Bonjour tout le monde ! Aujourd'hui c'est le retour du jumeau secret et de Moran junior… Parce que plus on est de fous, plus on rit ! Surtout quand on s'appelle Moriarty ou Moran.
J'aimerais particulièrement remercier mon ami Jean pour son aide précieuse sur ce chapitre, iel a de très bonnes idées quand il s'agit de faire capoter une réunion familiale.
Par ailleurs, j'ai terminé d'écrire la fanfic centrée sur Richard et Severin donc je vous ai parlé dernièrement, intitulée Premier Pas. Elle est actuellement en phase d'édition et devrait être publiée en Juin.
Bonne lecture !
Warnings : violence physique, enlèvement, harcèlement scolaire (mentionné)
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Chapitre 14 - Réunion familiale
Une longue journée venait de se terminer pour Richard Brook, et il n'aspirait plus qu'à rejoindre ses pénates et passer une soirée tranquille avec son petit ami. Severin et lui avaient récemment pris la décision d'emménager ensemble, ce qui était une première pour Richard, et un des meilleurs choix qu'il ait fait de sa vie. Certes, la cohabitation dans un petit appartement n'était pas toujours facile pour un homme timide et réservé, habitué à vivre seul, mais il ne s'était pourtant jamais senti autant chez lui qu'auprès de Severin.
Ce dernier était déjà là lorsque Richard arriva, et lisait un livre dans le canapé. Il laissa son compagnon poser ses affaires et se mettre à l'aise avant de s'approcher de lui pour l'embrasser.
-Bonne journée aujourd'hui ? s'enquit-t-il. Je ne t'ai pas croisé…
Richard soupira.
-On m'a collé des heures supplémentaires ce midi… un aller-retour jusqu'à Carland Cross. J'ai à peine eu le temps de manger, et je suis exténué.
-Hey. C'est bientôt le week-end, Bunny. D'ailleurs, en parlant de ça…
Richard souris et s'assit sur le canapé aux côtés de Severin.
-Je sais, c'est ton anniversaire. Je n'ai pas oublié, ne t'inquiète pas.
-Oh, il ne s'agit pas de ça. Enfin, si. Bref… Mon frère va venir passer le week-end ici. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vu, et j'ai vraiment envie de te le présenter.
-Sebastian ? En effet, il est sans doute temps que je le rencontre, acquiesça Richard.
Richard semblait enthousiaste à l'idée de rencontrer l'ainé des Moran, mais Severin ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait l'air mal à l'aise.
-Si c'est à propos de ton frère, dit-il en passant son bras autour des épaules de Richard, ne t'inquiète pas pour ça. C'est juste Sebastian.
Richard sourit.
-Je peux supporter la présence de mon frère, tu sais. Mais tu as raison, c'est mieux que seul Sebastian vienne.
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-En Cornouailles ? Sérieusement ?
Jim Moriarty faisait les cents pas dans son salon, l'air excédé. L'idée de partir en Cornouailless ne le gênait pas tant que ça, mais il opposait une résistance simplement par principe. Il ne fallait pas que Sebastian s'habitue à ce qu'il accepte tout.
Ce dernier l'observait marcher en cercles d'un pas vif. Il n'était pas dupe, mais plutôt que de le confronter à ce sujet, il préférait simplement attendre que son petit ami ai terminé de faire son numéro de drama queen et se mette à faire ses valises.
-Ecoute, c'est l'anniversaire de mon frère, répliqua-t-il néanmoins. Et il ne peut pas venir jusqu'à Londres. C'est juste un week-end, la Firme peut bien se passer de toi deux jours.
Jim hocha la tête négativement.
-Fal Vale, en plus ! De tous les endroits possibles en Cornouailles, il faut que ce soit ce trou paumé !
Sebastian eut un petit sourire sarcastique.
-Permet moi de te rappeler que c'est toi qui as fait muter mon frère dans ce « trou paumé », Jim. Tu aurais dû anticiper les réunions de famille quand tu as pris cette décision.
-C'est entièrement la faute de Richard. C'est lui qui est allé s'enterrer là-bas.
-Et pourquoi, à ton avis ?
Jim fit la moue.
-Parce qu'il me déteste, après tout ce que j'ai fait pour lui…
Sebastian lui donna un coup de poing amical dans l'épaule, déclenchant immédiatement une réaction exagérée de Jim.
-Oh, arrête. Il ne te déteste pas, il a une trouille bleue de toi. Je me demande ce que tu as bien pu lui faire pour qu'il ait peur de toi comme ça…
Jim haussa les épaules.
-Je crois qu'il n'a pas apprécié la méthode que j'appliquais sur les crétins qui le harcelaient à l'école.
-C'est-à-dire ?
-Oh, disons qu'ils ont subi quelques petits… accidents. Des accidents définitifs pour les plus persistants.
-Et maintenant je commence à me demander ce que fichaient tes parents à l'époque… non, non, ne me répond pas, je crois que je préfère ne pas savoir.
Jim ne lui répondit que par un sourire suffisant.
-Bon, de toute manière, continua Sebastian, il est temps que tu revois ton frère dans de bonnes conditions. Severin et moi serons là pour s'assurer que ça ne se transforme pas en guerre fraternelle.
-Je ne vois pas pourquoi…
-Et par guerre fraternelle, interrompit Sebastian, j'entends toi qui harcèle Richard. S'il lui arrive quoi que ce soit, Severin nous fera la peau à tous les deux, alors je compte sur toi.
-Et qui c'est qui doit s'assurer de la survie de l'autre, maintenant…
-Arrête. C'est moi le baby-sitter, ici.
-Je n'ai pas besoin d'un baby-sitter ! s'écria Jim, outré.
Sebastian s'affala dans le canapé, un sourire aux lèvres.
-Mais bien sûr.
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Le train entrait avec un lourd grondement de métal dans la gare de Fal Vale. Richard aimait ce bruit, et le comparait souvent au ronronnement d'une sorte de félin monstrueux, qu'il était un des rares à avoir apprivoisé. Severin se tenait à ses côtés, les cheveux ébouriffés par le vent créé par l'engin. Ils fixaient tous deux le train, Severin attendant avec joie la réunion, Richard avec une légère appréhension. Son petit ami lui avait parlé en bien de Sebastian, et Richard se faisait une joie de le rencontrer, mais il ne pouvait s'empêcher de se rappeler que l'aîné des Moran était intimement lié à Jim Moriarty. Richard se serait bien passé de cette connexion. Et malgré le fait que Severin ai confirmé la venue de Sebastian seul, Richard savait que Jim trouverait un moyen de venir fourrer le nez dans ses affaires.
