Salut tout le monde

Voilà un nouveau chapitre de « Comme avant »…. J'avais prévu de le poster plus tôt et différemment mais… j'ai, une fois de plus, adapté mes plans ^^

Merci à tous ceux qui ont reviewé (loginés ou anonymes (même si c'est pas évident de répondre à ces reviews anonymes du coup), commenté, critiqué ou tout simplement lu cette fic jusqu'à présent et j'espère que la suite continuera à vous plaire.

Que dire concernant ce chapitre ? LA révélation qui, j'espère, sera à la hauteur de vos attentes :S J'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois du coup et, même comme ça, ça n'explique pas encore tout ) Il y a encore pas mal de choses sous entendues, notamment parce que j'ai supprimé une scène « flash back » que je n'arrivais pas à intégrer de façon appropriée à cette révélation…. Pas mal de discussion en tout genre, des occupations hivernales par excellence,… Certainement pas mon meilleur chapitre mais qui prépare pas mal le prochain :D

Ceci étant dit, ce chapitre est dédié à Goutt2mer pour son avis, ses remarques, ses commentaires qui me donnent à réfléchir et qui m'aident à avoir une vision différente de mes écrits.

Disclaimer : Tout, ou presque (Dylan, Kimberley, Melody et la défunte Rebecca), est à JKR


Chapitre 13-Révélations et confrontations

« Je…je… »

Elle se mordit les lèvres pour les empêcher de trembler.

« J'avais peur, s'écria-t-elle soudain. Peur de mes sentiments. Peur des circonstances. Peur de… »

Elle s'interrompit un bref instant, fermant les yeux.

« Peur de te perdre toi aussi. » lâcha-t-elle dans un souffle en enfouissant son visage entre ses mains.


flash back

La place de Piccadilly Circus était bondée en ce début de soirée estivale… C'était autant un avantage qu'un inconvénient, puisque tous ces gens présents constituaient, à la fois, des cibles potentielles à une éventuelle attaque de Mangemorts, mais surtout ils leur dissimulaient un quelconque ennemi, tout comme cette même foule les cachaient, eux, à la vue de leurs ennemis.

James resserra sa prise autour de la taille de son épouse alors qu'ils se frayaient un passage dans la foule environnante. Ils s'étaient retrouvés là, tout comme six autres membres de l'Ordre du Phénix, après avoir reçu un message du professeur Dumbledore leur demandant de se rendre en ces lieux, où une intervention ennemie devait avoir lieu, selon l'une de ses sources les plus fiables. Tous s'étaient dispersés, en binôme, conformément aux instructions laissées par le vieux sorcier, à travers la place londonienne.

«- Tu ne m'avais pas dit que tes parents devaient sortir ce soir ? s'enquit James.

- Oui, c'est ce que ma mère m'a dit, ce matin. Ils tenaient à fêter dignement leur vingt-cinquième anniversaire de mariage. Mais elle ne savait pas où mon père comptait l'emmener, ajouta-t-elle en souriant. Vingt-cinq ans… Tu te rends compte ?

- Oh oui, un quart de siècle de vie commune, commenta-t-il, apparemment amusé. Alors que la nôtre ne fait que commencer. Vingt-cinq ans de mariage et deux filles à leur actif, une belle réussite si j'en crois la sublime beauté qui m'accompagne ce soir et qui a fait de moi l'homme le plus heureux de la Terre en me disant « oui », il y a trois semaines. »

Lily sourit, levant un visage radieux vers son mari.

« Quel charmeur tu fais… Même en mission. »

Il laissa entendre un léger rire.

«- C'est plus fort que moi, surtout en si agréable compagnie

- Idiot, rétorqua-t-elle. Même si je t'aime comme tu es.

- Je t'aime aussi, Lily, répliqua-t-il en se penchant le temps de l'embrasser brièvement. Ceci dit, et si on se dépêchait de trouver ces satanés empêcheurs de tourner en rond, histoire de leur botter les fesses au plus vite et rentrer chez nous ? » ajouta-t-il alors qu'ils passaient devant le théâtre Criterion.

La jeune femme n'eut jamais l'occasion de répondre car au même instant, une violente explosion fit trembler la place, arrachant des hurlements à la foule soudainement paniquée.

« Le métro, s'écria-t-elle. Ils ont attaqués le métro. »

Une sombre fumée s'élevait, en effet, de l'entrée de la station de métro, à quelques mètres d'eux.

Tous deux s'élancèrent dans cette direction, sortant leurs baguettes, se faufilant aussi rapidement que possible à travers la foule qui fuyait, hurlante et gesticulante, les lieux. Finie la sortie paisible pour ces hommes et ces femmes anonymes qui les entouraient.

Le couple parvint cependant à rejoindre l'escalier menant au réseau souterrain, la fumée âcre et sombre s'immisçant rapidement dans les poumons, irritant les yeux, masquant la vue à moins d'un mètre d'eux. James serra la main de son épouse dans la sienne, alors qu'ils dévalaient l'escalier, baguette en avant, s'enfonçant un peu plus dans le nuage épais résultant de l'explosion qui venait de se produire, manquant parfois tomber, lorsque l'un d'eux trébuchait sur l'une des marches ou lorsque l'un d'eux buttait sur une masse sombre et inerte qui gisait sur le sol, victime du sort lancé par les hommes du Seigneur des Ténèbres.

Lorsqu'ils atteignirent la station, où la fumée s'était un peu dissipée, une vision sinistre s'offrit à eux, à la lueur verte émise par la marque des Ténèbres qui flottait désormais près du plafond. Une rame du métro était couchée en travers des voies, ayant visiblement déraillé, fauchant ainsi une partie des gens qui devaient, probablement, se trouver sur les quais lorsque le drame était survenu. Des débuts d'incendie, de part et d'autres de la rame accidentée indiquaient la violence de l'accident et de l'attaque qui venait d'avoir lieu. Mais, pire que tout, de nombreux corps gisaient, pêle-mêle, sur le sol, conservant plus ou moins leur intégrité physique.

Tous deux s'étaient figés, fixant la scène avec une horreur croissante. Mais pire que la vision effroyable qui s'offrait à eux, c'était le silence pesant qui régnait sur les lieux. Pas un souffle de vie, pas un cri qui aurait pu trahir l'existence d'un quelconque survivant.

« Mon Dieu. » souffla Lily, effarée.

Puis sans crier gare, elle s'avança sur le quai, les doigts crispés sur sa baguette magique.

«- Lily, qu'est-ce que tu… ?

- Il y a peut-être des survivants, observa-t-elle d'une voix sourde. Et il faut éteindre ces débuts d'incendie au plus vite.

- Et peut-être reste-t-il aussi des Mangemorts embusqués ? » insista James en se hâtant à sa suite, parcourant du regard l'ensemble du quai, les sens en alerte, scrutant chaque ouverture, chaque coin sombre, à la recherche d'un mouvement quelconque.

Des bruits de pas précipités se firent entendre derrière eux. Tous deux se retournèrent aussitôt, la baguette pointée vers les arrivants, prêts à combattre si cela s'avérait nécessaire.

« James, Lily, vous n'avez rien ? »

Tous deux soupirèrent de soulagement en reconnaissant la voix familière de Franck, alors qu'il surgissait, accompagné de deux autres membres de l'Ordre, sur le quai. Mais tous se figèrent, en découvrant, à leur tour, la scène cauchemardesque qui s'offrait à eux.

«- Par Merlin, murmura Fabian.

- C'est horrible, lâcha Alice en s'agrippant au bras de Franck, près d'elle.

- Où sont les autres ? s'enquit James alors que les quatre autres sorciers les rejoignaient, enjambant prudemment les corps inerte qui jonchaient le sol pendant que Lily continuait de s'éloigner, s'aventurant plus loin sur le quai.

- Restés sur la place, pour essayer d'y mettre un peu d'ordre en attendant Dumbledore et des renforts du Ministère… Même si je pense que…

- Non ! »

Tous se retournèrent vers l'extrémité la plus éloignée du quai, vers la jeune femme qui se tenait à l'écart, les yeux rivés sur le sol. Sans prévenir, elle se laissa tomber à genoux sur le sol, sous le choc.

« Lily ! »

James se précipita dans sa direction, la rejoignant rapidement. Il se figea en identifiant, à son tour, l'un des corps qui gisaient devant eux. De toute évidence, le couple Evans avait fêté leur dernier anniversaire de mariage…

« Non, non, non. » souffla-t-elle.

Il s'agenouilla à ses côtés, l'attirant à lui, la serrant contre lui avec force, l'obligeant à détourner le regard de la vision macabre. Elle voulu s'écarter mais il la retint contre lui et, presque aussi vite qu'elle s'était débattue, elle se laissa aller contre lui, s'agrippant à lui comme à une bouée de sauvetage, tremblante.

