin et Padma, après avoir traité son mari de « sale Serpentard sans foi ni loi », appela les deux enfants. Lily arriva en courant, les joues rouges, le visage et ses vêtements tachés de boue et un large sourire éclairant son visage.
- Salut papa ! fit-elle avec bonne humeur.
Draco lui rendit son sourire, satisfait de voir que son petit air tourmenté avait disparu.
Ils restèrent encore un peu chez les Zabini, jusqu'à ce que le blond ne déclare qu'il était temps que Lily prenne un bain, vu son état. En réalité, il devait se dépêcher pour rejoindre Severus. Après maints remerciements et excuses à Padma et Blaise pour le comportement de sa fille pendant ses deux derniers jours, il ramena Lily au Manoir par transplanage d'escorte et la laissa dans le hall en déclarant:
- Severus rêve de t'emmener à la foire depuis que tu as trois ans alors prends un bain et change-toi parce que, contrairement à une idée répandue, les moldus n'ont pas une allure de paysan.
- La foire MOLDUE ?! s'extasia la blonde dans un cri.
- Oui, la foire moldue, soupira son père avec un sourire amusé tout de même. Je suis content que ça te fasse plaisir, mais tu ne devrais pas montrer tant d'enthousiasme pour le monde moldu. Après tout, ce sont… Des moldus.
- Oui, oui, fit sa petite blonde en levant les yeux au ciel. Mais j'adore me déguiser en moldue !
Draco grimaça et la laissa sur ses mots, un peu inquiet de cet élan d'amour pour la moldue attitude. Il n'avait rien contre eux, évidemment, mais ça ne voulait pas dire qu'il avait envie de voir sa fille tomber amoureuse d'un moldu et vivre dans une maison sans magie où elle devrait faire la vaisselle avec ses mains ou encore laver le linge sans baguette et Merlin sait quelle autre horreur propre à la vie des non-sorciers.
Juste avant de transplaner vers la maison de Severus, il eut l'idée presque rassurante que de toute façon, Lily était amoureuse d'Altaïr Weasley.
La nuit était déjà tombée lorsqu'il atterrit près d'une rivière proche de la maison de son parrain. Il n'avait pas eu le temps de se changer avant de venir, aussi, il s'éloigna du canal dans ses robes noires, se dépêchant pour ne pas être vu dans cet accoutrement par un passant. Et tandis qu'il battait le pas en vérifiant les alentours avec un brin de nervosité, dans la nuit tombante, il se revit brusquement, treize ans plus tôt, refaire ce même trajet dans des circonstances bien plus sombres.
.oO°Oo.
5 Juin 1998. Un an après la mort de Dumbledore (ou presque).
Un craquement sonore retentit dans le silence inquiétant qui accompagnait les nuits de ce quartier miteux en bordure d'une petite ville dans l'ouest de l'Angleterre et Draco Malfoy apparut, drapé dans de longues robes noires, son visage androgyne dissimulé derrière une large capuche. Il resta immobile quelques secondes, vérifiant furtivement les alentours, puis il força son corps à se mettre en route et s'éloigna d'un canal malodorant pour pénétrer dans une ruelle sombre et déserte.
Son pas était mécanique, car malgré son envie dévorante de courir jusqu'à la maison de son parrain, il s'obligeait à garder une allure modérée pour ne pas attirer l'attention de possibles guetteurs. Il se devait de rester calme encore quelques instants, jusqu'à ce qu'il soit à l'intérieur et à l'abri des regards. Pour le moment, il devait avancer, calme et silencieux, et contrôler sa panique. Il arriva finalement devant la porte d'entrée à la peinture écaillée d'une maison mitoyenne plus pourrie encore que ses voisines et frappa trois coups fébriles. Cet empressement alerterait sans doute Severus, mais il ne pouvait pas contrôler le tremblement de ses mains, pas plus que sa peur panique.
Comme de juste, son parrain ouvrit sa porte à la volée, la baguette d'ores et déjà pointée droit sur le visage de ce visiteur importun. Dans un mouvement lent, Draco fit tomber sa capuche sur ses épaules et darda son regard d'acier dans les prunelles de Severus. Ce dernier pâlit, si tant est que cela soit possible vu sa carnation naturellement pâle et s'effaça sans un mot. Draco s'empressa de s'engouffrer dans la demeure et traversa le couloir jusqu'au salon. C'était une petite pièce renfermée pourvue d'une seule fenêtre et dont les quatre murs étaient couverts d'étagères croulant sous le poids de livres, si bien que l'on avait l'impression que la salle était plus ovale que carrée. Un divan et deux fauteuils défoncés étaient placés autour d'une petite table qui siégeait au centre de la pièce, assez près du feu de cheminée pour bénéficier de sa chaleur. Draco ne prit pas la peine d'éviter les piles de livres qui s'entassaient par terre aussi bien que sur toutes les surfaces planes du salon et, l'esprit aussi agité que ses jambes, se mit à faire les cent pas en envoyer tout valser sur son passage.
Il était sûr de lui, sûr de ses hypothèses, sûr de ses intentions. Mais si c'était bien de la confiance en lui et en sa faculté à réfléchir et analyser les évènements, elle était née de l'adrénaline et, de ce fait, elle n'était ni calme, ni sereine. Dans quelques minutes cependant, il serait fixé et le doute ne serait plus permis. Et s'il avait raison, il pourrait alors laisser la rationalité de son plan l'envahir et le calmer à coups d'arguments implacables tant il avait été tourné et retourné cent fois le problème dans son crâne.
S'il avait tort… Eh bien, il était un peu tard pour envisager d'avoir tort.