Les portes du train commençaient à s'ouvrir, et Severin prit distraitement la main de Richard dans la sienne. Le jeune homme se reprit. Il était là pour faire la connaissance du frère de Severin, pas pour s'inquiéter de son propre jumeau. Quoi qu'il puisse arriver, il se promit qu'il ne laisserait pas son animosité envers Jim ruiner ses relations avec la famille de Severin.
-Hey ! s'écria joyeusement Severin en tirant sur la main de Richard. Le voilà !
Il pointa du doigt un des wagons quelques dizaines de mètres plus loin. En effet, un grand homme blond venait de descendre sur le quai, chargé d'une large valise. Severin lui fit de grands signes de la main, mais Sebastian ne lui répondit pas. Il venait de se tourner à nouveau vers la porte du wagon, pour aider à descendre…
Richard se renfrogna. Il aurait dû s'en douter, Jim ne raterait pas une occasion d'embêter son frère. Severin semblait également surpris et décontenancé par l'apparition du fameux criminel consultant. Ce dernier était à présent descendu du wagon, et s'approchait en compagnie de Sebastian. Le sniper affichait un grand sourire, et agita la main en direction de son frère Jim portait des lunettes de soleil, et Richard n'arrivait pas à lire son visage.
Le jeune homme prit une profonde inspiration. Pas question de se laisser écraser par la simple présence de son frère. Severin était là pour le soutenir, Jim avait son propre baby-sitter, et Richard en avait assez de se faire marcher sur les pieds par ses propres craintes.
Il lâcha donc la main de Severin pour s'avancer vers les deux nouveaux venus, un sourire aux lèvres.
-Sebastian ! Ravi de te rencontrer enfin, dit-il en tendant la main vers le grand blond.
Le sniper était plus grand que Severin d'au moins une demi-tête, et Richard était déjà un nain comparé à son petit ami. Mais le sourire jovial de Sebastian et ses yeux bleu pétillants contrebalançait l'impression menaçante qu'il pouvait parfois donner.
Sebastian tendit la valise à Jim pour serrer la main de Richard.
-Moi de même. Severin m'a énormément parlé de toi, mais ça reste… étrange de te rencontrer pour de vrai.
Il se tourna vers Jim, puis revint à Richard.
-Vous vous ressemblez vraiment comme deux gouttes d'eau.
Jim secoua la tête, un sourire moqueur aux lèvres.
-On peut dire que vous avez un type, vous les Moran…
-Oh, tu peux parler, répliqua Sebastian d'un ton faussement outré. Vous aussi, vous êtes deux à aimer les grands blonds musclés…
Richard entendit Severin s'esclaffer dans son dos.
-Jim… ça faisait longtemps, fit-il en se tournant finalement vers son frère jumeau. Je ne m'attendais pas à te voir ici.
Le ton de sa voix restait amical, mais il était très clair pour Jim qu'il ne s'agissait que d'un masque, et que Richard n'était aucunement heureux de le voir. Si Severin et Sebastian avaient remarqué la froideur dissimulée du jeune homme, ils ne le laissèrent pas paraître.
-Il m'a forcé à venir, répondit Jim en donnait un coup de coude amical dans les côtes de Sebastian. Mais je suis content de te voir. Et surtout, je suis ravi que tu te sois enfin trouvé quelqu'un ! ajouta-t-il en se tournant vers Severin. Avec un Moran, je n'ai aucun souci à me faire pour mon frère.
Comme si tu t'étais jamais fait du souci pour moi… songea Richard. Mais c'était faux. Sous ses abords cruels et manipulateurs, Jim s'était toujours soucié de la protection de son frère, et Richard le savait. Seulement, il se serait bien passé de la protection d'un homme comme Moriarty, qui se manifestait généralement par la disparition mystérieuse de toute personne qui causait du tort à Richard, par l'assignation de gardes du corps officieux, et par une surveillance quasi-constante de ses déplacements.
Severin semblait avoir lu dans ses pensées, car il vint finalement à sa rescousse.
-Bon, on ne va pas rester toute la journée sur le quai de la gare, si ? demanda-t-il à la ronde.
Sebastian lui sourit.
-Tu as raison. Allons-y.
Ils quittèrent le quai pour se diriger vers la sortie de la gare, Severin prenant la valise de Jim dans une main et la main de Richard dans l'autre. Jim lança un regard appuyé à Sebastian, qui soupira avant de prendre à son tour la main de son petit ami.
Il leur fallut une petite heure pour aller à l'appartement de Severin et Richard, y déposer leurs affaires, s'organiser pour pouvoir accueillir l'invité surprise qu'était Jim, et finalement rejoindre le pub dans lequel les deux hôtes avaient prévu d'emmener leurs visiteurs. Il s'agissait d'une grande salle poursuivie d'une terrasse, qui donnait sur une petite place peu fréquentée. Richard et Severin s'y rendaient souvent et commençaient à être connus du staff. Leur serveur, un grand homme aux longs cheveux bruns, fût donc étonné de découvrir le sosie du jeune homme assis à la même table.
-Vous ne nous aviez jamais dit que vous aviez un frère, Richard ! s'exclama-t-il quand il vint prendre leurs commandes.
-Jamais eu l'occasion d'en parler, répondit l'interpelé avec un sourire contrit.
L'homme lui sourit en retour, et prit leurs commandes avant de les laisser entre eux.
-Alors, fit Jim une fois qu'ils furent seuls à leur table, racontez-moi : comment vous êtes-vous rencontrés, tous les deux ?
Richard soupira.
-Tu le sais déjà très bien, Monsieur « j'ai des yeux partout ».
-Mes yeux à Fal Vale, en l'occurrence, sont les beaux yeux bleus de ton petit ami, et il ne m'a rien dit.
-Jusqu'à il y a quelques mois, protesta Severin, je n'étais même pas au courant que je travaillais pour toi.
