GOLDORAK : LA GUERRE D'EUPHOR

LA GUERRE D'EUPHOR Episode 14

Après quelques jours de travail acharné, le jardin hydroponique est enfin opérationnel. Procius visite le jardin, il constate que les volontaires sont déjà à pied d'œuvre pour le faire fonctionner. Le petit groupe s'active à planter des fruits et légume provenant de conserve ou de ration de survie. Le prince reste un instant à les regarder s'activer avant de reprendre sa visite.

Au même instant, le colonel Niiva supervise la remise en état de la toiture du hangar secret. Deux gigantesques grues mettent en place les énormes panneaux qui serviront de toiture.

- Quelle perte de temps, soupire le colonel. Si Carlson n'avait pas endommagé le hangar dans sa crise de folie, nous serions en train d'assembler le nouveau Gat.

Les panneaux sont mis en place, vu des jardins du palais, on voit une grande surface métallique à la place du plan d'eau qui dissimule habituellement l'installation.

- Enfin ! Nous allons pouvoir nous mettre au travail !

Un des gardes de Chronaris arrive dans le hangar, il se dirige vers Niiva.

- Colonel, vous êtes demandé par notre Maitre.

Niiva écarquille les yeux et se met à transpirer légèrement.

- Bien, je vous suis, articule-t-il le plus calmement possible.

Procius a rejoint le hangar où Goldorak se fait soigner. Des machines s'emploient à le nettoyer consciencieusement le robot géant et sa soucoupe porteuse. La soucoupe n'a pas subi les attaques corrosives de la méduse, mais par précaution, elle a le droit au même traitement. Le prince se dirige vers la console qui contrôle les machines, il regarde les relevés.

- Mon vieux Goldorak, tu n'auras jamais été aussi propre, plaisante le prince.

Les chiffres indiquent qu'il n'y a plus de trace du produit corrosif.

- Maintenant, il va falloir remplacer les couches de métal endommagé. Espérons qu'il y en avait assez en réserve sur la base.

Le roi Actarus avait fait livrer du matériel et des pièces de rechange destinées à Goldorak sur la base lunaire alors que sa construction avait à peine débuté. Il y avait aussi le nécessaire sur l'astéroïde C2 qui abritait la cachette de Comborak, hélas, Chronaris avait détruit cette base orbitale lors de son assaut sur Euphor.

Le prince quitte la console et s'avance vers le robot géant, il s'immobilise au pied de ce dernier. De l'endroit d'où il se trouve, il aperçoit certains des dommages, des plaques rongées.

- Il va falloir encore quelques jours pour te remettre en état.

Le colonel marche deux pas en arrière du garde de Chronaris, des gouttes de sueur glissent sur les tempes de Niiva. Ils arrivent devant la salle du trône. Le garde pousse la grande porte puis se tourne vers le colonel.

- Il vous attend, fait le garde.

Le colonel réajuste sa tenue pour se donner de la contenance et masquer son inquiétude. Une fois le tissu remis en place, Niiva pénètre dans la pièce d'un pas mesuré en avançant vers le trône. L'homme au masque le regarde avancer vers lui alors que d'une main, il caresse la tête de sa panthère mécanique.

Le colonel tente de deviner les intentions de son maître, mais le masque doré qu'il porte ne laisse rien deviner et il est encore trop loin pour distinguer les yeux de Chronaris. Niiva arrive devant le trône, il s'incline et salue.

- Vous m'avez fait mandé.

- En effet, répond Chronaris d'une voix neutre. J'aimerais avoir des détails sur l'incident avec le lieutenant Carlson.

Niiva déglutit discrètement.

- Je vous écoute, ajoute le tyran.

- J'ignore ce qui s'est produit. Le lieutenant était à l'entraînement dans le simulateur sous ma direction quand subitement, il a déclaré qu'il allait vaincre Goldorak. J'ai pris cela pour une marque de motivation jusqu'à ce qu'il sorte de la cabine de simulation.

- Et concernant sa modification physique ?

- Sa modification physique ?

- Il m'a été raconté par des soldats qui l'ont croisé dans les couloirs, alors que le lieutenant se rendait au hangar, que son apparence avait changé. Sa corpulence avait augmenté.

- En effet, j'ai pu le constater lorsqu'il est sorti du simulateur. J'ai pensé que cela était dû à l'excitation et que cela était peut-être une caractéristique de son espèce.

- Il semblerait que ce ne soit pas le cas, d'après les médecins que j'ai consultés, annonce froidement l'homme au masque.

- Je ne connais pas les caractéristiques de sa race.

- Dommage qu'il ne restait pas assez de son corps pour pratiquer une autopsie après la destruction de sa machine.

- C'est fort dommage en effet, acquiesce Niiva alors qu'une goutte de transpiration coule dans son dos.

- D'après vous, le lieutenant Carlson aurait été victime d'une crise de démence ?

- Je ne suis pas un spécialiste du comportement, déclare le colonel.

- Humm, fait Chronaris en plongeant son regard dans celui de Niiva.

La panthère mécanique se lève pour venir renifler le colonel. Niiva tente de rester le plus calme possible, mais la sueur colle de plus en plus dans son dos. L'animal artificiel tourne un instant autour du colonel avant de retourner s'asseoir à côté du trône.

- Vous pouvez disposer, finit par lâcher l'homme au masque. Je sais ce que j'ai besoin de savoir.

- Bien, maitre, répond Niiva.

Le colonel salue puis s'éloigne vers la sortie.

-« J'ai une mauvaise intuition, pense Niiva en se dirigeant vers la porte ».

Le dos de Niiva est couvert de sueur à un point tel que cela se voit sur sa tenue militaire.

Le général Zota se trouve dans ses quartiers, il est en liaison vidéo avec son fils qui se trouve en orbite sur le vaisseau amiral de la flotte.

- … forme pour la course à pied du vaisseau ? Tu es bien préparé, questionnes le général.

- Je suis en forme, ne t'inquiète pas inutilement, répond l'adolescent. Je continue à m'entraîner.

- Ne t'épuise pas. La course n'est que dans quelques jours.

- Je gère.

- Fais de ton mieux pour cette course. Je ne te demande pas de gagner, mais simplement de terminer l'épreuve et de t'amuser.

- Je vais quand même tenter de finir dans les premiers. Je dois sauver l'honneur.

Le général sourit.

- Si tu le dis.

- Bon… je dois me coucher. Demain, j'ai entraînement très tôt, s'excuse le jeune homme.

- En effet, il commence à se faire tard. Repose-toi bien.

- Merci. Bonne soirée.

L'image de l'adolescent disparaît sur le moniteur.

- Il a l'air heureux, constate Zota. J'espère que cela va durer, que cela ne disparaîtra pas une fois que la course sera passée.

Le général quitte le bureau en bâillant.

- Je vais aller au lit à mon tour.

La nuit « artificielle » est tombée aussi sur la base lunaire. Le prince est dans son lit, il dort, mais il commence à s'agiter dans son sommeil.

Procius est dans le poste de pilotage du robot géant. Goldorak se trouve dans une zone désertique et rocheuse. En face de lui se dresse un Chronaris géant, aussi grand que le robot. L'homme ou plutôt le géant au masque porte sa panthère autour du cou comme une écharpe, son masque est fissuré par endroits.

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu ne me vaincras jamais. Je suis plus fort que toi !

- Je ne renoncerais pas, déclare le prince alors que Goldorak lève un poing décidé.

- Je serais le grand vainqueur et la planète me reviendra !

Chronaris bondit sur Goldorak, les deux adversaires échangent des coups de poings et de pieds. Le géant masqué décroche un uppercut sur la « mâchoire » du robot. Goldorak vacille légèrement, mais celui-ci riposte avec un coup de genou dans le ventre de son adversaire. Les deux combattants s'écartent, Chronaris semble reprendre son souffle. Le robot géant est sur ses gardes, il adopte la position d'attente d'un karatéka.

- Bien joué, tu as encore de la ressource, fait Chronaris en passant un revers de la main sur les lèvres de son masque comme pour essuyer un filet de bave ou de sang.

Chronaris soulève légèrement son masque afin de pouvoir cracher.

- Nous allons pouvoir recommencer, annonce-t-il en replaçant son masque.

Puis il fait craquer ses poings avant de se mettre en garde.

Dans son poste de pilotage, le prince guette le moindre des mouvements de son adversaire, soudain, ce dernier disparaît pour surgir juste devant le robot géant. Procius tente de se protéger en plaçant les bras du robot en garde, mais une pluie de coups s'abat sur lui. Les pieds de Goldorak reculent sur le sol sous la puissance des impacts qui pleuvent sur lui. Les coups cessent brusquement, Chronaris se prépare à asséner une attaque puissante avec son poing droit. Le poing descend, Goldorak le bloque en le saisissant dans sa main gauche. Son adversaire abat son poing gauche qui subit le même sort. Chronaris est surpris et hésite, Procius en profite pour ordonner au robot géant de donner un coup de tête à son adversaire. Le choc est si violent que le haut du masque de Chronaris se brise. Les deux combattants se livrent à un duel de force pendant plusieurs secondes avant que le géant masqué décoche un coup de genou au menton de Goldorak. Les deux adversaires se séparent. Le robot géant bondit dans le ciel pour redescendre avec un pied en avant, Chronaris pivote sur un pied tout en levant son autre jambe. Son coup de pied vient frapper le « visage » du robot, le choc est si violent que la verrière du poste de pilotage explose, Goldorak tombe face contre terre, Procius chute du poste de pilotage. Le prince pousse sur ses bras pour se redresser pendant que Goldorak se lève, Procius se tourne, il voit sa machine positionner ses jambes pour prendre un appui ferme. Le robot géant tend les bras en avant, les poignets joints, mais les mains écartées puis il replie ses bras sur son côté droit à hauteur de ses hanches. Une boule lumineuse apparaît entre ses mains.

- Tu crois m'impressionner, lance le géant Chronaris.

Goldorak lance ses mains en avant ce qui propulse un rayon lumineux en direction de son adversaire.

Le prince se réveille, en nage, dans son lit, il se passe une main sur le visage pour essuyer la sueur qui le recouvre. Il s'assoit sur sa couche.

- Encore un étrange rêve, soupire-t-il. Je me demande s'il y a une signification cachée ?

Procius se lève pour aller boire un verre d'eau dans le cabinet de toilette, une fois le liquide ingurgité, il se regarde dans le miroir.

