14. Trois sœurs dos à dos

...

- Soyez la bienvenue chez vous, maîtresse, murmura Vinny en se courbant à quatre-vingt dix degré devant Bellatrix et la nouvelle arrivante. Et bienvenue à vous, miss.

L'habit en lambeaux crasseux qui recouvrait l'elfe (et qui était en réalité un vieux morceau de drap avec lequel Bellatrix lui avait ordonné de se vêtir afin de ne pas avoir à affronter la vision répugnante d'un corps d'elfe de maison nu) effleura le sol fraîchement lavé ; cette maladresse fit échapper un juron de la bouche de Bellatrix. Andromeda, en revanche, esquissa un sourire en déclarant :

- Merci de ton accueil. Comment t'appelles-tu ?

Autant prise au dépourvu que Bellatrix par tant de courtoisie, l'elfe manqua de suffoquer ou de se punir en s'étouffant avec son misérable bout de tissu, tant elle craignait d'être responsable de l'intérêt que lui portait Andromeda. Elle osa à peine souffler en s'inclinant à nouveau :

- Vinny, miss.

« S'adresser à un simple serviteur comme à un sorcier ? Songea Bellatrix en fusillant sa sœur du regard. Que c'est ridicule ! ». Toute sa colère se porta sur son minable elfe dont les grandes oreilles atteignaient à peine ses genoux : elle détacha sa cape de ses épaules et la lança sans ménagement sur Vinny qui glissa au sol, inondée par la flaque d'eau dont elle s'était servie pour nettoyer la maison. Bellatrix ordonna ensuite avec véhémence :

- Debout ! Et débarrasse miss Black en vitesse !

- Bella, tu ne devrais pas...

Bellatrix coupa aussitôt sa sœur :

- Tais-toi. Tu es ici chez moi, tu n'as pas à contester mes façons de faire ! Et ne m'appelles plus Bella, je te l'interdis : tu as perdu ce droit il y a un mois. (Andromeda ouvrit la bouche pour parler, sans succès) Je t'ai accueilli ici simplement pour t'éviter de mourir de faim ou de froid, d'accord ? Mais, je ne te pardonne pas, sache-le. Je te déteste autant que ce sang-de-bourbe que tu as voulu rejoindre, et même si je te laisse une seconde chance, je n'oublierai jamais ce que tu as fais !

Andromeda ne répliqua rien : elle paraissait si faible que même élever la voix était pour elle une tâche ardue. Il lui fallait d'urgence se nourrir. Le repas fut servi par Vinny dans le salon une minute plus tard. Les très nombreux plats qui furent déposés sur la nappe bordeaux en velours (un cadeau de mariage de Walburga) étaient la preuve des nombreuses heures de travail qu'avaient exigé leur préparation – Bellatrix assenait la même charge de travail à son elfe tous les jours.

Au moment où Andromeda s'apprêtait à prendre place sur une chaise en face d'une assiette remplie d'un ragoût d'agneau appétissant, Rodolphus fit son entrée dans la maison. Vinny récupéra précipitamment les vêtements d'extérieur qu'il lui lança et s'éclipsa. La surprise peignit ses traits quand il remarqua la présence de l'invitée de sa femme.

- Bonsoir, Rodolphus, déclara poliment Andromeda.

- Tu rentres tard, chéri, dit Bellatrix d'un ton mielleux en s'approchant de lui.

Avec une tendresse feinte, elle essuya son front dégoulinant de pluie. Il grogna alors à voix basse :

- Arrête ça.

Elle cessa son jeu de parfaite épouse et lui fit signe de la suivre dans le vestibule. Après quoi, elle ferma la porte derrière eux afin de s'assurer qu'Andromeda ne pourrait pas épier leur discussion. L'air franchement exaspéré, Rodolphus croisa les bras en attendant qu'elle parle, ce qui ne tarda pas. Bellatrix annonça, totalement indifférente à son mécontentement visible :

- Andromeda va séjourner ici quelque temps.

- Pourquoi ?

- Je n'avais pas le choix. Elle n'a nulle part où aller.

La réprobation totale qui brillait dans le regard de Rodolphus fit bouillonner intérieurement Bellatrix. De quel droit se permettait-il de lui donner tort ? De juger son droit le plus légitime, à savoir recevoir sa famille sous son propre toit ? Certes, il était loin d'être flatteur de recevoir à son fauteuil une personne qui avait autant été une cause de déshonneur qu'Andromeda pour un sang-pur, mais Bellatrix ne permettrait jamais à personne de discuter ses décisions ! Pas même son mari !