« Qu'est-ce qui…Oh non ! »

Alice les avait rejoint, rapidement suivie par les deux autres, et avait, elle aussi, reconnu les corps sans vie des parents de son amie. Celle-ci pleurait à présent, le visage enfouit au creux de l'épaule de son mari qui resserra encore plus sa prise sur elle.

fin du flash back


James ne répondit pas tout de suite, assimilant ce qu'elle venait de lui dire, connaissant mieux que quiconque les raisons qui pouvaient justifier ces derniers mots. La lutte contre Voldemort avait entraîné de nombreux massacres, notamment chez les Moldus. Moins d'un mois après leur mariage, les parents de la jeune femme avaient été assassinés lors d'un raid des Mangemorts. Et comme si cela ne suffisait pas, sa sœur, la seule famille qui lui restait, l'avait totalement rayé de sa vie, reniant jusqu'à son existence. Elle s'était donc retrouvée seule…

« Mais pourquoi ne m'as-tu rien dit ? s'enquit-il. On en aurait discuté… »

Elle renifla.

« J'aurais bien voulu… Mais…, tu avais d'autres préoccupations à ce moment. Voldemort multipliait les actions contre le Ministère, tu venais de commencer ta formation d'Auror et… j'ai préféré ne pas insister, alors que tu avais bien assez de soucis sans avoir à y rajouter mes états d'âme. Et il y avait l'Ordre, qui nous sollicitait plus que jamais… »

Bref silence.

« Et comme si ça ne suffisait pas, là-dessus, tu as été blessé lors d'une mission. Tu…tu as faillit y rester et…ça a renforcé mes craintes. Et… j'ai craqué… j'ai fais la première chose qui me venait à l'esprit. J'ai préféré partir en traître alors que j'étais seule au manoir. Je n'ai pas réfléchit, juste agit. Mais c'était tellement stupide. »

Elle eut un rire amer.

« Si seulement j'avais sû, à ce moment-là, que j'étais enceinte… Peut-être les choses auraient-elles été différentes ? »

Nouveau silence.

« Lily… » tenta-t-il en se redressant, tendant la main vers elle.

Elle secoua la tête, se dérobant à son geste.

«- C'était idiot. J'ai trouvé refuge chez une vieille amie à moi…

- Rebecca White ? »

Lily tressaillit, surprise, puis acquiesça.

« Oui… Elle était… Elle habitait près de chez nous. Elle avait quatre ans de plus que moi et elle était à Serdaigle. C'est elle qui m'a initié au monde magique. Elle avait toujours été d'une grande aide et d'une discrétion peu commune. Je me suis donc rendue chez elle et j'ai rompu tout contact avec le monde sorcier, reprit-elle. J'étais perdue, je ne savais plus quoi penser, ni faire… Surtout que tu ne tentais rien, de ton côté, pour me retrouver… Je…je crois que, à ce moment là, une part de moi espérait que tu me rechercherais mais tu n'as rien fais… Et c'est à ce moment que j'ai appris…pour Harry. »

Bref silence. Lily inspira et reprit ses explications, les yeux rivés sur ses mains crispées sur ses genoux.

« A ce moment-là, j'ai faillit laisser tomber et te contacter mais…j'ai alors entendu parler de la prophétie. Becca était au Ministère le jour où la prophétie y a été déposée. Les Langues-de-plomb sont les seules personnes habilitées à en prendre connaissance, pour les classer au Département des Mystères. Le hasard faisant bien les choses, c'est elle qui a été chargé de celle concernant la chute de Voldemort. Elle… elle a finit par violer son serment de silence pour moi, lorsqu'elle m'a révélé son contenu. J'ai rapidement compris, tout comme elle, à qui elle pouvait s'appliquer, que notre enfant pouvait être impliqué, puisqu'il était sensé naître dans la période désignée par cette prophétie. Mais je ne pouvais pas laisser une telle chose se produire, je ne voulais pas que mon bébé devienne la cible éventuelle d'un mage noir psychotique. »

Elle inspira et poursuivit son récit, d'une voix tremblante.

« Alors, quand, dans le même temps, Becca m'a appris que les Londubat attendaient, eux aussi, un enfant susceptible de correspondre à la prophétie, je n'ai pas hésité un seul instant. J'ai pris la décision…la terrible décision qui, crois-moi, m'en a considérablement coûté. Mais c'était, à mon sens, le seul moyen de tous nous protéger. Personne ne devait savoir qu'un autre enfant que celui de Franck et Alice pouvait correspondre à cette prophétie. Je pensais qu'en agissant ainsi je protégeais notre fils, mais je te protégeais, toi aussi, d'une certaine façon. Je ne voulais pas que tu en pâtisses, je ne voulais pas t'exposer à une menace encore plus grande, ce qui aurait forcément été le cas si Voldemort avait connaissance de l'existence d'un autre enfant né de parents lui ayant déjà par trois fois échappé…et j'ai demandé le divorce. »

Elle enfouit à nouveau son visage entre ses mains.

« C'était égoïste de ma part, je le reconnais. Peu m'importait qu'un autre couple soit ainsi mis en danger, je ne voulais pas perdre mon enfant et je refusais l'idée que tu puisses être blessé, ou pire être… tué, à cause de cette prophétie. Je ne voulais pas… »

Elle se tût, réprimant un sanglot.

« Je pensais que c'était la meilleure chose à faire. Mais je ne voulais pas tout ça. Si j'avais sû que tu en souffrirais autant, et que Harry le vivrait aussi mal… Je…je m'en veux tellement. Je… »

Elle s'interrompit lorsque, sans crier gare, James l'attira à lui, la serrant contre lui.

«- Je suis désolée, tellement désolée. Je regrette tellement ce que j'ai fait, ce qui en a découlé, bredouilla-t-elle contre lui. Tout est de ma faute !

- Ce n'est pas de ta faute, Lily, intervint doucement James.

- Bien sûr que si, s'offusqua-t-elle. Si je n'avais pas pris ces décisions, tu n'aurais pas autant souffert, Harry n'aurait pas eu à endurer cette épreuve, Rebecca serait encore vivante et je n'aurais pas eu à refaire ma vie avec…avec un toutou de Voldemort. J'ai gâché vos vies, à tous, et, comble de tout, j'ai faillit vous perdre tous les deux, Harry et toi, à cause de Dylan. Quelle réussite ! » ironisa-t-elle.

James resserra sa prise, la rapprochant de lui, et passa la main dans les cheveux de la jeune femme dans un geste qui se voulait apaisant.

«- Harry est toujours vivant, c'est ce qui compte, non ?

- Oui mais grâce à toi. Parce que, toi, tu as pris des risques pour aller le chercher. Malgré tous mes efforts, je n'ai pas pu le protéger. Je n'ai pas su… »

Elle éclata en sanglot et vint enfouir son visage au creux de l'épaule de son compagnon. Celui-ci, le menton posé sur la tête de la jeune femme, leva les yeux, croisant ainsi le regard vert émeraude de l'enfant qui se tenait, immobile et silencieux, sur le seuil de la pièce. Il ignorait ce que Harry avait entendu de la conversation mais le garçon ne fit aucune remarque. Il se glissa dans la pièce et rejoignit ses parents.

« C'est pas ta faute, maman. »

Lily tressaillit et se redressa vivement à la voix du jeune garçon, manquant de peu de heurter le menton de son ancien mari.

«- Harry, murmura-t-elle en s'essuyant les yeux d'un revers de la main.

- Dans le fond, tu pensais bien faire, assura l'enfant. C'est juste que tu ne pouvais pas prévoir les conséquences de ta décision. »

Lily eut un faible sourire.

«- Tu m'as protégé, toi aussi, maman, continua-t-il. Même sans en avoir l'impression, tu m'as protégé en me laissant chez papa, après mon enlèvement. Et, même si tu ne voulais pas toujours me croire quand je te disais qu'il y avait un problème avec lui, tu as toujours pris ma défense face à Dylan.

- Oh, Harry ! » souffla-t-elle, touchée, en tendant les bras.

L'enfant ne se le fit pas dire deux fois et se retrouva bien vite entre ses deux parents, dans les bras de sa mère.

«- Tu es adorable, mon chéri, commenta-t-elle en l'embrassant sur le front.

- Mais c'est la vérité, tu sais, insista le garçon. Même si des fois, je n'ai pas été très sympa avec toi, je n'aime pas te voir triste. »

Lily sourit.

«- Tu es vraiment le digne fils de ton père, toi, observa-t-elle affectueusement.

- Mais il a raison, Lily. La seule chose que tu aurais à te reprocher, c'est d'être partie comme une voleuse et d'avoir empêché Harry de savoir ce qu'il voulait. Mis à part ça, tu as très bien assumé tes choix, répliqua James. Ce qui est fait est fait. L'essentiel c'est que nous soyons tous en un seul morceau et en bonne santé.

- Et ensemble. » précisa l'enfant, en toute innocence.

Les deux adultes échangèrent un regard, songeant tous les deux que leur fils ne changerait jamais d'avis. Il s'était mis en tête de réunir ses deux parents, il s'obstinerait dans ce sens.


La fatigue aidant, Harry avait fini par s'endormir. James l'avait donc ramené dans sa chambre et l'avait mis au lit en veillant bien à ne pas le réveiller. Il ôta les lunettes de l'enfant avant de les poser sur la table de chevet, à portée de main, puis le recouvrit soigneusement de sa couverture.

« Dors bien, mon grand. » murmura-t-il en passant affectueusement la main dans les cheveux en bataille de son fils.

