Ce chapitre est un peu en demi-teinte, si je peux dire ça comme ça

Je ne sais pas quoi dire, donc… merci? merci

Bisous

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"Charlie?" avec un coup, presque timide, contre la porte.

Dean n'entre pas dans son bureau, et Charlie relève les yeux. "Tu ne veux pas t'asseoir?" demande-t-elle.

"Qu'est-ce que tu voulais me dire?"

"Je voudrais qu'on parle, toi et moi, et je voudrais que tu t'assois," pour insister un peu.

Les sourcils un peu froncés, Dean finit néanmoins par obtempérer. Il s'assoit, très silencieux, sans vraiment la regarder. "Je t'écoute."

"J'aimerais que tu acceptes de faire un bilan psychologique."

"Un quoi?" sarcastique.

"Dean…"

"Pourquoi?" demande celui-ci.

"Tu sais pourquoi," doucement. "Rien que ce mois-ci, ça fait… quoi? quatre ou cinq fois que tu travailles avec une gueule de bois, et-"

"Je travaille," l'interrompt Dean. "C'est le principal, tu ne trouves pas?"

Charlie prend une inspiration, consciente que Dean ne fait qu'éviter d'en parler, contourner le problème. Comme toujours. Elle secoue la tête. "Non, ce n'est pas le principal," dit-elle. "Le principal, c'est ta stabilité mentale. Une semaine… ça va, tu as l'air d'aller mieux, puis une soirée et tu pètes un câble."

"Je n'ai pas pété un câble."

"Si," décidée à ne pas lâcher l'affaire. "L'état dans lequel tu étais hier soir, Dean, ça n'avait rien de normal. Il y a une différence entre boire jusqu'à l'ivresse et boire jusqu'à se mettre en danger. Tu n'étais pas seulement ivre, et si Castiel n'avait pas été là pour t'en empêcher, tu frisais le coma éthylique. Et je n'exagère rien. Tu n'as pas bu pour le plaisir, tu as bu parce que tu voulais… on dirait que tu veux arrêter d'être toi-même."

Arrêter d'exister. Mourir un peu sans mourir vraiment, disparaître un court moment.

Dean mord violemment l'intérieur de sa joue. "Ok," admet-il. "J'ai dépassé les bornes, hier soir. Et je suis désolé. Mais je ne veux pas, je n'ai pas besoin de faire un bilan psychologique. Ça va passer, ça ira mieux, et… ça va passer. Ne t'inquiète pas."

"Évidemment que je m'inquiète," moins doucement. "Tu fais bien ton travail, je ne vais pas dire le contraire, mais la manière dont tu le fais, Dean… prends une seconde et réfléchis. Tu te déconnectes complètement, tu n'es plus toi, et-"

"Et alors?" sans vouloir comprendre. "Ce n'est pas un problème si ça me permet d'être plus calme et de me contrôler."

"C'est un problème, parce que ça veut dire que le reste du temps, tu-"

"Arrête," en la coupant encore une fois. "Le reste du temps, je gère. Je peux gérer."

"Et comment est-ce que tu gères?" le regard rivé au sien, avant de faire un geste vers sa main, toujours bandée. "Comme ça. Il n'y a rien qui va, Dean, rien du tout, et je ne peux pas te regarder te détruire comme ça."

"Je ne l'ai pas fait exprès, je-"

"Oh, je suis sûre que tu parviens à te convaincre toi-même."

"Charlie… d'accord, d'accord, je vais faire un effort," en fermant les yeux. "Je vais me reprendre, et tout ira bien. Tu vas me forcer à faire ce bilan psychologique?"

"Non," répond Charlie. "Pour l'instant, non. Pour l'instant. Mais si tu continues à dérailler, je n'aurai pas le choix."

"Je ne vais plus dérailler."

"Pourquoi est-ce que tu ne demandes pas à Amy de t'aider? C'est son domaine, et elle t'a déjà beaucoup aidé."

"Amy n'est plus ma psy," en secouant la tête.