Pressé d'en finir avec ses doutes moindres, il ouvrit la bouche pour parler sans cesser de tourner en rond. Son parrain s'était assis sans un mot, comprenant que Draco comptait entamer la conversation, si pas faire un discours. Il se contentait de suivre des yeux les mains du blond, l'expression vaguement inquiète. Ce dernier n'arrivait pas à contrôler le tremblement de ses mains, aussi, il donnait le change en faisant tourner nerveusement sa baguette entre ses doigts.
Severus Snape avait foi en sa capacité à se défendre, mais il ne pouvait s'empêcher d'être un rien inquiet de voir son filleul exécuter le même tic que Lucius lorsqu'il était sur le point de faire quelque chose de moche avec sa baguette. Evidemment, Draco n'était pas Lucius, mais on ne savait jamais ce qu'il pouvait passer par la tête d'un adulte aussi jeune et perturbé que l'était l'héritier des Malfoy. Des lors, Severus gardait sa baguette étroitement serrée entre ses doigts, prêt à riposter ou à se défendre si jamais Draco pétait un plomb. Et à voir son teint livide, ses yeux fous et son agitation, sans parler du sang sur ses mains, ça semblait être le cas.
Inconscient de ses apparences menaçantes, le blond continuait de tourner en rond, balayant des livres dans l'indifférence la plus complète, cherchant les bons mots. Mais il ne les trouva pas et, au bout d'un moment, se résolut à simplement dire ce qu'il avait en tête :
- Il y a une semaine, commença-t-il d'une voix pressée.
Aussitôt, Severus se tendit imperceptiblement.
- Il y a une semaine, répéta le blond, Yaxley était sur le point de stupéfixer Potter. Pour l'amener au Seigneur des Ténèbres. Et tu lui as jeté un sortilège d'Entrave. Je t'ai vu.
- Potter et sa bande s'étaient déguisés en mangemorts pour semer le trouble et ça a fonctionné. Je me suis déjà expliqué à ce propos avec Yaxley lui-même, pourquoi viens-tu…
- C'est étrange, l'interrompit Draco avec un petit rire nerveux. A chaque fois que Potter est sur le point de se faire prendre, quelqu'un vient à sa rescousse. Et la plupart du temps, Sev, c'est toi.
Avant même qu'il eut fini sa phrase, son parrain s'était levé. Il le menaçait maintenant de sa baguette, l'air furieux :
- Insinuerais-tu que je suis du côté de Potter, Draco ? murmura-t-il d'un ton glacial.
Draco ne leva pas sa propre baguette. Il ne jeta même pas un regard à celle de son parrain, préférant le regarder dans les yeux.
- Non. Je le sais.
Cela sembla calmer les ardeurs de Severus, car il resta un instant figé dans sa position, puis, voyant que Draco n'allait pas tenter de se défendre, l'abaissa quelque peu.
- Qu'est-ce que tu es venu faire ici ? demanda finalement le professeur de potions, d'une voix plus neutre.
- Savoir si oui ou non, tu es du côté de Potter.
Severus eut un rictus dépourvu de joie :
- On peut m'accuser ou me défendre, mais me poser la question ?! C'est du jamais vu. Si la réponse était oui pourquoi te dirais-je la vérité, pauvre idiot?
- Parce que moi, je veux être du côté de Potter.
Un long silence salua les paroles de Draco et, en dépit de son ton assuré, ce dernier crut l'espace d'un instant qu'il venait de signer son arrêt de mort. Mais au bout d'une éternité, Severus baissa définitivement sa baguette et l'attrapa violemment par le bras :
- Te rends-tu compte du danger dans lequel tu nous mets tous les deux en disant ce genre de choses, Draco?
- C'est la vérité.
- Pourquoi me la dire, par l'enfer ?!
Draco eut son premier vrai sourire de la soirée.
- Parce que j'ai besoin de ton aide.
L'étreinte autour de son bras se desserra et Severus s'éloigna avant de se rasseoir, ne quittant pas le jeune homme des yeux.
- Et si tu t'étais trompé ? Tu serais mort, à l'heure qu'il est. As-tu perdu l'esprit?
Le blond regarda ses mains couvertes de sang et son allure en général, puis il haussa les épaules. Sans doute un peu, oui. Rien de moins qu'une folie passagère n'aurait pu le pousser à l'acte. Mais c'était une folie bénéfique puisqu'au final, il avait eu raison. Severus était du côté de Potter et avec son aide, il pourrait peut-être renverser la situation.
- Je veux rejoindre l'ordre, dit-il finalement, ignorant les questions de son parrain.
- Quel ordre ? L'ordre n'existe plus depuis des mois. Ils se terrent tous, dispersés aux quatre coins de l'Angleterre, effrayés à l'idée d'une dénonciation ou d'un traître dans leurs rangs. Et encore, ceux-là sont chanceux. As-tu idée du nombre de membres que le Lord a réussi à faire enfermer pour des raisons inventées de toutes pièces? C'est un miracle que Potter et ses deux amis soient encore en vie.
- Tu sais qui sont les traîtres et, moi, j'ai assez de ma fortune pour les cacher tous à l'insu du Lord lui-même. Si tu m'aides, je pourrais facilement recréer l'ordre.
- Ah oui ? fit Severus avec sarcasme.
Draco lui jeta un regard pesant. Il avait arrêté de faire les cent pas et la panique refluait peu à peu, lui laissant une sensation de vide désagréable et une intense envie de vomir. Il pouvait à nouveau sentir l'odeur du sang mêlé à la sueur froide qui imprégnait ses robes et il se sentait incroyablement faible et sale. Mais il restait debout. Encore quelques minutes, se répétait-il. Puis il pourrait se laisser envahir par ses émotions.
- Premièrement, il faudra trouver Potter et le convaincre qu'il peut me faire confiance.