L'enfant marmonna dans son sommeil. James sourit et se détourna, son regard se posant alors sur une pile de magazines posés à même le sol près de la porte. Intrigué par leur emplacement un peu inhabituel, il y jeta un bref regard. Rapidement, il constata qu'il s'agissait d'anciens numéros de Quidditch Magazine. Plus précisément ceux que Sirius conservait habituellement dans leur bureau, au Ministère, et qu'il avait ramené au Manoir pour occuper l'enfant lorsque celui-ci, encore en convalescence, commençait à trouver le temps long alors qu'il devait rester au lit. Et dans cette pile se trouvait, entre autre, un numéro qui avait, alors, grandement fasciné l'enfant…


Flash back

En entendant la porte s'ouvrir, Harry, assis dans son lit, le dos calé contre la tête du lit, leva les yeux du magazine qu'il lisait avec intérêt.

« Ah, papa, tu tombes bien. » s'exclama-t-il.

L'adulte haussa les sourcils.

«- Je ne savais pas qu'on t'avait proposé un poste dans l'équipe de Quidditch de Grande Bretagne

- Comment ça ? »

Harry brandit le magazine qu'il consultait.

«- C'est un des vieux numéros que Sirius m'a passé hier, expliqua-t-il. Et il y a tout un article à ton sujet.

- Ah, ça… C'est de l'histoire ancienne.

- Pourquoi tu as refusé ? »

James fixa longuement son fils, soupira et vint s'asseoir sur le bord du lit. Il en profita pour jeter un rapide coup d'œil à la page indiquée par l'enfant.

« Alors ? » insista Harry.

James sourit.

«- Tu es vraiment aussi obstiné que ta mère, toi. Quand tu as une idée en tête, rien ne t'arrête.

- Maman dit le contraire, elle, objecta l'enfant. Elle dit que j'ai hérité ça de toi. Mais pourquoi tu as refusé ? »

James leva les yeux au ciel mais ébouriffa affectueusement les cheveux du garçon.

«- Et bien…disons que c'est justement pour ta mère que j'ai refusé.

- Comment ça ? »

L'adulte hésita.

« Il se trouve que cette proposition m'a été faite deux mois avant notre mariage, à ta mère et moi. J'étais prêt à me dévouer corps et âme à notre couple, raison pour laquelle j'ai renoncé à cette proposition unique. »

Il renifla dédaigneusement.

« Si j'avais sû qu'elle me quitterait quelques mois plus tard… »

Harry se déplaça dans son lit et se blottit contre son père, abandonnant le magazine.

«- Je crois qu'elle t'aimait beaucoup…et que ça lui a fait peur.

- Elle a une drôle de façon de le montrer, marmonna l'adulte.

- Moi je pense que maman t'aimait tellement…qu'elle avait peur qu'il t'arrive quelque chose. »

James fronça les sourcils, pris au dépourvu par la remarque de son fils.

«- Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Elle te l'a dit ?

- Non mais je le sais. Tu crois qu'elle m'aurait gardé si elle ne t'aimait pas ? Après tout, j'étais un souvenir constant de sa vie avec toi, non ? Pourtant, elle m'a donné ton nom, elle m'a donné toute l'affection qu'elle pouvait m'offrir et…je ne pense pas qu'elle t'aurait épousé si elle ne t'aimait pas vraiment… Enfin, c'est ce que je crois. »

James garda le silence un instant, assimilant les propos de son fils.

« Dis donc, toi, t'es sûr que tu n'as que dix ans ? Tu as des propos déconcertant de maturité des fois »

Harry sourit.

«- Je n'ai fait que des déductions, observa-t-il. Mais, grâce à maman, je suppose que j'ai appris à adopter une réflexion plus développée que les autres enfants de mon âge.

- Je vois ça. »

Harry sourit une fois de plus et se cala un peu plus contre son père qui passa affectueusement la main dans les cheveux de l'enfant.

«- Je t'aime, papa, murmura-t-il.

- Je t'aime aussi, mon grand, et chaque jour qui passe, je remercie Merlin de ton audace et de ta détermination à me connaître ou je n'aurais probablement jamais eu la chance de te connaître. »

Harry grimaça.

«- Si maman n'avait pas tout fait pour m'empêcher de te voir, je n'aurais peut-être pas essayé à tout prix de te rencontrer. Mais je crois que quelque chose en moi me poussait à le faire… Et c'est ce qui m'a incité à partir en douce de la maison ce jour-là, je suppose.

- En tout cas, je suis content que tu l'aies fait. »

fin du flash back.


James secoua la tête, revenant à l'instant présent. Le magazine qui avait, ce jour-là, attiré l'attention de son fils, se trouvait au sommet de la pile, preuve que, encore récemment, l'enfant y avait jeté un coup d'œil. Apparemment, il n'arrivait toujours pas à croire que son père ait pu refuser une place dans l'équipe nationale de Quidditch. L'homme pris le magazine, le feuilletant machinalement.

« Moi je pense que maman t'aimait tellement…qu'elle avait peur qu'il t'arrive quelque chose. »

Les propos de son fils, ce jour-là, lui revinrent à l'esprit. Des propos qui correspondaient à ce que Lily lui avait dit un peu plus tôt.

« J'avais peur. Peur de mes sentiments. Peur des circonstances. Peur de… te perdre toi aussi. »

Les circonstances… Ils avaient quittés Poudlard, fraîchement diplômés, dans un contexte de guerre. Voldemort avait déjà étendu son règne de terreur sur une bonne partie de la Grande-Bretagne et ne cessait de gagner en puissance. Conformément à la demande du professeur Dumbledore, leur groupe avait rejoint les rangs de l'Ordre du Phénix, créé par le vieux sorcier. A trois reprises, Lily, Franck, Alice et lui avaient été confrontés au mage noir et, à chaque fois, ils s'en étaient tirés de peu, bénéficiant d'une chance insolente à chaque fois. Même s'il devait avouer qu'il n'était pas passé loin d'y laisser sa peau lors de sa troisième rencontre avec le Seigneur des Ténèbres.

A ce moment-là, cela faisait deux mois qu'il avait épousé Lily et, dans ce laps de temps, tout semblait s'être acharné sur leur couple. Pourtant, rien, à cette époque, n'aurait pu lui laisser entendre ce qu'il arriverait par la suite. Lily semblait s'être remise du décès tragique de ces parents, lors d'une attaque ennemie sur un quartier moldu de Londres, et elle se consacrait désormais dans ses études de médicomagie. Ce qui lui convenait très bien. Après tout, elle avait déjà été confrontée à trois reprises à Voldemort et il préférait, de ce fait, la savoir au Manoir, en lieu sûr, que sur les champs de bataille. Et il y avait eu cette mission à Douvres. Sa troisième rencontre avec le mage noir. Il n'en gardait que de vagues souvenirs mais désarmé, acculé au sommet d'une falaise, touché par un sort qui lui était inconnu, il n'avait pas eu d'autres choix que de sauter pour échapper au sortilège de mort lancé par le Seigneur des Ténèbres. Il était revenu à lui à Sainte Mangouste, une Lily blafarde à son chevet. Il avait mis du temps à s'en remettre, grâce aux soins et à la patience de son épouse.

Et il y avait eu ce nouvel ordre de mission, envoyé par le Ministère. Ce jour-là, il avait dû essuyer les foudres de la jeune femme. Même à Poudlard, il ne l'avait jamais vu aussi furieuse.

« Pourquoi faut-il toujours que tu fasses passer ton travail avant tout le reste ? Tu tiens donc tant que ça à te faire tuer ? Ca ne t'a donc pas servit, la dernière fois ? »

Les propos rageurs qu'elle lui avait alors adressés lui revinrent à l'esprit. Oh, il s'était bien douté qu'elle le prendrait mal…mais pas à ce point. Ceci dit, il n'y avait pas prêté plus attention que cela, habitué de longue date aux sautes d'humeur de la jeune femme. D'autant plus que, le soir même, tout semblait avoir déjà été oublié….

Il jeta un bref regard vers l'enfant endormi et remis le magazine là où il l'avait pris en se promettant de les rendre à Sirius, pour qu'il les ramène au Ministère, dès que possible.

Il soupira et, après un dernier regard à son fils, il éteignit la lumière de la chambre et quitta la pièce, refermant précautionneusement la porte derrière lui. Une fois seul dans le couloir, il se laissa aller contre le mur, la tête appuyée contre la paroi.

« Mais pourquoi ne m'as-tu rien dit ? On en aurait discuté… »

Il eut un rire amer en réalisant ce qu'il avait osé lui dire un peu plus tôt. Même si elle l'avait voulu, elle n'avait pas vraiment eu l'occasion de lui parler de ses préoccupations au cours du dernier mois qu'ils avaient passé ensemble. Entre sa convalescence, les sollicitations de l'Ordre et du Ministère et ce satané ordre de mission, ils n'avaient pas vraiment eu l'occasion de prendre le temps de discuter. Pas étonnant qu'elle ait fini par craquer. Il grimaça en songeant que, d'une certaine façon, cette dispute avait été la dernière occasion qu'ils avaient eu pour, réellement, s'expliquer. Mais elle était si contrariée, qu'il avait eu toutes les peines du monde à l'apaiser et encore plus à la convaincre de ne pas l'envoyer dormir sur le canapé du salon. Elle dormait encore le lendemain, lorsqu'il s'était rendu au Ministère. Et lorsqu'il était rentré, deux jours plus tard, Lily était partit, ne laissant qu'une simple lettre derrière elle. La suite…il préférait ne plus y penser.

