CHAPITRE 14 : Physique & Chimie – JAMES


LILY AFFICHA un regard ennuyé.

– J'ai quelque chose de coincé entre les dents ?

James fronça les sourcils.

– Non, pourquoi ?

– Arrête de me fixer, alors.

– Mais je suis obligé de te regarder, Evans, si je veux te peindre, expliqua-t-il patiemment, comme s'il tentait de faire admettre à un simple d'esprit qu'un plus un était égal à deux.

– Je ne t'ai pas vu donner un seul coup de pinceau depuis qu'on est là. T'as passé ton temps à me fixer. Je parie que ta toile est vierge.

– Je… non, ce n'est pas vrai ! mentit grossièrement James.

Elle soupira.

– Montre.

– Nan.

– Montre.

– Nan.

– Allez, allez, allez ! Montre!

– Nan.

Elle battit sensuellement des paupières.

– S'il te plait.

A contrecœur, il tourna sa toile vers elle. Lily croisa les bras, l'air victorieux.

– Je ne vois que du blanc.

– C'est de l'art, Madame, se défendit le jeune homme sur un ton pompeux. N'avez-vous jamais entendu parler de la toile intitulée « Carré blanc sur fond blanc »? Eh bien, sachez qu'il s'agit là du même principe.

Lily lui jeta un coup d'œil clairement amusé. L'aplomb de James ne cessait de l'étonner; c'était elle qui lui avait prêté le livre d'art d'où il tirait sa référence.

– Je croyais que c'était mon portrait que tu voulais faire, et non un carré blanc sur fond blanc.

– Cela est toujours le cas. Je vais pousser le concept encore plus loin. Je vais te dessiner qu'avec du blanc, sur un fond blanc.

Elle secoua la tête. Les discussions avec James étaient parfois sans queue ni tête, mais la mauvaise fois dont il faisait preuve à tout moment l'amusait beaucoup.

– C'est vrai que je manque cruellement de couleurs, railla-t-elle devant son manque de logique. Avec mes cheveux roux et mes yeux verts, ma robe jaune,…

– Justement, j'essaie de capter l'angle d'où provient la lumière afin de rendre les bonnes nuances de couleurs.

– Mais je croyais que tu voulais me dessiner en blanc !

– Oh, Evans, tu ne comprends rien à ma démarche d'artiste, s'impatienta-t-il. Fais-moi juste confiance, et attends de voir le résultat.

– Ou alors, tu peux juste admettre que, l'espace d'un instant, ma parfaite beauté t'a laissé pantois, proposa-t-elle sur un ton théâtral, en faisant apparaître un petit miroir.

Elle imitait à la perfection Elinor, qui ne ratait jamais une occasion pour se rappeler avec ravissement à quel point elle était belle. Le narcissisme de la fiancée faisait beaucoup rire Lily, qui n'avait cependant jamais osé exprimer ouvertement son amusement devant son aînée. Elle ne se gênait cependant pas pour s'en moquer gentiment devant James.

– Oui, je suis si belle, soupira-t-elle en s'admirant dans la glace.

– C'est vrai, concéda James en se passant une main dans les cheveux. Tu es si belle que je ne peux pas détacher mes yeux de toi. Tu me perturbes.

Elle fit disparaître le miroir, et lui jeta un bref coup d'œil.

– Je croyais que j'étais ta source d'inspiration.

Il prit une voix mystérieuse.

– Tu m'inspires du trouble.

– Joueur de flûte.

Il remarqua cependant que ses joues revêtirent une jolie couleur rose. James ne ratait jamais une occasion de la complimenter, bien qu'il s'évertuât à toujours faire passer ses flatteries sous couvert de plaisanterie. Elle s'énervait franchement lorsqu'il parlait sans détour, mais avait cette adorable réaction lorsqu'il feignait de la taquiner. Parfois, elle balayait ses dires avec des blagues, mais, depuis quelques temps, elle rougissait et détournait le regard, l'air faussement agacé.

– Mais c'est vrai. J'ai rarement vu une femme aussi belle que toi. Tes cheveux sont… comme un voile de satin rouge flottant au gré du vent. Et ta peau comme un voile de satin blanc dégageant un parfum entêtant. Et tes yeux comme un voile de satin vert de mille feux étincelant. Et…

– Ta gueule, Potter, le coupa Lily, hilare.

Elle se remit à prendre de nouvelles mesures du parc, et revint inspecter le travail de James un quart d'heure plus tard. Elle s'était penchée par-dessus son épaule, et l'extrémité de la longue natte qu'elle avait faite de ses cheveux frôlait l'épaule de James. Elle sentait bon, bien qu'il aurait été incapable de décrire l'odeur, mais il n'eut pas le loisir de se laisser distraire par son parfum car Lily se redressa et s'appuya inconsciemment sur l'épaule de James, sans cesser d'examiner sa toile.

– T'as décidé de te lancer dans l'abstrait, finalement ? dit-elle, l'air approbateur. C'est peut-être plus proche de tes capacités, après tout. Un portrait, c'était clairement trop ambitieux pour toi. C'est censé représenter quoi ?

– Err… mais c'est un portrait, corrigea James avec une grimace. Et le tien, qui plus est.

Quoi ? s'indigna-t-elle. C'est censé être moi, ce truc ?

– Bah oui, tout ce rouge, là, ce sont tes cheveux.

– Mais pourquoi je n'ai qu'un œil ? Tu m'as prise pour un cyclope, ou quoi ?

– Err… T'es censée être de profil.

– Hmm. Et pourquoi tu m'as fait un double menton ?

– C'est ta bouche !

– Quoi ? Mais attends, ce gros truc là, c'est censé être mon nez ?!

Il esquiva le coup de coude qu'elle tenta de lui donner, et se passa de nouveau la main dans les cheveux.

– Je devrais peut-être laisser le dessin à Ellie et me lancer dans la poésie.

– Clairement. Tu n'as aucun talent artistique d'aucune sorte.

Il fit semblant de se poignarder le cœur avec un pinceau.

– Ah, tu es si cruelle avec moi, Evans. J'ai mal. Très mal. Je souffre.

– Tu vas vraiment avoir mal si tu ne me laisse pas travailler !

– C'est toi qui ne me laisse pas travailler !

– Non mais je rêve ! s'indigna-t-elle, sans pour autant parvenir à cacher son amusement.

– Chuuuut ! Tu me déranges ! Va-t'en !

Lily roula des yeux, et s'éloigna une fois encore. James se remit à la regarder à loisir. La robe de Lily ondulait au gré d'un vent bienvenu, ses cheveux Elle était réellement tellement jolie qu'il n'arrivait pas à détourner les yeux.

Deux semaines s'étaient écoulées depuis la première venue de Lily au manoir, et une entente tacite qui n'était ni amicale, ni romantique, ni professionnelle, s'était installée entre eux. Ils ne nommaient jamais leur relation naissante, qui se renforçait cependant de jour en jour. Ils étaient indéniablement plus à l'aise en compagnie de l'autre, riaient, plaisantaient, échangeaient parfois d'indéfinissables regards, flirtaient, mais toujours sous couvert de plaisanterie.

Ce qui était déstabilisant.

Parfois, il était évident que James ne la laissait pas indifférente. Lorsqu'ils se touchaient sans le faire exprès, et qu'elle devenait écarlate. Lorsqu'il faisait semblant de ne pas remarquer qu'elle l'observait. Lorsqu'il se penchait par-dessus son épaule en feignant s'intéresser à ce qu'il faisait, et qu'il sentait sa respiration s'accélérer…

Et d'autre fois, il avait l'impression qu'il ne faisait pas réellement de progrès, que tout ceci au fond n'était qu'amusement pour la jeune femme. Lorsqu'elle n'avait pas envie de se lever, et qu'elle lui jetait un regard qui se voulait charmeur afin qu'il lui rende un service. Lorsqu'elle s'appuyait sur lui, l'air de rien, insensible à leur proximité. Lorsqu'elle roulait des yeux quand il lui faisait des compliments…

Il en était venu à se demander si elle n'était tout simplement pas attirée physiquement par lui, et cette pensée le déprimait. Ce n'était pas assez, ce n'était pas ce qu'il voulait. James se savait attirant, n'avait jamais douté une seule seconde que son sex-appeal ferait son effet tôt ou tard, mais il ne souhaitait pas que ce soit là la seule chose que Lily désire chez lui. Il la voulait, mais entière… Il avait besoin de savoir qu'elle lui était sienne, entière.

Il baissa le regard juste à temps pour qu'elle ne se rende pas compte qu'il la fixait de nouveau, et feint d'être obnubilé par son – on ne pouvait que l'admettre – horrible dessin. Les nouvelles mesures du parc prises, Lily s'installa à la table de James, et se mit à tracer de nouvelles bordures sur un papier millimétré. Ses sourcils étaient froncés, son regard sérieux, et le jeune homme avait appris à ne pas la déranger lorsqu'elle était réellement concentrée. Il délaissa donc son œuvre d'art, et reprit l'exemplaire de Loin de la foule déchainée, qu'il avait récemment commencé et que Lily lui avait prêté.

Il avait en réalité déjà lu le livre, possédait même son propre exemplaire, mais la lecture était une passion commune qui le rapprochait un peu plus de Lily et il adorait faire semblant d'en savoir moins qu'elle. A l'inverse d'Elinor qui, malgré son ironique position de Présidente du Club de lecture anglaise semblait considérer la lecture comme une corvée, Lily était intarissable lorsqu'on lui parlait de romans, et James n'aimait rien de mieux qu'écouter Lily parler. Et la regarder en l'écoutant parler. Ses beaux yeux verts brillaient alors, et elle discutait des heures avec James sans se soucier du temps qui passait, sans se soucier d'Elinor brodant paisiblement à quelques mètres d'eux. Elle était visiblement impressionnée par le savoir de James en matière de culture moldue, accumulée lors de ses cours d'Histoire des Moldus, et se faisait un plaisir d'expliciter les références qui lui échappaient.

Les périples de Batsheba Everdene le captivèrent quelques temps, mais même la belle héritière ne faisait pas le poids face à Lily. L'attention du jeune homme, d'ordinaire imperturbable lorsqu'il lisait, fut presque automatiquement arrachée du roman une demi-heure plus tard lorsque Lily se leva du banc et s'étira afin de chasser les courbatures de ses membres, une habitude qu'il avait remarqué chez elle lorsqu'elle restait assise plus d'une heure. Il ferma son livre sans même s'en rendre compte, attirant le regard de la wedding-planner.

– Quoi, encore ? grommela-t-elle en réalisant qu'il la fixait.

Il sourit.

– Rien.

– Pourquoi est-ce que tu souris ?

– Non pas que ça me déplaise, mais quand tu t'étires, on voit ta culotte…

Elle rougit, et tira précipitamment sur sa jupe. L'attention de James fut aussitôt attirée par les longues jambes qui dépassaient, et qui étaient devenus depuis longtemps l'objet de ses fantasmes. Lily s'habillait de manière de plus en plus féminine, et, une fois de plus, il se posait des questions : essayait-elle d'être séduisante, ou s'habillait-elle ainsi simplement parce que la chaleur de juillet était insupportable ? Interprétait-il trop les choses ?

– Goujat, lança-t-elle, les joues toujours rouges.

– Merci. Si je gagnais une pièce à chaque fois que tu me dis ça, je serai un homme très riche. Ah, mais je le suis déjà, ajouta-t-il en fronçant les sourcils, comme s'il venait de s'en souvenir.

Lily roula des yeux, avant de rassembler ses affaires.

– Bon, j'ai tout ce qui me faut, déclara-t-elle en jetant un coup d'œil à sa montre. Je vais y aller

– Tu ne veux pas rester dîner ? tenta-t-il, comme à chaque fois qu'elle venait.

Il savait qu'elle allait décliner son invitation, et elle savait qu'il savait qu'elle allait décliner son invitation, mais il ne pouvait s'empêcher d'essayer à chaque fois. Si Lily se laissait de plus en plus facilement convaincre de rester boire un verre avant de repartir chez elle, elle avait en revanche toujours poliment refusé de passer plus de temps que nécessaire en compagnie d'Elinor.

– Je ne suis pas certaine qu'Elinor apprécierait que tu me déclames des poèmes à table sous son nez, déclara-t-elle sur un ton sarcastique.

– Je me tiendrai à carreau, promis. Une ou deux sérénades, à la rigueur. Par contre, je ne te garanties pas que ça rimera.

– Je suis ta muse dans beaucoup de domaines.

C'est ptête pour ça que tout c'que j'fais

[est de bien piètre qualité.

