Eileen, confortablement installée dans le fauteuil de son salon à Liverpool, referma temporairement le livre qu'elle étudiait et bailla à s'en décrocher la mâchoire :

- Pardon, fit-elle, consciente qu'elle avait fait du bruit.

Hermione Granger, installée sur sa droite, releva le nez de son propre ouvrage et lui servit un petit sourire :

- Moi aussi je commence à fatiguer. Cela fait pratiquement douze heures que nous étudions ces livres. (Elle referma le sien et en caressa la couverture avec un immense respect) Ils sont tellement empreints de savoir, c'est une véritable mine d'or.

- Une mine bien sombre, cependant, commenta Eileen en se levant pour s'étirer. Les ouvrages de Dragonneau sont passionnants, mais ceux de mon grand-père – quelle horreur.

- Ils sont d'une noirceur tout à fait inquiétante, c'est certain, approuva Hermione en jetant un coup d'œil sur un parchemin enroulé qu'elle avait consulté quelques instants plus tôt.

- C'est aussi pour cela que je ne me voyais pas impliquer qui que ce soit d'autre que toi, dans ces lectures, confessa Eileen en avisant la jeune sorcière qu'elle était allée chercher en début de journée. Tu imagines si elles tombaient entre des mains avides de pouvoir ?

- Il y a suffisamment de connaissances dans ces ouvrages pour initier un novice à la magie noire la plus destructrice, acquiesça Hermione, la mine sombre. Ils ne doivent jamais quitter ces murs.

- Je leur ai apposé un sortilège spécial en ce sens, mais je ne sais pas si cela serait… (Elle bailla à nouveau, se coupant elle-même la parole) Par Merlin, je suis désolée.

Granger se laissa aller à un petit rire, et elle se leva à son tour :

- Peut-être qu'il est temps de faire une pause. Attal a besoin de nous, mais nous avons besoin d'être parfaitement préparées lorsque nous le retrouverons. Préparées, et en pleine forme.

- D'accord avec ça.

- Aussi, Eileen, si je peux me permettre, ajouta Hermione d'un air un peu incertain… Je ne pense pas qu'il soit sage de laisser le Professeur Rogue hors de cette initiative. Les Obscurus s'avèrent être des créatures d'une puissance extrêmement destructrice, et je me sentirais beaucoup plus à l'aise si je le savais impliqué dans nos projets.

McNamara hôcha lentement de la tête: elle avait suivi un cheminement similaire. Après chaque nouvel ouvrage fermé, la pensée de Severus et de ses gigantesques connaissances lui avaient paru de plus en plus critiques au succès de leur plan :

- Oui, tu as raison, confessa Eileen. Cette pensée m'a également traversé l'esprit, surtout depuis que j'ai lu la partie sur les dangers qu'un Obscurus causent à son hôte. J'ai confiance en mon potentiel, mais… Mon self-control ? Ma rapidité de réactions ? Ce sont les forces de Severus…

- Je suis aussi de cet avis. Lorsque j'ai quitté le Square Gremaud, Kreattur m'a demandé des nouvelles de Grisabella, qu'il n'a plus vue depuis hier (la petite Elfe, qui les aidait à mettre de l'ordre dans les livres, se tourna d'un air timide et ravi vers Hermione). Nul doute qu'il aura posé la même question au Professeur Rogue lors de son passage ce soir. C'est presque surprenant qu'il ne soit pas encore là.

- Il est encore au Ministerium, Grisa ? S'enquit Eileen.

- Oui, Maîtresse, répondit celle-ci.

- Tout s'explique, ironisa Eileen à l'attention d'Hermione, qui sourit. Mais tu as raison, je vais aller le trouver ce soir, il est temps que je l'affronte.

- Bon courage, lui murmura Hermione avec un regard amusé.

- Merci. Et merci pour tout, Hermione.

- Avec plaisir. C'est un sujet extrêmement intéressant, et Attal compte aussi pour moi. je suis ravie d'être impliquée dans ces recherches.

La jeune sorcière alla caresser la tête de Grisabella, puis elle s'éclipsa.

- Je vais aller prendre une douche, Grisa, prévint Eileen en baillant à nouveau. Tu crois que tu pourrais me préparer un petit encas en attendant ?