Il inspira, s'efforçant à chasser ses sombres réflexions de son esprit. Ce qui était fait, était fait. Il ôta machinalement ses lunettes, se pinçant l'arête du nez, agacé. Il aurait dû se rendre compte qu'elle n'allait pas bien.

Il ne su jamais combien de temps il resta là, plongé dans ses pensées mais il finit par remettre ses lunettes.

« Maître James ? »

Minsy se tenait dans le couloir, les oreilles dressées au dessus de la tête, les yeux écarquillés.

« Maître, je…

- Même toi tu as souffert, Minsy, pardonne-moi.

- Mais… »

Il secoua la tête, repensant à ce que Sirius lui avait dit, peu après l'installation de Lily et les enfants au Manoir.

« Je ne demande que ça… Comprendre pourquoi tu ne peux pas voir objectivement la situation, à commencer par l'attitude de certains de tes Elfes, ou même de ton fils, par rapport à tout ça. »

Minsy avait toujours été là, aussi loin qu'il s'en souvienne. Elle l'avait toujours servit avec dévotion, tout comme elle avait fidèlement servit ses parents, et plus particulièrement sa mère, et cela jusqu'à leur mort onze ans plus tôt. Lorsqu'il était enfant, l'Elfe s'arrangeait pour satisfaire à toutes ses demandes, tous ses désirs, et il en avait beaucoup à l'époque. Pourtant, il avait toujours pu compter sur la petite créature magique, même, et surtout, après le départ de Lily. Là encore, elle s'était démenée pour aider Sirius et Remus pour l'inciter à se reprendre, à se ressaisir. Elle avait toujours été là mais jamais, jusqu'à présent, il ne s'était interrogé sur ce qu'elle pouvait éprouver maintenant que Lily était revenue au Manoir, après toutes ces années d'absence où Minsy avait dû, elle, réparer au quotidien le mal que la jeune femme avait fait en partant sans prévenir.

« Mais, vous n'avez rien à vous reprocher, Maître, observa l'Elfe, en le fixant d'un air anxieux. Ce n'est pas votre faute si… »

Elle se tut, baissant la tête, triturant nerveusement un pan de sa toge.

« Si quoi, Minsy ? »

L'Elfe garda le silence.

« Je…je n'ai pas sût la convaincre de rester, je n'ai pas pu l'empêche de vous faire souffrir, je… j'ai faillit à la promesse que j'avais faite à votre défunte mère de toujours veiller sur vous et de faire en sorte que tout aille au mieux pour vous. Je… »

Elle s'interrompit, incapable de prononcer un mot de plus, profondément mal à l'aise.

« Minsy, soupira le maître des lieux en s'accroupissant pour faire face à la petite créature. Alors, c'était ça qui te tracassait ? Tu te sentais responsable de tout ça ? »

L'Elfe ne répondit pas, gardant les yeux rivés sur le sol, honteuse. Elle acquiesça lentement, d'un bref signe de tête.

« Mais ce n'est pas ta faute, Minsy. Tu n'aurais jamais rien pu faire pour convaincre Lily. Après tout, je suis assez bien placé pour savoir que, quand elle a décidé quelque chose, rien ni personne ne peut la convaincre du contraire. A moins qu'elle change elle-même d'avis, évidemment. Elle avait décidé de partir, elle serait partie de toute façon. »

La créature magique garda le silence. Même si, à la moue sceptique qu'elle affichait, le sorcier se doutait bien que seule les règles lui interdisant de contester les décisions de son maître et de donner son avis sur les humains à qui elle devait allégeance la dissuadaient d'en dire plus.

« Minsy, tu ne peux pas toujours porter la responsabilité de ce qu'il peut m'arriver. Certes, tu as promis à ma mère de toujours veiller sur moi mais il y a prescription, maintenant, tu ne crois pas ? Je suis assez âgé pour me débrouiller par moi-même et assumer, seul, les conséquences de mes choix. Honnêtement, même si je suis heureux de te savoir aussi dévoué à ma cause, je préfèrerais que tu t'occupes surtout de mon fils et de la petite. »

L'Elfe le fixait, les yeux écarquillés.

«- Mais…

- Occupe-toi d'eux de ton mieux, comme tu as sût si bien le faire pour moi. Et laisse-moi régler seul mes problèmes avec leur mère, d'accord ? »

La créature magique ouvrit la bouche, prête à répondre, mais la referma aussitôt et s'inclina respectueusement.

« Bien, Maître James. Il en sera fait selon vos désirs. »

Sur ce, elle disparut dans un claquement sec. James soupira à nouveau et se passa la main dans les cheveux. Pourquoi était-ce si compliqué ? Pourquoi était-il le seul à trouver normal qu'il héberge chez lui la mère de son fils, et surtout la seule femme qu'il ait jamais aimé ? Même si Remus semblait approuver sa décision, Sirius lui, ne cessait de lui répéter qu'il commettait une grave erreur.

Il resta un moment, assis dans le couloir, adossé au mur, les yeux fermés.

« Tu dors pas dans ton lit ? »

Il sursauta, pris au dépourvu par cette petite voix timide aussi près de lui alors qu'il n'avait entendu approcher personne. Il se maudit mentalement d'avoir relâché à ce point sa surveillance. Certes il était en congé et chez lui mais il n'en restait pas moins un Auror. Il ouvrit les yeux et tourna légèrement la tête vers la fillette assise près de lui, un ours en peluche dans les bras. Kimberley le fixait de ses grands yeux chocolat, par-dessus la tête de sa peluche.

James s'efforça à sourire.

« Je ne dormais pas, je réfléchissais. »

La petite acquiesça avec gravité.

« Oui, maman aussi réfléchis beaucoup… mais jamais dans le couloir. » ajouta-t-elle après un bref instant de réflexion.

James eut un maigre sourire.

« Tu ne devrais pas déjà dormir, toi ? » observa-t-il.

L'enfant eut une moue penaude.

« Faut pas le dire à maman, elle sera pas contente. »

James rit légèrement et secoua la tête, amusé.

« Elle ne l'apprendra pas par moi, tu en as ma parole. »

La petite sourit.

« Alors comme ça, tu as souvent vu ta mère réfléchir ? »

Kimberley acquiesça.

« Oh oui, surtout quand elle pensait qu'on dormait, Harry et moi. Même des fois quand… papa dormait aussi. »

Elle grimaça.

« Pardon. »

James haussa les sourcils, surpris et lui jeta un bref regard en coin.

« Pourquoi ? »

La petite baissa la tête.

« Je veux pas t'embêter en parlant de mon papa alors que… »

Elle se tut, gênée. L'adulte esquissa un faible sourire.

« Ton père te manque ? »

Kimberley haussa les épaules.

«- Ben oui, c'est mon papa. Mais… il a fait beaucoup de mal à Harry, et aussi à maman.

- Comment ça ? »

La petite hésita et se mordit les lèvres, hésitante.

«- Souvent…maman pleurait, quand elle pensait être seule. Et elle prenait des potions le soir. Elle les… cachait.

- Comment sais-tu tout ça ? »

Kimberley fronça le nez et resserra son ours en peluche contre elle.

« J'observe, commenta-t-elle simplement. Je ne cherche pas à attirer l'attention, je dis pas grand-chose mais… j'observe. »

Le silence s'instaura. Qu'aurait-il pu répondre à ça ? Il hésita puis passa un bras autour des épaules de la fillette. Celle-ci sourit et vint se lover contre lui.

«- Je comprend pas, reprit-elle finalement.

- Quoi ?

- Ben, t'es un papa super pour Harry. Il parlait que de toi quand il rentrait à la maison et, même maintenant, il est toujours content. Et maman t'aime beaucoup… alors pourquoi elle est partie avec mon papa ? »

James esquissa un sourire.

«- Va savoir. Des fois, les adultes font des choses étranges.

- Mais…, t'es un adulte toi aussi.

- Oui, bien sûr. Mais disons que ta mère est encore plus difficile à comprendre que la plupart des adultes. Et elle a une fierté peu commune. »

La fillette hocha la tête.

«- Mais je l'aime beaucoup, ma maman. Et je t'aime bien toi aussi, tu es gentil avec nous… alors que maman n'a pas toujours été avec toi et… que je suis rien pour toi.

- Mais non, il ne faut pas dire ça. Tu es une petite fille adorable, et ce n'est pas parce que… tu n'es que la demi-sœur de Harry que je dois te traiter différemment. »

L'enfant esquissa un sourire timide.

« J'aimerai bien qu'on reste toujours chez toi. »

James sourit.

« A vous de convaincre votre mère, conclut-il. Bon, c'est pas tout ça mais si on allait se coucher, pour de vrai cette fois ? »

La fillette fit mine de réfléchir.

« Tu me racontes une histoire ? »

James éclata de rire, amusé par la lueur malicieuse qui animait les prunelles de l'enfant, si semblable à celle qu'il voyait régulièrement apparaître dans les yeux de son fils lorsqu'il tentait de négocier.

De toute évidence, elle marchait déjà sur les traces de son demi-frère.

« Ok, va pour une histoire. » accepta-t-il en se levant avant d'aider la petite à se remettre sur ses pieds.


Dix jours s'étaient écoulés.

