Aimes-tu le hockey autant que moi ?

Chapitre 14 : Impérativement


J'en ai déjà parlé avec Ron, Seamus et Dean…et aucun d'eux ne chantent quand ils jouent.

It's the eye of the tiger, it's the cream of the fight(1)

D'aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours eu ce genre de...trame sonore durant les matchs. Quand la pression monte et que je sens l'adrénaline embarquer, ma mélomanie prend le dessus et les solos de guitare ou de batterie explose dans ma tête. Pas durant l'entrainement, par contre, même si les joutes sont corsées, il manque de…d'épic. J'ai aussi appris dernièrement que je ne fredonne pas non plus au lit. Quoique ! Je ne peux pas encore dire si je vais m'acclamer mentalement pendant Drago et moi le faisons en chantant du James Brown à tue-tête dans mon esprit. Mais j'aime imaginer que non. Surtout que jusqu'à présent, il m'est difficile de me souvenir ne serait-ce que de mon propre nom quand Drago pose ses mains sur moi.

Risin' up to the challenge of our rival(1)

J'intercepte la passe de Seamus qui se presse dans le camp adverse, ne quittant pas la ligne défenseuse des yeux. Un cri aigu s'élève dans les gradins et je n'ai même pas besoin de lever les yeux pour savoir qu'il s'agit de Lavande.

Grinçant des dents, je m'avance sur le territoire adverse et passe la puck à mon ailier gauche, faisant signe à Seamus de contourner leurs arrières qui rappliquent rapidement.

And the last known survivor stalks his prey in the night(1)

Nous jouons contre des amateurs aujourd'hui. Les attaquants restent de notre côté, derrière notre ligne de défenseurs, attendant que le palet leurs revienne tranquillement. Un peu plus et ils se mettraient à parler de la pluie et du beau temps en prenant le thé avec Ron – qui m'a confié se mordre les lèvres pour ne pas leur hurler quoi faire.

Nous menons huit à zéro.

Une partie facile, on pourrait croire que c'est agréable. Pas besoin de se prendre au sérieux pour une fois. Aucune chance que le coach nous engueule comme du poisson pourri une fois la partie terminée. Aucun stress pour Ron et ses défenseurs. Aucun défi pour moi et les autres avants. Mais en fait, c'est éperdument chiant. Les périodes passent super lentement et, sachant que je pourrais être avec Drago en train de me faire peloter, j'ai vraiment le sentiment de perdre mon temps. Tout en me les gelant parce qu'on pèle ici.

Nouvelle passe à moi.

And he's watchin' us all in the eye of the tiger(1)

Neuf à zéro.

Seigneur, sortez-moi de là !

Lavande se déchire les cordes vocales en bonne groupie et Seamus lui envoie la main en roulant des yeux, puis me regarde et me fait un doigt d'honneur à travers son gant.

Pauvre chaton.

O

—Elle fait la grève du sexe, susurre vertement Seamus entre ses lèvres.

Alors que j'étais bien tranquille dans mon coin, avec comme seule compagnie ma douce et délicate pudeur, il fallait qu'il vienne me coller. Dans les douches.

Je m'écarte un peu, les yeux toujours fermés, pleins de savon, essayant de les rincer à grand coups d'eau chaude. Seamus m'arrache mon gel douche des mains et je sens son corps se rapprocher du mien pour partager le même jet.

—Seam', merde, tu veux bien prendre ta propre douche ! je m'écrie en le poussant rageusement.

Il râle, mais s'éloigne et ouvre un autre robinet.

—Tu es si douillet.

—Non, Seam', c'est toi qui es bizarre. Aucun autre mec ne partage leur douche. On n'est pas en Irlande ici, je souligne.

—Et c'est toi qui me dis ça ? Tu deuxième plus grand fantasme doit être de prendre une douche avec un mec.

Je lève les yeux au ciel et lui coule une œillade désabusée alors qu'il me renvoie un sourire taquin made in Seamus Finnigan. Je hausse un sourcil.

—Parce que ton premier plus grand fantasme serait de te réveiller à mes côtés dans une chute thermale en Norvège un beau matin de printemps au son des poissons-volants, nu dans la rosée.

J'éclate de rire en secouant la tête de gauche à droite.

—À vrai dire, c'est en train de devenir mon plus grand fantasme à moi aussi, marmonne Seamus en changeant complètement d'expression. La Cinglée n'enlève plus ses petites culottes.

En effet, l'Irlandais a renommée sa copine «La Cinglée » lorsqu'il en parle avec moi, Dean ou Ron. D'ailleurs, le rouquin grimace à chaque fois qu'il entend ça et réprimande Seamus, essayant de le conseiller en donnant son propre couple avec Hermione en exemple, mais rien n'y fait. Ce qui n'aide pas la cause c'est que nous savons tous que Lavande est bel et bien folle. En temps qu'amie, elle est plutôt correcte : de bon conseil, souvent très optimiste, toujours partante et positive. Selon elle, rien n'est jamais impossible. Quant on veut, on peut. Souris, la vie est un fromage… Mais quand elle s'entiche de quelqu'un…Ô Ciel ! Le pauvre mâle est mieux d'être vacciné contre la dépression.

—Elle va me tuer, reprend Seamus, feignant la terreur. D'abord, elle devrait être sous médication, ce n'est pas normal d'avoir des sauts d'humeur comme ça. J'ai même eu peur qu'elle ait un polichinelle dans le placard, si tu vois ce que je veux dire.

Je souris. HAH! Un polichinelle dans le placard.

—Pas drôle, Harry ! Moment de sérieux ici, un peu de respect par Toutatis !

Je fronce les sourcils, faisant semblant d'être concentré sur son problème, et fais abstraction de mon air amusé.

—Et on ne baise pas ! Harry, tu m'avais dit qu'on baiserait et on ne baise pas. Je veux être remboursé !

—Seamus, je m'écrie avec indignation, tentant d'étouffer un éclat de rire.

—Je ne comprends pas. C'est pas normal. Avant que je sois son copain, elle me sautait sur le dard comme un nympho sur les stéroïdes et, tout à coup, je lui tiens la main en publique et POUF ! Bye bye la queue de Seamus. C'est de la putain de merde. Je me suis fait avoir.

J'essaie une seconde de ne pas rire, mais c'est peine perdue. C'est un salaud incontestable. Même Dean qui est un Don Juan n'est pas un aussi gros trou de cul que Seamus, mais je suis incapable de le juger et de me froisser par tant de manque de respect. Même vis-à-vis Lavande. Parce que je sais que Seam' est juste un handicapé du sentiment et que c'est très exactement comme ça qu'il se sent : bafoué. Il est fort probablement insulté par le comportement de Lavande qui avait fait miroiter monts et merveilles, avant de claquer la porte de la caverne d'Ali Baba.

—J'ai le droit d'aller voir ailleurs, hein ? me demande Seamus, plein d'espoir.

—Non, salaud !

—Et mes couilles ?

—Tu fais ce que tu faisais avant, je soupire en mimant la masturbation.

J'éteins mon robinet de douche et récupère mon savon.

Dans le vestiaire, Ron et Dean discutent tranquillement, assis sur leurs sacs de sport. Quelques autres joueurs se rhabillent lentement en s'aspergeant trop – TROP – généreusement d'antiperspirant, ne me portant pas plus d'attention qu'il faut.

Ron hausse les sourcils, l'air inquiet en me faisant signe vers les douches et je grimace en signant «Lavande » du bout des lèvres.

La couple n'a pas trois jours et nous en avons déjà tous plein le dos de cette histoire qui sonne aussi faux que la virginité de Pansy Parkinson.

O

O

J'arrive chez moi vers neuf heures et quart – merci aux jumeaux. Les lumières du rez-de-chaussée sont toutes éteintes, mais j'entends la radio jouer de vieux classiques du rock au loin.

J'enlève mes chaussures et dépose mon sac de sport dans l'entrée, essayant de ne pas trop faire de bruit. Mon père est installé dans la cuisine d'été, des montagnes de papiers éparpillées tout autour de lui, dodelinant de la tête en chantonnant.

It's early morning The sun comes out Last night was shaking And pretty loud. (2)

Je le rejoins et me vautre sur la banquette, appréciant la voix de mon père qui couvre à peine celle de Klaus Meine. Au refrain, nous reprenons, tous les trois en chœur : Here I am, Rock you like a hurricane. (2)

—Tu as marqué un but pour ton papa ? me demande-t-il soudainement.

—Ça dépend, m'as-tu acheté un Pokémon ?

—Non, répond-il penaud. Mais j'ai ceci !

Il brandit victorieusement un bonbon qu'il sort de sa poche et le jette sur la table. Je suis incapable de retenir mon euphorie et saute dessus, déchirant le papier avec mes dents.

—Mmmmmmh, je ronronne avec appréciation. Citron. Deux buts pour mon papa.

—Brave fils, ronfle mon paternel en s'étirant paresseusement.

Il se masse une épaule et monte le volume de la radio. Nous marmonnons en duo les paroles de la chanson qui enchaîne. Confortable, je tombe dans la lune, suçant ma friandise, jouant vaguement avec l'emballage, bercé par la musique et le griffonnage de mon père. Je suis bien.

—Drago Malefoy a appelé, plus tôt.

—Ah oui ?

Je me redresse, ramené abruptement sur Terre.

—Il n'a pas laissé de message, mais un numéro de téléphone où tu peux le rappeler. N'importe quand. Ta mère l'a mis sur l'ilot dans la cuisine.

Je baragouine un «d'accord » en me levant de façon précipité pour aller chercher ledit numéro.

—Harry, m'arrête mon père. Est-ce que Malefoy…?

—Malefoy quoi ?

—Eh bien, se force mon père, l'air de chercher ses mots. Tu sais… Est-ce que…? Hum. Vous…? Hum.

—Oh.

Nous rougissons tous les deux.

—Non, p'pa.

—Ah non ?

Son regard hurle «BLUFF !» et je déglutis.

—Non ! Papa ! C'est Malefoy, je rétorque comme si ça suffisait à tout expliquer. T'sais !

—Oui. Oui, bien sûr. C'est juste…le numéro de téléphone pour le rejoindre en tout temps. Ta mère et moi, nous nous demandions si… Tu vois. Tant pis.

J'acquiesce vigoureusement en me carapatant comme un lâche.

Ce joli minois sait faire bien des choses, mais définitivement pas mentir. Mes joues sont brûlantes, mon regard est fuyant, les commissures de mes lèvres sont crispées dans un simulacre de sourire décontracté. Non. Vraiment, je n'ai aucun contrôle sur mon visage.

Sur le comptoir de la pièce voisine repose la note fluorescente écrite par ma mère.

Drago Malefoy

(020) 5553 7246

Ce n'est pas le numéro qu'il m'a donné au début de l'année quand nous avons échangés nos coordonnés. Donc pas son numéro de maison.

Il est dix heures moins cinq.

Trop tard pour renvoyer son appel. Mais encore là, il a dit n'importe quand. S'il a dit ça c'est sûrement que je ne réveillerais pas ses parents en appelant tard. S'il a dit ça, c'est probablement aussi parce qu'il veut que je le rappelle ce soir. S'il dit ça, c'est sans l'ombre d'un doute parce qu'il me veut ! YES !

Je prends le combiné de la cuisine et monte dans ma chambre en sautant les marches quatre par quatre, soulevé de terre par mon enthousiasme. Je compose le numéro de Drago et ferme la porte de ma chambre doucement, pour ne pas interpeller mon père – qui doit tellement s'attendre à ce que je l'appelle – ou ma mère.

—Oui, allô ?

—Drago…?

—Oui ?

Sa voix semble amusée, mais je ne pense vraiment pas qu'il m'ait reconnu.

—C'est Harry.

—OH ! Oh. Oui. Est-ce que tu peux rappeler dans…quinze, vingt minutes ? Pans' et Blaise s'en allaient justement.

J'entends les deux concernés protester, puis argumenter avec Drago.

—Quinze minutes, répète-t-il en raccrochant.

Bon !

Je dépose le téléphone sur ma table de chevet. Quinze minutes alors. Ça flingue un peu mon excitation quand même.

Un bâillement me décroche la mâchoire et la fatigue me gagne tout d'un coup. Je me traîne jusqu'à la salle de bain où je prends un temps interminable à me laver les dents. Paresseusement, j'enlève tous mes vêtements jusqu'au boxer et retourne m'échouer dans mon lit. Ces temps-ci, je dors comme un gros bébé qui vient de boire et, de toutes mes forces, je combats le sommeil qui manque de me submerger. Encore cinq minutes. Cinq minutes et je vais pouvoir parler à Drago.