Elle gloussa.

– Oh, Potter. Tu me fais me sentir tellement spéciale.

– Je te dis, je suis un poète né.

– Surtout un artiste incompris. Et incompréhensible.

– Allez, reste et accepte de nous tenir la chandelle.

– Bien que demandé avec beaucoup de finesse, je me vois dans l'obligation de décliner. Je te rappelle que ta fiancée a rejeté chacune de mes propositions jusque-là, que le mariage n'est que dans quelques semaines, et que je dois reprendre du début. Une fois de plus.

Celle-ci se montrait en effet si difficile que Lily passait des soirées entières à la recherche de nouvelles idées, et n'avait pas eu une journée de repos depuis bien longtemps.

Souvent, Elinor rejetait l'ensemble de ses propositions et lui intimait de tout reprendre du début. Lily se rendait alors dans le jardin à la recherche de nouvelles inspirations, et James, sous couvert de l'assister, profitait de ces moments sans la présence de sa fiancée pour passer du temps avec elle.

– J'espère que tu n'es pas découragée, s'enquit-il.

Lily eut un rictus dédaigneux.

– Bien sûr que non, tu me prends pour qui ? C'est ma première mission importante, je ne m'attendais pas à ce qu'elle agrée tout dès la première tentative. Par contre, admit-elle, je pensais qu'au bout de la neuvième, j'aurais quelque chose de plus concret.

– Ellie t'aime bien, tu sais, assura James. Bon, elle ne t'aime pas autant que moi, mais tu te défends bien. Je pense vraiment qu'elle a mis la barre haut avec toi, parce qu'elle sait que tu peux y arriver. Pas parce que ça l'amuse – du moins, pas seulement. Et puis, elle n'a pas tout rejeté. Elle a bien aimé l'enchantement avec les petits diamants. Et tes faire-parts.

Lily eut un petit sourire timide.

– Oui, c'est vrai…

– Alors, tu restes ? Juste pour le goûter ? Je peux demander à Betsy de faire des crêpes.

Les yeux de Lily brillèrent, comme à chaque fois qu'il parlait de nourriture, mais elle déclina tout de même l'invitation.

– Je préfère rentrer…

Devant sa mine déconfite, elle ajouta :

– Mercredi, peut-être ? Mais seulement s'il y a des crêpes.

Le visage de James s'éclaira.

Il la raccompagna jusque dans le hall, où elle disparut via la cheminée connectée à chez elle. James resta quelques instants à contempler les flammes vertes se consumer, le temps de se réhabituer au petit vide qu'il ressentait à chaque fois qu'elle s'en allait – bien qu'elle ne partait jamais très longtemps. La courte échéance à laquelle devait faire face la jeune femme lui imposait en effet de se rendre presque quotidiennement chez James afin qu'Elinor puisse superviser son travail. Si elle avait refusé d'utiliser la bibliothèque comme bureau, elle travaillait tout de même beaucoup au manoir, pour le plus grand plaisir de James.

Son sourire radieux ne le quitta pas lorsqu'il rejoignit Elinor, qui peignait également dans l'atelier du dernier étage. La blonde ne put s'empêcher d'être amusée par son air niais.

– Quel canard, commenta-t-elle.

– Je ne suis pas un canard, protesta-t-il.

– Oui, excuse-moi. Tu n'es pas un canard. » Elle marqua une pause. « Tu es un gros canard.

James roula des yeux, et jugea plus sage de ne pas répondre.

– Tu sais, tu n'es tellement pas amoureux d'elle que tu prononces son nom dans ton sommeil, insista Elinor, en joignant ses deux mains et en fermant les paupières. « O, Evans… Evans, mon amour… »

James devint écarlate.

– C'est vrai ?

– Mais non, je t'embête ! Oh, tu aurais dû voir ta tête.

Il lui jeta un regard qui se voulait mauvais, et elle laissa échapper l'un de ses rares véritables rires. James était si peu habitué à l'entendre s'esclaffer hoir qu'il ne put se résoudre à rester agacé.

– Je déteins sur toi, Ellie, fais gaffe.

Elle sourit tendrement.

– Je trouve que c'est une bonne chose, au contraire. Mais bon... maintenant que ta dulcinée est partie, tu peux te remettre au travail ? J'ai fini de tour recopier.

Elle lui désigna plusieurs épais rouleaux de parchemins, qu'elle avait posés sur le bureau. James prit place dans un fauteuil, et son chat vint automatiquement s'installer sur ses genoux.

– J'ai trop mal à la main, se plaignit Elinor en se remettant à peindre, tu ne peux pas imaginer. Je devrais peut-être me procurer une plume à papote aussi, mais bon, c'est un peu risqué vu qu'elles peuvent être modifiées. Je pensais aussi à me faire une manucure – t'as vu l'état de mes ongles ? Non mais ce n'est pas parce que je suis célibataire que je dois me laisses aller, comme dirait ma mère. Je vais me faire une journée beauté demain, parce qu'il faut que je me coupe les pointes…

Elinor était encore frappée de logorrhée verbale, mais James en était si habitué que cela ne le déconcentra pas. Il la laissa déverser son flot de paroles, et saisit les documents sur lesquels ils travaillaient avant d'être interrompus par l'arrivée de Lily. L'écriture fine, serrée et régulière d'Elinor, retraçant fidèlement et infailliblement les dossiers les plus secrets de son père, qu'elle n'avait eu à parcourir qu'une seule fois et très brièvement pour les mémoriser grâce à sa mémoire photographique, s'étalait sur des dizaines de centimètres.

A l'insu de ses acolytes Jacob et Marion, Brutus Bell avait développé la fâcheuse habitude de consigner par écrit toutes ses affaires sans exceptions, même les plus sensibles, et ce, en détail. Il avait également la bêtise de sous-estimer grandement son unique fille, qui déjouait ses pathétiques systèmes de défense avec une facilité déconcertante et se rendait régulièrement dans la pièce secrète aménagée derrière la bibliothèque de son bureau afin de copier mentalement les dossiers de son père et de les retranscrire fidèlement.

–… Et là, Mrs Von de Pol m'a annoncé que c'était un peu la honte, parce que ses nièces se sont fiancées après moi et se sont mariées avant, et…

Elinor était une sorcière des plus accomplie, bien que son éducation ne lui ait pas permis de tester ses capacités jusqu'à leurs limites. Ses parents avaient exigé d'elle les meilleures notes à Poudlard, tout en insistant paradoxalement sur le fait que le plus important pour une femme était d'être perçue comme accomplie, c'est-à-dire de savoir se faire belle, se tenir en société, plaire au plus grand nombre, coudre, broder, peindre, parler plusieurs langues différentes, danser, chanter et jouer plusieurs instruments aussi variés que la harpe, la cornemuse et la flûte japonaise, en plus d'avoir de l'esprit, de la culture et de la conversation tout en feignant ne pas comprendre ce qui se passait autour d'elle lorsque les hommes discutaient sérieusement. Et ce fut exactement ce qu'elle avait fait pendant ses dix ans de mariage, ce qui lui avait fait gagner prestige, honneur et célébrité.

–... Et là, elle s'étonne qu'Herbert me dessine personnellement mes vêtements. J'avais envie de lui dire: "Chérie, je le connais depuis que j'ai trois ans!"...

Et puis Jonathan l'avait répudiée, et elle s'était retrouvée avec James, qui n'en attendait pas tant d'elle et qui était parvenu à creuser sous toutes ces apparences afin de toucher la vraie Elinor. Elle était détendue avec lui, riait, taquinait, discutait aussi librement que lorsqu'elle se trouvait avec Heidi, s'autorisait même à ne rien faire que de paresser, parfois – un luxe qu'elle ne s'était jamais autorisé auparavant. Certes, par réflexe, elle ne pouvait se débarrasser d'un mode de vie travaillé depuis vingt ans ni le remettre en question, mais le fait d'être autorisée à être autre chose qu'une femme-trophée la rendait heureuse. Et la jeune femme était toujours impressionnée de voir que malgré le fait qu'il ait découvert qu'elle n'était pas parfaite, comme tout le monde semblait le croire, il l'aimait et l'estimait beaucoup.

Même s'il ne l'écoutait pas toujours.

– Est-ce que tu m'écoutes ? grommela-t-elle trois quart d'heure plus tard, en se laissant tomber à côté de lui sur le canapé.

– Hmm ? Non, admit James.

Elinor grommela des paroles indistinctes, avant de s'allonger en posant la tête sur les cuisses de James, qui se mit à lui caresser machinalement les cheveux.

– Je crois que je viens de trouver le lien, s'exclama le jeune homme quelques temps plus tard.

Elinor se redressa en baillant gracieusement. Son rôle se limitait principalement à recueillir les précieuses informations, que Tom complétait par des recherches et que James analysait ensuite, mais elle était tout autant intéressée par leurs déductions.

– Toutes ces personnes ont été au même endroit entre 1935 et 1945. En tant que professeur ou élève.

– Poudlard ? souffla-t-elle avec étonnement.

James acquiesça. Elinor fronça les sourcils.

– Donc… le commanditaire serait britannique ?

– C'est probable.

– Mais pourquoi père s'est-il donc rendu en Albanie cette été, dans ce cas-là ? Quel est le rapport ?

– Peut-être… peut-être que toutes ces personnes ont connu une quelqu'un, ou été témoin d'une chose, dont celui qui a embauché père veut se débarrasser ?

– C'est définitivement une piste. Mais ce serait dingue. Il y a plus de cent noms, sur cette liste.

James paraissait perturbé par la pensée qu'on puisse vouloir faire taire autant de personnes. Elinor, qui savait de quoi ses parents étaient capables, n'en parut pas plus impressionnée.

– Tu penses qu'on devrait en parler à Dumbledore ?

Elinor secoua la tête avant même qu'il n'ait fini sa phrase.

– Non. Pas tant qu'on n'aura pas quelque chose de plus concret. Je ne peux pas risquer de mettre Alioth en danger. Si on doit frapper, il faudra frapper fort, et en une seule fois.


LILY TINT SA PROMESSE et revint quelques jours plus tard. Elle fut extrêmement étonnée de ne pas voir Elinor, et James lui expliqua qu'elle avait eu un diner de dernière minute. En réalité, il avait supplié Heidi d'occuper Elinor afin de passer du temps seul avec Lily.

Convaincre Lily de rester dîner avec lui fut par conséquent beaucoup plus facile. La soirée se passa mieux qu'il ne l'aurait espéré. Lily riait à ses blagues, mais semblait quelques peu sur la réserve. C'était la première soirée qu'ils passaient seuls tous les deux depuis leur diner en tête à tête, et le souvenir de ce qui aurait pu se passer semblait hanter la jeune femme. James ne pouvait non plus s'empêcher de se sentir fébrile pour cet aparté qu'il avait pourtant tant désiré et anticipé. Redoutant de la voir écourter leur soirée, il décida plus sage de respecter ses limites et de ne tenter aucun rapprochement. Peu patient de nature, il avait cependant finit par comprendre que s'arborer de patience était le meilleur moyen de gagner l'affection de Lily. Elle était probablement attirée par lui, mais ne semblait pas prête à omettre la présence d'Elinor dans la vie de James.

A sa grande surprise, ce fut Lily qui tenta ce qu'il ne savait qualifier d'autre qu'un rapprochement. Alors que Betsy faisait disparaitre leur diner, qu'ils avaient de nouveau pris à l'extérieur mais cette fois près de la balançoire, il s'allongea sur le dos et ferma les paupières. Puis les rouvrit grandement en sentant la jeune femme s'installer comme si de rien n'était parallèlement à lui, la tête posée sur son torse. Stupéfait, James se révéla incapable de prononcer le moindre mot, et Lily garda également le silence pendant de longues minutes, les yeux grands ouverts, à observer le ciel. Le jeune homme ne l'avait jamais vue aussi détendue, et osait à peine bouger, à peine respirait. Il pria intérieurement pour qu'elle ne se rende pas compte de la vitesse à laquelle battait son cœur, qui regagna son rythme normal à mesure qu'il s'habituait à la proximité de Lily. Il se sentait... apaisé.

Et heureux.

Il lui était de plus en plus difficile de se montrer de mauvaise foi lorsqu'il en venait à Lily. De plus en plus difficile de nier, même à lui-même, la force des sentiments qu'il ressentait pour elle. De plus en plus difficile de ne pas nommer cette sensation abominable, exigeante, belle mais terrifiante, qui grandissait en lui alors qu'il avait déjà l'impression de ne plus avoir de place dans son cœur. Il avait espéré qu'en passant plus de temps avec lui, elle se mettrait à l'apprécier, à l'aimer. Il n'aurait jamais pensé qu'en passant plus de temps avec elle, ce serait lui qui se ferait prendre à son propre piège.