« Harry ! »

Une petite tornade auburn venait de lui sauter dessus, le réveillant en sursaut.

« Ouf, Kim ! »

La petite éclata de rire, mais s'écarta assez de son demi-frère pour lui permettre de se redresser tant bien que mal dans son lit pendant qu'elle sautait sur le lit avec bonne humeur.

« Qu'est-ce qui te rend aussi enthousiaste ? » marmonna-t-il en récupérant ses lunettes sur sa table de chevet.

Ce faisant, son regard se posa sur son réveil, posé bien en évidence à côté de la lampe de chevet.

«- Mais, il n'est même pas encore sept heures, protesta-t-il.

- Je m'ennuyais, toute seule, se justifia simplement la fillette en faisant la moue. Mais viens, voir ! ajouta-t-elle en quittant brusquement le lit. Viens ! »

Le garçon se passa la main dans les cheveux, agacé. Finalement, il soupira.

«- J'espère vraiment que ça en vaut la peine, grommela-t-il en s'extirpant finalement de son lit, s'arrachant à sa couverture.

- Mais oui… Viens ! » s'exclama-t-elle, trépignant près de la fenêtre.

Harry grimaça mais se résigna, la rejoignant sans grande motivation. Mais, le temps qu'il arrive à sa hauteur, elle avait déjà écarté, tant bien que mal, l'un des lourds rideaux qui masquaient la fenêtre et l'avait ouvert, laissant aussitôt l'air froid extérieur s'engouffrer dans la pièce. Le garçon frissonna, maudissant silencieusement l'enthousiasme enfantin dont sa demi-sœur faisait preuve en cet instant.

« Viens, voir ! C'est encore mieux vu d'ici ! » s'écria-t-elle depuis le petit balcon qui dominait l'arrière du manoir.

Harry soupira, prenant le temps d'ouvrir correctement les rideaux. Dans un premier temps, il nota le ciel gris et bas, chargé d'épais nuages cotonneux, dans la brume grise de l'aube. A cette heure matinale, le soleil émergeait à peine, quelque part à l'horizon, diffusant une douce lueur sur les lieux, se reflétant légèrement sur la rambarde du balcon et la cime des arbres recouverts d'un manteau immaculé.

Un manteau immaculé ? Harry écarquilla les yeux et franchit rapidement le seuil de la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon. Là, il comprit enfin la raison de l'excitation de sa demi-sœur, en apercevant la vaste étendue blanche à présent à leurs yeux.

« T'as vu, il a neigé ! » s'exclama Kimberley en esquissant un sourire ravi.

Les deux enfants restèrent un bref instant ainsi, se contentant d'observer, sans un mot, le paysage enneigé puis, sans crier gare, Harry fit demi-tour.

«- Mais… ?

- Viens ! »

La fillette, après un instant de surprise, se hâta à la suite de son aîné hors de la chambre puis dans le couloir.

« PAPA ! MAMAN ! »

Il y eut un bref silence puis plusieurs portes s'ouvrirent alors que des bruits de pas précipités se faisaient entendre dans l'escalier.

« Harry, qu'est-ce qui… ? »

L'enfant regretta aussitôt, l'espace d'une seconde, sa bruyante intervention. Non seulement il avait réveillé tout le manoir mais ils s'étaient sûrement imaginés le pire en l'entendant ainsi crier. Même Sirius, qui était pourtant un gros dormeur, s'était réveillé et se tenait, parfaitement alerte, dans le couloir.

«- Oups, désolé, je ne voulais pas…

- Il a neigé ! Il a neigé ! » s'exclama triomphalement Kimberley.

Les adultes se détendirent, affichant désormais des expressions diverses. Si Lily arborait un air sévère, Sirius paraissait quelque peu agacé alors que Remus et James semblaient plutôt amusés par la situation.

«- Bon, si ce n'est que ça… Je retourne dormir, grommela Sirius.

- Eh, rabat-joie, tu ne vas pas me faire croire que tu vas retourner bien sagement te coucher alors qu'une belle couche de neige encore vierge et incroyablement tentante s'offre à toi dehors, répliqua le lycanthrope en esquissant un sourire moqueur.

- Trop tôt pour moi, marmonna Sirius. Y en a qui travaille toute la semaine, contrairement à d'autres. Et je n'ai pas encore eu mon quota de sommeil.

- Mais…

- Laisse tomber, intervint calmement le maître des lieux. Laissons donc ce vieux grincheux retourner hiberner dans sa tanière. Quant à nous, puisque nous sommes tous réveillés, pourquoi n'irions-nous pas profiter de cette neige ?

- Je pense qu'ils feraient mieux de retourner, eux aussi, se coucher, rétorqua posément Lily, jusque là silencieuse, lorsque Sirius eut, à nouveau, disparu dans sa chambre. La plupart des enfants de leur âge dorment encore à cette heure, ajouta-t-elle en adressant un regard désapprobateur à son fils.

- Eh, c'est Kim qui a eu l'idée, au départ, protesta aussitôt celui-ci. C'est elle qui m'a réveillé. J'y suis pour rien. »

La fillette lui adressa un regard indigné, provoquant les rires des anciens Maraudeurs alors que la jeune femme réprimait difficilement un sourire.

«- Mais c'est toi qui a réveillé tout le monde, ajouta-t-elle en affichant une moue malicieuse. Non, mais je veux pas retourner dormir, je voudrais aller jouer dehors. J'ai plus sommeil. »

Lily voulu dire quelque chose mais se ravisa et leva les mains en signe de défaite.

« Oh et puis… faites comme vous voulez. Mais si vous tenez vraiment à sortir, habillez-vous mieux que ça, tous autant que vous êtes. »

Sur ce, elle tourna les talons, passant devant le maître des lieux sans un mot. Un bref silence suivit son départ.

«- Le dernier changé est une poule mouillée ! claironna alors Kimberley avant de courir jusqu'à sa chambre, sous le regard surpris de son demi-frère et des deux adultes, restés dans le couloir.

- C'est vraiment à se demander si elle n'a pas, elle aussi, d'une certaine manière, hérité d'un gêne Maraudeur, commenta Remus, un sourire moqueur aux lèvres.

- Je pense surtout qu'elle prend modèle sur Harry, répliqua James, en adressant un regard amusé à son fils. Tu tiens tant que ça à être une « poule mouillée », Harry ? »

Le garçon secoua la tête.

« Tu parles, elle prend toujours des heures à se changer, se justifia-t-il en levant les yeux au ciel. Ce n'est pas une fille pour rien. Alors, je lui laisse un peu d'avance… »

Les deux adultes éclatèrent de rire face à la désinvolture de l'enfant.

«- Là, par contre, il me fait un peu penser à Sirius, plaisanta Remus.

- Oh, eh, qu'est-ce que tu insinues, là ? C'est mon fils, riposta son ami, piqué au vif.

- Ca, personne ne dira le contraire. Il est difficile de remettre en cause ta paternité quand on vous voit, tous les deux. Bon, sur ce, je vais me changer.

- Ah, tu viens avec nous dehors ? s'étonna Harry.

- Evidemment, je ne vais pas vous laisser vous amusez sans moi, riposta le lycanthrope, en se retournant vers lui en souriant largement.

- Cool, s'exclama l'enfant. Bon, je ferais mieux de me dépêcher, alors. »

Sur ce, il fila sans plus attendre dans sa chambre.

«- Ce gamin est vraiment incroyable, observa Remus en secouant la tête d'un air amusé. Un mage noir psychotique ne rêve que d'une chose, le supprimer, et lui, il reste fidèle à lui-même.

- Ce n'est pas plus mal. Tu sais, il ne m'a jamais demandé les raisons pour lesquelles Voldemort voulait s'en prendre à lui. Il n'a jamais cherché à savoir.

- Surprenant, connaissant sa curiosité habituelle. »

James acquiesça silencieusement, l'air songeur.

« Et Voldemort disait que… »

Les mots que son fils avait prononcés, après son enlèvement, lui revinrent à l'esprit. Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Pourquoi n'avait-il pas réalisé ce que cela pouvait impliquer ? Bon, évidemment, il avait des circonstances atténuantes, il avait été blessé lors de la confrontation qui avait suivit et, de ce fait, il n'était pas vraiment en mesure d'analyser clairement tout ce qui avait été dit à ce moment-là. Il n'avait, apparemment, pas eu l'esprit très clair, ou en tout cas pas suffisamment pour prendre conscience de l'importance de ces propos au moment où l'enfant les avait prononcés. D'autant plus que Lily l'avait aussitôt interrompu, effarée par la perspective de son fils se retrouvant confronté au mage noir.

« Je crois… que Voldemort lui a parlé, avant de s'en prendre à lui. Je ne fais que supposer, puisque Harry n'a rien dit à ce sujet, mais… »

Remus fronça les sourcils.

« Ca mériterait d'être approfondit, commenta-t-il. Je suppose qu'aucun de vous n'a pensé à lui demander ce qui s'était passé. Après tout, entre ta blessure, sa maladie et les initiatives douteuses de Lily, vous avez eu d'autres préoccupations, et, de toute évidence, Harry n'a pas souhaité aborder le sujet lui-même. »

James acquiesça distraitement. Même si le garçon faisait mine de rien, quoi que Voldemort ait pu lui dire, ça sortait forcément de tout ce que ses proches avaient pu lui dire le concernant. Restait à savoir à quel point les propos du mage noir avaient pu affecter l'enfant...