Ainsi, lorsque Rodolphus riposta sur un ton sec :

- Cette maison m'appartient autant qu'à toi, Bellatrix. Tu n'as pas le droit de décider seule de son usage et des gens qui peuvent y pénétrer.

- Ce genre de décision ne t'appartient pas ! Gronda-t-elle, véritablement furieuse. Tu n'as pas à t'en mêler ! Andromeda restera ici et n'essaie même pas de t'y opposer !

Ils s'observèrent tels deux chiens de faïence, puis Rodolphus se détourna brusquement, sortit de nouveau par l'entrée principale sans même récupérer son manteau, et claqua la porte derrière lui.

Sans s'en soucier, Bellatrix regagna le salon d'un pas vif. Elle constata qu'Andromeda, toujours sagement assise à sa place, n'avait pas encore commencé à manger ; crispée, elle était visiblement extrêmement mal à l'aise. Bellatrix ne chercha nullement à paraître hypocrite en lui donnant l'impression qu'elle était la bienvenue dans cette demeure – ce n'était de toute façon pas le cas. Elle s'assit lourdement sur une chaise face à sa sœur et emplit furieusement sa cuillère de ragoût sans même lui parler. Au bout d'un moment, Andromeda se leva en disant :

- Je ne devrais pas te déranger plus longtemps, Bella... Bellatrix. Je vais partir.

- Je te l'interdis ! S'écria Bellatrix en lâchant sa cuillère.

Andromeda, sursauta, surprise. Elle ajouta alors plus doucement :

- Tu passeras la nuit ici. Après, tu pourras disparaître si ça te chante ! Ce ne sera plus mon problème.

Cinq minutes plus tard, Andromeda avait entièrement englouti le contenu de son assiette ; elle étouffa même un rot de satiété avec sa serviette. Ses joues avaient quelque peu reprit des couleurs et l'énergie lui était un peu revenu, même si ses épaules bancales trahissaient sa fatigue. Bellatrix la conduisit jusqu'à la chambre qu'elle occupait au rez-de-chaussé immédiatement après le repas. Dans la pièce moyenne de taille comportant un lit basique, une commode et deux chaises, elle fit apparaître un lit supplémentaire d'un coup de baguette magique.

Sans bouger, Andromeda observa sa couche provisoire d'un air perplexe.

- Quoi ? Rit froidement Bellatrix. Est-ce que tu espérais un lit à baldaquin ? Tu espérais trouver le même lit que chez maman et papa ? Tu...

- Ce n'est pas ça, mais... (elle se tourna vers elle) Pourquoi est-ce que tu ne dors pas dans la même chambre que Rodolphus ?

- Ça me regarde.

Ce fut sur ces paroles que s'acheva la soirée. Andromeda se glissa dans ses draps en même temps que Bellatrix et elle s'assoupit presque aussitôt. Bellatrix, quant à elle, rumina durant une bonne partie de la nuit ; pour une fois, aucune de ses pensées n'alla vers le Seigneur des ténèbres.

...

Le lendemain, Andromeda ne souhaita pas « subir » plus longtemps l'hospitalité de Bellatrix ; décision à laquelle cette dernière fut obligée de se conformer car il était bien évidemment exclu qu'elle la supplie de rester encore une journée ou qu'elle ait l'air de s'inquiéter pour elle. « À vrai dire, cette idiote ne mérite pas les efforts que je fais pour elle, pensa Bellatrix en observant sa sœur rajuster son vêtement rapiécé sur ses épaules. Elle m'a déjà trahi tant de fois. » Un bruit semblable à de la poussière en train de se répandre sur le sol attira brusquement son attention : elle se retourna, puis s'approcha du feu de cheminée qui crépitait de plus en plus fort.

Une minute plus tard, le visage de Narcissa apparut entre les flammes dansantes. En poussant une exclamation, Bellatrix fit :

- Cissy ! D'où est-ce que tu viens ?

- Du bureau de la directrice adjointe, Bella, dit Narcissa. Le réseau des courriers est en panne à cause de la tempête depuis hier, et les élèves sont donc autorisés à utiliser le réseau des cheminées entre dix-sept heures et vingt heures pour joindre leur famille... (son visage disparut un instant du feu, et il y eut des bruits de voix étouffés)... Non, attends... Je suis occupée, là... s'il te plaît...

Aussitôt, Bellatrix l'interrogea d'une voix vive :

- Qui est avec toi ?

- Un ami, répondit Narcissa après être réapparue.

