Vronik : Oui, j'aime faire monter la pression. Ca lui va tellement bien la pression à Kylo Ren, je trouve ^^'
NoChaDaiSAlamander : J'avoue la coïncidence est drôle. ^^'
Bah, ouais… Faut bien que j'assume, c'était vraiment un chapitre de transition, donc moins palpitant. J'essaie d'en profiter pour développer plus l'aspect psychologique et surtout montrer les relations entre les membres du Clan et expliquer la mentalité des Sith par rapport à comment ils se perçoivent les uns par rapports aux autres. Sinon, on a que le point de vue de Rey et Kylo Ren qui évoluent en périphérie du reste du Clan (du noyau dur, si je puis dire).
Bon, je peux pas dire qu'il se passe tellement plus de choses dans ce chapitre-ci. Mais il y a un gros clash qui pointe à l'horizon… Mais chut… ;)
Cara: Tes commentaires sont toujours un baume au cœur. Et la tension au sein du Reylo n'est pas prête de redescendre. Patience, patience… Je suis contente que Lady Frak te plaise. Bon, ça surprendra personne si j'avoue que je me suis inspirée d'Olenna Tyrell (GoT). J'aimais bien l'idée de confronter Kylo Ren à un personnage aussi franc. Il serait totalement démuni, je pense… ^^'
Lilarose12 : Et bien, j'espère que la suite continuera à te plaire.
HelaStark : Oui, ça va être chaud ;)
Le Maître
La chambre de Pyrcel Yama se trouvait à l'autre bout du couloir. Rey se pressa à la porte. De l'autre côté du battant lui parvinrent les voix étouffées de Lady Henice et sa mère. La jeune femme hésita un instant à écouter discrètement ce qu'elles se disaient. Mais elle se dit que si un serviteur ou un membre de la garde venait à passer, elle aurait du mal à justifier le fait qu'elle se tienne debout dans le couloir, l'oreille collée à la porte.
Rey se résolut donc à toquer avant de tirer de verrou.
- Qu'est-ce ? l'accueillit la voix revêche de Lady Frak.
- Je… Sa Majesté m'envoie assurer le service de Lord Pyrcel, déclara Rey en s'efforçant d'adopter une attitude humble et respectueuse.
Lady Frak la détailla de la tête aux pieds avec l'air de quelqu'un qui vient de trouver une mouche dans son potage.
- Où ils l'ont ramassée celle-là ? Dans une étable ou un bordel ?
- Mère, c'est l'écuyère personnelle de Kylo Ren ! l'avertit Lady Henice.
La vieille la considéra avec à peine moins de mépris.
- Vraiment… Décidément, Ren aime s'entourer de va-nu-pieds.
Rey rassembla toute sa volonté pour ne pas se laisser atteindre par l'insulte.
Tu en as vu d'autres, se répéta-t-elle. Et de toute manière, cette vieille bique n'épargne ses piques à personne. Pas même à sa propre fille.
- Henice, es-tu à ce point impotente que tu ne puisse te passer d'un seul de tes domestiques, et que Pyrcel doive se contenter des restes que Kylo Ren lui cède ?
- Ca ne me gène pas, Grand-mère…
- Qui t'a demandé ton avis ?
Le jeune Pyrcel se retrancha dans le mutisme. Il jetait de temps à autre des regards inquiets vers sa mère. Henice semblait imperméable aux critiques de sa mère. Rey devait bien s'avouer qu'elle admirait en cet instant la sérénité et l'aplomb – digne d'une maîtresse Jedi aguerrie – dont la noble dame faisait preuve. A moins qu'elle soit juste tellement habituée aux reproches que ça ne lui faisait plus grand effet.
Durant son enfance, Rey avait souvent ressenti le manque de ne pas avoir connu la tendresse d'une mère. Mais en voyant Lady Frak, elle se dit qu'elle avait peut-être échappé au pire…
- Oh, il est vrai qu'à une époque, Vador lui-même s'est piqué d'intérêt pour une fille de rien. Une Togruta… Je ne me rappelle plus son nom… Elle était insolente et insupportable… Je crois me rappeler qu'elle a fini par être chassée.
- Mère, que diriez-vous d'aller au jardin ?
Lady Frak tourna vers sa fille un regard circonspect.
- Que trouves-tu de si attractif au jardin ?
- La dernière fois que je suis venue vous rendre visite, j'avais apporté un pied de rosier de Naboo. J'aimerais voir si les fleurs ont pris.
A la surprise de Rey – et son grand soulagement – Lady Frak accepta de se plier au souhait de Lady Henice et la suivit hors de la chambre.
La jeune femme se retrouva seule avec le jeune Pyrcel. C'était un jeune garçon dégingandé et frêle. A le voir trainer ses grands yeux clairs dans la pièce, l'air désœuvré, on peinait à l'imaginer les armes à la main. Rey ressentit un élan de pitié pour lui. Lorsqu'elle avait appris, durant le voyage, que Ren avait pris le garçon en otage, son sentiment de culpabilité s'était réveillé. Elle avait tenté de se rassurer : après tout, si les Yama se tenaient à carreau, leur fils serait bien traité. KyloRen n'était pas un monstre : il avait déjà épargné la vie de Pyrcel, une fois…
Les deux jeunes gens restèrent, durant un temps qui parut interminable à Rey, plongés dans un profond silence gêné. Il n'y avait que peu de bagages dans la chambre. Des affaires dont Rey n'osait pas s'approcher sans l'accord de leur proprié jeune Sith n'avait eu que la nuit dernière pour rassembler ses effets personnels et se préparer à un long voyage. Leur nombre restait toutefois plus conséquent que le petit baluchon que Rey trainait avec elle depuis Korriban.