« Ceci dit, peut-être qu'il ne lui a rien dit de… compromettant, reprit Remus. Dans tous les cas, ton fils a probablement eu d'autres choses à faire que réfléchir à ce que Voldemort a bien pu lui dire. Et, dans ce cas, y faire allusion risquerait de l'inciter à y penser à nouveau. »

Le maître des lieux secoua négativement la tête.

« Dans ce cas, autant laisser faire les choses, conclut-il finalement. Je ne tiens pas vraiment à l'obliger à repenser à ce qu'il a bien pu entendre ce soir-là. On verra bien. »

Remus voulu dire quelque chose mais se ravisa et inclina la tête d'un air entendu.

« C'est sûrement la meilleure chose à faire dans l'état actuel des choses, oui, confirma-t-il. Ceci dit, nous ferions mieux de nous changer, nous aussi, tu ne crois pas ? »

James s'apprêtait à répliquer mais, réalisant que son ami s'efforçait à détendre l'atmosphère, les ramenant ainsi à l'instant présent, il esquissa un sourire entendu.

« Voyons voir lequel de nous deux sera la « poule mouillée », alors. »

Remus éclata de rire.

« Tu tiens vraiment à le savoir ? »

Sur ce, tous deux se séparèrent, le lycanthrope rejoignant la chambre qu'il occupait lors de ses nombreux séjours au manoir, alors que James, de prime abord, regagnait l'escalier, avant de se raviser.


Lily soupira, assise à même le sol, dos au lit, les jambes croisées, la tête rejetée en arrière contre le matelas, les yeux fermés, triturant machinalement la petite bourse de velours noir qu'elle avait récupéré, quelques temps auparavant. Elle se mordit les lèvres, agacée. Si même Kimberley commençait à n'en faire qu'à sa tête... Cela étant, les deux enfants n'avaient jamais été aussi proches depuis ce séjour prolongé au manoir. La petite suivait son aîné comme son ombre, ou presque, et, de toute évidence, reproduisait son comportement. Ce qui, à bien y réfléchir, n'était certainement pas une bonne chose. Malgré tout, elle ne regrettait pas un seul instant de les avoir envoyé, tous les deux, au Manoir. Ses deux enfants étaient épanouis, joyeux et en bonne santé… Que demander de plus ?

On frappa à la porte de la chambre, l'arrachant à ses réflexions.

« Entrez. » lâcha-t-elle distraitement, prenant juste le temps de glisser la bourse sous le lit, derrière elle.

Elle entendit aussitôt la porte s'ouvrir puis le silence. Sans même prendre la peine d'ouvrir les yeux, Lily identifia sans peine le nouveau venu, alors qu'il se tenait, incertain, sur le seuil de la pièce.

« Tu vas bien ? » s'enquit-il finalement.

La jeune femme ouvrit les yeux face à l'inquiétude évidente qui perçait dans sa voix et redressa la tête, se fustigeant mentalement, et s'efforça à adopter une expression plus sereine. Elle esquissa un sourire qui se voulait rassurant.

« Oui, ça va, ne t'en fais pas, assura-t-elle. Je…réfléchissais. » ajouta-t-elle en lui jetant un bref regard.

Il acquiesça pensivement, toujours sur le seuil, et se passa la main sur la nuque.

« Dis, si tu préfères qu'on attende un peu avant qu'ils aillent dehors, on peut toujours… »

Lily eut un léger rire et secoua la tête.

«- Ce n'est pas vraiment ça qui me préoccupais, reconnut-elle. Et, franchement, les connaissant, je doute fort qu'ils acceptent d'attendre.

- Je pense aussi, confirma-t-il, l'air amusé. Et encore, on peut s'estimer heureux que Sirius n'ait pas voulu se joindre à nous sinon ils seraient déjà dehors à l'heure qu'il est. »

Lily sourit, ne doutant pas un seul instant de ce qu'il avançait, même si Sirius demeurait toujours aussi implacable en sa présence. Elle comprenait la raison de son attitude, après tout il avait toujours été très protecteur à l'égard de son frère de cœur. Il lui reprochait, à juste titre, d'avoir blessé son meilleur ami, et il le lui faisait clairement savoir. Non seulement, il lui en voulait mais en plus il lui indiquait aussi qu'il désapprouvait totalement sa présence en ces lieux mais, par respect pour son ami, il s'abstenait de tout commentaire, du moins, pour le moment.

« Tu es sûre de ne pas vouloir te joindre à nous ? » demanda finalement James, la ramenant à la réalité du moment.

La jeune femme hésita un bref instant, avant de secouer négativement la tête.

« Merci mais pas pour l'instant. »

Il voulut dire quelque chose mais se ravisa, changeant de sujet.

« Bon…, mais si tu changes d'avis entre temps, tu sais où nous trouver. Ca te dérange si je…récupère quelques affaires dans l'armoire ? » s'enquit-il en désignant d'un geste le meuble en question.

Lily haussa les sourcils, surprise qu'il estime nécessaire de lui poser cette question.

« Bien sûr que non, c'est ta chambre, quand même. »

Il acquiesça distraitement, l'air mal à l'aise et s'avança jusqu'au meuble, ouvrant l'une des portes. Au bout d'un instant, elle lui jeta un regard en coin alors qu'il fouillait dans ses affaires, à la recherche d'une tenue plus appropriée à une sortie dans la neige. Il lui tournait le dos, concentré sur ce qu'il faisait. Au bout d'un moment, elle l'entendit grommeler et il sortit sa baguette de la poche arrière de son jean.

La jeune femme eut un sourire et secoua la tête, amusée.

«- Des difficultés à retrouver tes affaires ? se moqua-t-elle

- Non, ça fait juste un moment qu'elles n'ont pas servies, et que je préfère éviter d'avoir à vider l'ensemble de l'armoire pour les…atteindre. » répliqua-t-il en s'écartant brusquement, manquant de se faire ensevelir sous l'ensemble de ses vêtements qui jaillirent soudain de l'armoire.

Lily éclata de rire alors qu'il pestait vertement.

« Ce n'est pas drôle. » grogna-t-il.

Mais elle l'avait déjà rejoint, sa propre baguette à la main, renvoyant toutes ses affaires, qui gisaient sur le sol, en petits tas bien ordonnés sur les étagères. Finalement, seuls quelques vêtements demeurèrent à leurs pieds.

«- C'est ça, que tu cherchais ? lança-t-elle, un sourire désabusé aux lèvres, en ramassant une paire de gants.

- Ah, ah, ironisa-t-il. Moque-toi. J'avais la tête ailleurs, se justifia-t-il. Ceci dit, merci pour ton aide, même si j'aurais pu le faire moi-même. »

Lily leva les yeux au ciel, sans pouvoir totalement réprimer son sourire amusé, alors qu'il récupérait ses affaires.

«- Bon, je vais…

- Ta salle de bain est libre, intervint Lily en le voyant repartir vers la porte. Rien ne t'empêche de t'en servir, puisque tu es là, au lieu d'aller, une fois de plus, squatter celle que tu laisses à tes meilleurs amis, ajouta-t-elle en esquissant un sourire moqueur.

- Mais…

- Ca ne me dérange pas, James, assura-t-elle. On est chez toi, dans ta chambre, c'est quand même la moindre des choses que…

- Oui, mais…

- Il n'y a pas de mais qui tienne, tu es déjà là de toute façon alors autant faire au plus près, non ? »

Il voulut dire quelque chose mais se ravisa, se contentant de lui adresser un regard incertain.

«- Tu es sûre que…

- Mais oui, James ! s'impatienta-t-elle. Cesse donc de tergiverser ou la neige aura eu le temps de fondre dix fois avant que tu ne sois prêt. »

Il leva les yeux au ciel mais finit par trouver refuge dans la salle de bain attenante à la chambre. Lily secoua la tête, partagée entre l'amusement et l'agacement face aux états d'âmes dont le maître des lieux faisait preuve, avec son sens, presque excessif, de l'hospitalité. Elle avait appris, lors d'une discussion anodine avec Remus, que non content de lui laisser sa chambre et de dormir dans le salon, il préférait recourir à la salle de bain qu'il mettait à la disposition de ses amis plutôt que d'oser utiliser sa propre salle de main, dans un soucis de respecter au mieux son intimité, à elle.

La jeune femme inspira. Ca ne pouvait plus continuer de cette façon. Ce n'était pas à lui de se priver, de se sacrifier à chaque fois pour la préserver, elle. Elle l'avait assez fait souffrir. Mais… cela impliquait qu'elle prenne une décision. Et que, cette fois-ci, elle s'y tienne, quoi qu'il advienne. Mais chaque possibilité impliquait des difficultés, des problèmes à plus ou moins long terme.

Elle soupira et se laissa tomber sur le dos, sur le lit, exaspérée. Pourquoi étais-ce si difficile de prendre cette décision ? Pourquoi hésitait-elle autant ? Elle se plaqua les mains sur le visage, plongée dans ses réflexions, en proie à une lutte intérieure. Jusque là, elle s'était fiée à sa raison… à tort, au vue du résultat de ses choix passés. Et si elle se décidait enfin à suivre son cœur, en sachant que ce n'était pas sans inconvénient non plus ?