Et peut-être, peut-être que Dean se dit que parler de tout ce qui ne va pas, c'est parler de Castiel. Trop parler de Castiel.

"Et tu n'en veux pas d'autre?" reprend Charlie.

"Non," sans hésiter. "J'ai déjà suivi une thérapie, et ça m'a suffi. Il me faut juste un peu de temps pour me reprendre, et ça va aller."

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Dean respire, trop fort dans le téléphone. "Amélia?" d'une petite voix incertaine. "Je sais… je sais qu'il est très tard, que je ne suis pas censé… enfin, vous avez dit d'appeler, et-"

"Dean?"

"Oui," répond celui-ci. "Je suis désolé d'appeler si tard, mais-"

"Je vous ai donné mon numéro personnel," en le coupant. "Pour pouvoir répondre à n'importe quelle heure. Où êtes-vous?"

"Dans ma voiture."

"Et où est la voiture?"

"Devant la prison," en essuyant ses joues, parce qu'il n'arrête pas de pleurer depuis qu'il en est sorti. "J'ai… hier, vous m'avez demandé pourquoi je n'allais pas voir mon père, et je l'ai fait. J'y suis allé, et je-"

"Vous respirez, Dean?"

"Pas vraiment," en secouant la tête, même si Amélia ne peut pas le voir. "Je ne crois pas que je respire."

"Est-ce que vous pouvez conduire?" demande doucement Amélia.

Dean relève la tête pour regarder à travers le pare-brise. La nuit est tombée depuis plusieurs heures, des heures qu'il a passées assis derrière le volant, à essayer tant bien que mal de ne pas voler en éclats. Il inspire, le plus calmement possible. "Je crois," dit-il. "Oui, je peux conduire."

"Très bien," la voix toujours plus douce. "Alors je vais vous donner une adresse, et vous allez conduire jusqu'à moi."

"D'accord."

"Conduisez tout doucement, et arrêtez-vous si ça ne va pas. Et ne raccrochez pas."

"D'accord," répète Dean.

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Son téléphone, resté posé sur le bureau, sonne avant que Dean n'ait franchi le seuil, et Castiel décroche à sa place.

"Cas," marmonne Dean. "Donne-le-moi. Ça va pas, de répondre au téléphone quand ce n'est pas le tien?"

L'appareil collé à l'oreille, Castiel fronce les sourcils. "Tu veux un appel de la prison?"

"Donne-le-moi, j'ai dit," en tendant la main.

Castiel obtempère, sans le lâcher du regard, et Dean accepte l'appel tout en fermant la porte. Il prend une inspiration. "Papa?" fait-il.

"Tout va bien?" de but-en-blanc.

"Relativement."

"Qu'est-ce que ça veut dire?" demande John. "Ta voix est… est-ce que tu as bu?"

"Pas dans les dernières… douze heures," en calant son dos contre la porte.

"Dean," exaspéré.

"Pourquoi tu appelles?" pour changer de sujet.

"Tu travailles avec une gueule de bois?"

"Oh, mais papa, stop," en évitant soigneusement le regard de Castiel, braqué sur lui. "Tu veux que je vienne aujourd'hui?"

"Mon avocat pense que je vais pouvoir sortir dans trois semaines au lieu d'un mois," finalement.

"Trois semaines?" répète Dean. "Oh… ok, c'est… bien. C'est très bien."

"Est-ce que tu en as déjà parlé avec Sammy?"

"Sam ne veut pas… entendre parler de toi," en soupirant. "Si tu veux lui parler, tu peux essayer, mais-"

"Et si ça venait de toi?" coupe John.

"T'es en train de me demander de faire en sorte que Sam accepte de t'adresser la parole?" incertain. "Que ça vienne de toi ou de moi, c'est la même chose pour lui, et si Sammy ne veut pas te parler, je ne vais pas le forcer. T'as vraiment l'air d'oublier qu'il y a des choses très difficiles à pardonner."

"Je ne t'ai pas demandé de le convaincre de me pardonner, Dean, je te demande de lui demander d'accepter de me parler," un ton plus haut.