Elle avisa une pile de draps posés sur un coffre. Et le lit de la chambre n'était pas fait. Visiblement, la venue du petit-fils de la maîtresse du manoir n'était pas attendue. On avait dû préparer la chambre à la dernière minute. Rey prit alors sur elle de préparer le lit. Comme ça, ça lui éviterait de se demander où elle allait dormir cette nuit. Ben Solo semblait vouloir la tenir à distance en ce moment…
- Je suis désolé que vous deviez faire les frais de ses injures. Si ça peut vous consoler, je l'ai déjà vue parler bien plus mal à mon père.
Rey s'immobilisa un instant, penchée au-dessus du matelas : d'abord surprise que le jeune Sith lui adresse la parole, encore plus que ce soit pour lui présenter des excuses.
- Lady Frak ne semble pas avoir une haute estime de Lord Yama, dit-elle prudemment.
- Grand-mère n'a d'estime pour personne. Selon elle, ceux qui ne montrent pas une puissance élevée dans la Force, devrait purement et simplement être bannis du Clan. Le problème, c'est que cette sentence pourrait s'appliquer à la moitié des Sith nés au cours des trois dernières décennies.
Rey n'osa pas lui demander si ce constat s'appliquait à lui également. Elle se remit à la tâche, laissant Pyrcel s'épancher.
- Et faute encore plus grave : Père a épousé en première noce une étrangère ! Pour une fervente croyante comme elle, ça relève de la trahison pure et simple. Dans le fond, c'est une chance que Fénide ne vous ai pas accompagnés. Grand-mère aurait lâché les chiens sur elle.
- Pourquoi a-t-elle laissé vos parents se marier, si elle méprise tant que ça les Yama ?
- A vrai dire, c'est le père de ma mère qui a donné son accord pour ce mariage. Lord Yama était prêt à la prendre sans dot. Il voulait désespérément une épouse avec des capacités pouvant faire pencher la Force en leurs faveurs. Et mon grand-père était ravi de placer sa fille à si bon compte.
- Et votre mère ? Elle avait envie de se marier ?
- Je crois bien qu'elle aurait accepté d'épouser un vacher, si ça lui permettait seulement de quitter la demeure de ses parents.
Rey ne put qu'approuver silencieusement.
- Lady Henice semble plutôt bien encaisser les critiques.
- Elle fait bonne figure devant les étrangers, mais elle n'a qu'une hâte, c'est de s'en aller. La dernière fois qu'elle a rendu visite à Grand-mère, elle a tenu une semaine. En rentrant, elle s'est enfermée dans ses appartements et elle n'en est pas sortie durant trois jours. Père lui montait lui-même ses repas pour s'assurer qu'elle se nourrisse correctement.
Rey peinait à imaginer Lord Usaï veiller sur sa femme et lui donner la béquée. Surtout après ce qu'elle avait surpris de leur relation conjugale. Mais plus elle en apprenait sur les Sith et leur coutume, plus elle trouvait leur conception de l'attachement et de la tendresse assez alambiquée. Qui sait si étrangler son mari n'était pas une sorte de jeu érotique dans leurs esprits tordus ? Bien sûr, elle garda ses réflexions pour elle.
Des bruits de pas et de métal retentir dans le couloir. On cogna à la porte. Rey leva la tête. Pyrcel sursauta et se retourna, inquiet vers la porte. On frappa une nouvelle fois. Comme le jeune noble ne semblait pas décidé à quitter son siège, Rey alla à la porte, qu'elle ouvrit pour se retrouver face à Phasma, flanquée de deux gardes en armes.
- Sa Majesté a à cœur la sécurité du jeune Lord Yama, déclara la grande chevalière en désignant ses accompagnateurs.
- Oui, bien sûr, acquiesça Rey consciente que la sécurité de Pyrcel intéressait moinsKylo Ren que l'assurance qu'il ne mettrait pas un pied hors de ses appartements sans que la garde royale le sache.
Elle se tourna vers le jeune garçon qui tendait le cou pour lorgner dans l'entrebâillement de la porte. Il avait ce regard craintif des chiens de prairie lorsqu'ils pointaient le museau hors de leur terrier pour tenter d'apercevoir de potentiel prédateur.
- Lord Pyrcel, lança Phasma.
L'interpelé bondit comme un lièvre surpris par un carreau d'arbalète.
- Cette servante vous convient-elle ou désirez-vous quelqu'un d'autre pour votre service ?
Rey commençait à se lasser qu'on la prenne pour une bonniche. Comme si elle avait supplié qu'on la mette à ce poste !
- N…non, tout va bien, répondit timidement Pyrcel. Elle… elle est très agréable.
Un compliment ! Et sincère en plus ! Venant du frère de Lady Fénide ! Rey avait-elle basculé dans un monde parallèle sans s'en être aperçue ?
- Moi, j'aurai une demande à soumettre à Kylo Ren, s'enhardit-elle.
Phasma inclina du chef, prête à écouter ses doléances.
- Dites à sa Majesté que j'aimerais poursuivre mon entrainement. Ca fait plusieurs jours que je n'ai pas pu m'exercer à l'épée. Après tout, cela fait partie de mes devoirs en tant qu'écuyère royale.
- Je transmettrai, répondit Phasma.
Puis la grande chevalière s'enfonça dans le couloir, laissant les deux gardes sur le pas de la porte. Rey referma et retourna finir le lit. Puis elle décida de s'occuper des coffres, histoire de faire l'inventaire de ce que le jeune garçon avait à sa disposition et voir s'il ne faudrait pas compléter.
- Vous devez me trouver pathétique…
Rey leva les yeux vers Pyrcel. Ce dernier était resté planté au milieu de la pièce. Définitivement, il ne savait que faire de lui-même. Il était retenu prisonnier dans la demeure de sa propre grand-mère et une étrangère s'occupait d'arranger sa chambre.
- Je crois que votre situation n'est pas facile, dit Rey. Et que vous faites de votre mieux pour qu'elle n'empire pas.
Un sourire timide étira sa bouche. Il avait des petites fossettes qui lui donnaient un air encore plus juvénile.