- Je ne pensais plus faire ce genre de rêve depuis mon traitement et la disparition de la tumeur.

Le prince sort de la pièce pour retourner se glisser entre ses draps, car la nuit ne fait que commencer.

Le jour se lève à peine sur l'île déserte que le colonel Lysandr marche d'un pas rapide dans les couloirs de la base secrète. La tenue du colonel montre qu'il s'est vêtu rapidement, il s'immobilise devant une porte, il reste un instant immobile avant d'utiliser la sonnette se trouvant juste à côté. Aucun bruit ne provient de l'intérieur de la pièce, le colonel sonne une seconde fois. Du bruit se fait entendre, quelques instants plus tard, la porte s'ouvre sur le général Kayèna portant une sorte de robe de chambre.

- Lysandr ? Que faites-vous ici ? Quelle heure est-il, questionne la femme bleutée avec une voix mal réveillée.

- Je peux entrer ? J'ai des nouvelles de notre monde.

Le général ouvre en grand les yeux en s'écartant de la porte. Le colonel s'engouffre dans le logement de son supérieur.

Le colonel Niiva a du mal à trouver le sommeil, il ne cesse de repenser à son entretien avec Chronaris, il n'arrive pas à chasser l'image de la panthère mécanique venant tourner autour de lui, cela lui glace encore le dos. Niiva ferme les yeux et tente de s'endormir, mais l'image de l'animal mécanique revient le hanter. Le colonel décide de se lever, il se dirige vers son bureau et allume le moniteur.

- Si je n'arrive pas à dormir, autant chercher mon nouveau pilote.

Lysandr et Kayèna sont assis l'un en face de l'autre, ils restent silencieux. Le colonel finit par prendre la parole.

- Les nouvelles ne sont pas réjouissantes.

- Je ne vous le fais pas dire.

- Nous devons aller plus vite pour nous emparer de Goldorak.

- En effet. J'aurais aimé avoir plus de temps.

- Nous n'en avons plus, soupire Lysandr.

- Hélas, fait Kayèna sur le même ton.

- Il nous faut un plan d'attaque.

- Certes, car nous ne pouvons pas attaquer Godlorak et Chronaris de front.

Un silence plane sur la capitale d'Euphor, même s'il fait nuit, la capitale est étrangement calme, aucune âme ne circule. Un couvre-feu est imposé, des patrouilles sillonnent les rues, nuits et jours. Elles recherchent toujours la famille royale. Malgré cela, le roi Actarus a pris le risque de sortir de la cachette, il se tient sur le toit d'un immeuble, il prend une grande inspiration alors que son regard se porte sur la Lune.

- « Je n'aurais jamais pensé vivre une telle situation sur Euphor. Heureusement, que nous avons pris des dispositions, au cas où on serait attaqué. J'espère que tu te trouves là et que tu auras assez de ressources pour vaincre l'envahisseur ».

Actarus prend une grande bouffée d'air avant de quitter le toit.

Chronaris ne dort pas non plus, le visage découvert, il regarde par la fenêtre en direction de la capitale.

- Où se trouve donc la famille royale ? Et si Zota avait raison et qu'elle se trouve loin de la capitale. Comment les retrouver ? Mais, il faut absolument qu'elle soit retrouvée, sinon je risque de me retrouver avec un soulèvement de la population. Et cela je ne peux le tolérer, hurle le tyran.

Sa panthère mécanique dresse la tête et suit du regard son maître qui fait les cent pas dans la pièce.

Le colonel Lysandr a quitté les quartiers du général Kayéna. La femme bleutée fait les cent pas, à chaque fois qu'elle change de direction le bas de sa robe de chambre virevolte.

- Un plan d'attaque, répète-t-elle. Il faut absolument que je trouve un plan d'action !

La femme s'immobilise un instant et regarde vers le plafond, elle pousse un soupir puis se remet à déambuler dans la pièce.

- Affronter Chronaris directement, cela est impossible ! Nous n'avons pas la force nécessaire pour le faire, lance-t-elle à haute voix. Si seulement, j'avais la moindre idée où se cache Goldorak ! J'ai passé assez de temps au palais pour savoir que Chronaris n'en a aucune idée lui aussi. La situation est inextricable ! Le temps joue contre nous ! Il va falloir se lancer à corps perdu dans la bataille, chose que je me refusais à faire jusque-là !

Kayèna s'arrête au milieu de la pièce.

- Je ne vois que cela ! Lors du prochain combat entre Goldorak et un Gat, nous devrons saisir notre change à la fin de la bataille.

Procius s'est levé tôt malgré la nuit agitée qu'il a passée. Il finit de se raser puis enfile ses affaires, il sort de ses quartiers pour prendre son petit-déjeuner au mess. Quand il arrive au réfectoire, ce dernier est quasiment vide. Trois soldats visiblement morts de fatigue sont venus manger un morceau avant d'aller se coucher après leur garde.

Le prince se dirige vers le présentoir après avoir pris un plateau, il y dépose quelques nourritures puis va s'installer à une table. Il avale rapidement son repas, il dépose son plateau à l'endroit prévu puis sort du mess. Procius marche d'un pas rapide et prend la direction du hangar où l'attend Goldorak.

Quand le prince arrive au hangar, il constate avec joie que des tôles métalliques attendent sur des chariots. Un peu plus loin, un groupe d'ingénieurs s'emploie à programmer les machines qui vont s'occuper, en grande partie, de la remise en état du robot géant.

Procius regarde sa machine avec dans les yeux un mélange de tristesse, mais aussi de joie comme celle d'un enfant devant le sapin de Noël.

Sur Euphor, dans le palais royal, Alièna sort de son lit, une quinte de toux lui déchire la poitrine. La jeune femme a les traits creusés par la fatigue, ses joues sont creusées. Les membres qui dépassent de sa chemise de nuit montrent des bras et des jambes décharnés. Une fois sa quinte passée, la fille du chambellan peine à se lever de son lit, une fois sur ses jambes, elle vacille légèrement. Elle se remet à tousser fortement.

- Alièna, lance le chambellan de l'autre côté de la porte de sa fille. Tu ne peux pas aller travailler dans cet état.

La jeune femme se racle la gorge avant de répondre.

- Je le dois, répond-elle. Si je ne me présente pas aux cuisines, nous ignorons ce qu'il adviendra de nous. Et je n'ai aucunement envie de le découvrir.

Le chambellan essuie une larme.

- Tu es en train d'y laisser ta santé, je ne veux pas que tu en perdes la vie.

La porte de la chambre s'ouvre.

- Avons-nous le choix, demande Alièna revêtue de ses affaires de travail. Nous avons encore la chance de vivre dans le palais, pense à tout le reste du personnel qui se trouve quelque part en prison alors qu'on leur avait annoncé qu'ils allaient rentrer chez eux !

- Je le sais… Mais je n'ai aucune envie de te voir partir avant moi.

Le chambellan lui aussi a son apparence qui change, ses vêtements sont propres, mais ils ne sont plus aussi nets et aussi brillants qu'avant. Sa chevelure et sa barbe sont hirsutes et d'un blanc sale.

Procius est adossé dans un coin du hangar, il suit, de loin, la remise en état du robot géant. Des machines découpent, positionnent et mettent en place les différentes couches de métaux qui composent la surface de la machine.

Le prince passe toute la journée au même endroit à suivre les réparations, il ne pense même pas à manger. Il s'étire de temps à autre quand ses muscles le font souffrir. Finalement, les réparations touchent à leur fin en début de soirée. Le robot géant brille par endroits de reflet métallique, ces endroits où les plaques ont été remplacées. Une nouvelle machine s'approche du robot, celle-ci doit repeindre les parties réparées.

Procius se décolle du mur puis fixe Goldorak.

- Te revoilà en selle ! Nous n'allons pas tarder à retourner au combat !

Un peu plus tard dans la nuit, Chronaris se trouve dans ses quartiers, il dort dans son lit, mais il commence à s'agiter. Il se tourne et se retourne pour finalement se redresser les yeux grands ouverts sentant une menace. Il regarde autour de lui, mais tout est calme, sa panthère mécanique dort paisiblement. Le tyran se prépare à se rallonger quand son regard est attiré au pied du lit. Chronaris se glace, une forme se tient devant lui.

- Qui est là ? J'appelle la garde.

- Inutile, mon cher Acturus. Je ne te veux aucun mal, répond la forme avec une voix faisant écho.

- Que me voulez-vous ? Comment connaissez-vous mon prénom, demande le tyran sur ses gardes.

Il jette un rapide coup d'œil à sa panthère, celle-ci continue de dormir.

- Je suis venu te prévenir qu'un danger te menace. Un ennemi invisible et tapi dans l'ombre, il attend une erreur de ta part pour s'emparer de Goldorak.

Un rayon de lune passe par la fenêtre de la chambre, dévoilant un peu plus les contours de la forme.

- Et qui veut donc s'en emparer ?

- HA HA HA ! Voyons ! Réfléchi un peu ! À qui as-tu promis de venir en aide une fois Goldorak en ta possession ?

- Kayèna ?

- Elle n'est pas aussi loin que tu le penses.

- Pourquoi devrais-je vous croire ? Je pourrais vous faire exécuter !

- Tu te tuerais toi-même ?

En disant cela, la forme s'avance et le rayon de lune vient éclairer son visage. Ou du moins le masque qui lui recouvre le visage, le même que Chronaris a une légère différence, ce masque semble plus usé, plus terne et plus sale comme s'il avait subi l'épreuve du feu.

Chronaris écarquille les yeux au moment où la forme semble aspirée dans un tourbillon invisible.

- Qu'est-ce que…

La tête du tyran s'effondre sur l'oreiller.

Chronaris ouvre les yeux, il est en sueur dans son lit. Il passe une main sur son front pour l'essuyer.

- Un cauchemar, mais bien étrange, murmure-t-il.

Au pied du lit, sa panthère ouvre un œil et lève la tête.

Le lendemain matin, le prince se lève un peu plus tard que la veille, son estomac gargouille, car il n'a pratiquement rien mangé depuis son petit déjeuner de la veille. Procius s'installe à une table au mess, il commence à engloutir sa ration alors que deux tables plus loin, un groupe d'homme commence à se plaindre du manque de variété dans la nourriture. Procius les écoute discrètement tout en mangeant, il ne peut pas leur en vouloir, lui aussi commence à trouver les rations écoeurantes, il espère que le jardin hydroponique ne tardera pas à donner des aliments qui changeront l'ordinaire, mais cela n'est pas pour tout de suite malheureusement.