- Ne me prends pas pour une débile ! Je sais que tu es avec Lucius Malefoy.

Elle n'avait pas remarqué qu'Andromeda s'était approchée à vive allure de la cheminée lorsque la voix calme de Narcissa avait jailli des flammes, et elle tressaillit donc sans avoir le temps de réagir quand elle s'inclina à son tour en direction de l'âtre par-dessus son épaule. En dépit du feu qui rendait le visage de leur sœur benjamine presque imperceptible, Bellatrix vit clairement les sourcils de Narcissa se plisser sous l'effet de la surprise.

- Qu'est-ce que tu fais chez Bella ? Demanda-t-elle ensuite sèchement à l'attention d'Andromeda.

Celle-ci parut quelque peu heurtée par l'antipathie manifeste de Narcissa, mais elle se força à sourire :

- Elle m'a invité... Je suis heureuse de te revoir, Cissy.

- Moi non.

La réponse de Narcissa retentit comme un claquement de vent. Le sourire d'Andromeda se figea alors qu'elle poursuivait :

- Bella m'a tout dit. Tu es une traîtresse et tu n'as plus rien à faire avec nous. Je ne veux plus revoir ton visage, d'accord ? Tu es amie avec les immondes sang-de-bourbe, donc tu es aussi dégoûtante qu'eux. Je ne te considère plus comme ma sœur, tu...

Bellatrix la coupa brutalement :

- Tais-toi, Cissy ! (puis elle regarda Andromeda) Et toi, pourquoi est-ce que tu as fais ça ?

- Je voulais lui parler ! S'écria-t-elle en se mettant à pleurer pour de bon. Est-ce que je dois même ignorer ma propre sœur ?

- Oui ! Fit Bellatrix d'un ton enragé. Je te signale que c'est toi seule qui t'ai mise dans cette situation, alors paie-en le prix ! Reste à l'écart !

Dans leur frénésie, elles oublièrent Narcissa. Au terme de cinq minutes, cette dernière s'éclaircit la gorge avec impatience. Bellatrix reporta alors son attention sur la cheminée tandis qu'Andromeda se levait lentement en s'essuyant les yeux, dans l'intention de ne plus imposer sa présence à ses sœurs. Toutefois, au moment où elle se détourna des flammes crépitantes, la voix de Narcissa résonna derechef :

- Andromeda... j'imagine que tu es au courant pour notre sœur.

Elle s'immobilisa, interdite. Quant à Bellatrix, comprenant les intentions de Narcissa, elle manqua de brandir son poing dans les flammes pour la faire taire avant de se rappeler que son visage était hors de portée de sa main. « Narcissa saurait-elle déjà pour moi... ? Se dit-elle, folle de rage. Qu'est-ce qu'elle essaye de faire ? ». Avec une insupportable naïveté, Andromeda retourna précipitamment près de la cheminée en soufflant :

- Non, Cissy... (elle se tourna vers Bellatrix) Qu'est-ce que c'est ?

- Elle est une fidèle du Seigneur des ténèbres, fusa la voix de Narcissa.

- PAUVRE IDIOTE, À QUOI EST-CE QUE TU JOUES ? Gronda Bellatrix. C'ETAIT À MOI DE VOUS L'APPRENDRE !

Narcissa l'informa alors que tante Walburga lui avait tout appris pas plus tard que cette semaine, ce qui n'étonna guère Bellatrix, étant donné le débit de parole très prompt de leur tante et sa manie de répandre autour d'elle – sans aucun scrupule – les secrets de famille. Cela dit, Bellatrix n'avait nullement eu l'intention de faire de son ambition un secret : bien au contraire, elle en était fière et serait prête à l'étaler au grand jour aux yeux de tous, si c'était possible. Elle était restée silencieuse seulement pour l'annoncer de vive voix à Narcissa. Quant à Andromeda, elle avait perdu le privilège d'avoir accès à sa vie privée depuis bien longtemps.

Néanmoins, Bellatrix acheva sur-le-champ ce que Narcissa avait débuté : elle révéla tout. Depuis sa participation clandestine à la bataille de Smootoff il y a quatre ans jusqu'à sa récente nomination dans les rangs de Lord Voldemort. Narcissa demeura impassible durant tout son récit, et Andromeda devint si blême qu'elle parut prête à se trouver mal.

- Mon but est le même que celui du Seigneur des ténèbres : éradiquer les moldus et renverser le gouvernement pour instaurer un nouveau monde, conclut Bellatrix. En tant que fille Black, je pense que cette mission me revient... Et j'en suis fière.