Severus eut un rictus et Draco fut tenté de l'imiter, car il était évident que la première partie du plan semblait déjà impossible. Mais étrangement, à force de tourner et retourner cette idée dans sa tête, Draco avait fini par croire qu'elle n'était pas si absurde que ça. Potter était au pied du mur dans tous les cas et Draco… Draco était convaincu qu'il pourrait le convaincre. Bien qu'il ne sache pas pourquoi il en était si persuadé.
Quant à le trouver, il avait déjà plus qu'une vague idée sur le comment.
- Ensuite, avec tes informations et mon argent, ce ne sera pas difficile de leur trouver un nouveau QG.
Le blond s'arrêta pour chercher l'approbation dans le regard de son parrain. Ce dernier semblait peu emballé, bien qu'une lueur dans ses yeux lui dise qu'il était tout de même intéressé.
- En admettant que tout ça soit possible, commença-t-il d'une voix doucereuse. L'ordre du Phénix a déjà échoué deux fois à contrecarrer les plans du Seigneur des Ténèbres. Pourquoi cela serait-il différent cette fois-ci?
- Eh bien, d'abord je suis là, sourit Draco bien qu'il soit sérieux. Ensuite, le Lord a toujours été très prudent avec l'Ordre parce que Dumbledore le dirigeait. Maintenant qu'il est mort, personne n'a réussi à reprendre les rênes de la résistance et Il est convaincu d'avoir déjà gagné. L'élément de surprise. Une contre-attaque soudaine et inattendue. Voilà, ce qui le battra.
Un long silence suivit à nouveau ses paroles et Draco sut qu'il avait convaincu son parrain. Finalement, ce dernier dit:
- Tu as l'air d'y avoir longuement réfléchi.
C'était un euphémisme. Il y avait longtemps que Draco avait compris qu'il préférait encore voir Potter ministre de la magie que le Seigneur des Ténèbres au pouvoir. Il y avait bien longtemps également qu'il savait qu'il finirait par se joindre à Potter, à un moment ou à un autre. Il n'avait simplement pas deviné qu'il jouerait un rôle si important.
Et encore, il n'avait pas idée de ce qui l'attendait.
- Qu'est ce qui t'a décidé à venir me voir, Draco? demanda doucement Severus.
Le blond regarda à nouveau ses mains tachées d'un sang qui n'était pas le sien. Des fragments de souvenirs lui revinrent par à-coups, comme si son esprit n'était pas assez fort pour supporter de revoir l'atrocité de ces deux dernières heures en entier. Il revit brièvement la photo d'une famille de moldue devant un sapin de noël fraîchement décoré, un sourire radieux au coin des lèvres de chaque enfant et un autre, plus profond, pour leurs parents. Un visage défiguré par la peur, une petite fille tremblant et pleurant de tous ses membres cachée sous un fauteuil. Et du sang, beaucoup trop de sang.
Des cris de douleur saturèrent ses tympans aussi bien que son esprit et le blond secoua la tête pour les effacer. Cela ne marcherait pas éternellement, mais, cette fois-là, il parvint à reprendre le contrôle. Il réalisa que Severus attendait vraiment une réponse et, d'une voix secouée, il répondit:
- C'est mon anniversaire.
.oO°Oo.
Draco s'extirpa de ses souvenirs en arrivant devant la porte de son parrain. Il s'arrêta un moment, pour rassembler ses pensées. Repenser au passé, même s'il s'agissait d'un souvenir assez désagréable pour lui, l'avait étrangement apaisé. Quand il se rappelait de l'horreur de cette époque, de sa peur permanente, de son état d'esprit plus proche de la folie que jamais, il se rendait compte que la vie n'était finalement pas si terrible.
Oui, Potter était partout. Oui, ils s'étaient embrassés et le blond, malgré tous ses efforts pour le nier, ne parvenait pas à y repenser avec désinvolture. Oui, Lily avait failli mourir il y a deux semaines. Oui, il ne reconnaissait plus sa femme, qui fuyait leur mariage dans des heures supplémentaires injustifiées. Oui, il était attaqué en justice et pouvait perdre la moitié de ses biens. Oui, le secret de sa vie, les origines de sa fille, était devenu un secret terriblement lourd à porter ces derniers temps…
Mais il n'était plus mangemort. Alors que sa vie semblait sans issue, il avait trouvé le moyen de faire face et avait réussi à trouver le courage de faire l'impossible. Il avait vécu pire. Il survivrait à toutes ces épreuves. Pansy finirait par se calmer, Potter sortirait de sa tête et de sa vie et Lily…
Il finirait bien par trouver une solution pour Lily.
Avec un soupir presque soulagé, il jeta un regard dépité à la peinture vert terne écaillée et se promit de forcer Narcissa à faire un tour chez Severus pour rénover tout ça. L'homme n'avait beau vivre là que trois mois par an, il méritait un peu mieux que cette espèce de taudis en miettes. Et puis, s'ils sortaient véritablement ensemble, ça devait la démanger quand elle passer ses soirées chez lui.
Il grimaça à la pensée de sa mère venant faire des visites frivoles à son parrain avant de frapper plusieurs fois. Sans un mot, Severus le laissa entrer et avec un sourire mélancolique pour ses souvenirs, Draco ignora le bar situé dans un coin de la pièce et s'assit tranquillement dans un divan. Après quelques minutes de discussion polie et de questions habituelles, un silence enveloppa les deux hommes. Severus se tortillait dans son siège tandis que Draco souriait avec sadisme.
- Ça fait combien de temps que tu sors avec ma mère? demanda-t-il au bout d'un moment.
- Quelques mois, grommela ce dernier en déviant le regard.
- C'est sérieux?
- Ça te regarde?
- Un peu, oui. Je ne voudrais pas que tu te moques d'elle.