Son petit déjeuner terminé, le prince se rend dans la salle de commandement de la base, à peine a-t-il mis un pied dans la pièce qu'il remarque que l'ambiance est inhabituelle. Il surprend des sourires sur les visages. Les capitaines Knoch et Yamato sont en discussions quand l'un d'eux remarque la présence de Procius.

- Que se passe-t-il, questionne le prince.

- Le vaisseau Kirigan nous a contactés dans la nuit, il sera là dans un peu plus d'une heure, annonce Knoch joyeusement.

- Bonne nouvelle. Je vais me préparer à sortir avec Goldorak pour détourner l'attention de l'ennemi.

- Inutile, intervient Yamato. Il utilise la même méthode que vous quand nous sommes arrivés avec le vaisseau royal.

- En dérive ?

- Exactement. Lors du contact de cette nuit, les hommes de services ont vérifié leurs calculs pour la puissance et la trajectoire.

- Parfait, félicite Procius. Il n'y a plus qu'à souhaiter que tout se passe bien et qu'aucune patrouille ne fasse de zèle et décide de sortir de son parcours habituel.

Le temps commence à s'égrainer dans la salle de commandement, les minutes semblent lentes, chacun attend avec impatience l'apparition du vaisseau sur les radars tout en surveillant la position des forces adverses.

Enfin, un point surgit à la limite du radar.

- Vérifiez sa trajectoire et sa vitesse, ordonne Yamato. Refaites tous les calculs afin d'effectuer des changements s'il y en a besoin avant qu'il soit trop proche.

Aussitôt, des hommes s'installent aux consoles de navigation et commencent leur travail.

Les minutes passent, la joie et l'angoisse se retrouvent mélangées dans l'atmosphère de la pièce. L'un des soldats s'occupant de la navigation vient voir le capitaine Knoch.

- Une correction de 0.000075 degré doit être effectuée, annonce le soldat. Un débris spatial a été oublié lors des précédents calculs cette nuit.

- Transmettez immédiatement la modification au vaisseau.

Et la terrible attente recommence, sur le radar le changement de cap est imperceptible. De nouveau les minutes semblent interminables, le point sur le radar se rapproche lentement.

Enfin, le vaisseau Kirigan se présente à l'entrée du tunnel, Procius se rend sur place rapidement, quand il arrive sur place le vaisseau finit ses manœuvres d'accostages. Le prince remarque que le vaisseau s'est doté de deux capsules de sauvetage. Certes, ces capsules sont en triste état, mais c'est déjà mieux pour éviter d'attirer l'attention. Le capitaine Knoch arrive en compagnie d'autres hommes. Le sas du vaisseau s'ouvre, l'officier pilote s'approche et vient saluer le prince.

- Nous avons fait le plein de nourriture, déclare-t-il.

Immédiatement, des cris de joie résonnent dans le hangar.

- Nous avons aussi quelques pièces mécaniques, ajoute-t-il.

- Félicitations, déclare le prince chaleureusement. Avez-vous rencontré des problèmes ?

- Aucun.

- J'ai constaté que vous avez aussi mis la main sur deux capsules.

- Elles sont fonctionnelles, mais auraient besoin d'une bonne révision quand même et d'un bon coup de peinture.

- La maintenance va s'en occuper.

Le prince attire à l'écart le pilote pendant que le capitaine Knoch donne des instructions pour le déchargement des marchandises.

- Dites-moi, avez entendu parler de la situation de notre planète, reprend Procius.

- Nous n'avons pas trop posé de questions, nous avons laissé traîner nos oreilles.

- Et ?

- Rien de concret. Beaucoup de rumeurs et d'inexactitudes. Apparemment, il n'y a aucun contact avec Euphor. Un véritable blocus au niveau information et commerce recouvre notre planète. Je suis navré, nous n'avons rien appris de plus.

Le prince a le visage légèrement contrarié.

- Cela ne fait rien, je m'y attendais, mais j'aurais aimé savoir si je pouvais trouver des alliés.

Le capitaine Knoch regarde en direction du prince.

- Je crois que le capitaine Knoch a besoin de votre manifeste pour effectuer le déchargement, fait Procius. Allez-y, tout le monde est impatient de goûter à vos provisions.

Le pilote salue le prince avant de s'éloigner vers Knoch.

- « C'est bien ce que je redoutais, les autres mondes se perdent en conjecture. Je crois que je ne vais pouvoir compter que sur moi pour sauver Euphor. Pourtant, un peu d'aide aurait été bien venu. »

Pendant ce temps, sur Euphor, le roi Actarus doit rencontrer Numéro 1 dans une autre galerie sous la ville. Le roi est conduit dans les souterrains par une jeune fille tenant dans ses mains une lampe torche. Actarus observe les parois tout en la suivant.

- « Si je ne fais pas erreur, nous devons nous trouver dans les anciennes galeries ayant servi à la construction du réseau d'énergie, se dit-il. Celles en activité et entretenues doivent se trouver à quelques mètres de l'autre côté de cette roche ».

- Nous arrivons, déclare subitement la jeune fille.

Actarus voit une porte au bout du chemin.

- Vous êtes attendu de l'autre côté, fait son guide en rebroussant chemin.

Le roi regarde la jeune fille s'éloigner de quelques pas avant de s'avancer vers la porte. Cette dernière est en bois, Actarus l'ouvre avec précaution, car elle semble vermoulue. Le roi arrive dans une cavité de taille moyenne, il y jette un regard circulaire rapide. La cavité est une ancienne salle de repos qui a été utilisée lors de la reconstruction de la planète et l'installation des réseaux énergétique. À l'intérieur se trouve Numéro 1 en compagnie d'une dizaine de personnes. Le cinquantenaire se dirige vers le roi pour le saluer pendant que les autres vont s'installer autour d'une vieille table tout aussi vermoulue que la porte.

- Mon seigneur, fait Numéro 1. Voici quelques personnes que j'ai sélectionnées pour servir d'émissaire.

Actarus passe un rapide regard sur le groupe attablé.

- Ce n'est que le premier groupe, s'empresse d'ajouter le cinquantenaire.

- Vous leur avez expliqué ce que l'on attend d'eux ?

- Rapidement. Si vous voulez leur donner d'autre instruction…

Actarus lève une main pour interrompre Numéro 1.

- Allons les rejoindre.

Le roi s'installe à la table, aussitôt tout le monde se lève.

- Restez assis, lance Actarus. Vous savez ce que l'on attend de vous ?

Le cinquantenaire s'assoit à son tour alors que personne n'ose parler.

- Vous pouvez répondre, tonne Numéro 1.

- Vous voulez nous envoyer dans d'autre contrée pour prendre contact avec les autres mouvements de résistance, fait une femme.

- C'est exact, sourit le roi. Mais ce n'est pas tout.

Actarus se met à expliquer en détail ce qu'il attend d'eux.

Chronaris observe son visage dans le reflet de la glace de la salle de bain.

- Ai-je rêvé cette nuit ? Où cette apparition était bien moi venant d'un autre temps ou d'un autre univers ?

Le tyran semble attendre une réponse venant du miroir.

- Pourquoi, ma panthère n'a rien détecté ?

À nouveau, il plonge son regard dans celui du reflet, mais aucune réponse ne vient.

- Suis-je en train de perdre la tête ? L'évasion de la famille royale me perturbe-t-elle à ce point ?

Chronaris met son masque.

- Kayèna serait-elle sur le point de revenir ou est-elle déjà sur la planète ? Une chose est sûre, je ne la laisserai pas s'emparer de Goldorak !

Le tyran sort de la pièce.

La réunion dans l'ancienne salle de repos touche à sa fin.

- Vous avez tous ce que vous avez à faire, fait Actarus. Je vous souhaite bonne chance et je souhaite tous vous revoir.

Le roi se lève, immédiatement l'assemblée en fait de même. Numéro 1 s'approche d'Actarus.

- Alors, qu'en pensez-vous ?

- Je souhaite qu'ils mènent leurs missions à bien.

- Je suis certain qu'ils y arriveront. Je les connais tous personnellement, certains sont même des miens.

Le roi est légèrement perturbé par ce qu'il vient d'apprendre, mais il n'affiche rien.

- Je continue à rechercher de nouveau candidat, ajoute Numéro 1. J'espère pouvoir vous présenter un nouveau groupe bientôt.

- Faite votre sélection, sans vous précipitez. Nous avons le temps.

- Le temps, s'étonne le cinquantenaire.

- L'envahisseur ne partira pas tout seul hélas, fait le roi avec un sourire ironique. « Je souhaite surtout que nous n'ayons pas besoin d'intervenir. Pourvu que Procius vienne à bout de Chronaris sans l'aide de la résistance ! » .

Actarus franchit la porte vermoulue. La jeune fille attendait dans la galerie, en le voyant elle se lève.

- Je vous reconduis, demande-t-elle simplement.

- Après vous, répond le roi en souriant.

De l'autre côté de la planète, le général Kayèna ne trouve pas le sommeil. La femme à la peau bleue tourne dans ses quartiers. Aucun pansement ne recouvre ses blessures qui sont en voie de guérison.

- Les nouvelles de notre monde ne sont pas bonnes, dit-elle à haute voix. Je ne vois pas de solution ! Il n'y a aucune alternative. Pour en finir au plus vite, nous allons devoir affronter Goldorak et Chronaris en même temps ! Mes troupes sont-elles assez nombreuses et aguerries pour accomplir un tel exploit ? Combien de perte vais-je avoir ? Ce combat sera-t-il vain ?

La jeune femme s'assoit sur le lit avant d'enfouir sa tête entre ses deux mains.

Le général Zota est dans son bureau quand la porte s'ouvre violemment, il lève la tête pour voir surgir Chronaris encadré par sa garde personnelle et de sa panthère mécanique. Le général se lève prestement pour le saluer.

- Maître. En quoi puis-je vous être utile ?

- La famille royale ? L'avez-vous retrouvé , demande sèchement le tyran.

- Nous n'avons aucune piste pour le moment.

- Je me demande pourquoi vous êtes encore à mon service, explose Chronaris. Pourquoi ne retrouve-t-on pas ces évadés !?

- Nos troupes fouilles la capitale et au-delà, mais nous n'avons aucune piste et toutes les personnes que nous interrogeons ne nous apprennent rien.