Après tout, si elle persistait dans sa ligne de conduite actuelle, il lui faudrait faire face à un choix déchirant, si elle partait, se protégeant ainsi de ses sentiments à l'égard de James, qui finiraient, un jour ou l'autre, par se retourner contre elle. Après tout, supporterait-elle de se séparer de son fils, le laissant ainsi à la garde paternelle, ou prendrait-elle le risque de blesser à la fois James et Harry en leur imposant une nouvelle séparation ? Elle grimaça à cette pensée, consciente que l'enfant ne lui faciliterait sûrement pas les choses et ferait tout pour rejoindre son père dès qu'il en aurait l'occasion. Et elle ne préférait même pas penser à l'impact que cette décision aurait sur James. Mais elle ne se sentait pas capable de quitter son fils, même en le sachant à la garde son père. Il était sa raison d'être depuis plus de dix ans, et elle ne se résignerait jamais à se séparer de lui, et encore moins ne plus jamais le voir. Ce qui serait le cas si elle décidait de partir. Elle couperait, une fois de plus, les ponts avec sa vie passée, ses relations.

Et, même si elle partait, qu'est-ce qu'elle ferait ? Où irait-elle ? Voldemort n'abandonnerait pas si facilement ses plans de vengeance à l'encontre de l'enfant. Et elle était sûre que ni le mage noir ni Dumbledore ne se laisserait plus berner par une fuite clandestine à l'étranger, ou tout du moins dans des pays anglophones. Dans tous les cas, cela serait une manœuvre d'autant plus délicate que Harry serait prêt à tout pour rentrer en contact avec son père, au risque de trahir leur localisation. A moins de se déplacer constamment, de ne jamais s'attarder au même endroit ? Elle écarta aussitôt cette idée. Après tout, elle souhaitait un minimum de stabilité à ses enfants. Etre toujours par monts et par vaux ne conviendrait ni à Harry ni à Kimberley.

Restait donc l'autre option : rester. Mais à quel prix ? Voldemort continuerait à traquer son fils et serait d'autant plus déterminer à supprimer quiconque se trouverait sur son chemin. James aurait encore plus de chance d'être blessé, ou pire… Et ça, elle ne le supporterait pas. C'était d'ailleurs la raison qui avait motivé son départ, onze ans plus tôt. La peur de le perdre, de le voir mourir sans pouvoir rien faire. Elle avait préférée sortir de sa vie, quitte à souffrir de cette décision, en espérant que, de son côté, il vivrait aussi longtemps que possible. Evidemment, elle ne s'était pas attendue à ce qu'il souffre autant de son départ.

Tout comme elle ne s'était pas attendue à se retrouver enceinte de lui. Et encore moins que leur enfant serait l'objet d'une prophétie impliquant, également, Voldemort. Ce dernier fait avait finit de la convaincre de la pertinence de sa décision. En se séparant définitivement de son mari et en dissimulant l'existence de l'enfant, elle avait espéré brouiller les pistes. Ca aurait pu marcher, si elle n'avait pas cédé à cette stupide pulsion de lui faire porter le nom de son père, le nom qui lui était dû. Car, désormais, elle était convaincue que c'était la raison pour laquelle Voldemort avait finit par les retrouver chez Rébecca, malgré toutes les précautions qu'elles avaient prises. Même si elle ignorait encore comment il avait fait, il avait appris l'existence de son fils et avait préféré jeter son dévolu sur lui plutôt que sur le fils des Londubat. Puis, en quittant la Grande-Bretagne, elle avait espéré échapper à tout ça. Mais, une fois de plus, elle s'était fourvoyée. Elle avait refait sa vie, dans l'intention de se fondre dans la masse, de véritablement passer à autre chose… Et cette décision avait faillit causer la perte de son fils. Une fois de plus, Voldemort avait retrouvé la trace de l'enfant.

«- Pourquoi faut-il toujours que ça soit aussi compliqué ? marmonna-t-elle.

- Euh…tu veux vraiment que je réponde à ça ? »

Elle sursauta, prise au dépourvu, et se redressa brusquement, enlevant les mains de son visage. James se tenait près de la porte donnant à la salle de bain, l'air circonspect. Mais il changea rapidement d'expression.

« Désolé, je ne voulais pas te surprendre, j'ai juste… oublié de prendre un t-shirt. » se justifia-t-il, en se passant nerveusement la main dans ses cheveux encore humides de la douche qu'il venait de prendre, gardant ses vêtements contre lui de son bras libre.

Lily haussa un sourcil, en réalisant qu'il était torse nu. Il s'était partiellement habillé, ayant déjà enfilé un jean et des chaussettes épaisses et tentait, tant bien que mal de dissimuler le reste. Un comportement plutôt étrange aux yeux de la jeune femme qui ne l'avait jamais vu aussi gêné en pareille situation. Mais c'était avant, justement… Elle secoua la tête, revenant à l'instant présent. James s'était déjà glissé jusqu'à l'armoire et, après une seconde d'hésitation, lui tourna le dos le temps de fouiller dans ses vêtements dans l'intention de compléter sa tenue.

La jeune femme écarquilla les yeux et se sentit pâlir en découvrant, alors, son dos. Par le passé, elle avait déjà eu tout le loisir d'admirer la façon dont sa musculature fonctionnait souplement sous sa peau au moindre de ses mouvements. A la différence prés que, à l'époque, sa peau demeurait relativement vierge de toute marque, en dehors de… la cicatrice qu'il gardait pour avoir voulu la protéger, elle. Mais là…

Elle le revit, le teint pâle, chancelant au moindre effort, dès qu'il échappait au soutien de son meilleur ami, lorsqu'il était revenu au manoir, après avoir arraché leur fils des griffes de Voldemort. Il avait été blessé, assez gravement selon les dires de Sirius, mais il avait refusé son aide lorsqu'elle la lui avait proposé, prétextant que Madame Pomfresh s'était déjà chargée de le soigner. Elle n'avait pas insisté… Et n'avait pas eu la moindre idée de ce qu'il avait, exactement. Et les longues marques qui traversaient son dos, encore très nette sur sa peau, lui donnaient une meilleure idée de l'importance de sa blessure.

Instinctivement, elle s'approcha discrètement, effleurant du bout des doigts les estafilades sombres, le faisant sursauter. Apparemment, il ne s'était pas attendu à ce qu'elle le rejoigne.

«- Ce n'est pas aussi grave que ça en a l'air, précisa-t-il en voulant se détourner. C'est…

- Pas si grave ? Ca fait plus d'un mois déjà, ça devrait être plus net que ça, rétorqua-t-elle, appliquant ses paumes sur les plaies en suivant son mouvement, le sentant frissonner. Ca te fait mal ? »

Il secoua la tête.

« Non, c'est juste… »

Il se tut et inspira profondément alors qu'elle parcourait des doigts les balafres qui lui barraient le dos, effarée par leur étendue, indifférente aux frémissements de sa peau sous ses doigts. Sirius avait eu raison de dire qu'il avait eu de la chance. Il s'écarta brusquement, se soustrayant à son contact, se retournant vivement pour lui faire face.

« Je ferais mieux… d'y aller, commenta-t-il en s'éclaircissant la gorge. Remus et les enfants doivent déjà comploter contre moi. » ajouta-t-il en s'efforçant d'adopter un ton léger.

Lily hésita, consciente de sa gêne, d'autant plus qu'il évitait, délibérément, de la regarder. Il en profita pour passer le premier t-shirt qui lui était tombé sous la main.

« Fais…attention à toi. » commenta-t-elle.

Il éclata de rire.

« Je pense que je ne devrais pas avoir trop de mal à m'en tirer, répliqua-t-il. Après les Mangemorts et Voldemort, ça ne sera pas deux enfants et ce bon vieux Lunard qui me poseront problème. »

Lily esquissa une moue sarcastique.

« Je ne serais pas si confiant, à ta place. Harry a de qui tenir. »

Sur ce, elle se détourna et gagna à son tour la salle de bain, sans un mot de plus, ignorant le regard perplexe du maître des lieux.


Etonnamment, aucun complot n'avait été préparé, lorsqu'il avait retrouvé les deux enfants et son ami dans le hall d'entrée. Harry, chaudement emmitouflé, attendait, plus ou moins patiemment, assis sur les marches, mais esquissa un large sourire lorsque son père les rejoignit. Remus finissait d'aider une Kimberley plutôt agitée à enfiler un anorak rouge.

« On peut y aller ? On peut y aller ? » s'enthousiasma la petite, une fois prête.

Les deux adultes échangèrent un regard amusé.

« Maman et Sirius ne veulent toujours pas venir ? » s'enquit l'aîné en se levant d'un bond.

James haussa les épaules.

« Pas pour le moment mais, connaissant Sirius, il finira par changer d'avis, ajouta-t-il en esquissant un sourire moqueur. Il ne nous laissera pas longtemps nous amuser sans lui. Vous êtes prêts ? »

Les trois autres approuvèrent, Kimberley filant déjà dans le salon, apparemment pressée de sortir. Tous les quatre s'étaient attardés un bref instant sur la terrasse enneigée, contemplant la vaste étendue immaculée qui s'étendait devant eux, miroitant à la lueur du soleil qui s'élevait lentement à l'est. Les yeux écarquillés, la fillette contemplait la scène avec ravissement, et agrippa l'une des mains gantées de son aîné.