Au-delà du choc et des cauchemars, il était vraiment inquiet par rapport à cette relation qui, pour autant qu'il le sache, était la première histoire réellement sérieuse qu'entretenait sa mère depuis que Lucius était mort.
- Ta mère est majeure, elle peut gérer ses histoires d'amours toute seule, siffla son parrain avec fureur.
- Alors vous vous aimez ? soupira-t-il, défait.
Severus sembla choqué par ses propres mots et devint plus pâle encore. Au bout d'un moment, il répondit avec tristesse:
- J'aimerais bien.
Draco dévisagea son parrain, abasourdi. Il n'avait jamais vu Sev amoureux. A vrai dire, ça ne lui était même jamais venu à l'idée qu'un homme comme lui soit vulnérable à ce genre de tourments. Et maintenant qu'il voyait cet expression affreusement malheureuse sur son visage, il réalisait à quel point (oooh, à quel point!) il était vital pour lui de ne pas se mêler de cette affaire. C'était flippant. Proprement flippant.
- Bon ! déclara le blond avec empressement, désireux de changer de sujet au plus vite. Je ne veux pas le savoir, au final. Trouve-toi un autre confident, d'accord? Pourquoi pas Remus?
Remus était doué pour les histoires d'amours saines et normales. Pour la sienne, évidemment, il était parfaitement inutile avec ses grandes idées puériles sur l'honnêteté, l'amour invincible, la fidélité et toutes ces conneries. Comme si ca avait jamais fait du bien à un couple. C'était bien connu, l'honnêteté était le poison de l'amour. Il suffisait de voir Potter et Ginny qui crevait littéralement de bonheur ensemble pour le savoir.
Le souvenir de ces deux-là se tenant la main comme des foutus adolescents sur le quai de King Cross le fit grincer des dents.
- Ne me parle pas de Lupin, cracha Severus, le détournant aimablement de ses pensées
- Je ne comprends pas pourquoi tu t'acharnes à faire semblant de le haïr. Je sais que vous vous entendez comme des frères depuis des années.
- J'aime les vieux principes.
Draco hocha la tête, compréhensif. Lui aussi, il était attaché aux vieux principes.
- Quoiqu'il en soit, tu voulais me parler de Lily, s'enquit-il soudainement.
- Hum, approuva Severus d'un ton si sec que Draco comprit que ça n'allait pas être drôle. C'est à propos de Lupin en plus.
Le blond haussa un sourcil surpris.
- Remus ?
Severus soupira comme s'il rechignait à continuer, mais finalement il dit :
- Je crois que Boucle d'or a cru que c'était lui, son père.
Draco se figea. Soudain, il revit l'expression déprimée de Lily depuis quelques jours, sa nervosité avant d'aller voir Lupin, cet air étrange quand elle avait appris que Nirvana était sa fille et… Ses silences. Dieu, elle était restée si silencieuse pendant le dîner. Il n'avait rien vu, trop préoccupé par ses procès, articles et baisers à la con. Il s'insulta de tous les noms pour avoir été aussi aveugle. Il savait que quelque chose n'allait pas. Mais il avait simplement supposé par facilité sans doute, ou parce qu'il n'avait pas le temps d'y consacrer plus de réflexion, que c'était parce qu'elle ne les voyait pas beaucoup, Pansy et lui.
Le blond s'était promis d'y remédier, convaincu que ce n'était rien. Mais ça… C'était beaucoup plus grave. Son cœur se serra en imaginant ce qui avait bien pu se passer dans son petit crâne. Oh, Lily…
- Comment le sais-tu ? demanda finalement Draco d'une voix enrouée.
En quelques mots, Sev lui raconta son entrevue avec la blonde un peu avant le dîner chez Remus. Le visage du blond s'assombrit au fur et à mesure que le récit avançait. Quand il eut terminé, un long silence s'installa et, contrairement à ses résolutions en entrant, Draco se dirigea vers le bar et se servit un long verre de vin des elfes. Quand il se rassit, son parrain lui dit, d'un ton sans équivoque:
- Tu ne peux pas te permettre de la laisser plus longtemps dans l'ignorance. Je ne suis peut-être pas très doué en pédagogie, mais ce genre de désillusions, ça n'est jamais bon, Draco. Tu ne peux pas la laisser s'imaginer des choses aussi graves et voir ses doutes déçus. Tu dois lui dire.
Combien de fois avait-il entendu cette phrase? Luna avait été la première à le lui dire, révoltée en apprenant la vérité, ils s'étaient quittés en froid. Puis c'avait été au tour de Remus de lui expliquer qu'en tant que père, il ne pouvait pas cautionner que Potter ignore tout de Lily. Draco l'avait envoyé se faire foutre sans ambages et avait coupé les ponts pour éviter d'avoir à entendre à nouveau ce genre de vérités dérangeantes. Mais finalement, Lily avait appris qu'elle n'était pas une enfant normale et alors même Narcissa s'était mis à lui dire que ça ne pouvait pas durer.
Seuls Pansy et Severus ne s'étaient jamais prononcés sur le sujet. Sa femme, bien sûr, préférerait se couper une main que d'avouer la vérité à leur fille. Quant à Severus, Draco supposait qu'il s'était toujours tenu de donner son avis car il pensait que tout ceci était le problème de Draco.
Mais même s'il lui avait parlé… L'aurait-il écouté? Probablement pas. Même quand Lily elle-même avait commencé à lui poser des questions, il l'avait ignorée.
Comment pouvait-il encore prétendre encore garder ce secret pour son bien à elle ?
Quel con. Mais quel putain de con.