"Ça va… d'accord," en fermant brièvement les yeux. "J'essaierai."

"D'accord."

"Tu veux que je vienne, oui ou non?"

"Tu veux venir?" retournant la question.

Dean hésite, puis :

"… oui."

"D'accord," encore une fois. "Dans une heure?"

"Ça marche," avant de raccrocher.

Il souffle, se rapproche du bureau pour reposer le téléphone dessus, puis pose enfin les yeux sur Castiel. "Pourquoi tu me regardes comme ça?"

"Tu vas y aller?"

"En quoi c'est censé-"

"Je vais venir avec toi," l'interrompt Castiel. "Je reste dans la voiture, mais je viens avec toi, et je conduis. Parce que tu as probablement encore un peu d'alcool dans le sang."

"Tu crois que je vais te laisser conduire l'Impala?" presque ironique.

Castiel penche la tête. "Tu ne me fais pas confiance?"

"Je-" pris au dépourvu, parce que la réponse spontanée n'est pas celle que Dean voudrait avoir à l'esprit. "Bon… ok, tu peux venir."

"Et conduire?"

"Et conduire," en roulant des yeux, exaspéré.

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Amélia se glisse sur le siège passager, puis referme la portière derrière elle.

"Vous habitez ici?" demande Dean, le moteur coupé.

"Mmh," en passant sa main dans ses cheveux mouillés. "Comment vous vous sentez?"

"Et vous?" pour détourner la conversation. "Il est presque minuit, et… est-ce que vous venez de prendre une douche?"

"Oui," simplement. "Vous voulez qu'on aille manger quelque chose? Il y a des fast-food ouverts toute la nuit."

Incrédule, Dean fronce les sourcils. "Mais… vous êtes psy," dit-il.

"Et ça m'empêche d'aimer manger des frites?" avec un petit sourire. "Vous n'avez pas envie de me parler, visiblement, alors on peut aller chercher quelque chose à manger."

"Bon, d'accord," en démarrant.

Le trajet est silencieux, Dean nerveux, tapote le volant du bout des doigts ou le serre trop fort. Il se gare, et Amélia pose une main sur son poignet pour attirer son attention. "Qu'est-ce qui vous met dans cet état?" doucement.

"Quel état?"

"Vous tremblez, et vous avez l'air au bord de la dépression nerveuse," répond Amélia. "Vous tremblez vraiment beaucoup trop."

"Désolé," parce qu'il ne sait pas quoi dire d'autre.

"Ça va aller," en serrant un peu plus son poignet. "Ne soyez pas désolé pour ça. Vous pouvez rester là dix minutes, le temps que je revienne avec… qu'est-ce que vous voulez manger?"

"Je peux peut-être venir avec vous," suggère Dean.

"D'accord," en le relâchant. "Et… Dean?"

"Oui?"

"Je vais rester avec vous le temps qu'il faut pour vous calmer, et si on doit rester dans la voiture toute la nuit, on reste dans la voiture toute la nuit."

"Vous allez vraiment faire ça?" sans y croire.

"On peut rester devant le fast-food, et manger toute la nuit."

Dean inspire, puis se tourne, les mains toujours tremblantes et le regard brillant. "Je-" un peu perdu. "Oui… ça me paraît… bien. Ok."

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"Tu vas vraiment demander à Sam de-"

"Je ne sais pas," sans lui laisser le temps de finir.

Castiel prend un virage, et lui jette un coup d'œil dans le rétroviseur. "Alors pourquoi c'est ce que tu as dit à ton père?" demande-t-il.

"Parce qu'il fait des concessions si je cède."

"Tu sais que tu as… vingt-sept ans, et que tu n'es plus vraiment obligé de lui obéir comme ça?"

"Tu ne voudrais pas t'occuper de ta relation avec ton propre père, au lieu de te mêler de mes affaires?" agacé. "Tu es très envahissant."

"Je n'ai pas de relation avec mon père," répond Castiel.

"Et ça te manque à ce point, pour que tu te sentes obligé de-"

"Il y a les relations, et les relations toxiques, Dean," en le coupant.

