Chapitre 14 : je déteste Craig Tucker [1]

.

Craig et Kenny s'assirent côte à côte dans le bureau du conseiller, en face de monsieur Mackey, furieux. Il y avait deux gros dossiers posés sur le bureau devant lui. C'était un signe révélateur.

Ils avaient du l'attendre un peu, seuls dans la pièce sombre. Ils n'avaient pas parlé, Kenny était distant et Craig se sentait perdu, et bien sûr en colère et plutôt anxieux. Ils sentaient l'odeur du café, mais pour Kenny et Craig, ça n'avait rien de l'arôme plaisant qu'ils associaient à Tweek, cela sentait le stress et les maux de tête. Les meubles étaient vieux et usés, plusieurs grossièretés, messages et dessins gravés sur les accoudoirs des chaises en bois par des étudiants, qui clairement venaient régulièrement. Craig sourit lorsqu'il remarqua un dessin particulièrement intéressant fait par ''La taupe'' avec écrit '' je déteste Craig Tucker''[1] dessous. Ils s'étaient sauvagement battus ce jour-là, il se souvenait avoir gravé quelque chose chose sur l'autre chaise, la chaise sur laquelle Kenny était assis.

Le temps n'avait pas joué en la faveur de monsieur Mackey, ses cheveux fins et la limitation de son front qui gagnait du terrain laissaient clairement apparaître les rides sur son front. Il criait sur les deux garçons, à propos d'Adrian, mais ils l'entendaient à peine, ils étaient si enragés par cette injustice flagrante. Le téléphone de monsieur Mackey sonna, il décrocha, puis exulta, l'air inquiet, pourtant un semblant d'amusement passa sur son visage. Il effaça cette joie et se força à froncer les sourcils.

_Je viens de parler à l'infirmière, à vous deux, vous lui avez cassé le nez.

Craig fit quelque chose qu'il n'aurait vraiment pas du : il se mit à rire. Son rire était fort et bruyant, son regard dirigé vers Kenny, ignorant le reste. Kenny vit l'hilarité de Craig et lâcha un petit rire lui aussi. Pendant quelques secondes, les yeux de Kenny s'illuminèrent de joie, comme ils le faisaient avant tous ces problèmes. Il sourit.

_Ce qui me conduit à poser cette question vieille comme le monde : comment il sent?

Craig ne put résister à l'envie de répondre, mettant leur querelle à part pendant un bref moment, tandis qu'il termina la blague :

_Mauvais.

Les deux garçons éclatèrent de rire de nouveau, ce qui n'était pas du tout approprié mais compréhensible, de rire aux dépends d'Adrian.

Mackey, mi-choqué, mi-agacé de ne pouvoir se joindre à l'hilarité générale, frappa sa main sur le bureau.

_CA SUFFIT MAINTENANT ! Taisez-vous, tous les deux !

_Et pourquoi on devrait ? Fawkes s'est comporté comme un gros connard homophobe. Répliqua Kenny.

_Je sais ce qu'il a dit. Il y avait pleins de témoins oculaires. Et si tant est que je n'approuve pas votre comportement, je vois pourquoi vous avez agi ainsi, m'voyez[2]. Mais je m'attendais à ce que ce soit Craig qui le frappe, pas toi Kenny. Pourquoi tu as voulu t'en mêler ?

_Parce que ma colère m'a dépassé, et j'ai senti qu'il le méritait.

Lors de la confrontation, Kenny passait par là et le discours de Fawkes, obscurantiste et haineux l'avait particulièrement énervé, mais ce fut lorsque Craig fut appelé ''pathétique'' qu'il ne put plus le supporter.

_Pourquoi ?

_PARCE qu'il insultait les homo, et Tweek, and même parce qu'il insultait Craig. Même si Craig me déteste, moi je ne le déteste pas, et je ne pouvais pas rester là sans rien faire à écouter les conneries que ce connard débitait.

_Surveille ton langage, m'voyez, tu marches sur une fine couche de glace.

Kenny se tut et se renfonça dans sa chaise, il remonta la fermeture éclair de sa veste jusqu'à son visage comme il le faisait quand il était enfant, comme pour essayer de contenir ses mots. Il est vrai qu'on ne lui laisserait plus d'autre chance, mais c'était parce qu'il ne prenait jamais la peine de faire ses devoirs. La vie parfois craignait et l'école l'empirait. Il tomba d'accord avec un dessin sur le bras de son siège ''vie de merde''.

Monsieur Mackey comprit qu'il n'obtiendrait rien de plus de Kenny. Son attention se tourna vers Craig.

_Jeune homme, ça fait un moment qu'on tourne en rond : d'abord ce sont les insultes, puis tu es en retard en cours, puis tu n'y vas plus, et maintenant la violence. Je ne sais plus quoi faire de toi. J'ai l'impression que ça ne fait qu'empirer.