Il ne pouvait qu'imaginer ce qu'avait pu ressentir Lily en croyant rencontrer son autre père pour mieux découvrir qu'il n'était que son parrain. Il n'avait jamais pensé qu'elle puisse suspecter quelqu'un d'autre qu'Harry d'être son père. Il n'avait pas envisagé cette conséquence tout aveuglé par son propre désir de garder le nom de Potter secret… Mais évidemment, évidemment, que dans l'ignorance, Lily, sa petite fouineuse blonde, se mettrait à imaginer milles théories. C'était tellement logique, à présent, qu'elle finirait par conclure qu'un autre homme soit son père !
Severus avait raison. Remus avait raison. Luna et sa mère aussi. Il devait lui dire.
Alors qu'il envisageait vraiment cette possibilité pour la première fois, une foule de problèmes lui sautèrent immédiatement aux yeux. Des problèmes qu'il n'avait jamais seulement envisagés. Brusquement, il réalisa que Potter était une célébrité et que Lily était littéralement fan de lui. Comment réagirait-elle quand elle apprendrait que son héros était également son père? Et qu'en outre, loin d'être un inconnu lointain, inaccessible et doté d'une bonne excuse pour ne pas faire partie de sa vie, il avait fondé une famille de son côté et eut une autre fille qu'elle détestait avec passion ?
Même Séléna Potter lui apparaissait sous un jour nouveau. Inconsciemment, Draco avait toujours refusé de penser au lien de parenté qui l'unissait à Lily, persuadé qu'il n'aurait jamais d'importance. Mais « Poil de Carotte » était belle et bien la demi-sœur de son petit ange blond. S'il lui disait la vérité…
Bordel, comment avait-il pu laisser les choses s'envenimer à ce point?
Il vida son verre d'un trait et se pressa les tempes pour réfléchir. Ce n'était plus le moment de regretter. Il devait lui dire et il devait le faire bientôt, avant qu'elle ne recommence à s'imaginer n'importe quoi. Et si le blond voulait que la nouvelle passe sans trop de dégâts, il y avait une montagne de choses à régler avant.
- Tu as raison, admit-il finalement. Mais je ne peux pas lui annoncer ça de but en blanc.
- Draco… commença Severus d'un ton agacé.
- Non, j'ai compris, Sev. Je crois que j'ai compris, répéta-t-il sombrement. Simplement… Je connais ma fille et je sais que si je lui en parle maintenant, elle ne le vivra pas bien du tout. Il y a… Quelques petites choses à régler avant.
Premièrement, Lily devrait arrêter de considérer Potter comme un Dieu vivant. Ensuite, elle devrait essayer de mieux s'entendre avec Séléna en général. Une fois que ses deux conditions seraient remplies, peut-être qu'elle pourrait supporter d'être la fille d'Harry Potter.
Ou du moins, un peu mieux. Draco se leva et se dirigea machinalement vers le bar pour se servir un autre verre tandis qu'il réfléchissait à la façon dont il allait s'y prendre pour arranger cela…
.oO°Oo.
Lily était littéralement aux anges. Après une bonne demi-heure de concertation avec Tipy, qui s'était révélé totalement inutile dans l'art de choisir une panoplie moldue, la blonde avait opté pour une longue jupe vert sombre qu'on pouvait resserrer à l'aide d'un long ruban noir frappé aux armoiries Malfoy et un gros pull en cachemire pelotonné blanc. Considérant le froid purement anglais qui régnait dehors, elle avait ajouté une écharpe, un bonnet et une paire de bas en laines. Elle s'admira dans le miroir, fière de sa création.
Elle était faite pour s'habiller moldu!
Comme une confirmation, sa grand-mère entra dans sa chambre peu après et déclara que Lily était très jolie comme ça. Dans un délire purement grand-parental, elle voulut même faire une photographie souvenir. Lily se laissa photographiée, amusée et habituée à ce genre d'envie de la part de Narcissa. Dans le plus grand secret, la femme tenait une véritable collection d'albums de familles dont Severus et Pansy ne savaient rien puisque la plupart ne concernaient que Draco, Lily et Lucius.
Un peu après, alors que sa grand-mère lui reparlait de son projet de créer une ligne de vêtements moldus, Draco vint chercher Lily et l'emmena directement chez l'oncle Severus.
Elle ne put s'empêcher de s'inquiéter de son air presque dément quand il l'entraîna dans la ruelle. Il semblait à la fois très fatigué, très pressé et très… Déterminé? Elle était même pratiquement sûre d'avoir saisi un éclair d'inquiétude dans ses yeux quand il l'avait vue déguisée en moldue.
L'enfant se sentit le devoir de le rassurer:
- Je ne vais pas devenir une fanatique des moldus, papa.
- Tu m'en vois ravi, mon ange, répondit-il avec un sourire.
Mais il semblait toujours plongé dans ses pensées. Il la couvait du regard avec un air paternel purement agaçant. La dernière fois qu'il l'avait regardée ainsi datait de son séjour à l'hôpital. Elle claqua sa langue sur son palais avec agacement et finalement, n'y tint plus:
- Mais qu'est ce qui ne va pas ?
Draco s'arrêta de marcher et la dévisagea interloqué. Lily s'expliqua, hésitante:
- Tu as l'air préoccupé…
- Oh oh, rigola son père. Tu veux jouer les psychomages, maintenant?
- Non, répliqua-t-elle en faisant la moue. Seulement je m'inquiète !
Son père sembla pensif un moment, puis il reprit sa marche vers les appartements de Severus sans rien répondre. Elle lui jeta des regards mi furieux, mi inquiets, mais il ne daigna rien dire jusqu'à ce qu'ils atteignent la porte. Draco frappa, puis se tourna soudainement vers elle :
- Il faudra qu'on parle de Remus, mon ange.