- Mon père souhaiterait que je m'endurcisse. Il dit souvent que Fénide a plus de tripes que moi…
Rey avait compris que ce flot de bavardages ininterrompu était un moyen pour Pyrcel de tromper son anxiété. Sansdoute ne voyait-il dans ses confidences que des détails anodins. Il ne voyait en elle qu'une humble servante avec une oreille bienveillante. A qui irait-elle répéter ce qu'il lui disait ? D'autant que la plupart des choses qu'il lui disait étaient des faits connus de tous. Ou du moins des gens qui se tenaient au courant des ragots.
Mais si la conversation dérivait sur Lady Fénide, Rey préférait garder le silence. Sinon elle allait être beaucoup moins « agréable ».
- Je crois qu'il a raison. Un rien me fait sursauter. Surtout depuis la bataille de Korriban.
Il marqua une pause. Tout son corps se mit à frissonner.
- Voir tous ces morts tomber autour de vous… l'odeur du sang… Les cadavres qui jonchent le sol et vous empêchent d'avancer… Au moment où Kylo Ren a frappé Snoke et que je l'ai vu tombé... Je l'avoue : j'ai poussé un soupir de soulagement. Je me suis dit : « c'est fini ! Le combat va cesser. Ils vont tout arrêter, puisqu'ils n'ont plus de raisons de se battre. »
Rey se rappela alors de l'attaque du Temple Jedi par les troupes de Hux. Elle se souvint du siège qui avait duré trois jours. Prévenus par des sentinelles de l'approche de l'armée, Luke avait fait évacuer les padawans par les caves du Temple. A eux ensuite, de gagner un lieu sûr par les chemins de terre. Il avait tenté de convaincre Rey de partir avec eux.
L'Ordre est condamné, lui avait-il dit. Ne te sacrifie pas pour une cause perdue.
Mais Rey avait tenu bon. Elle ne pouvait se résoudre à abandonner à son sort cet homme qui l'avait arrachée à une vie misérable.
Il n'y avait guère plus qu'une centaine de Jedi dans le Temple, lorsque Hux en avait forcé les portes. Cent Jedi aguerris et entrainés, contre mille soldats armés. Ce fut un massacre. Mais les assiégés vendirent cher leurs vies.
Rey entendait encore raisonner le fracas des armes. Ces lieux autrefois si paisibles s'étaient emplis de fureur et de sang. Un à un, les Jedi étaient tombés, leurs tuniques claires devenues écarlates. Elle ne savait pas comment – par quel miracle ? – elle et Luke étaient parvenus à se tirer de ce coupe-gorge. Elle se rappelait juste avoir donné des coups d'épée, de lance, de bâton – tout ce qui lui était tombé sous la main – dans toutes les directions. Elle se rappelait ce soldat cuirassé qui avait foncé sur elle. A ce moment-là, elle avait vraiment cru sa fin arrivée. Et soudain, maître Luke était apparu à ses côtés. Son sabre brandit, il avait dévié le coup de son assaillant. Surpris, ce dernier n'avait pas eu le temps d'anticiper la suite. Luke fit sauter son casque d'un mouvement et décoller sa tête de ses épaules. Il s'était alors tourné vers Rey, pour voir si elle allait bien. Ce qui l'avait empêché de voir venir un deuxième attaquant, qui lui planta sa lance dans le flan droit.
Il avait encore les yeux plongés dans ceux de Rey, au moment où il avait senti le fer s'enfoncer dans la chair. La jeune femme n'oublierait jamais la surprise et le désarroi qui étaient apparus au fond des prunelles du maître Jedi. Avait-il déjà compris que cette blessure lui serait fatale ?
- Je suis désolé. Je vous assomme avec mes discours.
Rey revint dans le moment présent. Pyrcel était toujours assis non loin d'elle et la regardait avec circonspection.
- Non, répondit elle en se redressant, faisant mine d'épousseter un manteau de laine qu'elle sortait du coffre de voyage. C'est à moi de m'excuser. J'ai eu un moment d'absence.
Elle regarda par la fenêtre, la nuit était en train de tomber.
- Voulez-vous que j'allume un feu pour réchauffer la chambre ? demanda-t-elle.
Avant que Pyrcel ne puisse répondre, on frappa de nouveau à la porte. Comme tout à l'heure, le jeune garçon n'osa pas s'approcher de la porte. Peut-être craignait-il qu'on vienne lui annoncé que Kylo Ren avait changé d'avis et qu'il voulait sa tête pour l'exemple.
Rey alla donc ouvrir. C'était encore Phasma.
- Votre mère et votre grand-mère vous attendent dans la grande salle pour partager leur repas, lança la grande chevalière par-dessus la tête de Rey, comme si cette dernière n'avait été qu'un cale-porte.
Pyrcel acquiesça et se dirigea vers le couloir. A peine eut-il mis un pied hors de la chambre que les deux gardes qui en encadraient l'entrée se placèrent de part et d'autre de lui. Pyrcel sursauta comme s'ils allaient l'écraser entre leurs cuirasses. Mais ils se contentèrent de le suivre comme des ombres vers la salle du dîner.
Rey se retrouva sur le pas de la porte, face à Phasma.
- Vous avez pu parler à Kylo Ren ? demanda Rey sans faire de manière.
Elle commençait à être habituée à la présence des chevaliers de Ren. Et même si elle ne pouvait pas dire qu'elle était la bienvenue dans leur monde, elle n'avait plus peur d'être directe lorsqu'elle avait une chose à demander.
- Au sujet de mon entrainement, précisa-t-elle.
- Oui, répondit Phasma.
- Et ?
- Sois demain matin, à l'aube, dans la cour principale.
- Et ce soir, je dors où ?
- Aux cuisines. Avec les autres domestiques.
Même si Phasma n'était pas très expansive, ses remarques avaient le mérite de ne laisser planer aucune ambiguïté.
