The call of the wave – 12
Baie de l'île de Diamantine, nouveau monde
MobyDick, Dortoir des divisions un à cinq
Kono était rentrée sur le MobyDick depuis plusieurs minutes. Sur le chemin du retour, le calme avait été de rigueur entre elle et les commandants. Et une fois sur le bateau, le regard que les autres avaient porté sur elle l'avait profondément gênée. Faute de mieux, elle avait donc fini par rejoindre le dortoir. Là où elle serait seule. Là où personne ne viendrait la juger. A moitié assise dans son hamac, sa planche de surf en équilibre contre ses genoux, appuyant contre son estomac encore noué, elle caressait de ses doigts fins le Deck. Le contact lisse la calmait. Et comme déconnectée de la réalité, se concentrant uniquement sur les arabesques imaginaires qu'elle formait, elle se remémorait tous les souvenirs qui y étaient liés.
« Papa ! Regarde j'y arrive ! »
Une petite fille aux cheveux noirs était debout sur une planche de surf à sa taille. A ses côtés, un homme d'une trentaine d'années faisait de même.
« C'est bien ma puce, laisse tes genoux fléchis et garde bien ton équilibre. » lui expliqua l'homme.
Un énorme sourire était collé sur le visage de la gamine, ses grands yeux noirs pétillaient de bonheur et ses cheveux voletaient dans son dos. Elle venait de prendre une petite vague, rien de bien spectaculaire, mais pour elle, rien que le fait de réussir à se tenir debout sur sa planche était quelque chose de magique. Elle y arrivait tous les jours, mais à chaque fois elle voulait que son père la regarde. Son père, était très fier d'elle, ça se voyait dans son regard. Lui-même debout sur sa planche, il faisait plus attention à la technique de la petite qu'à la sienne. Mais lui il avait l'habitude, c'était un surfeur aguerrit.
Puis d'un coup, la petite bascula et tomba la tête la première dans l'eau. Son père fut pris de panique, mais au moment même où il allait partir la chercher, elle émergea et à la grande surprise de l'homme, éclata de rire.
Elle fut coupée dans sa nostalgie par le bruit de la porte centrale. Satch était dans l'encadrement, son sourire de crétin collé sur la face.
« Ah, tu es là, dit-il surpris.
- Quel sens de l'observation. » répliqua-t-elle.
Il s'avança à pas lent, venant s'asseoir dans le hamac d'à côté. Elle s'était allongée, fixant volontairement le plafond tout en continuant de caresser sa planche.
« Je n'avais jamais remarqué que t'avais une planche, tu surfs ? questionna-t-il.
- Non non, je l'emmène partout avec moi parce que j'aime bien la regarder. » dit-elle avec cynisme.
Il sourit devant cette provocation.
« Au fait, tu savais que j'avais un ami qui causait un peu trop ? C'est un chic type, mais dès fois il parle sans réfléchir et il dit des trucs qu'il ne pense pas. C'est un gars gentil, mais il fait souvent des gaffes… A ton avis, s'il en faisait une, comment il pourrait se rattraper ? » commença le commandant.
Elle sourit devant la tentative qu'il venait de faire, c'était fou mais elle n'arrivait pas à lui en vouloir quand il faisait l'idiot.
« Je ne sais pas, peut être en s'excusant. Ce serait déjà bien, développa-t-elle.
- Il est désole. »
Cette remarque lui arracha un autre rictus.
Elle chercha à croiser ses yeux, il ne savait vraiment plus où ce mettre. Kono était partagée entre son côté féminin et sa personnalité masculine. A savoir, le bouder un petit moment comme une fille, où lui tendre la main comme le font les hommes pour effacer leurs problèmes. En y pensant, les femmes étaient compliquées, elles s'engueulaient et passaient plusieurs jours à s'insulter dans le dos de l'autre pour finalement redevenir amies. Les hommes sont plus simple, ils crient, se tapent et se serrent la main avec un « on oublie ». C'était peut-être plus intelligent…
« M'ouais, on va dire que c'est oublié, dit-elle au bout d'un moment de silence. Le visage de Satch s'illumina.
- C'est vrai ? demanda le blond, un immense sourire ayant apparu sur son visage.
- Oui, je ne vais pas t'en vouloir indéfiniment, tu t'es excusé c'est l'essentiel » le rassura la jeune femme.
Il était aux anges. Kono avait préféré se comporter en homme plutôt qu'en femme, c'était surement un signe.
« Par contre, je voudrais juste te prévenir. Ne t'étonne pas si Ace ne s'excuse pas… dit Satch, sur le ton de la plaisanterie.
- Pourquoi ça ? tiqua la jeune femme.