Au début, elle ne comprit pas, ses tourments à propos de ses fausses idées sur « Papa Remus » ayant été relégués au fond de son esprit depuis Halloween, puis la lumière se fit dans son esprit et elle rougit jusqu'aux racines, furieusement gênée.
Elle se sentait incroyablement stupide d'avoir cru que Remus pouvait être son père. Elle n'arrivait toujours pas à se pardonner de s'être imaginé des choses aussi vite à tort. Evidemment, elle se sentait triste et presque trahie que ses doutes ne soient pas vrais, mais elle s'en voulait plus à elle-même qu'à qui que ce soit. Elle s'était montrée parfaitement idiote sur ce coup-là.
Mais… Pour être parfaitement honnête, il n'y avait pas que ça. D'avoir vu la famille Lupin si hétéroclite et pourtant si soudée lui avait fait mal au cœur. Aussi stupide que cela puisse paraître, pendant ces quelques minutes où elle avait cru que Remus était son père, elle s'était sentie irrémédiablement exclue d'une vie de famille qui aurait dû être la sienne.
Voir Remus et Nirvana si complices en croyant encore un peu qu'elle était respectivement fille et sœur de ses deux-là, lui avait fait se sentir abandonnée, presque à moitié orpheline.
Evidemment, Remus n'était pas son père, mais dans tous les cas, l'idée que son autre géniteur ait une famille bien à lui, une famille qu'il préférait sans doute à elle, s'était incrustée dans son esprit et elle avait bien du mal à l'en faire sortir. L'image de son second père au visage flou riant avec ses autres enfants dans une maison joyeuse et lointaine lui fendait le cœur. Etrangement, elle sentait que c'était la vérité. Son autre papa n'avait sans doute pas envie d'entendre parler d'une fille aussi illégitime et anormale qu'elle.
Elle chassa ses pensées morbides d'un geste imaginaire et répondit enfin à son père d'une petite voix, toujours honteuse:
- Je suis désolée…
Aussitôt, son père la tira pour la prendre dans ses bras. Il la hissa à sa hauteur et lui caressa les cheveux d'un geste tendre en disant :
- C'est moi qui m'excuse, mon ange.
C'en était trop pour elle. Lily sentit les larmes lui monter aux yeux en dépit de tous ses efforts et avant qu'elle n'ait pu essayer de les retenir, elle sanglotait sans retenue contre l'épaule de son père, triste pour tout ce qui la tourmentait depuis quelques jours. La déception sur son parrain, le secret insolvable de son second père, son autre famille potentielle et même Lacus et sa trahison. Elle l'entendit vaguement murmurer des paroles réconfortantes dans son oreille, la serrant trop fort contre lui tandis qu'elle continuait de pleurer comme si chaque larme était une part de son petit fardeau dont elle se délestait.
Ce n'est que lorsqu'elle s'arrêta, des heures plus tard lui sembla-t-il, qu'elle réalisa qu'il était bien plus lourd qu'elle ne l'avait cru…
Son père passa la main dans ses cheveux avec tendresse et elle se blottit un peu plus contre lui, bien qu'elle l'enserrait déjà de ses petits bras aussi fort qu'elle le pouvait. Il la repoussa gentiment et plongea son regard dans le sien. Elle fronça le nez et passa rapidement sa main sous ses yeux pour effacer les restes de larmes, un peu honteuse de s'être laissé aller à sangloter comme une petite fille.
Ok, elle n'avait que onze ans, mais quand même… C'était la honte.
- La dernière fois que tu as pleuré comme ça, c'était il y a un an quand Severus t'a fait croire qu'il y avait un épouvantard dans ton armoire, rigola son père doucement.
Elle se renfrogna, encore plus honteuse, si possible. Oncle Sev était un véritable tyran.
- Pourquoi est-ce que je vais à la foire avec lui? grommela-t-elle à voix basse.
- Je peux te raccompagner à la maison… commença son père.
Rien qu'à entendre le ton de sa voix et à voir son expression inquiète, Lily était certaine qu'il était à deux doigts de la couver à nouveau comme si elle avait six ans. Elle l'interrompit immédiatement, catégorique:
- Ça va, papa.
- Ne mens pas. Je n'ai pas été assez là pendant ses vacances, je n'ai pas envie de te laisser…
- Ca va, je te dis…
- Tu es fatiguée, tu devrais surement dormir un peu plutôt que de sortir à la foire…
- Papa.
- En plus, il fait froid et tu n'as même pas pris de cape pour…
- Papa ! s'indigna-t-elle avec fureur.
Il la regarda d'un air attendri avant de soupirer:
- D'accord, d'accord. J'arrête.
- Merci.
- Mais tu es sûre de vouloir aller à la foire? insista-t-il, toujours inquiet.
Elle rit et répondit par l'affirmative avec sincérité. Son père sembla contrarié mais, finalement, il la reposa par terre avec dépit et se tournèrent enfin vers la porte de son oncle. Mais ce dernier les attendait déjà sur le seuil de sa maison, une expression vaguement moqueuse sur le visage. Draco poussa un autre soupir et entraîna Lily à l'intérieur en disant froidement à son parrain:
- Ose faire un commentaire et je glisse à Sirius Black que tu es fan de Desperate Housewives.
Lily eut un autre rire en voyant l'expression de son oncle se décomposer. Elle retira son manteau (d'hiver, quoique puisse en dire son père) et le jeta dans un divan sans ménagement avant d'aller s'asseoir près du feu. Les deux adultes l'imitèrent bien que son père ne retira pas sa cape. Il lui avait vaguement parlé d'un rendez-vous à vingt heures aussi, elle se doutait qu'il allait bientôt partir. A vrai dire, il était déjà en retard, à en juger par l'horloge de Severus (mais vu le statut plus qu'antique de cette chose, on ne pouvait pas vraiment en être certain).
