Adrien avait rejoint sa chambre avec un sentiment de semi-victoire. Enfin, la vie lui donnait ce qui lui revenait de droit. Pas étonnant qu'il soit, au final, tombé amoureux de Marinette. Comment aurait-il pu en être autrement? Il en avait été amoureux dès le premier jour, il ne savait juste pas que c'était elle.
Il se laissa tomber sur son lit au moment de se détransformer et, prouvant qu'il en faisait une habitude, attrapa Plagg d'une main avant qu'il ne s'écrase sur le sol. Le kwami leva le regard vers lui et fit une grimace de dégoût; le garçon avait son air d'amoureux éperdu, il n'y aurait rien de bon à faire avec lui ce soir.
"Adrien, du fromage."
Le modèle lui tendit son camembert d'un air absent avant de pousser un long soupir de contentement, les yeux fixés au plafond.
"Plagg, elle est tellement parfaite."
Plagg roula les yeux. "À part le fait que vous devez vous cacher pour être ensemble."
Adrien poussa un nouveau soupir, cette fois-ci, d'exaspération. Ils étaient si proches de la victoire. L'adolescent était certain que Nathalie et même son père, (oui oui, son père) trouveraient le moyen de tirer parti de ces photos. Elles étaient plutôt réussies; Adrien s'imaginait même les expressions de Vincent si c'était lui qui les avait prises. "Parfait Senior Adrien, oui, vous voulez la conquérir. Vous êtes le Cheetah dans la jungle. Magnifico, Senior Adrien! Plus sauvage. Perfecto!"
Le problème, c'était la photo de lui et Lila. Il avait beau retourner le problème de tous les côtés, il avait du mal à trouver une solution pour cette photo. Selon Marinette, Cédrick n'avait jamais fait mention de ce cliché dans son histoire de chantage, mais le blond se doutait bien que l'idée lui passerait sûrement par la tête. Il tentât d'évaluer les dommages que cela pourrait lui causer. S'il expliquait toute l'histoire à son père, peut-être comprendrait-il…ou peut-être douterait-il de sa sincérité; après tout, il avait l'air de croire que son fils avait déjà fait plus d'une conquête. Mais s'il jouait sur le fait que c'est un acteur qui les menaçait de la sorte; son père n'avait pas l'air de beaucoup apprécier les acteurs. Devait-il prendre le risque de lui raconter sa mésaventure avec Lila?
C'était beaucoup trop de péripéties pour une seule journée; il en avait le vertige. Il prit son téléphone et demanda à Nathalie de lui accorder du temps dans la journée de demain. Puis, il se résigna à prendre une bonne douche, après tout, il avait été plutôt actif aujourd'hui. Il rejoignit ensuite son lit avec les images de sa Lady en tête. Ses dernières pensées furent pour elle, c'était vraiment une fille exceptionnelle.
La fin de semaine avait passé rapidement pour Adrien et il avait été particulièrement surchargé: piano, séance photo, entraînement, chinois, en plus des devoirs et de son entretien avec Nathalie. Il n'avait pas eu de temps à accorder à sa copine et n'osait pas lui écrire de peur que Cédrick lui prenne son téléphone et surprenne leur conversation.
La rencontre avec Nathalie avait plutôt bien été. Elle avait patiemment écouté l'histoire d'Adrien: le chantage, les photos, la requête pour que ces clichés soient publiés de façon officielle et de bon goût. Elle avait promis de transmettre tout cela à son père aussitôt qu'il reviendrait d'Italie et semblait optimiste sur la possibilité de régler cette question facilement et rapidement.
Du côté de Marinette, c'était tout le contraire; le temps ne lui avait jamais paru aussi long. Aucune nouvelle d'Adrien et un rare samedi où il ne pouvait se joindre à eux pour une activité. Elle n'osait pas lui écrire parce qu'elle avait l'impression qu'elle avait rêvé tout ça. Ce ne pouvait être qu'un rêve, c'était trop parfait.