Le lendemain, Rey fut dans la cour au moment où le soleil pointait à l'horizon. Mais à sa grande surprise, ce n'était pas Ben Solo qui l'y attendait, mais Daeron. Le chevalier au crânerasé était assis sur un banc de pierre, les bras croisé sur la poitrine. Il se leva en voyant Rey.
- Tu es en retard, dit-il en guise de salutation.
- L'entrainement est censé être à l'aube, se défendit Rey.
- Un combattant aguerri est debout, l'arme à la main, au moment où le coq pousse son premier cri.
- Où est B... Kylo Ron ?
- Son Altesse, le seigneur Kylo Ren, corrigea le chevalier, est occupé à examiner les comptes des dernières récoltes avec Lady Frak.
- Mais… je devais m'entrainer ce matin…
- C'est pourquoi je suis là.
- … Avec lui.
Daeron prit deux bâtons posés contre un mur et en lança un à Rey. La jeune femme le prit au vol.
- Bons réflexes, commenta Daeron. Voyons ta position de défense…
Rey restaplantée au milieu de la cour, interdite.
- C'est Kylo Ren qui devait m'entrainer. Je suis son écuyère.
- Le Roi a assez d'obligations sans devoir en plus te consacrer une heure de son précieux temps.
La jeune femme n'en revenait pas. C'était forcément une mauvaise blague.
- Ca fait une semaine que je n'ai pas pu avoir d'entrainement sérieux parce que Sa Majesté avait des obligations. Je le sais, j'étais avec lui tout le temps. J'ai dû crapahuter dans des champs où on venait de répandre du fumier. J'ai dû récurer ses bottes pleines de boues. J'ai passé tellement d'heures à cheval que je ne sens plus mon cul. Je me suis farcie ses roucoulades avec Lady Fénide. J'ai passé des nuits blanches à recopier tout un tas de parchemins pour que ses scribes puissent ensuite les classer dans leurs foutus registres. Alors ne venez pas me dire à moi comment Kylo Ren doit occuper son temps !
- En tout cas, il te reste assez d'énergie pour te plaindre, constata froidement Daeron.
De nouveau, Rey demeura sans voix. Entre lui et Phasma, c'était à se demander si les chevaliers ne suivaient pas un entrainement particulier pour être le plus désagréable et le plus antipathique possible ? Cette fois c'était certain, Ben avait tout découvert de sa trahison et il voulait le lui faire payer, de la plus perverse, la plus sournoise et la plus odieuse des manières !
- Les choses sont simples, poursuivit le chevalier au crâne rasé : si tu veux t'entrainer aujourd'hui, ce sera avec moi. Si ça ne te convient pas, tu peux aller t'occuper des chevaux, repriser le linge, ou quelque soit ce que tu fais de tes journées. Je dirai simplement à Kylo Ren que tu n'étais pas motivée pour travailler.
Piquée au vif, Rey se mit en position d'attaque. Elle jura qu'un faible rictus était apparu au coin de la bouche de Daeron.
La matinée fut éprouvante. Ben était un maître exigeant. Mais Daeron était un véritable bourreau. Rey n'avait eu que rarement l'occasion de le voir combattre, mais il avait la réputation d'être si rapide et précis dans ses attaques que ses adversaires avaient à peine le temps de comprendre ce qui leur arrivait qu'ils mordaient la poussière. Et Rey en fit les frais.
C'était très différent d'avec Ben Solo. A force de s'entrainer avec lui, elle avait fini par pouvoir anticiper ses attaques. Ce n'était pas très compliqué en fait : le visage de Ben était un livre ouvert. Bien sûr, il déployait beaucoup d'efforts pour avoir l'air impassible, mais dès qu'il était tendu ou pris dans le feu de l'action, ses défenses tombaient et ses émotions prenaient le dessus.
Mais Daeron, lui, était un mur. Impossible de deviner ce qu'il avait en tête avant qu'il frappe. Après avoir mordu la poussière pour la énième fois, Rey eut vraiment l'impression d'avoir régressé de plusieurs semaines. Pourquoi, à chaque fois qu'elle avait le sentiment de progresser, elle faisait ensuite dix pas en arrière ?
- Tu vises trop haut, commenta Daeron en faisant tournoyer son bâton. Tu devrais choisir des cibles à ta portée.
Rey se releva, furieuse, et sauta sur son adversaire, le bâton levé. Un coup latéral du chevalier suffit à parer son attaque. Mais la jeune padawan ne relâcha pas la pression : elle enchaina coups francs et attaques de biais. Harcelant Daeron sous une pluie d'actions anarchiques. Le chevalier esquivait, la laissait approcher, puis lançait une riposte. Rey esquivait à son tour. Et le manège reprenait.
Au bout d'une heure, Rey avait les muscles des bras et des jambes tétanisés mais elle refusait de déclarer forfait. Jusqu'à ce que Daeron décide de mettre un terme à l'entrainement.
- Ca ira pour aujourd'hui, dit-il en reprenant le bâton de Rey.
- Quoi ! s'exclama-t-elle. Mais on ne s'est même pas entrainés à l'épée !
- Tu verras ça un autre jour. J'ai d'autres choses à faire et tu es déjà épuisée…
- Non, pas du tout !
En vérité, si elle tenait encore debout, c'était surtout parce que ses genoux refusaient de se plier à cause des courbatures.
- Ce n'est pas terminé…
- Moi, j'ai terminé en tout cas. J'irais faire mon rapport à Kylo Ren. Toi, je te conseille de manger léger ce midi et de trouver un flacon d'huile pour masser tes courbatures. Sinon, tu n'arriveras pas à te lever demain.
Sur ce, sans plus un regard pour elle, Daeron alla de son côté. Rey le laissa partir. Elle était ulcérée. Elle ne comptait pas en rester là. Quels que soient les motifs de Ben, il lui devait une explication, et elle comptait bien la lui réclamer.