- Je ne suis pas fan de… commença oncle Sev avec fureur.
- Sev ? Qui crois-tu berner? sourit son père.
Oncle Sev lui décocha son regard le plus meurtrier, mais le blond se contenta de rire et les laissa peu après avoir fait promettre au maître des potions de nourrir Lily. Sois disant, elle était affamée. La blonde leva les yeux au ciel devant cet énième élan de suparternalisme mais elle devait admettre, qu'en effet, elle avait plutôt faim, tout d'un coup. Il partit peu après, raccompagné par son oncle. Lily détacha son regard d'une étagère bardée de livres quand il lui revint dans le salon et lui dit:
- Allez, Boucle d'or. Cours de cuisine.
- Tu sais cuisiner ? fit-elle avec sarcasme tout en le suivant dans la cuisine.
Comme toutes les pièces de la maison d'oncle Sev, la cuisine était en désordre. Des cadavres de boites de pizza vides s'empilaient à côté d'un tas de vaisselle sale. Quelques assiettes marinaient dans une eau savonneuse glacée et le micro-ondes semblait avoir fait la guerre avec quelque chose qui ressemblait à des pâtes bolognaise. Seule la cuisinière était intacte, sans doute inutilisée depuis son achat.
- Je suis professeur de Potions. Evidemment, que je sais cuisiner.
Elle le jaugea du regard, très sceptique et lança un regard éloquent sur sa cuisine.
- Tu sais que la cuisine, ce n'est pas ajouter tous les ingrédients dans un gros chaudron, hein?
- Et les omelettes ? répliqua son Oncle Sev avec agacement.
Lily eut un petit sourire. Elle aussi, elle savait faire une omelette, c'était pas pour ça qu'elle prétendait savoir cuisiner. Elle ouvrit le frigo et hocha la tête d'un air entendu en constatant que, comme elle l'avait prévu, il était totalement vide. Elle avisa une boite de conserve déformée et un pot de confiture à moitié vide plus une demi-douzaine de boites remplies de nourriture chinoise. Le tout ne semblait pas très frais.
- T'as pas d'œufs, fit-elle en refermant ce musée nutritif.
Severus lui jeta un regard noir, puis se détourna de l'armoire vide qu'il venait d'ouvrir et déclara d'un air entendu:
- On va t'acheter un truc là-bas.
Elle approuva l'initiative et après avoir remis son manteau, elle prit la main de son oncle et ils transplanèrent de la ruelle jusqu'à la foire qui séjournait à Londres à cette époque de l'année. Ils se baladèrent longuement et Lily prit un plaisir malsain à forcer son oncle à aller avec elle dans toutes les attractions possibles et imaginables. Elle poussa même le vice jusqu'à lui demander d'obtenir un cadeau en tirant sur des pipes en plastique.
Voir oncle Sev se démener avec une arme était tellement drôle qu'elle riait encore en face du marchand de barbe à papa. Il avait été désespérant de nullité au tir et n'avait réussi à lui avoir, avec ses douze points, qu'une paire de lunettes rondes ridicules aux faux verres rétractables en spirale blanche et noire. Elle s'amusait à les rabattre et à les relever toutes les deux secondes, rigolant encore quand soudain, son oncle éleva la voix, l'air indigné :
- Deux livres cinquante pour une barbe à papa?! Mais ça fait au moins trente mornilles, espèce de charlatan !
Le charlatan fronça les sourcils et se contenta de tendre la main, aussi poli qu'un géant énervé. Lily éclata de rire en voyant l'expression outragée de son oncle.
- Vous avez vu la taille de cette chose ? C'est ridiculement cher pour une friandise de la taille d'une main!
- C'est deux livres cinquante, monsieur, répéta le marchant d'un ton bourru.
Derrière eux, les gens qui faisaient la file rigolaient eux aussi. Son oncle sembla s'en rendre compte, car il se retourna pour leur jeter un regard furieux. Lily éclata de rire en voyant l'air effrayé d'une petite fille plus jeune qu'elle et celui, offensé, de sa mère.
- C'est une véritable escroquerie, grommela Sev en sortant tout de même son portefeuille avec hargne.
- Tu es juste radin, glissa Lily alors qu'ils s'éloignaient, son énorme barbe à papa dans les mains.
Elle avait remis les rabats de ses lunettes et, aveugle, se laissait guider par la main de Severus qui la traînait avec une irritation croissante. Elle rigola lorsqu'elle essaya de mordre dans sa friandise à l'aveuglette et que ses dents se refermèrent sur du vide.
- Tu es obligée de faire l'idiote avec ces stupides lunettes? siffla-t-il au bout d'un moment.
Lily releva les rabats et poussa un soupir à fendre l'âme. Avec sadisme, elle commenta:
- Je ne comprends pas ce que grand-mère peut te trouver. Tu es sinistre, oncle Sev.
Mais à sa grande surprise, son oncle ne réagit pas comme elle s'y était attendue, à savoir en semblant sur le point de s'étouffer de choc. A la place, il s'arrêta brusquement de marcher et dit d'une voix froide:
- Lily, enlève tes lunettes.
- Mais j'ai déjà relevé les… commença-t-elle, perplexe.
- Maintenant, claqua-t-il et elle lui obéit choquée par ce soudain accès d'autorité.
Elle les passa dans ses cheveux et s'apprêta à protester contre sa soudaine mauvaise humeur, mais il regardait toujours au loin. Intriguée, elle suivit son regard et…
Oh mais non ! Une grimace très expressive se marqua sur son visage quand elle reconnut Altaïr Weasley, habillé en moldu aux côtés de sa mère. Ils les avaient remarqués et s'avançaient vers eux avec une lenteur réticente.