Sebastian leva les mains en signe d'apaisement.
-Bon, vous n'allez pas commencer ! Et d'ailleurs, moi aussi j'aimerais bien savoir. Severin ne m'a rien raconté non plus.
Severin se tourna vers Richard.
-Très bien, mais alors c'est Rich' qui s'en occupe. C'est lui qui sait raconter les histoires.
Richard sourit.
-Severin est arrivé à Fal Vale il y a un peu plus d'un an. Ce jour-là, on avait tous été prévenus par une note de l'arrivée d'un nouveau chef technicien, mais je ne me sentais pas concerné. Je suis simplement conducteur de train, et je travaille rarement avec les techniciens. Mais avant le début des roulements de la matinée, il est venu dans la salle de repos se présenter à tout le monde. Aucun nouveau venu n'avait jamais fait ça, j'ai trouvé ça sympa de sa part. J'ai aussi remarqué qu'il était plutôt beau garçon… de manière totalement objective et sans arrière-pensée, bien sûr, ajouta-t-il en lançant un regard entendu à son petit ami, qui venait de lui donner un coup de coude dans le côté. Il avait cette sorte d'aura, de charisme… les gens allaient vers lui naturellement, lui parlaient sans peur. En bon antisocial que je suis, je me suis contenté de lui dire bonjour et de lui souhaiter la bienvenue, je doute qu'il m'ai remarqué.
-Je t'ai surtout remarqué parce que tu restais tout le temps dans ton coin… interrompit Severin.
Le récit de Richard fut momentanément interrompu par l'arrivée du serveur qui apportait leurs commandes. Richard et Severin le remercièrent. Sebastian profita de l'intermission pour jeter un coup d'œil insistant de l'autre côté de la place. Un homme se tenait adossé à l'entrée d'une boutique, en train de fumer une cigarette. Il semblait fixer leur table, mais détourna le regard dès qu'il s'aperçut du blond qui l'observait d'un mauvais œil. Jim, remarquant le comportement étrange du sniper, lui lança un regard interrogateur, mais Sebastian ne lui répondit pas.
-Toujours est-il que nous ne nous sommes pas vraiment parlé, repris finalement Richard. Mais je l'ai croisé à nouveau régulièrement, sur le quai, dans la salle de repos, pendant les pauses repas… jusqu'au jour où il a décidé de venir me voir, parce que j'avais l'air d'être seul. Et en effet, je l'étais. Je mangeais parfois avec un ami, rarement plusieurs, et le plus souvent tout seul, et il avait dû le remarquer. Nous avons discuté, de son emménagement à Fal Vale, de ma vie sur place, du travail à la gare, et très vite j'ai commencé à me sentir à l'aise, à me livrer beaucoup plus que je ne le fais en temps normal. C'est l'effet que Severin a sur tout le monde. A partir de là, nous avons commencé à nous voir plus souvent, et une amitié solide s'est développée entre nous… enfin, extérieurement du moins. Parce que je me suis rapidement rendu compte que mes sentiments pour Severin n'avaient rien de platonique. Et vous savez comment ça peut être lorsqu'on est gay, toujours au placard, et amoureux d'un homme dont on croit être juste l'ami. J'ai essayé la bonne vieille méthode consistant à envoyer des signaux ici et là, sans être trop visible, au cas où je me serais trompé… et c'était difficile, car j'avais vraiment peur de perdre l'amitié de Severin s'il se rendait compte que j'étais amoureux de lui. C'est un sentiment terrifiant, ressentir de l'amour pour quelqu'un dont on sait qu'il pourrait se retourner contre nous à tout moment. On a des siècles de stéréotypes et de préjugés jouant contre nous. Donc je suis simplement resté prudent. La prudence, c'est l'histoire de ma vie : je passe mon temps à faire profil bas, à essayer de ne pas faire de vagues, de ne pas me faire remarquer. Mais on fait toujours des erreurs. Enfin, cette fois-là, c'était une bonne erreur. On était en train de se promener dans un parc en bordure de la ville. Il faisait beau, et on s'était arrêtés sur un banc pour se reposer. On a dû passer au moins une bonne heure comme ça, et… Severin était fatigué, alors il a mis sa tête sur mon épaule pour dormir. Je ne m'y attendais absolument pas, Severin n'est pas du genre tactile, mais je n'allais franchement pas me plaindre. Et à ce moment-là, avec Severin à côté de moi, ses cheveux blonds sur ma joue, sa respiration qui faisait bouger sa tête sur mon épaule… mon esprit a cessé de fonctionner correctement. Je ne pensais plus qu'à lui et à quel point j'avais envie de l'embrasser, là, maintenant, tout de suite. Et j'ai donc fait la chose la plus stupide du monde…
-Tu l'as embrassé ? demanda Jim.
-Mais non ! se récria son frère. Tu me crois idiot à ce point-là ? J'ai simplement murmuré un « Je t'aime » dans le vent. J'étais persuadé qu'il dormait et qu'il ne m'entendrait pas, mais je l'ai immédiatement senti se raidir. C'est à ce moment que j'ai cru que j'avais tout fichu en l'air. Il s'est redressé et m'a demandé ce que j'avais dit, je lui ai dit, « Rien ». Il a insisté, avec un grand sourire aux lèvres. Mais je me suis mis à paniquer, j'étais certain que si je lui avouais mes sentiments il se moquerait de moi. Alors je me suis levé, j'ai pris mon sac et j'ai quitté le parc en courant. Je ne me suis pas retourné en l'entendant m'appeler, je ne me suis pas retourné en sortant du parc, je ne me suis pas retourné avant d'arriver chez moi. J'avais déjà trois SMS, mais je ne les ai pas ouverts. J'ai ignoré tous les appels de Severin pendant la soirée, j'avais trop peur d'entendre ce qu'il avait à me dire. J'ai essayé de me changer les idées en regardant des films jusqu'à tard dans la nuit, sans grand succès impossible de penser à autre chose qu'à ma monstrueuse boulette. Le lendemain, en arrivant à la gare, j'ai fait mon possible pour l'éviter. Mais il a fini par me trouver, et je ne pouvais décemment pas l'ignorer encore alors qu'il était juste à côté de moi. Alors j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai essayé de m'excuser pour la veille, de manière très maladroite… jusqu'à ce qu'il me coupe pour me demander si ça me gênerait qu'il m'embrasse. Autant dire qu'à ce moment-là, mon cerveau a plus ou moins fermé boutique. J'ai simplement réussi à bégayer un pathétique « bien sûr que non », avant qu'il ne se penche et m'embrasse. A partir de là… on a essayé d'apprendre comment se comporter comme un couple normal et pas un gay socialement handicapé et son petit ami surprotecteur.