Comme nous n'avons plus de projet de physique d'ici les vacances de Noël, nous ne nous sommes pas vu aujourd'hui…et techniquement nous ne devrions pas nous voir durant tous les weekends jusqu'à la rentrée. J'avais cru que Drago s'en foutait vu qu'il n'en avait pas parlé…

Étendu sur le dos dans mon lit, je me cale dans mon édredon, incapable de faire disparaitre le sourire béat qu'un simple coup de téléphone peut m'apporter. J'avais pensé lui téléphoner durant la matinée, mais sans son accord préalable, j'avais peur de me faire trop oppressant et qu'il me rabâche les oreilles de ces «On ne sort pas ensemble, Potter» qu'il affectionne tant. Si je passe plus de cinq minutes à le regarder en soupirant avec langueur, il se dépêche de me tourmenter de ces mots. Je sais très bien qu'on ne sort pas ensemble ! Est-ce pour cela que je n'ai pas le droit d'être énamouré ? Hein ! Enfin…oui. Peut-être un peu.

Merde aussi ! Il apprendra qu'on ne récolte que ce que l'on sème et qu'il n'avait qu'à ne pas me faire tomber amoureux… Oh merde. Faites qu'il ne se rende compte de rien.

Quelle heure est-il ?

ENFIN !

Je rappelle.

—Potter ? il répond après une sonnerie.

—Harry, je corrige.

Drago soupire et j'entends ses yeux roulés dans leurs orbites d'ici.

—Salut, je reprends. Ligne privée ?

—Portable. Puisqu'on est ami, maintenant, j'ai pensé que tu méritais peut-être de faire partie des privilégiés à qui je donnais ce numéro de téléphone. En cas d'abus, cela dit, je me rétracterai.

—Tu vas reprendre ton numéro de téléphone du fin fond de ma mémoire ? je demande, railleur.

— «Lobotomie pour les nuls », ça ne semble pas aussi compliqué qu'on essaie de le faire croire. Tu ouvres ici, tu électrocutes là. Mais trêve de politesse, qu'est-ce que tu fais demain ?

—Rien de spécial. Des devoirs j'imagine. Pourquoi ?

—Tu pourrais venir passer l'après-midi ici.

—Chez toi ?

—Je pensais plus précisément dans mes boxers, mais si tu veux garder cette conversation «Tout public », oui, chez moi.

Ô amour, tu es si sensible, si délicat, si romantique.

—Tu pourrais venir ici, pour une fois, je propose en effaçant un sourire.

—Dans tes boxers ?

—CHEZ MOI !

Je l'entends qui éclate de rire à l'autre bout du fil et j'essaie de penser à autre chose pour faire partir le rouge qui me ronge le visage.

—C'est plus pratique chez moi. Et plus privé aussi. Et plus jolie. Et confortable. Et grand. Et luxueux. Et ça sent meilleur…

—Mais oui, mais oui. Et ton père est plus fort que le mien.

—Plus puissant, oui, mais en terme de force physique…je ne sais pas. Par contre, ton père est plus sexy.

—Bonsoir Drago, à jamais !

Encore une fois, son rire explose dans mes oreilles et je sens ma bouche s'incurver vers le haut. J'aime bien faire rigoler ce frigide de l'émotion.

—Viens, j'insiste.

—Mais j'ai un plâtre, s'indigne Drago comme si j'étais le plus grand sans-cœur de tous les temps. Un gros en plus ! Déjà que toute la semaine, il faut que je me traîne dans tout Poudlard.

—Je vais te porter. Je vais te construite une chaise en forme de trône et te porter à travers ma modeste demeure. Tu auras une couronne et un sceptre. Et une peau de tigre. Et tu pourras traiter ma mère de boniche et mon père de mendiant !

—Tu veux vraiment que je vienne chez toi demain.

Je ne pensais pas tant que ça, mais en fait oui, il a raison. J'ai envie que ma mère et mon père rencontre Drago. Pour vrai. Qu'ils aient la chance de vraiment faire sa connaissance. Et de le voir dans ma cuisine, dans mon salon, dans ma chambre…dans mes affaires.

—Un peu, je concède. Ça ferait changement.

Il réfléchit un moment en émettant un long et fort «mmmh», me faisant languir, puis un court silence avant :

—Tu vas me sucer ?

Ma salive va s'agglutiner dans le fond de ma gorge, faisant du bungee avec ma luette, et je suis pris dans une quinte de toux violente.

—Si jamais tu t'étouffe pour vrai, raccroche et compose le 999, reprend tranquillement Drago. Comme on l'a vu lors de la campagne de sensibilisation aux urgences en première année avec Quirrell. Tu te souviens de Quirrell ? Il était bizarre. Je pense qu'il touchait les petits enfants…

—DRAGO ! je rugis, indigné.

—Pas moi, ne t'inquiète pas.

—Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?

—Qu'est-ce que tu veux dire ?

Je m'enfonce dans mon oreiller en reprenant mon souffle, pas vraiment remis de ma suffocation, et tente de reprendre mon calme. Non mais vraiment ! Qu'est-ce qui ne va pas avec moi pour que je me…je…je me retrouve avec ce genre de mec ? Est-ce que je suis un appât à détraqués ? Qui passe de «fais-moi une pipe» à notre professeur de première année qui, en effet, avait un comportement pour le moins singulier.

Tu vas me sucer ?

Franchement !

—Franchement ! je répète à voix haute.

—Quoi ?

Toi, tu es bizarre.

—Non. Il y a belle lurette que j'ai cessé de te considéré comme un petit garçon. C'était un samedi, je pense bien. Tu es venu plutôt vite en j'en avais pleins les mains, mais j'ai dû reconnaître que…

—ARRÊTE ! Pourquoi tu parles comme ça ?

—Parce que ça te met dans tous tes états et que ça me fait rire.

Son ton est dégoulinant de malice et je me retiens à deux mains pour ne pas A) lancer le téléphone à travers ma chambre ou B) raccrocher aussi sec sans précaution aucune.

Je me mâchonne l'intérieur des joues, ne sachant pas vraiment quoi ajouter. Fais chier ! J'ai toujours eu beaucoup plus de répartie que ça vis-à-vis Malefoy, mais sur ce terrain-là, je perds tous mes moyens. J'ai chaud, ma gorge se noue, j'ai envie de glousser comme une dinde et d'enfouir mon visage dans mes mains.

Infâme pervers !

Ledit Infâme baille longuement.

—Alors ? Chez toi, demain ? marmonne-t-il.

—Juste si tu veux. Si c'est trop demander…

—Chut ! Pas de pleurnichage, ça m'énerve. Si je viens en début d'après-midi, ça va ?

—Oui, oui.

Silence.

—Tu m'en veux à cause du suçage ? soupire Drago, désabusé.

—Non.

Re-silence.

—J'ai compris. Pas de fellation demain.

Re-re-silence.

—T'es chiant, Potter.

Raccrochage.

Triste Harry.

Je grimace un peu en tapotant le combiné sur mes lèvres.

Je ne suis pas fâché au sens propre du terme. Qu'il ramène le fait que je l'ai sucé d'une façon aussi cavalière m'a surpris, oui. Et je trouve un peu moyen qu'il me demande, comme ça…tout bonnement…comme si de rien était…sans préambule…de but-en-blanc…juste histoire de foutre sa queue dans ma gueule. FRANCHEMENT !

Cramoisi jusqu'à la racine des cheveux pour la…bah !... millième fois ce soir, je m'emmitoufle dans mes couvertures et bougonne. Juste pour le sport.

Si l'occasion s'était présentée, je l'aurais sûrement fait, en plus ! Tiens ! Prends ça, Malefoy ! Drago. Et ça ne se demande pas ça, non plus. Allez, Harry, juste un peu. Juste pour dire. Juste un bec. Juste un coup de langue. Une bouchée…Merde. Mon sexe est fébrile derrière mon boxer et j'essaie de ne pas y penser en l'écrasant contre mon matelas. Et en donnant quelques coups de reins. En pensant à Drago. Couché dans mon lit. Entre mes draps, qui m'attire entre ses cuisses, moites et fermes. Qui me dévore insatiablement de ses yeux gris et affamés, me détaillant scrupuleusement, s'attardant sur mon entre-jambe avec gourmandise. Son érection vibrante pulsant contre la mienne…

Le téléphone sonne subitement et sans réfléchir, je réponds.

—A-Allô ?

—Il n'y a aucune raison pour que tu me fasses la gueule !

—Pardon ? j'entends la voix incrédule de mon père.

Je vrille sur le dos pour arrêter de me jouer après, essayant de chasser mon excitation.

—C'est-c'est pour moi, p'pa, je soupire.

—Je pensais aussi. Salut Drago !

—Bonsoir, Mr Potter.

—Bonne soirée.

Sur ce, mon père lâche la ligne et je respire enfin.

—C'est normal que j'aie envie de me faire sucer. C'est même une bonne chose ! Ça veut dire que tu ne t'y prends pas si mal que ça.

—Je rêve, je m'écrie. Et ne m'appelle pas à une heure pareille ! Et si mon père entendait ça, hein ?

—Ne sois pas stupide. Il vient de raccrocher.

—Tu es…Ooh. Tu me déprimes.

—Qu'est-ce que j'ai encore fait ? s'impatiente Drago.

—Rien, rien.

Silence.

—Depuis que je te parle, je suis bandé…

—Dra…

—Non, écoute-moi, me coupe-t-il. C'est très amusant ton truc de puceau, mais il est temps que quelqu'un te le dise et je pense qu'il vaut mieux que ce soit moi.

Et bien que j'ai envie de l'envoyer chier vertement, je ne peux m'empêcher de pouffer de rire. Je pense que je préférerais encore me faire faire ce genre de speech par mon arrière-grand-mère édenté dont la dernière partie de touche-pipi doit remonter d'avant Mathusalem que par Drago Insensible-Au-Cœur-De-Pierre-Et-Même-Pas-D'Âme Malefoy.

—Quand deux personnes se veulent vraiment beaucoup, qu'elles aiment se bouffer, se lécher et se téter la bouche et la queue et qu'elles s'appellent Harry et Drago, il est normal que Drago aient toujours envie de baiser la bouche d'Harry. D'accord ? Et aussi beaucoup une autre partie d'Harry, mais ça, je t'en reparlerai plus tard quand nous serons rendus là. Et c'est normal que Drago y pense tout le temps. Et qu'il en parle tout le temps aussi. C'est même possible qu'Harry aussi y pense de temps en temps.

—Il y pense. Aussi. De temps en temps.

Et il rougit aussi. Tout le putain de temps. Merde, Harry !

—Bien, ronronne presque Drago. Alors, demain, chez toi, Harry et Drago vont…

—On verra, je l'arrête rapidement. Mes parents seront là et ils sont un peu contre l'épanouissement sexuel de leur unique fils de seize ans.

—Alors viens ici, répond-il incrédule. Je pense que mes parents ne savent même pas quel âge j'ai.

Je lève les yeux au ciel.

—Non, toi, tu viens. C'est déjà décidé.

—Est-ce que c'est une grève du sexe ? Est-ce que tu as tes règles ? Tu as un bouton mal placé ?

—Ouach ! Drago ! Non ! je hurle avec un dégoût amusé. Pour une fois. Juste une fois, ici. J'irai chez toi toute la semaine prochaine.

—Et mon pénis dans tout ça ?

—Mais merde, Drago, tu as une main droite ou pas ?

—Je peux allez voir ailleurs aussi, si tu ne veux pas, assène-t-il avec mordant.

Et putain de bordel de merde, ce coup-là, je ne m'y attendais pas. Au contraire. Je m'attendais à bien des choses venant de lui, dont encore plus d'insistance et même des critiques peu constructives sur mes performances – pratique, pratique, pratique. Mais…ça ? Qu'est-ce que je suis censé comprendre ? Fais ta chienne Potter ou alors je vais trouver quelqu'un d'autre pour gober ma queue.

Va chier !

—Va chier ! je répète encore une fois à voix haute.

Il expire longuement dans le récepteur.

Va chier. Va chier. .

—Potter, Drago soupire l'air ennuyé. Encore une fois, je te rappelle que nous ne sortons pas…

—Ta gueule ! Tu ne comprends, encore une fois, comme d'habitude, rien. On a beau ne pas sortir ensemble, le respect c'est pas pour les chiens. Va penser à ce que tu viens de dire…

Merde, je viens vraiment de dire ça.

—…et demain, pas la peine de venir, je continue néanmoins. ET NE RAPPELLE PAS, IL EST TARD !