- Il considère qu'il a eu raison de dire ce qu'il a dit.
- Tu veux dire que pour lui, le fait de cracher dans le dos des gens qui sont sensé être vos amis, c'est normal ? La bonne blague, rit-elle jaune.
- Non, pas ça. Mais il pense que tant que tu ne seras pas plus fort, il a le droit de te dire ce qu'il pense. Que ça te plaise ou pas. »
Elle fut profondément vexée. Il la considérait vraiment comme quelqu'un de faible ?! Si seulement il savait tout ce qu'elle avait fait pour se faire accepter. Oh le p'tit con. C'en fut beaucoup trop pour la journée, elle se leva de son hamac, bien décidée à montrer à Ace qu'elle en avait dans le ventre. Satch paru s'affoler quand il vit la lueur meurtrière traverser le regard de son ami.
« Conrad ! Attend, t'as l'intention de faire quoi là ? paniqua Satch.
- Montrer à Ace, une bonne fois pour toutes, que je ne suis ni faible, ni inférieur à lui. » rageât-elle, pleine de conviction.
La porte qui menait au pont s'ouvrit à la volée, alors que tout le monde s'activait pour que le bateau quitte l'île le plus rapidement possible, deux personnes traversaient le pont à grandes enjambées. Ace et Marco avaient une corde dans les mains et ils s'efforçaient de remonter l'ancre de plusieurs tonnes. Marco vit Conrad arriver furieusement et senti la catastrophe venir, pourtant, il ne fit rien. Ace, lui, se contenta de lever un sourcil interrogatif devant la démarche énervé du jeune garçon. Quand Conrad fut à sa hauteur, il put lire toute la rage qu'il avait dans les yeux.
« C'est si dur que ça hein ?! hurla presque la jeune femme.
- De quoi ? s'enquit le brun, ne comprenant pas où il voulait en venir.
- De reconnaître que tu as eu tort ?! répondit-elle.
- Tort pour quoi ? »
Elle se rapprocha encore plus de lui, et à quelques centimètres d'Ace, elle le regarda droit dans les yeux.
« Regarde-moi vraiment, et ose me dire que je suis faible, provoqua-t-elle.
- Tu es faible » répliqua-t-il sans aucune hésitation.
Et là, tout dérapa. Le sang des deux ne fit qu'un tour, et ils se jetèrent l'un sur l'autre. Tous les hommes présents sur le pont arrêtèrent leurs activités pour regarder le combat qui se déroulait sous leurs yeux. Ce n'était pas du faux cette fois-ci, pas de simples petites droites ou coups d'avertissement. C'était un vrai combat, Kono avait sorti ses griffes et ses yeux avaient changé de couleur, Ace utilisait son feu. C'était violent. Incontrôlable. Satch s'était jeté entre eux pour les séparer, mais il avait été projeté en arrière par une grosse attaque de Kono. On entendait aussi des brides de leur conversation au vocabulaire fleurit « C'est tout ce que tu sais faire ? » ce à quoi Kono répondait par un « Je t'emmerde » bien placé.
Mais leur affrontement fut stoppé quand Kono vint s'échouer contre la cabine du paternel. La porte s'ouvrit au même moment, et la jeune femme s'écrasa contre le torse du capitaine. Il la regarda un instant, puis vit Ace essoufflé et compris immédiatement. Il regarda l'homme qui venait de s'encastrer dans son ventre, il était couvert d'égratignure sans avoir de blessure ou d'ecchymose. Sur le pont, tout le monde retenait son souffle.
« Ace, Conrad, dans ma cabine. Immédiatement. » dit sèchement Newgates.
Ace grimaça et regarda Kono. Elle s'était écrasé sur le sol, les quatre fers en l'air, ahurie.
Le commandant de la seconde passa devant elle sans même la regarder, la snobant de toute sa splendeur. Satch s'approcha de Kono et lui tendit la main.
« Va dans la cabine du paternel, il n'aime pas qu'on le fasse attendre. » lui conseilla Marco.
Elle se dirigeât vers la pièce où Ace venait d'entrer. Elle était plus sombre que la fois d'avant, et Ace était déjà debout devant le bureau central. Kono s'avança pour se mettre à côté du brun.
« Expliquez-vous » ordonna le capitaine.
Kono chercha à trouver le regard d'Ace, mais il préférait fixer son père. Au bout de plusieurs secondes de silence, le vieil homme toussota pour exiger une réponse.
« Nous réglions un compte, expliqua Ace.
- En vous battant ? s'enquit Barbe Blanche.
- Oui, acquiesça Kono.