_Je ne suis pas d'accord.

_Ah et pourquoi ?

_La raison pour laquelle on m'a envoyé ici est aussi la raison pour laquelle on ne m'enverra plus ici.

Craig affichait une expression indéchiffrable, et monsieur Mackey essayait désespérément d'y voir à travers.

_Si tu veux que je t'aides, il va falloir que tu me donnes une peu plus d'informations que ça, m'voyez.

Craig se remit droit.

_On m'a envoyé ici à cause des mes récents excès de violence, n'est-ce pas ? Maintenant je peux essayer de me trouver des excuses mais c'était de ma faute, et c'était parce que j'étais troublé, et en colère, et bouleversé, et pleins d'autres trucs en rapport avec Tweek. Mais je vais bien maintenant, parce que j'ai réglé tous ces problèmes et ma vie n'est plus si pourrie.

_D'accord, et comment je peux être sûr que c'est vrai ? Comment je peux savoir que tu n'es pas juste en train d'inventer une excuse ? Et puis tu continue à blesser des gens Craig et il faut que tu sois puni.

Kenny se leva d'un bond et ouvrit sa veste pour pouvoir parler librement.

_Deux de ces fois c'était moi qu'il a frappé, monsieur Mackey et je m'en fiche ! Je le méritais ! En plus, la deuxième fois j'ai attaqué en premier. Et c'est moi qui ai frappé Adrian aujourd'hui. Ne punissez pas Craig.

_Assied-toi Kenny. Écoutez, je ne suis pas sûr de pouvoir ignorer cette crise. J'ai réfléchi à vous renvoyer tous les deux ou non, je pense que ce serait plus facile pour le reste de l'école.

Craig laissa tomber sa tête entre ses mains. Alors il avait bien tout foutu en l'air, comme son père l'avait dit.

_Je ne vais pas vous renvoyer.

_Pourquoi ?

_Parce que je peux voir du potentiel en toi Craig. Tu es très intelligent, et si tu dis que tu vas changer, je veux te donner cette chance. (Il se tourna vers Kenny), Kenny est-ce que les choses vont changer de ton côté également ?

Kenny soupira :

_Je ne vais plus causer de problème, si c'est ça qui vous inquiète monsieur Mackey. J'en ai plus envie et... je pourrais pas même si je le voulais.

Craig hocha la tête, il comprenait.

Mackey se leva et posa ses mains sur son bureau.

_C'est uniquement grâce aux bonnes notes de Craig que je vous donne cette chance, les garçons, m'voyez. Alors ne la gâchez pas. Retournez en cours maintenant et essayez de ne pas lancer d'autres bagarres, okay ?

Kenny et Craig acquiescèrent et remercièrent humblement monsieur Mackey. Ils sortirent rapidement de son bureau avant qu'il ne change d'avis. Ils y étaient, la dernière chance pour chacun d'eux. Craig se sentit plus déterminé que jamais à ne pas la gâcher. Il se tourna vers Kenny une fois à l'extérieur.

_C'était un coup de poing plutôt impressionnant vu que t'as réussi à lui casser le nez.

C'était sa façon de dire à Kenny qu'il n'était pas colère contre lui. Kenny fit un petit sourire.

_Ben je suis irlandais (le sourire disparut au souvenir de ce qu'il avait vu avant le coup de poing), alors, tu sors avec Tweek maintenant ?

_Oui.

_C'est cool, tu lui conviens mieux.

Craig planta son regard dans celui de Kenny. Il ne pouvait y voir que de la tristesse. Il n'avait pas le sentiment d'être le gagnant en ce moment-même, personne n'avait gagné. Tout ce qu'il y avait c'était être avec Tweek contre être seul. Mais, bien sûr, Kenny n'était pas obligé d'être seul.

_Tu as toujours une chance avec Butters ?

_Personne ne devrait être avec moi, tout le monde peut voir que je n'apporte rien de bon.

_Mais Butters est toujours amoureux de toi non ? Et toi tu l'aimes pas vrai ?

_Hun-hun, mais c'est pas important. J'ai fait du mal à trop de gens. J'ai fait du mal à tellement de gens que j'aime.

Kenny pressa doucement l'épaule de Craig. Craig ne l'en empêcha pas. Puis il s'en alla, à chaque pas le brun se sentait plus coupable, et plus désolé.