Dean roule des yeux, sans pouvoir s'empêcher de répliquer :

"Si tu t'y connaissais vraiment pour ce qui est des relations toxiques," dit-il. "Tu m'aurais quitté, Cas. A la fac. Tu m'aurais quitté."

Une dizaine de secondes de silence, puis Castiel se mord doucement la lèvre, très ou trop calme. "Peut-être que c'est plus facile quand on est en dehors de la relation," finit-il par répondre. "Mais je suis ravi d'entendre que tu admets avoir eu une relation avec moi. Ravi d'entendre que je ne suis pas juste un bon coup ou une histoire de sexe."

"Mmh," sans vraiment parler. "Ok."

"Ok?"

"Tu veux bien regarder la route?" en marmonnant. "Tu vas nous tuer tous les deux."

"Tu sais ce que tu as dit, hier soir?"

"Je suppose que tu vas te faire un plaisir de me le dire," raille Dean.

"Que tu étais parti pour me laisser partir," en serrant le volant. "Que c'était la seule chose de bien que tu pouvais faire pour moi."

"Et tu ne crois pas que c'était le cas?"

"Ce que tu aurais pu faire de bien, c'est… je ne sais pas? A tout hasard, ne pas te taper la fac entière?" à la limite du cynisme. "Enfin, peut-être. Je ne sais pas. Qu'est-ce que tu en penses?"

"J'en pense qu'on ne va pas en parler," entre ses dents.

"Évidemment," soupire Castiel. "Évidemment."

"T'étais pas amoureux de moi, Cas, c'était pas-"

Brutalement, Castiel freine, et Dean se rattrape au tableau de bord. "Mais t'es malade, espèce de-" en se coupant tout seul quand il rencontre la haine dans les yeux bleus. "Cas…?"

"Je n'étais pas amoureux de toi?" répète celui-ci. "Et tu es parti pour… me laisser partir. Tu penses que c'était la bonne chose à faire. Mais ça ne s'est pas passé comme ça pour moi, tu sais? Et maintenant, tout ce que tu as à me dire, c'est que tu es désolé. Ah, et aussi que tu me veux. Quand tu es déchiré."

"Ok… je ne voulais pas dire ça."

"Tu as raison, on ne va pas en parler," en secouant la tête. "C'est pas possible… c'est vraiment pas possible. D'être à ce point un sale connard. Vraiment, je me demande d'où tu tiens ça."

"Je ne voulais pas que tu te mettes en colère," tout doucement.

Sans prendre la peine de lui répondre, Castiel agite la main, donne un coup de volant pour retourner sur la route. Ils se taisent un très long moment, Castiel muré dans un silence vibrant de rage, et Dean qui n'ose même plus le regarder.

"Cas…?" quand il se gare devant la prison.

"Je vais faire semblant d'être ton ami," en coupant le moteur. "C'est ce que tu as dit, et ça me semble être bien, comme idée."

"Tu sais… je ne suis même pas sûr que tu saches comment on fait semblant," presque timidement. "Tu es trop honnête pour ça, et tu peux… si tu veux te défouler sur moi, vas-y. Je l'ai mérité. Je mérite vraiment-"

"Tout ce qui va mal dans ta vie?" complète Castiel. "C'est ce que tu as dit, hier soir. Arrête de raisonner comme ça. Je ne suis pas stupide, Dean, et je vois quand même à quel point tu es malheureux. Tu l'as toujours été."

"Mais je reste un sale connard?"

"Oui," avec un simple hochement de tête. "A mes yeux, du moins."

"Comment… comment je peux me racheter, Cas? Comment-"

"Tu ne peux pas," simplement.

"Je ne te demande pas de me pardonner," le ton plus calme. "Je voudrais juste pouvoir savoir que ce n'est pas un calvaire pour toi d'être près de moi, que tout… tout ce que tu fais pour moi n'est pas un effort. Tu n'es pas obligé de m'apporter du café, ou une cravate. Tu-"

"Ce n'est pas un effort de t'apporter du café."