Après avoir fait un passage par la fontaine de la basse-cour pour boire un peu d'eau et surtout rafraichir ses articulations – un petit massage à l'huile ne serait pas une mauvaise idée, finalement ! – elle se rendit droit aux appartements de Kylo Ren. A cette heure-ci, elle ne pensait pas l'y trouver, mais les gardes devant sa porte sauraient peut-être lui dire où il était allé.
En effet, ces derniers lui apprirent qu'après son entrevue avec Lady Frak – au sujet de la gestion des fermes – il avait annoncé son intention de se recueillir dans la chapelle du manoir pour méditer. Rey se souvint que la maîtresse du manoir en avait parlé lorsqu'elle faisait visiter les lieux. La chapelle des Frak était l'une des plus anciennes dédiées au Côté Obscure. Selon la légende, elle aurait été construire selon les instructions du fondateur de la lignée Frak, qui voulait ainsi montrer sa dévotion à la Force. On disait que les seigneurs du château venaient y prier – et même y faire des sacrifices, lors de messes noires – avant chaque bataille et que cela leur avait toujours assuré la victoire.
La chapelle était accolée à l'aile nord du manoir. C'était une sorte d'écrin de marbre noir et de pierre de lave, aux murs nus seulement percés de vitraux de verre rouge. Ce qui lui conférait une ambiance à la fois feutrée et oppressante.
Rien à voir avec les grandes salles de méditation du temple d'Endor, faites de pierres grises et blanches. Souvent piquées de vert par la mousse, le lichen ou encore les herbes folles qui poussaient entre les joints du granite et de la craie.
A peine arrivée sous le porche, Rey eut l'impression d'être aux portes de l'Entremonde. Un sentiment de malaise lui pressa le cœur, alors qu'elle pénétrait doucement le lieu. Elle trouva Ben Solo, agenouillé sur les dalles de marbre, devant l'autel où trônait une sorte d'idole taillée dans du bois d'ébène, représentant une figure assise en méditation. Les mains jointes, collées à plat, paume à paume, son front appuyé sur le bout de ses doigts, ses yeux étaient fermés et ses traits figés dans une expression concentrée. Il paraissait plus austère que jamais. Les pans de son manteau étalés autour de lui semblaient se perdre dans les dalles de marbre. On aurait dit qu'il fusionnait avec l'intérieur de la chapelle. A le voir ainsi, perdu dans ses pensées et ses prières, Rey comprenait aisément qu'on l'ait surnommé « le Moine ».
La jeune fille s'approcha doucement, pour ne pas troubler son recueillement. Même dans la prière, tout son être semblait plongé dans une activité intense : ses traits concentrés, son corps immuable comme une statue d'onyx. Le voir aussi calme et subjugué était un spectacle fascinant.
A force de le côtoyer chaque jour, de le voir dominer son monde et agir comme s'il ne devait rien exister au-dessus de lui, Rey en avait presqu'oublié qu'il avait été élevé parmi les Jedi. Comme elle, pendant des années, il avait partagé leur foi, leurs rites et leur philosophie. Même s'il avait fini par tourner le dos à leur doctrine et refuser leur soumission, on n'effaçait pas d'un revers de la main vingt ans d'une éducation aussi stricte et rigoureuse.
Silencieusement, Rey vint s'agenouiller près de lui. Elle retint un grognement douloureux lorsque ses genoux se plièrent sur le sol de dalles de marbre noir. Autour d'eux, le silence de la chapelle les recouvrait comme une couverture un peu trop chaude. Tout ce noir et ce rouge irisé agissait sur Rey comme un puissant anesthésique, comme si une chape de plomb s'était posé sur son esprit. Pour ne pas sombrer dans la léthargie, elle s'accrocha à la vision du dos de Ben, qui continuait sa méditation sans paraître l'avoir remarquer.
- Que veux-tu ?
La voix, profonde et chaude, de Ben s'était élevée si soudainement dans la torpeur ambiante de la chapelle, que Rey sursauta comme si on l'avait pincée. Il n'avait pas bougé, toujours tourné vers l'autel. Elle se rapprocha doucement, à genoux, pour être au même niveau que le Roi Sith.
- Comment s'est passé votre entretien avec Lady Frak ?
Ben soupira, sans la regarder.
- Quelle femme insupportable… Je comprends mieux pourquoi Lord Frak préfère rester à Korriban s'occuper des affaires d'Etat. A côté d'elle, les intrigues de la cour passent pour un jeu de marionnettes.
Rey sourit.
- Ca vous apprendra, dit-elle. Ma matinée n'a guère été plus agréable. Pourquoi avoir envoyéDaeron à votre place pour m'entrainer ?
Ben ne répondit pas. Rey avait l'étrange sentiment qu'il fuyait son regard.
- Quand j'ai accepté d'être votre écuyère, c'était parce que je pensais que vous assureriez ma formation. C'était ce à quoi vous vous étiez engagé…
- Et c'est ce que je fais…
- Mais dès que vous en avez l'occasion, vous vous déchargez sur l'un de vos chevaliers. Votre remplaçant a passé une heure à me faire mordre la poussière…
- Daeron est moins tendre que moi, mais c'est un bon professeur. C'est lui qui a formé Cirii…
- Je n'ai pas eu l'occasion de voir Cirii combattre.
- A l'occasion, tu devrais. Ce n'est pas pour rien que je voulais qu'elle reste à Korriban avec Imaze.
Rey haussa les épaules. Cirii était la plus jeune des chevaliers de Ren. Pour ce qu'elle en savait, elle avait intégré le groupe après leur fuite du Temple.
- Daeron est de loin le plus expérimenté, assura Ben. Il venait de passer au rang de chevalier Jedi lorsqu'il est parti.
- Ça, Rey ne le savait pas.
- Je croyais qu'il n'y avait que des padawans parmi les fugueurs.