– Dis, James ?

– Hmm ?

– Tu as dit un jour que tu étais Médicomage, mais je ne t'ai jamais vu guérir quoi que ce soit.

Il se tendit perceptiblement, et resta silencieux quelques instants.

– Excuses-moi, murmura Lily. Tu n'es pas obligé de me répondre.

– Je n'aime pas vraiment en parler, admit-il.

– Tu n'aimes pas vraiment parler de toi.

– Un brun mystérieux un brin mystérieux.

Elle sourit faiblement, mais n'insista pas et se mit à fredonner le même air inconnu dont il avait remarqué qu'elle chantait lorsqu'elle était paisible – et elle chantonnait de plus en plus souvent, en sa compagnie. Ils partageaient souvent des silences, qui n'étaient jamais inconfortables. C'était comme leur cycle à eux : ils se taquinaient, discutaient plus sérieusement, se taisaient. Pas toujours dans cet ordre-là, mais toujours avec ce naturel étonnant.

James se détendit. Il lui était reconnaissant de ne pas avoir insisté – c'était toujours difficile de parler de cette période de sa vie – bien qu'il était persuadé que si l'envie lui venait un jour d'en narrer les événements à Lily, cela lui serait bien plus supportable qu'avec quiconque d'autre. James comprit soudain pourquoi elle s'était brusquement ouverte à lui, la dernière fois. Il était facile de se confier à quelqu'un qui savait reconnaître un sujet douloureux, respecter les limites de l'autre, et brider sa propre curiosité. Il avait l'impression qu'il pouvait réellement parler de tout avec elle, et qu'elle l'écouterait calmement de la même manière qu'il l'avait écoutée lui.

– Je m'occupais beaucoup d'enfants, s'entendit-il dire avant même d'être parvenu à déterminer s'il avait vraiment envie d'aborder le sujet. L'un deux est mort, ça m'a beaucoup… bouleversé. Je n'ai pas réussi à le sauver. Et depuis, je n'ai plus réussi à tenir le moindre instrument sans que ma main ne se mette à trembler. Ma mère pense que j'ai besoin de temps à m'en remettre.

– Oh.

Elle se redressa, s'appuya sur un bras, et l'observa longuement, le visage inexpressif.

– Je suis désolée.

– Dans un sens, j'ai vraiment l'impression de ne jamais avoir guéri quoi que ce soit.

– Ce n'est pas ce que je voulais dire, murmura-t-elle d'une voix grave.

– Je sais. Je vis très mal les échecs, c'est tout. Et j'aime bien inspirer de la pitié, ajouta-t-il sur un ton plus léger, pour me faire consoler par de jolies filles.

Elle sourit faiblement, visiblement soulagée par son trait d'humour, et se réinstalla mais cette fois parallèlement à lui, en posant la tête sur le bras tendu de James.

– Dommage qu'il n'y en ait aucune dans les parages, commenta-t-elle.

James, toujours perturbé qu'elle s'allonge si près de lui et aussi naturellement, jugea plus sage de ne pas rétorquer pour le moment. Il fixa obstinément le ciel infini au-dessus d'eux, se força à compter les étoiles pour se calmer. Lily, de son côté, ne semblait avoir aucun mal ni éprouver aucune gêne à l'observer d'aussi près.

– Ta mère est Médicomage aussi, c'est ça ? questionna-t-elle enfin.

Son ton était prudent, comme si elle hésitait à poursuivre sur le sujet médical, mais James ne voyait aucune objection à répondre.

– Oui. Mais pas dans le même domaine. Ce qu'elle fait se rapprocherait de ce que les Moldus appellent des psychologues.

– Hmm. Marlène est donc entre de bonnes mains.

– Oui…

Ce fut au tour de James d'hésiter à s'étendre sur le nouveau sujet de la conversation.

– Elle refuse toujours de te parler ?

– Hm-mm, marmonna Lily, soudain lasse.

– Je te l'ai dit, elle n'est pas énervée contre toi. Elle est juste terriblement gênée par tout ça... C'est idiot. Mais elle progresse très vite. Elle m'a dit avoir presque fini son livre. Ma mère l'a lu, et le trouve génial.

– Ta mère l'a lu ? s'étonna Lily. Ce n'est pas un peu trop… coquin, pour elle ?

Marlène écrivait en effet un livre sur les aventures pleines de sensualité d'une guerrière amazone et de son prisonnier de guerre. Les rares pages qu'avaient lues Lily l'avaient laissée rouge pivoine et les hormones en feu.

– Oh, tu verras quand tu rencontreras ma mère, y'a plus grand-chose qui puisse la choquer, assura James avec fierté. D'ailleurs, j'y pense, ça pourrait être plus tôt que prévu.

– Comment ça ?

– J'avais pensé… puisque l'anniversaire de Marlène approche, on pourrait tous en profiter pour descendre lui rendre visite à Bath, le temps d'un week-end.

– Tous ?

Il se mit à compter sur ses doigts.

– Dorcas et Andréa, Remus et sa nana, Pete, Sirius, Doc, toi et moi. Frank et Alice, s'ils arrivent à se décoller l'un de l'autre. Peut-être Barty et Amélia – je ne sais pas si tu les connais. La copine de Doc, dont je ne me souviens jamais du prénom. Sturgis.

– C'est une idée, approuva Lily qui retrouva le sourire. Je suis pour.

James sourit, et ils retombèrent dans un silence agréable.

– Il fait quoi, ton père ? demanda-t-elle finalement.

James haussa les épaules.

– Il est vieux, et fait des trucs de vieux en me laissant gérer tout ce qu'il trouve chiant. Et avant, il était Langue de Plomb. Un comble, parce qu'il est intarissable.

Lily rit.

– Et toi, tes parents ? demanda-t-il.

Son sourire s'effaça.

– Morts, révéla la jeune femme après une courte pause.

– Oh.

Eh merde, pensa-t-il.

Gêné, il ne sut quoi dire pendant de longues minutes.

– Je suis désolé. C'est triste.

– Oui…

– Tu m'as dit que tu avais une sœur, n'est-ce pas ?

Lily eut un rire sans joie.

– Pétunia ? Oh, elle me déteste, je ferai autant de faire comme elle et me considérer fille unique. Elle m'a jeté dehors dès que ma mère est décédée, et Dorcas et Marlène m'ont recueillie à ce moment-là.

– Ouah. Carrément ! Qu'est-ce qui s'est passé ?

– Longue histoire. Mais elle m'en veut particulièrement de ne pas avoir sauvé mes parents. Le fait que j'ai été coincée dans un château à 100 bornes de là lui importe peu.

– Tu avais quel âge ?

– Seize ans.

– Oh. C'est jeune…

Le silence retomba entre eux. James se mit à machinalement lui caresser les cheveux. Elle ne se dégagea pas.

– Je déteste te voir pleurer, murmura-t-il, sans quitter le ciel des yeux.

Il n'avait même pas besoin de la regarder pour deviner que les yeux de Lily étaient humides. Elle était triste, il l'avait rendue triste en lui rappelant de mauvais souvenirs, et ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir.

– Je ne pleure pas.

– Oui, oui, tu transpires des yeux.

Elle eut un petit rire.

– Je ne sais pas ce que je ferai si mes parents venaient à disparaître, admit James. Je suis fils unique, je n'ai pas de cousins, pas d'oncles, pas de tantes. Je supporte mal la solitude.

– C'est ce que j'ai cru remarquer. Mais, d'ici là, tu auras ta petite famille… Ellie, les enfants… Et puis, tu auras également tes amis. Les amis, c'est la famille qu'on choisit. C'est ce qui m'a beaucoup aidé. Sans Doc et les filles, je ne sais pas comment j'aurais tourné.

Elle marqua une pause.

– Peut-être strip-teaseuse dans un cabaret.

James éclata de rire, et elle fit semblant de se sentir vexée.

– Quoi, je ne suis pas assez bien gaulée, peut-être ?

– Au contraire, Evans, au contraire… Plus je t'imagine, plus je maudis tes amis.

– Obsédé.

Ils retombèrent dans un silence agréable.

– Tes cheveux sont super doux.

– Comme un voile de satin rouge ?

– Exactement.

Elle ne put s'empêcher de glousser.

– J'adore les rousses.

– Obsédé.

– Je ne suis pas un obsédé, Evans. Je suis un gros obsédé.

Elle roula de nouveau des yeux, se redressa, et son épaisse chevelure, abritant à présent quelques brins d'herbe, retomba jusqu'au bas de son dos.

– Si tu aimes mes cheveux tant que ça, d'ailleurs, fais-moi une natte.

– Je les préfère lâchés, protesta James sur un ton boudeur.

C'était en effet assez rare qu'elle les laisse en liberté. En raison de la forte chaleur estivale, elle les coiffait souvent en un chignon, une tresse, une queue de cheval, pour le plus grand regret de James.

– C'est vrai que tes préférences comptent tellement pour moi, railla-t-elle. Allez, au boulot.

James redressa à son tour et entreprit d'entrelacer les mèches. Il ne put s'empêcher de remarquer qu'elle frissonnait à chaque fois que ses doigts lui frôlaient la peau, et un puéril sentiment de satisfaction le saisit. Lorsqu'il eut fini, elle attrapa la longue tresse, l'examina d'un œil approbateur et lui adressa un sourire en coin dont elle avait le secret, et qui fit bondir l'estomac du jeune homme.

– Pas mal, commenta-t-elle.

– Coumment ça, « pas mal »?! s'indigna-t-il avec un faux accent espagnol. Ma qué, tou n'as vraiment ouquin coultoure artistique! C'est oune ovre d'art, c'est oune perfecssione!

Elle gloussa, puis secoua la tête.

– On n'a définitivement pas la même notion de l'art…

Leurs regards se croisèrent, s'accrochèrent, ne se quittèrent plus, et le sourire de Lily mourut peu à peu. Son expression était neutre, mais ses yeux trahissaient le même désir que James. Et ce magnétisme entre eux se faisait plus présent que jamais...

Merde! s'exclama une voix dans sa tête. Embrasse-là, James ! C'est le moment que tu attendais !

– Je meurs d'envie de t'embrasser, s'entendit-il confesser à de mi-voix.

Idiot ! Je t'ai dit de l'embrasser, pas de lui dire que tu en avais envie ! Passe à l'action, Mec, mets lui la langue dans la bouche avant qu'elle ne…

Lily devint écarlate, et se détourna.

Eh merde.

– Fais, et tu mourras tout court, commenta-t-elle sur un ton léger.

Il soupira intérieurement. Elle s'était encore sortie d'affaire avec une blague. Et il avait encore laissé passer sa chance. Il s'efforça de masquer sa frustration en adoptant le même ton léger.

– Oh, Evans, faut vraiment évacuer toute cette violence, reprit-il sur un ton faussement préoccupé. J'ai une amie qui fait du yoga, je devrais te la recommander. Toute cette tension, là…

– J'ai surtout besoin d'un bon vieux massage, à vrai dire, admit Lily. Je suis exténuée, en ce moment.

– Si tu ne m'avais pas menacé de mort, je t'aurais aidé avec plaisir.

Elle se tourna vivement vers lui, les yeux brillants.

– Quoi, tu sais masser ?

– Quand je te dis que mes talents sont multiples et variés, tu devrais me croire.

Elle battit langoureusement des yeux.

– Et... tu accepterais de masser une pauvre petite wedding-planner épuisée jusque la moelle ? demanda-t-il d'une petite voix.

Que la chair est faible, pensa intérieurement James, lorsque Lily s'installa trente secondes plus tard entre ses jambes, dos à lui, les paupières fermées et savourant de toute évidence la pression de ses mains expertes.

C'était une sensation également très satisfaisante de la sentir se détendre. Elle avait la peau très douce, qui lui rappelait vraiment la texture du satin et de la soie, et Lily laissait de temps en temps échapper un petit râle de plaisir qui se réverbérait en James, et dont les pensées devenaient de moins en moins catholiques.

– Je ne sais pas ou t'a appris ça Potter, murmura-t-elle au bout de quelques minutes, mais c'est clairement pas la dernière fois que tu me masse.

Ils étaient au moins d'accord sur une chose.

– Tu aimes?

– J'adore...

Sa voix traînante le mit en émoi. Mu d'une envie soudaine, il se pencha et déposa un baiser entre ses omoplates, et Lily laissa involontairement échapper un petit gémissement. Puis s'immobilisa. Se retourna une fois de plus vers lui, cette fois l'air craintif.