Castiel soupire, puis pivote complètement dans sa direction. "Tu es Dean," reprend-il. "Il y a ce que je déteste chez toi, il y a la montagne de tout ce que j'ai à te reprocher, mais il y a toujours ce que… ce qui me plaisait. Tu es toujours toi. Je ne fais pas semblant d'être sympa, comme tu dis, avec toi."

"Mais on n'est pas vraiment amis."

"Je ne crois pas qu'on puisse l'être."

"D'accord," en ravalant difficilement sa salive. "Je comprends."

"Mais je crois toujours qu'on peut être compatibles," ajoute Castiel. "Je crois qu'on est vraiment compatibles, toi et moi, depuis le tout début et même si tu ne peux pas te racheter. Et… je suis désolé de t'avoir embrassé, l'autre soir, c'était vraiment… une erreur. De t'embrasser sans ta permission. Tu es marié."

"Ok, Cas," même si dans la bouche de Castiel, ces mots sonnent faux.

Ils sonnent comme si c'était mal. Dean souffle, puis pose une main sur la poignée. "Je ne vais pas rester longtemps," en ouvrant la portière. "Merci d'être là."

Il n'attend pas de comprendre ce qu'il vient de dire, ni la réponse de Castiel, et sort de la voiture.

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Amélia rit, puis se penche pour prendre une autre frite, avant que Dean n'ait eu le temps de protester. Celui-ci la fusille du regard. "Ça fait au moins la quatrième frite," dit-il.

"Vous… tu n'as qu'à manger plus vite, et je ne volerais pas."

"On peut vraiment se tutoyer?" en avalant une gorgée de soda.

"Je ne crois pas qu'il y ait une loi contre ça," avec un petit haussement d'épaules. "Mais si ça… te pose un problème, alors je peux-"

"Non… non," coupe Dean. "C'est bien."

"D'accord," en lui adressant un vrai sourire. "Alors, Dean… tu ne veux pas me parler?"

"On se parle depuis toute à l'heure."

"Est-ce que ton père t'a hurlé dessus?" comme pour changer d'approche.

"Pas vraiment," en secouant la tête. "En fait, la plupart du temps… il n'a pas besoin de hurler."

"Parce que tu obéis sans qu'il le fasse?"

"C'est mon père," simplement.

"Tu trouve vraiment que ça ressemble à une réponse?" demande Amélia. "Ça ressemble plutôt à une injonction mentale, qui vient plus de toi-même que de-"

"C'est très… très psy, ton histoire."

"Sans doute parce que je suis psychiatre, Dean," en volant discrètement une nouvelle frite. "Tu obéis toujours à ton père comme ça?"

"Il ne voulait pas que j'aille à la fac, et je l'ai fait quand même," plus bas. "Et je n'aurais pas dû, c'était… c'était une erreur. Je savais déjà que c'était une erreur, mais j'ai voulu prouver que je savais mieux que lui ce que j'étais censé faire, et maintenant, ma mère est morte. Je suis égoïste, et ma mère est morte."

"Et la fac, comment c'était?"

"Je crois… je crois que je suis toxique pour les autres, tu sais?" d'une voix vraiment plus petite. "Je ne sais pas comment on fait pour être amoureux, pour être… je ne sais pas."

"Tu as du mal, avec les autres?" en calant son dos contre la portière.

"Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça," en cherchant les bons mots. "Je vais facilement vers les autres, et ils viennent facilement vers moi. Je suis facile. Facile dans tous les sens du terme."

"Et ça ne te plaît pas?"

"Je ne sais pas," encore une fois. "On peut arrêter d'en parler? Je n'ai pas envie de parler ça, et… ma mère est morte."

"Tu crois que c'est ta faute," devine Amélia.