Sur ce, je raccroche, balance le téléphone à l'autre bout de la pièce – m'assure qu'il est en bonne état du coin de l'œil –, puis m'enroule dans mes couvertures en serrant fermement les paupières.

Je vous en foutrai des trous de cul, des merdeux, des fils de pute, des salauds, des connards, des pervers de - VA TE FAIRE FOUTRE DRAGO MALEFOY !

O

O

Gavé d'entendre Seamus se plaindre de Lavande, ENCORE, j'explose :

—ASSEZ ! Seam', tu es mon ami, mais si je dois t'entendre parler de ta copine encore une fois, je te fais bouffer les cheveux de Rogue.

—Les cheveux de Rogue ? répète Seamus en fronçant le nez. Le châtiment est bien trop sévère pour le crime !

—Non, je suis tout à fait d'accord, m'appuie Dean, toujours penché sur mon devoir de français qu'il recopie. Si elle te tue tellement, largue-la.

Seamus soupire longuement en enfouissant son visage dans ses bras pliés sur la tête

—Tu sais bien que je ne peux pas…

Et ainsi, il recommence à baratiner Dean sur le fait que : oui, Lavande est une sacrée chieuse, mais non, il ne peut pas la laisser parce qu'ils ont «consommé leur amour » et que, oui il allait la laissé, mais que non ce n'était pas encore le moment, qu'elle avait des qualités, bien qu'il soit incapable de s'en souvenir…tout le temps.

Alors qu'en fait, à moi il l'avait avoué, il veut juste coucher avec une dernière – et deuxième – fois, parce que sinon il l'aurait supporté tout ce temps pour rien et que ça : non !

Bien entendu, je laisse Dean implorer un Seamus plus chiant que jamais de la fermer avec Lav-Lav parce qu'il s'en fout comme de l'an 40 de sa vie de couple. Je ne les écoute plus s'obstiner, me concentrant sur mes propres problèmes.

La nuit ne porte aucunement conseil. Au contraire, la nuit de samedi m'a plutôt aidé à créer des plans machiavéliques qui me feraient jeter en prison. Sauf bien sûr si j'étais dans un pays du Moyen-Orient, que Drago était une fille, que nous étions mariés et que je prétendais qu'il ait commis l'adultère. Mais bon ce n'est pas le cas et la lapidation au milieu de la place publique n'est pas à la mode en occident – et c'est une HONTE, si vous voulez mon avis.

En plus, tout ce sadisme ne m'a pas aidé à dormir l'autre soir parce que j'étais beaucoup trop énervé pour ne serait-ce que songer à fermer l'œil. J'ai broyé du noir une bonne partie de la journée dimanche avant de finalement céder à la tristesse et la fatigue. Je me suis couché tôt, sans manger, et n'ait pas eu de difficulté à trouvé Morphée.

Évidemment, aux petites heures ce matin, mon estomac m'a tiré du lit et je me suis empiffré dans les restants du repas de la veille que ma mère avait étiqueté dans le frigo. Puis pour éviter d'attirer les soupçons de mon père et le mettre en mode Gestapo, je suis retourné me terré dans ma chambre où j'ai eu tout le loisir de réfléchir, à tête reposée, à notre situation, à Drago et à moi.

Je dois dire qu'une fois la colère envolée, la source de cette engueulade était tout sauf difficile à trouver et la solution à tous mes problèmes était limpide.

Bien que Drago Malefoy soit un connard libidineux avec la palette émotive d'un carcajou, j'ai envie de sortir avec. Même si j'espérais pouvoir simplement profité de sa bi-curiosité pour vivre enfin une aventure avec un mec, je me rends compte que ce que je veux vraiment, c'est l'avoir juste pour moi. Le fait qu'il soit si direct qu'il me demande de but-en-blanc de le sucer me déstabilise beaucoup, mais je dois avouer que j'aime bien son franc-parler. Et quand il me parle de cul juste pour me mettre mal à l'aise, j'admets que ça me fait aussi bander comme un âne. Il passe son temps à me mettre en boîte et à me chercher, mais ça me donne le droit d'en faire de même et j'aime bien cette rivalité entre nous deux.

Et j'en ai marre de me faire rappeler à toutes les occasions qu'«on est pas ensemble ». Pas comme un couple, du moins. Et je n'ai pas envie de me faire redire qu'il pourrait, s'il voulait, – et que maintenant que j'y pense, le fait sûrement – aller voir ailleurs.

Mes tergiversations de ce matin m'ont mené à la conclusion finale qu'il fallait que je donne à Malefoy un ultimatum. Et je sais que, généralement, lorsque l'on demande à quelqu'un «c'est comme je veux ou pas du tout», les gens tendent à choisir «pas du tout». Et que comme il s'agit de Drago – et que Drago à l'orgueil de la grandeur de l'océan Atlantique –, il risque de choisir «pas du tout» avec encore plus d'ardeur que le citoyen moyen.

Maudit sois-tu…qui que tu sois qui fais de ma vie un ENFER !

O

Je quitte Hermione pour aller m'asseoir à mon pupitre, évitant comme la peste son regard qui m'implore de rester avec elle. Lavande ne cesse de nous harceler, quémandant des compliments sur le beau couple qu'elle et Seamus forme. Je veux bien que ce soit son premier petit ami officiel, mais franchement ? Vous ne trouvez pas que Seamus et moi sommes tout simplement MAGNIFIQUES ensemble ? Nos mains sont de la grandeur idéale, non ? J'en avais marre de tous ces garçons gigantesque – sans offense Hermione – Seamus a le parfait mètre soixante-cinq. Vous ne trouvez pas que nous sommes vraiment mignons quand on mange ensemble ? Ne suis-je pas une super copine de lui préparer son repas de midi ? Vous a-t-il parlé du nouveau t-shirt décolleté que j'ai acheté juste pour lui ?

ARRRRRRGH ! TA GUEULE !

On a déjà donné. Oui, nous lui avons dit que son teint basané contrastait joliment avec la pâleur de la peau de Seamus. Que leur petitesse respective en faisait un couple parfaitement assorti – a contrario, en effet, avec Ron qui frôle le mètre quatre-vingt-dix et Hermione qui passe tout juste la barre du mètre soixante. Mais non, désolée, donner la béquer à un garçon de dix-sept ans, ce n'est pas mignon. Lui préparer son lunch, c'est bizarre. Et on s'en fout de tes seins dénudé dans tes chandails échancrés, Lavande !

Merde !

Pour ne pas regarder en direction de ma pauvre, pauvre, meilleure amie qui endure ce supplice au goût de guimauve, j'essaie d'avoir l'air occupé avec mon cahier de maths.

Le cliquetis se fait alors entendre. Je relève les yeux vers Drago qui entre dans la classe et vient aussitôt ancrer son regard au mien. Je me raidis violemment et sens la nervosité grimpé au rythme de son approche.

Respire, Harry, je m'ordonne fermement. Maintenant, souris. Ce que je m'empresse de faire. Voilà. Décrispe les joues. OH MON DIEU ! Les sourcils aussi. Relaxe tes sourcils, Harry. Voilààààààà. Dé-ten-du.

Une expression sceptique gagne le visage de Drago, en réponse à mon sourire, puis il s'installe à ma droite, toujours sans me quitter des yeux. Nott dépose ses bouquins devant lui, pas pressé de repartir, on dirait.

—Salut, je lance, détaché. Bon weekend ?

Les yeux de plus en plus plissés, Drago hoche le menton sensiblement. Nott reste immobile, l'air constipé. C'est pas gagné d'avance. Je hausse les épaules puis reprend ma relecture de notes, slash excuse pour ne pas affronté le courroux d'Hermione, où je l'avais laissé.

—Bande de boute-en-train, je glisse tout de même dans un souffle.

—Ça va aller, Nott, remercie vaguement Drago avant de se pencher vers moi. Ça va ?

Un coup d'œil me permet de voir s'éloigner un Théodore dubitatif et m'observer un Malefoy incrédule. Je hausse les épaules, un petit sourire jouant aux coins de mes lèvres.

—Pas mal, je réponds.

Drago s'appuie lourdement sur le dossier de sa chaise, scrutant avec attention mon visage et je peux voir, dans sa petite tête blonde, les équations pas possibles qu'il essaie de résoudre.

Pascal entre dans la classe sur ces entrefaites, déposant son porte-documents sur le bureau, il a quelques minutes de retard et s'empresse de commencer la matière, nous laissant à peine le temps d'ouvrir nos cahiers.

—Qu'est-ce que tu as, Potter ? chuchote Drago une fois que le prof a le dos tourné.

Est-ce que les habitudes ont la vie si dure ? Parce que ce n'est pas si difficile de m'appeler Harry après m'avoir dévoré la bouche et mis la main au pantalon.

Néanmoins, je reste aussi stoïque que possible et oblique à peine la tête vers lui.

—Rien du tout. On en parle plus tard, d'accord ?

—Chez moi ce soir ?

Dans tes rêves.

—Après le cours. Je porterai tes cahiers, O.K. ?

Il ne répond pas, mais détache enfin son regard et se laisse emporter par le cours. Moi moins, mais qu'y puis-je ?

Pendant cinquante minutes, je gribouille dans mon cahier en me demandant ce que je vais lui dire, comment le dire, ce que lui va dire, pourquoi… Et Malefoy étant ce qu'il est, il ne dira absolument pas ce que je pense qu'il va dire. Il va dire quelque chose qui va me faire revenir sur mes décisions et piétiner mon estime de moi-même avec allégresse…danser dessus avec des adeptes du baladi. Bordel !

La cloche retentit et me tire de mes élucubrations, on plie bagage. Malefoy me tend ses affaires, mais ne fait pas signe de se lever, laissant la classe et le couloir se vider pour éviter d'être bousculé. Du bout de la salle, je vois Hermione qui me regarde comme une désespérée alors que Lavande tire sur sa manche d'uniforme en caquetant.

Bon sang, si je n'étais pas si obnubilé par mes propres problèmes, je pense bien que je m'allierais Seamus pour que Lavande relève sa jupe et qu'on n'en entende plus parler.

Une chaise racle le sol. Drago s'appuie sur ses béquilles et me fait signe de le suivre. Pascal nous regarde quitter la salle en silence, puis replonge sa tête dans ses notes.

Un pansement, ça s'enlève d'un coup sec.

—J'ai envie d'arrêter, je lance à brûle-pourpoint.

—Et est-ce que je peux avoir une putain de raison ?

Son ton acide m'indique qu'il a bien compris de quoi je parle.

—J'adore quand tu me parles comme ça, j'ironise en grimaçant.

—Crache le morceau, Potter.

—Ton attitude se passe de commentaires. Non ?

Il me fusille du regard et appuie rageusement sur le bouton d'appel de l'ascenseur.

—Je n'aurais pas d'attitude si tu ne m'annonçais pas ça.

—Honnêtement ! Ta personnalité est composée à quatre-vingt pourcent de cette attitude de merde. J'aimerais bien qu'on reste ami…

Drago fronce le nez en soupirant bruyamment. La secousse de l'ascenseur lui fait perdre son ballant et il se rattrape sur moi.

—L'amitié, c'est surévaluée, il maugrée.

La porte s'ouvre et je sors, retenant la porte pour lui d'un bras.

—Tu vas lobotomiser ton numéro de téléphone en dehors de mon cerveau ? je demande en souriant.

—Je vais être obligé, répond-il faussement navré. J'espère que tu comprends.

—Écoute, entre ça et le meurtre…

—Tu ne voudrais pas mettre du sang sur mes mains, susurre-t-il doucereux.

Nous marchons jusqu'à son casier et, étonnement, ni Zabini ni Nott ne l'y attende. Mon ventre gargouille et je m'échoue sur la case avoisinante, en geignant. J'ai tellement mal au ventre.

—Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire ? m'interroge Drago.

Il a l'air irrité à nouveau et je sens l'envie de revenir sur ma décision me peser, mais hors de question que je plie l'échine.

—Pas vraiment.

Je lui tends ses bouquins et il les mets sur la tablette du haut.

—Je veux quelque chose de plus sérieux, j'explique, même s'il ne m'a rien demandé.

—Oh.

Silence.

Autant pour mes beaux rêves. Il met son portefeuille dans sa poche de veston et se tourne vers la sortie du vestiaire sans même me dire au revoir. Je le suis du regard, repoussant les émotions vives qui me submergent pour ne pas laisser mon visage craquer et mon désespoir se placarder dans ma face. Je m'enfonce dans un petit corridor entre les rangers de casiers et vais m'adosser au mur du fond, à l'abri des passants.