- Bien sûr, Maîtresse.

- Merci.

Eileen décida finalement de prendre un bain, afin de préparer de façon aussi concise que possible les propos qu'elle allait adresser à Severus. Elle devait le remercier… Le rassurer quant au fait qu'elle se sentait mieux… Lui rappeler qu'elle tenait à lui… Mais en même temps se protéger afin de ne pas être trop blessée si, par exaspération et colère, il décidait de mettre un terme à leur relation. Elle devait aussi éviter les sujets sensibles : ne pas lui parler de son futur poste de Premier Ministre, ni du fait qu'Arianna avait repris son travail à Poudlard. Ni du fait qu'il lui avait menti pendant des mois en lui cachant ce qu'il savait déjà : les origines véritables d'Eileen. Ni du fait qu'Attal était un Obscurus qu'elle s'apprêtait à essayer de retrouver.

La sorcière soupira longuement et s'enfonça sous l'eau du bain, appréhendant cette discussion plus que tout.

Puis voyant que 21h approchait, elle sortit de sa baignoire, se sécha et s'habilla. Elle descendit les escaliers en enfilant sa cape, et appela Grisa :

- Grisa, Severus est sorti du Ministerium, c'est bon ?

Elle vit que la petite elfe se tenait immobile devant le canapé, et avisait un point sur la droite d'un air un peu mal à l'aise. Eileen tourna la tête et son cœur bondit dans sa poitrine lorsqu'elle vit la silhouette de Severus s'avancer.

Il était là, chez elle. Depuis combien de temps ?

Malgré la posture rigide et l'expression absolument neutre du sorcier – notamment ses prunelles sombres qui la fixaient sans siller – Eileen se sentit tellement heureuse de le revoir qu'elle ne put retenir un sourire magnifiquement sincère, qui illumina aussitôt l'ensemble de ses traits. Severus, qui s'était arrêté un instant pour évaluer son état d'esprit, reprit alors sa marche : ils avancèrent l'un vers l'autre et s'enlacèrent, s'embrassant ensuite avec une pudeur et une lenteur spontanées.

- Je suis tellement désolée, murmura Eileen, immensément soulagée de cette réaction. D'être partie ainsi, et de t'avoir fui si longtemps. Et pour le quartier de Liverpool, et pour… Pour tout.

Severus ferma les yeux un instant, comme si ces propos n'étaient que musique à ses oreilles, puis il la fixa à nouveau et répondit seulement :

- Il était temps, que tu reviennes.

De la part de Severus, ces quelques mots faisaient office de déclaration d'amour – un effort humain gigantesque.

- Pardon, murmura-t-elle à nouveau, plus heureuse que jamais, en retournant à ses lèvres.

Il la blottit avec force et lui ôta sa cape, tout en lui caressant le dos sans équivoque. Eileen sourit de bonheur, les yeux momentanément fermés pour mieux apprécier encore ces retrouvailles, et elle lui prit la main pour l'entraîner vers sa chambre. Dès qu'ils y arrivèrent, Severus prononça la formule « Vestido » et il claqua la porte.

Leur union dura bien plus longtemps que la première fois, le couple redoublant de caresses et de baisers l'un envers l'autre, et prolongeant leur danse charnelle jusqu'à épuisement.

Une fois mutuellement rassasiés de tendresse, ils se lovèrent l'un contre l'autre, Severus appuyé sur un coude, surplombant Eileen :

- Qu'est-ce que… Ceci ? Demanda-t-il en effleurant du doigt une petite ecchymose sur le bras de la sorcière, avant de reporter son regard charbon sur ses prunelles chocolat.

- Une falaise, avoua la jeune femme dans un murmure souriant. Je ne savais pas que le vent tombait à leur approche, je me la suis prise dans l'aile il y a deux semaines.

- Et… Cela ? S'enquit-il en lui remontant une jambe, pour qu'elle puisse voir son genou, éraflé.

- Quand j'ai repris forme humaine ce matin, reconnut Eileen d'un air coquin.

- Où cela ?