- Je veux des résultats ! Utilisez la torture s'il le faut !

Zota est surpris par cet ordre, mais il reste de marbre.

- Il en sera fait suivant vos ordres, répond simplement le général.

Chronaris observe un instant le général.

- Je compte sur vous, lance le tyran avant de quitter les lieux.

Une fois seul, le général s'effondre sur son siège.

- Nous devons absolument retrouver la famille royale ou la situation va devenir explosive, soupire-t-il.

Le colonel Niiva se trouve dans son bureau dans le hangar secret, il lit une feuille pendant que se tient au garde-à-vous un humanoïde à tête de pieuvre.

- Vous avez fait un score plus qu'honorable sur le simulateur, lance Niiva.

- Je vous remercie colonel, répond le soldat stoïquement.

- Savez-vous pourquoi je vous ai convoqué ?

- Je l'ignore.

- Alors, félicitations ! Vous allez être le prochain pilote de mon Gat.

En disant cela, Niiva désigne la machine en construction. Le soldat ne manifeste aucune expression.

- Cela ne vous fait pas plaisir, demande le colonel.

- Je suis flatté d'un tel honneur.

- Nous commencerons l'entraînement dès que vous serez passé par les fournitures pour toucher votre nouvel uniforme. Vous êtes promu, félicitations lieutenant-colonel.

- Merci.

- Rompez !

Le soldat effectue un salut avant de quitter le bureau. Le colonel le regarde s'éloigner.

- « J'espère avoir plus de chance avec celui-ci, se dit Niiva. Surtout, que je ne refasse pas la même erreur ! »

Le colonel vient se placer devant la baie vitrée de son bureau, il observe l'assemblage de la nouvelle machine de combat. Il reste là quelques secondes avant de regagner le bureau pour y dérouler un plan.

- Pourvu que ce soit le dernier Gat que j'assemble. Il faut qu'il batte Goldorak !

Le regard du colonel brille d'un étrange éclat.

Actarus suit la jeune fille dans les galeries, soudain elle s'immobilise et lui fait signe de ne rien dire et de se cacher en éteignant sa lampe. Le roi se demande la raison avant d'entendre des bruits qui résonnent.

- Ils font trop de bruit pour que ce soit des nôtres, murmure la guide.

Des raies de lumières sont perceptibles au bout de la galerie. La jeune fille se retourne pour regarder le roi, elle pointe du doigt le haut de la galerie. Actarus lève la tête et distingue les contours d'un puits d'aération. Le roi hoche la tête. Il se redresse prudemment et avance vers le puits, une fois en dessous il bondit à l'intérieur. Il écarte ses membres pour prendre ses appuis dans le conduit, il baisse la tête et voit sa guide qui l'observe.

- Viens, murmure le roi. Nous pouvons tenir à deux.

- Je suis incapable de sauter aussi haut. Je vais aller me cacher plus loin.

Actarus change de position, il se baisse pour lui tendre une main.

- Agrippe-toi à ma main.

Les bruits de pas se rapprochent rapidement. La jeune fille semble hésiter un instant avant de prendre ses appuis pour sauter, elle manque la main du roi, dans ses yeux la panique surgit.

- Reprends ton calme et refais un essai, fait Actarus.

La guide se calme rapidement avant de plier ses jambes pour se propulser, cette fois leurs mains se joignent. Aussitôt, le roi la tire dans le conduit d'aération. Actarus grimace légèrement, il craint de manquer de force, mais il arrive à faire grimper la jeune fille. Un rayon de lumière vient explorer la galerie où ils se trouvaient au moment où les pieds de la guide disparaissent. Au bout du couloir, des soldats en blancs surgissent.

- C'est un vrai labyrinthe, lance une voix.

- Nous n'avons même pas de plan, fait une autre.

- Nous devons tout fouiller, déclare une voix énergique, sûrement le chef de la section. Ce sont les ordres !

Actarus et la jeune fille baissent la tête, ils peuvent voir des rayons explorer leur galerie.

- Encore une nouvelle direction ! Que faisons-nous ?

- Faites un repère, ordonne le chef. Nous verrons plus tard, restons groupés pour l'instant.

Les soldats s'éloignent, les bruits de pas se font de plus en plus distants. Actarus et son guide attendent quelques minutes par sécurité avant de descendre du puits avec précaution.

- Soyons prudents, fait la jeune fille en allumant sa lampe.

Ils se remettent en marche. Actarus observe les parois, il se rend compte que les parois sont bien lisses et découper de façon nette, rien à voir avec la galerie.

- « Nous sommes dans une ancienne carrière, se dit-il. Je n'avais pas remarqué cela tout à l'heure. Cela communique-t-il ensemble ? Serions-nous dans les anciennes carrières de pierres ayant servi à la construction du premier palais et de la capitale ? ».

Le roi est tiré de ses pensées quand il entend plusieurs cris au loin derrière lui, la jeune fille se retourne vers lui avec un sourire.

- Les soldats ont dû tomber dans l'ancien collecteur d'eaux, annonce-t-elle fièrement. Ils ne risquent pas de remonter.

- « Le collecteur d'eaux ? Dans une carrière ? ».

Soudain, Actarus ouvre en grand les yeux.

- Ça ne va pas, s'inquiète la jeune fille.

- Non, ça va, une idée vient de me traverser l'esprit.

La jeune fille le dévisage puis hausse les épaules avant de reprendre sa route, le roi lui emboîte le pas.

- « Serait-ce possible ? J'ai toujours pensé que c'était une légende, mes parents m'ont raconté cette histoire quand j'étais enfant. Il y aurait plus d'un millier d'années, les habitants d'Euphor se seraient réfugiés sous la surface à cause d'un gros changement climatique, une ville souterraine aurait été construite ainsi qu'un grand réseau sous la surface. Je croyais que ce n'était qu'une histoire, car aucune trace n'a jamais été découverte. Se pourrait-il que mes ancêtres s'en soient servies après comme carrière pour édifier la capitale ? Et que j'en ai fait de même sans le savoir !?».

- Je vous laisse ici, annonce brutalement son guide. Suivez ce couloir et vous vous retrouvez dans… votre habitation, hésite-t-elle.

Le roi sort de ses songes.

- Bien, je vous remercie, mais je n'ai pas de lampe.

La jeune fille grimace et commence à fouiller dans ses poches. Elle en sort un bâton transparent, d'une dizaine de centimètres, qu'elle casse par le milieu, celui-ci se met à briller.

- C'est tout ce que je peux vous fournir, s'excuse-t-elle.

- Cela ira, répond Actarus en prenant l'objet. Merci encore.

Le roi s'enfonce dans le couloir qu'on lui a indiqué avec le bras bien en avant pour s'éclairer avec le bâton lumineux.

La nuit artificielle est tombée sur la base lunaire, Procius se rend au mess pour prendre son repas du soir, quand il pousse la porte du réfectoire, il est surpris par l'ambiance qui y règne. Pratiquement tous ceux qui ne sont pas de services se retrouvent ici, c'est la fête, on mange, on rit. Le capitaine Yamato fend la foule pour venir rejoindre le prince.

- Voilà qui fait du bien au moral des hommes, annonce-t-il.

- Je vois. Que se passe-t-il ?

- Nous avons organisé une fête pour célébrer le retour du vaisseau et de sa cargaison de nourriture fraîche.

- Excellente idée ! Mais ne consommez pas tout en une fois, plaisante le prince.

- Venez vous joindre à nous, fait Yamato en entraînant le prince par le bras.

Le capitaine l'entraîne jusqu'à une table au milieu de la pièce. Le capitaine Knoch y est assis, mais il semble triste.

- Un problème, fait Procius à Yamato.

- Aucun, c'est juste qu'il a l'alcool triste.

Yamato s'assoit en donnant une grande claque dans le dos de l'autre capitaine.

- Allez ! Ne faites pas cette tête !

Le capitaine en profite pour servir un verre au prince.

- Vous n'allez pas refuser de trinquer avec nous !

- Juste un verre, prévient Procius.

Un serveur dépose un plat de nourriture sur la table.

Le lendemain matin, Procius se réveille dans son lit, sa tête lui fait mal.

- Aie ! Pourtant, je n'ai bu qu'un seul verre.

Il s'extirpe du lit pour se traîner jusqu'au cabinet de toilette. Le prince n'a bu qu'un seul verre, mais l'ambiance était très bruyante, quand il a rejoint ses quartiers la tête le lançait déjà et le sommeil n'a pas arrangé la chose.

Le général Zota lit les rapports de la nuit dans son bureau, quand Chronaris y fait éruption comme la veille.

- Des nouvelles des évadés, demande le tyran avant que le général ait le temps de se lever.

Zota se dresse sur ses jambes avant de répondre.

- Toujours rien, mais…

- Mais quoi ?

- Une escouade est manquante. Nous ignorons la raison.

- Serait-elle tombée dans une embuscade ?

- Rien ne l'indique. Nous n'avons aucune indication pour le moment, des sections sont à leur recherche.

- Quelle ironie ! Mes soldats qui cherchent les soldats chargés de retrouver la famille royale ! Comment voulez vous avancer dans vos recherches !

- Vous suggérez que je fasse cesser les recherches de l'escouade ?

- Je n'ai pas dit cela, mais ne gâchez-vous pas des ressources inutilement ?

- C'est possible sauf si l'escouade manquante a trouvé une piste et qu'elle la suit.

Chronaris semble se calmer en entendant cet argument.

- Peu probable, admet le tyran. Mais si pour une fois la chance était avec nous.

Alèna se trouve dans la cuisine du palais, sa pâleur s'est encore accentuée. Elle transpire à grosse goutte à cause de la chaleur. La jeune femme vacille alors qu'elle porte un gros fait-tout d'une plaque de cuisson à une autre à un autre endroit de la cuisine.

- Hé ! Ne va pas le faire tomber, lance le chef cuisinier.

La jeune femme concentre toutes les forces qui lui restent pour arriver à l'autre plaque de cuisson. Elle pousse un soupir quand elle se sépare de son fardeau. Elle passe une main sur son front pour y retirer la sueur quand soudain le sol se dérobe sous ses pieds, elle chute lourdement sur le sol de la cuisine.

Alièna reprend conscience dans son lit, à côté d'elle se trouve le chambellan.

- Qu'est-ce que je fais ici demande-t-elle d'une petite voix.