Sebastian s'esclaffa.
-Surprotecteur… je te reconnais bien là, Sev !
-On ne sortait pas ensemble depuis deux jours qu'il y avait déjà des rumeurs parmi tous les techniciens, expliqua Severin. Alors j'y ai mis un terme en les confirmant, et en faisant comprendre à cette bande d'idiots que si qui que ce soit embêtait Richard parce qu'il aime les hommes, leur visage rencontrerait mon poing très gay.
Jim sourit.
-Je suis heureux de voir que la sécurité de mon frère est entre de bonnes mains.
-Severin est mon petit ami, Jim, répliqua Richard, pas mon garde du corps.
-L'un n'empêche pas l'autre, intervint Sebastian.
-Bon, et toi ? demanda Severin à son frère. Tu m'as déjà raconté comment tu as rencontré Jim, mais jamais comment vous avez commencé à sortir ensemble !
Sebastian raconta donc comment il avait commencé à avoir des soupçons concernant l'identité de son colocataire, et la quasi-tentative d'assassinat qui en avait résulté. Richard comprenait mal comment Sebastian avait pu persister après cela en revanche, il imaginait très bien ce que son frère avait pu ressentir. Sebastian était un être étrange et imprévisible, et Moriarty le voyait certainement comme une énigme à résoudre. De là à développer des sentiments pour Sebastian… Jim n'était pas connu pour céder facilement à son cœur, mais le sniper semblait avoir réussi à abattre une partie des défenses du criminel. Richard connaissait bien son frère, et pour autant qu'il puisse en juger, ses sentiments pour Sebastian n'étaient pas feints. Severin, quant à lui, était impressionné par la persévérance, presque de l'acharnement, de son frère, mais aucunement surpris : Sebastian avait toujours été un garçon têtu, et une fois qu'il avait une idée en tête, impossible de lui faire changer de chemin. Contrairement à son frère, Sebastian n'avait jamais eu aucune réticence à flirter avec les hommes aussi bien qu'avec les femmes, alors que Severin avait mis du temps à accepter le fait qu'il ne soit pas strictement hétérosexuel, et encore plus le fait qu'il ne soit pas une fille. De ce fait, Sebastian avait plus tendance à aller vers les gens, et à ne pas lâcher l'affaire quand quelqu'un lui résistait.
La discussion se mit à dériver sur d'autres sujets, jusqu'à ce que le dessert arrive et que Severin requiert l'attention de tout le monde. Il annonça à ses invités que le lendemain était prévue une promenade dans un vieux train à vapeur, une des rares attractions de la région. Sebastian était enthousiaste, mais pas autant que Jim, qui semblait être aux anges. Richard leur expliqua que son frère avait toujours rêvé de travailler avec des trains, et qu'il gardait toujours une pointe de jalousie pour son jumeau qui en avait fait son métier.
-Je ne suis absolument pas jaloux, se récria Jim d'un ton rieur. J'ai le plus beau métier du monde.
-Tu tue des gens, rappela Richard d'une voix sombre.
-Faux. Sebastian tue des gens. Moi, je suis le maître d'orchestre. Lui n'est qu'un simple exécutant.
En temps normal, Sebastian se serait empressé de rappeler à l'ordre son patron quant à sa réelle fonction dans la Firme, mais il était trop occupé à dévisager l'homme à la cigarette, de l'autre côté de la rue. Ce dernier avait d'ailleurs cessé de fumer, mais il n'avait pas bougé de son point d'observation de tout le repas, se déplaçant seulement pour s'asseoir sur un banc. Jim, de son côté, faisait mine de ne pas remarquer l'obsession soudaine de son compagnon pour cet inconnu.
Lorsque Richard se leva pour aller aux toilettes à l'intérieur du restaurant, Sebastian commença à le suivre pour aller payer leurs consommations. Severin se récria immédiatement, lui rappelant qu'il était un invité, et qu'il devait laisser les hôtes ce charger de ce genre de détails. Et il disparut à la suite de Richard.
-Bon, quel est le problème ? s'enquit immédiatement Jim dès qu'ils furent seuls.
-Cet homme, là-bas, répondit Sebastian en s'efforçant de ne pas regarder l'homme en question. Je le connais. C'est Chad Bramingston, il faisait partit de la bande de Vauxhall, avec qui nous avons travaillé l'hiver dernier.
-Ceux qui ont essayé de nous arnaquer et que tu as décimés ? rappela le brun. Si tu as bien fait ton travail, ils ne devraient plus poser de problèmes.
-Eh bien, justement. Les agents qui se sont occupé de cette affaire m'ont rapporté que deux membres s'étaient échappés. Des sous-fifres, et Bramingston n'en faisait pas partie, mais visiblement ils se sont trompés.
De l'autre côté de la place, l'intéressé s'était levé et s'était mis à faire les cent pas, les yeux rivés sur son téléphone.
-Toujours en vie, et très en colère contre toi.
-Combien de temps avant que Severin revienne, d'après toi ?
-Je ne sais pas… cinq minutes, sans doute. Il a tendance à discuter avec les serveurs, et Richard va rester avec lui, mais comme ils ont des invités…
-Bien, voilà ce qu'on va faire. Je vais aller aux toilettes. Quand Richard et Severin ressortiront, ils voudront aller acheter le billet manquant pour le train. Dis leur d'y aller tout de suite pendant que tu m'attends. Ensuite, arrange-toi pour attirer Bramingston dans cette ruelle, là-bas. Tu peux le mettre hors d'état de nuire, mais il doit pouvoir répondre à quelques questions. Compris ?
-Compris, chef, répondit Sebastian d'un air grave.