"Si j'avais obéi, si j'avais écouté mon père, peut-être qu'il n'en serait pas arrivé là," en baissant les yeux. "Peut-être… Sam et lui ne sont pas proches, ils se tolèrent mais c'est assez compliqué, et… mon père avait besoin de moi. Il a toujours pris soin de moi. J'aurais dû être là. Peut-être qu'il n'aurait pas fait ce qu'il a fait si j'avais été là pendant les deux ans où il a dû regarder ma mère arrêter d'être ma mère, et-"

"Peut-être, mais peut-être pas," doucement. "Tu ne peux pas le savoir, et je ne crois pas que tu devrais t'en vouloir pour ce qu'il a fait."

La lumière des quelques lampadaires éclaire ses cheveux blonds, ses grands yeux bruns si compréhensifs, et Dean fronce à peine les sourcils. "Comment tu pourrais le savoir, toi?"

"Je sais que ça a l'air de te faire souffrir, et je ne crois pas que c'est ce que ta mère voudrait," répond Amélia. "Tu veux me parler d'elle?"

"Je ne peux rien dire," dans un vague sanglot étouffé. "Elle est morte depuis longtemps, je crois, et tu sais… tu sais comme c'est difficile de ne plus exister aux yeux d'une personne aussi importante? Elle ne me reconnaissait même plus, et je… j'avais l'impression de ne plus me reconnaître non plus. Puis maintenant, je n'ai plus rien. Ma mère est morte, mon père va rester en prison pendant des années, et la seule personne qui s'en sort, c'est Sam. Je ne sais pas comment il fait, et j'aimerais bien réussir aussi. Je voudrais ne plus rien ressentir, pouvoir être… déconnecté. Tout serait plus facile."

"C'est vrai que ce serait plus facile," en prenant délicatement son poignet pour poser la main là où elle sait les cicatrices. "C'est pour ça? Est-ce que c'est plus facile comme ça?"

Dans sa voix, il n'y a rien d'autre que de la douceur. Dean prend une inspiration un peu tremblante avant d'acquiescer. "Je ne sais pas… ce qui se passe dans ma tête," à peine audible. "C'est juste que parfois, je ressens beaucoup trop de choses, et je n'arrive plus à penser, et… voilà. Ça arrive, mais je… c'est pas grand-chose. Ce sont des accidents."

"Je ne suis pas sûre qu'on puisse appeler ça des accidents, ni dire que c'est pas grand-chose," sans le lâcher. "C'est beaucoup de chose. Ça dit beaucoup de choses sur toi, et-"

"Non," coupe Dean. "Non… je ne suis pas comme ça. Je perds juste parfois le contrôle et ça arrive."

"D'accord," comme pour l'apaiser. "On pourra en reparler plus tard, on n'est pas obligés… pas maintenant. Qu'est-ce que tu as l'intention de faire, maintenant?"

"Il faut que j'appelle Sam, parce qu'il doit croire que je suis ivre mort quelque part, et puis je vais… rentrer," l'air légèrement contrarié. "Je sais, j'ai compris ce que je dois faire, aller à la banque, payer les factures et signer les papiers, ok… je peux probablement gérer. Je peux être responsable. Je ne sais pas si je regrette d'être allé voir mon père aujourd'hui."

"Tu voudrais y retourner?"

"Non… je ne sais pas," hésitant. "Probablement pas. Je suis trop… trop-"

"Blessé?" pour l'aider un peu, et Dean hoche la tête. "Tu peux l'être. C'est ton père, et tu avais confiance. Tu peux te sentir trahi et le détester pour ce qu'il a fait. Tu as le droit, Dean."

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Le gardien referme la porte derrière lui, et Dean s'assoit sans un mot. John l'observe un moment, un sourcil haussé, puis :

"Ce n'est pas une gueule de bois ça," commente-t-il. "On dirait qu'un camion t'a roulé dessus."

"J'ai dérapé," simplement.

"Mmh," peu convaincu. "Qu'est-ce qui ne va pas?"

"Rien, c'est… je vais me reprendre."

"Tu vas te reprendre?" répète John, avant de faire un petit geste vers la main de Dean. "Et ça?"

"Quoi, ça?" les yeux vraiment ailleurs.

"Ne te fous pas de ma gueule, Dean, vraiment… ne te fous pas de moi."