- Tu es tombé dans la cuisine.

La jeune fille tente de se lever, son père l'en empêche.

- Tu dois rester alité, lui ordonne-t-il.

- Je dois retourner à ma tâche, proteste-t-elle. Si je reste ici, que va-t-il nous arriver ?

- Nous verrons cela plus tard.

Le grand moment est enfin venu pour le jeune Zeka, la course à pied du vaisseau va bientôt débuter. Le jeune homme porte un tee-shirt avec un numéro et un cuissard. Le fils du général Zota s'étire et s'échauffe, les autres concurrents font la même chose. Il y a foule sur le point de départ, à croire qu'une grande partie du vaisseau amiral participe à la course. La plupart sont là pour regarder où encourager quelqu'un. Le capitaine Logs est là aussi, il doit donner le départ de l'épreuve. Le parcours traverse le vaisseau d'une extrémité à l'autre dans sa longueur, une fois arrivée au bout le parcours revient au point de départ qui devient alors l'arrivée. Les coureurs sont invités à rejoindre la ligne de départ. Les participants se mettent en place, Zeka échange des encouragements avec des camarades. L'agitation laisse place au calme, les participants sont en ligne. Le capitaine Logs donne le départ et les coureurs s'élancent.

- Je vais te préparer quelque chose de bon et de copieux, annonce le chambellan.

- Ne fais pas de folie, fait Alièna étendue sur son lit. Ne va pas mettre en péril notre réserve de nourriture pour cela.

À peine a-t-elle fini sa phrase que des coups résonnent à la porte de leur quartier. Le chambellan quitte la chambre de sa fille pour aller ouvrir.

- Général Zota, s'étonne le vieil homme. En quoi puis-je vous être utile ?

Le général force le passage pour entrer dans le logement.

- On m'a signalé un incident avec votre fille dans les cuisines. Le seigneur Chronaris m'envoie pour de plus amples informations.

- En effet, bredouille le chambellan. Elle a perdu connaissance, elle est à bout de force.

Alièna sort de sa chambre, la jeune femme n'est pas stable sur ses jambes qui sont devenues squelettiques.

- Je suis prête à assumer ma faute, articule-t-elle. Mais laisser mon père en paix, je vous en prie.

Le général la détaille des pieds à la tête, comme s'il avait affaire à une inconnue.

- Il n'est aucunement question de sanction pour l'instant. Le seigneur veut savoir ce qui s'est produit.

- Comme vous pouvez le constater, intervient le chambellan. Ma fille n'est pas en bonne santé en ce moment.

- Les rations ne sont pas suffisantes ?

- Les rations, lance Alièna. Si au moins nous les avions ! Ce que nous recevons pour notre peine n'est même pas la moitié d'une ration de soldat.

- Que dites-vous, s'étonne le général.

- Je dis que pour le travail de mon père et le mien, ce que nous recevons pour nous deux n'est même pas une ration pour un soldat. Nous n'avons que des restes et encore c'est un bien grand mot.

- Je vois. Une ou plusieurs personnes détournent vos rations. Je vais faire le nécessaire pour que les coupables soient punis. En attendant, je vous relève de service durant quelques jours le temps que vous alliez mieux. Vos rations vous seront remises, je vais faire venir un médecin.

- Nous vous remercions général, fait le chambellan très ému.

- Le seigneur souhaite vous avoir à son service. Je ne fais qu'agir dans l'intérêt de mon maître.

Le général sort des quartiers du chambellan, il se met à marcher d'un pas rapide dans le couloir.

- « Des hommes qui volent la nourriture des autres, je ne peux le permettre, pense Zota. Voilà une chose de découverte, mais je me demande pourquoi Chronaris m'a envoyé voir cette fille ? Serait-elle importante à ses yeux ? Étrange… » .

Alors que Zeka court d'un bon rythme, le jeune homme est surpris par la foule massée tout le long du couloir. L'adolescent voit l'extrémité du couloir et la zone de ravitaillement, une fois à la bonne hauteur, il saisit une gourde et une barre énergétique. Il engloutit la barre avant d'avaler une gorgée. Il arrive ainsi à mi-parcours, il se trouve dans le peloton de tête composé d'une dizaine de participants.

- « Allez ! Tu peux y arriver, se dit-il pour se motiver ».

Zeka garde son rythme régulier tout en courant avec la gourde dans l'une de ses mains.

Le colonel Niiva se trouve dans la salle du simulateur en compagnie du pilote à tête de pieuvre.

- Les commandes sont identiques à celle que vous aurez dans le Gat, annonce le colonel. Vous avez étudié leur fonctionnement. Maintenant, voyons si vous savez les utiliser.

Le pilote entre dans le simulateur, il s'installe calmement et passent ses mains sur les commandes comme pour vérifier que tout est bien à sa place. Pendant ce temps, Niiva se place devant la console pour lancer la simulation.

Zeka commence à suer abondamment, mais il garde son rythme, lentement mais sûrement il se rapproche de l'arrivée et remonte les autres concurrents. Malgré la préparation, ses jambes commencent à être douloureuses. Le jeune homme ne change pas son rythme, il remonte à la troisième place. Il avale une gorgée qui vide la gourde, comme elle ne lui est plus d'aucune utilité, il l'a jette sur le coté. La ligne d'arrivée se profile, mais elle est encore à une bonne distance.

- « Tu peux le faire, se lance-t-il mentalement ».

Sans s'en rendre compte, il prend la deuxième position, il se rend à peine compte des encouragements de la foule pour les participants. Il voit la ligne se rapprocher rapidement, finalement, il la franchit et soupire de soulagement d'avoir fini. Il cherche son parrain dans la foule. Il finit par apercevoir le capitaine Logs dans la foule qui le félicite avec un geste de la main. Zeka comprend qu'il est arrivé premier quand on le félicite et qu'on le pousse vers le podium.

Le prince Procius se trouve dans le poste de pilotage, dans la tête, de son robot. Il vérifie le fonctionnement de sa machine. L'instrumentation ne révèle aucun défaut, mais par sécurité le prince effectue une série de tests. Goldorak répond correctement à la moindre sollicitation. Le prince saute du poste de pilotage, une fois au pied de ma machine il lève la tête pour la regarder.

- Te revoilà en état de combattre, sourit-il. Il ne reste plus qu'à te remettre dans ta soucoupe.

Après un dernier regard, Procius quitte le hangar pour rejoindre la salle de commandement.

Quand il arrive au centre névralgique de la base lunaire, le prince voit le capitaine Yamato qui se tient droit comme à son habitude, mais sur son visage, on devine les restes d'alcool que son organisme n'a pas encore éliminé.

- Le capitaine Knoch, n'est pas présent, s'étonne le prince.

- Il est… souffrant.

- Ah !

Procius lance un regard circulaire dans la pièce, une majorité du personnel travaille avec fébrilité à cause de la fête de la veille, le manque de sommeil et la boisson ont fait leurs œuvres.

La famille royale est réunie dans ce qui leur sert de chambre dans leur cachette souterraine.

- Tu ne nous as pas raconté comment s'est passée ta réunion avec… comment déjà, fait Phénicia. Le chef de la résistance…

- Numéro 1, répond Actarus.

- Voilà, Numéro 1.

- Il souhaitait me présenter les premiers émissaires que nous envoyons à la rencontre des autres mouvements.

- Et alors, demande Vénusia.

- Ce sont des gens très engagés dans la cause. Je souhaite qu'ils mènent à bien leur mission et qu'ils reviennent tous.

- Tu ne réponds pas vraiment à ma question, fait la sœur du roi.

- Je leur ai rappelé ce que l'on attendait d'eux. Ce n'était qu'un premier groupe, Numéro est en train de faire des sélections pour le suivant. Grâce à cela, nous pourrons mener des actions conjointes et simultanées entre ces mouvements de résistance.

Actarus fait signe aux deux femmes de se rapprocher.

- J'espère simplement, murmure-t-il. Que tous ces préparatifs seront en vain et que Goldorak aura réglé le problème avant.

- Tu crains qu'on nous espionne, demande Vénusia en chuchotant.

- Restons vigilants, répond simplement le roi. Beaucoup de personnes de ce premier groupe, reprend-il d'une voix normale, sont des connaissances proches de Numéro 1. Aucun doute, qu'ils lui seront fidèles et qu'ils iront au bout de leur tâche.

Le colonel Niiva suit le combat, virtuel, entre son Gat et Goldorak sur un écran dans la pièce située à côté de la cabine de simulation. Le pilote à tête de pieuvre domine le combat.

- Si seulement c'était le vrai combat, lâche le colonel en tordant sa badine entre ses mains.

Sur l'écran, Goldorak explose.

- Parfait, exulte le colonel avec le regard brillant.

La porte du simulateur s'ouvre sur le lieutenant-colonel. Une fois sorti, il se met au garde-à-vous.

- Félicitation, lance Niiva. Vous avez une nouvelle fois remporté le combat.

- Je fais de mon mieux afin de remporter la victoire.

- Tous nos espoirs reposent sur vous ! Il faut que vous puissiez accomplir la même chose face au vrai Goldorak.

- Je ferais de mon mieux, répond l'humanoïde à tête de pieuvre.

- Rompez, ordonne Niiva. Allez vous reposer. Nous reprendrons demain !

Sans un mot, le pilote salue avant de quitter la pièce. Le colonel le regarde s'éloigner un instant.

- « Quand je dis tous nos espoirs, je veux bien sûr parler des miens, pense Niiva. Une fois débarrassé de Goldorak, je pourrais enfin prétendre à la place qui me revient ! » .

La nuit commence à tomber sur le palais d'Euphor, le général Zota se trouve dans ses quartiers privés. Il est assis à son bureau pour effectuer une vidéoconférence.

- Je savais que tu ferais de ton mieux, mais quand Logs m'a annoncé que tu avais remporté la compétition, j'ai mis un instant à réaliser.

- Moi aussi, plaisante Zeka. Je ne l'ai compris qu'au moment où l'on m'a conduit au podium et demandé de grimper sur la plus haute marche.

Sur le moniteur, l'adolescent a le visage fatigué.

- Je suis fière de toi, même si tu n'avais pas gagné. Tu as été au bout de ton idée, rien que pour cela je te félicite !

- Merci père. Je suis heureux que vous m'ayez contacté, mais je vais devoir terminer cette conversation.

- Quelque chose ne va pas ?