Le cerveau de James tournait à vive allure : pouvait-il pousser sa chance ? Il avait de nouveau l'intime conviction qu'elle ne le repousserait pas, qu'elle voulait la même chose que lui…

Go, James. Langue toi dans bouche elle !

Elle ferma les yeux, et il ferma les siens. Mais avant qu'il ne puisse tenter quoi que ce soit, son elfe apparut soudainement devant eux dans un petit "pop", les faisant sursauter.

– Miss Teot, annonça-t-il, sans marquer le moindre étonnement à les voir assis si proches l'un de l'autre.

James fronça les sourcils. Qu'est-ce que Tina faisait ici à une telle heure?

– Dis-lui qu'on arrive.

James et Lily se dirigèrent vers le manoir dans un silence embarrassé. La jeune femme était écarlate, et regardait partout sauf vers lui. Le court trajet leur permit de se remettre de leurs émotions, et de regagner contenance.

Tina patientait dans le hall, et leva un sourcil en le voyant accompagné, ce qui fit rougir Lily.

– Je dérange ? demanda-t-elle.

– Bien sûr que non, répliqua James. Tina, voici Lily. Lily, Tina.

Les deux femmes se serrèrent la main d'une manière quelque peu raide. James remarqua que les yeux de Lily s'attardèrent une seconde de plus que nécessaire sur les cheveux roux flamboyants de Tina.

– Lily comment ? interrogea cette dernière.

– Evans.

– Oh. Je vois.

Elle dévisagea ouvertement Lily, qui semblait soudain ne souhaiter rien de plus au monde que de disparaître sous terre.

– Lily est notre nouvelle wedding-planner, et Tina est la copine de Remus, et une ancienne collègue, se sentit obligé d'expliciter James.

– Enchantée, dit Lily.

– Hmm, maugréa Valentina.

La gêne de Lily s'accentua. Elle se tourna vers James, et bégaya:

– Bon, je… hum. Je vais y aller, alors. Hum. A plus. Bonne soirée. Salut.

Le jeune homme remarqua qu'elle ne le regardait toujours pas dans les yeux.

– Salut, Evans

Elle saisit de la poudre de cheminette dans le pot que Betsy lui avait installé sur l'âtre, afin de faciliter ses allers et retours, et disparut dans un tourbillon de flammes vertes. James fixa la cheminée pendant quelques secondes, comme à chaque fois que Lily s'en allait, avant de se souvenir qu'il avait de la compagnie, et que la compagnie n'était pas dupe et avait bien ressenti la tension entre les deux. Valentina l'observait en effet avec un sourire moqueur.

– Quoi ? aboya-t-il, l'air agacé.

– Où est Elinor ?

– Dehors avec des amis. Pourquoi ?

– T'as pas honte d'amener tes maîtresses ici ? Qu'est-ce qu'elle va penser en rentrant et en te trouvant seul, en compagnie d'une jolie jeune femme ?

– J'aurais honte si elle était ma maîtresse. Ce qui n'est pas le cas. Evans n'est que la wedding-planner. Rien d'autre.

– Et que fait-elle seule avec toi aussi tard ?

– On travaillait.

– Mais oui, prend moi pour un jambon.

James sourit, puis l'entraîna dans le salon.

– Bon, dis-moi ce que tu veux, que je puisse te jeter dehors au plus vite. Faudrait pas qu'Ellie rentre et me trouve seul, en compagnie d'une jolie jeune femme.

Valentina rit, mais son amusement fut rapidement balayé par une expression des plus tristes.

– Tu sais ce que tu fais, vendredi ?

– Non, mais quelque chose me dit que tu vas me le dire.

– Tu aides Remus à emménager chez toi.

Le sourire de James s'évanouit instantanément.

– Ah. C'est officiel, alors ? demanda-t-il après une courte pause.

– Oui…

Elle se passa les mains dans les cheveux.

– Il a insisté jusqu'à ce que je cède afin que je garde l'appartement. Il m'a dit qu'il ne pourrait pas l'assumer seul, et qu'il préférait prendre quelque chose de plus petit. Mais la vérité, c'est que je ne pourrais pas y vivre s'il n'y est plus. Trop de souvenirs…

Sa voix se brisa.

– Je suis désolé, dit doucement James.

– Je suis désolée aussi.

Elle soupira.

– Mais revenons à Remus. James, tu as été un ami pitoyable, ces derniers jours. Je comprends maintenant à quoi tu as été occupé, mais j'ai besoin que tu te concentres sur Remus quelques temps.

– Comment va-t-il ?

– Pas bien, dit-elle tristement. Même s'il essaie de faire bonne figure. Il ne laisse rien transparaître. Tu le connais, il a beaucoup de mal à montrer ses émotions….

James acquiesça.

– Et toi ?

– Quoi, moi ?

– Ça va aller ?

Elle baissa les yeux, et marqua une pause, comme incertaine de la manière de répondre à une telle question.

– C'est moi qui ai cassé, tu sais.

– Oui, mais ce n'est jamais agréable de voir la fin d'une relation, dit James, faisant écho des mots de Lily.

La lèvre de Valentina se mit à trembloter.

– J'ai l'impression de mourir à petit feu, confessa-t-elle.

James l'enlaça pour la réconforter et se mit à lui caresser le bras avec tendresse, et ils restèrent de longues minutes dans cette position.

– Je ne lui ai pas dit la vraie raison, tu sais. J'ai peur qu'il ne finisse par se haïr si jamais il comprenait pourquoi...

Elle soupira de nouveau.

– Pourquoi l'amour, ce n'est pas suffisant, comme dans les contes de fées ?

– Parce que la vraie vie est un peu plus compliquée qu'un conte de fées.

– J'aurais juste aimé être un peu plus forte, confessa-t-elle d'une voix tremblante. Pouvoir lui assurer avec certitude que je serai toujours là pour lui, qu'on aurait pas la vie la plus stable ou facile, mais que le fait qu'on s'aime serait plus fort que tout…Avoir confiance en l'avenir… Et j'aurais aimé qu'il me fasse un peu plus confiance. Qu'il se batte pour moi, qu'il me prouve que j'ai tort de baisser les bras... Au lieu de ça, je sais que ce n'est pas le cas, mais il m'a donné l'impression de s'en ficher du fait qu'on se sépare.

Brusquement, elle éclata en sanglots, et James la serra un peu plus fort dans ses bras, jusqu'à ce qu'elle retrouve son calme.

– Hey, ça va aller…

Elle renifla encore une ou deux fois, avant de demander d'une voix craintive:

– Est-ce que… est-ce que tu me détestes?

– Je vais finir par le faire, si tu n'arrêtes pas d'étaler de la morve sur moi. Tu sais que j'ai horreur de voir une fille pleurer.

– C'est ça, oui. Tu es toujours le premier à accourir pour consoler les demoiselles en détresses.

– Une fâcheuse habitude qui a ses avantages : ça me permet de tenir contre moi de superbes nanas sans qu'elles se doutent de mes motivations réelles. Je fais semblant de les prendre dans mes bras, et elles pressent leur jolies poitrines contre mon torse…

Et parfois elles m'embrassent, pensa-t-il avec un sourire intérieur.

Elle, au moins, elle a des couilles, railla la petite voix dans sa tête.

Ta gueule, toi, intima James.

Psychopathe. Voilà qu'il se mettait à parler seul.

Valentina gloussa.

– Goujat.

– Je commence à croire que c'est mon dernier prénom, soupira James sur un ton résigné.

– Sérieusement, tu ne me détestes pas, hein ?

Le jeune homme roula des yeux.

– Oui, d'ailleurs je suis actuellement en train d'exprimer tout le dégoût et la rancœur que j'ai pour toi en te serrant fort dans mes bras.

Valentina eut un petit rire.

– Je ne te blâme pas, Tina. Remus est aussi responsable que toi de la situation. Lui aussi aurait dû avoir confiance en l'avenir. J'aurais cru qu'il aurait compris la leçon quand ça s'est fini avec Dorcas. Et bien sûr que j'aurais préféré que ça marche entre Remus et toi, mais ça n'est pas le cas. Il faut accepter que certaines relations ne peuvent tout simplement pas fonctionner. Je n'ai aucune raison de t'en vouloir.

Il y eut un petit silence, puis Tina lui fit un petit baiser sur la joue.

– Tu vas vraiment me manquer, tu sais.

James leva les sourcils, pris de court.

– Pourquoi? Tu ne comptes plus me revoir?

– Bah tu sais... je ne veux pas te mettre dans une position inconfortable.

– On est amis, n'est-ce pas? Alors oui, je ne pourrais probablement plus t'inviter à nos soirées pendant quelques temps, mais j'espère qu'on pourra boire un verre de temps en temps.

Le visage de Valentina afficha un air de profonde gratitude. Elle se redressa et lui baisa chastement la joue, qui le surprit et lui fit plaisir à la fois.

– T'es vraiment un type bien, James, dit-elle avec sincérité.

– Bien sûr que je le suis ! s'exclama-t-il avec énergie.

Pas depuis longtemps, d'après Lily, mais il était déterminé à changer.


SIRIUS LUI DONNA une tape sur la tête avec un magazine roulé.

Ouch ! protesta James.

– Tu recommences.

– Hmm ?

James leva un sourcil interrogateur.

– Tu recommences à sourire bêtement.

James fronça les sourcils en se massant le crâne.

– Je n'avais pas remarqué.

Il se remit à vider la bibliothèque dans les cartons, mais s'interrompit en se rendant compte que son ami l'observait intensément.

– Quoi ? aboya-t-il.

– J'attends.

– T'attends quoi?

– Que tu me racontes ce qui se passe vraiment, en ce moment.

James afficha un air confus.

– Je t'ai déjà tout raconté.

– Je te parle de ce que tu ne m'as pas raconté.

– Qu'est-ce qui te fait dire que je te cache quoi que ce soit?

– Oh, Prongs, je te connais aussi bien que ma fesse droite, déclara fièrement Sirius en se grattant l'endroit en question. Accouche.

James vérifia que Peter et Remus, engagés dans une grande discussion sur le plafond, étaient hors de portée avant de parler.

– Je crois que ça avance bien, avec Evans.

Sirius fronça les sourcils.

– Evans ?

– La copine de Marlène.

– Qu'est-ce que… de quoi tu parles ?

James eut un sourire radieux.

– Elle commence à bien m'aimer. J'ai failli lui rouler une pelle, la dernière fois.

Ouais, « failli » comme tu dis, railla l'énervante et énervée voix dans sa tête.

– Attends deux secondes, finalement, je ne te connais pas aussi bien que ma fesse.

Sirius se passa une main dans les cheveux, l'air visiblement confus.

– On parle bien d'Evans, là ? Gros seins, yeux verts, rouquine, qui te fuit comme si t'avais la lèpre ? Qui te regarde comme si tu dégageais des gaz toxiques à chaque fois que t'ouvre le bec ?

– Celle-là très exactement, confirma James, l'air ravi.

– Je croyais qu'elle te détestait.

James afficha un air mystérieux.

– Mon charme légendaire a encore fait des merveilles.

– Quel charme ? railla Sirius.

– Ta gueule.

Sirius sourit, avant de reprendre, toujours à voix basse.

– Non, sérieusement, Marlène disait qu'elle te détestait toi particulièrement. Qu'est-ce que tu lui as fait ?

James lui résuma les événements des dernières semaines.

– Tu l'as droguée ? demanda Sirius très sérieusement une fois qu'il eut terminé son récit.

– Mais non ! Elle a juste compris à quel point je suis merveilleux en passant du temps avec moi. Exactement comme je l'avais prévu.

Il eut un sourire béat, mais son ami paraissait plus perplexe qu'impressionné.

– C'est tordu, comme situation, n'empêche. Je n'arrive pas à croire qu'Elinor est d'accord avec ça.

– Elle m'a fait la tête pendant un bon mois, à vrai dire.

– Tu m'étonnes… je ne sais pas comment tu fais pour gérer deux femmes en même temps. Une, c'est déjà super compliqué.

– En parlant de ça, dit James en croisant les bras, on a toujours pas parlé du fait que tu sors avec Leoh la Serpentard.

Sirius roula des yeux.

– On ne sort pas ensemble. On se voit, on mange, on fait ce qu'on a à faire.

– Comment c'est arrivé ?

Sirius haussa les épaules.

– C'est juste arrivé, c'est tout.

– Et c'est… sérieux ? demanda James d'une voix craintive.