Putain de merde. Ça l'aurait tué de me demander de sortir avec ?

J'expire un bon coup en me frottant le visage à deux mains. Pourquoi je me crée des faux-espoirs ? Ce n'est pas tellement que j'ai envie de pleurer, mais ma jauge de bonne humeur vient de chuter dramatiquement.

Allez, il faut que je reprenne le dessus, je me ressaisis. Les autres m'attendent.

Je grimace pour essayer de changer l'expression de mon visage, mais je sens mes muscles faciaux crispés dans un air morne.

Sachant qu'Hermione risque juste d'aggraver mon humeur avec son inquiétude, je me glisse entre Lavande et Seamus – qui me gracie du regard le plus reconnaissant qui soit. Comme pour justifier mon geste, l'Irlandais commence à parler du cours de français, s'excusant à sa copine. Sa joie de vivre déteint rapidement sur moi et je me surprends à rire de ses âneries.

O

Le cours d'anglais est un véritable calvaire. McGonagall nous a donné une liste de mots d'ancien anglais qu'il faut analyser et décortiquer, qu'il soit de racine grecque, latine ou germaine. Erf ! Avec les manuels de référence, ce n'est pas tant que c'est difficile, mais plutôt barbant.

Hermione, à l'autre extrémité de la classe, est au septième ciel. Tous ses livres sont ouverts devant elle et sa plume gratte le papier depuis le coup d'envoi. Dieu, elle est folle. Juste devant, Ron est dans la lune ou carrément endormi les yeux ouverts. Je pouffe de rire en secouant la tête.

Soudainement, Drago se tourne vers moi et me tend un Merriam-Webster, puis retourne à son travaille. La prof nous jette un regard vif et je plonge les yeux sur ma feuille pour fuir son air inquisiteur.

J'ouvre le dictionnaire à la première page et y voit inscrit Drago Malefoy. Je hausse un sourcil, puis tourne les pages sans rien trouver d'anormal. Pas de papier ajouté entre les chapitres. Rien. Je retourne le livre et l'ouvre à la dernière page.

Voir p.189.

Un dessin représentant une tête de cheveux hirsute noire avec de grosse lunette serrant fermement un autre petit bonhomme est représenté à la page indiquée. Les deux personnages sont tout nus : celui avec les binocles à d'ailleurs un sexe énorme et l'autre est plutôt bâclé, si ce n'est un tatou de trèfle à quatre feuilles sur une fesse.

Vraiment.

Je ris doucement en essayant de ne pas me faire repérer par McGonagall.

—Seamus ? je chuchote.

Drago acquiesce sans se retourner.

J'efface le trèfle sur la fesse de Seam' et m'applique à y dessiner un dragon qui ressemble plutôt à une grenouille ailée qui crache du feu.

—Malefoy, je l'appelle d'un ton tout à fait normal. Merci.

Quelques têtes se retournent vers nous, je lui rends son dictionnaire puis me remet à mon exercice l'air le plus naturel du monde. Je l'entends feuilleter son manuel vivement.

Jusqu'à la fin du cours, il ne fait pas un geste dans ma direction, mais lorsque la cloche sonne, il pivote sur sa chaise.

—Attends-moi, m'ordonne-t-il.

Je hoche la tête.

Zabini me fusille du regard et lui et Drago commence à s'engueuler à voix basse. Les autres ramassent leurs affaires et s'éclipsent après avoir pris en note le devoir de McGonagall. Hermione et Ron sont partis sans même que je le remarque.

—Je peux rester avec toi, souffle Zabini avec colère.

—Non, Blaise, je veux parler avec Potter. En privé.

—Pourquoi ? insiste son ami avec véhémence.

—Ça ne te regarde pas, s'impatiente Drago.

Avec agacement, je croise mes bras sur mon torse, m'avachissant dans ma chaise. Des yeux noirs et haineux se dardent sur moi. Un rictus me grimpe aux lèvres.

—Gâche pas tout, Zab', on prévoit ton anniversaire, je m'amuse.

—TA GUEULE, POTTER !

—Mr Zabini.

La tête de l'interpellé s'enfonce dans ses épaules et il fait volte face, tombant nez-à-nez avec McGonagall. Il balance rageusement ses livres dans son sac et se précipite hors de la classe, sous nos trois regards.

—Quel emmerdeur, siffle Drago.

—Ouais, j'appuie.

—Je parlais de toi.

Piqué, je vais pour me défendre, mais surprend son petit air sournois et me contente de lui faire un doigt d'honneur dans le dos de la directrice.

Nous nous levons et quittons la salle de classe.

—Qu'est-ce que ça veut dire ? me questionne-t-il lorsqu'on est assez loin d'oreilles indiscrètes.

—Ça ? je demande en lui refaisant le signe grossier que je lui ai fait auparavant.

—Mais non ! s'indigne-t-il en saisissant mon majeur dans sa main. Je sais très bien ce que ça veut dire.

Il tape sur son dictionnaire que je tiens dans mes mains.

—Ça.

—Je ne comprends pas, je dis lentement, incertain.

—Tu veux qu'on arrête ?

J'acquiesce silencieusement.

—Parce que tu veux quelque chose de plus sérieux ?

Encore correct,

—Avec Seamus Finnigan…

—Euh non ! je l'interromps vivement. Seamus sort avec Lavande Brown.

Drago me jette un regard ahuri, l'air désarçonné.

—Brown sort avec Finnigan ?

Je hoche la tête et il grimace exagérément l'air révulsé.

—Mais si ce n'est pas Finnigan, c'est qui alors ? se ressaisit-il.

—Qui quoi ?

—Avec qui tu veux quelque chose de sérieux.

Je bégaie en sentant le rouge me monter aux joues, ce qui amuse éperdument Drago, évidemment.

—Personne en particulier. Enfin…

Ta gueule !

—Enfin…? fait-il inquisiteur.

—Juste quelqu'un qui ne me dirait pas sans arrêt qu'on ne sort pas ensemble et qu'il irait voir ailleurs si je ne…

Je ne finis pas ma phrase, sentant la gêne gagner mon visage encore. J'ai, du mieux que j'ai pu, retirer toute la verve dans mes paroles et j'espère que Drago ne va pas encore s'insulter parce que je n'ai pas la force, aujourd'hui, pour me chamailler avec lui.

—Tu es encore fâché à cause de ça, hein ?

—Pas fâché, je marmonne. Ça ne change rien pour moi…

je t'aime quand même, je fini dans ma tête.

Il hausse les épaules et nous arrivons tout près de son casier.

—Tu viens chez moi, ce soir ?

Désarçonné, je fronce les sourcils.

—Quoi ? Pans' et Blaise viennent souvent chez moi. En amis.

Merde.

Je n'avais pas pensé à ça. D'un autre côté, il faudra bien que je retourne chez lui pour nos projets de physique…qui ne reprennent pas avant la rentrée d'hiver. Donc pas avant un mois. Donc je n'ai aucun intérêt à aller chez lui maintenant.

—J'ai un entraînement, ce soir, je m'excuse.

C'est vrai en plus.

—Demain alors ?

Je sers les mâchoires. À quoi il joue ?

—Tu veux qu'on reste amis ou non ? se fâche-t-il au bout de quelques secondes.

—Oui.

—Alors demain, chez moi, se récrie-t-il d'un ton sans réplique.

Hostilement, il me tourne le dos et je lui emboîte le pas parce qu'il faut que je lui apporte ses livres jusqu'à son casier. Il fait la combinaison de son cadenas, puis me tend la main vivement, l'air toujours frustré.

—Alors… À demain, je souffle en m'en allant.

O

O

Putain d'entraînement de cul de merde.

Je m'effondre sur le banc et enlève mon casque que je lance sur la bande devant moi. Les autres joueurs me dévisagent, puis reportent leur attention sur la partie amicale. Mes gants atterrissent par terre à côté de mon casque et je plonge ma tête dans mes mains, pressant mes pouces sur mes tempes pour essayer de tuer mon mal de tête.

C'est l'enfer. J'ai l'air d'un con fini, à me faire plastrer dans la toutes les fenêtres comme une grosse mouche handicapée.

—Ça va Cap'taine ?

Je grogne et Seamus rigole.

—Lâche tes tempes. Ça me donne des frissons. Tu savais qu'on pouvait mourir comme ça ?

—Tu as de l'aspirine ? je grommèle.

—Bien sûr, répond-il d'un ton sarcastique. J'en ai toujours dans mes jock-straps, mais – oh merde ! – j'ai oublié de mettre mon jock-strap aujourd'hui.

Mes coéquipiers ricanent et moi aussi.

—Dégage, rouquin, rigole Luke.

—Je ne suis pas rouquin, s'indigne Seamus. Ron est roux. Ça s'appelle Strawberry blonde.

Nous éclatons tous d'un grand rire tonitruant et je grince des dents en resserrant mes doigts sur mon pauvre crâne douloureux.

O

Pour une fois, j'ai été le premier à la douche, pressé de rentrer chez moi me coucher, j'ai envoyé chier ma pudeur.

Aussitôt que je finis d'attacher mon dernier lacet, je vois Ron, à côté de moi, prêt, son sac sur l'épaule, son manteau sur le dos et ses bottes aux pieds.

—On va prendre le bus, les mecs, dit-il à Dean et Seamus.

Ces deux derniers nous saluent rapidement et retournent à leurs moutons.

Le silence qui nous accompagne vers la sortie est pour moi un avertissement à la conversation qui s'en vient…

—Qu'est-ce que tu as ? me demande Ron, une fois que nous sommes dehors, l'air concerné.

Je le savais.

—Mal de bloc, je soupire en pointant ma tignasse.

—Et ?

Je souris chaleureusement et étends mon bras sur les épaules de Ron.

—Arrête de t'en faire, Ronny Boy, je le rassure. Tu t'inquiètes beaucoup trop pour moi depuis le début de l'année. Combien de temps ça fait qu'on n'a pas parlé de toi, un peu ?

—Mais moi je vais super bien, se défend-il.

—Ah ouais ?

—Oui, appuie-t-il avec un sourire ravi. Mes notes sont stables, bientôt ce sera les vacances et tout va tellement bien avec 'Mione.

La conversation que j'ai eue avec mon amie me revient alors en mémoire et je travaille fort pour ne pas laisser flétrir mon sourire. Peut-être que ça s'est arrangé. Elle date, quand même, cette conversation… ça fait longtemps que je n'ai pas vu Hermione. Seule à seul.

Ça fait longtemps, en fait, que je n'ai pas fait des choses juste avec mes amis. Je n'ai été qu'avec Drago, dernièrement. Et Drago ne veut même pas vraiment être avec moi.

—Qu'est-ce que tu as ?

Je sursaute et mon regard vole jusqu'au visage torturé de mon meilleur ami.

—Rien.

Il grogne et je souris.

—Rien. Je me disais que ça faisait longtemps qu'on avait rien fait, tous ensemble. Qu'on devrait organiser quelque chose. Toute la bande.

Ron s'anime aussitôt.

—C'est vrai ! Depuis qu'Hermione et moi sommes ensemble, on se referme un peu sur notre couple et Seamus et Lavande aussi. Les jumelles, je ne veux même pas en parler. Et toi…

Ses sourcils se froncent et je déglutis difficilement.

—Toi, tu n'étais pas très disponible, non plus.

—Non, j'approuve. J'étais toujours avec Drago.

Une once de mépris mal contenu s'ajoute au sourire de Ron.

—Et comment va Malefoy ?

Nos regards en coin se croisent et les sourcils de Ron se radoucissent.

Un pansement, ça s'enlève d'un coup sec.

—Je l'aime bien.

—Je sais.

—Je l'aime beaucoup bien.

Ron soupire gravement.

—Je sais.

O

O

Assis sur le banc devant le parking, j'attends que Drago me rejoigne. Trelawney n'était pas au cours aujourd'hui – Alléluia – et la remplaçante, Pénélope Dauclair, nous a laissé partir à la première cloche.

Toute la journée, j'ai eu droit à la Loi du Silence de Drago. Il me jetait des regards mauvais et gardait ses lèvres obstinément serrées… Pourtant, il m'a fait porter ses livres après le cours de maths. Et il m'a parlé en fait, une fois, pour me dire que j'avais tout intérêt à être là à la fin des cours sinon j'en pâtirais… Quel bipolaire !

Je suis là, donc, à risquer mon cul avec les hémorroïdes pour rester potes avec Drago. You-pi… Je devrais me faire pousser des couilles et trouver le courage de lui dire que j'aimerais mieux qu'il déménage en Sibérie…ou qu'au moins il se fasse transférer à St-Brutus.