- La majorité, mais pas tous. Ca ne les a pas empêché de connaître une fin tragique…
La jeune fille hésita. Il était rare que Ben ou un autre des chevaliers fasse référence à leurs compagnons disparus. C'était comme une sorte de règle tacite entre eux : on ne parlait jamais des morts. Que ce soit ceux qu'ils avaient perdu hors du Temple ou des camarades qu'ils y avaient côtoyés et qui avaient péri lors de l'assaut orchestré par Hux.
- Pourquoi Daeron vous a-t-il suivi ?
- Tu n'auras qu'à lui poser la question, lors de votre prochain duel.
Pas sûr qu'il accepte de répondre, pensa Rey.
- Parce que vous ne comptez pas reprendre l'entrainement ?!
Sa voix scandalisée résonna sur les murs de la chapelle et lui renvoya l'écho de son exaspération.
- Je faisais enfin des progrès avec vous, s'impatienta-t-elle. Avec lui, j'ai l'impression de régresser…
- Tu as tenu une heure face à Daeron, lui fit observer Ben. J'ai vu des guerriers accomplis demander grâce au bout de quinze minutes…
- C'était donc pour tester mon endurance que vous l'avez délégué ?
- Et aussi parce que tu commences à trop me connaître. Si tu veux vraiment progresser, tu dois te confronter à différents adversaires, avec des techniques et des personnalités diverses. Sinon, comment feras-tu le jour où tu seras face à un ennemi que tu n'as jamais combattu et dont tu ignores les aptitudes ?
Rey ne trouva rien à rétorquer. En fait, plus que le fait de changer de maître d'armes, c'était le fait qu'elle passerait encore moins de temps auprès de Ben qui la contrariait le plus. Elle avait vraiment l'impression qu'il cherchait à l'évincer de son entourage et cela la blessait plus qu'elle n'aurait voulu l'admettre.
- Ben… Sire… ?
Il se tourna franchement vers elle. Ses yeux noirs la dévisagèrent avec intensité. Rey eut l'impression qu'il voulait la voir nue – au sens psychique du terme – et clôtura instinctivement son esprit, pour parer à toute intrusion intempestive.
- Si vous ne vouliez plus de moi, hésita-t-elle, vous me le diriez… N'est-ce pas ?
Ben se détourna d'elle et reporta son attention vers l'autel.
- Si je voulais te chasser, dit-il, ce serait fait depuis longtemps.
Elle voulait bien le croire. Mais cela dénouait à peine le nœud au fond de son estomac.
- Va soigner tes blessures, lui ordonna-t-il. Je te dispense de tes tâches pour le reste de la journée. Continue juste de garder un œil sur Pyrcel Yama…
- En parlant de lui, pourquoi voulez-vous que ce soit moi qui m'en occupe ? Vous n'avez pas quelqu'un de plus qualifié pour ça ? Comme un valet ou un de vos chevaliers…
- Les chevaliers et les gardes lui filent la frousse. Il reste tétanisé dès qu'il les voit. Et les autres domestiques n'ont pas ta jugeote.
- Je ne vois pas ce que ça a à voir là-dedans.
- Disons que, si d'aventure il se confiait à toi, tu serais plus apte à saisir la pertinence des révélations qu'il pourrait te faire… Et tu pourrais venir m'en faire un rapport…
- Attendez… Vous voulez que je l'espionne pour vous ?
- Ca me paraissait évident.
Rey bondit sur ses deux jambes et sortit en trombe de la chapelle. Non sans lâcher un « Là, c'en est trop » à la volée. Kylo Ren soupira, se leva à son tour et la suivit à l'extérieur.
Dehors, le soleil était à son zénith. Après l'obscurité de la chapelle, il fut ébloui quelques secondes par l'éclat de la lumière qui lui brûlait les rétines. Puis il vit Rey, qui marchait furibonde vers les écuries. Il l'appela, mais elle ne répondit pas, accélérant le pas. Kylo n'eut d'autre choix que de la rattraper à grandes enjambées et de lui saisir le bras pour l'arrêter.
La jeune femme fit volteface, la colère transparaissant sur son visage.
- Jouer les bonniches et me faire rabrouer par vos chevaliers, c'est déjà difficile à avaler. Mais que par-dessus le marché, vous fassiez de moi votre complice pour espionner les faits et gestes de ce pauvre garçon…
- Je n'imaginais pas que tu puisses avoir de la sympathie pour le frère de Lady Fénide.
- C'est un gamin ! Il est terrifié ! Vous l'avez arraché à sa famille pour qu'il serve de bouc émissaire…
- Il n'a rien à craindre tant que ses parents se tiennent tranquille…
- Et il faudrait que moi j'abuse de la confiance de ce pauvre garçon ? Non ! Je ne suis pas l'une de vos sbires…
- Tu as accepté d'être mon écuyère pourtant…
- Pour vous servir, vous…
- Tu me sers en le surveillant…
- Non. Demandez à quelqu'un d'autre !
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que tu es la seule en qui je peux avoir confiance.
Rey resta sans voix. Elle avait dû mal comprendre. Il ne venait pas de dire ça.
Kylo Ren la prit par les épaules, la rapprochant de lui. Leurs visages n'étaient plus qu'à cinq pouces de distance, ses yeux plongés dans les siens.
- Tant mieux si ce rôle te dégoute, murmura-t-il, avec une sorte de désespoir dans la voix. Tu n'en seras que plus fiable. Si tu devais découvrir quelque chose… un complot… ourdi contre moi… Si tu découvrais quoique ce soit de suspect… Je me fis à ta parole et à ton jugement plus qu'à celui de n'importe qui d'autre…
Alors qu'il parlait, la regardant dans les yeux, elle sentait son haleine contre sa bouche. Et le nœud au fond de son estomac parut s'agiter. Se transformant en un creux abyssal qui menaçait de l'engloutir si elle ne trouvait pas un moyen de le combler rapidement. Il suffisait qu'elle avance ses lèvres, de quelques centimètres à peine…
- Sire !