"On peut parler d'autre chose que d'une simple gueule de bois?" légèrement agacé. "J'ai juste dérapé, et j'ai dû casser un verre ou… je ne sais pas. Je ne m'en souviens pas. Qu'est-ce que ton avocat a dit?"

"Que je sortirai dans trois semaines," sans le lâcher du regard.

"La maison… je n'y suis plus retourné depuis longtemps, et Sam non plus," répond Dean. "Elle est toujours à ton nom. Est-ce que tu… tu veux récupérer l'Impala?"

John a un petit sourire, un vrai, plus rare mais un vrai sourire. "C'est ta voiture," dit-il. "Je ne vais pas la récupérer. Sauf si tu ne veux pas la garder."

"Si," plus vivement. "Bien sûr que si."

"D'accord."

"Est-ce que tu as parlé à Bobby?"

"Mmh," affirmatif. "Tu sais qu'il tient un garage, depuis qu'il a pris sa retraite. Je vais travailler avec lui, étant donné que je ne peux plus être flic. Ça va, j'ai eu le temps de me faire à cette idée. D'ailleurs… ton enquête?"

"Point mort," en grimaçant. "Il faudrait que je puisse avoir accès à beaucoup plus d'informations, mais sans mandat, je ne peux rien faire."

"Tu pourrais utiliser les autres dons que la nature t'a donné, et-"

Dean inspire le plus calmement possible. "Non," coupe-t-il. "Je n'ai plus vingt ans, et je ne… non. Tu n'es pas là, et je ne veux pas faire ça encore."

"La fin justifie les moyens, Dean, et ça n'a jamais été rien d'autre que de la séduction pour arriver là où il fallait que tu sois," le ton plus neutre. "Tu m'as aidé. C'est ce qui compte, peu importe la manière dont tu l'as fait, et si tu ne peux pas avoir de mandat, débrouille-toi autrement."

Dean mord violemment l'intérieur de sa joue, jusqu'au sang ou jusqu'à la douleur. "Pas comme ça," murmure-t-il. "Pas comme ça."

"Comme tu veux," capitule John. "C'est ton enquête."

Il y a un court silence, et Dean cherche quelque chose dans son regard, avant de détourner le sien. John fronce les sourcils. "Qu'est-ce que tu veux me demander?"

"Pourquoi tu crois que je-"

"Pose ta question," vaguement exaspéré.

"Je suis… je… ok," soudain plus timide. "Est-ce que tu as déjà trompé maman?"

John se fige. "Non," sans hésiter. "Et ça ne m'a pas traversé l'esprit. Qu'est-ce que tu as fait?"

"Je n'ai rien fait," sur la défensive. "Je n'ai pas trompé Amy."

Mais Dean se demande, si c'est encore un autre mensonge ou bien s'il trompe juste quand il pose les yeux sur Castiel, quand Amélia sourit mais qu'il pense à Castiel, quand il rêve de lui et quand il se souvient. Il ne sait même pas s'il les trompe l'un et l'autre ou si une partie de lui reste toujours, toujours à Castiel.

"Tu envisages de le faire?" demande John.

"Non… non, ce n'est pas ça, c'est juste… je ne sais pas comment dire ça, mais j'ai… mon équipier est-"

"Oh, non, Dean… non," en secouant la tête. "Tu ne vas pas faire ça. Réprime tes… tendances, et-"

Cette fois, et de rage, Dean serre les dents. "Mes tendances?" fait-il. "Mes tendances ne te dérangeaient pas quand tu pouvais t'en servir pour arriver à tes fins. Elles ne te dérangeaient pas il y a deux minutes."

"Dean…"

"Est-ce que… je te dégoûte? C'est ce que tu n'arrives pas à dire?"

"Non," de but-en-blanc. "Je n'ai jamais pensé ça, et je n'ai jamais… tu es mon fils, et… d'accord, ça fait aussi partie de toi. D'accord. Mais tu es marié, que je sache."

"Oui," sans rien ajouter. "Je suis marié."

"C'est ce qui compte."

"D'accord."

Dean hoche la tête, parce que c'est ce qui compte.