Des pas dans la neige m'interpellent et je me tourne pour voir Drago arriver. Seul. Je me redresse et me décale pour lui faire une place à côté de moi.

—Je pensais que tu ne viendrais pas, dit-il en s'affalant à côté de moi.

Son expression est détendu et presque normale à comparée à la soupe qu'il m'a servi toute la journée.

—Tu plaisantes ? je m'enthousiasme ironiquement. Ton petit tour de charme d'aujourd'hui n'a fait que nourrir ma flamme.

Les commissures de ses lèvres s'incurvent légèrement.

—Va te faire foutre, glisse-t-il en cachant son amusement.

—Pourquoi Dobby est-il toujours en retard ? je soupire.

—Je lui demande d'arriver plus tard. Au cas où on s'engueule.

J'écarquille les yeux, interloqué, et me laisse aller contre le dossier.

—Souvent, je ne comprends vraiment pas ce qui se passe dans ta tête.

—Ça fait mon charme, répond-il avec un rictus.

—Ouais, tu aimerais ça.

Dobby arrive enfin et Drago et moi nous empressons d'aller nous réchauffer dans la voiture.

O

Nous atterrissons dans sa chambre et ça ne me dit rien qui vaille, j'aurais préféré qu'on reste sagement dans le boudoir. Ça pue le coup monté.

Aussitôt que le majordome s'en va, je me dirige vers le coin salon et dépose mon sac sur la table basse, choississant le seul sofa à une place autour de la table. Je m'applique à ne pas porté attention à Drago. Enfoncé dans les coussins, je commence à réviser pour le laboratoire de physique de demain avec Rogue.

Depuis son lit, Drago soupire longuement. Je change de page et l'entends expirer. Encore. Plus fort.

—Ça ne te dérange pas si je me change ? me demande-t-il, nonchalamment.

JE LE SAVAIS TELLEMENT !

Mon cahier tombe sur mes cuisses et j'hausse les sourcils de façon très, très, explicite.

—Tu ne te change pas, d'habitude.

—Oui, mais aujourd'hui il a neigé.

—Et alors ? Il a déjà neigé, avant, et tu ne te changeais pas.

Il pince les lèvres.

—Si j'ai envie de me changer, je vais me changer, O.K. ? rétorque-t-il arrogamment.

—Tu n'es même pas capable d'enlever ton pantalon tout seul, je cingle.

Sans un mot de plus, il commence à déboutonner son veston d'uniforme qu'il retire hargneusement, suivit par son débardeur. Quand il commence à défaire sa cravate, je replonge dans mes notes, les dents serrées sur l'intérieur de ma joue, plus énervé qu'allumé pour être honnête. J'ai dit « non », bordel, il n'est pas capable de respecter mes paroles ?

Sa chemise, froissée en boule, est jetée dans ma direction et tombe mollement juste devant la table à café.

Fuck you, Malefoy !

—Regarde-moi, aboie-t-il agressivement.

Sans ciller, je m'enfonce encore plus dans mon siège, montant mes genoux en barrière pour être bien sûr de ne pas pourvoir le voir.

—POTTER ! hurle-t-il.

Un son de clochette me parvient et une seconde plus tard, son réveille-matin vol par-dessus ma tête et va s'écraser plus loin dans la pièce. Je bondis hors de ma chaise, lui jetant un regard incrédule.

—T'ES FOU ? je m'entends hurler.

Mes pieds se précipitent jusqu'à lui et j'évite de justesse son téléphone sans-fil qui fonçait droit sur moi.

—Malefoy, arrête !

Je l'attrape par le bras et le tire violemment en arrière loin de sa table de chevet d'où il tire toutes ses munitions. Il perd l'équilibre et commence à piquer du nez, se retenant sur moi. Sa poigne me brûle comme un fer chauffer à blanc et je le propulse sur son lit sans douceur aucune pour qu'il me lâche.

Nous nous observons, silencieux, reprenant notre souffle, aussi enragés l'un que l'autre.

—Je m'en vais, je claque finalement au bout de longues minutes.

—NON !

Il essaie de se précipiter vers sa table de nuit et je lui attrape les pieds pour le tirer vers le bout du lit.

—T'ES UN GRAND MALADE, MALEFOY !

—VA CHIER !

Ses deux poings s'abattent vivement sur son édredon et je sens un frisson de colère parcourir ses jambes et probablement tout son corps. Il est allongé sur le ventre, appuyé sur ses avant-bras, et je le tiens au niveau des mollets. Sa nuque est courbée vers l'avant et je ne peux pas voir son visage, mais sa respiration est erratique.

—Je n'ai pas couru après ça, reprend-il d'une voix impétueuse. C'est toi qui as commencé à t'immiscer dans mes affaires. C'est toi qui as laissé savoir à l'univers que tu t'intéressais à moi. Et c'est toi qui as commencé tout ça. C'est toi le foutu pédé dans toute l'histoire…

Je lâche ses jambes et viens m'appuyer sur son lit, gardant cela-dit mes distances.

—…alors pourquoi c'est moi que ça dérange tellement que tout s'arrête.

J'inspire profondément et me masse le front avec la main droite avant de la glisser dans mes cheveux en pagaille.

Merde-euh !

—Hier, j'étais avec Pansy et c'était l'enfer. Rien ne me faisait bander.

Je sers les paupières en essayant d'effacer l'image de Drago et Pansy.

Dans ce lit.

Je me lève en retenant un grognement. Ça m'écœure. Pétasses. Drago et Pansy.

—Drago ? Pourquoi ça ne pourrait pas être sérieux entre nous.

Avant de répondre, il se retourne sur le dos et se redresse en position assise, face à moi. Nos regards se rencontrent.

—Je n'ai pas envie d'être avec Pansy, ni personne d'autre. J'ai envie de toi, pour l'instant, mais je n'ai pas envie de te devoir des choses. Comme la fidélité ou l'exclusivité. Je n'ai pas envie d'être en couple. Encore moins de sortir avec un mec. Je ne suis pas comme ça. Je ne veux pas devenir une tapette qui s'habille en rose…serré…

—O.K., O.K., coupe un peu sur les préjugés. D'abord, tu n'as pas besoin de changer pour sortir avec moi, même si je suis un gars, je t'apprécie comme tu es. Pas besoin de me tenir la main ou de m'acheter des cadeaux comme font les autres. Ou de m'embrasser en publique. Ou de t'habiller en rose, moulant.

J'accentue le dernier point en grimaçant légèrement.

—Et désolé de te contredire, mais je pense que tu es davantage «comme ça » que tu essaies de te le faire croire. Tu as envie de moi et de personnes d'autres, maintenant. Et moi j'ai envie d'être avec toi… Si jamais tu trouves quelqu'un d'autre avec qui tu veux être, on arrêtera, mais en attendant, pourquoi pas…?

—Si pour toi non plus ça ne fait pas de différence, pourquoi tu veux tellement qu'on soit ensemble ? Si rien ne change.

—Parce que pour moi, ça fait une différence… Je ne suis pas à l'aise de faire tout ce qu'on fait quand tu passes ton temps à me rappeler qu'on n'est pas ensemble. Je n'aime vraiment pas l'idée d'être le second choix…ou le troisième ou quatrième.

—Techniquement, tu serais plutôt le premier et les autres…

—Là n'est pas la question. Je veux être le seul.

Le regard d'acier s'intensifie et le buste de Drago se gonfle.

—Je ne t'aime pas, lance-t-il froidement.

Ta gueule, merde !

Je fais d'extrêmes efforts pour ne pas m'effondrer, mais je sens mon visage s'écrouler sous le poids de ses mots. Pleure pas, pleure pas, pleure pas.

—Trop direct, Drago, je marmonne sèchement.

Il sourit narquoisement.

—Si j'avais dit ça à Pansy, elle aurait éclaté en sanglots.

—Je ne suis pas Pansy, je glapis.

—Je sais. Je suis bandé. Tu me fais bander. Pansy ne me fait pas bander.

L'envie de me mettre des claques dans le visage me prend et je me laisse tomber en position assise sur le plancher, mes coudes en appuient sur mes genoux. Arrêtez de me torturer.

—Tu es un tel connard, je maugrée.

—Viens m'embrasser.

—Mon poing va t'embrasser, Malefoy, j'explose en le fusillant du regard.

Un rictus s'étale sur sa bouche pleine.

—Viens m'embrasser, Harry.

Mon sang boue dans mes veines et mon sexe, pour la première fois depuis le début de cette discussion, montre des signes d'éveil.

—Sors avec moi.

—Non.

—Dans ce cas, embrasse-toi toi-même.

Son regard tombe sur la fourche de son pantalon et je le suis malheureusement des yeux. Son érection se voit à travers son vêtement et une seconde pulsation m'agite l'entre-jambe. Sa main vient défaire le bouton de son pantalon d'uniforme et saisit la bosse de son boxer.

—Viens me toucher, Harry.

—Sors avec moi.

—Non.

—Dans ce cas.

Je me hisse sur mes pieds et me dirige vers la table basse pour ramasser mes affaires avant que je n'ai plus assez de sang dans le cerveau pour mettre les voiles d'ici.

Harry, viens ici, souffle Drago entre deux soupires.

Drago, sors avec moi.

Je fais volte face et le vois qui me regarde arrogamment.

—Je ne t'aime pas, répète-t-il ulcéré.

—Ça viendra.

Un petit rire lui échappe et sa main se faufile sous son pantalon. Le feu me prend aux joues et je frissonne, sentant mon érection sursauter. Je mets mon sac sur mon épaule et me rapproche de son lit, en essayant d'éviter de le regarder en dessous de la ceinture.

—Je pourrais le faire, je murmure, presque étouffé par la gêne. Si-Si tu sortais avec moi, je le ferais.

Je déglutis péniblement. Les mots se propulsent dans ma tête, mais la simple idée de les prononcer me sert la gorge et rend mes mains moites.

—J-Je t'embrasserais…où tu veux. Et-et je te toucherais…

Mon cœur bat à tout rompre et s'il faisait un peu plus frais dans la chambre mes joues produirait probablement de la vapeur. Ma voix faillit. Drago a commencé à faire des allers-retours sur son érection et respire de plus en plus laborieusement. Je suis moi-même bandé dur et fébrile.

—Je-J'ai vraiment envie de toi…

—D'accord, D'ACCORD, POTTER. VIENS ICI MAINTENANT.

Il sort son sexe de son boxer en tirant sur ses pantalons et mes genoux manquent de se dérober sous moi.

—Sors avec moi, j'ordonne.

—Je sors avec toi. Viens.

Je lance mon sac par terre. En deux enjambés je le rejoins et le cloue au matelas, écrasant ma bouche sur la sienne, enfouissant ma langue à l'intérieur, manquant de l'étouffer. Ses mains s'acharne sur mon pantalon, entrainant mes sous-vêtements avec, et nos deux érections gorgées se rencontrent ardemment. Un gémissement assourdissant se répercute dans ma bouche puis Drago détourne le visage farouchement en s'égosillant. Ses hanches rencontrent les miennes avec fracas et ses ongles s'enfouissent dans mes fesses avec exigence. Sa tête renversée, sa gorge offerte, ses paupières closes, sa bouche tremblante, ses cris étourdissants, ses mains fermes, son membre raidit pour moi, juste pour moi.

Une vague de plaisir me submerge et je viens de façon foudroyante, presque suffocante, sur Drago dont les yeux se rouvrent sur le champ. Je suis pétrifié d'être venu si vite et observe mon partenaire qui fixe la trainée de sperme sur son ventre.

Il prend ma main avec laquelle il essuie ma semence, puis la mène vers son sexe encore érigé. Le geste semble lui faire tellement d'effet que le simple fait de serrer mes doigts autour de son membre suffit à le faire venir.

Je reste silencieusement perché au-dessus de lui, le regardant s'apaiser doucement, reprendre son souffle, perdre le rouge de la passion qui lui teintait les joues pour reprendre sa pâleur qualificative. Au bout d'un instant, je me penche sur sa bouche et l'embrasse tendrement avant de m'affaler à sa droite.

—Merde, souffle-t-il, l'air dépassé. Je t'ai fait me branler avec ton propre sperme.

Une œillade terriblement amusée de sa part me confirme qu'il cherche vraiment à me mettre inconfortable…pour ne pas le décevoir, je rougis et détourne le visage, effarouché. Il éclate de rire.

—Tu es un porc, Harry, un vrai libertin, débridé, un obsédé, monstre de perversion qui me masturbe avec sa semence comme lubrifiant.