Il savait qu'il ne devrait pas se sentir coupable, il savait qu'il n'avait rien fait de mal, mais Kenny avait d'une façon ou d'une autre purgé le sentiment d'empathie. Kenny n'aurait ou du tromper ou blesser Tweek, mais il ne le pouvait plus maintenant. Craig pouvait enfin voir Kenny tel qu'il était : un garçon désespérément seul qui cherchait l'amour trop ardemment, et qui peut être en trouvait trop. Fut-il possible que Kenny eût aimé deux personnes en même temps ? C'était égoïste, mais il voulait vraiment garder Tweek et Butters, aussi impossible et stupide que ça en avait l'air.

Kenny avait encore une chance avec Butters, c'était certain. Et Craig sentit que si ses mots avait suffisamment effrayé le blond pour qu'il parte, il pouvait peut être arranger ça. Il ne se sentirait heureux que lorsqu'il commencerait à essayer.

0o0o0o0o0o

Dès le début de l'heure du déjeuner, Craig avait attrapé Clyde et l'avait persuadé que cela faisait trop longtemps qu'il n'avait pas discuté avec Tweek.

_J'ai le droit de parler de Bebe ?

_Ouais vieux. Tiens juste Tweek à l'écart des problèmes.

_No problemo, je suis, genre, la personne qui attire le moins les emmerdes en ce moment, mais tu dois me dire ce que tu comptes faire.

_Je vais parler à Butters.

Craig s'en alla vers le fond du couloir. Clyde le regarda partir, une expression indéchiffrable sur son visage, c'était un mélange de compréhension, d'inquiétude et d'empathie. Il trouva le blond qui fut très content de passer du temps avec lui. Cela faisait très longtemps qu'ils n'avaient pas discuté juste tous les deux, alors qu'ils étaient bons amis avant. Avec n'importe qui d'autre, ils auraient été mal-à-l'aise, mais Clyde avait la capacité de parler avec enthousiasme à tout le monde.

_J'ai regardé ce film génial avec Bebe hier soir, elle est incroyable, Bebe, hein? J'ai trop de la chance. Elle a mis ma veste l'autre jour, le rouge lui va vraiment bien. Je crois que c'est une des raisons pour laquelle je l'aime, le rouge lui va trop bien.

_Gah- Bebe est sympa, Clyde. C'était quel film ?

_C'était un film d'extra-terrestre. Quand ils viennent sur terre pour l'envahir. Ils ont dit qu'il avaient crée les aliens à l'image de ceux qu'on trouverait en vrai.

Dès qu'il dit ça, Clyde sut qu'il n'aurait pas du. Les yeux de Tweek s'illuminèrent.

_Qui ça ''ils'' ? Oh mon Dieu, il y a des aliens sur terre !

Ils ne pouvait pas gérer ça, pas quand il était enfin heureux.

_Nan, c'est qu'une bande de débiles qui dit ça, c'est sûrement pas vrai.

Tweek tira sur son t-shirt

_SÛREMENT ?! Je veux pas d'une sonde anale !

Clyde sourit

_A moins que ça vienne de Craig, hein ?

La peur de Tweek disparut et ils sourit

_Non, ça, ça irait.

Clyde se boucha les oreilles.

_Okay j'avais pas envie de savoir.

_C'est toi qui l'a dit.

O0o0o0o0o0

Trouver Butters s'avéra extrêmement difficile, il n'était pas avec Kyle, Stan et Cartman qui tentaient de changer les idées de Kenny (parmi d'autres tentatives, Cartman provoquait Kyle, à sa façon il aidait). Finalement, Craig vit le blond, assis seul sur un banc, il chantait à mi-voix. C'était un souffle de tristesse. C'était comme s'il manquait quelque chose à Butters, sur son visage on voyait la même expression de détresse que sur celui de Kenny. Craig s'assit à côté de lui sans prononcer un mot. Ils restèrent assis là pendant un moment, à attendre que Butters finît sa chanson.

Quand le silence tomba, Craig se tourna vers lui :

_Pourquoi tu te tortures comme ça ?

_Parce que je ne veux pas torturer d'autres personnes.

Butters détourna la tête et son regard tomba au sol. Il tapota ses poings l'un contre l'autre, et lorsque Craig s'approcha, il remarqua que ses articulations étaient à vif.

_Mais non, Tweek est heureux, je suis heureux. Qui d'autre tu torturerais?

_Laisse moi tranquille s'il te plaît, tu as eu ce que tu voulais.

_C'est vrai oui, alors pourquoi ça m'intéresserait ?

Craig posa une main ferme sur l'épaule de Butters, il recouvrait toute la zone de sa main gantée.

_Vieux, j'en peux plus de vous voir Kenny et toi vous comportez comme des cons, à vous apitoyer sur vous-même. Je parle d'expérience, rien faire en croyant que tu fais ce qu'il y a de mieux pour tout le monde alors que tu te sens comme une merde, ça craint. Et franchement, j'arrive juste pas à comprendre pourquoi tu fais ça.