– Si c'était sérieux, je vous l'aurais présentée. Mais…je ne sais pas, je l'aime bien. J'aime bien passer du temps avec elle. Elle est chouette, marrante et très jolie.

– C'est vrai qu'elle a de beaux seins, concéda James après une courte pause.

– Hey ! Parle pas des seins de Tea !

– Parle pas de ceux d'Evans, alors.

– Excuse-moi, mais c'est quand même l'une des premières choses qu'on remarque chez elle.

James fronça les sourcils. Les premières choses qu'il avait remarquées chez Evans étaient ses cheveux. Et ses yeux. Et les tâches de rousseurs qui tachetaient sa délicate peau.

– Tombe pas amoureux d'elle, hein, dit Sirius, de nouveau sérieux. C'est pas une bonne idée, tout ça. Ça va mal finir, si tu ne fais pas attention.

– Je ne suis pas complètement con.

Il y eut de nouveau silence.

– Et toi, ne tombe pas amoureux de Leoh, hein.

– Je t'ai dit, on passe juste du bon temps, ensemble. Rien de sérieux.

– Depuis trois ans, fit remarquer James.

– Oui, bah… je suis bien, avec elle. Je n'ai pas de raison d'aller voir ailleurs pour l'instant. On a une relation libre, c'est exactement ce qu'il me faut. Je ne me sens pas enchainé, c'est vraiment ce qui me convient.

James hésita.

– Juste… je suis sérieux, quand je dis ça. J'espère vraiment que tu n'as pas de sentiments pour elle.

– Quoi, c'est si terrible que ça qu'elle ait été à Serpentard ? s'agaça Sirius.

– Franchement, oui. Mais ce n'est pas pour ça que je te dis ça.

– C'est-à-dire ?

– Ecoutes, ça me rassure pas que tu sors avec une Serpentard, alors j'ai demandé à ma mère de se renseigner.

– Et ?

James pinça les lèvres.

– Tu… tu es au courant qu'elle va peut-être se fiancer avec Nott, hein ?

Sirius laissa tomber le vase qu'il était en train d'envelopper.

Quoi ?

Apparemment, il n'était pas au courant.

– Qu'est-ce qui se passe ? demanda Remus en passant la tête par la porte-fenêtre.

– Je… rien, ne t'inquiète pas, bafouilla Sirius.

Blême, il agita sa baguette et les morceaux de verre se recollèrent. Remus lui jeta un regard soupçonneux, avant de retourner sur le balcon. De nouveau seuls, James et Sirius se remirent à emballer les affaires de James, dans un silence pesant.

– Patmol… ça va ? finit par demander ce dernier.

– Oui, oui… elle ne m'en avait pas parlé.

– J'avais cru comprendre. Foutus Serpentards.

Sirius semblait à la fois furieux et blessé, si bien que James ne put s'empêcher de le questionner d'une voix inhabituellement timide :

– T'es énervé qu'elle ne t'ait pas dit ça ou qu'elle se fiance avec un autre ?

– Je… bien sûr que je suis énervé qu'elle ne m'ait pas dit ça ! s'écria Sirius. On s'était mis d'accord pour une relation monogame. Et même si elle voulait passer à autre chose… elle aurait pu m'en parler avant !

Il jeta rageusement le vase dans un carton, qui se brisa de nouveau.

– T'façon, rien de sérieux entre vous, n'est-ce pas ?

– Laisse tomber, James, glapit-il avec humeur.


LA MAUVAISE HUMEUR ne le quitta pas de la journée, et, s'ajoutant à l'humeur déjà morose de Remus, le déménagement de ce dernier se passa dans un silence tendu. Sirius ruminait de sombres pensées en silence, Remus était aussi irritant qu'irritable, et Peter et James étaient coincés entre les deux, n'osant pas aborder les sujets minant leurs amis. Le seul avantage de leur humeur dépressive fut que James convainquit Remus plus facilement qu'il ne l'avait imaginé d'emménager chez lui en attendant de trouver un nouvel appartement.

– Oh, Seigneur, soupira Elinor en les voyant débarquer par la cheminée.

Installée préalablement dans le jardin en compagnie d'Heidi, le soudain remue-ménage les avait attirées dans le hall, à présent encombré par les affaires de Remus. Ce dernier fut momentanément distrait de son chagrin en voyant le ventre rebondi de la jeune femme.

– Qu'est-ce que c'est que ça ? s'indigna-t-il en la pointant du doigt.

Sirius et Peter se tournèrent vers les filles.

– Je dirais le ventre d'une femme enceinte, mais j'en suis pas certain, ironisa Peter.

– Hmm, intéressante théorie, approuva Sirius.

Loin de se dérider, Remus paraissait scandalisé par leur confirmation.

– Ce n'est pas très poli de montrer du doigt, fit finalement remarquer Heidi.

– La ferme, toi, aboya Remus.

Elle sursauta, puis croisa les bras, l'air outré. Il se tourna vers James, qui venait d'apparaître via la cheminée avec le dernier carton.

– Je croyais que tu plaisantais, quand tu me disais qu'elle était enceinte!

– Visiblement, non, dit calmement James.

– Mais... comment? Et avec elle?

Son ton clairement méprisant fit froncer les sourcils d'Elinor, mais elle décida de ne pas rétorquer. Heidi, en revanche, lassée de la léthargie de son amie face aux attaques récurrentes du loup-garou, intervint pour la défendre :

– Tu veux que je te montre? railla-t-elle sur un ton exaspéré. Ça ne m'étonnerai pas que tu n'y connaisses rien…

Elle le reluqua ouvertement de bas en haut, un petit sourire aux lèvres.

–… et ça ne me dérangerait absolument pas de te servir de professeur.

Remus lui jeta un regard empli de dégoût.

– Honnêtement, Callender, tu es moche et conne, crois-moi, tu ne peux vraiment pas te permettre d'être chiante en plus de ça.

Les deux femmes lui jetèrent un regard noir.

– Wow, ça suffit, vous deux, intervint James d'une voix forte. Remus, Heidi, ce n'est ni l'endroit ni le moment.

– J'y peux rien, moi, si ton pote démarre au quart de tour à chaque fois qu'on se croise, râla Heidi. Qu'est-ce que t'es tendu, Lupin ! Tu devrais venir à mes cours de yoga, je suis certaine que ça te détendrai…

Elle lui jeta un regard qui se voulait charmeur, et Remus plissa dangereusement les yeux.

– Allons voir ailleurs, si on y est, proposa Peter à Sirius dans un souffle.

Sans demander leur reste, ils filèrent vers les cuisines et laissèrent les autres se regarder en chien de faïence.

– Je ne veux pas me disputer, déclara finalement Elinor d'une voix douce. Je veux que ton séjour ici se passe bien, Lupin.

– Son séjour ici ? s'étonna Heidi.

– Lupin et Teot viennent de se séparer.

Un sourire narquois naquit sur les lèvres de la brune. Remus serra les poings.

– Wow, Tiger Tina t'a larguée? Ça, c'est quelque chose à fêter, Ellie, tu ne trouves pas?

– Ne commence pas, Heidi, tu ne m'aides pas. Si on doit cohabiter sous le même toi, je…

– Cohabiter ? répéta Remus en fronçant les sourcils.

Elinor pinça les lèvres.

– J'habite ici, lui indiqua-t-elle, je pensais que tu le savais.

Remus se tourna vers James.

– C'est une blague, dis-moi ?!

– Je suis certaine que ça se passera bien, Lupin, dit aimablement la blonde.

– Oh, purée…

Remus se passa les mains sur le visage.

– OK. Je crois que je vais aller vivre chez mon père.

– Ne sois pas ridicule, intervint James en passant un bras autour de ses épaules. Sirius et Peter ont déjà séjourné ici, maintenant, c'est ton tour. Aucune discussion. Tout se passera bien.

– S'il améliore ses manières, commenta Heidi en soufflant sur ses ongles. Et qu'il sorte le balai qu'il s'est coincé dans le cul.

Heidi !

– Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ? Ça fait trois secondes qu'il est là, et il se conduit comme un parfait connard envers toi !

– On se demande bien pourquoi, pointa Remus sur un ton sarcastique.

– Tu vois ! s'exclama Heidi. Tu ne peux pas être la seule à faire des efforts ! Arrête de jouer à l'épouse modèle super gentille et défends-toi un peu, Ellie-Bellie.

– OK, merci Heidi, intervint James en lui jetant un regard froid. Je vais parler à Remus, et tout se passera bien. Pas besoin de jeter de l'huile sur le feu.

– Dans ce cas, défends-la un peu !

– Elinor, dit James d'une voix calme, vous deviez être parties avant que je revienne.

Elle soupira.

– Allons chez toi, Call.

– Avec plaisir. Je vais attraper des rides avec toutes les ondes négatives qu'il dégage.

– Je vous laisse entre hommes ce week-end, si ça te va, James, ajouta aimablement Elinor. Alioth est de retour, de toute façon, et je veux passer un peu de temps avec lui avant qu'il ne reparte chez Grand-Mère.

Il acquiesça.

– Tu reviens quand ?

– Dimanche dans la journée.

– OK.

Elinor hésita avant de poursuivre.

– Et… Lupin? Je suis désolée de ce qui t'arrive. Sincèrement.

Remus l'ignora.

A peine les deux femmes disparurent dans l'âtre qu'un James furieux se tourna vers son ami.

– Sérieusement, Lunard… Ellie n'arrête pas de faire des efforts pour mieux s'entendre avec vous. Peter et Sirius se montrent civils avec elle. Je ne te demande pas de l'apprécier, mais au moins de te montrer civil avec elle.

– Je ne l'aime pas, et je crois que je ne l'accepterai jamais, répliqua le loup-garou entre ses dents serrées. Ni elle, ni Callender. Ce sont de véritables poisons, et je n'aime pas la façon dont elles se servent de toi.

James soupira.

– Si j'ai pardonné à Ellie, tu peux en faire autant.

– T'es trop naïf, James. Ou trop gentil. Et cette histoire de grossesse là… clairement, y'a anguille sous roche. Tu devrais te méfier.

James soupira de lassitude, mais décida de ne pas prolonger cette discussion au risque d'énerver son ami encore plus. Après tout, il était censé le soutenir dans son épreuve. Remus s'était toujours facilement emporté lorsqu'on parlait d'Elinor, mais James savait que son exceptionnelle impolitesse était grandement dû à la rupture dont il refusait de faire le deuil et d'exprimer la douleur.

– Elles sont parties, de toute manière. Viens, on va rejoindre les autres.

Les quatre amis se détendirent en jouant quelques heures au Quidditch, puis, lorsqu'il fit trop sombre pour distinguer les balles, s'installèrent au bord du lac et vidèrent bouteille sur bouteille de Firewhisky. Si bien que lorsque Betsy débarrassa les restes de leur dîner, ils étaient déjà si passablement éméchés qu'ils n'eurent pas la force de sortir s'aérer l'esprit, comme ils l'avaient initialement prévu.

Ils firent apparaître quatre chaises longues, et s'installèrent sous le ciel dégagé, dont les étoiles étaient clairement visibles.

– Je hais les femmes, grommela Sirius.

Les trois autres Maraudeurs acquiescèrent.

– Les femmes sont le mal.

Ils approuvèrent.

– Les femmes attirent que des ennuis.

Ils hochèrent vigoureusement en faisant tinter leurs bouteilles entre elles.

– Les femmes sont de vicieuses créatures.

– Bien dit ! renchérit Remus en bondissant de sa chaise et en se plaçant devant eux d'un pas chancelant. Et vous savez quoi, les gars ? On devrait se tenir éloignées d'elles.

– OUAIS ! approuva Sirius d'une voix éraillée. On devrait sortir qu'entre mecs. Remus se mettrait avec moi, et vous deux ensembles.

Un murmure approbateur parcourut son audience, et Sirius se redressa fièrement, comme s'il avait déclamé le discours politique le plus inspiré de la décennie.

Puis un problème qui lui semblait non négligeable lui vint à l'esprit, et il fronça les sourcils.

– Oui, mais un mec, ça n'a pas de nibards, fit-il remarquer d'une voix anxieuse.

– Peter il en a, des nibards, fit remarquer Remus, en se laissant tomber sur l'herbe.

– Hé ! protesta Peter.

– Et une femme, ça sent bon, ajouta rêveusement Sirius.

– Ça a la peau douce, dit James sur un ton lointain.

– Ça sait cuisiner, renchérit Sirius.

– Peter il sait cuisiner, fit de nouveau remarquer Remus.

Sirius se tourna vers le cadet, et lui jeta un regard qui se voulait séducteur.