Mais lundi arriva bientôt et l'école par le fait même; et à l'école, il y avait Adrien. Elle ne pourrait pas lui parler trop intimement, elle ne pourrait pas l'embrasser, elle ne pourrait pas lui faire de regards trop compromettants, mais elle le verrait et cela la rassurerait.
Le cours allait commencer et toujours pas de trace d'Adrien. Marinette était terriblement déçue; elle était certaine qu'elle le verrait aujourd'hui. Sa présence à elle seule lui aurait permis de tenir bon. Mais non, pas de tignasse blonde pour tenir compagnie et pour ajouter à son malheur, Cédrick vint s'asseoir à la place du modèle, dos au professeur, question de discuter avec elle.
"Alors, toute une fin de semaine sans moi, j'imagine que ça a paru interminable." Il lui fit un clin d'œil mais Marinette ne broncha pas.
"J'ai survécu merci. Ton tournage s'est bien passé?" Elle n'avait pas plus envie que ça de le savoir mais elle devait agir de sorte à ce qu'il ne soupçonne rien de sa relation avec son partenaire.
"Je vois que tu commences enfin à t'intéresser à moi. On progresse." Devant l'air peu encourageant de Marinette, il se pressât de lui répondre. "Mais oui, oui, merci. Je ne devrais pas te fausser compagnie le weekend prochain."
"Quelle joie" pensa sarcastiquement Marinette.
"Je me disais qu'on pourrait peut-être faire quelque chose de différent ce samedi. Tu n'as pas peur de l'aventure dis-moi?"
"Dis toujours."
"Paintball, j'ai un pote qui tient un endroit totalement hallucinant. Tu es prête à subir l'humiliation?"
Le cœur de Marinette fit un bond; c'était une activité qui aurait été parfaite à vivre avec son chaton. Elle s'imaginait déjà le défier et déclarer ouvertement les hostilités. Ils pourraient se pourchasser dans les décors, tenter de mettre la main l'un sur l'autre et finir dans un coin à s'embrasser passionnément.
"Marinette?"
Elle sortir de sa rêverie. "Oui quoi?"
"Alors, le paintball samedi?"
"Oh... oui, oui c'est d'accord. Je suis partante."
"Génial et réserve aussi ton vendredi, j'ai un petit restaurant asiatique à te faire découvrir."
"Euh..." Ses yeux se posèrent sur un nouvel arrivé derrière Cédrick; un beau jeune blond aux yeux verts qui, initialement, lui adressait un sourire ravageur mais arborait maintenant une mine plutôt renfrognée due au fait qu'il n'avait rien manqué de la proposition de l'acteur.
Cédrick se tourna en quête de ce qui distrayait la demoiselle. "Hey Adrien!" Il lui fit le sourire le plus insolent dont il était capable. "Je te redonne ta place dans un instant." Il revint à Marinette. "Alors? Je viens te chercher à 6h00 vendredi soir."
Marinette ramena vite son regard vers son interlocuteur, se secoua vivement la tête et lui répondit. "Oui, oui, bien sûr. Vendredi 6h00. Je t'attendrai."
Il se leva et se retourna en adressant un sourire satisfait et conquérant à l'intention du modèle. Adrien serrât les poings, même s'il savait que le cœur de Marinette lui appartenait, il ne pouvait s'empêcher de s'imaginer Cédrick la tenant par la main, la taille, les épaules, l'effleurant à des endroits où lui seul avait le droit, convoitant les lèvres que lui seul avait le droit d'embrasser. Il jeta un regard mauvais à son rival qui éclata de rire avant de regagner sa place.
Marinette avait tout vu. Elle aurait voulu rassurer Adrien, lui dire que ce n'était qu'une façade. D'un côté, elle était soulagée de voir que les sentiments que le jeune homme avait pour elle n'étaient pas que le fruit de son imagination; de l'autre, elle se demandait pourquoi le modèle agissait aussi vivement alors qu'elle l'avait assuré qu'elle n'avait d'yeux que pour lui.
À un moment donné, Cédrick demanda d'aller à la salle de bain. Adrien en profita : il gribouilla quelques mots sur un papier et jeta un coup d'œil à Lila. Quand il fût bien sûr qu'elle ne regardait pas, il fit mine de s'étirer et laissa tomber le papier chiffonné sur la table de Marinette derrière lui. L'adolescente surprise s'empressa de le ramasser et de le déplier sous la table, à l'abri des regards indiscrets.