Je vais pour répliquer, sachant pertinemment que les mots vont mourir dans ma gorge parce que je suis trop choqué pour ne serait-ce que respirer correctement, quand il me saisit le menton. Ses lèvres douces, pleines et divines m'embrassent l'angle de la mâchoire, il y plantant ses dents doucement. Puis il m'embrasse la gorge, la joue, tournant mon visage vers le sien, pour finir par cueillir ma bouche.

—Salope, susurre-t-il, malignement.

—Va te faire foutre.

Sa langue vient rejoindre la mienne et nous nous accrochons l'un à l'autre étroitement.

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—Comment a été le test ? me demande Drago depuis la banquette arrière de la vieille Peugeot.

—Bof, je marmonne en me renfrognant. Je déteste Rogue.

Dans le rétroviseur, je vois Drago rigoler, le regard rivé sur le paysage.

—Tu savais qu'Indy avait un band ?

Je fronce les sourcils en glissant un regard inquiet vers Dobby.

—Qu'est-ce que tu veux dire ?

—Il fait de la musique. Lui et deux ou trois de ses amis. Il m'en parlait aujourd'hui. C'est pour ça qu'il a laissé tomber le hockey.

—Indy ne joue plus ? je m'exclame.

—Tu ne savais pas ?

Je secoue la tête. Tu parles d'un partenaire de casier…

—Je n'ai pas encore joué contre les Patriots d'Aylmer. C'est bien. Pour lui.

Drago hoche la tête.

Dobby va garer la voiture dans le garage et on en sort, suivant la routine habituelle. J'aide Drago à monter jusqu'à sa chambre et le vieux Butler nous accompagne avec nos effets scolaires.

Dès qu'il nous quitte, je migre vers le large lit de mon petit ami et me vautre dans ses oreillers.

—Tu enlèves ton plâtre quand ? je demande alors qu'il me rejoint.

—Le vingt.

—C'est dans deux semaines ! je m'écrie, enthousiaste. Tu vas pouvoir finir la saison ?

Il se laisse tomber à côté de moi. Le visage pointé vers le plafond, il ferme les yeux et expire péniblement. L'atmosphère change du tout au tout et j'ai peur d'avoir dit une bêtise.

—Excuse-moi, je murmure en m'éloignant.

—Je ne pourrai plus jouer.

Il sert les dents longuement puis tourne son visage vers moi.

—Jamais, il ajoute.

Mon estomac semble se contracté et ma nuque se constelle de chair de poule.

—Le médecin a dit qu'il faudrait que je porte un appareil si je voulais jouer dans la ligue…ce qui serait comme avoir une banderole dans mon front avec écrit : «Pesez sur mon genou pour m'éteindre ».

—Mais…il y a des miracles…

—J'aurai toujours une faiblesse.

Je grimace, ne sachant pas quoi ajouter. Je glisse ma main dans la sienne.

—Moi ? je lance avec humour.

Pris de court, Drago hoquète de rire avant de se laisser aller à pouffer franchement. Il se tourne vers moi et tire mon visage jusqu'à lui. Il relève mes lunettes sur ma tête et m'embrasse impérieusement.

—Si tu savais ce que je te ferais si je n'avais pas de plâtre, m'allume-t-il, la chaleur de son souffle caressant mes lèvres.

—Chaque chose en son temps. Pour l'instant, fais-moi ce que tu fais si bien, avec ton plâtre.

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—Harry ? Est-ce que tu m'aimes encore ?

—Mais oui, Seamus, je t'aime encore.

Il sourit gaiement en couchant sa tête sur mon épaule avec complaisance. Je lève les yeux au ciel, imité par Dean qui change son t-shirt de sport pour sa chemise d'uniforme.

—Il faudrait qu'on sorte, bientôt, reprend l'Irlandais. Sans Lavande.

—HÉ ! le reprend Dean, menaçant. Qu'est-ce qu'on a dit ?

Seamus enfouit son visage dans mon cou en geignant.

Interdiction de parler de Lavande dans les vestiaires parce que c'est un lieu d'hommes et que les hommes ne pleurnichent pas. Surtout pour une fille, cite Seamus d'une voix éteinte. C'est injuste. On avait dit juste au hockey.

—Non, rétorque Dean, impartiale. Ça s'applique à tous les vestiaires. Et lâche Harry !

Je hausse un sourcil, me demandant ce que je viens faire la dedans. Quoique… c'est vrai que Seamus est presque complètement avachi sur moi. Seam' étant ce qu'il est, je dois avouer que ça ne me dérange pas trop, mais je peux comprendre que notre proximité paraisse bizarre. Mais de là à mettre Dean inconfortable

Puis je suis en couple, maintenant. Est-ce que je devrais limiter mes contacts avec les autres garçons ? Même Seamus. Même tout le monde en fait. Quoique…je n'ai encore dit à personne que moi et Drago sortions ensemble.

—Jaloux, Thomas ? s'amuse Seamus en me prenant les épaules.

—C'est plutôt moi qui devrais être jaloux de Dean de ne pas t'avoir sur le dos, je lance.

Ce qui me mérite un coup de poings dans le bras et un regard boudeur.

Dean finalement prêt, nous quittons le vestiaire.

Devant mon casier, je surprends Drago en grande conversation avec Indy, Blaise tenant ses affaires à leurs côtés.

—Tu nous sauverais vraiment la vie ! Dray, ce serait la nouvelle du siècle. Tu veux vraiment ?

—Je veux bien essayer.

Indiana sourit de toutes ses dents. Son expression ne change pas quand il me voit arriver et me fait signe d'approcher.

—'Ry, est-ce que je t'avais dit que Drago Malefoy était une bénédiction du Ciel?

—Non. Mais ne t'inquiète pas pour ça, il me le rappelle souvent lui-même.

Drago me jette un regard semi-amusé, semi-fâché.

—Et il a bien raison, reprend Indy. On se voit demain soir, Dray, on ira chez moi directement après l'école. Bye 'Ry !

Il m'embrasse le front et se faufile vers la sortie.

—Demain soir ? je quine, ma voix un peu moins assurée que je ne l'aurais voulu.

—A demain, Blaise.

Avant que j'ai pu me préparer, Zabini m'enfonce le sac de Drago dans le ventre, me coupant la respiration, et s'éloigne sans un mot, l'air assassin.

—Si ton objectif est de te débarrasser de moi en me faisant tuer par Zabini, continue comme ça, tu y es presque, je grogne en me tenant l'estomac.

—Pauvre chéri, répond mielleusement Drago en faisant une caresse aérienne sur mon visage.

J'écrase ma joue sur sa paume et il la retire rapidement, regardant tout autour de nous.

—T'es pas drôle, Drago.

—Au contraire, je suis totalement désopilant. Une hilarante bénédiction du Ciel.

Il se dirige vers l'extérieur et je le suis, me souvenant des paroles d'Indy.

—Hé ? Qu'est-ce que tu vas faire chez Indiana vendredi soir ?

—Ça t'inquiète tant que ça ?

—Je ne dirais pas inquiet. Je…j'ai juste envie de savoir.

La situation plaît visiblement beaucoup à mon petit ami qui se régale de mon intérêt.

—Tu ne me fais pas confiance ? demande-t-il, mystérieusement.

—Oh Drago, ne joue pas à ça. Dis-moi ce que vous allez faire et ne me fais pas imaginer le pire.

T'es pas drôle, Harry, me singe-t-il.

Nous rejoignons le stationnement de voitures et Dobby n'est pas encore arrivé.

—Indy m'a demandé de chanter pour son groupe. Ils ne m'ont jamais entendu alors c'est un essai, comme une audition, mais pour l'instant c'est le guitariste qui chante et apparemment ce n'est pas fameux.

J'écarquille les yeux, surpris par sa révélation.

—Tu vas rejoindre le groupe d'Indy ?

—Peut-être. Si je ne peux plus jouer au hockey…

Un sourire béat s'étale sur mes lèvres et après m'être assuré que personne ne regardait, je m'empresse de plaquer un baiser sur la bouche de Drago.

—C'est génial, je le félicite. Mon copain est dans un groupe.

Il roule les yeux, mais je vois vaguement un grain de fierté dans le font de ses yeux.

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Aussitôt que je mets un pied dans la chambre de Drago, je tombe sur mes rotules et m'avance à quatre pattes vers son lit sur lequel je me hisse. Il m'observe avec hilarité et m'ouvre les couvertures quand je rejoins enfin cette île de confort et de volupté. Blottis contre lui, je me laisse tendrement retombé dans les bras de Morphée.

La paresse et Drago me maintenant entre l'éveil et le sommeil, je le sens me toucher sans vraiment concevoir tous ses gestes. Ses mains plongent sous mon pull-over, s'attardant sur ma peau, longues caresses sensuelles. Sa bouche se dépose sur ma bouche furtivement, puis s'abaisse, au coin de mes lèvres, sur ma joue. Son souffle s'engouffre dans mon oreille et je frissonne agréablement. Mon lobe est happé entre ses lèvres, puis rencontre la langue humide et taquine de Drago. Mon haut est maintenant remonté jusqu'à mes aisselles et avant que je puisse essayer de l'empêcher – ou non – il m'est enlevé. Je pourrais commencer à ronronner.

—Potter ? m'interpelle-t-on.

Je soupire de contentement en me lovant contre Drago qui s'extirpe tout aussi rapidement. Agacé, j'ouvre un œil.

—Quoi ? je grogne.

—C'est quoi, ça ?

Il pointe mon poignet et je soupire en refermant les yeux avec désintérêt.

—Seamus, je marmonne en faisant glisser ma main sous l'oreiller.

—PARDON ? s'écrit Drago – ce qui a le mérite de me réveiller.

Les deux yeux ouverts, je le dévisage et il tire sur mon bras pour scruter attentivement mon poignet meurtri.

—Et pourquoi est-ce que Finnigan t'a fait un suçon ?

—C'est pas ça. Il m'a mordu.

—Oh. Pardon, Potter, je m'excuse. Dans ce cas, pourquoi Finnigan t'a-t-il mordu, bordel ?

Un tel niveau de jalousie me surprend énormément venant de Drago. Ça me plaît beaucoup – et il ne faut pas qu'il s'en rendre compte sinon je suis mort –, mais je ne pensais pas qu'il réagirait…du tout.

—On veut faire quelque chose ensemble depuis longtemps. On est sorti. Hier.

—Toi et Finnigan ?

—Avec Ron et Dean et les jumeaux, aussi.

Il se détend infinitésimalement et grogne en pointant la morsure du menton.

—J'ai pas vraiment d'explication. On était un peu saouls. Seamus est encore plus spécial quand il est saoul. Quand on est arrivé devant chez moi et qu'il a fallu qu'il me réveille, il a décidé de me mordre le poignet. J'ai failli lui pété la gueule.

Drago se rallonge complètement à côté de moi, l'air perdu dans ses pensées.

—Tu n'as pas à t'inquiéter pour Seam'.

—Arrête tes conneries avec lui, me demande alors Drago.

—Mais c'est pour de faux. C'est pas sérieux. Seamus aime les filles.

—C'est insultant. De vous voir faire semblant d'être ensemble…vous êtes tellement ridicules, vous vous moquez tellement de…te voir faire ça avec lui…j'ai l'impression que vous vous foutez de moi.

Voyant que Drago s'énerve lentement, je me glisse dans ses bras, le faisant taire d'un baiser.

—Je vais arrêter. Je vais dire à Seamus que ça te met mal à l'aise.

—NON ! Ne lui dit pas pour nous deux !

Son expression horrifiée me pousse à vigoureusement acquiescer, juste pour le calmer.

—L'as-tu dit à quelqu'un ? me demande-t-il rapidement.

—Non. Je ne voulais pas le dire tout de suite. Je voulais t'en parler avant aussi.

Il se mort la lèvre inférieure.

—J'aimerais que ça reste entre nous, dit-il dans un souffle.

Je m'y attendais un peu à celle-là.

—Je comprends. Je…vu que…Pour l'instant, ça me va.

Vu que tes sentiments pour moi ne sont pas certains, je n'ai pas envie d'aller gueuler sur tous les toits que je sors avec toi pour me faire laisser dans deux jours.

Nous gardons le silence un long moment. Rapidement, la tension résiduelle de notre confrontation est remplacée, dans mon cas, par la pesanteur de ma fatigue, exacerbé par le confort du lit de Drago. Mes yeux se referment et je me sens attiré dans les bras de Drago.