– Peter, tu m'intéresses de plus en plus.

– Hé ! Bas les pattes ! Je ne suis pas gay.

– Tu sais que Marlène penses que tu es gay ? s'esclaffa James.

– Quoi ?! s'exclama-t-il, horrifié. J'aime les femmes ! Arrête de rigoler, toi ! Dis-lui que j'aime les femmes, James !

Sirius et Remus éclatèrent de rire.

– Vos gueules, sérieux ! James, dis-lui à Marlène, que chuis pas gay !

– C'est ça, oui, ça fait un moment qu'on ne t'a pas vu avec l'une d'elles.

– Contrairement à vous deux, moi, je recherche la perle rare, répliqua Peter avec hauteur.

– Critères ?

– Gentille. Jolie, si possible.

– Avec des gros seins ? questionna Sirius.

– Sirius, sérieusement, faut consulter. T'es littéralement obsédé par les seins.

– Pas étonnant, vu la mère que j'ai eu. Ça doit être un traumatisme d'enfance. Mais sérieusement, Queudver… Gros seins ou non ?

Peter roula des yeux.

– Je m'en fiche, de son physique. J'ai juste envie d'une nana qui se sente chanceuse d'être avec moi, et de qui je me sentirai chanceux d'être avec. Et blonde.

Remus soupira.

– Peter est obsédé par les blondes, James par les rousses, Sirius les brunes… et moi, il me reste quoi ? gémit-il.

– Prends en une multicolore, proposa Sirius.

– Ou une de chaque, conseilla James.

– Ou aucune, ne modéra Peter.

Remus roula également des yeux, et décida de les ignorer.

Il leva sa baguette, et projeta une traînée d'étincelles blanches vers le ciel, qui s'éparpilla en un cercle parfait. James lança son propre feu d'artifice, de couleur rouge et deux fois plus large que celui de Remus. Ce dernier leva un sourcil, et darda de nouvelles étincelles qui s'éparpillèrent en un diamètre encore plus large. James réagit en décochant d'autres étincelles qui explosèrent en créant un palmier. Et, pour la première fois de la journée, l'espace d'un moment, Remus sembla oublier la douleur qui le tenaillait, et ils s'amusèrent avec l'insouciance qui les caractérisait. Sirius et Peter se joignirent à la bataille de testostérone qui faisait rage, et bientôt le ciel crépita de lumières éphémères et de toutes formes, tailles et couleurs.

L'euphorie qu'ils ressentaient dura un bon moment, durant lesquels ils rirent joyeusement, puis se dissipa avec les effets de l'alcool, laissant les uns avec un sentiment de vide, les autres songeurs. James se réinstalla dans sa chaise, et se mit à contempler les dernières lueurs de leurs feux d'artifice qui disparaissent avec fainéantise du ciel. Il pensait à Lily. Trois jours plus tôt, à peu près au même endroit, ils avaient observé les étoiles. Trois jours plus tôt, il avait failli l'embrasser.

– Et vous, la fille idéale ? lança-t-il, brisant le silence déprimant qui s'était de nouveau abattu sur le groupe. Elle serait comment ?

Sirius bailla.

– Ça n'existe pas, la fille idéale.

– Tu confonds idéale et parfaite. Je te parle de la fille qui te conviendrait à toi.

– Hmm…

Il médita une minute.

– La fille idéale, pour moi, doit savoir exactement comment être avec moi, gentille quand je suis énerve, énervée quand je suis trop coulant, déterminée quand je suis abattu… Bref, me pousser vers le haut, pardonner mes bêtises. Et drôle.

– Juste quelqu'un qui m'aimerait comme je suis, dit Remus.

James marqua de nouveau une pause.

– Et…Vous n'avez pas peur, parfois, de l'avoir déjà laissée partir ?

Sa voix se voulait nonchalante, mais ses amis perçurent clairement son appréhension, qu'ils choisirent d'ignorer. Ils étaient en effet persuadés qu'il faisait référence à Emily, et étaient quelque peu las de ce sujet.

Mais James, pour une fois, pensait à une rousse très différente. Lily l'avait aimé, aimé comme il le voulait, comme il en rêvait, et il ne savait pas si elle pourrait un jour ressentir de nouveau les sentiments qu'elle lui avait décrits.

– J'ai pas eu assez de filles pour en avoir une qui m'a filé entre les doigts, déclara amèrement Peter.

– Idem, dit Remus tout aussi sombrement.

James soupira de nouveau.

– Moi, j'en ai clairement eu trop…

– Et une de trop, glissa Sirius.

– Ha, ha. Tu peux parler, t'es pas en reste. T'as aussi eu ton lot de relations sans lendemain.

– Certes, mais moi je n'ai pas eu à subir un châtiment comme l'autre, là.

– Un châtiment ?

– Je pense sérieusement qu'on t'a maudit pour le coup, parce que l'autre, c'était du lourd.

Remus se gratta le menton.

– Hmm… Ce n'est pas impossible. On n'a toujours aucune idée de ce qu'Héloïse Barber a fait de cette mèche de cheveux qu'elle t'avait volé, et ça s'est pas bien fini entre vous. Peut-être qu'elle t'a maudit. Après tout, tu as rencontré l'autre peu de temps après.

– Qu'est-ce qu'elle était bizarre, cette Barber, commenta Peter avec un frisson.

– Tu sais quoi ? dit James très sérieusement. C'est une théorie qui se tient. Mais j'ai été un parfait connard pendant ma jeunesse. Croyez-le ou non, mais Evans était amoureuse de moi et je lui ai brisé le cœur.

Ils lui jetèrent à l'unisson un regard exaspéré.

– C'est maintenant que tu le réalises ?

– Quoi ? s'étonna James. Vous aviez tous compris pourquoi elle me détestait particulièrement ?

– Disons qu'on savait que c'était quelque chose de cet ordre-là.

– Les seules femmes qui t'aiment sont celles avec qui tu n'es jamais sorti. Toutes les autres te détestent.

– Sauf McKinnon, mais c'est elle qui t'a largué, donc...

– Hey !

– Il t'arrive d'être sacrément odieux avec les femmes.

– Ça ne m'étonnerait pas que l'une d'elle t'ait maudit pour se venger.

James fit une grimace.

– Je viens de dégringoler de mon piédestal.

– Oh, on a été ravis de te pousser pour t'y aider un peu.

Il marqua une pause.

– Je suis décidé à être une meilleure personne. Je vais bientôt être père, de toute manière. Il faut d'autant plus que je montre l'exemple.

– Parait-il, glissa Remus d'un ton acide.

James fronça les sourcils.

– Qu'est-ce que tu veux dire ?

– Rien, dit précipitamment Peter.

– Je n'ai aucune objection à te l'expliquer, contre Remus.

– Remus, avertit Sirius d'une voix grave.

– Non, Patmol, laisse-le parler, dit froidement James. Alors? Qu'est-ce que tu veux dire?

– Que je me demandais vraiment ce qu'elle avait pu te raconter pour te faire l'épouser, et que je ne pensais pas qu'elle irait jusqu'à faire semblant d'être enceinte de toi pour parvenir à ses fins.

James se redressa avec un calme qui contrastait avec la fureur peinte sur son visage. Irritable Remus était de retour, et James estimait nécessaire de mettre les choses au clair une bonne fois pour toutes au de l'incident survenu un peu plus tôt dans la journée. Et Heidi avait raison: il avait promis de prendre soin d'Elinor. Ami ou non, il devait la défendre, et surtout défendre son honneur.

– Qu'est-ce que t'insinues ? demanda-t-il d'une voix doucereuse.

Remus se redressa à son tour.

– Je ne peux décemment pas contester qu'elle est la mère, mais je ne mettrai pas à ma main à couper que tu sois le père.

Sirius et Peter se levèrent également, et échangèrent un regard rempli d'appréhension.

– OK, les gars, on se calme, intervint le dernier, qui ne supportait pas les conflits.

James l'ignora.

– Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu lui as parlé quoi, trois, quatre fois ? Tu devrais pourtant être le mieux placé d'entre tous pour savoir qu'on ne juge pas sur les gens sur leur apparence.

– Je la juge pas sur son apparence, mais sur le fait qu'elle t'ait fait chanter, et qu'elle ait profité de toi.

– C'est un peu plus compliqué que ça, contra James. Et surtout, c'est de l'histoire ancienne. Elinor est une bonne personne.

Remus eut un air incrédule.

– Une « bonne personne » ? Quelle sorte de « bonne personne » fait chanter les gens, dis-moi ?

– Les bonnes personnes qui font des mauvais choix. Et qui se reprennent à temps.

– T'es vraiment trop naïf, conclut Remus avec dédain. Cette fille n'est qu'une profiteuse et une sangsue, il n'y a qu'à voir qui est sa meilleure amie pour comprendre à qui on a affaire.

– Les gars, intervint Sirius d'une voix forte. Baissez d'un ton.

Ils l'ignorèrent.

– Elle est peut-être même pire qu'Emily, ajouta Remus.

– Et ça y est, soupira Peter. Le prénom maudit a été prononcé.

Le sang de James ne fit qu'un tour.

– Ne. La. Compare. Pas. A. Emily!

– C'est pourtant la même race de connasses.

– Non, mais qu'est-ce que tu as contre Elinor, à la fin ?

– Je n'ai aucune objection à te le dire. Elle ne te mérite pas, et ça me tue de savoir que tu t'apprêtes à gâcher ta vie en l'épousant ! Elle est chiante, elle est bête, elle est vénale…

– C'est ma fiancée, et tu ferais mieux de l'accepter et de te mettre à la respecter.

– Tu ne vois pas qu'elles te manipulent, elle et sa copine ?

– Je ne suis pas stupide ! Je sais ce que je fais !

– Ah ouais, parce qu'on dirait pas ! Et j'ai pas envie que tu reviennes pleurer pendant des mois comme une véritable petite loque dans mes pattes parce qu'elles se seront bien amusées avec toi. Une fois de plus.

James le regarda comme s'il venait de recevoir une gifle.

– Oh, ne t'inquiète pas, je ne pleurerai pas, assura James avec rage. Ni dans quelques mois, ni aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est ton tour – du moins, ce le serait, si tu n'avais pas le cœur aussi dur ! En fait, tu n'aurais pas à chialer tout court si tu n'étais pas aussi dur avec tout le monde ! Et Tina serait encore à tes côtés !

Remus devint blême.

– C'est quand que tu commences à devenir une meilleure personne, déjà ?

James se leva. Remus en fit de même.

OUAH, DU CALME ! s'exclama Peter en s'interposant entre les deux. Sérieusement, vous cassez l'ambiance, vous deux. Toi, Remus, arrête d'attaquer Bell dès que tu en as l'occasion et de te comporter comme un parfait crétin, James va l'épouser, alors ferme ta gueule une bonne fois pour toute sur ce sujet! Si tu veux vraiment l'aider, soutiens-le! Et quant à toi James, arrête… juste, arrête de te comporter comme un parfait crétin.

– Mais c'est lui qui…

– J'ai juste dit que…

– Et vous vous dites des amis ? coupa Peter, visiblement déçu. Vous vous dites des frères ? Après tout ce qu'on a partagé, vous osez vous balancer ce genre de conneries ? Vous me dégoutez, tous les deux.

Penauds, James et Remus échangèrent des excuses. Peter se détendit légèrement.

– Prenez-vous dans les bras, ordonna-t-il.

A contrecœur, les deux Maraudeurs obéirent.

– Plus sincèrement ! ordonna-t-il.

James et Remus y mirent un peu plus de cœur.

– Embrassez-vous ! aboya Peter.

Ils se firent une bise rapide.

– Avec la langue ! intima Sirius sur ton autoritaire.

James et Remus lui jetèrent un regard noir, mais ne purent s'empêcher d'éclater de rire. Lorsqu'ils se prirent dans les bras de nouveau, l'acte était sincère.

– Je veux juste que tu sois heureux, James. Je veux juste que tu trouves la bonne. Et Bell… ne me parait pas être cette personne. Mais si c'est celle que tu as choisis… je ferai des efforts. Je veux vraiment ton bonheur. C'est sincèrement tout ce que je te souhaite.

– C'est tout ce que je te souhaite aussi, Lunard, dit solennellement James.

Ils desserrèrent leur étreinte, et se rassirent dans leurs chaises respectives.

– Ah, moi… je commence à me dire que ça n'arrivera jamais. Ça n'a pas marché avec Dorcas, ça n'a pas marché avec Tina…

Il se tut.