- Tout va bien. J'ai juste besoin de récupérer. Je ne m'attendais pas à être si épuisé. Je vais donc me coucher tôt.

- Je comprends, repose-toi bien.

Le jeune homme fait à petit signe à son père avant de clôturer la communication.

Non loin de là, dans sa chambre, le tyran Chronaris se tient devant la fenêtre. La panthère mécanique est assise à ses pieds.

- Où se trouvent-ils ? Il faut que je les retrouve absolument !

Chronaris se fige, dans le reflet de la vitre, il a l'impression que quelqu'un se tient derrière lui dans la pièce. Sans un mouvement, il baisse les yeux vers son animal de compagnie, celui-ci regarde toujours dehors et ne réagit pas à cette présence. Le tyran se dit qu'il a rêvé, mais le reflet est toujours présent dans la vitre. Le tyran plonge discrètement une main dans ses poches, il y saisit une petite arme de poing. Une fois l'arme bien en main, il se retourne vivement en pointant l'arme sur son visiteur. Chronaris se retrouve face à face avec son écho.

- Ne t'occupe pas de la famille royale pour l'instant, lance son image. Il y a plus important.

- Kayèna, demande le tyran.

- Oui ! Cette maudite femme veut s'emparer de Goldorak.

- Malgré notre accord ?

Le double éclate de rire.

- Ne me fais pas croire que tu avais l'intention d'honorer ton accord, lance l'image.

Chronaris reste silencieux.

- Méfie-toi ! Reste sur tes gardes ! Elle ne va pas tarder à passer à l'action !

- Quand ? Que va-t-elle faire, demande Chronaris.

Le tyran n'obtient pas de réponse, car son écho disparaît dans un tourbillon. Chronaris baisse son arme en même temps que son regard. Il découvre sa panthère mécanique qui semble l'interroger du regard.

Procius se trouve dans le hangar où Goldorak a été remis en état. Il est au pied du vaisseau. Le robot géant a regagné la soucoupe porteuse.

- Passe une bonne nuit. Il faut que tu sois en forme pour demain.

Le prince pose une main sur la soucoupe, il ferme les yeux quelques secondes.

- Demain ! Nous passons à l'attaque, lance Procius.

Le général Kayèna est sorti sur la plage de l'île déserte, l'aube pointe à l'horizon, mais la femme bleutée a son regard plongé dans les étoiles. Le général Lysandr s'approche lentement.

- Que ce ciel est beau, déclare le général. Si ce n'est la position des étoiles, on pourrait se croire sur notre monde.

- C'est vrai, que cette île et ce ciel me rendent nostalgique, confirme Lysandr.

- Dommage…

- Dommage ?

- Que nous sommes ici pour livrer un combat.

- Regretteriez-vous les engagements que vous avez pris envers nos dirigeants ?

La femme se retourne avec un regard sévère.

- Pas le moins du monde ! Douteriez-vous de mon allégeance à notre monde ?

- Ce n'est pas ce que je voulais insinuer, mais depuis quelque temps, je vous sens nostalgique.

- Ce n'est pas de la nostalgie, mais de la lassitude. Depuis combien de temps sommes-nous dans l'armée ?

- Bien trop longtemps, répond Lysandr en secouant la tête de dépit. Je saisis plus que vous ne le pensez votre sentiment, mais nous ne pouvons pas baisser les bras, nous sommes si proches de nous emparer de Goldorak. Grâce à lui notre monde ira mieux.

- Je le souhaite ardemment ! Mais Goldorak n'est pas encore entre nos mains.

Le soleil se lève dans le dos du général, ne laissant plus voir que sa silhouette.

- Je prie nos Dieux pour qu'une attaque ait lieu rapidement, déclare la femme. Car notre monde n'en a plus pour longtemps.

- Nous y arriverons !

- Que nos divinités puissent vous entendre !

La porte de la chambre d'Alièna s'ouvre, un médecin militaire en sort, le chambellan se dirige vers l'homme de science.

- Alors ? Comment va-t-elle ?

- Elle doit encore garder la chambre pendant quelques jours, répond le docteur. Il faut qu'elle reprenne des forces, mais elle ne doit pas trop manger, il lui faut des portions raisonnables.

- J'y veillerais. Et pour son travail, que va-t-il se passer ?

Le médecin regarde le chambellan avec surprise.

- Ceci ne dépend pas de mon ressort.

- Évidemment, s'excuse le vieil homme. Mais sera-t-elle capable de reprendre sa place ?

- Avec une bonne alimentation sans aucun doute.

La base lunaire est encore dans sa phase de nuit quand le prince se lève. Il se rend au mess désert à cette heure, personne dans la salle et dans la cuisine. Procius passe dans la cuisine pour se préparer un petit-déjeuner. Une fois son repas ingurgité, le prince se rend dans la salle de commandement de la base. Le personnel qui s'y trouve est légèrement surpris de voir Procius, à cette heure si matinale. L'officier de permanence vient à sa rencontre.

- Mon seigneur. Puis-je faire quelque chose pour vous ?

- Je voudrais simplement consulter la carte des dernières positions relevées des forces adverses au sol.

L'officier s'exécute sans poser de question, après un instant, il tend une tablette au prince. Procius la prend et la consulte pendant un instant avant de la rendre au militaire. Dans le fond de la pièce, un soldat ne peut réprimer un bâillement sonore.

- Merci, fait-il à l'officier.

Puis en haussant légèrement la voix.

- Courage messieurs ! La relève est proche, lance Procius avant de sortir.

Quelques minutes plus tard, le prince se retrouve dans le poste de pilotage de la soucoupe. Il actionne le clavier virtuel de l'ordinateur de bord.

- Parfait ! Les coordonnées ont bien été transférées.

Procius abaisse la visière de son casque puis il lance la procédure du décollage.

Sur le vaisseau amiral de la flotte, le soldat préposé aux radars a sa tête qui plonge de temps à autre. Il attend avec impatience la fin de son quart. Un bref instant, ses écrans se brouillent, le soldat ne réagit pas, mais quand l'image revient il bondit sur son siège.

- Goldorak en approche, hurle-t-il.

Le général Zota dort quand un signal retentit dans sa chambre. Le général grogne et tourne dans son lit alors que le signal continue de retentir. Finalement, Zota se réveille, il quitte son lit pour rejoindre son bureau et actionne la console.

- Quoi, demande-t-il encore endormi.

- Goldorak vient d'être repéré, annonce un soldat. Il descend vers la planète.

Le sommeil du général vient d'être balayé d'un coup.

- Faites décoller les navettes ! J'arrive !

Goldorak approche de l'ionosphère.

- Pour l'instant, aucune résistance. Si le retour pouvait se passer aussi bien, mais ne rêvons pas.

Le général Zota pénètre en trombe dans la salle de commandement du palais.

- Les navettes ont-elles décollé, demande-t-il immédiatement.

- Une première escadrille a pris son envol. Les suivantes ne devraient pas tarder, les pilotes viennent d'arrivée dans les hangars.

- « Je me demande ce qui se passe ? Une attaque avant le lever du jour ! Au moment où les troupes sont le plus fatiguées. Stratégiquement, c'est bien joué, mais dans quel but ? ».

- Devons-nous avertir le pilote du Gat, questionne un soldat.

Zota sort de ses pensées.

- Le Gat ? Une de ces machines est opérationnelle ? Je n'ai pas été averti !

Le soldat fait un signe positif de la tête.

- Bien. Dans ce cas qu'il se prépare au combat !

Chronaris est réveillé par le bruit des navettes passant au-dessus du palais et le bruit des troupes dans les jardins.

- Que se passe-t-il ?

Le tyran se lève et va à la fenêtre, il voit ses troupes prendre position et les défenses antiaériennes se mettent en marche.

- Il se passe quelque chose.

Sur l'ile desserte, l'aurore commence à poindre. La femme à la peau bleutée sort, du cabinet de toilette de ses quartiers, enroulée dans une grande serviette laissant voir certaines blessures. Ses cheveux sont humides et ruissellent légèrement. Soudain des coups sont donnés sur sa porte.

- Qui est-ce ?

- Lysandr !

Kayèna est surprise, elle ressert sa serviette avec une main avant d'entrouvrir la porte pour y passer sa tête.

- Que vous arrive-t-il, demande-t-elle en voyant le colonel essoufflé.

- Goldorak ! Nous avons capté une transmission ! Goldorak descend sur Euphor.

- Goldorak, s'exclame-t-elle en lâchant sa serviette qui tombe au sol. Je veux que toutes nos navettes soient prêtes à décoller dans dix minutes !

Kayéna ouvre en grand la porte et commence à marcher dans le couloir. Le colonel Lysandr se précipite pour la dépasser et vient se planter devant elle.

- Quoi encore, demande le général avec énervement.

- Euh… Hum… Je crois que vous devriez vous vêtir avant d'aller plus loin.

Le général baisse les yeux et constate sa nudité.

- Certes, admet-elle. Même si cela avait pû galvanisé nos troupes, ajoute-t-elle en plaisantant.

- Où sont les navettes, demande Zota avec force.

- Elles se dirigent vers Goldorak, répond un soldat.

Au même instant dans Goldorak.

- Je sais que j'attaque avant le lever du lit, mais c'est trop calme.

Procius voit surgir des points lumineux sur sa trajectoire. Il baisse le regard vers son radar qui n'indique rien pour le moment.

- Un effet d'optique ?

À peine finit-il sa phrase que des points surgissent sur l'instrument. Le nombre d'ennemis grossit rapidement.

- Mon vieux Goldorak, c'est le moment de te montrer en grande forme !

Les navettes approchent rapidement, dès qu'elles sont à distance de tirs, elles ouvrent le feu.

- Missilles Gamma ! Pulvonium !

Des missiles en forme de cônes filetés sont projetés des Planitrons et des rayons violets sortent des poings du robot.

La riposte de Procius détruit une vingtaine de navettes, mais il reste au minimum cinq fois plus d'adversaires à vaincre. Le prince augmente la vitesse de son vaisseau, il plonge en direction du centre de la formation.

- Spider-spin !

Les Planitrons se mettent à tourner sur leurs supports tels des scies circulaires. Une dizaine de navettes se retrouvent découpées comme de vulgaires boites de conserve.

Le général Zota tape du pied dans la salle de commandement du palais.

- Quand le Gat sera-t-il prés au décollage !? Et où se trouve Niiva !?