- Une île déserte au Sud du Pacifique. Ca a été douloureux, de redevenir humaine… Et le sable m'a brûlée les genoux au début. Je n'arrivais plus à me tenir debout…

Severus obtempéra et se pencha à nouveau pour l'embrasser. Ils restèrent silencieux un long moment, à jouer de leurs lèvres et à se blottir mutuellement. Puis elle lui étreignit la nuque en l'inondant de son regard doux et chaud :

- Grisabella m'a dit tout ce que tu avais fait pour moi, murmura-t-elle. Je ne sais pas comment repayer une dette aussi énorme.

Le sorcier l'observa avec attention, puis il déclara calmement :

- Il n'y a aucune dette.

Eileen secoua doucement la tête :

- Oh si.

- Bien que les propos d'Aberforth aient clairement manqué de… Maturité – une valeur qu'on aurait pu penser acquise compte-tenu de son âge, glissa-t-il d'un air encore un peu revanchard – sa… Prise de position quant aux services que tu as rendu au Ministerium ces derniers mois… Ne manquait pas de clairvoyance. C'est un point que j'ai également abordé avec Kingsley.

- Et il était d'accord avec toi ? S'enquit Eileen dans un souffle encore un peu sceptique.

Severus ne répondit pas tout de suite, prenant le temps d'analyser la question, ainsi que la réponse qu'il allait donner. Puis il se contenta d'ajouter :

- Nous avons fini par nous aligner.

- Grisa m'a dit que… Tu avais donné mon poste à Arianna, sourit-elle d'un air un peu amusé.

- En effet.

- Cela se passe bien ?

- Pour le moment, acquiesça-t-il.

- Les élèves doivent l'adorer…

- Arianna… Tout comme toi, a des facilités relationnelles indubitables, répondit prudemment le sorcier.

Un ange passa dans la conversation, puis il la fixa avec une curiosité toute professionnelle :

- Et qu'est-ce que…. Grisabella, t'a dit d'autre ?

Eileen sentit ses lèvres s'étirer en une large esquisse divertie, et son espièglerie gagna ses yeux. Severus plissa les siens, conscient de ce que cette réaction laissait présager, et pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, il amorça à son tour d'un début de sourire.

Consciente qu'ils n'avaient encore jamais été aussi proches et complices qu'en cet instant, elle lui enlaça la taille, sans rompre pour autant le pont invisible qui liait leurs deux regards :

- Je sais que tu as oublietté tout le quartier… Je sais que… Tu es passé au Square Gremaud. Pour veiller sur Argos, ainsi qu'Attal, avant qu'il ne s'échappe.

- Attal ? Releva Severus.

- Oui, c'est son nom.

- Comment le sais-tu ?

- J'ai utilisé le sortilège du Legilimens sur lui, juste avant de partir, confessa Eileen avec tout le naturel du monde.

Severus se figea, et leur lueur de complicité se ternit légèrement. Il décida de reformuler ce qu'il venait d'entendre, ce qu'Eileen avait appris à analyser comme un plutôt mauvais présage :

- Tu as utilisé, la formule d'attaque psychique « Legilimens », sur un loup-garou – alors qu'il était encore à son état animal, faible, instable, et imprévisible ?

Eileen fit mine de se manger les lèvres d'un air un peu coupable :

- Ca s'est très bien passé, se contenta-t-elle de dire d'un ton faussement optimiste.

- C'était, stupide, Eileen.

- J'irais pas jusqu'à euh, « stupide », objecta diplomatiquement la sorcière.

- Incroyablement risqué et dangereux – pour toi, comme pour lui. Stupide, répéta Severus d'un ton clair.

La jeune femme soupira longuement :

- Bon, c'était peut-être un peu… Irréfléchi, concéda-t-elle en tournant la tête pour observer le mur d'à-côté.

Severus lui attrapa doucement le menton pour la forcer à nouveau à lui faire face :

- J'attends plus de prudence, et de sens commun, de ta part.

- Je sais, avoua la jeune femme, soudain moins fière.

- Beaucoup, plus, insista le sorcier.

- Je sais, répéta Eileen. Mais j'ai une connexion avec ce loup-garou en particulier… Et en fait… (Elle soupira) Ok, ne t'inquiète pas, et ne t'énerve pas, mais… En fait, promets-moi que tu ne vas pas t'énerver d'abord ? Lui demanda-t-elle par précaution.

Le sorcier tourna légèrement la tête sans cesser de la fixer, comme s'il réalisait qu'elle était à deux doigts de lui avouer un nouveau crime, puis il se redressa, et sortit du lit.