Un silence macabre suivit cette déclaration, puis...

- Tu es une menteuse.

Des éclairs fougueux transperçaient le regard d'Andromeda qui tremblait de colère ; l'incrédulité et le choc avaient étiré ses traits. Bellatrix accueillit ensuite ses reproches sans aucun remord :

- Tu m'as menti, Bellatrix ! Depuis le début ! Moi, je ne t'ai jamais rien caché : j'ai eu le courage de tout te dire concernant mes sentiments pour Ted même si je savais que tu risquais de me haïr ! C'est toi la lâche, la cachottière ! Tu es vraiment devenue... tu as vraiment... (son expression horrifiée amplifia la taille de ses yeux) Pourquoi est-ce que tu as choisi cette voie ? Mon Dieu, Bellatrix... toi aux côtés de Lord Voldemort... veux-tu être une meurtrière pour de bon ?

- Je veux tuer Tonks et tous ceux de sa race, car c'est là qu'est ma place, ma chère sœur, lança Bellatrix d'un ton venimeux. Et c'est aussi là que devrait être la tienne !

- Non !

En un mouvement, Andromeda se redressa et courut à toute vitesse vers la porte d'entrée. D'un bond, Bellatrix sauta alors sur ses pieds et transplana juste à temps pour pouvoir barrer le passage à Andromeda. Elle n'avait aucunement l'intention de la laisser s'éclipser dans une situation aussi déplaisante : elle ne supportait pas l'ambiguïté et souhaitait donc que leur discussion s'achève, soit par un conflit (l'option la plus probable), soit par une résolution des différends.

Cependant, Andromeda fut plus rapide que Bellatrix – une fois n'est pas coutume : elle plongea sa main sous son col, prit sa baguette, et l'attaqua. Bellatrix s'écrasa au sol tandis qu'Andromeda se faufilait par la porte entrouverte. En se relevant le plus vite possible, elle la suivit... et là, elle s'arrêta sur le perron, à l'endroit même où sa sœur venait de s'immobiliser : Ted Tonks se tenait devant elles. Il avait à peine changé depuis Poudlard, bien qu'il semblât moins maigre et plus confiant. Et une nouvelle dureté accompagnait désormais ses expressions faciales.

- Ted..., murmura Andromeda, l'air d'avoir aperçu un fantôme.

Sans s'embarrasser de salutations polies, il s'avança jusqu'à elle d'un pas décidé et lui ordonna :

- Viens.

- Mais... comment est-ce que tu es arrivé ici ? Et... pourquoi ?

- Ça n'a pas d'importance pour le moment. Viens. Dépêche-toi.

Il s'apprêta à prendre le bras d'Andromeda lorsque Bellatrix s'empara de sa baguette, mue par la haine ardente que lui inspirait Tonks. Puis elle hurla :

- Endoloris !

C'était la première fois que Bellatrix utilisait le sortilège de la torture ; et elle s'en délecta. Contempler celui qu'elle voulait le plus voir souffrir être pris de convulsions et poussant des cris d'agonie était terriblement jouissif. Andromeda, elle, tomba à genoux en s'arrachant littéralement les cheveux et en s'égosillant : « Non, Ted ! Non !... Bellatrix, je t'en supplie ! Arrête ça, arrête ça ! ». Impulsivement, ce fut sur elle que Bellatrix pointa sa baguette. Tout sentiment de pitié la déserta quand elle prononça de nouveau le sortilège impardonnable.

Puis, une fois qu'Andromeda et Tonks cessèrent de se tortiller au sol, Bellatrix dit froidement :

- Dégagez d'ici. Immédiatement.

Après, elle rentra chez elle et ferma la porte sur eux.

...

Le soir même...

Un quatrième verre de wisky-pur-feu fut rempli à ras-bord. Bellatrix prit à peine le temps d'en effleurer le contenu du regard avant de le porter à ses lèvres et de le vider d'un trait. Peu à peu, son esprit se vida... toute pensée s'évapora de son esprit, et toute pesanteur disparut de son corps. Bien qu'elle ait toujours les noms d'Andromeda et de Tonks au bord des lèvres, la souffrance devenait davantage supportable au fur et à mesure que le wisky-pur feu prenait possession d'elle. Toutefois, elle ne pouvait ignorer le froid qui gagnait son corps tout entier et la terrible solitude de l'instant : seule, affalée sur le canapé du salon, sa chemise de nuit qui pendait sur ses bras, elle n'avait que pour seule compagnie une bouteille qui se vidait de minute en minute.