"Sommet de la Tour Eiffel, ce soir 10h00."
Alya jeta un regard interrogateur à sa copine. "Qu'est-ce que c'est?"
Marinette s'assura que Mme Bonnet ne s'occupait pas d'elles. "Je crois qu'il aime pas beaucoup Cédrick."
Alya n'en demandât pas plus, lui fit un sourire et retourna à la leçon. La styliste se félicitât mentalement de sa vivacité d'esprit. La journée allait être longue, 10h00, c'était si loin.
Mais 10h00 finit tout de même par arriver. Ladybug était là depuis 10 bonnes minutes quand elle entendit son partenaire se poser derrière elle. Elle n'eût pas le temps de se retourner qu'il l'avait déjà enlacé par derrière et déposait maintenant des baisers sur ses épaules et dans son cou. "Tu m'as terriblement manqué. Je t'aime ma Lady." Finit-il par lui dire.
Elle se retourna pour lui faire face et l'embrassa passionnément. "Moi aussi Chaton. Mais c'est pas un peu imprudent de s'embrasser comme ça en public?"
"Hey Marinette et Adrien peuvent bien se cacher, Ladybug et Chat Noir ne doivent de compte à personne. Un beau côté positif à mener une double vie."
Ils s'embrassèrent ainsi un long moment, jusqu'à ce que leurs costumes deviennent définitivement inconfortables tant le désir se faisait sentir.
"Je déteste ces costumes de latex. Tu t'imagines... faire l'amour au clair de lune, au sommet de la tour Eiffel." Il appuya cette description de plusieurs baisers dans son cou qui la firent gémir doucement.
"Chaton, n'essaie pas de me faire faire des bêtises."
"L'amour n'est pas une bêtise ma Lady."
"Tu es trop gourmand..."
"Je ne me lasserai jamais de toi, j'ai trop hâte à notre cinquième fois."
Elle se détacha de lui et se tapa le front de la paume. "NON Chaton! Tu ne vas pas commencer à les compter dis?"
Il la rapprocha de nouveau et l'embrassa. "Bien sûr que si... on pourra alors célébrer notre 10e fois, notre 50e fois, notre 100e fois... j'adore célébrer."
Elle ne put s'empêcher de sourire. "Comment j'ai pu tomber amoureuse d'un tel idiot?"
Il frotta son nez contre le sien. "Je suis un idiot irrésistible."
"Malheureusement."
Ils continuèrent à se témoigner de l'affection; les derniers jours en ayant manqué cruellement, puis se résignèrent à s'asseoir pour discuter.
"Alors Chaton, tu as pu parler à ton père?"
"Pas mon père mais Nathalie oui. On devrait pouvoir s'en sortir. D'ici un mois, tout devrait être arrangé. Elle m'a parlé de la possibilité de donner une entrevue à une revue spécialisée de la mode. Les conseillers marketing de mon père sont totalement sur mon cas. Évidemment, ils ont remarqué mon charme et mon charisme et souhaite faire profiter le grand public de mon corps d'Adonis."
Ladybug lui donna une bonne tape sur l'épaule. Quand il commençait à se vanter de la sorte, il fallait le ramener sur terre.
"Miaouch, ma Lady, fais attention au matériel. Après tout, tu es la première à en bénéficier. Chanceuse, va."
"Une autre remarque comme ça Chaton, et tu n'es pas près de vivre la cinquième fois."
"Tu ne résisterais pas."
"Tu veux parier?"
Voyant le regard de défi qu'elle lui lançait, il n'osa pas renchérir. Les moments d'intimité vécus avec elle était trop miraculeux (remarquez la référence ici... hi hi!) pour qu'il n'en risque ne serait-ce qu'un seul.
"Et la photo de Lila et toi?"
"On est encore au point neutre."