Eileen voulut le retenir de ses jambes et de ses bras, mais elle se contenta de soupirer à la place :

- Et voilà, je n'aurais rien du dire.

Severus murmura un vestido, et il fut aussitôt rhabillé :

- Lève-toi, ordonna-t-il en pointant un doigt vers elle. Cette discussion, va avoir lieu maintenant.

- Je n'ai encore rien fait, Severus, sérieusement – je voulais juste te parler d'un plan, un projet, une idée. C'est tout !

- A l'évidence, une idée absolument insensée. Debout.

- Alors, je ne dirais pas « insensé »… Nuança à nouveau Eileen.

Le sorcier lui attrapa un pied et la tira vers la sortie du lit. La jeune femme émit un « Hey ! » de protestation, puis un « d'accord, d'accord, je me lève ! ».

Severus tourna les talons :

- Retrouve-moi dans la cuisine, ordonna-t-il en descendant les escaliers.

Eileen bascula la tête sur son oreiller en soupirant. Il allait lui faire une leçon de morale phénoménale lorsqu'il apprendrait qu'Attal était un Obscurial, et qu'elle avait commencé à organiser sa capture avec Hermione.

Elle sortit du lit d'un air boudeur et alla prendre une douche rapide. Lorsqu'elle regagna la cuisine, elle vit que Severus avait fait de même : ses cheveux avaient séché magiquement, mais sa peau dégageait encore une fraicheur toute propre.

Grisabella sembla ravie de les voir debout : elle leur prépara une petite collation des plus appétissantes.

- Je t'écoute, fit Severus d'un air concentré.

- En fait, soupira Eileen… Je pense que c'est mieux si… Je te montre.

Elle y avait bien réfléchi durant sa douche, et elle savait que la seule façon d'apaiser les craintes de Severus étaient une transparence totale – dont il s'était montré particulièrement reconnaissant par le passé. A l'évidence, ce qui l'énervait le plus, était de ne pas savoir s'il pouvait compter sur la prudence d'Eileen – compte tenu de la perte qu'il avait expérimenté dix-huit ans plus tôt, elle ne pouvait l'en blamer – et de craindre qu'elle ne lui cache des informations cruciales, dont la découverte chamboulerait ultérieurement ses plans, ou le prendrait de cours.

Severus posa un regard indéchiffrable sur Eileen, comme s'il analysait d'ores et déjà les tenants et les aboutissants de sa proposition.

Elle tendit une main vers sa tempe, et après avoir recueilli son approbation silencieuse, elle le toucha. Tous les deux fermèrent les yeux au même instant, et les images qu'Eileen avait vues lors de son sortilège du Legilimens défilèrent également dans l'esprit de Severus.

Elle sentit qu'il accusait le coup en découvrant sa forme Obscuriale, et elle décida de se jeter dans l'océan de l'honnêteté en lui montrant ensuite sa visite chez Hermione Granger, leur discussion, et leur début de recherches – tout, jusqu'au départ de la jeune sorcière, après lequel Eileen était allée prendre un bain.

Puis elle rouvrit les yeux, appréhendant sa réaction. Severus lui prit la main qu'elle avait posée sur sa tempe, et l'étreignit avec douceur, lui communiquant sa reconnaissance d'un regard soudain apaisé. Après un bref instant de réflexion, il accepta même de se pencher et de l'embrasser, ce qui fit rayonner de joie Eileen.

Ils échangèrent une série de baisers tendres en silence, puis Severus déclara :

- Tu as… Compris, il me semble, que j'avais… Besoin, de la plus grande transparence. (Elle obtempéra.) Je n'ai pas la présomption de prédire ce qu'il pourrait advenir de cette… Relation. Mais je peux t'assurer que si jamais, j'ai, un seul instant, le sentiment que ma confiance en toi est… Déplacée…

- … Tout est fini, compléta Eileen en obtempérant nerveusement, la gorge nouée. Je sais.

- J'ai besoin, insista Severus, que tu me dises la vérité.

- Oui.

- Toute, la vérité.

- Oui.

- Et, j'ai, besoin… Que tu fasses preuve, de prudence, réitéra-t-il en lui servant un regard ferme.