- La procédure de décollage est lancée, répond la voix du colonel.

Le général tourne la tête et découvre le colonel, habillé en vitesse, assis à une console.

Dans les jardins du palais, le toit du hangar souterrain se sépare, de la lumière s'échappe par l'ouverture avant de diminuer quand l'œuf sombre la réduit lors de son décollage.

Le colonel Niiva suit tout le décollage depuis sa console.

-« Pourvu que tout se passe comme dans le simulateur ! ».

Une fois le Gat à bonne altitude, le pilote change le cap et pousse les moteurs pour rejoindre rapidement la zone de combat.

- Quand le combat entre Goldorak et le Gat débutera, lance Chronaris. J'ordonne que toutes les navettes restent en retrait.

Le général se retourne, l'homme au masque se trouve derrière lui. Dans l'agitation, personne n'avait vu entré le tyran dans la salle de commandement.

- Que d'autres navettes se tiennent prêtes à décoller.

Le général Zota est surpris par cet ordre, mais il donne les instructions.

- Megavolt !

Six navettes sont touchées par les rayons et semblent se dissoudre.

- Je vais avoir du mal à rejoindre mes objectifs, constate le prince. Moi qui voulais détruire des défenses au sol.

Le soleil pointe à l'horizon. Le radar de Goldorak signale un objet volumineux en approche.

- Voilà le moment de casser les œufs !

Un grincement métallique sort de Goldorak.

- D'accord ! Je tacherais d'en trouver une meilleure pour la prochaine fois.

Procius remarque que les navettes s'éloignent alors que l'œuf sombre s'approche.

De l'autre coté de la planète, la base secrète est vide, tous ses occupants ont pris place dans les navettes en forme de raie manta. Un essaim de navettes quitte l'île alors que la nuit commence à tomber.

Le général Kayèna pilote sa navette, elle tourne la tête en direction de l'île. Elle voit sa flotte de navette derrière elle, un dernier regard en direction de la base secrète.

- Si tout se passe bien, nous n'aurons pas à revenir ici, déclare-t-elle.

Kayèna regarde droit devant elle et resserre ses mains sur les commandes.

- En avant !

L'œuf sombre s'approche, les navettes s'écartent de son passage. Instinctivement, Procius ressert ses mains sur les commandes.

Le Gat s'immobilise soudainement.

Dans la salle de commandement du palais, le colonel Niiva se met à transpirer subitement.

- « Bon sang ! Mais que fait cet imbécile !? Pourquoi ne passe-t-il pas à l'attaque, se demande-t-il ».

Le prince observe le Gat immobile.

- Que fait-il ? Attend-il que je lance l'assaut ?

Un grésillement puis une voix sort du système de communication.

- Au pilote de Goldorak. Je suis le lieutenant Octo des forces du seigneur Chronaris souverain de cette planète. Je vous ordonne de vous rendre.

Dans la salle de commandement, le colonel Niiva tente de se faire le plus petit possible.

- « Mais qu'est-ce qui lui prend ? En simulation c'est un guerrier et là, il lui intime l'ordre de se rendre ? Pour quoi vais-je passer ? Comment vais-je pouvoir justifier cela ? » .

- Lieutenant Octo, répond le prince. Je n'ai aucunement l'intention de déposer les armes. Je ne reconnais pas la souveraineté de Chronaris. Les seules personnes qui règnent sur cette planète sont les membres de la famille royale d'Euphor.

- Soit ! Alors, nous allons combattre, annonce Octo.

Sa phrase à peine terminée, un rayon part de la face avant de l'œuf. Goldorak a juste le temps de l'éviter.

Au palais, le colonel Niiva pousse un soupir discret de soulagement.

Procius cherche du regard son adversaire, mais ne le voit pas, il baisse les yeux vers ses instruments. Son adversaire n'apparaît pas non plus, quand un point surgit.

Le Gat se trouve juste à la verticale de Goldorak. La base de l'œuf se déforme, se ramollit et semble couler sur la soucoupe pour la recouvrir.

- Qu'est-ce que c'est que cela, s'exclame Procius en tentant de manœuvrer.

La soucoupe se recouvre de noir, Goldorak n'arrive pas à se dégager. À l'intérieur, les systèmes s'éteignent les uns après les autres.

- Allez ! Trouve quelque chose, lance Procius.

L'œuf se trouve toujours au-dessus de Goldorak, la substance noire recouvre de plus en plus la soucoupe.

Dans la salle de commandement du Palais, tout le monde retient son souffle. Le colonel Niiva s'est redressé et affiche un large sourire victorieux.

- Body Repulsor !

Goldorak émet un rayon multicolore qui l'entoure, la substance sombre et projetée au loin avec une telle intensité que l'œuf se retrouve à nu. Le Gat n'est plus recouvert de sombre et dévoile une forme évoquant un foetus recroquevillé. La soucoupe s'éloigne rapidement et vire pour venir lui faire face.

Au palais, dans la salle de commandement tous les regards sont fixés sur l'écran principal.

- Cela aurait été trop facile, lâche Chronaris.

Le fœtus se déplie lentement, un bras puis l'autre. Une fois complètement déployé, Goldorak fait face à une machine de forme humanoïde grise surmontée d'une tête de requin. Dans la paume de la main droite du Gat, une ouverture apparaît de laquelle, sort une boule métallique. L'humanoïde y enfonce ses doigts avant de la lancer sur Goldorak. Procius tente de l'esquiver, mais la boule se déplie pour former un filet et il se retrouve pris au piège. Le Gat referme le filet rapidement et le prend à deux mains.

- Autolargue, ordonne Porcius alors qu'il se trouve dans le poste de pilotage de la soucoupe.

Goldorak ne bouge pas, les mailles du filet empêchent le moindre mouvement.

- Voyons voir si tu as de la résistance, lance Octo.

Le Gat assure sa prise à deux mains, puis se met à tourner sur lui-même en prenant de la vitesse. Procius se retrouve plaqué dans son siège.

- C'est une véritable centrifugeuse, constate-t-il. Il faut que j'arrive à me libérer avant que la vitesse m'empêche de faire le moindre geste !

La machine à tête de requin continue sa rotation de plus en plus rapidement.

- Planitrons !

Les deux disques ne bougent pas.

- Spider-Spin !

Les Planitrons agissent comme des scies circulaires et entament les mailles du filet, après un instant, les mailles se rompent et le filet se déchire laissant échapper Goldorak dans le ciel avec une trajectoire folle. Procius redresse Goldorak au pris de nombreux effort. Le prince cherche son adversaire. Le Gat fonce sur lui en projetant des missiles par le sommet de ses épaules.

- Mégavolt !

Les quatre rayons anéantissent les missiles, mais le Gat en profite pour s'agripper sous le ventre de la soucoupe.

- Spyrogyre !

Goldorak se met à tourner sur lui-même pour faire lâcher son ennemi. Le robot à tête de requin ne lâche pas prise alors qu'ils perdent de l'altitude en tournoyant.

Procius saisit la manette qui se trouve au dessus de sa tête.

- Transfère !

Une fois dans le poste de pilotage se trouvant dans la tête du robot géant, la soucoupe cesse sa rotation.

- Autolargue !

Goldorak se sépare, voyant cela, la mâchoire de requin tente de mordre le robot géant, mais ils ne font que de se heurter.

Procius et sa machine touche le sol, Goldorak lève la tête pour voir son adversaire tomber sur lui les bras en avant. Le prince n'a pas le temps de réagir que sa machine se retrouve saisie aux épaules puis plaquée au sol par son adversaire.

- Il est rapide, grogne Procius.

Goldorak tente de se dégager, mais ses bras sont ceinturés par son adversaire. Des flancs du Gat sortent des griffes évoquant des pattes d'araignée, ces excroissances se resserrent sur le tronc du robot géant lui bloquant encore plus les membres supérieurs.

Le général Kayèna est à la tête de la formation de navette en forme de raie manta.

- Pourvu que nous arrivions avant que le combat ne soit terminé, lance la femme bleutée dans sa navette.

- Êtes vous près à vous rendre, demande Octo dans la radio. Vous ne pouvez plus rien faire.

Goldorak agite les jambes pour tenter de se dégager ou de se retourner pour se retrouver sur son adversaire.

- Je ne suis pas prêt à renoncer à me battre, répond Procius.

La tête de requin se trouve en face du poste de pilotage du robot géant. Le prince peut voir les dents acérées de son adversaire.

- C'était ma dernière offre. Vous ne voulez pas saisir votre chance, demande Octo.

- Je ne changerais pas d'avis.

- Dans ce cas.

Les dents du requin se mettent à bouger de droite à gauche pour le bas de la mâchoire et de gauche à droite pour le haut.

Procius aperçoit la soucoupe porteuse dans le ciel.

- Megavolt !

La soucoupe arrive pour lancer ses rayons sur le dos de Gat, mais celui-ci ne réagit pas, les rayons ne semblent lui faire aucun effet.

La mâchoire requin s'approche du visage de Goldorak, ce dernier tourne la tête.

La salle du commandement du palais est silencieuse, la tension est palpable. Chacun attend avec appréhension la fin du combat, quand tout à coup la voix d'un soldat s'élève.

- Une formation de navettes inconnues s'approche de la zone de combat !

- Qui sont-elles et d'où viennent-elles, s'exclame le général Zota.

Chronaris reste calme malgré cette annonce.

- Goldorak aurait-il trouvé des alliés, lance Zota.

- Préparez une escadrille parée pour le décollage à mon commandement, ordonne subitement Chronaris.

- Planitons !

Les disques dentés quittent la soucoupe pour venir couper les pattes d'araignée sortie des flancs du Gat.

- Maxi Retrolaser !

Un rayon multicolore sort du torse du robot pour repousser son adversaire, mais celui-ci résiste plusieurs secondes avant que son étreinte cède.

Goldorak se redresse, pendant que le robot humanoïde à tête de requin atterrit sur ses pieds. Les deux adversaires s'observent quand soudain des explosions se font dans le ciel, ils tournent tous les deux leur tête pour voir ce qui se passe.

Dans le ciel, deux groupes de navettes s'affrontent. Le premier est celui de Chronaris, l'autre est composé de navettes en forme de raie manta.

- Un combat de navette, s'étonne Procius. Aurais-je des partisans ?