- Je suis maudite ou quoi ? geigna la blonde en repensant à toutes les fois où elle avait eu la malchance de croiser Altaïr au hasard des couloirs.
Et voila que ça recommençait. Elle le fixa avec colère tandis qu'il approchait. Il la fixait avec un ennui flagrant sur le visage. Visiblement il était aussi content qu'elle de le voir. Elle décela tout de même l'ombre d'un sourire sur ses lèvres et son cœur tomba dans sa poitrine à l'idée que peut-être, Potter l'avait mis au courant de la lettre.
Oh, tout, mais pas ça.
- Bonsoir professeur, dit la mère de Weasley d'un ton poli. Bonsoir Lily.
- Bonsoir, fit cette dernière en fronçant les sourcils, surprise que la femme se souvienne de son nom.
En plus, c'était elle, où la mère d'Altair la regardait avec vraiment trop d'insistance? Elle se sentait mal à l'aise sous ce regard inquisiteur et gigota sur place, légèrement intimidée. Severus, heureusement, détourna l'attention de la femme:
- Miss Granger ! fit-il avec un enthousiasme feint.
- Vous ne pouvez plus m'appeler comme ça, nota la femme avec un sourire.
- Aussi longtemps que vous m'appellerez professeur, Granger, fit-il avec un air presque sympathique.
Lily le dévisagea avec des yeux, complétement stupéfait de voir qu'il avait un vague sourire. Et, apparemment, elle n'était pas la seule. L'air halluciné d'Altaïr était tout simplement hilarant à voir et sa mère… Eh bien, la femme semblait un peu désarçonnée de constater que le terrible Severus Snape pouvait faire preuve de gentillesse envers ses anciens élèves, mais contrairement à Lily et Altaïr, elle avait l'air de comprendre ce soudain changement de personnalité. La blonde l'observa donc attentivement, comme si lire toutes les expressions de cette femme pourrait lui expliquer pourquoi, soudainement, Sev se montrait inexplicablement gentil.
Parce que ça ne pouvait définitivement pas être juste ça. Severus n'était gentil avec personne.
- Bien, professeur, répondit la jeune femme avec un air suspicieux.
- Qu'est-ce qui vous amène ici ? demanda oncle Sev sur le ton badin de la conversation.
Cette fois Lily en était convaincue, ce n'était absolument pas normal.
- Voulez-vous vraiment que je réponde à cette question? sourit la mère d'Altair.
- Etonnement, oui. Ce doit être la première fois.
- C'est la première fois, insista-t-elle.
Désabusée et en manque d'indices, Lily renonça à comprendre quoi que ce soit et se contenta de jeter des regards agacés à Altaïr, qui l'ignorait en beauté, écoutant la conversation avec un intérêt ridicule. Que pouvait-il y comprendre de plus qu'elle, honnêtement? Il ne pouvait pas juste admettre que pour une fois, il n'en menait pas large? Ce type était tellement suffisant.
- Nous habitons dans les environs, expliqua tranquillement la femme avant de partir dans une vague description de leur appartement suite aux questions anormalement intéressées de son oncle.
Pendant ce temps, Altaïr avait cessé d'écouter et Lily et lui s'était engagé dans un combat visuel silencieux.
- Et vous ? fit la femme. Quel cataclysme a bien pu vous pousser à venir volontairement dans un lieu rempli de moldus?
- La famille, répondit Severus.
Un instant, Lily (qui avait gagné haut la main le combat visuel), cru que la mère d'Altaïr allait s'étouffer. Ses joues devinrent subitement rosées et elle détourna le regard comme si elle était gênée. Mais elle sembla se reprendre quand oncle Sev posa la main sur l'épaule de Lily. Altaïr décida de faire un commentaire:
- Alors, c'est vraiment un cataclysme.
Lily le foudroya du regard et s'apprêtait à répliquer avec férocité, mais Hermione Weasley la prit de vitesse et s'exclama, choquée:
- Altaïr !
A la grande satisfaction de la blonde, le garçon se renfrogna en silence. Elle lui sourit, moqueuse à souhait et il la fusilla du regard.
Mais moi non plus, je ne t'aime pas, eut-elle envie de lui dire, furieuse.
Au bout de ce qui lui sembla une éternité, les deux adultes se dirent enfin au revoir et Severus entraîna Lily au loin. Cette dernière le suivit sans broncher, ravie de mettre de la distance entre elle et ce crétin de Weasley. Une fois qu'ils furent définitivement hors de vue, son oncle s'arrêta et lui attrapa la main. Elle vit que son faux sourire aimable avait disparu. Il avait l'air crispé. Il déclara:
- On ferait mieux de rentrer.
Et sans laisser à la blonde le temps de protester, ils transplanèrent.
Bon...
Je sens qu'on prépare les tomates quelque part dans la salle. Attendez! Je sais que le diner n'est pas là. Je sais, je l'ai cherché aussi, je vous jure! Ne me tuez pas, il est définitivement dans le suivant, je l'ai écrit et tout et tout! Raaah, pardon pour son absence après tant de temps à l'attendre mais le chapitre était déjà très long et à l'origine, je voulais poster ce chap et le suivant ensemble, pour pas me faire lyncher mais je n'ai malheureusement pas eu le temps de le finir à temps (je sais, c'est terrible). Alors, respirez un bon coup, prenez un calmant ou faites une séance de TaiQi et dites-vous que le diner est dans le prochain chapitre et qu'il est presque écrit, hin?
Pitié?
Ooooh, je m'en vais me cacher! Merci quand même pour avoir lu, pour m'avoir reviewé la fois d'avant, pour m'avoir attendu aussi. Je vous aime, hin. Même si vous prévoyiez sans doute ma mort par trépanation à l'heure qu'il est...
A la semaine prochaine (mais siiii!) et joyeux noël à tout le monde!