Ben détourna son visage du sien et relâcha ses épaules. Rey eut alors l'impression de ne plus avoir d'entrailles du tout.
- Qu'y a-t-il ?
Il avait retrouvé son ton autoritaire et tranchant.
Enor s'approcha, l'air mi-figue mi-raisin.
- Lady Frak voudrait savoir si vous comptez faire le tour des fermes dans l'après-midi. Si c'est le cas, elle veut faire préparer son carrosse.
- Parce qu'elle compte venir ?
- Elle y est déterminée.
Kylo leva les yeux au ciel, exaspéré. S'il devait passer toute l'après-midi en compagnie de cette femme, il craignait que l'un d'eux n'y survive pas.
- Lady Henice ne peut-elle s'en charger.
- Elle s'est enfermée dans ses appartements. Elle se plaint d'avoir la migraine.
Kylo Ren marcha vers l'aile ouest du manoir, talonné par Enor, bien décidé à déloger Lady Henice de son refuge. Laissant Rey derrière lui.
Les jours passèrent, semblables les uns aux autres. Rey poursuivit ses entrainements avec Daeron. Ce dernier l'attendait tous les matins à l'aube dans la cour. Il lui reprochait son retard, puis lui donnait une arme – bâton, épée de bois, fléau… – et enchainait les passes d'armes. La durée de l'entrainement variait en fonction du bon vouloir de Daeron. Ce dernier ne faisait aucun commentaire sur les progrès de Rey. De temps en temps, il corrigeait sa posture ou sa façon de tenir son arme, lui donnait des conseils sur sa manière de parer les coups ou d'attaquer. Mais il ne se montrait jamais satisfait ou déçu. Rey essayait d'être une bonne élève, mais elle avait l'impression qu'elle aurait pu faire n'importe quoi sans qu'il ne lui dise rien.
Elle lui en fit une fois la remarque. Ce à quoi Daeron s'était contenté de répondre :
- Es-tu ici pour t'entrainer ou pour recevoir des compliments ?
- Pour m'entrainer, répondit-elle promptement. Mais parfois ça aide de savoir si on est sur la bonne voie.
- Il n'y a pas de bonne voie. Il y a juste celui qui gagne et celui qui perd.
Pour appuyer cette déclaration, il lui décocha un coup sur son flan gauche. Rey n'esquiva que de justesse et enchaina avec une série de coups latéraux. Elle parvint même à faire reculer Daeron contre un mur. Mais il reprit l'avantage au dernier moment et parvint à la désarmer.
- Si je te faisais des compliments, tu finirais par avoir trop confiance en toi. Et un combattant trop confiant, commet des erreurs de débutant. C'est le doute qui te maintient en alerte lors d'un combat. C'est le doute qui te garde en vie.
Ils entendirent au loin la cloche du porche de l'entrée principale du manoir. Tournant de concert la tête dans la même direction, ils virent les portes s'ouvrirent sur un cavalier arborant les armoiries de la maison royale.
- L'entrainement est fini pour aujourd'hui, dit Daeron.
Il ramassa les deux épées en bois et renvoya Rey à ses tâches. Après avoir rangé le matériel d'entrainement et s'être assuré que tout était en ordre, il rejoignit les appartements de Kylo Ren. Si son intuition était la bonne, le cavalier qui venait d'entrer dans le manoir était un messager envoyé par Imaze. Des nouvelles venues de Korriban dépendaient la suite de leur périple.
En montant à l'étage noble, il croisa Enor dans les escaliers. Ce dernier l'accueillit avec un sourire.
- Toi aussi, tu as vu le messager à la porte.
Daeron hocha la tête.
- A ton avis : bonne ou mauvaise nouvelle ?
- Tout dépend de ce que tu considères comme une bonne nouvelle…
Enor sourit de plus belle et leva les yeux au ciel. C'était du Daeron tout craché : évasif et énigmatique. Il était déjà comme ça lorsqu'ils vivaient tous au Temple.
C'était un des apprentis les plus doués et le chouchou des Maîtres. Le seul qui pouvait prétendre l'égaler au combat était Ben Solo. Mais les autres se méfiaient de son tempérament colérique et de ses sautes d'humeur. Contrairement à Daeron qui était toujours d'humeur égale et ne discutait jamais les ordres de ses supérieurs. Cela les avait énormément surpris lorsque le jeune homme, qui venait d'être promu chevalier, s'était joint à leur groupe de fugueurs. Enor ne comprenait pas très bien ce qui avait pu pousser leur ainé à se joindre à eux. Mais il comprenait que Kylo Ren soit heureux de l'avoir dans ses rangs. Daeron était expert pour ce qui était de juger le tempérament des gens. Toute nouvelle recrue au sein de leur groupe devait impérativement passer par son examen avant de pouvoir espérer les rejoindre. Et si l'individu ne plaisait pas à Daeron, Kylo le recalait d'office.
Les deux chevaliers arrivèrent devant l'entrée des appartements du Roi. Ils trouvèrent ce dernier assis à sa table, en train de lire une lettre. Naïs, debout près de lui, versait du vin dans sa coupe.
- Des nouvelles de Korriban ? demanda Enor.
- Imaze a envoyé des troupes, répondit Kylo sans lever le nez de la missive. Elles seront là d'ici deux jours.
- Ca veut dire qu'on doit se préparer à quitter le fief d'ici trois jours, commenta Daeron.
- Oui. Accordons-leur une journée de repos. Pour le reste, j'ai ce qu'il me faut. Pas besoin de s'attarder d'avantage.
- Et je doute que Lady Frak saute de joie à l'idée d'accueillir des bouches supplémentaires sous son toit…
Kylo ne répliqua rien à ce constat, se contentant de replier la missive et de la ranger dans l'une des poches de son pourpoint.
- Notre prochaine étape sera le fief des Muraka, dit-il en montrant à ses compagnons un point sur la carte. Le vieux Lord Muraka est mort sur le champ de bataille, lorsqu'il a tenté d'arrêter notre marche vers Korriban.