« Eh, doucement ! » s'exclama Harry en riant, en se laissant, malgré tout, entraîner par la fillette sous le regard amusé des deux adultes.

Mais dans sa précipitation, la petite finit par trébucher et lâcha, sous le coup de la surprise, la main de son demi-frère, s'étalant de tout son long dans la neige épaisse.

« Kim, ça va ? » s'inquiéta aussitôt Harry.

Seul un rire cristallin lui répondit, alors qu'un bonnet rouge, parsemé de neige, émergeait soudain du manteau blanc.

« Idiote, rétorqua aussitôt son aîné, en évitant un tas de neige que la fillette avait lancé dans sa direction. Apprend à viser… »

Et les deux enfants entreprirent de se chamailler amicalement, sous le regard des deux adultes, jusqu'à ce qu'ils soient touchés par deux boules de neige lancées dans leur direction.

«- Oups ! s'exclama aussitôt la fillette, hilare.

- Bon, vous venez ? répliqua l'aîné, préparant déjà une nouvelle boule. »

Remus et James échangèrent un regard entendu et se précipitèrent ensemble sur les deux enfants. Kimberley poussa un cri et voulu battre en retraite, et s'étala à nouveau dans la neige, provoquant l'hilarité générale alors que Remus la rejoignait, la soulevant sans mal du sol alors qu'elle crachotait de la neige, le nez rougi par le froid. Harry, lui, tenta de lancer sa boule mais manqua sa cible, son père s'étant penché pour faire une grosse boule de neige qui, elle, atteignit adroitement l'enfant.

«- Eh, s'indigna aussitôt Harry, piqué au vif.

- Tu ne croyais pas t'en tirer aussi facilement, j'espère ? » se moqua le maître des lieux en le rejoignant.

Au même instant, de nouveaux projectiles s'abattirent dans leur direction, Remus aidant la fillette à réaliser de vraies boules de neige. Les deux Potter échangèrent aussitôt un regard complice.

« Ah vous le prenez comme ça ? » s'exclama l'adulte.

Et la guerre fut alors déclarée, le père et le fils d'un côté, Remus et la fillette de l'autre, se transformant bien vite en bataille rangée, les deux partis se bombardant impitoyablement, évitant plus ou moins habillement les projectiles adverses et rivalisant d'adresse et de finesse pour déjouer les attaques adverses et atteindre l'autre équipe. Très vite, la neige se retrouva piétinée par les déplacements incessants, le calme des lieux brisé par les rires et les cris, sous les regards ravis des Elfes de maison, massés derrière l'une des fenêtres de la cuisine.

«- C'est à se demander qui s'amuse le plus, observa Aly, perché sur le plan de travail pour mieux voir ce qui se passait à l'extérieur. Les enfants ou les adultes ?

- Les deux, je crois, commenta Kaly, perchée dans un équilibre plus ou moins précaire sur une pile de casseroles entassées sous la fenêtre, les mains et le nez plaqués contre la vitre. Ca fait plaisir de les voir comme ça.

- Surtout Maître James, confirma Eldora. Eh, Minsy, va falloir se surpasser pour le repas de Noël…

- Oui, sûrement. » acquiesça, distraitement l'Elfe, assise sur le bord du plan de travail, ses courtes jambes se balançant dans le vide.

Les trois autres échangèrent un regard, surpris.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? » s'enquit Alvy.

Minsy secoua négativement la tête.

« Rien, déclara-t-elle. Je pensais juste à quelque chose. »

Sur ce, elle se laissa glisser au pied du meuble et se retourna vers ses semblables, redressant les épaules.

« Bon, assez traîné, remettons-nous au travail, intima-t-elle. Nous avons un petit déjeuner à préparer. »


Après êtres restée un moment à observer la scène, accoudée à la balustrade d'un des nombreux balcons surplombant l'arrière du jardin, Lily avait finit par rentrer, dans l'intention de se remettre au chaud. Mais finalement, elle changea d'avis, mûe par une idée subite. Et lorsqu'elle quitta, à son tour le manoir, elle ne pu réprimer un éclat de rire en découvrant l'étrange spectacle qui s'offrait à elle. Remus, à plat dos dans la neige, observait, hilare, le maître des lieux qui tentait (sans réellement faire d'effort) de se libérer des deux enfants qui s'étaient jetés sur lui, s'efforçant de le plaquer au sol.

Tous se figèrent en l'entendant rire, Kimberley cramponnée au cou de l'adulte, Harry agrippé à ses épaules, perché sur son dos, l'un tirant, l'autre poussant dans l'espoir de le faire complètement tomber.

«- Ah, Lily, commenta Remus, en se redressant dans la neige, sans pouvoir totalement réprimer un sourire amusé. Qu'est-ce qui t'amène ?

- Je vois que vous vous amusez bien. » commenta-t-elle en esquissant une moue moqueuse, en les rejoignant.

Les enfants hésitèrent un bref instant, ne sachant pas trop comment réagir, et relâchèrent leur prise, se tenant l'un à côté de l'autre près du maître des lieux qui en profita pour se redresser, s'époussetant distraitement. Elle se maudit silencieusement pour avoir employé un ton aussi cassant alors que ses intentions étaient toutes autres.

« On peut faire quelque chose pour toi ? » s'enquit posément James.

La jeune femme hésita.

« Oh, non, je pensais que vous pourriez peutt-être interrompre vos jeux un instant, le temps de prendre votre petit-déjeuner. »

Sur ce, elle se retourna, sans remarquer l'échange de regard entendu de ses enfants. Par contre, elle sentit les boules de neige qui s'abattirent dans son dos. Elle se figea et, lentement, se retourna, sous les gloussements ravis de Kimberley et Harry. Elle haussa un sourcil, les mains sur les hanches, en jaugeant du regard les deux complices, notant au passage l'expression faussement innocente de James et le sourire amusé de Remus. Apparemment, le complot n'avait pas été élaboré contre le maître des lieux mais bel et bien contre elle.

« Ah oui ? Vous le prenez de cette manière ? »

Les deux enfants échangèrent un regard incertain, jusqu'à ce qu'ils la voient se pencher, formant à son tour une boule de neige. Et la bataille reprit de plus belle, alors que la jeune femme se mêlait aux joutes amicales, sous les cris et les rires des participants.


«- Maman fait de supers bonhommes de neige, hein ? s'exclama Kimberley en recouvrant consciencieusement une nouvelle pile de pancakes de chocolat chaud et de sirop d'érable, sous le regard résigné de sa mère.

- On n'en doutait pas un instant, commenta James, l'air amusé.

- Mais celui de qu'on a fait avec papa était chouette aussi…jusqu'à ce que tu t'écrases dedans, ajouta Harry, entre deux bouchées, en jetant un regard entendu à son père.

- Tu sais très bien qu'on m'y a… un peu aidé, grommela l'adulte en jetant un regard assassin à son ami, qui sembla trouver un intérêt soudain à l'exemplaire de la Gazette posé près de sa tasse de thé, et Lily qui ne pris même pas la peine de dissimuler son sourire amusé.

- Oui mais même… insista Harry. Enfin, on a perdu pour les bonhommes de neige, mais on a gagné la bataille de boule de neige, c'est clair. »

Les adultes éclatèrent de rire, amusé par l'attitude du garçon.

« En voilà un qui n'accepte pas facilement la défaite, observa Remus. On se demande de qui il tient ça. »

La discussion se poursuivit aimablement dans la salle à manger, autour d'un petit-déjeuner copieux.

« Et si on allait réveiller Sirius ? » s'exclama soudain Harry, en repoussant son assiette.

James fronça les sourcils.

« A quel genre de réveil penses-tu, exactement ? »

Le garçon esquissa un sourire machiavélique et entreprit d'expliquer son idée, sous le regard sceptique de sa mère, celui intrigué de sa demi-sœur, intéressé de Remus et amusé de son père.


Et c'est ainsi que…

«- POTTER, espèce de…

- Oh, Monsieur Sirius, voyons ! couina Kaly, outrée alors que des rires triomphants se faisaient entendre dans l'escalier.

- Vous allez me le payer, tous autant que vous êtes, nom de…

- Voyons Sirius, pas devant les enfants, répliqua Remus d'une voix moqueuse. Et cesse donc d'être aussi rabat-joie…

- MOI ? Rabat-joie ? Depuis quand vouloir dormir est…

- C'était une blague, Patmol, une blague ! riposta sèchement le lycanthrope. De Harry, et non de James comme tu sembles le penser. »

Cet argument le coupa dans son élan, l'incitant à ravaler ses propos acerbes.

«- Ouais, ben il n'empêche que ce n'est pas sympa comme réveil, grogna-t-il finalement. Et qu'il va me le payer…

- Et bien, en attendant, maintenant que tu es levé, tu vas venir prendre un bon petit-déjeuner… mais va te changer avant ! »

De nouveaux rires se firent entendre dans l'escalier, provoquant un nouvel accès de colère de leur victime.


Et voilà pour le chapitre 13… Prochain chapitre, le 14è donc les fêtes de fin d'année façon Potter et la situation va enfin réellement avancer ^^