"Chaton, tu ne peux pas laisser paraître les autres photos sans avoir un plan pour celle-là. C'est l'arme ultime de Cédrick, ce sera sans aucun doute sa vengeance s'Il voyait ses plans tomber à l'eau. Il faut avoir une longueur d'avance sur lui."
"Oui mais je n'ai pas de solution. Tes suggestions sont les bienvenus."
"Je peux toujours lui subtiliser son téléphone."
"Subtiliser le téléphone de quelqu'un... bonne chance!"
"Hey, j'en suis parfaitement capable."
"Tu l'as déjà fait avant."
"Pas le sien, non. Mais j'ai deux ou trois succès à mettre à mon C.V."
"Ah bon? Tu m'as déjà pris le mien?"
Même avec son masque, il ne manquât pas de la voir rougir. Elle préféra dévier la conversation.
"Si je réussis à lui prendre, je pourrais effacer la photo et on serait tirés d'affaire."
"Ma Lady, tu n'as pas répondu à ma question."
"On s'éloigne du sujet Chaton."
"D'accord..." Elle poussa un subtil soupir de soulagement. "… mais on va en reparler." Elle n'était pas nécessairement tirée d'affaire.
"Et alors si je réussis: plus de photo, plus de problème."
"La faille dans ton plan, c'est que ce n'est peut-être pas la seule copie. Il en a peut-être une ailleurs. Oh oh!" Elle sursauta à l'exclamation de son partenaire mais il poursuivit comme si de rien était. "Il en a sûrement envoyé une copie à Lila, elle doit se mourir de raconter n'importe quoi à tout le monde en la montrant comme preuve."
Même si ce n'était pas quelque chose qui l'enthousiasmait, elle devait avouer que c'était tout à fait plausible. "Ouais, tu as raison. Il faut vraiment trouver un plan. Ton père va vraiment être en rogne sinon hein?"
"C'est ça le problème, je sais pas. Jusqu'à quel point une photo de moi qui embrasse une fille qui n'est pas ma copine, dans son lit va le déranger? Énigme totale."
"Et une fille qui est ta copine?" Elle se pencha vers lui et l'embrassa.
Il sourit dans son baiser. "Oh ça... il approuve totalement."
Elle se redressa. "QUOI?"
"Mon père veut te rencontrer."
"QUOI? Adrien, tu ne peux pas me dire ça comme ça, sans me préparer. Comment? …mais... pourquoi?"
Il éclata de rire. "Pour l'instant, aucune raison de s'inquiéter... on ne peut pas se montrer en public... mais oui, j'ai parlé de toi à mon père, de mon intention de te faire la cour..."
"Pff... faire la cour... qui utilise encore ce terme de nos jours?"
"Ton fidèle serviteur, bien sûr. Et mon père veut te rencontrer, il t'approuve déjà ma Lady et suffit qu'il te rencontre une fois pour qu'il tombe littéralement sous ton charme."
"J'en suis pas si sûre." Elle regarda l'horizon.
"Hey!" Il la forçat à le regarder dans les yeux. "Où est-ce que tu as mis ton côté Ladybug? Aie confiance en toi, tu vas assurer."
"Merci de croire en moi Chaton."
"Merci d'être toi ma Lady."
"Allez, il se fait tard. On a cours demain. Il faut aller au lit."
"Le même?" Il leva les sourcils en s'approchant d'elle.
Elle le repoussa doucement. "Garde un peu d'énergie Chaton. On se revoit demain."
Elle se leva et vint pour partir mais il attrapât sa main. "Ma Lady?"
Elle se tourna avec un regard interrogateur.
"On doit faire ça plus souvent. Je sais que mon horaire est chargée et qu'on a pas beaucoup de temps mais c'est nos seuls moments ensembles."
"Je sais Chaton, mais ça va s'arranger."
"Mercredi soir, je n'ai rien de prévu. Pas d'escrime, de piano, d'entraînement. Ça te dis qu'on se rejoigne ici... même heure?" Il se releva pour être à sa hauteur.
Elle l'embrassa brièvement et lui fit un tendre sourire. "Évidemment Chaton, j'ai déjà hâte." Sur ce, elle s'élança et disparut dans la nuit.