Jim se leva pour rejoindre l'intérieur du bâtiment, presque au moment où Richard et Severin repassaient la porte. Ils ne firent pas d'histoire quand Sebastian déclina de les suivre à la gare, préférant attendre son petit-ami.
-Dans ce cas, on vous retrouve ici dans quinze minutes ?
-C'est parfait.
-Vous pensez pouvoir rester seuls sans faire de bêtises ? plaisanta Richard.
Sebastian se contenta d'acquiescer. Si tu savais…
Lorsque les deux autres eurent disparu, il fit rapidement le tour de la place, et s'approcha de Chad Bramingston tout en se composant une mine soucieuse.
-Monsieur, excusez-moi, interpella-t-il. Vous pourriez m'aider ? Mon ami est dans la ruelle, à côté, il est tombé dans les pommes… J'ai besoin d'aide pour le transporter jusqu'à sa voiture.
L'autre écarquilla les yeux.
-Oh mon Dieu, vous voulez que j'appelle les secours ?
Sebastian s'empressa de secouer la tête.
-Non, non. Il a juste un peu trop bu, mais il va bien. Il faut que je le ramène chez lui…
-J'arrive.
Il s'engagea vers la ruelle, le sniper sur ses talons. En pénétrant dans le couloir sombre, il fronça les sourcils, confus.
-Où est…
Mais il n'eut pas l'occasion d'aller plus loin. Moran lui plaqua immédiatement un mouchoir sur la bouche, et le maintint contre le mur en brique, avant de lui enfiler une paire de menottes d'une main ferme. Puis, maintenant d'une main le mouchoir sur le visage de Chad, il sortit de l'autre le revolver qui ne quittait jamais sa poche. L'autre le regardait de ses yeux affolés, tentant de prononcer quelque chose contre le tissu.
-Ca va être très simple, expliqua Sebastian. Pour le moment, tu te tais, tu ne fais pas le moindre bruit. Inutile de tenter de crier, je n'hésiterais pas à te trouer le crâne à la moindre incartade, et j'ai les moyens de m'en sortir sans problème. Personne ne viendra t'aider. Ensuite, quand mon patron arrivera, si tu es encore en vie, on te posera quelques questions. Tu auras intérêt à y répondre rapidement, clairement, et sans mentir. Sinon… Bang !
Bramingston sursauta, mais ne fit pas un bruit. Ses yeux exprimaient la terreur à l'état pure.
Il fallut à peine une minute pour que la silhouette de Moriarty se profile à l'entrée de la ruelle. Il y pénétra à pas mesurés, s'approchant de l'homme attaché avec un léger sourire aux lèvres. Sebastian se releva, mais garda son arme toujours pointée vers la tête du prisonnier silencieux.
Jim s'arrêta un demi-mètre devant l'homme prostré à terre.
-Bonjour, Chad. Tu te souviens de moi, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que je raconte, bien sûr que tu te souviens de moi. Tu ne serais pas ici aujourd'hui, sinon.
-Je ne…
Un coup de pied dans les côtes de la part de Sebastian le fit taire.
-Toi, on ne t'a pas sonné. Je te ferais signe quand ce sera ton tour de parler.
Moriarty ne lança pas un regard à son second. Il s'accroupit face à Chad, mettant ses yeux au niveau de ceux du prisonnier.
-Tu aurais dû mourir depuis longtemps déjà. Tu as eu de la chance que certains de mes hommes soient des incompétents… Et il a fallu que tu gâche ta chance en tentant de venger tes petits copains. Tut-tut-tut.
Chad ouvrit la bouche, puis la referma.
-Je ne veux savoir qu'une chose, continua le criminel consultant : comment as-tu su que je serais ici aujourd'hui ?
Le prisonnier jeta un coup d'œil interrogateur, mais qui eut surtout l'air suppliant, à Moran.
-Tu peux parler, confirma ce dernier.
-Richard, je ne sais pas à quoi tu joues, mais tu te trompes de personne, plaida-t-il en se tournant à nouveau vers Moriarty.
Sebastian lui balança un nouveau coup de pied, qui l'envoya rouler de douleur dans la poussière.
-Je t'ai dit, sans mentir, rappela le sniper, intraitable.
Le regard de Jim s'était durci.
-Donc tu connais l'existence de Richard. Ca complique les choses, et ça ne fait qu'aggraver ton cas. Vois-tu, qu'on s'en prenne à moi, je peux le comprendre. Et parfois même me montrer tolérant.
C'était un mensonge, Sebastian le savait, mais il n'interrompit pas son patron pour autant.
-Mais qu'on s'en prenne à mon frère, repris le criminel, c'est impardonnable. J'allais presque me montrer clément avec toi, mais tu ne me laisse pas le choix. On va devoir employer les grands moyens. Sebastian, ajouta-t-il en se tournant vers son second, appelle ton frère, dit lui que sa petite réunion de famille tombe à l'eau. Nous rentrons à Londres d'urgence… avec un invité.
-Vous ne rentrez nulle part ! intervint la voix furieuse de Severin depuis l'entrée de la ruelle.
Jim fit volte-face. Severin s'approchait d'eux d'un pas décidé, mais fut vite bousculé par Richard qui arrivait en courant.
-Jim, bon sang, mais qu'est-ce que tu fous ? vociféra le jeune homme, son expression partagée entre la colère et la panique.
Sebastian leva la main gauche, l'autre tenant toujours l'arme pointée vers la tête de Bramingston.
- Calme-toi, Richard. C'est une affaire qui regarde la Firme, je doute que tu veuilles y être mêlé.
-Qui regarde la Firme ? C'est mon boulanger que tu menace de ton flingue, pour l'amour du ciel !
-Quoi ?
-Il ressemble peut-être à ton boulanger, intervint Jim, mais cet homme est un membre de gang londonien. Il a essayé de me flouer, il y a eu des conséquences, et maintenant il cherche à se venger. Tu as eu de la chance qu'il ne s'attaque pas à toi, Richard.
L'homme prostré à terre, le gangster ou le boulanger, n'avait pas bougé ni émit le moindre son, mais observait la scène d'un regard terrifié. Il tremblait. Severin s'accroupit devant lui et posa la main sur son épaule.