Eileen acquiesça lentement, puis elle murmura :

- Je te le promets.

Ils s'embrassèrent à nouveau, et cette fois-ci, Eileen se lova contre lui, le blottissant aussi fort qu'elle put. Il l'enlaça à son tour, et la tranquillité de ses caresses et de ses baisers acheva de rassurer Eileen. Puis elle lui donna un petit coup de tête et avoua, l'air malicieux:

- J'ai faim.

- Moi aussi.

Grisabella, qui s'était éclipsée, réapparut à cet instant :

- Le souper est prêt, Maîtresse.

- Merci Grisa, tu es un Ange, lui sourit Eileen en entrainant Severus vers la table.

La jeune Elfe de maison rougit légèrement d'un air timide, mais ses yeux pétillaient de joie. Severus posa un regard satisfait sur cet échange, et ils dinèrent.

Puis ils remontèrent se coucher, laissant à nouveau libre cours à leur désir mutuel.

Eileen ne se réveilla que tard le lendemain matin – elle avait encore pas mal de sommeil à récupérer – et elle ne fut qu'à demie-surprise de constater qu'elle était seule dans son lit. Severus était déjà debout. Elle avisa l'heure – dix heures du matin – et émit un « hm » compréhensif.

Le sorcier devait être debout depuis au moins quatre heures. Etait-il encore dans la maison, ou était-il déjà reparti ?

Elle se leva, s'étira, et avisa l'exemplaire de la Gazette du Sorcier que Filandros lui avait apporté le matin. Nous étions dimanche.

Avec un peu de chance, il était encore dans la maison.

Elle remarqua que le journal était légèrement moins bien plié que d'habitude, et comprit que Severus l'avait lu. « Au moins, il ne s'est pas éclipsé aussi rapidement que la dernière fois », pensa-t-elle, amusée.

Elle prit une nouvelle douche, s'habilla, et descendit, une méchante faim au ventre.

- Grisa ? Appela-t-elle.

- Bonjour Maîtresse, apparut son elfe, vêtue d'un ravissant tablier de cuisine noir et blanc, et une spatule à la main. Avez-vous faim ?

- Oui.

- Œufs brouillés ?

- Oui.

- Pancakes ?

- Oui !

- Tout de suite, Maîtresse. (La petite Elfe commença à partir en souriant, puis elle se retourna) Le Professeur Rogue est dans la bibliothèque, Maîtresse.

- Il est encore là ? Se réjouit la jeune femme en regagnant la dite pièce.

Severus était confortablement installé sur le canapé, et il lisait un des ouvrages de Dragonneau sur les Obscurus lorsqu'elle entra :

- Bonjour, salua-t-elle, heureuse de le voir.

Il lui répondit d'un regard satisfait et accueillant. Elle s'approcha lentement et avisa ses lèvres. Severus resta assis mais se redressa, et ils s'embrassèrent avec une lenteur exquise :

- Merci d'être resté, murmura-t-elle en lui caressant la mâchoire des deux pouces.

Il reposa son ouvrage et l'attira contre lui. Elle s'assit sur ses genoux et avisa le livre :

- Tu as lu les écrits de Gellert ? S'enquit-elle en avisant les parchemins.

- Oui.

- Toutes ces expériences, qu'il a menées, sur les Obscurus… A quelle fin ?

- La toute-puissance. L'immortalité, sans doute. Il me semble que la crainte commune des deux plus grands Mages Noirs de tous les temps était… Celle de mourir.

- Paradoxal, souffla Eileen.

- Partiellement, nuança Severus.

- Je pense pouvoir lever la malédiction que l'Indien d'Amérique a apposé sur Attal, avoua alors Eileen. Ce n'est pas très différent des malédictions ancestrales que j'ai eu à combattre en Afrique. Mais si j'ai bien compris ces ouvrages… On ne peut pas vraiment débarrasser un sorcier de son Obscurus. Ce changement doit venir de l'intérieur, et c'est là qu'est le problème…

- En effet.

- Je ne peux pas décemment laisser cette créature dans l'état actuel, prisonnier de son apparence animale, mais… (Elle ajouta plus doucement encore) Je ne peux pas non plus libérer un Obscurus sur ce monde. D'après les images, il avait l'air… Surpuissant.