Un moment plus tard, je suis réveillé par des sensations délicieuses qui me font trembler de partout. Une plainte m'échappe et je cherche Drago des yeux. À travers mes cils, je le vois entre mes cuisses écartés et nues. Je réalise soudainement que quelque chose est différent en comparaison à d'habitude.

—DRAGO ? je hoquète de stupeur en réalisant qu'un de ses doigts est dans mon…mes…

Il l'en retire promptement, relevant vers moi un regard brillant d'indécence.

—Tu es réveillé ?

—Qu'est-ce que tu fais ? Je dors !

—Ça avait plutôt l'air de te plaire, murmure-t-il avec un sourire graveleux.

Mes joues s'enflamment et il remonte jusqu'à mon visage, collant son front au mien.

—Et ça me plaisait plutôt aussi, ajoute-t-il en plaquant son érection comprimé dans son pantalon contre mon sexe pulsant.

Il insinue sa langue dans ma bouche et joue avec malicieusement, reportant sa main sur ma queue bandée à l'extrême. Son visage descend dans ma gorge, suçotant et léchant, laissant sur ma peau une trainée de salive froide en contraste avec la chaleur et la moiteur de mon corps.

Drago suce son index entre deux baisers et le dirige à nouveau vers mon derrière.

—Drago…

—Chut. Ça va aller.

Son doigt glisse à l'intérieur et sa main accentue sa pression sur mon sexe. Une chaleur dévastatrice s'abat sur mes entrailles, partant de mon bas-ventre et s'étendant sur l'entièreté de mon corps. J'ai l'impression d'être une étoile sur le point d'exploser. Mon cœur est sur le point de fondre.

J'halète en appelant Drago inlassablement et je l'entends dans mon cocon d'allégresse.

—Putain, Harry, t'es tellement sexy, gémit-il. Merde, tu me fais tellement bander.

Une de mes jambes se calent entre les siennes et je sens à nouveau avec quelle ardeur Drago me désir.

Toutes ses sensations se mêlent soudainement et me propulse dans l'orgasme le plus renversant et le plus satisfaisant que j'ai ressenti de ma vie. Je viens tellement fort que j'ai l'impression de perdre le contact avec la réalité l'espace d'un instant.

Quand je reviens sur terre, dans le lit de mon amant, Drago est recroquevillé sur moi, au bout de son souffle, et je suis dans le même état. Je glisse mes doigts dans ses cheveux et il s'échoue de tout son poids contre mon corps.

—Je n'étais jamais venu sans me toucher, suffoque-t-il d'un ton ahuri.

Je ricane sombrement.

—Jamais ?

—Non. C'est la première fois.

Il se redresse subitement sur ses paumes, plantant son regard dans le mien, ardent et vif.

—Tu es le meilleur coup à vie et on a même pas couché ensemble encore, me dit-il avec le plus grand sérieux du monde. Personne ne m'a jamais fait l'effet que tu me fais.

—Drago…

—Tais-toi. Pour une fois, Potter, fais pas ta pucelle. Tu es orgasmique. Prends-le.

Alors que mon visage est un brasier ardent et que mes mots s'accumulent dans ma gorge, incapables de dépasser la frontière de mes lèvres, je hoche de la tête.

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J'ai dû mal à croire que la vie suive son cours. Je me rends compte que je délaisse épouvantablement mes amis et que je ne passe presque plus de temps à la maison avec mes parents. Mon existence semble évoluer autour des après-midis que je passe chez Drago…tous les après-midis, en fait, depuis qu'il a enfin accepté de sortir avec moi.

Et bien qu'il ait dit que rien ne changerait entre nous si on sortait ensemble et qu'il ne voulait pas changer son comportement, il est beaucoup moins con maintenant qu'il ne l'était. Il n'a pas perdu son mordant et il ne s'est pas transformé en amoureux transi qui ne prêche que par mes qualités, mais il est tellement plus agréable. En même temps, tout le sexe doit nous aider à faire sortir la tension. Je ne me suis jamais senti si bien dans la vie en général. Presque tout me paraît superflu sauf Drago…et sachant que je pense ça, je me trouve ridicule.

Ceci dit, j'ai de plus en plus de mal à tenir ma langue devant mes amis, je voudrais partager mon bonheur avec eux. Hermione a probablement des doutes…non. En fait, Hermione le sait sûrement et elle attend juste que je le lui confirme. Ron, lui, doit penser que Drago n'a toujours pas d'intérêt pour moi et que je me languis tout seul de mon côté. Bailey, elle, a pris ses distances depuis que je passe le plus clair de mon temps avec mon petit ami et c'est à peine si on se parle encore. Quant aux autres, ils ne se doutent de rien. Seamus a l'air d'avoir remarqué que j'évitais d'être physiquement impliqué avec lui et a réagit retournant vers Dean.

Drago ne m'a pas vraiment parlé de son audition avec le groupe d'Indy, mais mon compagnon de casier était plus qu'extatique quand il m'en a parlé au retour du weekend. Apparemment les autres membres ont adoré la prestation de Drago et s'attendent à ce qu'il les rejoigne officiellement bientôt.

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—Et vous jouez quoi, au juste ? je demande à Indy.

—N'importe. On rejoue des hits en fait, parce que personne ne sait vraiment écrire. Cet été, on a joué au mariage de la sœur de Carl parce qu'elle ne pouvait pas se payer un vrai band et on a dû chanter beaucoup de pop. On fait ce qu'on nous demande.

Je renifle moqueusement.

—Drago Malefoy fait ce qu'on lui demande ?

Indy lève les yeux au ciel.

—Pour l'instant oui. Mais je sais que ça ne durera pas.

Sur ce, Drago tourne le coin et s'avance vers nous, m'envoyant un sourire en coin.

—Bon ! J'y vais. Bye, 'Ry.

Il me tire les cheveux de la nuque puis se volatilise, saluant expressément Drago aussi.

—Dans deux jours, je brûle ces conneries et mon plâtre avec.

—Tu ne veux pas les garder en souvenir.

—Autant que l'herpès.

Je prends son sac à dos et ferme mon casier, ignorant son commentaire.

—Veux-tu passer la nuit chez moi, mercredi ?

Je ralentis le pas, hésitant. Drago ne perd rien de sa nonchalance, comme d'habitude, et m'observe, décontracté même un peu défiant. J'évite de le regarder directement et me concentre sur le chemin qui nous mène jusqu'au stationnement.

—Je sais pas…

—Ou tu ne veux pas ?

Je déglutis, maudissant son aplomb.

—C'est un peu plus compliqué que ça…

—Pas vraiment. La saison est suspendue pour les vacances et il n'y a plus d'école non plus après. En plus, tu pars vendredi alors on ne se verra pas pour deux semaines.

Je fronce les sourcils.

—Je pars juste une semaine, je corrige.

Comme à chaque année, nous partons à Swansea Wales passer Noël au Pays de Gales chez le père de ma mère. Une semaine à manger du poisson, à regarder les trois mêmes chaines de télévision, à supporter mon cousin Dudley et le mauvais caractère de son père, Vernon. Toujours un plaisir.

—Nous partons en Grèce le vingt-neuf pour la nouvelle année.

—Quoi ? Tu ne me l'avais pas dit !

—Mère a reçu un appel de sa cousine qui lui disait que Yiayia n'arrêtait pas de parler d'elle ces derniers temps et elle se demandait si ses filles viendraient la visiter. Comme Père organise son habituelle réception de Noël, Mère a décidé d'aller en en Grèce à Nouvel An. Père ne peut pas venir, mais elle m'a demandé de l'accompagner.

Ah. Deux semaines. C'est long.

Je réprime l'envie d'aller lui prendre la main et me contente de faire la moue.

—Tu reviens quand ?

—De mémoire, le cinq, il me semble. Alors ? Mercredi ? Notre dernier après-midi ensemble.

—Ne dis pas ça, je marmonne. Je vais voir. Il faut que mes parents me donnent la permission.

—Tes parents sont tellement coincés… C'est drôle parce que ton père à l'air tout sauf chaste…

—DRAGO ! Pas mon père !

Son regard mutin m'exaspère au plus haut point. Sans arrêt, il me nargue et m'embête en me martelant de commentaires sur le sex appeal de mon paternel.

—Le sexe va être tellement torride quand je n'aurai plus mon plâtre, lance soudainement Drago, presque pour lui-même.

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Drago s'étire paresseusement, faisant rouler ses omoplates sous son t-shirt, une grimace plissant ses lèvres. Juste derrière lui, je le regarde avancé d'un pas souple, un zeste claudiquant. La bonne humeur qui m'a pris dès que je l'ai vu sortir de sa voiture ne m'a pas quitté et c'est presque avec adoration que je le regarde se balader, enfin, librement. Tout sourire, Drago sautille dans les quelques marches qui mènent jusqu'au porche du Manoir Malefoy.

Aussitôt que nous passons la porte d'entrée, nous sommes accueillis par Narcissa dont le visage s'illumine.

—Ça a été ? demande-t-elle à son fils.

—Bien sûr, pas besoin d'une force herculéenne pour peser sur une pédale, se moque Drago.

Sans relever le ton arrogant de son fils, Narcissa me salue et je lui rends son sourire grandement.

—On va dans ma chambre, nous coupe Drago en m'empoignant l'avant-bras. Quand est-ce que vous partez ?

—Dans une heure ou deux.

Sur ce, nous empruntons les escaliers vers l'étage.

J'envoie fermement Drago contre le battant de la porte et me plaque contre lui résolument. Ma bouche s'écrase lourdement contre la peau délicate de son cou, suçant sa jugulaire avidement, remontant la ligne de la veine jusqu'à son oreille. Le nez profondément enfouit dans ses cheveux blonds, je m'intoxique de son odeur. Bordel que je l'aime son odeur !

—Potter, mugit Drago en délogeant mon visage.

Ses lèvres s'écartent obligeamment sous la pression de ma langue et je goûte la frénésie de son désir qui éclate en petits cris étouffé. Mes deux mains empoignent ses cuisses et les écartent de chaque côté de mes hanches. Quand nos pelvis s'entrechoquent, Drago s'arc-boute et il geint langoureusement mon nom.

Soudainement, je lâche ses jambes et me laisse tomber à genou devant lui.

—Oh mon Dieu, oui, souffle-t-il quand je commence à défaire son pantalon.

—Harry.

—Oui. Oui, Harry.

Je libère son érection des couches superflues de tissu et engouffre promptement son gland, faisant jouer ma langue dessus. Une faiblesse fait tituber mon amant qui se rattrape dans le chambranle de la porte, ce qui m'arrache un sourire. Encouragé, je prends la longueur de son sexe dans ma bouche, engageant un mouvement de va-et-vient le long de sa verge.

Drago en appelle à tous les saints. Sa main s'écrase dans ma tignasse emmêlée et ses doigts se crispent autour de mes mèches folles.

Un liquide chaud et sucré coule dans ma gorge et je déglutis difficilement, sentant un haut-le-cœur.

La cadence change et Drago accélère le rythme de son bassin, serrant ses doigts sur mon crâne.

—Je vais venir, me prévient-il rapidement.

Je m'arrache de sa prise, il rabat sa main sur son érection et vient à l'intérieur.

Il se laisse glisser sur le panneau, son visage arrivant au niveau du mien et je souris alors qu'il reprend encore son souffle.

—Merde, rigole-t-il en me tirant par le col pour m'embrasser vivement.

Après qu'il se soit laver les mains et les parties, Drago me traîne jusqu'à la salle à manger où Dobby est supposé nous servir le repas. Il ne manque pas mon enthousiasme – je suis vraiment affamé – et me met en boîte, arguant que j'ai gaspillé une collation très protéinée.

En arrivant au rez-de-chaussée, nous tombons sur les parents de Drago qui se préparent à partir, habillés tous les eux très élégamment.

Narcissa s'interrompt, nous jetant un regard amusé. Mr Malefoy, lui, s'en contre fout.

—Nous allons revenir tard. Dobby va nous conduire, mais n'hésitez pas à appeler s'il y a un problème, d'accord ?

Drago hausse les épaules, l'air ennuyé. Son père lève vers lui ses yeux bleus et froids et mon petit ami se raidit imperceptiblement.

—Ne brisez rien, ordonne-t-il.

Et Drago acquiesce silencieusement, une expression soumise lui balayant les traits.

Je lui fais signe en direction du boudoir et il m'y entraîne, saluant une dernière fois ses parents. J'en fais de même. Nous traversons la pièce, qui a été totalement réaménagé depuis le rétablissement de Drago, et nous asseyons à table.

Drago touche peu à son assiette, distrait par le bruit dans le vestibule de ses parents qui s'habillent. C'est d'ailleurs une honte parce que je n'ai jamais mangé de meilleur poulet à la King. Il picore de la mie de pain et je prends ses croutes pour éponger la sauce qui est tout bonnement divine.