Et brusquement, sans aucun signe avant-coureur, une larme se mit à couler le long de sa joue. Les trois autres maraudeurs, qui ne l'avaient jamais vu pleurer, le regardèrent littéralement bouche bée. Tremblant, Remus porta lentement la main vers son visage, toucha sa peau humide, comme s'il n'y croyait pas non plus, puis, lorsqu'il eut la confirmation qu'il était réellement en train de pleurer, baissa la main.

Craqua.

Et éclata en sanglots.

Les heures suivantes furent difficiles, mais les maraudeurs étaient intérieurement contents que Remus exprime sa peine et ne se renferme pas. Ils l'entourèrent du mieux qu'ils purent, chacun tentant de le consoler comme ils le pouvaient – Sirius allant jusqu'à faire d'incroyables acrobaties pour le distraire. A un moment, il évalua mal la distance qui le séparait du lac, fit un salto de trop et finit dans l'eau. Lorsqu'il émergea de l'eau en crachant algues et autres plantes aquatiques, Remus ne put s'empêcher d'éclater de rire.

– Bon, je crois qu'il est temps de reprendre notre beuverie, déclara James. Clairement, on n'est pas assez ivres. Betsy !

L'Elfe apparut.

– A boire. Beaucoup. Tout de suite, s'il te plait.

Betsy lui jeta un regard désapprobateur, avant de disparaitre chercher les boissons. Remus s'essuya le visage, l'air un peu gêné.

– Désolé.

– Pourquoi ? dit aussitôt Sirius en se débarrassant de ses vêtements mouillés. C'est la faute des femmes, je t'ai dit. Tu devrais sortir avec Peter, sérieusement.

– Je pense que je vais surtout viser le célibat pendant quelques temps…

James fronça les sourcils.

– Hypocrite, lança-t-il d'un ton irrité. Tu te souviens, de ce que tu m'as dit, le jour où Tina et Emily se sont disputées ? Quand je t'ai dit que je ne voulais plus jamais tomber amoureux d'une femme ?

– D'aller te faire foutre ?

James ne put retenir un sourire, que Remus lui rendit plus faiblement.

– Nah, c'était quelque chose de moins poétique. Quelque chose à propos d'un renard et d'un gamin.

– Oui, je m'en souviens.

– Crois-moi, c'est le meilleur conseil que tu m'aies donné de ta vie. Je n'ai pas compris sur le coup, mais… depuis quelques temps, je commence à voir les choses différemment. Et pourtant, je reviens de loin – comme tu l'as si bien dit, j'étais une loque.

Remus parut extrêmement gêné.

– Ouais… désolé, pour ça.

– Oh, tu sais, c'est la vérité, quand on y pense. Encore un peu et je me serai transformé en paillasson.

– Je parie qu'il t'a recyclé la citation du Petit Roi, là, dit Sirius, à présent uniquement vécu d'un caleçon fluorescent. Il la ressort à chaque fois qu'on est déprimés.

– Même quand on n'est pas déprimés, ajouta Peter.

– Le Petit Prince, corrigea patiemment James. Et oui, c'est ce qu'il m'a dit. Je n'ai pas compris sur le coup, mais je peux te le dire maintenant… c'est vraiment vrai. Ne te décourage pas. Ce n'est pas parce que ça n'a pas marché avec ces deux-là que ça ne marchera avec personne. Je suis convaincu qu'un jour, tu trouveras une fille multicolore…

– … avec de gros seins…

– … qui t'aimera comme tu es.

Remus lui adressa un sourire reconnaissant.

– Merci, Prongs.

Une mélodie larmoyante fendit soudain le silence qui s'était installé. Les quatre amis se tournèrent vers Sirius, qui avait fait apparaître un violon et adopta un air coupable devant leurs regards exaspéré.

– Mais je voulais juste contribuer à la séquence émotion, moi aussi !


LE REVEIL FUT long et difficile le lendemain. Ils émergèrent des bras de Morphée en fin de matinée, et se traînèrent dans la salle à manger avec difficulté. Fort heureusement, Betsy, habitué à leurs beuveries, avait prévu le contrecoup de leur consommation d'alcool sans modération et leur avait préparé un véritable arsenal de potions en tout genre.

La journée fut malgré tout passée à comater et se promettre de ne plus jamais boire une seule goutte d'alcool, ce qui ne les empêcha pas de boire généreusement de nouveau le soir venu. Ils avaient en effet décidé de se rendre dans le pub Moldu près de chez Peter, où ils avaient leurs habitudes, et qui était bondé en ce samedi soir. L'ambiance était festive, les filles très jolies, la musique entraînante, mais James, à l'inverse de ses trois amis qui tentaient visiblement d'oublier leurs ennuis, eut plus de mal à se détendre.

Il se trompa de verre, en vida un qui ne contenait pas que de l'alcool, et reprit progressivement conscience quelques heures plus tard en pleine partie de jambes en l'air avec une fille qui se déchaînait comme une possédée sous lui.

Normal.

James s'interrompit immédiatement, cligna des yeux, tentant de remettre de l'ordre dans ses idées. Que se passait-il ? Bon, ça, c'était facile à deviner. Où était-il.. ? Il regarda autour de lui, et reconnut le salon de Peter… O.K., en territoire ami. Qui était cette fille…? Ça, en revanche, il n'en avait aucune idée.

– Qu'est-ce qui se passe ? se plaignit la femme en jetant un coup d'œil intrigué par-dessus son épaule.

Elle avait une petite voix nasillarde qui le tira définitivement de sa torpeur. Trop bu. Vraiment trop bu. Il ne se souvenait pas de la moitié de la soirée, et ne se souvenait absolument pas ce qui lui avait pris de faire quoi que ce soit avec une fille aussi moche. De faire quoi que ce soit avec une fille tout court. Une fille autre que Lily, s'entend. Avait-il été drogué à son insu ?

Et elle n'était même pas rousse. S'il lui fallait une preuve de plus qu'il n'était pas dans son état normal...

Son corps n'avait réagi au contact d'aucune autre femme depuis le jour où il avait embrassé Lily. Il avait tellement paniqué, en se rendant compte qu'il avait des sentiments pour la jeune femme, qu'à défaut de pouvoir coucher avec elle – ce qui, franchement, lui aurait évité beaucoup de problèmes –, il avait tenté de coucher avec d'autres filles pour se prouver que son attirance pour la rousse n'était qu'un problème passager.

Il n'avait jamais été capable d'avoir des histoires sans lendemain lorsqu'il était vraiment amoureux.

Et il n'avait jamais été capable d'avoir des histoires sans lendemain depuis qu'il avait embrassé Lily.

– Allo ? s'impatienta la fille, dans qui il était toujours imbriqué. Pourquoi tu t'arrêtes ?

Mais James ne semblait même pas l'avoir entendu. Il se grattait le menton, l'air pensif. Maintenant qu'il y réfléchissait, il avait arrêté de coucher avec n'importe qui depuis un certain moment… Il avait même eu la dernière ici même, chez Peter. Une certaine Michelle. Ou Danielle. Ou Laurel. Ou…

On s'en fout, s'impatienta la voix dans sa tête.

Bref, cette rousse-là avait été la dernière fille sans lendemain. Et il l'avait rencontrée le jour où il s'était disputé avec Elinor. Et il s'était disputé avec Elinor aux alentours de la Pentecôte… donc il y avait six semaines.

Ouah. Il cligna des yeux, stupéfait pas sa réalisation. Il avait passé six semaines sans sexe ?!

Il avait passé six semaines sans sexe à cause d'Evans ?

James ne savait même pas comment il était parvenu à se retenir, et visiblement sans trop de mal, car il ne s'était même pas rendu compte que tant de temps s'était passé. Il était certain d'avoir fréquenté d'autres filles après Michelle. Ou Danielle. Ou Laurel. Mais n'arrivait pas à se souvenir avoir couché avec l'une d'elle. Flirté, peloté, embrassé, oui. Mais couché… Il se passa les mains sur le visage.

Il changeait. Il changeait vite. Et il commençait à avoir peur.

Plongé dans ses pensées, James se retira complètement, et, nu comme un ver, sans prendre garde au regard médusé de sa partenaire - dont il avait de toute manière complètement occulté la présence -, il se leva, se rendit dans la cuisine et enclencha la cafetière.

Le sexe avait représenté une expression physique d'amour, lorsqu'il sortait avec Emily, les seuls moments où il savait qu'elle lui était entièrement sienne. Puis cela s'était transformé en un moyen de vengeance, lorsqu'il avait commencé sa liaison avec Heidi. Puis un moyen d'oublier ce trou béant dans son cœur et cette rage dans sa tête, lorsqu'il avait fermé le chapitre Emily, et pour ce but, n'importe quelle fille avait faire l'affaire.

Et maintenant…

C'était comme si maintenant que son cœur battait et que son corps vibrait pour autre chose que les matchs de Quidditch, son cerveau tentait de rendre sa valeur au sexe. Sa valeur d'origine. Il ne voulait plus coucher. Il voulait faire l'amour. Il voulait lui faire l'amour, et seulement à elle.

Evans…

Il avait décidément des sentiments pour elle, de vrais sentiments. De quelle nature, de quelle profondeur, depuis quand, il ne le savait pas, et ne souhaitait pas vraiment réfléchir à ces questions. Elles lui faisaient peur, et il n'était pas prêt à les affronter, à assumer leurs réponses. Ce qu'il ressentait était comme un immense monstre rentré on ne savait comment dans une toute petite pièce, un monstre dont chaque parcelle de son corps était conscient de la présence, un monstre énorme qu'il voyait du coin de l'œil, mais à qui il n'osait faire face de peur de se faire massacrer.

Il n'était pas prêt.

La cafetière siffla, le sortant de ses pensées. James se prépara une tasse, puis revint s'installer dans le canapé, où la brune attendait toujours, éberluée, positionnée sur ses quatre pattes et le postérieur à l'air.

– Euh… tu vas pas terminer ? s'enquit-elle, visiblement lassée d'être ignorée.

James sursauta. Il avait complètement oublié sa présence...

– Non, dit-il simplement.

Il but une gorgée de son café, poussa un soupir, et se replongea dans des problèmes qu'il estimait plus pressante qu'une amante délaissée en plein milieu de l'acte. Sa vie était brusquement devenue si compliquée, depuis que Lily était entrée dans sa vie...

– Mais… et pourquoi ? insista la brune.

Irrité d'être à nouveau interrompu, il répondit froidement:

– Parce que j'en ai pas envie.

Il avait envie de Lily, en revanche. Il voulait Lily, et uniquement Lily. C'était sa peau à elle qu'il voulait sentir contre elle, ses grognements faire écho aux siens, son corps enroulé autour de lui. Pas celui d'une autre. Personne d'autre ne pourrait le satisfaire.

La brunette se redressa enfin, enfila un T-shirt qui traînait dans un coin, et s'installa près de James, sur la cuisse de qui elle posa une main compatissante.

– Je crois que j'ai compris ce qui se passe, chuchota-t-elle avec douceur. Mais c'est pas grave, ça arrive à tout le monde, une panne. On peut réessayer plus tard…

Elle se colla contre lui, et posa la main sur son entrejambe. James cligna des yeux.

– Comment tu t'appelles ?

– Millicent.

James grimaça. Il avait (à moitié) couché avec une fille qui s'appelait Millicent ?

Plus. Jamais. D'alcool.

Et cette fois, il s'y tiendrait.

– OK, Millicent. Enchanté. Tu as cinq minutes pour prendre tes affaires et dégager.

Devant son air scandalisé, il ajouta plus aimablement.

– S'il te plait.

Millicent ne s'en alla pas sans proférer son lot de cris indignés et d'insultes bien senties, et, lorsqu'elle claqua la porte en partant, Peter émergea une nouvelle fois de la chambre, en caleçon, la baguette à la main et l'air alarmé.

– Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

– Rien. Millicent vient de partir.

– Millicent ?

– La nana qui m'a tenu compagnie.

– T'as couché avec une nana qui s'appelle Millicent ?

– Remues pas le couteau dans la plaie, s'il te plaît.

Peter soupira.

– Ça te dérangerait de mettre un caleçon ?

– Oups, désolé, dit James.

Il enfila ses sous-vêtements ainsi que son T-shirt.

– Et je suppose que tu ne pouvais pas la jeter plus gentiment ?

James haussa les épaules.

– J'aurais peut-être dû lui proposer un café.

Peter croisa les bras.

– Ce n'est pas ce que je voulais dire.

– Bon, OK, je commencerai à être une meilleure personne demain.


PETER ET SIRIUS applaudirent à deux mains, et Remus afficha un petit sourire fier.