- Et très ancien.

Eileen l'observa avec une certaine surprise :

- Ancien ?

- Les peintures sur le corps du lanceur de malédiction que nous avons vu, remontent à plus de mille ans. Son sortilège aussi – les tout premiers qu'il ait existé.

- Attends, tu ne penses tout de même pas qu'Attal aurait, genre… Mille ans ?

- Est-ce si improbable que cela ? Questionna Severus d'une intonation toute professorale. Nous savons qu'un Obscurus ne peut être détruit, excepté sous sa forme humaine – quand bien même il exploserait ou se volatiliserait. Et nous savons que les loups-garous bénéficient d'une longévité relativement extraordinaire.

- Mais… Mais mille ans, Severus ? C'est… C'est les débuts de la civilisation. Le Moyen-Âge en Europe, la découverte de l'Amérique par les Vikings, les sortilèges sanguins générationnels, et les sacrifices humains à tout bout de champs. La magie ancestrale… (Elle se releva et fit quelques pas, chamboulée par cette théorie) Il y avait encore une multitude d'entités magiques surpuissantes à cette époque, il y avait des tas de… De licornes, de géants, de centaures, de satyres, de fées, de gobelins, de vampires… Avec la montée du Christianisme, les Gargouilles commençaient à voir le jour, les fantômes également. Tu imagines quelqu'un qui aurait vu tout cela de ses propres yeux, qui l'aurait vécu ? Je suis même surprise qu'un Obscurus ait pu voir le jour à cette époque, surtout dans les terres sauvages nord-américaines. Pourquoi Attal aurait-il réprimé ses pouvoirs ? Il n'y avait pas encore de colonies, la forte influence occidentale n'avait pas encore corrompu leur vision des choses…

- L'intolérance envers le surnaturel s'est surtout rencontrée avec l'apparition d'une religion, comme nous avons pu le voir avec le Christianisme, ou l'Islam, c'est un fait, tempéra Severus. Il n'est pas incohérent qu'à la même époque, l'Amérique du Nord ait développé ses propres croyances. Des croyances sûrement plus animistes, profondément ancrées dans l'harmonie avec la nature. Si Attal était l'un des rares sorciers de son clan, il devait sûrement essayer de masquer ses pouvoirs autant que possible. Les Obscurus grandissent souvent sans amour – il serait probable qu'il ait provoqué des accidents. Des morts, peut-être.

- Il était très protecteur de moi la dernière fois que j'étais en sa présence, commenta pensivement Eileen.

- Il pourrait t'associer à une nouvelle figure maternelle.

- Il pourrait avoir accidentellement tué la précédente, réalisa tristement la sorcière.

- C'est très possible, Eileen, commenta calmement Severus.

- Le pauvre, souffla la jeune femme. Mais… Mais alors il vient d'un autre temps, d'un autre monde, d'une autre civilisation… (Elle alla observer le parc par la fenêtre). C'est une situation inédite.

- Et d'une très grande complexité. En outre, quand bien même nous parviendrions à lever sa malédiction et à le placer dans un foyer aimant, où ses pouvoirs seraient contenus par quelques sortilèges et objets magiques puissants, jusqu'à ce qu'il apprenne à les contrôler… Il lui faudrait ré-apprendre à interagir avec des humains. A être un humain lui-même, qui plus est un humain de notre époque, de notre temps, et de notre monde.

- Puis lui apprendre à être un sorcier. (Elle prit une lente inspiration) Toute cette puissance… Toute cette souffrance… Toute cette absence d'amour… (D'un ton à peine audible, elle ajouta) La menace qu'un sorcier de la sorte pourrait représenter, est infinie.

- En effet, affirma à nouveau Severus.

Eileen revint vers lui, la mine incertaine et peinée :

- Mais on ne peut pas juste… L'oublier… Et le laisser mener cette existence à tout jamais, ce serait… Ce serait égoïste, et inhumain, de notre part.

- Je suis d'accord, répondit Severus.

Ils échangèrent un long regard, comme s'ils poursuivaient leur discussion par la pensée. Puis la sorcière confessa :

- Je suis contente que tu sois là. Et que tu sois au courant de tout.

Severus prit le temps d'apprécier la sincérité de cette réflexion, puis il répondit :

- Moi aussi.