Quand la porte claque dans l'entrée, il semble revenir à la réalité.

—Tu as mangé mes croûtes ? me demande-t-il interloqué.

—Oui…Tu les gardais ?

—Non.

Il éclate soudainement de rire et enfourne une grosse bouchée de pomme de terre pilée.

—Un vrai vautour, siffle-t-il.

—Pas de gaspillage !

A peine ai-je le temps de reposer ma fourchette dans mon assiette, rassasié, que Drago m'arrache de ma chaise et me trimballe à sa suite vers ses appartements. Il me plante au pas de la porte et se précipite à la fenêtre, écartant les rideaux.

—Mes parents s'en vont, annonce-t-il au bout de cinq minutes.

—Maintenant ?

Je me relève du lit dans lequel je m'étais vautré et vient jeter un œil par-dessus son épaule. Effectivement, une voiture quitte l'allée. Quand elle disparaît au détour d'une rue, Drago me fait face, son sourire éblouissant.

—Viens là, susurre-t-il en m'attirant vers le lit.

Pour une fois, c'est moi qui est épinglé au matelas et lui qui se penche sur moi, me caressant lascivement.

Il me laisse en plan deux secondes, le temps d'aller éteindre toutes les lumières, puis revient s'allonger auprès de moi.

Ses fesses sont appuyées sur mes cuisses et il reste droit, m'observant longuement. Il attrape le pan de mon débardeur et le fait passer par-dessus ma tête, lentement. Ses mains reviennent ensuite défaire les boutons de ma chemise qu'il ouvre enfin, dévoilant mon épiderme constellé de chair de poule.

L'intensité de son regard me coupe le souffle. À aucun moment il ne s'attarde sur mon visage, mais la langueur qu'il accorde à détailler les parties de mon corps qu'il dévoile me fait suffoquer.

Les doigts de Drago caressent mes flancs et suivent les courbes de mes muscles scrupuleusement, s'attardant à lisière de mon pantalon. Son visage s'abaisse sur mon torse et ses lèvres fébriles effleurent la pointe de mon téton. Je sers les dents et les paupières, ravalant les rauques qui manquent de m'échapper.

Il ne m'a jamais touché si tendrement et sa langueur est sur le point de me tuer.

—Drago, je trouve le moyen de gémir plaintivement.

Sa tête blonde se relève un peu, tout juste éclairé par la lumière lunaire, et sa main affectueuse vient flatter mes mèches désordonnées.

—Tellement plus soyeux qu'on croirait.

Je soupire d'aise en refermant mes paupières, saisissant ses hanches pleinement, appréciant la chaleur de sa peau.

—Voudrais-tu qu'on le fasse ? demande-t-il, ponctuant sa question d'un baiser venimeux.

—Quoi ?

J'essaie de reprendre sa bouche, mais il me maintient fermement au lit.

—On pourrait aller jusqu'au bout.

Je me tends nerveusement et mon cœur manque un battement. Je m'appuie sur mes coudes et me redresse, ramenant nos deux visages à égalité.

—Tu es sérieux ?

Drago ne me quitte pas des yeux, mais hoche solennellement la tête. Ses paupières se rabaissent et il dépose ses lèvres sur les miennes, sans exercer ni pression ni commandes. Ce fut bientôt à moi d'approfondir le baiser.

D'un simple mouvement, Drago nous ramène au sommet du lit et entreprend de nous effeuiller. Il retire d'abord son polo, puis no chaussettes, ensuite nos pantalons, avec empressement et finalement son boxer, ensuite le mien. Complètement nu, des pieds à la tête, pour la première fois, devant quelqu'un d'autre qui l'est aussi, l'ampleur de mes sentiments pour Drago devient écrasante.

Je me cache timidement derrière les couvertures et Drago me rejoint tout de suite. Son expérience est criante et il ne prend pas deux secondes à s'acclimater avant de se jeter sur moi. Le contact direct de sa peau sur la mienne envoie des ondes électriques dans tout mon système nerveux et mon corps réagit indépendamment de ma volonté au toucher de Drago.

Il se fraie une place entre mes cuisses et sa main diaphane caresse l'intérieur de mon genou, les repliant jusqu'à ses fesses. Ses doigts remontent ensuite le vallon de mes muscles et s'arrêtent sur mon aine.

—On n'a rien, j'halète.

—Quoi ?

—Pour se protéger.

En se mordant les lèvres, Drago tend le bras vers sa table de chevet et en tire une liasse de carré en plastique. Mes yeux s'arrondissent de stupeur tandis qu'il en sort également un tube de lubrifiant qu'il expose sur l'édredon.

—J'y ai pensé, murmure-t-il en me caressant la joue, comme pour me rappeler à l'ordre. Harry, s'il te plaît.

Il m'embrasse du bout des lèvres. Sa main glisse vers ma gorge, parcourt mon corps, la saillie e ma pomme d'Adams, la crête de ma clavicule, la pointe de mon mamelon, la platitude de mon ventre…la cavité de mon nombril…la moiteur de mon entrecuisse… Il n'a pas le temps de s'attarder à mon sexe érigé en son honneur que je reprends ses lèvres avec beaucoup plus de vigueur. Nos langues s'enlacent, se goûtent et se sucent. Mon cœur est au bord du suicide. Notre étreinte va me tuer.

Drago s'arrache à moi, nos yeux se rencontrent et il me fait signe de me retourner, tranquillement. Allongé sur le ventre, déchiré entre l'angoisse et l'excitation, j'offre mon derrière à Drago qui en gémit. Il me caresse le flanc d'une main et dépose dans ma nuque et sur mes épaules une multitude de petits baisers.

—T'es foutrement sexy, me dit-il suavement.

Un premier doigt gélatineux s'insère entre mes fesses. J'inspire un grand coup, mais dois m'avouer que ça ne fait pas vraiment mal. Que ce n'est pas non plus si inconfortable. Juste une sensation différente.

—Est-ce que ça va ? me demande Drago, le souffle court.

—Oui.

Il embrasse une quelconque vertèbre entres mes omoplates, laissant trainer ses dents sur ma peau, et je frissonne.

Un deuxième doigt me pénètre et je grimace d'inconfort, enfonçant mes ongles dans les draps. Drago encercle ma taille d'un bras et commence à aller-et-venir en moi. Je relâche ma prise, l'étirement qui me tiraillait s'atténuant largement, et j'essaie de respirer profondément pour me détendre.

Il déchire ensuite l'enveloppe du préservatif qu'il avait sorti plus tôt. Ces gestes sont tremblants d'appréhension et il me saisit bientôt le bassin, m'attirant à lui. D'une main, il s'appuie sur le bas de mon dos et se sers de l'autre pour guider son érection, promptement, il commence à me pénétrer.

Ma réaction ne se fait pas attendre. Le souffle me manque, la douleur me déchire, tous mes muscles se tendent, mon échine se raidit et mes jointures blanchissent tant je sers les poings. Mon estomac bondit dans ma gorge et les larmes me montent aux yeux.

Ma main fuse et s'abat vivement sur son genou.

—Doucement, j'implore.

Drago s'immobilise et je réalise que sa respiration est bruyante et saccadé.

Je ne veux pas tout gâcher. Je ne veux pas gâcher notre première fois. Mais la douleur ne passe pas. Faites que ça finisse. Il ne pourrait pas venir, oui ? Qu'on en parle plus.

La panique s'insinue en moi et je fais des efforts herculéens pour ne pas me laisser submerger par l'envie de devenir hystérique.

—Ça va ? me demande-t-il encore, me supplie-t-il.

Je serre la mâchoire et opine du chef, me décidant en un instant, espérant que ça ne sera pas trop long.

Le reste de Drago me poignarde et j'étouffe un sanglot alors qu'il libère un cri extatique. Il se retire à moitié, puis s'enfonce à nouveau, gémissant de plus en plus fort. J'enfonce mon visage dans l'oreiller en me retenant de hurler et maudit les larmes que je sens gicler hors de mes yeux. À travers son souffle erratique, Drago me soupire des paroles sans queue ni tête, me dévorant la nuque de baiser, s'enfouissant de plus en plus profondément, mourant de plaisir.

Il jure puis m'appelle inlassablement avant de se libérer enfin, secouer de spasmes. Il s'affaisse contre mon dos et je me tortille pour qu'il sorte.

Mon cœur bat toujours la chamade et cette douleur fantôme reste présente, mais un soulagement incommensurable me gagne, sachant qu'il s'est retiré.

Il se laisse tomber à côté de moi, me gardant fermement serré dans ses bras, la forme de son corps épousant parfaitement la forme du mien. Les couvertures sont remontées sur nous deux et je me permets de couper tout contact avec la réalité, me laissant tomber dans l'inconscient.

O

Je me réveille beaucoup plus tard, dérangé par la morsure du froid. En ouvrant l'œil, je vois Drago revenir vers le lit, habillé d'un pantalon de sport.

—Qu'est-ce que tu fais ? je demande d'une voix d'outre-tombe.

—J'avais chaud, je suis allé ouvrir une fenêtre.

—Je gèle.

—Je vais arranger ça.

Il s'allonge à côté de moi et nous enroule dans les couvertures.

—J'aimerais mieux me rhabiller aussi, je marmonne en rougissant.

—Vas-y.

Je m'exécute, à moitié caché de Drago, je me penche par-dessus le rebord du lit et me saisi de mon boxer.

—J'ai faim, se plaint soudainement Drago.

—Quoi ? Là ?

—Oui. J'ai pensé à ça toute la journée et je n'ai pratiquement rien mangé. Mais maintenant j'ai super faim.

Je soupire en plongeant ma tête dans l'oreiller.

—Moi aussi, j'ai faim. Attends-moi, je viens.

Il se lève néanmoins et passe un t-shirt de Pink Floyd avant de se ruer vers la porte. Plus fainéant, je me contente d'ajouter mon pantalon à mon boxer et me dépêche de le rejoindre sur le palier avant qu'il ne me sème.

—Et mes parents ? dit-il en pointant mon torse nu.

—Ils sont déjà revenus ?

—Probablement pas, mais quand même. Tu vis dangereusement.

—Oh moi ! Appelle-moi Evel Knievel !

—Enchanté, Mr Knievel. Je suis Brad Pitt.

J'éclate de rire et nous descendons dans la cuisine. Les dalles sont gelées et je me rends compte que la nuit le Manoir Malefoy est super flippant.

Après s'être assuré qu'il n'y avait bien personne – ni vivants, ni fantômes –, Drago me prend la main, entremêlant nos doigts, pour me guider dans sa demeure. Le geste me comble d'allégresse et quand nous entrons dans la cuisine, je le soulève de terre pour l'installer sur le comptoir.

—Qu'est-ce que tu veux ? j'interroge entre deux baisers.

—Je peux me servir.

—Laisse-moi faire, ça me fait plaisir, et il faut que tu fasses un peu attention à ta jambe quand même.

Il hausse les épaules.

—D'accord. Un sandwich et un verre de thé froid.

Je sors tous les ingrédients nécessaires à un bon casse-croûte et m'applique à la préparation du sandwich. Fièrement, je le lui sers, versant en même temps son vers de thé.

Drago ponctue son remerciement d'un baiser et croque à pleine dents dans son encas.

Après quelques bouchées, il me fait goûter et, tout à coup, Lavande qui fait manger Seamus me semble tellement moins ridicule.

Alors qu'il termine, je me surprends à suivre tous ses moindres fais et gestes, aussi anodin soit-il. Je suis chanceux. Je suis vraiment chanceux. D'avoir Drago dans ma vie.

Le fait que nous ayons vraiment fait l'amour, ce soir, me frappe violemment. Même si ça n'a pas été aussi génial que ce à quoi je m'attendais…même si en fait ça a plutôt été le contraire, nous l'avons fait. Je l'ai fait. Et avec Drago, en plus.

Je suis incapable d'empêcher un sourire.

—Qu'est-ce qu'il y a ? J'ai renversé ? s'inquiète Drago en essuyant son menton.

—Non, je réfléchissais, c'est tout.

—À quoi ?

Est-il vraiment prêt à entendre ça ?

—Je t'aime, je murmure en nichant mon visage dans son cou.

Ses bras viennent s'enrouler autour de mes épaules.

—Moi aussi.


À suivre…


(1)Eye of the Tiger du groupe Survivor. Popularisé par le film de Sylvester Stallone, Rocky III.

(2)Rock You Like a Hurricane du groupe Scorpions.