-C'est bien Simons, le boulanger, annonça-t-il à l'attention des deux criminels. Il travaillait déjà ici avant que je n'arrive à Fal Vale. S'il avait voulu s'attaquer à Richie, ça fait belle lurette qu'il l'aurait fait. Monsieur Simons, dit-il en se retournant vers l'homme, je suis vraiment désolé pour ce qui vient de se passer. On va arranger la situation, je vous le promets.
Il l'aida à se relever, sous les yeux désapprobateurs de Jim et Sebastian, qui ne semblait pas vouloir avaler la pilule.
-Pour ma défense, dit Moriarty, c'est Sebby qui a cru qu'il s'agissait de Bram-
-Toi, tu te tais, le coupa son frère en lui agitant un doigt rageur sous le nez. Tu ne dis plus un mot. Ça ne te suffit pas de venir ici, t'immiscer dans nos vies et t'en prendre à tous ceux qui nous entourent ? Il faut aussi que tu essaie de nous convaincre que rien n'est de ta faute ? James, tu es un enfoiré, un sale enfoiré de première, tu…
-Richard, l'interrompit Severin en posant une main sur son bras. Comprend-les : ils ne connaissaient pas Simons, ils ont cru qu'il s'agissait de quelqu'un de dangereux. Dans sa situation, ton frère ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque.
Sebastian entreprit de défaire les menottes du boulanger.
-Je suis sincèrement désolé, annonça-t-il d'une voix blanche, il y a eu une méprise.
-Quelqu'un peut m'expliquer au moins ce qui se passe ici ? s'enquit l'homme d'une voix chevrotante.
Jim croisa les bras et s'adossa au mur de la ruelle.
-Un homme qui vous ressemble énormément, et ses associés, ont fait affaire avec moi il y a un moment. Ils n'ont pas respecté nos accords, et je leur ai fait comprendre leur erreur. Malheureusement quelques-uns ont échappé à ma vigilance, dont le dénommé Chad Bramingston, votre sosie. Je ne pouvais pas me permettre de courir le risque de représailles, surtout avec mon frère dans les parages. Malheureusement, il y a eu erreur sur la personne… (il jeta un regard éloquent à Sebastian) et il semblerait que vous soyez inoffensif. Ce qui est une bonne nouvelle pour vous, croyez moi.
-Mais vous êtes qui, à la fin ?
-Ça, ça ne vous regarde pas, intervint le blond. Vous en savez déjà beaucoup trop. On ne devrait même pas vous laisser repartir comme ça…
-Sebastian, gronda son frère.
L'interpellé leva les yeux au ciel.
-D'accord, je n'ai rien dit.
Richard s'approcha de Simons en secouant la tête.
-Je suis profondément désolé pour le comportement de mon frère. Il va sans dire que je vous offrirais un dédommagement pour ce que vous avez subi. Si vous pouviez en échange garder pour vous ces événements…
L'homme hocha la tête sans un mot.
-Quant à vous deux, ajouta Richard en se tournant vers Jim et Sebastian, rentrez immédiatement. Il va vraiment falloir qu'on parle de tout ça. Vous suivez Severin jusqu'à l'appartement, et interdiction formelle d'agresser qui que ce soit, même s'il ressemble au beau-frère du petit-fils d'un type qui vous a volé un pain au chocolat quand vous étiez gosses !
Les deux criminels ne répondirent pas, se contentant de sortir de la ruelle vers la place commerçante, un Severin furieux sur leurs talons.
oOoOoOo
-James. Il va falloir qu'on parle. Ça ne peut plus durer.
La porte claqua violemment derrière Richard alors qu'il entrait en coup de vent dans l'appartement. Severin était assis dans un fauteuil, Jim s'était mis à l'aise sur le canapé, et Sebastian faisait les cents pas dans le salon depuis qu'ils étaient arrivés. Il s'interrompit en voyant Richard.
-Allons, Rich, répliqua son frère d'une voix suave en se redressant. Ce n'est pas comme si c'était une habitude, menacer ton boulanger. Personne n'est à l'abri d'une erreur, pas même moi.
-Ca partait d'un bon sentiment, intervint Sebastian.
Richard secoua la tête.
-Justement ! C'est une habitude! Pas juste le boulanger, mais tous les gens autour de moi! Tu comptais faire du chantage à Severin pour qu'il devienne mon garde du corps ! Tu as menacé le directeur de ma troupe de théâtre quand tu as appris que nous n'irions pas à Londres ! Et tous nos camarades de classes que tu terrifiais dès qu'ils me disaient le moindre mot ! C'est pire qu'une habitude, c'est une seconde nature chez toi !
-Richard, ces gamins te harcelaient. J'essayais de te protéger, c'est tout.
-Me protéger ? suffoqua le jeune homme. Jim, tu as littéralement assassiné Carl parce qu'il me traitait de pédé ! Ce n'est pas de la protection, ce n'est pas de la vengeance, c'est un défouloir !
-Carl était le pire de tous, répliqua Jim d'une voix sombre. Il t'avait insulté une fois de trop, il a eu ce qu'il méritait. Et personne n'a jamais rien prouvé, ils ne sont jamais remonté jusqu'à toi, ou moi.
-Tu veux que je nomme chaque cas, chaque histoire, chaque fois que tu as menacé, blessé ou tué quelqu'un qui m'avait fait du tort ? Et les répercussions que ça a eu sur ma réputation, sur moi ? Parce qu'on risque de rester là longtemps, Jim.
Sebastian jeta un coup d'œil à son frère, et s'assit dans le fauteuil voisin. S'ils devaient rester ici toute la soirée, autant ne pas rester debout.
-Je n'ai pas besoin de ta protection, ou de ta vengeance, continua Richard. Certes, quand nous étions plus jeune, j'étais le plus faible de nous deux, et je le suis toujours, mais je suis assez fort pour me défendre seul, et mener ma propre vie !
-Si je n'avais pas fait tout ce que j'ai fait pour toi, Richard, tu ne serais pas là où tu es aujourd'hui. Tu serais un comédien ruiné, dépressif, sans amis, à l'amour propre en miette. Les gosses qui te harcelaient à l'école ? C'est moi qui les ai combattus. Les professeurs d'université qui te jugeaient au physique, à la réputation ? C'est moi qui les ai poussés à t'accepter. Tes premières promotions? D'où crois-tu qu'elles viennent?