- Mais le jeune Lord, son fils, ne s'est pas précipité pour envoyer des renforts à Korriban, précisa Enor.
- On venait de le débarrasser de son vieux barbon de père et il pouvait enfin jouir de son héritage, ajouta Naïs. C'était peut-être une manière pour lui de vous témoigner sa reconnaissance.
- Lord Muraka fils n'est pas celui qui m'inquiète le plus, expliqua encore Kylo. Ce sont ses voisins immédiats : les Azrakel. Ce sont des cousins éloignés des Hux. Et ils ont largement profité des largesses de Snoke durant son règne.
- En gros, ils ne doivent pas être ravis du changement de propriétaire.
- J'ai consulté les archives royales, à Korriban. Durant le règne de Leia, ils se sont constamment opposés à toutes ses réformes. C'étaient de loin ses détracteurs les plus acharnés. Il y a eu des rumeurs disant qu'ils ont tenté d'organiser un enlèvement sur ma personne. Même du temps de Dark Vador, mon grand-père a eu du mal à les mettre au pas…
- Peut-être serait-il bon de jouer la diplomatie, suggéra Daeron. Si vous invitez Lord Muraka à vous accompagner lors de votre visite, ils auraient plus de scrupules à vous attaquer ouvertement.
Kylo hocha la tête, pensif.
- J'y réfléchirai. Enor, va prévenir les autres pour notre départ. Qu'ils se tiennent prêts.
L'intéressé s'inclina et quitta la chambre.
Ne restèrent plus que Kylo Ren, Naïs et Daeron. Ce dernier se doutait que si le Roi ne l'avait pas congédié, c'était qu'il avait autre chose à lui demander.
- Où en sont tes avancées avec l'élève que je t'ai confiée ?
Daeron s'en doutait.
- Elle est forte, dit-il sobrement. Et obstinée. J'avoue que j'ai été surpris par son endurance. Sa technique est encore à perfectionner… mais je dois avouer que son côté impulsif lui donne un certain avantage au combat.
Kylo l'écoutait attentivement, hochant la tête.
- Penses-tu qu'elle serait de taille à faire face dans un vrai combat à mort ?
- Je n'ai pas la réponse à cette question. Le seul moyen de le savoir, ce serait de la jeter dans une arène avec de vrais tueurs.
- Je vois. Tu peux disposer.
Daeron allait partir, mais un soupçon le retint. Voyant qu'il ne partait pas, Kylo Ren leva vers lui un regard intrigué.
- Si je peux poser une question, Sire…
Ren lui fit signe qu'il pouvait.
- Qu'est-ce que vous comptez faire d'elle exactement ?
Voyant l'air dubitatif de son Roi, Daeron précisa sa pensée :
- C'est une bonne combattante. Elle promet même d'être excellente. Elle a aussi les qualités pour être une espionne, une émissaire ou ce que vous voulez… Mais, selon moi, elle n'aura jamais sa place parmi vos chevaliers.
- Et pourquoi ça ?
- Le Côté Obscur ne l'attire pas, tout simplement. Elle sera toujours en décalage au sein de notre groupe. Elle est droite, intègre, loyale et altruiste. Il y a trop de Lumière en elle.
- C'est ton avis définitif ?
- A moins d'un traitement drastique, vous n'arriverez pas à la convertir au Côté Obscur. Est-ce que c'est ce que vous voulez ? Qu'elle rejoigne notre groupe ?
- C'est tout ce qui te préoccupe ?
- C'est la seule chose qui me paraisse vraiment préoccupante. Après, si vous lui réservez une autre utilité, ça ne me concerne pas.
Daeron nota un léger changement dans le regard de Kylo Ren. A peine perceptible, mais très révélateur pour lui. Kylo dut le comprendre, car il se détourna.
- Sois tranquille, je ne compte pas en faire une nouvelle recrue.
- Dans ce cas, je n'ai rien de plus à dire.
Kylo se pencha sur les parchemins étalés sur sa table et fit mine de les examiner très attentivement, faisant comprendre par-là que leur entretien était terminé.
Daeron s'inclina à son tour et sortit dans le couloir. Il n'avait cependant pas fait plus de dix pas qu'il fut rattrapé par Naïs. Celui-ci l'attrapa par le bras, l'obligeant à s'arrêter.
- Que voulais-tu dire tout à leur ? A Kylo Ren ?
- Rien de plus que ce qui a été dit.
Sa réponse eut pour seul effet d'énerver le Zabrak.
- Pas de ça avec moi. Je sais que vous parliez de la fille. La vagabonde…
- Oui, acquiesça Daeron, Ren m'a demandé de l'entrainer. Ce n'est pas un secret.
- Pourquoi ?
- C'est à lui qu'il faut poser la question.
- Qu'est-ce que tu sous-entendais quand tu as suggéré qu'il pourrait lui réserver une autre utilité ?
Daeron inspira profondément. Naïs était un bon élément sur le champ de bataille, mais devoir gérer sa jalousie et son tempérament possessif au quotidien pouvait être usant.
- Allons, tu n'es pas novice au point que je doive t'expliquer ce genre de chose…
Naïs cracha d'un air méprisant.
- Kylo Ren ne s'encombrerait jamais d'une fille aussi commune. Il lui faut une reine…
- Ton admiration envers notre Roi t'honore. Mais si tu étais plus réaliste, tu te rendrais compte que Ren ne pourra jamais se satisfaire d'une princesse bien élevée et raffinée. Il lui faut quelqu'un pouvant faire le poids…
- Cette fille ne sera jamais digne de lui…
- Et toi, tu ne seras jamais à son goût.
La pique fut si inattendue que le Zabrak en demeura interdit. Un rictus ironique étira le coin de la bouche de Daeron.
- Un conseil : fais-toi une raison. J'ai l'intuition que cette gamine ne débarrassera pas le plancher de sitôt.