- Prenez-moi pour un idiot. Je sais très bien ce qui se passe sur ce navire depuis cette après-midi. Je sais qu'une certaine conversation entre plusieurs d'entre vous a provoqué une discorde. Et je ne veux pas de chamailleries dans mon équipage. Alors soit vous vous arrangez pour que ce genre d'incident ne se reproduise plus. Soit, je m'en occuperais moi-même, est-ce que c'est clair ?
- Très » répondit la jeune femme.
Une semaine plus tard.
Au large de l'île de Bolivia, Bateau d'Edward Newgates
Une semaine s'était écoulée depuis l'incident, Kono avait passé tout son temps dans la cabine de Jeff. Non pas qu'elle ne s'entendait plus avec le reste de l'équipage, au contraire à partir du moment où ils étaient venu la voir en s'excusant, tout le monde avait pris soin d'oublier cet événement. Ce n'était plus qu'un mauvais souvenir. C'était redevenu pareil qu'avant. Enfin presque. Quand le paternel leur avait demandé de trouver une solution pour ne plus perturber la tranquillité du bateau, Ace en avait trouvé une. Il évitait constamment Kono, quand il discutait avec Satch et Marco et qu'elle arrivait, il partait. Marco avait essayé de lui parler, mais il n'y avait rien à faire. Tête de mule.
Il n'y a rien de pire que d'avoir l'impression de gêner. Leurs duels quotidiens au bras de fer n'étaient plus que de lointains souvenirs, et ils ne se disaient même plus bonjours. Au départ, elle avait pris ça comme une bonne chose. Chouette, plus d'abrutit qui vous chambre toutes les trente secondes. Mais Kono avait bien vite compris que même si c'était dur à avouer, Ace lui manquait. Leurs disputes pour des futilités, les blagues vaseuses qu'il faisait avec Satch, le sourire narquois qu'il arborait quand elle perdait, et le contact de sa main tous les midis. Alors elle s'était isolée de jour en jour, préférant parler avec Jeff que rester avec les autres.
Satch le vivait très mal, il pensait que c'était de sa faute. Que s'il n'avait pas enfoncé Conrad lors de cette fameuse discussion, rien ne serait arrivé. Et dans un sens il n'avait pas tort. Même s'il mettait tout son cœur à essayer de recoller les morceaux, on ne pouvait changer le passé. Alors tous les jours, il voyait Ace et Conrad se croiser comme s'ils ne s'étaient jamais parlés. Il voyait aussi le jeune garçon baisser la tête quand Ace s'en allait alors qu'il arrivait. Il se sentait coupable d'être de ceux qui avaient provoqué ce malaise…
Marco voyait ses amis s'éloigner sans rien pouvoir faire. Cet idiot d'Ace pensait que c'était en s'éloignant des problèmes qu'on pouvait les régler. Pourquoi ne parlaient-ils pas ? Autant s'expliquer une bonne fois pour toute et effacer toutes ces gamineries ? C'était stupide.
Et Ace ? Ace se demandait tous les jours pourquoi il faisait ça, et pourtant il continuait. Hors de question d'aller s'excuser, où de demander une trêve. Si la situation devait s'arranger, ce serait à Conrad de faire le premier pas. Pourquoi ? Parce que s'il n'avait pas réagi comme une femmelette lors de leurs échanges, ils n'en seraient pas là. Alors dès qu'il le croise il fait comme s'il n'existait pas, parlant avec tout le monde sauf lui. Non, ce n'était pas du tout puéril. C'est un bon moyen de l'endurcir voilà tout.
Dans la grande salle du navire, c'était l'heure du repas et tout le monde était déjà installé. Marco, Satch et Ace étaient à une petite table, alors que Kono et Jeff discutaient au centre d'une grande. Satch jetait de rapides coups d'œil à son ami à la tablée voisine, se rappelant du temps pas si lointain que ça où ils mangeaient tous ensemble en rigolant. Marco soupira doucement, pourquoi fallait-il toujours que les autres se compliquent la vie…
« Marco, tu joues contre moi ? le héla Joz à l'autre bout de la salle.
- Bien sûr. » répondit le phénix.
Même si Kono n'y participait plus, les bras de fer continuaient. Elle soupira longuement quand elle entendit le lancement des combats. Jeff voyait son ami sombrer de jour en jour, s'éloignant de tout le monde excepté lui, se refermant sur lui-même à une vitesse incroyable. Il lui donna un coup de coude.
« Vas-y ! lui proposa-t-il.
- Contre qui ? s'enquit la jeune femme.
- Et bien Ace pardi ! » sourit le pirate.