Le visage de Richard se décomposait au gré des mots de James.
-C'est exactement ça que je suis en train de te dire, répondit-il. Tu t'immisce dans ma vie, tu la change pour qu'elle devienne ce que tu crois être bon, sans te soucier de l'avis du principal intéressé. Tu ne sais pas comment je m'en serais sorti sans ton aide, Jim. Peut-être pas aussi bien que maintenant, mais sûrement largement assez bien pour être heureux. Et je n'aurais pas à vivre avec la peur constante que tu vienne une fois de plus mettre ton nez dans mes affaires, diriger ma vie à ma place et réduire en miette le monde que je me suis créé. Tu sais pourquoi j'avais si peu d'amis à l'école ? Parce que tout le monde me pointait du doigt en disant, c'est le frère de Jim, ils sont bizarres, tous les gens qui s'approchent d'eux ont des accidents, je ne veux pas être mêlé à ça. Et nos professeurs, c'était pareil. Ta réputation déteignait sur moi, et plus tu t'impliquais dans ma vie, plus ça empirait. Et même maintenant que je suis allé m'enterrer dans ce trou paumé, simplement pour m'éloigner de toi, même maintenant tu trouves le moyen de complètement détruire mon image. Je ne peux même plus aller acheter mon pain sans que le boulanger ai peur de moi !
Jim secoua la tête, l'air désolé.
-Richard, Richard. Je t'ai déjà dit que c'était un accident. Et s'il s'était réellement agi de Bramingston, qu'est-ce que tu aurais fait ? Tu me ressemble comme deux gouttes d'eau, il t'aurait attaqué aussi.
-Je ne sais pas ce que j'aurais fait, répondit Richard. Sincèrement, je ne sais pas. Mais ce n'est pas d'aujourd'hui que je te parle. Aujourd'hui, c'était juste la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Ce dont je te parle, c'est de ta manie de t'interposer à chaque fois que tu penses que je vais avoir un problème. Je suis grand, je peux me débrouiller tout seul, et quoi que tu penses, ma solution sera probablement meilleure pour moi que la tienne. Applique ta logique de criminel à tes propres problèmes si tu veux, mais laisse-moi vivre ma petite vie normale tout seul. Tu l'as déjà assez détruite comme ça.
-Je ne l'ai pas…
-Si ! Si, Jim! Tu sais quelle est ma plus grande peur? Je n'ai pas peur de tes criminels. Je n'ai pas peur de Bramingston, on des autres gangsters qui travaillent avec toi. C'est de toi que j'ai peur, Jim. Chaque fois que tu menace quelqu'un pour me protéger, j'ai peur que ça me retombe dessus. Chaque fois que tu tues quelqu'un en mon nom, j'ai son sang sur les mains. Carl Powers ? Je l'ai tué autant que tu l'as fait. Et ce n'est peut-être pas rationnel, mais c'est comme ça que je fonctionne ! C'est comme ça que je pense, que je réagis, et je n'y peux rien ! Alors je m'enfuis, à chaque fois, le plus loin possible de toi et de tes manigances, en espérant que tu ne viendras pas m'imposer encore un peu plus de tes crimes.
Le silence retomba sur la petite pièce, un silence alourdi par les non-dits retenus pendant des années, et qui s'abattaient à présent comme une pluie orageuse. Jim et Richard se regardaient dans les yeux, aveugles au reste du monde, tandis que les regards de Sebastian et Severin alternaient entre les deux frères ennemis.
-Si je puis me permettre, intervint le plus jeune des Moran, sans Jim, nous ne nous serions pas rencontrés.
-Tu ne m'aide pas, là, Severin.
Il se renfonça dans son siège.
-Désolé.
-Si je puis également me permettre, Jim, dit Sebastian, je pense que Richard a raison. Tu en fais trop. Tu es un as de l'anonymat, il n'y a aucune raison que qui que ce soit remonte jusqu'à ton frère ici, en Cornouailles. Il est en sécurité. Je comprends que tu veuilles pendre soin de lui, mais… disons que tu n'es pas exactement un protecteur né. Plutôt le contraire.
-Merci pour le soutien, Sebby…
-Tu sais ce que je veux dire. Ça part d'un bon sentiment, mais… ta manière de t'occuper des gens n'est pas franchement la meilleure. Enfin quoi, assassiner un gamin parce qu'il vous harcelait ?
-Il avait dix ans. Il savait parfaitement ce qu'il faisait.
-Jim… à dix ans, tu étais peut être un génie, mais les autres gamins comme moi et ce Carl, nous en étions encore à l'âge où piquer le goûter du dernier de la classe était l'activité la plus amusante possible. Et ce n'est pas le propos. Ca a fait plus de mal que de bien à Richard. Et tu es un idiot de ne pas t'en être aperçu plus tôt.
-Tu as de la chance que ce soit toi qui me dise ça, Moran, grogna Jim, parce qui que ce soit d'autre me traitant d'idiot apprendrait très vite et très douloureusement la politesse.
Sebastian soupira.
-Justement. Nous n'avons rien à redire à la manière dont tu traites les gens qui te manquent de respect (Richard ouvrit la bouche, mais ne dit rien), mais s'ils insultent ton frère… c'est son problème, pas le tien.
Jim releva les yeux pour regarder des gens présent dans la pièce. Après quoi, il se leva et sortit en claquant violemment la porte derrière lui.
Severin et Richard s'entre-regardèrent, indécis.
-Ne vous inquiétez pas. C'est ce que vous verrez de plus proche d'excuses, venant de Jim. Il ne sait plus quoi dire, parce qu'il sait que vous avez raison et qu'il est trop fier pour s'excuser.
-Je vous entends ! parvint la voix étouffée du criminel dans la pièce à côté.
-Parfait, répliqua Sebastian.
-Il n'a jamais fait ça avec moi, expliqua Richard.
-Quoi ? Avec toi, il s'excuse vraiment ?
Le jeune homme eu l'air confus.
-Hum… non plus.
-Ah. Je ne pensais pas que j'avais droit à un traitement spécial… s'amusa Sebastian.
-Tu sors avec lui depuis quasiment deux ans, et tu n'es pas encore mort. J'appelle ça un traitement de faveur.