- Andromeda... Andromeda, lâcha-t-elle d'une voix éreintée en engloutissant un nouveau verre. Tu me le payeras... toi et ton sale sang-de-bourbe... !

Une main s'empara alors de la bouteille qu'elle s'apprêtait à boire au goulot. Surprise, Bellatrix leva la tête et se frotta les paupières : Rodolphus venait de faire irruption dans le salon. Il y avait deux jours qu'elle ne l'avait pas revu, depuis le soir où il s'était emporté avant de déserter la maison. La main de ce dernier qui tenait toujours la bouteille se crispa, lorsqu'il examina avec minutie l'état pitoyable dans lequel se trouvait sa femme.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda-t-il en saisissant le verre vide de Bellatrix.

Cette question fit jaillir un éclat de rire de la bouche grande ouverte de la jeune femme. Ensuite, elle s'exclama d'une voix quelque peu euphorique :

- Ça te ressemble bien, Rodolphus, de revenir seulement après que la tempête se soit arrêtée !... (sa respiration devint saccadée) Figure-toi qu'Andromeda est partie avec Ted Tonks pour de bon ! Alors que je l'ai aidé... que je voulais sincèrement la garder ici... elle est partie ! (un nouvel esclaffement hystérique la secoua) Évidemment qu'elle devait partir, que je suis idiote ! Je pensais qu'elle renoncerait à lui, que tout redeviendrait comme avant et que nous...

Des larmes en abondance montèrent jusqu'aux yeux de Bellatrix, et elle les rejeta aussitôt en sanglotant, trop soûle pour pouvoir se maîtriser. Elle poursuivit d'une voix assourdissante, amplifiée par le wisky-pur-feu :

- Rappelle-toi à Poudlard ! Est-ce que ce n'est pas moi qui défendais et qui protégeais Andromeda ?... Je l'ai toujours fait ! Pour elle, j'aurais pu renier tout le monde ! Peut-être même que j'aurais renié le Seigneur des ténèbres en personne... Et qu'ai-je gagné à faire ça ? Maintenant, je suis seule ! Je n'ai plus personne ! (Elle regarda son mari) Même nous, notre relation est devenue fausse : nous étions amis, et maintenant, nous faisons semblants d'être mari et femme... c'est absurde, vraiment... !

- Arrête de parler, Bellatrix, l'interrompit Rodolphus avec impatience. Tu ferais mieux d'aller dormir.

Bellatrix demeurait cependant étalée sur le canapé, ravagée par les larmes. Il ajouta donc :

- Voilà pourquoi je ne voulais pas d'Andromeda ici : elle n'est pas de notre côté et n'a rien à faire ici... Et je te signale que tu n'es pas seule. Tu as une famille. Et moi, je suis ton mari, et pas seulement de nom, Bellatrix. C'est toi seule qui a voulu instaurer une distance entre nous.

En cessant de pleurer, Bellatrix l'observa un court instant avant de se lever en titubant. Elle s'approcha ensuite de lui, lui jeta les bras autour du cou alors qu'il portait toujours sa cape de voyage, et murmura :

- À partir de ce soir, reste avec moi... tu as compris ?

Il l'observa sans se dépêtrer de son mutisme habituel.

- Qu'il y a-t-il ? Souffla fébrilement Bellatrix en se rapprochant davantage de lui. Est-ce que tu n'en as pas envie ? Est-ce parce que je suis mal arrangée et à moitié soûle ?

Après l'avoir de nouveau attentivement regardé, Rodolphus plaqua ses lèvres contre les siennes en l'enlaçant. Guidée par son état de semi-ivresse, Bellatrix s'abandonna à son baiser qui devint de plus en plus précipité ; elle savoura également la caresse de ses mains qui s'attardaient sur sa nuque et descendaient jusqu'au creux de son dos. Au bout d'un moment, il s'écarta d'elle en soupirant doucement contre ses cheveux et la souleva de terre d'un geste pressant. Et sans prendre la peine d'emprunter l'itinéraire le plus long, à savoir les escaliers, il transplana.

...

Ce fut le lendemain de cette soirée qu'eut lieu le départ à la guerre, régi par Lord Voldemort.

...

Un petit retard pour ce chapitre, mais je vous assure que j'étais vraiment débordée cette semaine (partiels en masse, etc.) Sinon, ce chapitre est plutôt centré sur les rapports entre les sœurs Black, mais les choses sérieuses commenceront dès le prochain chapitre^^ Donnez-moi vos avis!