– Pas mal, approuva James. Mais répétons encore une fois.

Remus se redressa. Sirius, inhabituellement consciencieux, remit de l'ordre dans la perruque blonde qu'il portait pour mieux se mettre dans son personnage. Leur week end entre homme touchait à sa fin, et le soleil avait déjà bien amorcé sa descente vers l'horizon. Ils étaient une nouvelle fois assis dans le jardin de James, et préparaient Remus à se montrer plus aimable autour de la fiancée de leur ami.

– « Bonjour, Remus. », lança-t-il d'une voix atrocement aiguë, qui se voulait celle d'Elinor.

– Oh, Bonjour, Elinor, récita Remus avec entrain.

– « Belle journée, n'est-ce pas ? »

– Tout à fait. Ne trouves-tu pas les effluves des azalées enivrantes, et leurs couleurs chatoyantes, en ce début de matinée ?

Sirius eut l'air confus.

– « Euh… ouais. J'suppose. »

– Puis-je te proposer un verre de jus ?

– « Volontiers. Pamplemousse, si tu veux bien. »

Remus saisit une brique de jus vide, et fit semblant de remplir le verre de Sirius/Elinor.

– As-tu prévu quelque chose de spécial, aujourd'hui ?

– « Oh, je vais probablement peindre des peintures, et sculpter des sculptures, et mouler des moulures, coudre des coutures. Peut-être tailler une pipe à James s'il est sage. Et toi ? », ajouta-t-il en esquivant le coup de coude de James.

– Eh bien, répondit Remus sur un ton théâtral, je dois aller travailler.

Sirius afficha un air exagérément horrifié.

– « Travailler ? Mais pourquoi donc ? »

– Oh, tu sais, pour gagner ma vie. L'argent ne tombe pas du ciel.

– « Ah bon ? »

– Hé ! Ça n'a plus rien à voir avec le scénario, protesta James.

– Je trouve pourtant que c'est un peu plus réaliste, comme ça, se défendit Sirius.

– De toute façon, je pense qu'on s'est assez entraînes, ajouta précipitamment Remus. Je serai sage comme une image avec Bell … Elinor. Je suis prêt à l'affronter tous les matins. Tout se passera bien entre nous, promis.

James le regarda, les yeux remplis d'émotion. Peter bomba le torse, l'air de dire "tout ça, c'est grâce à moi."

Betsy apparut à ses côtés.

– Miss Lily Evans, annonça-t-il de sa voix lugubre.

Le visage du jeune homme s'éclaira aussitôt, mais il revêtit un air moins ravi en surprenant du coin de l'œil ses amis échanger des regards perplexes.

– Dis-lui que j'arrive, déclara-t-il sur un ton qui se voulait neutre.

Betsy s'inclina et disparut.

– Euh… j'arrive, annonça James en se levant. Je serai pas long. Attendez-moi ici.

– Si tu crois qu'on va te laisser y aller seul, ricana Remus en se levant à son tour.

Peter et Sirius approuvèrent. C'est bien ce qu'il avait redouté. James les observa sans un mot quelques secondes…

… Puis se mit à détaler à toute vitesse vers la maison sans demander son reste. Il entendait les trois autres le talonner de près, mais il atteignit tout de même la porte en premier, qu'il referma et verrouilla à double tour sous le regard médusé de Lily.

– Hmm. Salut, Evans, dit-il calmement en se tournant vers elle, comme si de rien n'était.

Trois « boum » se firent entendre lorsque Sirius, Peter et Remus percutèrent la porte close.

– Euh.. Salut, répondit Lily d'une voix incertaine. Je… euh, je ne vais pas rester longtemps, je suis juste de passage. Je suis juste venue te faire signer ces devis. Je dois commencer les premiers achats demain.

Il fronça les sourcils.

– Je t'ai donné carte blanche sur le budget.

Boum! Boum! Boum!

– Je sais, je sais. Mais… ce sont de grosses sommes d'argent, et je pense qu'il vaut mieux que tu gardes un œil sur tes investissements.

– Alohomora!

– Merde, ça marche pas!

Venez, on va faire le tour et entrer par autre part.

James agita sa baguette et ferma toutes les entrées de la maison, sans même avoir recours à une incantation.

– Je te fais confiance, déclara-t-il, toujours imperturbable.

– Je préfère vraiment que tu valides ces achats.

Le froncement de ses sourcils s'accentua, et il se contenta de parapher les documents qu'elle lui tendait sans même les lire.

– Je te fais confiance, répéta-t-il en les lui rendant.

Elle rougit légèrement.

– Hmm. Merci. Super. J'aurais aussi souhaité revoir deux ou trois choses avec Elinor, si elle est disponible.

– Elle n'est pas là. Mais tu peux l'attendre, elle ne devrait pas tarder à revenir.

– Oh. Non, non. Ce n'est pas pressé.

James nota à ce moment-là qu'une fois de plus, elle ne l'avait pas regardé une seule fois dans les yeux. Était-elle encore gênée par ce qui avait failli se passer mercredi dernier ? Maintenant qu'il y pensait, elle ne lui avait plus donné de nouvelles depuis ce jour-là, et n"était plus revenue au Manoir, même pour prendre des mesures.

Lily plaça nerveusement une mèche de cheveux derrière l'oreille.

– Bon, je vais y aller, alors.

James lui prit la main. Elle leva enfin les yeux vers lui. Ses joues étaient roses.

– Evans, est-ce que tout…

Ils furent interrompus par un grand fracas de verre, et se précipitèrent dans le salon. A défaut de trouver une entrée, Sirius, la perruque blonde toujours vissée sur la tête, avait cassé en grande partie la fenêtre du séjour et s'engouffrait tranquillement dans la maison, rapidement suivi par un Peter et un Remus imperturbables. Ce dernier agita ensuite sa baguette pour réparer leurs dégâts.

– Evans, salut beauté, s'exclama Sirius en s'avançant vers eux, comme s'il n'avait rien fait de spécial. Comment vas-tu ? Nous avons tellement de choses à nous raconter.

Il lui fit la bise sans prêter attention à l'inertie de la jeune femme, la saisit par les épaules et l'entraîna vers les sofas du salon. Lily, choquée par cette inhabituelle familiarité, le suivit sans protester.

– Maintenant que tu ne déteste plus James, on en conclut que tu nous déteste plus non plus, déclara Remus.

– Euh...

– De toute façon, on fonctionne par lot, tous les quatre, conclut-il. Si t'en apprécie un, tu dois tous nous apprécier.

– Euh...

– Mais n'empêche, on a été très surpris de la tournure des événements, continua Remus sans tenir compte de sa tentative de prise de parole.

– James nous a raconté tout ce qui s'est passé ces derniers temps, poursuivit Sirius.

Le cœur de Lily rata un battement.

– Ah... ah bon ? s'alarma Lily en rougissant. Il vous a raconté quoi, exactement ?

Tout, tout ce qui s'est passé entre vous, acquiesça Peter.

Lily devint blême.

– Oui. Comment votre étrange collaboration a commencé.

– Accepter d'être la wedding planner d'un couple aussi bizarre... Il n'y a qu'une explication, de toute évidence.

– C'est clair que tu n'aurais jamais fait ce que tu as fait consciemment, approuva Sirius.

– On n'arrivait pas à y croire, lorsqu'il nous l'a annoncé.

– C'est évident qu'il t'a droguée, Evans. Mais on va te sortir de là.

Remus et Sirius s'assirent de part et d'autre d'une Lily couleur cramoisi, et l'observèrent attentivement. Peter feignit de l'ausculter d'un air préoccupé.

– Laissez-la tranquille, dit James avec un sourire. Vous voyez bien qu'elle est mal à l'aise. Et non, pour la énième fois, je ne l'ai pas droguée. Elle est devenu notre organisatrice de son plein gré... enfin, presque.

– "Presque"? Hmmm... C'est peut être un bon vieux sortilège de l'Imperium.

– C"est pas impossible. Elle le regardait comme une créature de l'enfer il y a pas si longtemps que ça, et tout à coup, ils travaillent ensemble ! Un tel changement, c'est impossible.

– Vous êtes cons, les gars. Evans est ici de son plein gré.

– Mouais. Prends-nous pour du jambon.

– Clairement, y'a anguille sous roche.

– On n'est pas nés de la dernière pluie.

James roula des yeux.

– Raconte-nous le souvenir du dernier moment que tu as passé avec James, dit Sirius avec un sourire malicieux.

A l'inverse des deux autres, qui ignoraient que James et Lily s'étaient embrassés et parlaient uniquement du fait que Lily ait accepté d'organiser le mariage, Sirius la taquinait sur son étrange relation avec son meilleur ami. Ce dernier lui jeta un regard noir, qu'il ignora totalement. Le double sens de ses propos l'amusait, et il n'avait visiblement pas envie de s'arrêter en si bon chemin.

Lily semblait prête à mourir sur le champ. James, pris de pitié, s'approcha d'elle et l'extirpa du groupe.

– Viens Evans, je te délivre de ces malades.

– Avec plaisir, bégaya-t-elle.

– On attend ton récit pour la prochaine fois, lança Sirius.

Une fois seuls dans le hall, James se passa une main dans les cheveux.

– Tu leur as dit quoi, au juste, sur nous deux ? murmura-t-elle anxieusement. Je n'arrivais pas à déterminer s'ils savaient... quelque chose... ou non.

– Non, je ne leur ai rien dit d'autre que le fait que tu prépares le mariage, assura James. Enfin, à part à Sirius, je suis incapable de lui cacher quoi que ce soit.. Mais je lui ai fait promettre de n'en parler à personne.

Elle croisa les bras.

– Et je vais également lui faire promettre de ne plus te taquiner à ce sujet, ajouta-t-il précipitamment.

– T'as intérêt, siffla-t-elle en saisissant de la poudre de cheminette.

– T'inquiète pas! assura James. Je m'en charge.

Le sourire de Lily réapparut.

– Super. Passe le bonsoir à Elinor.

Elle disparut dans l'âtre après avoir prononcé l'adresse de chez Dorcas.

James ne rejoignit pas ses amis immédiatement. Il avait été distrait par la présence de ses amis, mais il était vrai que sa fiancée tardait à revenir– et elle n'était jamais en retard. Un inquiétude un peu tardive lui noua l'estomac.

Il se rendit dans la bibliothèque, et saisit un parchemin et une plume afin d'écrire un message.

Où es-tu ? Tout va bien ?

James était un génie, et avait mis au point ce système afin de communiquer rapidement discrètement avec Elinor. Il découpa le morceau de papier, et sortit son briquet. Lorsqu'il l'alluma, une flamme apparut. Lorsqu'il l'actionna une seconde fois, les flammes devinrent vertes. Il brûla le morceau de papier, et attendit la réponse.

Qui ne se fit pas tarder.

Quelques instants plus tard, il sentit le briquet se réchauffer. Il alluma de nouveau l'objet, dont les flammes étaient cette fois déjà vertes. Celles-ci laissèrent échapper des volutes de fumée couleur émeraude qui retracèrent un message dans l'air.

Tom ne t'a pas prévenu ? Je me disais bien que c'était bizarre que tu ne sois pas encore venu… Marion a failli le surprendre dans le bureau de père et j'ai simulé (= je vais bien, No PANIC !) un malaise afin qu'il puisse s'en sortir (décidément, ça devient une habitude). Père insiste pour que je reste à Shortbourne.

James serra les avait beau lui intimer de ne pas paniquer, c'était exactement ce qui se passait.

Non, Tom n'avait pas jugé bon de me prévenir. J'arrive immédiatement.


Bla bla de l'auteur: Hello!

Bon, j'avais promis un chapitre début septembre et on est déjà au deux tiers du mois ^^ Je sais même plus pourquoi j'annonce encore des délais vu que je ne les tiens jamais^^ haha ;). J'ai du couper le chapitre 14 également car il était ridiculement long! Je poste la suite très bientôt (bon, vu qu'elle est déjà écrite, je mettrai pas dix mois, ne vous inquiétez pas)!

Je compte également poster un petit bonus assez court (2000 mots) que je ne considère pas vraiment comme un chapitre mais qui servira à compléter l'histoire. Je répondrai aux reviews des chap 13 & suivants à cette occasion là (là, tout de suite, je suis trop claquée...)!

Merci de continuer à lire! J'espère que la suite vous a plu! Et j'ai rien contre les Millicent! C'est un joli prénom!

Que pensez-vous de Heidi, au fait? Je pense que personne ne s'est encore exprimée sur elle.

Et reviewvez, canailloux!