-Tu ne peux pas être sérieux ? intervint Severin.
Richard secoua la tête.
-Non, j'exagère. Disons qu'il n'est pas tendre avec ses petits amis. Et il n'admet jamais, jamais qu'il a tort. Même en se contentant de quitter la dispute.
Sebastian ne répondit pas, mais se contenta de sourire. Il connaissait la nature fière et hautaine de son patron, mais il n'aurait jamais imaginé que ce dernier change son comportement pour lui. Connaissant Jim, il considérait cela comme un immense honneur.
Jim revint dans le salon près d'une heure plus tard. Les trois amis ne s'arrêtèrent pas de parler, jusqu'à ce que le criminel se plante au milieu de la pièce.
Sebastian sourit et leva les yeux vers lui.
-Tu as terminé de bouder, mon amour ? s'enquit-il d'un ton railleur.
Jim le fusilla du regard, et se tourna vers son frère.
-J'ai réfléchi.
-Encore heureux… marmonna Richard, trop bas pour que quiconque à part Severin ne l'entende.
-Tu ne veux pas que j'agisse sur ta vie et tes décisions. Soit. Je n'agirais plus à ta place. Et puisque tu as insisté sur ce point, je n'essaierais plus de t'attribuer des gardes du corps. Mais cela signifie que tu ne seras plus sous ma protection, ou en tout cas moins qu'à présent.
-Tu sais très bien ce que je pense de ta protection, Jim, répondit son frère, audiblement cette fois.
-Oui, je sais. Mais ta protection et la mienne sont étroitement liées, et tu le sais également. Les gens… de mon milieu, les rares qui ont vent de ton existence en tout cas, te voient comme un point de pression ou une monnaie d'échange pour m'atteindre. Ce qui est vrai. Si je ne te protège pas pour toi – ce qui, soit dit en passant, est ce que je faisais jusqu'à présent – je dois le faire pour moi. Quoi qu'il arrive, je dois donc toujours surveiller ta situation.
-Ma vie privée, tu veux dire.
-Cela dépend où tu places la limite de la vie privée…
-Limite que tu ne respectes absolument pas.
-Vrai. Il y a un certain niveau d'information que je me dois de connaitre, pour nous protéger tous les deux. Tous les trois, à présent que Severin fait partie de la famille.
-Et moi, alors ? intervint Sebastian, faussement outré.
-Sebby, tu es le deuxième homme le plus dangereux de Londres, répondit Jim sans même le regarder, je pense que tu es assez grand pour te protéger. Toujours est-il que je vais garder un œil sur Fal Vale, mais sans mettre mon nez dans tes affaires personnelles. Ça te paraît raisonnable, comme arrangement ?
Richard se redressa et fixa son frère dans les yeux.
-Donc tu relâche ta surveillance et tu cesses de prendre des décisions pour moi, mais je risque d'être plus exposé aux dangers qui menacent la Firme. Personnellement, ça me va. J'ai juste une chose à ajouter. Si tu dois, pour une raison ou pour une autre, prendre des décisions me concernant, je veux en être prévenu immédiatement.
Jim hésita un instant.
-Ca me semble… faisable.
-Faisable ? C'est la politesse la plus élémentaire !
-Je te dis que je le ferais. Heureux ?
Richard croisa les bras
-Satisfait. Pour le bonheur, on verra plus tard, tu veux?
Jim se laissa finalement tomber dans le canapé au côté de Sebastian.
Severin les regarda tous, puis se leva en clapant des mains.
-Bon. Ça vous embête si on change un peu d'ambiance ? J'attends toujours mes cadeaux, moi.
oOoOoOo
Sebastian fixait Jim des yeux. Ce dernier avait cessé de lire, mais n'avait pas dit un mot depuis un quart d'heure, et se contentait de suivre le paysage au travers de la vitre.
-Franchement, dit Seb au bout d'un moment, ce n'était pas si terrible comme week-end, si ?
Jim tourna lentement la tête vers lui et lui lança un long regard désabusé.
-Tu parles du moment où on a kidnappé le boulanger ? Ou de la soudaine poussée de rébellion de mon frère ? Ou du train à vapeur qu'on a failli faire dérailler ?
-Que tu as failli faire dérailler, corrigea Sebastian.
-Bref. Je crois que nous n'avons pas la même définition d'un bon week-end.
Sebastian eut un sourire entendu.
-Avoue-le, tu t'es bien amusé.
Jim eut un instant d'hésitation avant de répondre.
-Peut-être.
-Au moins, on a réussi à fêter l'anniversaire de Severin. Ce qui était quand même le but principal du voyage.
-Je persiste à croire que nous aurions dû lui offrir un chien.
-Il s'achètera un chien lui-même, répliqua Sebastian. Je lui ai déjà offert un collier, ça devrait le motiver. Ça fait un an qu'il m'en parle.
-Heureusement qu'il y a une personne ici qui lui a offert quelque-chose d'utile.
Sebastian secoua la tête, amusé.
-Pour la dernière fois, Jim, un smartphone dernier cri n'est pas utile à un technicien du rail.
-Ça reste plus utile qu'une laisse à chien sans chien. Ou qu'un album de David Bowie. Franchement, je ne comprends pas ce que mon frère lui trouve. Mercury est bien plus intéressant.
-Encore un point sur lequel vous vous différenciez. A vous entendre, on ne dirait pas que vous êtes jumeaux.
Jim soupira.
-On a toujours été comme ça. Et je crois que nos différences nous semblent à tous les deux des poids. J'ai toujours pensé qu'en le voyant faible et fragile, les gens penseraient la même chose de moi. Et manifestement, il a peur que ma réputation de criminel ai des répercussions sur lui.
-Ce qui va être le cas, maintenant qu'on a terrorisé son boulanger…
-Pas si on le fait disparaître.
-Jim. On a déjà parlé de ça.
-Oui, oui. Rich et Severin refusent d'envisager cette solution. Je disais juste ça pour rire.
Sebastian se renfonça dans son siège avec un sourire.
-Retour à la vie normale ?
Jim lui sourit.
-Planifier des cambriolages, des empoisonnements et des disparitions ? Ce sera toujours plus reposant qu'un week-end à Fal Vale.