_Je fais ça parce que Kenny a dit qu'il aimait encore Tweek et je... j'en peux plus d'entendre ça. Je sais pas. D'une certaine façon c'était tellement plus facile quand ils étaient encore ensemble.

_Non Butters ça l'était pas. C'était tellement plus compliqué que ça en devenait ridicule. Maintenant tu as vraiment une chance qu'il y ait quelque chose de concret entre vous. Je ne crois pas que Kenny sache ce qu'il ressente, mais JE SAIS qu'il t'aime. Il a dit qu'il ne voulait pas te blesser.

Ces mots donnaient à Craig une impression de déjà-vu, de ne pas vouloir blesser la personne qui comptait le plus à vos yeux.

_Il faut que tu lui parles.

_Mais je peux pas, tu comprends pas ? J'ai fait assez de mal comme ça.

Craig poussa un grognement, si seulement Butters et Kenny pouvaient voir à quel point ils avaient salement besoin l'un de l'autre. Mais il ne pouvait pas s'empêcher de s'appesantir sur ce que Butters venait de dire. Qu'est-ce que Tweek penserait que tout ça ? Est-ce qu'il serait en colère que Craig eût essayé de pousser Butters et Kenny ensemble après ce qu'ils avaient fait ? Est-ce que Craig faisait quelque chose qui pourrait lui nuire ?

On eût dit que Butters pouvait lire dans les pensées de Craig.

_Craig tu devrais rejoindre Tweek. T'as pas besoin de t'impliquer là-dedans.

_Je sais.

_Est-ce que Tweek sait que tu es là ?

Une voix calme s'éleva dans leur dos, chaque mot fut prononcé lentement, avec confiance, pas bégayé :

_Oui je le sais.

Craig et Butters tournèrent violemment la tête et rencontrèrent deux yeux noisettes. Ces yeux ne reflétaient rien de ce que le garçon ressentait. Craig marmonna un juron. Clyde n'avait qu'une seule chose simple à faire : tenir Tweek à l'écart. Ses yeux s'illuminèrent de panique lorsqu'il vit Clyde apparaître derrière Tweek et venir se placer à côté de lui. Craig lui sourit et hocha la tête, il savait exactement ce que Clyde avait voulu faire. Qui aurait cru qu'il pouvait faire preuve d'une telle fourberie. Clyde lui rendit son sourire pour s'excuser, il fallait qu'il le fît. Il n'avait pas pu rester assis à plaisanter avec Tweek alors qu'il aurait mieux fait d'être ailleurs.

Butters sursauta.

_Tweek s'il te plaît, on va pas s'embrouiller encore plus. Craig essayait juste de m'aider, et bon sang je sais pas pourquoi. Je lui ai dit qu'il devrait me laisser tranquille. Je sais que je ne mérite pas qu'on m'aide.

_Je sais que C-Craig essayait juste de t'aider, Butters.

_Ah, ben ne lui fais pas porter le chapeau.

Tweek tira sur son t-shirt.

_J'en avais pas l'intention. Je n'ai rien à lui reprocher. Il ne dit que des choses vraies, et mon dieu je suis d'accord avec lui. J'ai détesté voir Kenny si triste ce matin. Il n'est pas simplement triste à cause de moi, c'est de TOI dont il a besoin.

Butters n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre.

_Arrête de te comporter comme si tu rendais service à tout le monde en restant assis là.

_Tweek je sais pas quoi dire.

_Alors ne dit rien Butters. B-bouge toi le cul et va voir Kenny avant que je me jette sur toi encore une fois.

Butters se leva d'un bon et prit Tweek dans ses bras un court instant, puis il le lâcha avant que Tweek pût réagir. Sans un mot de plus, il s'en alla en courant.

Craig prit Tweek dans ses bras, il l'enferma dans un câlin qui le soulagea.

_Eh ben, c'est une façon de le dire, je suppose.

Tweek enfouit sa tête dans la poitrine de Craig, il inspira cette odeur qui le calmait.

_Ben tu t'en sortais pas très bien.

_Cet truc-là d'être gentil, c'est pas vraiment naturel chez moi.

Tweek rit :

_C'est la dernière fois que l'un de nous deux a recours aux menaces ou à la violence.

Craig ricana :

_Ca marche

Derrière le couple heureux, Clyde eut un rire moqueur et leva les yeux au ciel.

_Je suis sûr que ça arrivera encore. Marmonna-t-il.

Il décida de les laisser pour aller voir Bebe, il murmura un ''connard'' à moitié sincère par dessus son épaule, après que Craig lui fît un doigt.

.

A suivre


[1]en français dans le texte

[2] je ne sais pas si j'ai déjà eu l'occasion de le dire mais j'ai toujours trouvé que '' m'voyez'' était une traduction excellente pour '' m'kay ''