Ce n'était pas vraiment une mauvaise idée, après tout, elle avait l'impression que si elle ne faisait pas le premier pas vers la réconciliation, Ace ne le ferait jamais. Mais elle n'allait tout de même pas arriver devant lui et lui dire « Salut ! Ca fait une semaine qu'on ne se parle pas, mais on fait un bras de fer ? » il allait lui rire à la figure. La traiter de faible, comme d'habitude. Et Kono en avait sa claque qu'on lui dise qu'elle ne valait rien.
Bon, quand faut y aller, faut y aller. Elle regarda Jeff, il lui sourit en signe d'encouragement. Cet homme était formidable.
D'un pas lent et hésitant elle se rendit à la table des commandants. Satch lui offrit un sourire flamboyant, heureux de voir son ami avec eux. Marco afficha une moue approbatrice, pensant surement la même chose que Satch. Et Ace le regarda un instant avant de l'ignorer royalement. L'idée de partir en courant lui traversa l'esprit, mais en se tournant vers Jeff, elle fit une croix dessus. Il leva le pouce, comme pour lui donner sa bénédiction et elle respira un grand coup.
« Ace ? » tenta la jeune femme d'une voix faible.
Il tourna la tête vers elle et attendit quelques secondes avant de retourner à sa contemplation du combat. Après le combat de Marco et Joz, Vista affrontait Izu.
« Ca te dit un bras de fer contre moi ? » demanda-t-elle d'une voix plus puissante cette fois-ci.
Le commandant de la seconde division regardait Conrad lui proposer un bras de fer. Un instant il vit son petit frère à la place du jeune garçon. Luffy était pareil, qu'il le perde en forêt, le frappe ou l'humilie, le petit au chapeau de paille revenait toujours vers lui en lui tendant la main. Pendant un temps, Ace avait trouvé ça débile, ce n'était pas possible, il devait aimer ça. Mais finalement, c'était la preuve d'une détermination incroyable. Et c'est à force de détermination, qu'il avait fini par considérer Luffy comme un véritable frère.
Conrad et lui ne s'étaient pas parlés de toute la semaine, et il arrivait en lui proposant de redevenir amis. Enfin, ce n'était pas vraiment ça, mais derrière la demande du bras de fer, le message subliminal était très bien passé.
Alors Ace fit quelque chose qui étonna beaucoup de monde sur le coup, il offrit un sourire doux à Conrad.
« Avec plaisir. » répondit-il simplement.
Marco afficha un sourire satisfait et Satch n'en revenait pas. Ace venait d'accepter de laisser sa fierté de côté ? Non, ce n'était pas possible.
Il se leva et accompagna Kono jusqu'à la table des duels. Tous ceux qu'ils croisaient étaient surpris de voir ces deux-là marcher l'un à côté de l'autre.
Ace Vs Kono, le retour.
Une fois assis face à face, elle posa son coude sur la table et attendit qu'il fasse de même.
« Prêt à perdre ? s'enquit poings ardents.
- Prêt à te mettre une raclée oui. » répliqua la jeune femme.
Cette scène avait un étrange goût de déjà-vu.
Satch vint s'installer à côté d'Ace, et Marco en face de lui. Le combat commença, comme d'habitude, ils avaient leurs yeux ancrés dans ceux de l'autre et leurs mains pressées ensembles. Kono baissa sa garde un instant et Ace gagna du terrain, elle serra les dents et se dépêcha d'ajouter de la force. Ses yeux changèrent de couleur et ses cheveux virèrent au beige. Elle se concentra pour utiliser sa force de griffon.
Le poing d'Ace s'aplatit sur la table, elle n'avait pas perdue la main apparemment. Il la regarda quelques secondes avant de sourire doucement et de se lever. Elle fit de même et quand ils furent face à face, debout, elle lui tendit la main. Il la prit et à la grande surprise de la jeune femme, ils se firent même une accolade amicale.
A partir de ce moment-là, la routine reprit son cours. Ace et Conrad se parlaient de nouveau, c'était même mieux qu'avant. Il semblait que le premier pas de la jeune femme ait déclenché l'affection du commandant. Bon, ce n'était pas l'amour fou, mais c'était déjà mieux qu'avant. Leurs chamailleries étaient toujours présentes, c'était leur façon à eux de se dire qu'ils s'appréciaient.
Depuis le bras de fer, les choses avaient nettement évolué. Le quatuor Ace, Satch, Marco et Conrad revenait en force. Les duels le midi, le surf le soir, les discutions animées, les visites chez Jeff… On aurait pu appeler ça le bon vieux temps. Mais si du côté social, tout allait mieux, Kono se sentait rongée par un mal bien plus profond. Les remords. Elle mentait constamment à ses amis, s'enterrant dans une vie qui n'était pas la sienne. Alors, que se passera-t-il quand ils découvriraient la vérité ?