Le prince n'a pas le temps de se poser plus de questions, car du coin de l'œil il distingue la bouche du requin qui devient lumineuse. Goldorak s'écarte juste à temps pour éviter un rayon provenant de la bouche de son adversaire. Son tir ayant échoué, le requin se précipite vers son ennemi.

- Cornofulgure !

Le rayon en forme d'éclair part des cornes de Goldorak pour venir toucher le requin entre les yeux, chose inattendue, le rayon se sépare pour venir se répandre sur les yeux du Gat. Les yeux éclatent et le robot humanoïde avance en chancelant, mais continue en direction de Goldorak, celui-ci l'évite en pivotant sur lui-même.

- Excalium !

Une lame énergétique sort de la main droite du robot géant, elle vient décapiter le Gat à la fin du mouvement de rotation. La tête de requin roule sur le sol, le corps humanoïde s'effondre, des arcs d'énergie le parcourent.

La lame disparaît de la main de Goldorak. Le lieutenant Octo sort de la tête de requin, il est recouvert de sang, il fait quatre ou cinq pas avant de s'effondrer face contre terre. La tête et le corps du Gat explosent à deux secondes d'écart.

Dans sa navette, le général Kayèna voit l'explosion du Gat.

- Ordre à toutes les navettes d'attaquer Goldorak, lance la femme bleutée.

- Général, annonce un soldat. Les navettes inconnues rompent le combat, elles se dirigent toutes vers Goldorak.

- Ordonnez aux navettes de cesser le combat, lance Chronaris. Attendons de voir ce qui va se passer.

- Mais, si ce sont des alliés de Godlorak, proteste Zota. Ne devrions-nous pas…

- Je doute fort que ce soit de l'aide pour notre ennemi, coupe l'homme au masque. Laissons Goldorak nous débarrasser de ses intrus, fait-il avec un sourire dans la voix.

Procius voit l'escadrille de raie manta foncer dans sa direction.

- Cabré !

Kayéna voit Goldorak bondir.

- Il ne faut pas qu'il nous échappe, hurle-t-elle.

- Ovostable !

Le siège de pilotage regagne le cockpit de la soucoupe porteuse.

- J'ignore si ce sont des amis ou des ennemis, alors soyons prudents.

Une myriade de tirs de laser se dirige vers lui.

- Ennemi, j'ai ma réponse !

Les raies manta rompent leur formation pour attaquer de part et d'autre Goldorak.

- Voltogyre ! Magnavolt !

La soucoupe porteuse se met à tourner sur elle-même tout en lançant ses rayons magnétiques. Les navettes atteintes se collent les unes aux autres avant d'exploser.

Le général Kayèna observe la scène.

- Non. Non ! Nous devons en venir à bout à tout prix !

La femme bleutée se rapproche du cœur de la bataille.

Goldorak affronte les navettes avec diverses armes, Planitons, Megavolt, lentement le nombre de ses adversaires diminue.

- Général, je crois que c'est inutile, lance Lysandr.

- Nous ne pouvons pas renoncer, répond Kayèna. C'est notre dernière chance !

La navette de Kayèna est touchée par un tir de Goldorak, le colonel Lysandr voit cela.

- Kayèna ! Rentrer à la base si vous le pouvez et regagner notre monde, supplie-t-il.

Le général tente d'actionner ses armes, mais rien ne se produit, elle regarde ses instruments qui lui confirment que son système d'armement est complètement grillé.

- Je refuse, déclare-t-elle.

La femme a le visage qui saigne, certaines de ses blessures au visage se sont ouvertes.

- Nous avons échoué, déclare Lysandr. C'est inutile de continuer !

Il reste une dizaine de navettes en forme de raie manta qui continue de combattre Goldorak.

- Vous avez sûrement raison, admet Kayèna.

- À toutes les navettes, lance le colonel Lysandr. Continuez le combat, occupez Goldorak le plus possible pour laisser le temps au général de quitter la zone !

Procius remarque la navette qui s'éloigne.

- Une fois débarrassés des autres, il va falloir que je la piste. Il faut que je sache qui est ce nouvel adversaire !

Goldorak se débarrasse de la dernière navette en forme de raie manta.

- Voyons voir, où est passée celle qui s'est enfuie ?

Procius en retrouve la trace sur son radar.

- Bien, allons la rejoindre discrètement. Mais je ne tiens pas à avoir les navettes de Chronaris sur le dos. Parasitaire !

Un nuage violet sort de l'arrière de la soucoupe.

La navette de Kayèna vole difficilement, les moteurs ont des ratés par instant.

- Je crois que je vais avoir du mal à rejoindre la base, désoler Lysandr, mais je ne vais pas pouvoir revenir sur notre monde. Mais qu'importe, cela ne changera rien.

Finalement, la navette du général Kayèna est en vue de l'île déserte. La femme s'y pose laborieusement, car c'est à la limite du crash. La femme bleutée sort de la navette, la moitié de son visage est recouvert de sang, elle a des difficultés à marché, elle baisse le regard et vois une tache de sang au niveau de son ventre.

- Ce Goldorak n'a pas uniquement mis hors de fonctionnement mes armes, j'ai subi des dégâts moi aussi.

Kayèna s'éloigne en laissant dans son sillage des traces sanguinolentes.

Goldorak suit de loin la navette sur son radar, soudain le signal disparaît.

- Soit elle a explosé ou alors elle s'est posée dans les environs.

Procius continue dans la même direction, il aperçoit après une ou deux minutes une île au milieu de l'océan.

- Voyons voir.

Le prince ajuste des réglages, une traînée apparaît sur ses instruments.

- Il semblerait que la navette se soit posée ici.

Goldorak perd de l'altitude tout en continuant à suivre la traînée, c'est de cette façon qu'il découvre l'entrée de la base secrète.

La soucoupe porteuse atterrit à côté de ce qui reste de la navette de Kayèna.

- Une base ici, s'étonne le prince. Allons voir cela, déclare-t-il en retirant l'interface de pilotage.

Procius sort de Goldorak avec une arme à la main.

- La construction semble récente, fait-il en regardant autour de lui. Qui a pu construire une telle chose ? Chronaris ? Si c'est lui, c'est un piège ?

Le prince remarque les traces de sang sur le sol.

- Il n'y a plus qu'à suivre la piste.

Procius s'enfonce dans l'installation avec prudence, arme chargée près en cas de danger.

Cela fait de longues minutes que Procius suit les traces de sang sur le sol, mais il n'a toujours pas rattrapé la personne qui s'est posée avant lui dans cette base. Soudain, il distingue à une cinquantaine de mètres devant lui une forme à demi accroupie. Procius s'avance lentement sur ses gardes quand surgit dans son dos le colonel Lysandr qui lui assène un coup violent dans le dos à l'aide d'une barre d'acier. Le prince chute sur le sol et perd connaissance.

Kayèna entend un bruit métallique dans son dos, elle se retourne temps bien que mal. Elle ne tient plus sur ses jambes. Elle voit s'avancer le colonel Lysandr, en piteux état avec sa tenue déchirée et ses cheveux en désordre.

- Lysandr, s'étonne la femme dans un souffle.

- Je suis là. Nous allons pouvoir revenir chez nous et triomphant !

- Vous avez perdu l'esprit !

- Mais non ! Je viens d'assommer le pilote de Goldorak, annonce-t-il en désignant l'emplacement du doigt.

Kayèna regarde dans la direction et voit une forme au sol.

- Comment est-ce possible ?

- Il vous a suivi jusqu'ici et moi je l'ai suivi, car j'ai eu la chance de survivre au combat.

Lysandr se penche vers Kayèna pour la relever.

- Il ne nous reste plus qu'à prendre Goldorak et à rentrer chez nous, déclare-t-il.

- Oui, sourit Kayéna rentrons.

Ils commencent à se retourner vers le hangar.

Après de longues minutes à se traîner dans la base, Lysandr et Kayèna arrivent sur la piste d'envol où se trouve Godlorak. La navette du colonel se trouve à côté des débris de celle du général.

- Je n'en peux plus, déclare Kayèna.

- Encore un effort, nous y sommes presque.

- Une minute, il me faut une minute que je reprenne mon souffle.

- Bien.

Ils arrêtent leur difficile progression et regardent Goldorak devant eux.

- Avec lui, nous allons enfin pouvoir sauver notre monde, fait Lysandr.

- En espérant qu'il ne soit pas trop tard, ajoute Kayèna.

- Ne dites pas cela, nous ne devons pas perdre espoir !

- Vous avez raison, comme toujours mon cher Lysandr, fait la femme en esquissant un vague sourire. Ne perdons pas de temps alors !

Kayèna prend appui sur son compatriote pour se redresser, puis ils marchent en direction du robot géant.

Procius revient à lui lentement, sa vision est trouble.

- Où suis-je ?

Soudain, tout lui revient en mémoire. Il prend appui sur ses mains pour se remettre debout, il ramasse son arme.

- Goldorak !

Le prince se met à courir aussi vite qu'il le peut en direction du hangar, quand il arrive sur place il ralentit sa course en constatant que Goldorak est encore là, mais plus il approche plus une chose l'intrigue, il distingue une forme au pied de sa machine. Il s'avance avec prudence et constate avec horreur qu'il s'agit de deux corps fumants calcinés. Procius lève la tête en direction de Goldorak

- Ils ont voulu t'approcher de trop près et s'y sont brûlé les ailes, soupir-t-il.

Le prince jette un dernier regard au corps fumant avant de bondir sur la soucoupe. Il se prépare à entrer dans le poste de pilotage quand il s'arrête pour regarder l'installation.

- Il serait fort dommage de laisser tout cela à l'abandon. Et avoir un pied à terre sur Euphor au nez et à la barbe de Chronaris pourrait être fort pratique. Au moins, je n'aurais plus à rester caché dans l'océan pendant des jours !

Procius entre dans le cockpit et s'installe sur le siège pendant que la verrière se referme.

Chronaris est dans son bureau, il fait les cent pas sous le regard de sa panthère mécanique.

- Il faut que je mette la main sur la famille royale ou tout est perdu !

Le tyran s'immobilise, une forme est apparue dans son bureau et la panthère ne réagit pas. La forme s'avance et l'homme au masque se retrouve face à son double.

- Rassure-toi, tu vas la retrouver. Tu as déjà résolu un gros problème, plus personne ne voudra te prendre Goldorak !

- Alors, ces étranges navettes. C'était bien Kayèna ?

Mais il n'obtient aucune réponse, car son double a déjà disparu.

FIN

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